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Les images de la Terre depuis l’espace sont devenues presque banales : elles sont en fond d’écran des iPhones, elles servent de logo à des organisations internationales… L’expérience rapportée par les quelques personnes qui ont eu l’occasion de voir réellement non des photographies mais bien la Terre entière depuis l’espace est complètement différente.
Ce que les astronautes qui voient la Terre depuis l’espace décrivent relève d’un sentiment proche du choc.
Il existe un mot pour décrire ce phénomène : l’effet de surplomb (the overview effect).
En 1994, le livre du scientifique Carl Sagan, Pale Blue Dot, partait d’une image. Une photographie de la planète Terre prise depuis la sonde Voyager 1 le 14 février 1990 à une distance de plus de six milliards de kilomètres. Sur ce cliché flou, on distinguait à grand peine un « point bleu pâle » flotter en suspension dans l’espace — c’était une métaphore de l’effet de surplomb.
Mais ce n’est qu’une photographie.
Les astronautes qui ont réellement subi le surplomb décrivent une forme de crise existentielle. Un bouleversement intérieur. Des scientifiques comme Rusty Schweickart, Edgar Mitchell, Tom Jones, Chris Hadfield ou Michael J. Massimino ont rapporté ce moment où tout bascule : la planète se tient là où nous l’attendons, comme nous croyions la connaître, mais quelque chose ne va pas.
Depuis que les humains sont capables de voir la Terre, une donnée fondamentale a changé. L’exploration spatiale n’a pas seulement ouvert nos connaissances : elle a aussi transformé l’être humain.
La plupart des témoignages de scientifiques qui ont vécu cette expérience s’arrêtent sur l’impression de fragilité : une boule bleue suspendue au milieu du rien et cette membrane blanc-vert extrêmement fine qui la recouvre, presque imperceptible — l’atmosphère.
Les photographies de la mission Artemis qui a décollé le 1er avril et doit atterrir cette nuit montrent cette fragilité sous un nouveau jour.
Au-delà de leur intérêt scientifique d’observation de la Lune et de notre planète, elles cherchent à replacer le spectateur dans l’étonnement des astronautes confrontés à l’effet de surplomb.
« Ce qu’on attend avec le plus d’impatience ? L’amerrissage. »
C’est le 10 avril que l’équipage d’Artemis II a commencé le passage le plus périlleux de sa mission : dans la nuit de vendredi à samedi, le vaisseau spatial va pénétrer dans l’atmosphère et se jeter dans le Pacifique au large de la Californie.
« La frontière entre le jour et la nuit n’est pas une ligne droite »
On nomme « terminateur » la ligne fictive qui sépare les faces éclairée et non éclairée d’un corps céleste. Depuis l’espace, cette zone crépusculaire est observable en temps réel.