1 – Pourquoi y a-t-il toujours un sujet  ?

La grippe saisonniĂšre, virus dĂ©jĂ  considĂ©rĂ© comme plus prĂ©occupant que la normale, conduit Ă  un taux de mortalitĂ© d’environ 0,2 %. Le coronavirus en l’Ă©tat actuel (minuit — 18 fĂ©vrier), un virus nouveau, a infectĂ© au moins 70 500 personnes et en a tuĂ© au moins 1650, soit un taux de mortalitĂ© d’environ 2 %. Plus de 9000 personnes ont Ă©tĂ© guĂ©ries Ă  ce jour. Il existe des cas de patients infectĂ©s par le coronavirus dans au moins 29 pays (dont 12 cas en France), y compris de nombreux cas de personnes infectĂ©es sans avoir jamais Ă©tĂ© a Wuhan, l’épicentre de l’épidĂ©mie, ainsi que des transmissions d’homme Ă  homme du virus avĂ©rĂ©es en Chine.

Avec la survenue des premiers dĂ©cĂšs en dehors de la Chine depuis le 2 fĂ©vrier, l’épidĂ©mie a pris une dimension mondiale, susceptible de causer un nombre important de victimes particuliĂšrement important et de dĂ©stabiliser de maniĂšre significative nos sociĂ©tĂ©s. Par ailleurs, ce virus appartient Ă  la mĂȘme famille et possĂšde un certain degrĂ© de similaritĂ© avec le SRAS et le MERS, deux autres coronavirus responsables d’épidĂ©mies respectivement en Chine en 2003 (8 422 personnes infectĂ©es pour 916 morts soit 11 % de mortalitĂ©), et en Arabie Saoudite en 2012 (55 personnes infectĂ©es pour 31 morts soit 56,4 % de mortalitĂ©).

Une carte sur la dimension mondiale d'une pandémie potentielle

2 – Que sait-on Ă  ce jour  ?

Un des Ă©lĂ©ments les plus complexes de la situation actuelle est prĂ©cisĂ©ment la gestion de l’information. La situation Ă©volue trĂšs vite, chaque nouvelle information est susceptible d’inflĂ©chir le pronostic dans un sens ou dans un autre. L’incertitude restera pendant un certain temps assez grande alors mĂȘme que des dĂ©cisions trĂšs importantes devront ĂȘtre prises. Il faut donc ĂȘtre particuliĂšrement prudents et vigilants, et aborder les nouvelles informations avec un certain recul.

L’annonce dans un premier temps par des scientifiques chinois que des serpents seraient « le vecteur le plus probable de la maladie Â», trĂšs rapidement dĂ©mentie par une grande partie de la communautĂ© scientifique, vient trĂšs bien illustrer cela. Autre exemple d’arrivĂ©e d’informations en trompe-l’Ɠil : la publication de la sĂ©quence du virus par les autoritĂ©s chinoises a permis d’établir des tests diagnostics trĂšs prĂ©cis et ainsi de confirmer rapidement de nombreux cas. Au premier abord on a donc pu avoir l’impression que le nombre de cas explosait alors que ces personnes Ă©taient dĂ©jĂ  infectĂ©es depuis un certain temps ; ce qui a augmentĂ© trĂšs rapidement Ă©tait en fait la capacitĂ© Ă  effectuer un diagnostic sĂ»r.

Ce qui semble certain Ă  l’heure actuelle est ce qui a Ă©tĂ© dit prĂ©cĂ©demment : un virus nouveau et au taux de mortalitĂ© beaucoup plus Ă©levĂ© que la grippe, dĂ©jĂ  elle-mĂȘme loin d’ĂȘtre anodine, a infectĂ© et tuĂ© de nombreuses personnes, s’est rapidement rĂ©pandu dans de nombreux pays et serait capable de se transmettre efficacement d’homme Ă  homme, remplissant les conditions prĂ©alables Ă  l’évolution de la situation vers une pandĂ©mie au niveau mondial. Le sentiment d’insĂ©curitĂ© est par ailleurs alimentĂ© par les nombreuses incertitudes qui persistent sur la capacitĂ© du virus Ă  ĂȘtre transmis en phase asymptomatique et sa durĂ©e d’incubation, ainsi que par l’absence d’options thĂ©rapeutiques efficaces

COVID-19 Employés ménages désinfectent train Séoul spray Corée du Sud

3 – Peut-on vraiment faire confiance aux informations venant de Chine  ?

Comme dit prĂ©cĂ©demment il faut prendre l’ensemble des informations avec un certain recul, et l’on ne pourra mesurer l’ampleur de l’éventuelle dĂ©sinformation par le rĂ©gime chinois qu’a posteriori. On a pu dans un premier temps penser qu’aprĂšs le scandale provoquĂ© autant au niveau international qu’interne par la gestion calamiteuse du cas du SRAS en 2003, au cours de laquelle les responsables avaient dissimulĂ© de nombreux cas, Ă©tĂ© trĂšs lents Ă  rĂ©agir, et sciemment menti Ă  leurs homologues internationaux, ralentissant et handicapant sĂ©rieusement la rĂ©ponse, les leçons ont Ă©tĂ© au moins en partie tirĂ©es, et que, cette fois, le rĂ©gime a dĂ©cidĂ© de jouer la carte de la relative transparence et surtout de la coopĂ©ration avec ses homologues internationaux afin d’apporter la rĂ©ponse la plus efficace possible Ă  cette crise.

La publication par les scientifiques chinois de la sĂ©quence du virus, Ă©lĂ©ment essentiel au diagnostic prĂ©cis, Ă  l’étude de rĂ©ponses thĂ©rapeutiques, et Ă  l’étude des Ă©ventuelles mutations, ressemble Ă  un signe tangible de cette volontĂ©.

Pourtant il s’est depuis avĂ©rĂ© qu’il y avait probablement encore une fois bel et bien eu dissimilation et retard dans la rĂ©ponse de la part des autoritĂ©s chinoises. Afin de bien apprĂ©cier cette censure, il faut se placer Ă  l’échelle pertinente. De nombreux Ă©lĂ©ments laissent penser qu’il s’agit d’une censure exercĂ©e par des cadres locaux du parti communiste soucieux de prĂ©senter les meilleurs chiffres et les meilleures donnĂ©es pour avoir la meilleure Ă©valuation possible. Il ne s’agirait donc pas d’une censure exercĂ©e Ă  la demande de Xi Jinping mais d’une censure des cadres locaux craignant la rĂ©action du pouvoir central.

La mort de Li Wenliang, mĂ©decin chinois de Wuhan considĂ©rĂ© comme le premier professionnel de santĂ© Ă  avoir tirĂ© la sonnette d’alarme sur la possibilitĂ© d’un nouveau coronavirus respiratoire contagieux et menacĂ© par les autoritĂ©s de « rĂ©pandre des rumeurs Â», a sonnĂ© comme un Ă©lectrochoc dans les consciences de nombreux chinois. Un Ă©lectrochoc soulignant la censure et le dĂ©ni des autoritĂ©s et les ravages qu’il cause, mais aussi de maniĂšre plus large les limites et les travers du systĂšme autocratique chinois. Li Wenliang est devenu aux yeux de beaucoup de chinois un martyr, mort en essayant d’alerter son peuple malgrĂ© la censure des autoritĂ©s, mais Ă©galement une raison de ne pas faire confiance Ă  ces mĂȘmes autoritĂ©s.

COVID-19 wuhan photo premier patient hĂŽpital Kong-Kong

4 – Qu’est ce qu’un virus et qu’est ce que celui-ci Ă  de particulier ?

Un virus est une entitĂ© (jusqu’ici considĂ©rĂ© comme n’appartenant pas au vivant mais le dĂ©bat est dĂ©sormais prĂ©sent sur cette question dans la communautĂ© scientifique, notamment via le concept de virocell) qui pĂ©nĂštre dans certaines cellules et les « dĂ©tourne Â» de leurs fonctions habituelles afin d’en faire des « usines Â» vouĂ©es presque exclusivement Ă  la rĂ©plication en trĂšs grande quantitĂ© du virus, les nouveaux virus produits allant Ă  leur tour infecter d’autres cellules, et ainsi de suite
 Les symptĂŽmes causĂ©s par les virus pathogĂšnes les plus dangereux le sont la plupart du temps soit parce que les cellules qu’ils infectent, Ă©puisĂ©es par la production en trĂšs grande quantitĂ© de virus, ne parviennent plus Ă  assurer leurs fonctions normales : c’est le cas des cellules immunitaires avec le VIH et des cellules du foie avec l’hĂ©patite ; soit parce que l’infection par le virus induit une rĂ©ponse aberrante du systĂšme immunitaire : c’est le cas de la grippe espagnole qui provoquait une rĂ©ponse anarchique du systĂšme immunitaire endommageant les poumons et finissant par empĂȘcher le patient infectĂ© de respirer.

Un certain nombre d’élĂ©ments suggĂšrent que le coronavirus actuel pourrait provoquer un phĂ©nomĂšne similaire au sein des poumons des malades infectĂ©s. Il existe de trĂšs nombreux virus, et la plupart d’entre eux sont inoffensifs ou bĂ©nins pour l’homme, soit parce qu’ils sont incapables de rentrer ou de se rĂ©pliquer efficacement dans les cellules humaines, soit parce qu’ils sont neutralisĂ©s efficacement par le systĂšme immunitaire humain. Celui-ci semble avoir de particulier qu’il parvient Ă  se rĂ©pliquer efficacement dans les cellules humaines, Ă  Ă©chapper au systĂšme immunitaire, Ă  se transmettre efficacement d’homme Ă  homme, et enfin que les dĂ©gĂąts causĂ©s par sa prĂ©sence et sa rĂ©plication induisent une mortalitĂ© significativement supĂ©rieure Ă  ce qui est normalement observĂ© chez des virus dĂ©jĂ  considĂ©rĂ©s comme dangereux et pathogĂšnes.

COVID-19 Arrivée passagers aéroport Yogyakarta Indonésie queue test fiÚvre

5 – Existe-il un vaccin ?

Non, et il n’en existera probablement pas Ă  court ou mĂȘme Ă  moyen terme. Par ailleurs un vaccin requiert plusieurs semaines avant de mettre en place chez le patient des dĂ©fenses immunitaires efficaces contre l’agent pathogĂšne et est donc un moyen de prĂ©vention et non d’arrĂȘt d’une Ă©pidĂ©mie. Cependant il existe des molĂ©cules thĂ©rapeutiques efficaces contre certains virus qui, elles, agissent rapidement et peuvent ĂȘtre utilisĂ©es en phase aiguĂ« d’épidĂ©mie pour traiter des malades dĂ©jĂ  infectĂ©s par le virus. C’est le cas par exemple des molĂ©cules utilisĂ©es en tri thĂ©rapies contre le VIH ou du tamiflu (Oseltamivir) utilisĂ© pour traiter certains patients infectĂ©s par certaines souches de la grippe.

La diffĂ©rence est qu’un vaccin va agir indirectement en induisant la formation d’une rĂ©ponse immunitaire spĂ©cifique du virus lĂ  oĂč ces molĂ©cules antivirales vont directement aller bloquer l’action de protĂ©ines essentielles au fonctionnement du virus et donc l’empĂȘcher directement d’agir.

Par ailleurs, Ă©lĂ©ment particuliĂšrement important dans la mise en place d’une rĂ©ponse thĂ©rapeutique, on sait quel rĂ©cepteur le virus utilise pour entrer dans les cellules humaines, l’Angiotensine Converting Enzyme 2 ou ACE 2, soit le mĂȘme que le SRAS et le MERS ce qui guide fortement des recherches qui ont dĂ©jĂ  repris en urgence sur des molĂ©cules en mesure de bloquer l’accĂšs du virus Ă  ces rĂ©cepteurs et donc son entrĂ©e dans les cellules humaines.

COVID-19 modélisation chaßne protéines ACE2 PDB 1r42
Angiotensine Converting Enzyme 2 ou ACE 2

6 – À quel point est-il dangereux  ?

À l’heure actuelle, il est trĂšs difficile, voire quasiment impossible de le savoir prĂ©cisĂ©ment. Pour qualifier la dangerositĂ© d’un virus, il existe notamment deux indicateurs particuliĂšrement pertinents : le CFR et le R0.

Le CFR, ou Case Fatality Rate, correspond au taux de mortalitĂ© des personnes infectĂ©es. À l’heure actuelle on considĂšre qu’environ 70 500 personnes ont Ă©tĂ© infectĂ©es et 1 650 tuĂ©es par le virus ce qui correspondrait Ă  un CFR d’environ 2 % mais ces nombres souffrent d’un certain degrĂ© d’imprĂ©cision : on ne sait pas prĂ©cisĂ©ment combien de personnes ont Ă©tĂ© infectĂ©es Ă©tant donnĂ© que certaines ne prĂ©sentent pas encore de symptĂŽmes, ni combien de personnes vont mourir parmi toutes celles qui sont infectĂ©es et actuellement dans un Ă©tat critique. Ce nombre, initialement estimĂ© Ă  3 %, a Ă©tĂ© revu Ă  la baisse par l’OMS fin janvier. Le R0 est quant Ă  lui le nombre moyen de personnes qu’une personne infectĂ©e va Ă  son tour infecter avant soit de n’ĂȘtre plus contagieuse, soit d’ĂȘtre mise en quarantaine. Si ce chiffre est supĂ©rieur Ă  1, l’épidĂ©mie va continuer de s’étendre, s’il est Ă©gal Ă  1, l’épidĂ©mie va se stabiliser ; s’il est infĂ©rieur Ă  1, l’épidĂ©mie va s’estomper. A prendre avec beaucoup de prĂ©cautions mais l’estimation actuelle du R0 selon l’OMS semble ĂȘtre autour de 1.4-2.5 ce qui serait donc supĂ©rieur Ă  1 et donc de nature Ă  perpĂ©tuer l’amplification de l’épidĂ©mie sans pour autant ĂȘtre susceptible de le faire de maniĂšre exponentielle.

COVID-19 Passager gare déserte Wuhan

Autre distinction importante : l’échelle pertinente Ă  laquelle on considĂšre la dangerositĂ©. Un virus avec un CFR de 80 % tel qu’Ebola va ĂȘtre extrĂȘmement dangereux pour la personne infectĂ©e puisqu’il aura 80 % de chances de la tuer mais sera beaucoup moins dangereux Ă  l’échelle de la sociĂ©tĂ© car, en tuant la plupart des personnes qu’il infecte, le virus Ă©puisera rapidement son rĂ©servoir, finira par s’estomper relativement rapidement et ne produira pas d’épidĂ©mie Ă©tendue au niveau mondial. À l’inverse, un virus avec un CFR autour de 3 %, comme cela semble ĂȘtre le cas avec ce nouveau coronavirus, sera beaucoup moins dangereux Ă  l’échelle de l’individu infectĂ© mais beaucoup plus dangereux Ă  l’échelle de la sociĂ©tĂ© car il produira un rĂ©servoir beaucoup plus important de personnes infectĂ©es circulant et infectant d’autres personnes et prĂ©sentera ainsi un risque beaucoup plus important de dĂ©clencher une Ă©pidĂ©mie d’ampleur internationale.

À l’heure actuelle, l’OMS a rĂ©sistĂ© Ă  faire passer le niveau d’alerte de 4 Ă  5 (5 Ă©tant le niveau Ă  partir duquel on parle de pandĂ©mie) pour ce virus car pour cela il faudrait qu’il y ait des cas avĂ©rĂ©s de transmission d’homme Ă  homme Ă©tendue et ayant dĂ©clenchĂ© des recrudescences de cas dans plusieurs pays. Or pour le moment, cette situation de transmission accrue d’homme Ă  homme n’a Ă©tĂ© observĂ©e qu’en Chine. Ainsi, mĂȘme s’il existe des cas dans au moins 11 pays au total, il n’y a pour le moment pas encore de preuve de transmission Ă©tendue au sein d’autres pays que la Chine et tous les cas mondiaux pourraient trĂšs bien avoir Ă©tĂ© contaminĂ©s en Chine. Par ailleurs un Ă©lĂ©ment particuliĂšrement rassurant est que le virus semble a priori et d’aprĂšs les informations prĂ©alables relativement peu muter, les sĂ©quences retrouvĂ©es dans l’ensemble des pays Ă©tant, pour le moment en tout cas, trĂšs proches des sĂ©quences initialement retrouvĂ©es Ă  Wuhan. Cela est d’autant plus important qu’une des raisons de la sĂ©vĂ©ritĂ© du VIH et de la rĂ©currence de la grippe sont justement leur trĂšs grande propension Ă  muter.

7 – D’oĂč vient-il et comment se propage-t-il ?

Comme la plupart des virus pathogĂšnes pour l’homme, il vient d’animaux chez qui il se rĂ©plique sans causer de maladie, lui permettant ainsi de se rĂ©pliquer en trĂšs grande quantitĂ© sans tuer ses hĂŽtes et donc dĂ©truire son vecteur. À un certain stade le virus acquiert des mutations qui lui permettent de passer de l’animal Ă  l’homme, puis acquiert potentiellement des mutations qui lui permettent d’optimiser son passage d’homme Ă  homme. Comme beaucoup de virus avant lui et notamment comme le SRAS, autre coronavirus , ce nouveau virus semble avoir potentiellement pour rĂ©servoir les chauves-souris. Mais Ă©tant donnĂ© qu’il est depuis passĂ© chez l’homme et se transmet d’homme Ă  homme cela ne signifie pas qu’il y ait rĂ©ellement d’enjeux liĂ©s aux chauves-souris dans la gestion de l’épidĂ©mie.

Coronavirus Wuhan soldat chinois vérifie température conducteur Wuhan

8 – Comment peut-on arrĂȘter sa diffusion et comment comprendre les mesures prises par les autoritĂ©s chinoises  ?

En raison d’un retard dans la remontĂ©e des informations des autoritĂ©s locales vers le parti central, la rĂ©ponse Chinoise a tardĂ© Ă  se mettre en place. Or, Ă  partir du moment oĂč l’épidĂ©mie a Ă©tĂ© affirmĂ©e, les autoritĂ©s ont pris des mesures rapides et inĂ©dites avec la mise en quarantaine de villes entiĂšres de plusieurs dizaines de millions de personnes. A l’échelle de la sociĂ©tĂ© il semble que ces mesures se justifient par le fait d’enrayer la diffusion du virus, mais Ă  l’échelle d’un individu, la question se poserait probablement au sein d’une sociĂ©tĂ© plus portĂ©e sur les libertĂ©s individuelles de savoir si la sociĂ©tĂ© peut dĂ©cider au non du bien collectif de confiner un individu dans une ville oĂč il a non seulement plus de chances de contracter la maladie mais aussi et surtout qui risque d’ĂȘtre frappĂ©e de pĂ©nuries diverses et d’émeutes.

Dans un premier temps il semble que semble donc que le Parti Communiste ait tentĂ© d’utiliser son rĂ©gime autoritaire et vertical comme un atout dans la gestion de cette crise. Il Ă©tait mĂȘme envisageable que celle-ci soit par la suite citĂ©e en exemple par les autoritĂ©s chinoises pour mettre en avant l’efficience supĂ©rieure de son modĂšle de sociĂ©tĂ© sur le modĂšle occidental, dans lequel les « dĂ©cisions qui s’imposent Â» seraient plus difficiles Ă  prendre. Les images du chantier d’un hĂŽpital qui serait bĂąti en dix jours ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© trĂšs largement relayĂ©es. On imagine ainsi par exemple trĂšs mal le gouvernement français mettre en quarantaine une ville entiĂšre sans dĂ©clencher un niveau de dĂ©fiance susceptible de remettre en cause l’efficacitĂ© mĂȘme de la quarantaine.

Pourant depuis la rĂ©vĂ©lation d’une censure initiale par les autoritĂ©s locales, l’expansion du nombre de cas et de morts bien au delĂ  du SRAS, et la mort de Li Wenliang, le mĂ©decin ayant tentĂ© d’alerter sur le virus malgrĂ© la censure des autoritĂ©s est venu Ă  l’inverse faire plutĂŽt de cette crise une illustration des limites du systĂšme chinois. Car au cƓur de la censure initiale, il semble y avoir eu le systĂšme d’évaluation de l’ensemble des citoyens chinois censĂ© “favoriser un comportement vertueux” en rĂ©compensant ceux qui se comportent le mieux. Seulement ce systĂšme rĂ©compensant les responsables locaux du parti communiste en fonction de leurs performances, la tentation est grande de falsifier les chiffres, tout comme la peur de dĂ©clarer un dĂ©but d’épidĂ©mie. La mort de Li Wenliang est ainsi en un sens une allĂ©gorie des ravages d’un systĂšme ou la crainte du pouvoir central est si forte qu’elle pousse au dĂ©ni parfois extrĂȘme. De nombreux chinois se sont ainsi mis Ă  douter ouvertement des capacitĂ©s de gestion de crise de leurs autoritĂ©s, postant des millions de messages de dĂ©fiance plus ou moins ouverte envers le rĂ©gime sur le systĂšme de messagerie “Wechat”, submergeant ainsi pour un temps les capacitĂ©s de censure du rĂ©gime.

À l’heure actuelle, le diagnostic rapide et prĂ©cis des personnes infectĂ©es, notamment rendu possible par la transmission de la sĂ©quence du virus par les autoritĂ©s chinoises, leur isolement et leur traitement semblent ĂȘtre les mesures les plus efficaces.

À l’étranger, les autoritĂ©s adoptent principalement une stratĂ©gie « barriĂšre Â» dans l’objectif de dĂ©tecter et d’isoler rapidement les malades pour enrayer l’épidĂ©mie. Cela se manifeste notamment par des recommandations d’hygiĂšne, la prĂ©paration Ă  une Ă©ventuelle intensification de l’épidĂ©mie via la mise en place de centres experts, et la mise en quarantaine des rapatriĂ©s. Or, la dĂ©claration de l’OMS le 30 janvier qualifiant cette crise d’urgence de santĂ© publique de portĂ©e internationale marque un vĂ©ritable tournant dans la gestion de la crise. Les pays voisins de la Chine dont la Russie et la Mongolie dĂ©cident de fermer leurs frontiĂšres, les vols internationaux sont partiellement interrompus. Les États-Unis interdisent l’entrĂ©e dans le pays aux Ă©trangers ayant voyagĂ© en Chine dans les 15 jours. MalgrĂ© les recommandations de l’OMS de « ne pas restreindre les voyages, les Ă©changes commerciaux et les mouvements [de population] Â» (Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur gĂ©nĂ©ral de l’OMS), cette situation s’assimile Ă  une mise en quarantaine progressive de la Chine, avec un impact majeur sur l’équilibre diplomatique et Ă©conomique mondial.

COVID-19 pelleteuses chantier construction hĂŽpital Wuhan coronavirus

9 – Pourquoi tant d’épidĂ©mies dĂ©marrent-elles en Chine  ?

Il est trĂšs difficile de rĂ©pondre de maniĂšre sĂ»re et dĂ©finitive Ă  cette question mais cela a probablement Ă  voir avec les animaux servant de rĂ©servoir aux virus dĂ©clenchant ces Ă©pidĂ©mies. Il n’est pas du tout anodin que le point de dĂ©part du SRAS en 2003 ait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© un marchĂ© aux animaux vivants Ă  Canton, lĂ  oĂč il s’agirait pour le nouveau coronavirus d’un marchĂ© aux animaux vivants Ă  Wuhan. Les hypothĂšses actuelles sur l’émergence du SRAS, ancĂȘtre du coronavirus actuel, font Ă©tat d’une recombinaison entre plusieurs virus de chauves-souris qui se seraient d’abord transmis Ă  des civettes qui auraient contaminĂ© l’homme suite Ă  des contacts rĂ©pĂ©tĂ©s notamment sur les marchĂ©s aux animaux vivants. Des analyses a posteriori ont montrĂ© un gradient de la portion de la population possĂ©dant des anticorps dirigĂ©s contre le SRAS et donc prĂ©alablement exposĂ© Ă  celui-ci chez les marchands d’animaux sauvages des marchĂ©s de Canton (40 %), les abatteurs d’animaux sauvages (20 %), tandis que les vendeurs de fruits et lĂ©gumes des mĂȘmes marchĂ©s n’en possĂ©daient peu ou pas (0-5 %).

COVID-19 Client marché Shenzen Chine

10 – Le risque de pandĂ©mies mondiales est-il plus important en 2020 qu’il ne l’était avant  ?

Oui et non. Ce risque est Ă  la fois certainement accru par un niveau d’interconnexion entre nos sociĂ©tĂ©s inĂ©dit dans l’histoire de l’humanitĂ© et favorisant une dissĂ©mination rapide du virus, mais il est contrebalancĂ© par de multiples facteurs. Tout d’abord les progrĂšs scientifiques et technologiques qui permettent dĂšs le dĂ©but de l’épidĂ©mie la transmission de la sĂ©quence complĂšte du virus, permettant la mise en place de tests diagnostiques prĂ©cis, mais aussi la possibilitĂ© pour les hĂŽpitaux du monde entier de sĂ©quencer le gĂ©nome de chaque souche du virus isolĂ©e chez des patients infectĂ©s et ainsi de suivre presque en temps rĂ©el les Ă©ventuelles mutations du virus. Toutes ces choses Ă©taient impossibles lors des Ă©pidĂ©mies mondiales prĂ©cĂ©dentes oĂč il fallait la plupart du temps se contenter de tests diagnostiques lents, bien moins prĂ©cis, et dans la plupart des cas essentiellement symptomatiques.

L’autre atout dans la lutte contre ce virus qui vient contre balancer la plus importante interconnexion de nos sociĂ©tĂ© est la plus importante prise de conscience par une part croissante des acteurs publics mondiaux de la nĂ©cessitĂ© de coopĂ©rer et de se transmettre efficacement les informations face Ă  un problĂšme qui concerne potentiellement tout le monde et dont il fait dĂ©sormais relativement consensus qu’il ne serait dans l’intĂ©rĂȘt de personne de nier