Pékin. La Chine lâcherait-elle enfin du lest dans son affrontement avec les États-Unis au sujet des importations de voitures américaines, ainsi que le révèle l’agence de presse Reuters (1) ? Dans une communication téléphonique le lundi 10 décembre, Liu He, vice-premier ministre chinois, aurait ainsi indiqué à Robert Lighthizer et Steven Mnuchin, respectivement représentant au Commerce des États-Unis et secrétaire du Trésor américain, que la Chine acceptait de réduire les taxes à l’importation sur les voitures américaines et pièces automobiles en Chine à la hauteur de 15 pour cent, contre 40 pour cent auparavant. Le Wall Street Journal ajoute que la discussion a également porté sur des engagements de la part de la Chine visant à atténuer l’ampleur du programme Made in China 2025, qui a pour objectif de faire de l’industrie chinoise une pionnière dans les technologies de pointe, ce qui inquiète au tout premier chef les États-Unis (2).

Ces déclarations s’inscrivent dans la lignée des récents soubresauts de la guerre commerciale sino-américaine. Initialement, Trump avait déclaré que, dès le 1er janvier 2019, les droits de douane sur une grande majorité de produits chinois passeraient de 10 à 25 pour cent. Pourtant, le 1er décembre 2018, lors du G20 de Buenos Aires, Trump et Xi Jinping s’étaient mis d’accord sur une trêve de quatre-vingt-dix jours, pendant laquelle ils s’engageaient à n’instaurer aucun nouveau droit de douane sur les importations et à discuter plus fréquemment à ce sujet, la Chine s’engageant par ailleurs à importer plus de produits agricoles et industriels américains, ce qui allégerait le déficit commercial des États-Unis. Pourtant, la trêve en question s’est révélée fort fragile ces derniers jours, en raison de l’affaire Huawei (4). L’arrestation à Vancouver, le 1er décembre 2018, de Meng Wangzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur du groupe chinois, sous pressions américaines, a ravivé les tensions et s’est traduite par l’arrestation de deux Canadiens en Chine les lundi 10 et mercredi 13 décembre pour « menaces à la sécurité nationale ». Témoignage de l’âpreté des relations sino-américaines, cette situation révèle la difficulté réelle, au-delà des déclarations officielles, à faire émerger un consensus sur les politiques douanières des deux premières puissances économiques.

Si, au sein de cette communication du lundi 10 décembre, la question des droits de douane semble fort mouvante et peu fiable, ce qui est sûr en revanche, c’est que la Chine s’est bien résolue à réduire la portée de son programme Made in China 2025, lancé en 2012, qui visait à transformer la Chine en véritable puissance industrielle moderne. Ce programme attire les inquiétudes des grands pays développés, et en particulier des États-Unis, qui n’ont eu de cesse ces derniers jours de dénoncer les pratiques déloyales de la Chine, notamment en matière de propriété intellectuelle. Le mercredi 12 décembre, le Conseil d’État, organe du gouvernement central de Pékin, a indiqué ses priorités aux autorités locales, et le programme en question n’y figurait pourtant pas (3). Faut-il y voir l’aveu d’un véritable retard irrattrapable en 2025 par la Chine en matière de nouvelles technologies, ou une volonté d’apaiser les tensions internationales à ce sujet ? En tout cas, les mois qui viennent donneront certainement lieu à d’autres coups de théâtre sur la scène des relations sino-américaines.

Perspectives :

  • La communication de lundi dernier, au départ partiellement confidentielle (malgré des déclarations anonymes dans certaines médias), a été finalement confirmée par le ministre des Finances chinois ce vendredi 14 décembre. Plusieurs entreprises automobiles américaines, comme Ford, ont accueilli cette déclaration favorablement. De nombreuses autres devraient s’exprimer dans les jours qui viennent.
  • Premier trimestre 2019 : lors du sommet du G20 début décembre 2018, la Chine et les États-Unis avaient prévu une trêve de quatre-vingt-dix jours, jusqu’au 1er mars 2019. Les trois prochains mois se caractériseront a priori par de multiples rebondissements. Une visite de Liu He à Washington en janvier n’est notamment pas exclue.

Sources :

  1. BLANCHARD Ben & SHEPARDSON David, China, U.S. discuss road map for next stage of trade talks, Reuters, 11 décembre 2018
  2. DAVIS Bob & WEI Lingling, China Moves to Address U.S. Economic Concerns, The Wall Street Journal, 11 décembre 2018
  3. DAVIS Bob & WEI Lingling, China Prepares Policy to Increase Access for Foreign Companies, The Wall Street Journal, 12 décembre 2018
  4. ROUJA-VANDENBROUCK Marilou, L’affaire Huawei et le nationalisme économique américain, La Lettre du Lundi, 9 décembre 2018

Olivier Lenoir