Région prospère située au sud-est de l’Allemagne, le Bade-Wurtemberg est dirigé depuis 2012 par le ministre-président Winfried Kretschmann. 

  • En coalition avec les socio-démocrates du SPD jusqu’en 2016, puis avec les conservateurs de la CDU — une configuration jamais vue par le passé —, Kretschmann s’était imposé comme l’homme des compromis au centre. 
  • Dès 2024, le doyen des ministres-présidents, alors âgé de 75 ans, avait annoncé vouloir se retirer. Cem Özdemir, ancien ministre fédéral de l’agriculture (2021-2025) et de l’enseignement supérieur et de la recherche (2024-2025), s’était engagé pour prendre sa suite.

Face à Özdemir, Manuel Hagel, tête de liste de la CDU, espérait pouvoir décrocher l’alternance à la tête de la région. 

  • Figure montante de l’aile droite du parti conservateur, celui qui fut élu membre du Landtag à 27 ans en 2016 a longtemps cru pouvoir conduire son parti à la victoire. 
  • Dans les dernières semaines de la campagne, la redécouverte de remarques sexistes prononcées lors de la visite d’une école en 2018 et une série de faux-pas médiatiques auront finalement eu raison des ses ambitions. 
  • Au soir de l’élection, la CDU est donnée à 29,7 % dans les projections (+5,6 points), contre 31,3 % (-1,3 points) pour les Verts.

Sans doute défavorisés par le « vote utile », les sociaux-démocrates du SPD obtiennent pour leur part un score historiquement bas.

  • Avec 5,5 % (-5,5 points), ils divisent par deux leur score de 2021 et s’établissent tout juste au-dessus de la barre des 5 % des voix nécessaires pour obtenir des sièges. 
  • Ce résultat désastreux est bien en-deçà de celui prédit dernièrement par les sondages (7-9 %), alors même que le parti se maintient difficilement autour de 15 % des voix au plan national. 
  • Autre grand perdant du scrutin, les libéraux du Parti démocratique libre (FDP) dévissent à 4,0 % (-6,2 points), échouant pour la première fois à obtenir des sièges au parlement régional. 
  • Le parti de gauche radicale Die Linke s’établit à un niveau similaire (4,3 %, +0,7 points).

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) double son score de 2021 en obtenant 17,7 % des voix (+8 points), un score cependant largement en-deçà de son potentiel au plan fédéral (24 à 25 %). 

  • Le parti sera, de loin, la première force d’opposition au sein du prochain parlement régional. 

La question centrale pour la suite du scrutin portait moins sur la composition du prochain gouvernement régional — la reconduction d’une coalition Verts-CDU apparaissant dès la campagne comme la plus probable — que sur l’identité du prochain ministre-président. 

  • Dans un scrutin qui se jouait au centre, Cem Özdemir a su capitaliser sur sa réputation de compétence et de sympathie au sein de l’électorat et de la popularité de son prédécesseur. 
  • Surtout, contrairement à ses homologues au niveau fédéral, le parti Vert de Bade-Wurtemberg est également parvenu à obtenir une part des votes importante chez les plus de 60 ans, s’établissant même en tête parmi les 60-69 ans.
  • S’il est élu ministre-président, il deviendra le premier ministre-président d’un Land allemand issu d’une famille turque. Ses parents ont émigré en Allemagne dans les années 1960 et il est né en 1965 dans la petite ville souabe d’Urach. 
  • Si Özdemir n’hésite pas à évoquer en public sa trajectoire de descendant d’immigrés, il se rattache davantage à son ancrage souabe — y compris par son dialecte — qu’à une identité germano-turque. 
  • Cette position le rapproche davantage des autres ministres-présidents emblématiques de l’Allemagne du Sud, tels que Söder et Kretschmann, dont l’ancrage dans la culture régionale est un élément essentiel de leur image publique.