Le poids démographique de la Hongrie dans l’Union européenne est limité — le pays comptait 9,5 millions d’habitants en 2023 — mais le rôle clef joué par Orbán dans l’architecture idéologique et partisane de la droite européenne, fait sans doute des législatives hongroises le scrutin le plus important de l’année. 

  • Selon la moyenne des sondages, le Parti du respect et de la liberté (Tisza, PPE) de Péter Magyar est crédité de 50 % des voix, contre 40 % pour le Fidesz (PPE) — alors que des scandales de corruption et une croissance économique en berne ont entaché la popularité d’Orbán. 
  • Depuis 2010, le niveau de vie dans les pays voisins de la région a largement dépassé celui de la Hongrie. 

Si la perspective d’une alternance semble désormais plausible, le Fidesz devrait recourir à son contrôle des ressources administratives pour orienter le processus électoral — l’incertitude porte principalement sur l’ampleur de ces interventions.

  • Les instituts de sondage alignés sur le gouvernement, dont certains reçoivent des financements publics, placent Fidesz en tête avec 6,6 points d’avance sur Tisza.
  • Dans son classement des démocraties libérales, l’ONG Freedom House notamment avait abaissé son score de 3/4 à 2/4, s’agissant de la capacité du pays à organiser des élections libres — en arguant de l’usage disproportionné des ressources de l’État au service du parti au pouvoir.

Orban bénéficie également du soutien de Donald Trump, dont l’administration a fait de sa survie une priorité stratégique. J. D. Vance s’est rendu à Budapest une semaine avant le scrutin, et Marco Rubio y était en février.

  • À la veille de l’élection, dans une publication sur Truth Social, le président américain ajoutait : « Mon administration est prête à mettre à contribution toute la puissance économique des États-Unis pour renforcer l’économie hongroise, comme nous l’avons fait par le passé pour nos grands alliés, si le Premier ministre Viktor Orbán et le peuple hongrois en avaient besoin. Nous sommes impatients d’investir dans la prospérité future que générera le leadership continu d’Orbán ! »
  • L’extrême droite européenne s’est également fortement impliquée dans la campagne, et Orbán a pu compter sur les visites de Marine Le Pen, Matteo Salvini, Geert Wilders, ainsi que du président polonais Karol Nawrocki.
  • Le Premier ministre hongrois compte aussi sur le soutien de la Russie et a largement fait campagne en s’opposant à l’Ukraine. À Budapest, des affiches montrent le président ukrainien avec le message : « Ne laissez pas Zelensky avoir le dernier mot. » Sur d’autres, il apparaît aux côtés de Peter Magyar et d’Ursula von der Leyen, avec le slogan : « Ils représentent un risque. Le Fidesz est le choix sûr. » 

L’arrivée au pouvoir de Péter Magyar marquerait le retour de la Hongrie dans l’escarcelle du centre-droit conservateur traditionnel. Au cours de la campagne, il a promis de réancrer la Hongrie au sein de l’Union, d’assouplir les relations avec la Russie, de lutter contre la corruption et le népotisme, et de rétablir l’indépendance de la justice et des médias.

  • Comme en Pologne, il faut toutefois se garder d’attendre d’un nouvel exécutif une ligne fondamentalement nouvelle sur les questions migratoires et potentiellement même géopolitiques : Magyar s’est toujours opposé à une libéralisation de la politique d’immigration, tout en s’opposant au sein du PPE à l’envoi d’armes à l’Ukraine. 
  • Un prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine est actuellement bloqué par la Hongrie.