Oslo. Ces deux dernières semaines ont témoigné de l’engagement de la communauté internationale de la santé pour un investissement accru dans les soins de santé pour les enfants, les adolescents et les femmes. Pourtant, à la clôture de la conférence de reconstitution du Global Financing Facility (GFF) à Oslo le 6 novembre, le fonds de financement n’avait pas réussi à rassembler les 2 milliards de dollars nécessaires pour étendre le mécanisme de financement mixte à plus de 50 pays en développement. Tandis que les défenseurs de la GFF ont été convaincu par ses premiers succès, d’autres continuent à croire qu’elle ne fait que saper une architecture de santé déjà trop sollicité. Le 13 novembre, ce fut au tour de Kigali d’accueillir la Conférence Internationale biennale sur le Planning Familial (CIPF) qui s’est ouverte en célébrant le chiffre de 360 millions de dollars, total des engagements des donateurs en vue d’améliorer le planning familial et de renforcer les droits de la santé sexuelle et reproductive.

Du haut de ses trois ans, le GFF a convoqué sa première conférence de reconstitution de fonds dans l’espoir d’obtenir des engagements à hauteur des 2 milliards de dollars supplémentaires nécessaires pour financer dans les 5 prochaines années l’expansion de l’accès au mécanisme de financement à plus de 50 pays en développement. Le GFF est fondé sur le principe de l’usage de fonds de subvention relativement modestes afin de mobiliser davantage d’investissements provenant de publics nationaux, de banques de développement et d’investisseurs privés en faveur des soins de santé et de la nutrition maternels et infantiles. Son slogan initial proclamait que le fond fiduciaire du GFF de 2,6 milliards de dollars pourrait mobiliser jusqu’à 75 milliards de dollars de fonds additionnels. Cependant, la conférence a manqué sa cible, ne recevant qu’un peu plus de 1 milliards de dollars de promesses. Les donneurs originels, la Norvège et le Canada, sont désormais rejoints par le Royaume-Uni, la Danemark, les Pays-Bas, le Japon, l’Allemagne et la Qatar, ainsi que par la Fondation Gates, et Laerdal Global Health, afin de d’accélérer le développement du GFF (1).

Bien que ce soit prématuré, la communauté mondiale de la santé parle déjà en bon termes du GFF. L’une des clefs de son succès est l’engagement qu’il fait prendre aux pays bénéficiaires de consacrer de plus amples ressources aux soins de santé. Cet objectif semble atteint dans certains pays. Au Nigéria, le GFF est responsable de la mise en œuvre du programme de soins de santé de base dans trois régions alors qu’ils étaient à l’arrêt depuis de nombreuses années. Le Nigéria s’est de nouveau engagé à investir 150 millions de dollars par an afin de financer des programmes de santé et de nutrition pour les femmes, les enfants et les adolescents sur le long terme. Mais plus remarquable encore est l’engagement de deux pays subsahariens, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, à devenir donateurs du GFF et à consacrer au moins 15% de leur budget gouvernemental à la santé.

Cependant, la Suède – un pays engagé de longue date dans la santé infantile et maternelle – ne semble pas prêt à porter un regard plus positif sur le GFF. En effet, la Suède affirme que le haut niveau d’influence confié à la Banque Mondiale en tant que gestionnaire du fonds fiduciaire du GFF fait qu’elle coordonne par défaut le travail d’autres agences internationales, contribuant ainsi à la fragmentation du système de santé mondial. À l’approche de la conférence du GFF, l’ambassadeur de Suède à la santé mondiale, Anders Nordström, a réaffirmé que l’architecture de financement de la santé mondiale était déjà suffisamment encombrée (2).

La CIFP de Kila a été confronté à un défi de financement semblable : celui de l’augmentation des fonds destinés à la santé sexuelle et reproductive, en particulier compte tenu du coup asséné par les coupes sévères des États-Unis, depuis l’entrée en fonction de Donald Trump, dans les budgets des agences liées à l’avortement. L’annonce du Royaume-Uni, du Canada et de la fondation Gates – des défenseurs convaincus de la santé sexuelle et reproductive – d’une dotation supplémentaire de 360 millions de dollars destinée à de nouveaux projets était donc la bienvenue (3). Lors des séances plénières du premier jour, les participants ont pu entendre des experts expliquer que la clef de la croissance économique dans les pays en développement repose sur l’aide fournie aux femmes pour contrôler leur fertilité et pouvoir accéder au marché du travail mais aussi dans la réduction du taux de natalité : ces experts, cependant, ne prêchaient probablement que des convertis.

Perspectives :

  • Cinq millions de femmes et d’enfants meurent chaque année de morts qui auraient pu être évitées et 214 millions de femmes qui souhaiteraient éviter de tomber enceinte n’ont pas accès aux moyens de contraception modernes. Dans les deux cas, une réduction de ces chiffres serait une excellente nouvelle pour les systèmes de santé et pour la croissance économique durable. Malheureusement, la communauté mondiale de la santé reste loin d’avoir atteint l’objectif de permettre à 120 millions de femmes supplémentaires d’avoir accès à la contraception d’ici 2020. Les fonds en 2018 sont de 1.24 millions de dollars, en baisse par rapport aux 1.43 millions de dollars de 2014.
  • Il est encore trop tôt pour décider si le GFF n’est qu’une couche supplémentaire de la bureaucratie de la santé mondiale et ne fait qu’ajouter de la dette aux pays. On peut toutefois se réjouir de l’approche du GFF qui pousse les pays à investir davantage dans les soins de santé plutôt que de s’appuyer sur l’aide publique au développement, ce afin renforcer les systèmes de santé et d’améliorer son efficacité.

Sources :

  1. Global Financial Facility, Global Financial Facility World leaders pledge US$1 billion to transform health and nutrition of world’s poorest women, children and adolescents, 6 novembre 2018.
  2. EDWARDS Sophie, Donors put up $1B for Global Financing Facility, with notable absences, Devex, 7 novembre 18.
  3. International Conference on Family Planning, Global Leaders Call for Increased Investments in Family Planning to Drive Social and Economic Returns in Developing Countries, 13 novembre 2018.

Gráinne Dirwan