La première histoire des Lumières sombres, une conversation avec Arnaud Miranda
Dans Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire qui paraît demain aux éditions Gallimard dans la nouvelle collection dirigée par le Grand Continent, le chercheur Arnaud Miranda ouvre un chantier pour les sciences sociales : faire une « histoire numérique des idées néoréactionnaires ».
Entretien.
Votre livre qui paraît demain, jeudi 22 janvier, dans nouvelle Bibliothèque de Géopolitique lancée par le Grand Continent chez Gallimard s’ouvre par une mise au point sur les catégories conceptuelles utilisées pour décrire les droites contemporaines. Pourquoi cette typologie conceptuelle vous semblait-elle utile ?
Le premier chapitre du livre se concentre en effet sur ce travail de clarification. Son objectif est de donner aux lecteurs des outils pour comprendre les pensées dont il sera question par la suite.
Je prends le parti de poser ces concepts comme des catégories opératoires pour décrypter les mutations en cours. Comme tous les concepts, ils subsument une diversité de phénomènes sous un même label. Évidemment, il ne s’agit pas de minimiser les particularités et les nuances qui traversent l’histoire des idées politiques. Mais la vocation de cette mise à plat est bien de fournir des catégories opératoires.
Il pourrait être tentant de se dire que tous les idéologues de droite sont globalement des fascistes rétrogrades. Certains le sont évidemment, comme le montre le dernier texte de Yarvin traduit et commenté dans cette revue. Cependant, il est nécessaire de dépasser une lecture simpliste si l’on veut penser les transformations idéologiques en cours au sein de la droite étatsunienne.
Il s’agit donc de donner au lecteur un prisme qui lui permette de penser de manière critique ce qui peut paraître étrange, déroutant ou inédit dans ces mutations idéologiques. À ce titre, il est nécessaire de poser quelques distinctions.
De laquelle partez-vous et pourquoi ?
Il me semble que pour décrire le phénomène trumpiste, il faut commencer par une distinction fondamentale : le conservatisme et la réaction ne sont pas une seule et même chose.
Ces concepts décrivent deux attitudes idéologiques différentes au regard de l’ordre traditionnel que défendent les auteurs de droite. Pour cela, je m’appuie sur l’analyse de Jean-Yves Pranchère, grand spécialiste de la pensée réactionnaire. Selon lui, le conservateur est guidé par une « volonté de préservation » tandis que le réactionnaire est animé par une « volonté de reconstitution » 1. Autrement dit, le conservateur s’efforce tant bien que mal de défendre les valeurs traditionnelles dans le cadre politique donné, tandis que le réactionnaire considère qu’il est trop tard et qu’il faut renverser la table. Dans un cadre démocratique, cette différence est cruciale : le conservateur s’accommode du cadre démocratique même s’il considère qu’il ne s’agit pas du meilleur régime, tandis que le réactionnaire veut mettre à bas la démocratie. Sans saisir cette distinction, on ne peut pas vraiment comprendre la différence entre Burke et Maistre ou entre Strauss et Schmitt.
Elle me semble cruciale non seulement d’un point de vue théorique, mais aussi d’un point de vue plus normatif. Faire tenir cette distinction, c’est éviter une forme de confusionnisme qui pousse les conservateurs dans les bras des réactionnaires 2. En effet, les frontières sont poreuses et il ne faut pas s’y tromper : un conservateur peut tout à fait devenir réactionnaire. Or le discours consistant à confondre ces positions contribue précisément à la stratégie des réactionnaires qui consiste à provoquer un sursaut chez les conservateurs pour les pousser vers des positions plus radicales. C’est typiquement ce que fait un Curtis Yarvin lorsqu’il décrit les conservateurs comme les idiots utiles du progressisme parce qu’ils acceptent le jeu démocratique.
Vous identifiez plus spécifiquement différents courants au sein de la droite étatsunienne contemporaine.
En effet, cette distinction entre conservateurs et réactionnaires permet de comprendre plus finement ce qui se joue au niveau idéologique au sein de la droite étatsunienne depuis la fin des années 2000.
L’échec du néoconservatisme, qui avait triomphé dans la doctrine Bush, a donné naissance à plusieurs courants réactionnaires. Le néoconservatisme avait construit une rhétorique morale et religieuse de défense des valeurs de la démocratie libérale, notamment pour justifier l’interventionnisme étatsunien en Irak et en Afghanistan. Ces opérations ont créé une véritable résistance au sein de la droite étatsunienne, qui a donné naissance à trois pôles idéologiques qui joueront ensuite un rôle central dans le trumpisme : l’alt-right, le postlibéralisme et la néoréaction.
Bien sûr, ces courants ne sortent pas de nulle part, ils s’inscrivent notamment dans l’histoire du paléoconservatisme. Néanmoins, ces trois tendances se distinguent par leur caractère réactionnaire, et notamment leur volonté de changer le régime politique.
Le premier pôle, central lors de la première campagne de Trump en 2016, c’est l’alt-right. Ce courant naît à la fin des années 2000, notamment dans les pages du blog du suprémaciste Richard Spencer. Maya Kandel a bien montré comment Steve Bannon a ensuite fait un effort de normalisation de ce courant radical pour en faire le socle idéologique du trumpisme 3. Si ce courant s’est montré d’une efficacité rhétorique exceptionnelle en contribuant à porter Trump au pouvoir, il s’est aussi distingué par son incapacité à orienter le premier mandat.
Bannon a fini par être écarté et l’establishment conservateur est parvenu à maintenir une certaine capacité de résistance à la révolution trumpiste. Le chant du cygne de l’hégémonie de l’alt-right me semble être le 6 janvier 2021 avec l’attaque du Capitole. Bien sûr, cela ne l’empêche pas de continuer à être active — on le voit aujourd’hui avec la popularité grandissante de l’antisémite et admirateur d’Hitler Nick Fuentes — mais elle n’est plus le seul socle idéologique du trumpisme.
Dès le premier mandat, certains acteurs du trumpisme ont cherché à former une idéologie plus structurée. C’était l’un des objectifs fondamentaux de la NatCon, dont l’une des missions était de penser le trumpisme après Trump. Dans cet effort de restructuration idéologique, deux courants ont été mobilisés : le postlibéralisme et la néoréaction.
De quoi s’agit-il ?
Le postlibéralisme émerge clairement aux États-Unis dans les années 2010, principalement chez des universitaires catholiques comme Adrian Vermeule et Patrick Deneen. Je renvoie ici aux travaux de Marie Gayte-Lebrun 4 et Blandine Chelini-Pont 5, qui ont spécifiquement travaillé sur ce courant.
Les postlibéraux sont en quelque sorte des conservateurs religieux convertis à la réaction. S’ils font le constat de l’échec du libéralisme, qu’ils considèrent comme un facteur de fragmentation individualiste de la société, dans une veine antilibérale et antimoderne relativement classique, ils dépassent largement la simple rhétorique conservatrice. En effet, ils prônent explicitement un changement de régime à travers une relecture républicaine et antilibérale de la Constitution des États-Unis. Cela passe par un « changement de régime » pour Deneen et la mise en place d’un « constitutionnalisme du bien commun » pour Vermeule.
Quelle différence faites-vous entre eux et les néoréactionnaires ?
Si les postlibéraux sont encore attachés à la Constitution, ce n’est pas le cas des néoréactionnaires, qui proposent un changement complet de paradigme.
C’est pourquoi je me suis principalement intéressé à la néoréaction dans ce livre, puisqu’elle me semble être le pôle le plus idiosyncrasique et également le moins connu.
La néoréaction se distingue nettement du postlibéralisme par le fait qu’elle s’est constituée presque exclusivement en ligne, et qu’elle charrie avec elle des acteurs de la techno-droite.
Le caractère réactionnaire de leur doctrine ne fait aucun doute. Si l’on prend la version la plus simple, celle exposée par Curtis Yarvin, il s’agit de détruire la démocratie pour la remplacer par une monarchie dirigée par un PDG à la manière d’une entreprise. Néanmoins, si je la qualifie de néoréactionnaire, ce n’est pas simplement parce que ses penseurs eux-mêmes utilisent ce terme. Il y a bien des éléments nouveaux dans cette constellation au regard de la tradition réactionnaire : l’héritage libertarien et la fascination pour la technologie.
Pourquoi ne pas inclure la droite chrétienne et des nationalistes chrétiens en général dans cette typologie ?
Le nationalisme chrétien est fondamental dans l’analyse idéologique du trumpisme, mais je pense qu’il serait approximatif d’en faire un courant à part entière.
C’est un référent qui infuse différentes branches du mouvement qui a porté Trump au pouvoir et il me semble à cet égard important de bien distinguer le dominionisme évangéliste de l’intégralisme postlibéral catholique.
Mon livre se concentre sur la néoréaction, qui ne mobilise pas le christianisme comme un référent essentiel — à l’exception de Peter Thiel, mais qui en fait un usage très hétérodoxe. De manière globale, le rapport des néoréactionnaires à la religion est très varié : sceptique pour Yarvin, antichrétien chez Bronze Age Pervert, étrangement déiste chez Zero HP Lovecraft. Spandrell, l’un des auteurs du corpus, fantasme même la création d’une religion nouvelle…
Comment une idéologie née dans la blogosphère a-t-elle pris l’importance qu’elle connaît aujourd’hui ?
C’est sans doute ce qui m’a le plus intéressé dans ce travail.
La néoréaction a une histoire très singulière, celle d’une constellation numérique. Pour en rendre compte, il faut se détacher des modalités classiques d’analyse des idées politiques fondées sur des corpus stabilisés ou des ouvrages canoniques. En effet, la pensée néoréactionnaire se développe avant tout à partir d’articles de blog, commentés, repris, critiqués, copiés et débattus sur d’autres blogs ou sur des forums. Une intertextualité proprement numérique structure cette nébuleuse, ce qui ouvre à mon avis un chantier de recherche à part entière et qui est désormais au cœur de mon travail : celui d’établir les conditions méthodologiques pour une histoire numérique des idées politiques.
Dans l’ouvrage, je ne fais que poser les bases d’une histoire numérique des idées néoréactionnaires. Pour faire simple, je distingue trois moments — bien sûr, comme toute périodisation, elle a ses limites et n’est pas incontestable.
Le premier moment est celui de la genèse, que l’on peut situer autour de 2006, avec les premières interventions de Curtis Yarvin sous le pseudonyme Mencius Moldbug. Il se fait remarquer dans les sections de commentaires de blogs culturels, notamment le blog 2blowhards. Il y publie en 2007 son « Manifeste formaliste », texte fondateur de la néoréaction et dont le succès en ligne le pousse à ouvrir son propre blog. À ce stade, cette communauté reste limitée et animée surtout par Yarvin.
Le deuxième moment décisif intervient en 2012 avec un texte clef de Nick Land. Ancien philosophe d’avant-garde de gauche dans les années 1990 et théoricien de l’accélérationnisme, Land publie la série « The Dark Enlightenment », qui confère à la néoréaction une dimension techno-futuriste beaucoup plus marquée. Ces textes donnent à la constellation néoréactionnaire un nom évocateur mais surtout un nouveau souffle. Ils entraînent une intensification des échanges au sein de la blogosphère, en particulier dans la première partie de l’année 2013. Land lui-même qualifie ce moment d’« explosion cambrienne », durant lequel la néoréaction s’auto-définit comme un courant identifié, avec une doctrine, des critères et une cartographie de la droite. Du point de vue de l’histoire des idées politiques, c’est un moment particulièrement intéressant.
Paradoxalement, c’est aussi à ce moment-là que Yarvin change de stratégie.
En quel sens ?
Il réduit fortement sa production théorique publique pour entamer une campagne active de pénétration des sphères économiques et politiques. Cela passe notamment par le projet Urbit, qui reçoit le soutien financier de Peter Thiel et Marc Andreessen, puis par la mise en relation — via Peter Thiel — avec des personnalités politiques prometteuses comme l’actuel vice-président étatsunien J. D. Vance et Michael Anton.
Cette stratégie a connu un relatif succès, d’abord par la réappropriation de certaines idées néoréactionnaires par l’administration Trump II, mais aussi par la médiatisation de Yarvin à partir du début du second mandat. À ce titre, l’entretien avec David Marchese dans le New York Times en janvier 2025 a été pour moi un moment décisif.
Le succès de Curtis Yarvin est donc lié à une stratégie numérique spécifique ?
Oui, très clairement.
Le succès politique de la néoréaction est indissociable d’une stratégie numérique bien pensée. Je précise : cela ne veut certainement pas dire que Yarvin serait un génie prophétique, ou que sais-je. Mais il a théorisé les modalités d’investissement des sphères politiques dès ses premiers textes, bien avant son succès idéologique. Il ne s’agit donc pas d’une reconstitution rétrospective.
Yarvin théorise ce qu’il appelle le « passivisme », par opposition à l’activisme.
Alors qu’il est encore très peu connu en dehors de la blogosphère, il écrit que pour voir couronner de succès le répertoire néoréactionnaire, il ne faudra pas saturer l’espace public avec des discours radicaux — comme le font les courants nationaux-populistes — car une telle visibilité activerait le système immunitaire de la démocratie. Au contraire, il préconise de construire un corps de doctrine, de tisser des réseaux interindividuels et de convaincre des acteurs politiques clefs un par un. Une fois au pouvoir, ils sauront quoi faire pour mettre à bas la démocratie.
Cette stratégie passiviste, fondamentalement élitiste, s’accompagne d’un usage maîtrisé de la culture numérique : métaphores issues de la culture populaire — les allusions à Matrix ou au Seigneur des anneaux saturent ses textes — memes, trolling. Ces références permettent certes de souder une communauté autour d’une culture commune mais elles rendent également le discours plus difficile à saisir et à critiquer dans les cadres traditionnels de l’argumentation.
Pourquoi le style de Yarvin fonctionne-t-il selon vous sur les élites étatsuniennes ?
Tout en ayant de véritables ambitions intellectuelles — ce dont il ne se cache pas — son discours se présente comme loufoque.
De toute la galaxie néoréactionnaire, il est celui qui incarne le plus clairement cette position pamphlétaire. À cet égard, il ne faut pas le prendre pour ce qu’il n’est pas : ce n’est ni un grand intellectuel, ni un bouffon — mais c’est l’un des artisans de la production idéologique du mouvement.
On a beaucoup parlé de Curtis Yarvin, et un peu de Nick Land, mais vous insistez dans le livre également sur d’autres acteurs de cette galaxie.
En effet, Yarvin et Land sont les deux figures qui permettent de comprendre et de situer la néoréaction, à la fois historiquement et théoriquement, puisqu’ils en constituent les deux pôles. Yarvin incarne une forme de néoréaction politique, centrée sur le projet de transformation de la démocratie, tandis que Land s’inscrit dans une perspective plus lointaine, techno-futuriste et accélérationniste, visant une transformation profonde de l’humanité.
Si on veut simplifier, on peut résumer leurs positions dans le rapport qu’ils posent entre souveraineté et technologie. Chez Yarvin, la technologie est au service de la souveraineté, tandis que Land considère la transition néoréactionnaire comme un marchepied vers l’accélération technocapitaliste.
La néoréaction est une constellation d’acteurs numériques variés dont je fais une brève recension dans l’ouvrage. J’ai tenu à mentionner d’autres acteurs, afin de montrer la diversité des positions internes à la constellation, mais aussi d’insister sur la question de la biologie.
C’est-à-dire ?
Chez Spandrell, Bronze Age Pervert et Zero HP Lovecraft, qui sont les trois auteurs que j’ai retenus, la question de la régénérescence biologique est centrale.
Cela passe d’ailleurs par la place tout aussi centrale de l’eugénisme, moins structurante chez Yarvin et Land — ou, en tout cas, chez ce dernier, rattachée à d’autres questions. Ces auteurs permettent également de comprendre que la néoréaction est aussi traversée par la question de la génétique, qui est consubstantielle à leur racisme. Il n’y a qu’à penser à la critique du « bioléninisme » de Spandrell, qui consiste à dire que la gauche a saboté la qualité génétique de l’élite occidentale en remplaçant les Blancs par « tout le reste » — c’est-à-dire « les femmes, les Noirs, les homosexuels, les musulmans, les transsexuels, les pédophiles ». Cet eugénisme prend aussi la forme d’un vitalisme d’inspiration nietzschéenne chez Bronze Age Pervert ou celle d’un prométhéisme exhaussé de technologie chez Zero HP Lovecraft.
Vous parlez également de Peter Thiel et de Marc Andreessen, pourquoi leur accorder de l’importance ?
Je consacre en effet un chapitre à ces figures, surtout à Peter Thiel.
Il incarne assez bien la trajectoire typique du néoréactionnaire : celle d’un ancien libertarien déçu par l’incapacité du libertarianisme à se traduire politiquement. Je retrace ainsi son parcours du paléolibertarianisme des années 1990 à la néoréaction, en passant par le postlibertarianisme des années 2000.
Un point qui m’a particulièrement intéressé est la lecture de son best-seller d’entrepreneuriat Zero to One. On néglige souvent à quel point ce qui se présente comme un manuel grand public est en fait un bréviaire politique truffé d’éléments de philosophie de l’histoire. Thiel confère notamment à l’entrepreneur un rôle anthropologique, quasi-théologique.
Quant à Marc Andreessen, je le mentionne sans en faire grand cas. Il est un promoteur des idées néoréactionnaires, certes, mais son Manifeste accélérationniste est une reprise un peu grossière du prométhéisme dont j’ai parlé plus tôt. Cette moindre importance idéologique n’empêche pas qu’il est aujourd’hui l’un des milliardaires trumpistes les plus influents dans l’environnement d’investissement de la Silicon Valley, un écosystème où son fonds de venture capital reste une référence.
Pourquoi est-il selon vous important de continuer à lire et à critiquer ces auteurs néoréactionnaires ?
La vocation de cet ouvrage est d’abord de fournir une analyse claire et didactique à l’usage d’un public élargi.
Leurs idées circulent déjà largement, elles sont traduites, compilées et reprises par leurs promoteurs. Surtout, elles sont lues par des personnes en position de pouvoir, à Washington et ailleurs. À ce titre, on ne peut pas se satisfaire d’une posture qui feindrait d’ignorer qu’elles existent : le langage néoréactionnaire occupe une place grandissante dans les discours illibéraux aujourd’hui, c’est un fait. Laisser le monopole de l’analyse aux acteurs néoréactionnaires eux-mêmes ou au commentaire journalistique me semble être une position intenable.
Les sciences sociales doivent se saisir de cet objet tout comme elles se saisissent d’autres formes de discours. C’est précisément le chantier que nous essayons d’ouvrir avec ce livre. Ce travail n’est pas définitif. C’est une première pierre à l’édifice — à la fois de mon propre programme de recherche et, je l’espère, d’un travail collectif.
Enfin, je crois qu’il y a aussi une vertu plus pratique au travail d’analyse.
Analyser la diversité des courants idéologiques du trumpisme revient à le désacraliser. Les trois pôles que j’identifie — national-populisme, post-libéralisme et néoréaction — sont loin d’être compatibles. Ils sont traversés de contradictions profondes : l’accélérationnisme tech est difficilement conciliable avec le constitutionnalisme du bien commun, par exemple. On a également vu les tensions suscitées par l’affaire Epstein, qui montre bien la difficulté du passage entre Trump I et Trump II.
Cet alliage idéologique hétérogène ne tient que parce qu’il s’appuie sur une dynamique politique dont Trump se présente comme un puissant catalyseur : c’est en étudiant précisément les discours et en déconstruisant leur composition qu’on peut en percevoir les faiblesses.
Sources
- Jean-Yves Pranchère, « Le défi réactionnaire », in Rémi Brague (dir.), Sauver ?, Paris, PUF, 2024, p. 297-322.
- Thomas Charrayre, « Où sont passés les conservateurs ? », La Vie des idées, 20 janvier 2025 (en ligne).
- Maya Kandel, Une première histoire du trumpisme, Paris, Gallimard, 2025.
- Marie Gayte-Lebrun, « Vers une ère post-libérale ? Les tentatives catholiques de redéfinir le conservatisme pendant la présidence de Joe Biden », IdeAs, vol. 24, 2024 (en ligne).
- Blandine Chelini-Pont, « Le postlibéralisme catholique aux État-Unis », Études, n°4308, 2023, p. 69-81.