1 — La victoire annoncée de l’opposant Péter Magyar

Donné en tête dans les enquêtes d’opinion depuis l’automne 2025, le Parti Respect et Liberté (TISZA, PPE), mené par le conservateur Péter Magyar, a remporté la victoire. 

Les résultats préliminaires portant sur 99 % des bureaux de vote lui accordent 54 % des suffrages exprimés et 138 sièges, contre respectivement 38 % et 55 sièges pour le FIDESZ-KDNP (PFUE) de Viktor Orbán. 

Les deux principales formations politiques du pays se partagent ainsi l’essentiel des sièges au Parlement, le petit parti ultranationaliste Mi Hazánk (MH, ENS) étant la seule autre formation à dépasser la barre des 5 %, avec 6 % des suffrages et 6 sièges. Sans doute victime du vote utile, la seule formation de centre gauche encore en lice, la Coalition démocratique (DK, S&D), n’obtient que 1 % des voix et aucun siège. Cette concentration des voix permet à TISZA d’obtenir la part des sièges la plus importante jamais recueillie par un seul parti depuis le retour de la démocratie en Hongrie.

Avec ces résultats, Péter Magyar parvient pour la première fois à faire tomber la majorité nationaliste au pouvoir depuis 2010. Cette victoire est d’autant plus notable qu’elle intervient à l’issue d’une décennie au cours de laquelle le clan Orbán a capturé les ressources de l’État hongrois, un régime officiellement désigné comme « autocratie électorale » par le Parlement européen en 2022. Dans un système à forte composante majoritaire, cette victoire est également due au retrait de l’opposition de centre gauche. 

Le Parti socialiste hongrois (MSZP, S&D), les partis verts Dialogue et LMP (Verts/ALE) ainsi que les centristes de Momentum (~RE) ont en effet renoncé à présenter des candidats afin de faciliter la victoire du parti d’opposition le mieux placé. En ce sens, la victoire de Péter Magyar est celle d’un « cordon sanitaire » justifié par les lourdes menaces pesant sur la démocratie hongroise. Ce retrait, effectué sans coalition formelle avec TISZA, signifie également que l’opposition de centre gauche sera totalement absente du prochain Parlement, alors qu’elle disposait de 35 sièges lors de la précédente législature. 

La politique hongroise reste ainsi solidement ancrée dans le camp conservateur : si Magyar s’est engagé à rompre avec le système Orbán et à renouer avec l’Union, sa politique se rapproche de celle de la majorité précédente sur plusieurs points, notamment l’opposition à l’immigration et un certain conservatisme social.

2 — Une participation historique

Tout au long de la journée électorale, le taux de participation a atteint des niveaux record, dépassant  dès 16 heures le taux de 2021 (70,2 %) pour finalement s’établir à 79,5 % en fin de journée. La participation a été particulièrement élevée dans les villes et sensiblement plus faible dans les comitats plus ruraux, où le Fidesz a ses bastions historiques. 

À Budapest, elle était de 82,8 %, tandis qu’elle n’était que de 74,4 % dans le comitat de Szabolcs-Szatmár-Bereg, où le FIDESZ avait obtenu ses meilleurs résultats en 2022.

Contrairement à ce qui se passe dans d’autres États de l’Union, la participation plus forte des zones urbaines n’est pas un phénomène nouveau en Hongrie. En revanche, la hausse de la participation dans les zones urbaines déjà mobilisées signale un engagement redoublé de l’électorat face à un scrutin perçu comme particulièrement déterminant.

3 — Un système électoral peu proportionnel, favorable aux grands partis

Le système électoral hongrois comprend une composante majoritaire et une composante proportionnelle. Chaque électeur dispose de deux voix lors d’un tour de scrutin unique. La première permet d’élire un candidat qui est élu à la majorité simple dans l’une des 106 circonscriptions uninominales. La seconde voix sert à distribuer 93 sièges au scrutin proportionnel au niveau national, avec un seuil de 5 % des suffrages exprimés nécessaire pour obtenir des sièges. 

Un système de report des premières voix vers les secondes compense partiellement le caractère majoritaire du scrutin uninominal 1. Dans l’ensemble, le système électoral est peu proportionnel et favorable au parti en tête : en 2022, le Fidesz a obtenu 68 % des sièges avec seulement 54 % des suffrages de liste. 

Une supermajorité des deux tiers des sièges est nécessaire pour procéder à des amendements constitutionnels. Des soupçons de découpage de circonscriptions favorables au parti au pouvoir (gerrymandering) existent depuis longtemps sous les mandats d’Orbán 2.

Ce dimanche, ce redécoupage électoral a profité à TISZA, qui a obtenu une super-majorité de 138 sièges (soit 69 % du total) avec seulement 54 % des secondes voix. Arrivé en deuxième position, le FIDESZ ne conserve que 55 sièges. 

Il s’agit d’un retournement quasiment siège pour siège entre le Fidesz et l’opposition, le parti ultranationaliste Mi Hazánk conservant ses six mandats.

4 — La persistance des clivages territoriaux

Malgré le caractère historique du scrutin, les anciens clivages territoriaux sont toujours bien visibles. 

L’opposition l’emporte largement dans les grandes villes, notamment à Budapest (63 %), tandis que le FIDESZ fait pratiquement jeu égal dans ses bastions, comme dans le comitat de Szabolcs-Szatmár-Bereg, dans l’est du pays (49 % pour le TISZA contre 45 % pour le FIDESZ). 

Contrairement à l’élection de 2022, où le FIDESZ-KDNP avait remporté tous les comitats du pays, hormis la capitale, l’opposition s’impose cette fois dans l’ensemble des 19 comitats, avec une avance variant de 2 à 34 points. 

Ancien membre du FIDESZ, Magyar a su mobiliser bien au-delà de l’électorat progressiste des villes et domine désormais le jeu électoral dans l’ensemble du pays.

On peut mettre cette évolution en parallèle avec celle qui a conduit, en 2023, à la chute du gouvernement polonais de Droit et Justice (PiS). 

Si la coalition de centre droit de Donald Tusk a remporté les élections, l’alternance n’a pas pour autant effacé les clivages géographiques qui continuent de diviser le pays en deux moitiés relativement égales.

5 — Battu, Viktor Orbán a admis sa défaite

Au soir du vote, Viktor Orbán a reconnu la nette victoire de son adversaire. 

Il a déclaré : « La tâche qui nous attend est claire, la charge du gouvernement n’est plus sur nos épaules » 3. Pendant toute la journée, son camp avait pourtant tenté de signaler  un nombre important de cas de fraude présumée, faisant craindre une volonté de contester les résultats du vote devant la justice. 

Pour sa part, Péter Magyar a insisté sur l’importance d’un réel « changement de régime », appelant au départ de toutes les personnalités issues de l’ancienne majorité de droite radicale. Sur X, Friedrich Merz, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen ou encore Volodymyr Zelensky ont félicité le vainqueur. 

La loi hongroise prévoit que l’ancienne Assemblée nationale continue de siéger pendant 30 jours après l’élection, avant de céder la place à la nouvelle législature. 

Le Premier ministre sortant dispose d’un contrôle considérable sur la justice, l’appareil d’État et les médias hongrois, ce qui pourrait perturber un transfert ordonné du pouvoir.

Sources
  1. Connu en Italie sous le nom de scorporo, ce système peu fréquent est connu pour favoriser le vote tactique et est généralement considéré comme peu transparent.
  2. Pour une occurrence récente, voir Mixing of constituencies benefits Fidesz, not Tisza – changes on the map, Telex.hu, 2025, cité dans une note du Comité d’Helsinki hongrois.
  3. Választás 2026 : A Tisza kétharmados győzelme is biztossá vált, 168.hu, 12 avril 2026.