La gauche modérée remporte la bataille des très grandes villes françaises

  • Au soir du vote, les listes de gauche remportent sept des premières villes françaises. À Paris, Marseille, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Lille et Lyon, les socialistes, les écologistes et leurs alliés remportent des victoires significatives.
  • Ce faisant, ils déjouent les pronostics qui prédisaient une alternance politique probable notamment à Paris et Lyon et craignaient une prise de pouvoir du RN à Marseille, particulièrement en absence d’alliance avec LFI. 
  • Ces résultats pourraient conforter la direction du parti socialiste dans sa stratégie de prise de distance avec la France Insoumise, d’autant plus que l’accord opéré avec LFI à Toulouse n’a pas permis de reprendre la ville et que les candidatures de centre-gauche l’ont emporté sur la gauche radicale à Lille et Strasbourg.
  • Pour les Écologistes, ces victoires de la gauche ont cependant un goût amer : les Verts perdent les mairies de Besançon, Bordeaux et Strasbourg ; Annecy et Marseille ne seront plus présidées par des édiles écologistes.

La gauche radicale remporte quelques victoires symboliques tout en se marginalisant ailleurs

  • S’ils se sont félicités de l’élection de David Guiraud à Roubaix avec 53,2 % des voix, les Insoumis ont échoué à prendre une seule ville au second tour.
  • Trois villes de plus de 100 000 habitants seront dirigées par des édiles de gauche radicale : Saint-Denis, où Bally Bagayoko (LFI) l’avait emporté au premier tour ;  Montreuil, où Patrice Bessac (PCF) a été reconduit au premier tour également ; et Saint-Paul (La Réunion), où Emmanuel Séraphin (PLR) s’est imposé au second tour avec dix points d’avance sur son concurrent divers droite.
  • Pour autant, ces victoires s’accompagnent d’un échec tactique des candidatures LFI à Paris, Marseille ou Lille, qui ont fait face au refus du reste de la gauche de s’allier avec elle sans pour autant conduire à une victoire de la droite.
  • Au-delà des très grandes villes, le décompte précis des victoires dans les communes moyennes permettra d’évaluer la capacité du parti à s’ancrer au plan local — une question critique pour la stratégie de long terme.

Le RN et ses alliés gagnent Nice et une série de communes moyennes mais échouent dans les autres grandes métropoles

  • À Nice, Éric Ciotti (UDR/UXD) l’a emporté de dix points, au second tour, contre le maire sortant Christian Estrosi (HOR/UD). Cette victoire sans surprise, tant les sondages avaient été univoques, donne au parti d’extrême droite et à ses alliés une seconde ville de plus de 100 000 habitants après Perpignan. Dans la capitale du Roussillon, Louis Aliot l’avait emporté dès le premier tour avec 50,6 % des suffrages.
  • À Toulon et Nîmes, en revanche, les espoirs du RN ont été douchés, ce dimanche, par les victoires assez nettes de Josée Massi (DVD, +5 points) et Vincent Bouget (UG, +3 points).
  • Quant à Marseille, où Franck Allisio défiait Benoît Payan, le candidat RN a largement perdu son pari, échouant au second tour avec près de 15 points de retard après le retrait de Sébastien Delogu (LFI).
  • Ici encore, un décompte précis des résultats dans les villes de plus petite taille sera indispensable pour évaluer justement le développement de l’ancrage du parti. Au soir du scrutin, le RN a revendiqué « des dizaines » de victoires, parmi lesquelles des villes symboliques comme Carcassonne, Montauban, Castres, Vierzon, Menton, La Flèche ou encore Liévin. Dans le cadre d’un scrutin municipal, la focale mise sur les plus grandes communes ne doit pas faire oublier l’enjeu politique majeur du contrôle des espaces intermédiaires.

Les candidats de la droite modérée obtiennent, dans l’ensemble, de bons résultats

  • Au soir du second tour, on peut multiplier les exemples de villes conservées largement par la droite et le centre. Toulouse reste à droite malgré l’alliance de la gauche modérée et de LFI, Jean-Luc Moudenc s’imposant très largement face à François Piquemal (DVG). 
  • À Caen, la liste du maire sortant Aristide Olivier (DVD) a largement remporté le scrutin avec 59,4 % des voix, contre ses adversaires de l’Union de la gauche et de LFI, partis séparés. Même scénario à Reims, où la liste d’Arnaud Robinet (HOR/DVD) s’est imposée avec 51,9 % contre ses concurrents de gauche et du RN, et à Boulogne-Billancourt (LR) où Pierre-Christophe Baguet est reconduit. À Limoges, Guillaume Guérin (LR/DVD) s’impose également avec 51,2 % dans une ville longtemps dominée par la gauche mais qui avait basculé à droite en 2014.
  • La droite remporte également plusieurs villes importantes. À Besançon, Ludovic Fagaut (LR/DVD) prend la mairie à la gauche qui tenait la ville depuis 1953. À Brest, Stéphane Roudaut (LR/DVD) bat largement le sortant François Cuillandre (PS). À Clermont-Ferrand, autre bastion de gauche historique, Julien Bony (UD) bat le sortant Olivier Bianchi (DVG) avec 50,9 % contre 45,5 %.

En prise au doute au plan national, le centre réussit pourtant quelques prises symboliques

  • Deux anciens membres des exécutifs macronistes ont défié avec succès les majorités de gauche sortantes. Ancien ministre délégué chargé des Comptes publics, Thomas Cazenave (RE/UC) prend de justesse Bordeaux à Pierre Hurmic (LÉ/UG) à l’issue d’un second tour serré 51-49 %. Antoine Armand (RE/UC), ministre de l’économie sous le gouvernement Barnier, ravit la mairie d’Annecy à la majorité de gauche. L’écologiste François Astorg, maire depuis 2020, ne se représentait pas.
  • Le centriste Frédéric Marquet (DVC) remporte la quinquangulaire de Mulhouse avec 24,1 % des voix et 2,7 points d’avance sur la liste de l’Union de la gauche.
  • Des sortants emblématiques se maintiennent également. Édouard Philippe (HOR/UC) conserve largement Le Havre avec 47,7 %, avec six points d’avance sur son principal concurrent de l’Union de la gauche (41,2 %). De même, Christophe Béchu (HOR/DVC) se maintient facilement à la tête de la mairie d’Angers avec 59,0 % des voix.
  • Au centre, la défaite la plus retentissante de ce second tour touche le MoDem. François Bayrou, avec 41,1 %, cède sur le fil la mairie de Pau à Jérôme Marbot (UG, 42,4 %).