Selon la huitième édition du sondage régional réalisé par l’Institut singapourien ISEAS-Yusof Ishak et publiée mardi 7 avril, la première année de la deuxième présidence de Donald Trump a provoqué une méfiance croissante à l’égard des États-Unis dans les pays de l’ASEAN. Alors qu’en 2019, une minorité (47,7 %) des habitants d’Asie du Sud-Est déclarait préférer Pékin à Washington s’ils devaient choisir un camp, la tendance s’est inversée cette année.
Plus de la moitié des habitants de l’ASEAN (52 %) déclarent aujourd’hui préférer s’aligner sur la Chine, contre 48 % pour les États-Unis 1.
- Près d’un tiers des sondés (29,5 %) s’attendent à ce que les relations entre leur pays et les États-Unis se dégradent au cours de cette année, soit le double par rapport à l’année précédente (14,2 %).
- Au contraire, la majorité des sondés (56 %) estime que les relations de leur pays avec la Chine s’amélioreront au cours des trois prochaines années — contre 33 % pour les États-Unis.
- Les tarifs douaniers imposés par l’administration américaine — qui ont particulièrement impacté les pays d’Asie du Sud-Est, où l’industrie textile et les exportations de produits finis jouent un rôle clef dans l’économie — arrivent en tête des actions qui peuvent nuire davantage à l’image des États-Unis dans la région.
Washington est toutefois toujours perçu comme le pays le mieux à même de garantir le respect du droit international, mais l’écart avec l’Union européenne s’est fortement réduit depuis l’an dernier, passant de 7,2 points en 2025 à 1,8 point cette année.
- Désormais deuxième, devant la Chine, l’Union pourrait ainsi devenir, dès l’an prochain, l’acteur en qui les pays de l’ASEAN accordent le plus leur confiance pour assurer le respect de l’ordre international fondé sur des règles.
- La Chine s’est quant à elle maintenue à la troisième place cette année (+2,4 points).
La politique de l’administration Trump est citée comme étant la principale « préoccupation » des pays de l’ASEAN (51,9 %), devant les opérations frauduleuses à l’échelle mondiale (51,4 %) et les comportements agressifs de Pékin en mer de Chine méridionale (48,2 %).
- En plus de l’impact des tarifs douaniers, la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran impacte surtout l’Asie : au Cambodge, le gouvernement a plafonné l’usage de la climatisation afin de limiter la consommation d’énergie. L’Indonésie a mis en place une journée hebdomadaire obligatoire de télétravail pour les fonctionnaires, et les Philippines ont déclaré un état d’urgence énergétique national, et demandent aux organismes publics de réduire leur consommation de carburant.
Tout comme en Europe, où notre sondage Eurobazooka de janvier montrait que la présidence de Trump contribuait au rapprochement de l’Union avec la Chine, on observe ainsi une tendance similaire en Asie du Sud-Est. Les comportements agressifs de la marine chinoise en mer de Chine méridionale et dans le détroit de Taïwan sont quant à eux relégués au second plan.
Sources
- The State of Southeast Asia. 2026 Survey Report, ISEAS – Yusof Ishak Institute, 7 avril 2026.