Hugo Drochon, Elites and Democracy, Princeton, Princeton University Press
« L’un des paradoxes fondamentaux des démocraties est qu’elles sont toujours dirigées par des élites. Que signifie la démocratie dans ce contexte ?
Aujourd’hui, on dit souvent que la révolte populiste contre les élites est le moteur de la politique démocratique dans tout l’Occident. Mais dans Elites and Democracy, Hugo Drochon soutient qu’il est plus juste et plus utile de considérer la démocratie comme une lutte perpétuelle entre des élites concurrentes, entre les élites ascendantes et les élites installées.
Le véritable changement politique résulte de l’interaction entre les mouvements sociaux et les institutions politiques élitistes telles que les partis. Mais, même si la véritable démocratie – le gouvernement du peuple – ne sera peut-être jamais atteinte, la lutte pour y parvenir peut produire des résultats démocratiques intéressants.
Au tournant du XXe siècle, Gaetano Mosca, Vilfredo Pareto et Robert Michels ont proposé des théories « élitistes » de la démocratie et nous ont donné des termes tels que « classe dirigeante » et « élites ». S’appuyant sur leurs travaux et retraçant l’histoire de la pensée démocratique à travers des figures telles que Joseph Schumpeter, Robert Dahl, C. Wright Mills et Raymond Aron, Elites and Democracy révèle que cette base fondamentalement élitiste de la démocratie – la démocratie comprise comme une compétition entre élites – a toujours existé.
Hugo Drochon développe une théorie dynamique de la démocratie, fondée sur le mouvement. Alors que la politique actuelle est définie par une réaction populiste contre les élites, la démocratie dynamique offre les outils dont nous avons urgemment besoin pour comprendre notre situation contemporaine et agir en conséquence. »
Parution le 6 janvier
Thibault Tranchant, Créer l’universel. Castoriadis et la critique décoloniale, Paris, CNRS Éditions
« Les critiques postcoloniales et décoloniales ont ouvert un espace polémique autour de la notion d’universel. Qui énonce son contenu et pour quelles raisons ? N’a-t-elle pour fonction que de justifier la domination ? Est-il possible de la recréer au-delà de ses instrumentalisations ?
Un débat aujourd’hui vif opposerait ainsi l’universalisme moderne, accusé d’édifier une conception abstraite et biaisée du citoyen, aux pensées postcoloniales et décoloniales, suspectées de valoriser les différences pour elles-mêmes. Afin d’éclairer ces critiques respectives et de tendre vers un universel aux sources plurielles, ce livre propose de les mettre en perspective avec la philosophie de Cornelius Castoriadis, qui a dégagé les conditions ontologiques, anthropologiques et politiques d’un universel ouvert, ancré dans l’histoire et les pratiques.
La notion castoriadienne d’autonomie radicale y sert, dès lors, de référence pour discuter deux axes du projet de décolonisation : la désoccidentalisation des savoirs et la libération du sujet. Un regard neuf, qui interroge aussi bien les impensés de l’option décoloniale que l’ethnocentrisme de l’universalisme occidental. »
Parution le 8 janvier
Myriam Revault d’Allonnes, Passions publiques, Paris, Seuil
« L’emprise des émotions, dit-on, emporte tout sur son passage, y compris les conditions du débat public. Mais leur absence est-elle la condition d’une raison publique qui ne saurait s’exercer que dans le silence des passions ?
C’est dans le champ de la philosophie politique et en mettant la pensée à l’épreuve de l’événement que Myriam Revault d’Allonnes défait le grand partage du sensible et de l’intelligible, de la raison et des passions. En montrant comment s’entrelacent la rationalité politique, les sensibilités collectives et les conditions de l’agir humain, elle revisite des traditions de pensée qui, attentives au caractère incontournable des affects, ont interrogé la dynamique qui soutient l’élaboration du lien social.
Ce chemin nous aide à mieux comprendre les nouvelles mobilisations où le vécu, le sentiment d’injustice, le souci de l’égale dignité jouent un rôle majeur. Comment leur émergence s’accorde-t-elle avec la capacité d’agir de l’homme raisonnable ? Parce que la raison publique s’enracine dans les dispositions sensibles qui font l’humanité de l’homme, son exercice nous incite à résister aux fureurs antipolitiques qui menacent notre existence démocratique. »
Parution le 9 janvier
Alessandro Arduino, La guerra è cambiata. Droni, IA e mercenari, Turin, Einaudi
« Dans quelle mesure la guerre a-t-elle changé ? Alessandro Arduino part d’histoires personnelles de mercenaires, d’instructeurs militaires, d’entrepreneurs de la sécurité et de hackers, pour ensuite élargir son propos à une vision géopolitique plus large qui englobe les crises de l’Asie centrale dans le voisinage de la Chine, la guerre en Ukraine, l’Afghanistan sous les talibans, la reconstruction de la Syrie et les conflits dans le cyberespace.
Alessandro Arduino propose une analyse qui va au-delà des perceptions occidentales, en intégrant les perspectives asiatiques et moyen-orientales, ainsi que celles des groupes militaires privés, où la défense de son propre pays cède la place à la recherche du profit. Fort de vingt-deux années passées en Chine et d’une connaissance directe des acteurs impliqués, il examine les changements dans la guerre à travers des données provenant de sources primaires, d’entretiens sur le terrain et de recherches menées dans des zones de conflit. »
Parution le 13 janvier
Michael O’Hanlon, To Dare Mighty Things : U.S. Defense Strategy Since the Revolution, New Haven, Yale University Press
« Une grande partie de l’histoire de la défense américaine au cours des 250 dernières années est celle d’un succès. Protégés par deux océans et entourés de voisins pour la plupart amicaux, mais toujours ambitieux à l’étranger, les États-Unis a osé de grandes choses et les ont souvent réalisées, affirme Michael O’Hanlon. Après s’être imposé comme une puissance continentale, principalement par la force des armes, au cours de la première moitié de son histoire, le pays a ensuite mené la coalition victorieuse lors des deux guerres mondiales, recherché la paix pendant la guerre froide et contribué à la formation de la période la plus démocratique de l’histoire de l’humanité.
Mais c’est aussi une « nation dangereuse », plus que ne le pensent la plupart de ses citoyens, étant donné que ses dirigeants, tout comme son peuple, sont très sûrs d’eux et militants. Michael O’Hanlon affirme que ce n’est qu’en comprenant cet « ADN national » que nous pouvons espérer traverser le XXIe siècle en toute sécurité. Il ajoute que, contrairement à sa grande stratégie toujours affirmée, il n’y a pas eu de « manière de faire la guerre » américaine unique depuis 1775, ce qui est une bonne chose, car ce qui a souvent fonctionné pour le pays dans le passé peut être moins pertinent à l’ère moderne. »
Parution le 13 janvier
Hartmut Rosa, Situation und Konstellation. Vom Verschwinden des Spielraums, Berlin, Suhrkamp
« L’enseignante qui ne peut pas attribuer de notes pour encourager ses élèves, la médecin qui traite des écrans plutôt que des patients, l’arbitre dont le jugement est supplanté par la VAR : dans notre société, la nature de nos actions change imperceptiblement. Dans la vie professionnelle en particulier, mais aussi de plus en plus dans nos loisirs, des directives et des formulaires, des algorithmes et des applications nous dictent minutieusement la manière de prendre nos décisions. La réflexion et le jugement adaptés à chaque situation sont remplacés par la logique d’exécution basée sur la constellation des machines que nous utilisons jour après jour. « D’accord » / « Pas d’accord » : les acteurs deviennent ainsi des exécutants.
Cette évolution, aussi utile soit-elle à la justice et à la transparence, a un prix élevé, que Hartmut Rosa chiffre de manière claire. Car lorsque la marge d’appréciation disparaît et que la créativité de l’action humaine est éliminée des pratiques quotidiennes, le sentiment d’impuissance grandit. Et avec la capacité de jugement, l’énergie d’action en tant que telle s’atrophie. Mais comment pouvons-nous contrer cette perte d’énergie individuelle et collective ? Selon Rosa, en renforçant la capacité d’action humaine, et ce à tous les niveaux de l’existence sociale. »
Parution le 13 janvier
François Georgeon, Un printemps ottoman. La révolution jeune-turque de 1908, Paris, Les Belles Lettres
« Été 1908. Après des décennies d’un régime autocratique, l’Empire ottoman connaît soudain une vague de liberté sans précédent. Des chrétiens, des juifs et des musulmans s’embrassent dans les rues aux cris de « vive la liberté ! ». De multiples mobilisations populaires voient le jour, impliquant des jeunes, des femmes ou des ouvriers.
La révolution jeune-turque est en marche. Elle est le résultat d’un coup de force organisé par des officiers de la IIIe armée de Macédoine qui, en menaçant de marcher sur Istanbul, ont contraint le sultan Abdülhamid II (1876-1909) à établir un régime parlementaire. Inspirée par les idées de patrie, de liberté, de justice et de progrès, l’action des Jeunes Turcs, patiemment préparée, déclenche une séquence d’événements déterminants pour l’avenir de la région, depuis les Balkans jusqu’au Moyen-Orient : à la fête révolutionnaire et aux élections à la Chambre des députés, succèdent, dès 1909, une tentative de contre-révolution à Istanbul, une explosion de violences contre la communauté arménienne d’Adana, l’envoi en exil du sultan, puis la relance d’une révolution de plus en plus teintée d’illibéralisme.
L’ouvrage de François Georgeon, synthèse de nombreuses années de recherches, livre la première étude en français sur cette révolution cruciale mais souvent oubliée. Il la replace dans le contexte historique global (guerre russo-japonaise de 1905, mouvements constitutionnalistes en Russie et en Iran, apogée de l’impérialisme européen, déchaînement des nationalismes) et en analyse les paradoxes : pourquoi cette révolution, qui avait suscité l’enthousiasme et levé tant d’espoirs a-t-elle débouché sur une série de drames : la dictature des Jeunes Turcs, le génocide des Arméniens, les défaites dans la Première Guerre mondiale et, pour finir, l’effondrement de l’Empire ottoman ? »
Parution le 16 janvier
Le Grand Continent s’associe aux Éditions Gallimard pour ouvrir une nouvelle Bibliothèque consacrée à la géopolitique.
Paola Rivetti, Storia dell’Iran. Rivoluzione, guerra e resistenza (1979-2025), Rome, Laterza
« Depuis la révolution de 1979, l’Iran est considéré en Occident comme l’ennemi numéro un, l’un des cœurs de « l’axe du mal » qui menacerait l’Europe et les États-Unis. Mais l’Iran est aussi un pays immense et complexe, où le régime théocratique doit faire face à une opposition très forte et combative.
Cette histoire de l’Iran accompagne les lecteurs à la découverte de l’un des lieux centraux des crises internationales actuelles à partir d’un point de vue inédit : celui des mouvements sociaux – étudiants, femmes, travailleurs et minorités ethniques. Au lieu de se concentrer sur les figures de proue de l’État – Khomeini, Khamenei, Ahmadinejad –, le livre suit les protestations et l’histoire des organisations politiques qui, au fil des ans, se sont alliées, organisées et mobilisées, influençant de manière déterminante le développement de la politique nationale et internationale jusqu’au mouvement Femme, Vie, Liberté. »
Parution le 16 janvier
Sébastien Natroll, Une Constitution morte. Aux origines de la réaction américaine, Paris, Amsterdam
« La droite états-unienne s’est récemment emparée de la Cour suprême, plus haute juridiction du pays. Désormais dotée des moyens d’imposer ses valeurs à l’ensemble de la société, elle poursuit son combat politique sur le terrain du droit, par exemple en mettant fin à la protection constitutionnelle de l’avortement.
Cette victoire du camp conservateur est le fruit d’un demi-siècle de luttes acharnées visant non seulement à faire nommer ses juges à la Cour, mais à imposer une lecture rétrograde de la Constitution : l’originalisme, doctrine selon laquelle la seule interprétation valable du texte est celle qui vise à dégager l’« intention originelle » de ses rédacteurs. Portée par une myriade de structures liées à la droite chrétienne et au Parti républicain, cette idée d’une Constitution « morte » s’est en effet peu à peu imposée dans la sphère juridique, jusqu’à devenir hégémonique.
Retraçant cette histoire, Sébastien Natroll apporte un éclairage inédit sur l’histoire de la réaction américaine, et nous invite à mesurer l’importance de la fabrique du droit dans la guerre culturelle en cours. »
Parution le 16 janvier
Stefano Petrucciani et Eleonora Piromalli, Le idee e il potere. Il pensiero politico contemporaneo, Turin, Einaudi
« Cet ouvrage retrace l’histoire de la pensée politique depuis le début du XXe siècle jusqu’à nos jours, en trois parties. La première aborde les conflits idéologiques qui ont marqué l’époque de la « guerre civile européenne » : le débat au sein du socialisme sur les réformes et la révolution ; les philosophies du totalitarisme, de Heidegger à Schmitt en passant par Gentile ; les grandes figures de la pensée libérale et démocratique, de Croce à Kelsen, de Dewey à Schumpeter.
La deuxième partie analyse les innovations de la théorie politique après la Seconde Guerre mondiale, dans les années où s’affirment le travaillisme, le réformisme social-démocrate et l’État providence. La pensée marxiste se renouvelle profondément, avec Sartre et l’école de Francfort. Aux États-Unis, la culture politique s’enrichit de la contribution des Européens qui ont fui le nazisme, comme Leo Strauss et Hannah Arendt. La décolonisation donne naissance à de grandes expériences intellectuelles comme celle de Frantz Fanon.
Enfin, la troisième partie illustre les principales tendances de l’époque actuelle : la discussion sur « Une théorie de la justice » de John Rawls ; la recherche d’une meilleure démocratie, de Bobbio à Habermas ; la critique du sujet moderne dans la pensée radicale, de Foucault à Toni Negri ; les théories féministes et la pensée de la différence. »
Parution le 20 janvier
Nicolas Niarchos, The Elements of Power ; A Story of War, Technology, and the Dirtiest Supply Chain on Earth, Londres, Penguin
« Le Congo est riche. De vastes régions de ce pays africain déchiré par la guerre manquent d’infrastructures de base et, après plusieurs décennies d’occupation coloniale, sa population figure officiellement parmi les plus pauvres au monde. Mais, sous le sol, se cachent de vastes quantités de cobalt, de lithium, de cuivre, d’étain, de tantale, de tungstène et d’autres trésors.
Récemment, ce véritable tableau périodique des ressources est devenu extrêmement précieux, car ces métaux sont essentiels à la « transition énergétique » mondiale, le plan des nations riches visant à se sevrer des combustibles fossiles en passant à des formes d’énergie durables, solaire et éolienne.
La course à l’électrification de l’économie mondiale a commencé et la Chine a une longueur d’avance considérable. De l’Indonésie à l’Amérique du Sud en passant par l’Afrique centrale, Pékin investit depuis des décennies dans les mines et les infrastructures. Mais les États-Unis ont commencé à riposter en réalisant eux-mêmes des investissements massifs, ainsi qu’en imposant des sanctions et des droits de douane perturbateurs.
Dans cette ruée vers l’énergie verte, le monde est devenu totalement dépendant de ressources extraites loin des marchés de consommation et feint d’ignorer les terribles conséquences politiques, environnementales et sociales de leur extraction.
Si la République démocratique du Congo possède de telles richesses, pourquoi ses enfants descendent-ils régulièrement dans des mines dangereuses pour creuser avec des outils rudimentaires, voire à mains nues dans certains cas ? Pourquoi les mers et le ciel de l’Indonésie sont-ils pollués par la ruée vers les métaux utilisés dans les batteries ? Pourquoi le Sahara occidental, source de phosphates, est-il toujours traité comme une colonie ? Qui doit payer le prix du progrès ?
Dans un reportage original et sans précédent, Nicolas Niarchos révèle comment la course à la maîtrise de ces métaux et de leur production bouleverse l’ordre mondial, tout comme la course mondiale au pétrole a façonné le XXe siècle. Explorant l’avènement de la batterie lithium-ion et retraçant la chaîne d’approvisionnement nécessaire à sa production, il raconte à la fois l’histoire des personnes qui sont à l’origine de ces changements tectoniques et de celles dont la vie est bouleversée. Il révèle les conséquences réelles et dévastatrices de nos meilleures intentions et nous aide à nous préparer à un avenir incertain. »
Parution le 20 janvier
Carmen Guillén Lorente, Redimir y adoctrinar. El Patronato de Protección a la Mujer (1941-1985), Barcelone, Critica
« Parmi tous les fragments qui composent l’histoire complexe du XXe siècle espagnol, peu de chapitres sont aussi sombres et révélateurs que ceux liés aux institutions répressives du franquisme. La plus ancienne, mais aussi la moins connue, est le Comité de protection des femmes.
De 1941 jusqu’à l’avènement de la démocratie, cette institution a fondé son action sur quatre piliers : le travail et la prière pour racheter les péchés ; la discipline et la punition pour endoctriner. Au croisement des intérêts de l’Église et de l’État, la doctrine catholique a servi à légitimer ce contrôle des femmes. Des milliers de femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux socio-économiques ont été condamnées sans crime et enfermées sans procès au nom de cette morale. Sous le couvert de la charité se cachait une réalité faite d’abus, de travaux forcés, de vol de bébés et de violations systématiques des droits humains.
Cet ouvrage analyse le Patronato comme un élément clé de l’architecture morale et politique du franquisme et examine l’empreinte qu’il a laissée sur celles qui l’ont subi ainsi que sur une mémoire collective qui peine encore à assumer ce passé. »
Parution le 21 janvier
Óscar Martínez, Bukele, el rey desnudo, Barcelone, Anagrama
« Óscar Martínez se penche sur le leader autoritaire du Salvador, devenu le dirigeant le plus populaire d’Amérique au cours de la dernière décennie : Nayib Bukele. Sarcastique quand il le faut et clairement axé sur la narration, Óscar Martínez dresse le portrait du dictateur en sept chapitres, chacun autour d’une scène révélatrice.
Depuis 2020, l’auteur dirige Elfaro.net, le média salvadorien le plus attaqué par Bukele depuis son arrivée au pouvoir : il a coordonné des enquêtes qui ont mis au jour des dizaines de cas de corruption, de violations massives des droits humains et d’ententes criminelles qui traversent tout son gouvernement. Le livre a été écrit au cours de ses six premiers mois d’exil, en raison des mandats d’arrêt lancés contre lui pour son travail journalistique. »
Parution le 21 janvier
Charles Powell, El rey Juan Carlos I y la proyección exterior de España, Barcelone, Galaxia Gutenberg
« Cet ouvrage explore en profondeur la contribution de Juan Carlos à la normalisation progressive et à la projection internationale de l’Espagne depuis sa nomination comme successeur de Franco en 1969 jusqu’à son abdication en 2014.
Charles Powell soutient que le monarque a apporté une contribution décisive à la reconnaissance internationale de la nouvelle Espagne démocratique, en facilitant son entrée dans l’OTAN (1982) et dans la Communauté européenne (1986). Il a également contribué à rééquilibrer les relations avec les États-Unis, encouragé le rapprochement avec l’Amérique hispanique et la création de la Communauté ibéro-américaine des nations, et cultivé les relations avec le monde arabe sans que cela ne fasse obstacle à la reconnaissance d’Israël, rendant ainsi possible la tenue de la Conférence de Madrid sur le Moyen-Orient en 1991.
Charles Powell étudie également sa contribution à la « diplomatie publique », qui s’est surtout manifestée lors des Jeux olympiques de Barcelone et de l’Expo 92 de Séville, ainsi que ses efforts pour atténuer l’impact de la crise financière de 2008. Le livre se termine par une analyse des scandales qui ont conduit à son abdication et conclut que, malgré les erreurs qu’il a sans doute commises, Juan Carlos a accompli un travail diplomatique remarquable, qui mérite d’être (re)connu par les Espagnols. »
Parution le 21 janvier
Bénédicte Savoy, 1815, le temps du retour. Restituer l’art en Europe après l’Empire napoléonien, Paris, La Découverte
« Le premier grand débat transnational sur le retour d’œuvres spoliées dans leur pays d’origine n’est pas issu des bouleversements du XXe siècle, mais de la désagrégation de l’Empire napoléonien en Europe. Entre 1794 et 1811, la France révolutionnaire puis impériale confisque plusieurs milliers d’œuvres d’art et de livres précieux dans les pays occupés par ses armées. Cette politique d’appropriation, légitimée par l’idée que les arts, fruits du « génie de la liberté », doivent revenir au pays de la liberté, entraîne un vaste transfert d’objets culturels (peintures, sculptures, manuscrits précieux, etc.) vers Paris. La majorité de ces œuvres, accumulées principalement au Louvre et à la Bibliothèque nationale, fait l’objet de revendications après la chute de l’Empire. En 1814 puis 1815, elles sont en grande partie restituées à leurs pays d’origine.
De Goethe à Stendhal en passant par Walter Scott ou les frères Grimm, cet enjeu mobilise l’intelligentsia européenne et transforme durablement la géographie culturelle du continent. Les débats passionnés qu’il suscite préfigurent à bien des égards des controverses qui suivront d’autres fins d’empire emblématiques : les restitutions en Europe après la dissolution du « Reich » nazi, les revendications postcoloniales formulées en Afrique après les indépendances des années 1960 ou les réflexions amorcées vers 1991 sur l’avenir des patrimoines annexés et déplacés par l’Union soviétique avant son démantèlement.
En appréhendant l’événement historique et culturel qu’ont constitué les restitutions de 1815 comme la matrice de nos questionnements actuels, Bénédicte Savoy nous invite à repenser la notion de patrimoine dans une perspective relationnelle, où les « objets de musée » ne sont plus seulement des entités matérielles et esthétiques, mais aussi des capsules d’histoire, de mémoire et de conscience collective. Envisager leur avenir, c’est aujourd’hui nécessairement intégrer la perspective des dépossédés et donc la notion cruciale de consentement. »
Parution le 22 janvier
Allison Carnegie et Richard Clark, Global Governance Under Fire : How International Organizations Resist the Populist Wave, Princeton, Princeton University Press
« Partout dans le monde, les dirigeants populistes rejettent les organisations internationales, les dénonçant comme des contraintes pesant sur l’autonomie de l’État et ralliant leurs partisans contre « l’élite mondiale » qui les dirige. Ces institutions, minutieusement construites au fil de décennies de négociations et de coopération multilatérale, sont souvent considérées comme des spectatrices passives, incapables ou peu disposées à riposter. Dans Global Governance Under Fire, Allison Carnegie et Richard Clark remettent en question ce point de vue, affirmant que les organisations internationales sont en fait des acteurs stratégiques disposant des outils nécessaires pour résister aux pressions populistes. À l’aide de nouvelles perspectives théoriques et d’analyses empiriques originales, ils examinent comment ces institutions ripostent et comment leurs stratégies défensives remodèlent la gouvernance mondiale.
Carnegie et Clark identifient quatre stratégies principales utilisées par les organisations internationales pour apaiser et/ou marginaliser les populistes et leurs électeurs. Ils constatent que si ces stratégies contribuent à renforcer la gouvernance mondiale face à l’opposition populiste, elles peuvent également avoir des conséquences imprévues, susceptibles d’éroder la légitimité institutionnelle des organisations internationales et d’alimenter l’opposition à leur encontre. »
Parution le 27 janvier
Daniel Neep, A History of Modern Syria, Londres, Allen Lane
« Peu de pays ont connu une histoire politique aussi tourmentée que la Syrie. Issue de la dislocation de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, la Syrie a ensuite été brutalement gouvernée par la France. Ce « mandat » français a tracé de nouvelles frontières avec des voisins tout aussi précaires dans un processus qui a déchiré les familles, les réseaux commerciaux et les hypothèses politiques déjà malmenés par la guerre.
L’histoire ultérieure de la Syrie a été marquée par une série de tentatives pour donner un sens à ses frontières. La tentative d’union avec l’Égypte, à la fin des années 1950, s’est avérée infructueuse. Et le pays a subi plusieurs humiliations infligées par les forces armées israéliennes. La guerre civile qui a éclaté en 2011 a plongé la Syrie dans une série de catastrophes cauchemardesques, notamment les terribles années de l’État islamique, qui ont finalement abouti à la réimposition de la dictature de Bachar al-Assad, qui a pris fin en 2024.
Daniel Neep dresse un récit de la manière dont les Syriens ont vécu ces événements, sans jamais perdre de vue le sort des gens ordinaires ni la richesse, la complexité et la diversité de la société syrienne »
Parution le 29 janvier
Mark B. Smith, Exit Stalin : The Soviet Union as a Civilization, 1953-1991, Londres, Allen Lane
« Après la mort de Staline, l’Union soviétique est restée un pays répressif, dur et belliqueux. Mais elle est également devenue plus prévisible pour ses citoyens et a sincèrement tenté de mettre en place le système égalitaire et progressiste que la révolution russe avait autrefois promis. Ce n’est que dans les années 1980 qu’il est apparu clairement que cette tentative allait échouer.
Le livre de Mark B. Smith recrée la vie quotidienne dans cet immense État, le plus grand qui ait jamais existé. À quoi ressemblait la vie dans un pays qui affichait des ambitions aussi absolues pour l’avenir, qui prétendait être en passe de créer une utopie populaire et qui, comme les États-Unis, possédait suffisamment d’armes atomiques pour mettre fin à la vie humaine sur Terre ?
Exit Stalin regorge d’histoires extraordinaires sur ceux qui ont vécu en URSS et sur la civilisation unique et fonctionnelle qu’ils ont construite. Beaucoup d’entre eux ont adhéré à ses valeurs, compris ses objectifs et ne pouvaient imaginer la vie en dehors d’un projet aussi ambitieux et progressiste. Les pénuries, la coercition et l’incompétence qui sous-tendaient l’URSS – et qui, à la fin des années 1980, allaient la condamner – doivent être comprises parallèlement à l’acceptation dont elle a toujours bénéficié de la part de nombreux citoyens. »
Parution le 29 janvier
Patrick Boucheron, Peste noire, Paris, Seuil
« Un ouvrage d’une ambition sans équivalent par l’un de nos plus grands historiens, qui révolutionne l’histoire de la peste noire. On appelle traditionnellement « peste noire » le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste, qui se diffuse en Europe à partir de 1347. Elle constitue à ce jour la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité. L’ouvrage prend appui sur les progrès conjoints de l’archéologie funéraire et de l’anthropologie, mais aussi de la microbiologie et des sciences de l’environnement, qui en ont révolutionné l’approche.
Peste noire propose une histoire globale et sociale d’un événement de longue durée, qui déborde les frontières chronologiques, géographiques et disciplinaires. Car la peste met à l’épreuve ce que peut l’histoire dès lors qu’elle se montre accueillante à l’apport de toutes les sciences du passé, y compris lorsqu’elles fouillent les archives du vivant et celles de la Terre. Elle fut, historiquement, une mise à l’épreuve de la capacité des pouvoirs et des sociétés humaines à faire face à la mort de masse. Proposant aussi une histoire d’après la peste, Patrick Boucheron répond à des questions plus récentes, relatives notamment aux paysages et à l’habitat, à l’environnement d’une manière générale, à l’histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes.
Il propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d’après la peste, mais « depuis » elle, comme événement et comme durée dans le temps. »
Parution le 30 janvier