En octobre, les habitants de la province canadienne de l’Alberta, la quatrième plus peuplée du pays (environ 4 millions d’habitants), pourraient être appelés à se prononcer sur leur indépendance vis-à-vis d’Ottawa. Pour organiser un référendum, plus de 170 000 signatures sont requises d’ici la date butoir du 2 mai.
Les sondages indiquent que moins de 20 % des personnes interrogées sont favorables à une sécession, mais un groupe travaille déjà pour préparer l’après.
- L’Alberta Prosperity Project (APP) est actif depuis le début de l’année 2022. Celui-ci se définit comme « une initiative éducative visant à rallier des soutiens en faveur d’un avenir où l’Alberta serait maître de son destin ». Il est dirigé par Mitch Sylvestre, propriétaire d’un magasin de sport et d’armes à feu.
- La figure la plus visible du mouvement est toutefois Jeffrey Rath, un avocat formé à l’Université d’Alberta ainsi qu’à la London School of Economics (LSE) qui exerce depuis 30 ans au sein de son propre cabinet, Rath & Company, fondé en 1995.
- Spécialisé dans la défense des droits des Premières nations, les peuples autochtones du Canada, Rath a opéré un virage après la pandémie pour poursuivre le gouvernement fédéral et la province d’Alberta au nom de personnes ayant « subi des dommages causés par les vaccins contre le Covid-19 ».
Bien que très conservatrice et opposée au gouvernement fédéral dans ses régions rurales, la moitié de la population de la province est répartie entre ses deux principales métropoles, Calgary et Edmonton, où les électeurs sont plus libéraux. C’est principalement dans les petites villes que Rath cherche ainsi à engranger des signatures pour organiser un référendum, notamment lors d’assemblées publiques (town halls) au cours desquelles les participants peuvent « découvrir comment contribuer à façonner une Alberta souveraine ».
Rath et d’autres représentants de l’APP ont déjà rencontré à trois reprises l’an dernier des responsables de l’administration Trump 1. Une quatrième rencontre pourrait avoir lieu en février.
- Ces discussions se sont déroulées, selon un porte-parole du département d’État américain, dans le cadre de rencontres régulières avec des « des représentants de la société civile ».
- Washington affirme n’avoir pris aucun engagement vis-à-vis de l’APP. Toutefois, dans un podcast diffusé le 24 décembre par Rachel Parker, mariée au sécessionniste du mouvement « Take Back Alberta » David Parker, Rath a affirmé qu’une étude de faisabilité avait été lancée pour une ligne de crédit de 500 milliards de dollars 2.
- Selon Rath, celle-ci devrait permettre au futur « pays d’Alberta » de « négocier dans une position de force » avec les autorités canadiennes.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, semble avoir apporté son soutien au projet de l’APP en déclarant la semaine dernière : « Je pense que nous devrions les laisser venir aux États-Unis, et l’Alberta est un partenaire naturel pour les États-Unis. Ils ont de grandes ressources. Les Albertains sont des gens très indépendants » 3.
Donald Trump avait répété à plusieurs reprises l’an dernier qu’il souhaitait que le Canada devienne le « 51 État américain » 4.
Rath a repris les déclarations de Bessent, suggérant que celui-ci avait été briefé à partir d’informations partagées lors des réunions entre l’APP et le département d’État.
- Bessent avait également joué un rôle central dans l’aide financière apportée par Washington à son allié argentin, Javier Milei, en amont des élections d’octobre.
- Rath se défend toutefois de chercher à faire de l’Alberta le 51e État américain, et considère que le soutien implicite apporté par l’administration Trump relève d’un calcul visant à empêcher la Chine de « contrôler le pétrole de l’Alberta ».
- La province représente environ 84 % de la production totale de pétrole brut du Canada, soit environ 4,3 millions de barils par jour.
Le projet politique de l’APP partage de nombreuses similarités avec le programme America First de l’administration Trump. Dans un programme intitulé « La valeur de la liberté » publié en juillet 2025, le mouvement plaide pour la mise en place d’un « plan de déportation » de 23 000 à 41 000 personnes par an, soit entre 0,5 et 1 % de la population de la province 5.
- L’APP ambitionne de mettre en place un système par points pour les immigrants souhaitant devenir citoyens du nouveau « pays d’Alberta ».
- Plusieurs critères seront pris en compte pour l’attribution de ces points : le pays de naissance, le niveau d’éducation, la maîtrise de la langue, l’âge mais également le « mérite » et la santé.
- Toute personne n’ayant pas reçu « d’injection expérimentale d’ARNm », utilisé pour les vaccins contre le Covid-19, recevrait 10 points supplémentaires.
Sources
- Ilya Gridneff et Myles McCormick, « Trump officials met group pushing Alberta independence from Canada », Financial Times, 29 janvier 2026.
- Trump’s INSANE PLAN for Alberta Independence, Chaîne YouTube de Rachel Parker, 24 décembre 2025.
- Sean Boynton, « Bessent says an independent Alberta would be ‘natural partner’ for U.S. », Global News, 23 janvier 2026.
- « The US Treasury Secretary Endorsed Alberta Independence on National Television », The Road to Freedom with Jeffrey Rath, 28 janvier 2026.
- THE VALUE OF FREEDOM. A Draft Fully Costed Fiscal Plan for an Independent Alberta, Alberta Prosperity Project, 10 juillet 2025.