L’Ukraine, la Russie et les États-Unis ont conclu hier, mercredi 5 février, un deuxième cycle de négociations de deux jours à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, dans un format similaire au précédent cycle qui s’était tenu les 23-24 janvier. 

Malgré les frappes russes incessantes contre le pays, les négociateurs ukrainiens ont souligné une certaine amélioration par rapport aux précédents contacts.

  • Un expert américain ayant conseillé l’Ukraine dans le cadre des négociations a déclaré : « Avant, j’avais envie de crier chaque fois que je voyais un nouveau communiqué indiquant que les discussions étaient “constructives”. Mais maintenant, je pense qu’elles sont effectivement constructives à certains égards. Je remarque que les Russes prennent ces pourparlers plus au sérieux » 1.

Peu de résultats concrets ont émané de ces deux journées de discussions, mis à part un échange de 157 prisonniers ukrainiens contre 157 prisonniers russes, négocié par les États-Unis et les Émirats arabes unis — un chiffre relativement faible en comparaison de précédents échanges.

  • Aucune date n’a pour l’heure été fixée pour un éventuel troisième cycle de discussions, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov ayant déclaré vendredi 6 qu’il aurait lieu « bientôt ».
  • Des sources russes ont suggéré qu’un nouveau « document de paix » était en travaux, ajoutant qu’il faudra « au moins un mois et demi » pour le finaliser 2.

Si Washington est principalement censé jouer un rôle de médiateur entre Moscou et Kiev, les discussions bilatérales avec la délégation russe occupent une place importante.

  • Les négociateurs russes et américains ont convenu de relancer les dialogues entre leurs deux armées, suspendus en 2021. Cette reprise s’inscrit dans le cadre de la volonté de l’administration Trump de « normaliser » ses relations avec Moscou, énoncée dès début 2025.
  • Un des deux groupes de travail mis en place est quant à lui dédié aux « aspects économiques ». Les discussions sont principalement menées par le représentant de Poutine Kirill Dmitriev et l’émissaire de Trump, Steve Witkoff, également activement engagé dans les négociations avec l’Iran 3.

Les questions relatives à la mise en place d’un cessez-le-feu occupent une place secondaire dans le communiqué publié hier par Witkoff. Celui-ci ne fait d’ailleurs aucune mention d’éventuels « progrès », mais relève seulement des « discussions approfondies sur les questions en suspens » : le cessez-le-feu et ses éventuels mécanismes de surveillance.

La Russie continue de camper sur ses positions relatives au retrait ukrainien du Donbass. 

  • Hier, avant la fin des discussions, une source occidentale a confié à l’agence russe Tass que « pour la partie russe, la reconnaissance du Donbass par tous les pays est considérée comme un aspect très important » 4.
  • L’ambassadeur russe à Londres a également déclaré aujourd’hui, vendredi 6, que « le déploiement de troupes britanniques et françaises en Ukraine dans le cadre d’un accord de paix est totalement inacceptable ».

Le Financial Times avait plus tôt révélé qu’un accord conclu entre Kiev, ses soutiens européens et Washington, prévoyait le déploiement de forces de pays membres de la coalition des volontaires — dont font partie la France et le Royaume-Uni — dans le cas d’une violation par la Russie d’un futur cessez-le-feu.

  • Dans un entretien le 4 février avec RT, Lavrov a maintenu la rhétorique russe de discrédit de tout effort de fournir des garanties de sécurité. Il a déclaré qu’un tel arrangement constituerait « pratiquement un ultimatum » adressé à la Russie car l’Ukraine préparerait une attaque sous faux drapeau qu’elle attribuerait à la Russie afin d’obtenir « carte blanche » de l’Occident pour reprendre les combats.
  • Il a également rejeté l’idée d’un cessez-le-feu préalable à un accord de paix définitif, estimant que les pays occidentaux profiteraient d’une telle pause pour continuer à fournir des armes à l’Ukraine.
  • Le ministre russe des Affaires étrangères a ajouté que la Russie ne considérerait comme un voisin durable et permanent qu’une Ukraine « amicale », qui ne serait « pas forcément une alliée », mais qui resterait « neutre » et « bienveillante », suggérant ainsi que le seul arrangement acceptable pour Moscou serait un gouvernement fantoche pro-russe installé à Kiev 5.