Les semaines et les mois qui ont suivi le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, ont été marquées par un « effet drapeau » : la côte de popularité de Poutine a grimpé, tout comme le sentiment patriotique. Alors que la guerre s’apprête à entrer dans sa cinquième année, les deux tiers de la population russe sont désormais favorables à des négociations pour mettre fin à la guerre.
On observe toutefois un écart prononcé entre la capitale, Moscou, et le reste du pays.
- En décembre, lors de la dernière enquête réalisée par le Levada Center, 40 % des Moscovites déclaraient être favorables à la poursuite de la guerre.
- Ce chiffre est supérieur de 15 points à la moyenne nationale (25 %) et représente le double des répondants favorables au conflit résidant dans des villages.
- Cette divergence s’est creusée tout au long de l’année 2025 pour culminer, en novembre, à un écart de 28 points entre Moscou et le reste du pays.
Contacté par la revue, le directeur du Levada Center à Moscou, Denis Volkov, a déclaré que les Moscovites étaient certainement « moins affectés par la guerre que les habitants des autres régions du pays ». Il ajoute : « Peu de personnes se sont portées volontaires ici pour participer à ‘l’opération militaire spéciale’, la ville est bien protégée contre les attaques de drones et sa région est la plus prospère du pays. La vie s’y poursuit plus ou moins comme avant ».
Moscou, au-delà de concentrer le pouvoir politique, est, de loin, la ville la plus prospère du pays.
- Seule la capitale russe affiche un taux de croissance des revenus : 11 % en 2024, contre un maximum de 2 % dans le nord-ouest du pays et les régions sibériennes.
- Le niveau de vie moyen dans la capitale fédérale russe est 2,3 fois plus élevé que la moyenne des autres régions de la Fédération, soit un ratio plus important que dans la quasi-totalité des pays européens.
- La centralité de Moscou dans l’économie russe se traduit aussi par le poids représenté par la capitale et sa région dans le commerce extérieur du pays : celle-ci représente 44 % des exportations du pays et 44,8 % du total des importations.
Les données compilées par Mediazona sur les décès des soldats russes en Ukraine indiquent que les régions de Moscou et de Saint-Pétersbourg sont largement sous-représentées, alors qu’elles concentrent près de 28 millions d’habitants 1.
- En raison du montant attractif des primes versées aux soldats s’engageant sous contrat dans l’armée pour aller combattre en Ukraine, la majeure partie des volontaires vient des régions plus pauvres de l’est et du sud du pays.
- Ainsi, des hommes originaires de la république sibérienne de Touva ou de l’Altaï ont 30 à 40 fois plus de risques de mourir au front que ceux de Moscou 2.
- Près de la moitié des personnes tuées dans l’Altaï étaient des volontaires ayant signé des contrats après 2022.
Sources
- « Потери России в войне с Украиной. », Mediazona, mise à jour le 16 janvier 2026.
- « Жители бедных регионов РФ гибнут на войне в десятки раз чаще москвичей — Би-би-си и “Медиазона” », The Insider, 30 mai 2025.