Quito. Des protestations d’envergure secouent le pays depuis le 3 octobre 2019, date à laquelle le gouvernement de Lenín Moreno a annoncé la fin des subventions sur le pétrole, causant une augmentation des prix de 120 %.1

Initié par les syndicats du transport, premier secteur touché, et par les étudiants, le mouvement contre les mesures économiques du président a rapidement été rallié par les paysans, les peuples indigènes, les agriculteurs et les éleveurs de la côte.2 Le 4 octobre, 291 lieux de protestations étaient relevés, pour redescendre à 100 le lendemain. Des milliers d’Amérindiens ont rejoint la capitale, Quito, le 8 octobre (20 000 étant annoncés), et certains ont réussi à pénétrer dans l’Assemblée nationale avant d’être repoussés. En conséquence, un couvre-feu a été déclaré autour des bâtiments publics et des installations stratégiques.

En réponse, Lenín Moreno a déclaré « l’état d’exception », équivalent d’un état d’urgence en Équateur, valable 60 jours sur l’ensemble du territoire. Le nombre d’arrestations s’élève à plus de 670, et environ 90 personnes ont été blessées (principalement des forces de l’ordre). 29 000 militaires auraient été mobilisés, ainsi que 50 000 policiers. Les pillages continuent de se multiplier et le président a déplacé le siège du gouvernement de Quito à Gayaquil.3

La décision de mettre fin aux subventions est en réalité due à un accord signé le 1er octobre avec le FMI, d’un montant de 4,5 milliards de dollars. En contrepartie, le gouvernement s’est engagé à augmenter le prix du pétrole, mais aussi à demander au Parlement de discuter un ensemble de mesures de réformes fiscales et du travail, exigées depuis le début de son mandat par les firmes transnationales et de puissantes entreprises.4

Lenín Moreno a accusé Rafael Correa, son prédécesseur, et Nicolas Maduro, président vénézuélien, d’être à l’origine de ces manifestations. Il a qualifié le mouvement de « tentative de coup d’État ».5 Sept pays latino-américains (le Pérou, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Salvador, le Guatemala et le Paraguay) soutiennent l’idée que le président vénézuélien serait derrière ce mouvement.6 L’Équateur a en outre demandé une médiation extérieure, des Nations unies (rôle que celle-ci est prête à jouer) et de l’Église catholique. Le maire de Quito a, quant à lui, appelé les maires équatoriens à jouer ce rôle de médiateur.7

Perspectives :

  • Alors que le frère de Lenín Moreno est soupçonné de corruption, cette situation affaiblit encore davantage le gouvernement actuel.8 La fermeture de gisements de pétrole dans la région amazonienne va en outre causer une perte économique pour le pays, qui risque de provoquer de nouvelles tensions.
  • Les perspectives de dialogue semblent difficiles : les peuples indigènes ont en effet refusé la proposition du président, de même que le dirigeant du Front populaire des ouvriers et des étudiants. Il faut noter que des protestations par les peuples indigènes ont causé la démission de trois présidents avant que Rafael Correa n’arrive au pouvoir, c’est pourquoi l’on peut craindre que l’instabilité ne perdure. Le déplacement par Lenín Moreno du siège du gouvernement, et donc, symboliquement, du palais présidentiel, ainsi que l’ampleur des manifestations, peuvent laisser penser à une fin de mandat précipitée pour le président, d’autant qu’une révision de réformes demandées par le FMI semble également compliquée. Le rôle de médiation des Nations unies s’avérera donc crucial.
  • D’un point de vue régional, il est intéressant de voir que d’autres gouvernements à tendance néolibérale semblent en difficulté. Mauricio Macri est devancé dans les intentions de vote par le candidat de centre-gauche, Alfredo Fernandez, pour l’élection présidentielle argentine du 27 octobre.9 Or, le prêt accordé par le FMI à l’Équateur est semblable à celui fait à l’Argentine. Les deux pays dépendant beaucoup du prix des matières premières, et étant donné la délicate situation économique de l’Argentine comme de l’Équateur, on peut aisément imaginer que les problématiques argentines se reproduisent dans l’économie équatorienne.