Sibérie. Le nouveau gazoduc « Force de Sibérie », long de 3000km livrera à partir de demain 38 milliards de mètres cubes de gaz russe à la Chine. Le point de passage du gazoduc à la frontière entre les deux pays se situe au niveau des villes russe de Blagovechtchensk et chinoise de Heihe1, qui se font face de chaque côté du fleuve tout au nord de la province chinoise du Heilongjiang. En juillet 2019, Russes et Chinois ont réalisé la jonction entre leurs parties respectives du tube dans cette région. Le gazoduc « Force de Sibérie », nommé « Power of Siberia » en anglais, a pour objectif final d’approvisionner la ville de Shanghai d’ici 2024.

Ce projet entame un changement conséquent, un virage vers l’Asie de l’appareil gazier russe traditionnellement tourné vers l’Europe, et il a une double fonction. La première est de diversifier les débouchés des exportations gazières vers le marché asiatique pour diminuer la dépendance aux pays européens. La seconde fonction est de développer l’Extrême-Orient russe. Ce gazoduc fait en effet partie du mégaprojet russe « Programme de gazéification de l’Est », approuvé par le gouvernement en 2007. Il a pour but de doter ces régions isolées d’un système complet et unifié de production, de transport et de traitement de gaz en plus d’acheminer du gaz vers l’Asie et le Pacifique. Ces régions à l’est souffrent en effet d’une sous-industrialisation. Le taux de gazéification n’y est que de 13 % contre 67,2 % pour l’ensemble de la Russie.

L’une des priorités du Programme de gazéification de l’Est est de créer de la valeur ajoutée via la production et l’exportation du gaz raffiné. C’est dans cette perspective qu’a été entamée la construction de la plus importante usine de traitement de gaz au monde près de Blagovechtchensk, dans l’oblast de l’Amour. Créant 3 000 emplois, elle produira 49 milliards de m3 d’éthane, de propane, de butane et de pentane-hexane, en plus d’un site spécifique de production d’hélium d’une capacité de 60 M. de m3 par an. Elle constitue l’un des éléments clés du système d’approvisionnement en gaz de l’est de la Russie avec le gazoduc.

Visualisation 3D de l’entreprise de traitement du gaz Amour, à la frontière chinoise. Image tirée d’une vidéo réalisée par les entreprises Gazprom et Nipigas. URL : https://www.youtube.com/watch?v=UmijB49xzYg

L’inauguration a eu lieu par téléconférence entre les deux présidents chinois et russe mardi 2 décembre 2019.

Perspectives :

  • Dans ce nouvel élan, Moscou et Pékin ont déjà entamé les négociations pour la construction d’un second gazoduc, Force de Sibérie 2, qui permettra l’acheminement de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel supplémentaires entre les deux puissances asiatiques. En termes de parcours, il devrait prolonger l’actuel Force de Sibérie vers les gisements de gaz de la région de Krasnoïarsk, en Sibérie occidentale.
  • Un nouveau tracé est également à l’étude pour prolonger à l’est le gazoduc. Le but serait d’atteindre le réseau de transport des gisements de l’île de Sakhaline dont les deux terminaux continentaux relient les villes de Vladivostok et de Kahbarovsk, situées au nord-est de la Chine.
  • Ces « super contrats » font l’objet d’une sur-médiatisation et « sur-dramatisation »2. Ce traitement est plus dû à la peur que provoque la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale qu’à l’ampleur de ce partenariat gazier.
Sources
  1. Inauguration du nouveau gazoduc «Force de Sibérie» reliant Russie et Chine, RFI, 2 décembre 2019
  2. A. et T. BROS, La géopolitique du gaz russe : vecteur de pouvoir et enjeu économique, Les Carnets de l’Observatoire, 2017, 123p, 4e couverture