Le Service estonien de renseignement extérieur (Välisluureamet, ou VLA) a publié aujourd’hui, mardi 10 février, son rapport annuel sur les menaces sécuritaires. Tallinn y décrit une Russie interventionniste susceptible de renforcer ses tentatives d’ingérence en Moldavie et de lancer une campagne d’influence en Arménie, en amont des élections parlementaires de juin 1.

Le directeur du VLA, Kaupo Rosin, estime néanmoins que le risque d’une attaque militaire russe contre l’Estonie ou un autre pays de l’OTAN d’ici 2027 est faible.

  • Rosin note que les investissements réalisés dans le domaine de la défense ainsi que la politique de réarmement du continent « obligent le Kremlin à calculer très soigneusement ce qu’il peut risquer d’entreprendre ».
  • Si la Russie développe et renforce elle aussi ses capacités militaires, notamment dans le domaine des drones, son économie est fragilisée par la guerre.
  • L’année 2025 a par ailleurs marqué un tournant, les perspectives d’une économie de guerre durable en Russie ayant laissé place à des débats sur « le caractère inévitable, le rythme et la gravité d’un ralentissement économique ».

Si l’Estonie estime que le risque d’un affrontement direct entre la Russie et l’OTAN semble, pour l’heure, écarté, le rapport du VLA note une hausse considérable de la production d’obus d’artillerie russe, multipliée par plus de 17 en cinq ans. Le complexe militaro-industriel de Moscou serait aujourd’hui en mesure de produire 7 millions d’obus, de mortiers et de roquettes par an, contre 400 000 en 2021.

  • En plus d’une hausse de sa production, la Russie a importé plusieurs millions d’obus iraniens et nord-coréens, et pourrait ainsi être en mesure de reconstituer ses stocks tout en menant une guerre de haute intensité contre l’Ukraine.
  • Tallinn note qu’un maintien d’importantes réserves de munitions et d’obus d’artillerie « est très certainement un élément essentiel de la planification de conflits potentiels futurs ».

Le relatif optimisme qui ressort des conclusions du rapport du VLA ne figure pas dans son équivalent letton, publié fin janvier.

  • Le Bureau de protection de la Constitution (SAB), l’agence chargée de la sécurité de l’État en Lettonie, estime ainsi que le niveau de menace émanant de la Russie restera élevé à long terme, et pointe un risque d’intensification des activités hybrides russes contre l’Europe dans les années à venir 2.
  • Riga alerte également quant à l’évolution du narratif russe, dans lequel la Lettonie est désormais décrite comme un pays russophobe et « nazi », ainsi que comme une « marionnette » de la Grande-Bretagne et des États-Unis, et un État défaillant.
  • Ce discours partage des similarités avec celui utilisé par le Kremlin pour justifier son lancement de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022.

En Norvège, la menace posée par les activités de guerre hybride russe contribuent à ce qu’Oslo décrit comme étant « la situation sécuritaire la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale », dans le rapport annuel de l’Agence de sécurité de la police (PST), le service de renseignements chargé de la sécurité intérieure, publié vendredi 6 février 3.

Sources
  1. International Security and Estonia 2026, Välisluureamet, 10 février 2026.
  2. Annual Report 2025, Satversmes aizsardzības birojs, 26 janvier 2026.
  3. National Threat Assessment 2026, Politiets tryggingsteneste, 6 février 2026.