Bruxelles. Mercredi dernier, Eurostat a publié ses estimations “Flash” des chiffres de la croissance du PIB (2), de l’emploi (1) et de la production industrielle (3) dans l’Union pour le troisième trimestre 2018. Il se passera plusieurs mois avant que ces chiffres ne soient définitifs mais ils donnent un aperçu intéressant des grandes tendances économiques de l’Union.

Commençons par les chiffres bruts. La croissance du PIB en glissement annuel (par rapport au même trimestre l’année dernière) a été de 1,7 pour cent dans l’Union à 28. Elle était de 2,7 pour cent au quatrième trimestre de l’année dernière. La croissance trimestrielle a été de 0,3 pour cent, soit un rythme deux fois inférieure au dernier trimestre de 2017. Aussi, la production industrielle a crû en septembre 2018 de 1,1 pour cent par rapport au même mois l’année dernière contre 1,9 pour cent en avril. Du côté de l’emploi, le nombre de personnes employées a augmenté de 0,2 pour cent au troisième trimestre et de 1,2 pour cent par rapport au même trimestre l’année dernière. C’était 1,6 pour cent fin 2017.

De manière assez générale, la croissance de la production et de l’emploi s’essouffle en Europe. Il est encore trop tôt pour y voir plus qu’une décélération temporaire. En regardant les chiffres de la production industrielle, il semble que ce soient les secteurs de l’énergie et de la production de biens durables qui soient le plus touchés. Ils ont connu une croissance négative en Septembre 2018 (-1 pour cent et -1,4 pour cent respectivement).

Néanmoins, cette tendance agrégée cache des divergences importantes. La situation de l’Allemagne attire l’attention. Son PIB a reculé (-0,2 pour cent) au troisième trimestre et n’a crû que de 1,2 pour cent en glissement annuel (contre 2,8 pour cent à la fin de l’année dernière). La France a connu une évolution similaire mais moins marquée ( 0,4 pour cent en trimestriel et 1,5 pour cent en glissement annuel). En Italie, au moment où le budget pose problème, la production est restée stable au troisième trimestre tandis que le rythme de la croissance en glissement annuel a été divisé par deux par rapport à la fin de l’année dernière (0,8 pour cent contre 1,6 pour cent). De ce point de vue, elle est la plus mauvaise élève de l’Union. Mais plus largement, les trois premières économie européennes sont la principale source de la décélération de la production en Europe.

L’Espagne, le Portugal, la Belgique, le Pays-Bas et l’Autriche ont tous connu une croissance trimestrielle comparable, entre 0,3 et 0,6 pour cent, mais sont sur un sentier de croissance plus élevé car la croissance de la production par rapport à l’année dernière y est dans tous les cas supérieure à 2 pour cent.

La situation est encore différente à l’est : la croissance de l’activité a été de 5 pour cent et 5,7 pour cent en glissement annuel en Hongrie et Pologne respectivement. Les chiffres sont comparables dans les autres pays d’Europe de l’Est.

Les raisons de la divergence de performance des économies européennes sont multiples. Il faut cependant retenir que le pic de croissance atteint en 2017 semble derrière nous et que les chiffres Allemands sont peut-être annonciateurs de situations similaires dans les pays européens dans les trimestres à venir.

Perspectives :

  • La croissance du PIB et de l’emploi a décéléré au troisième trimestre. Ces chiffres agrégées cachent une grande variété de performance par pays.
  • Les performances allemandes sont plus mauvaises que prévues et peuvent être le signe d’une croissance plus faible que ces deux dernières années en 2019 pour l’Europe.
  • Cela dépend en parti des risques économiques générées par les tensions sino-américaine et le Brexit mais aussi des risques politiques générées par la situation Italienne et les élections Européennes l’année prochaine.

Sources

  1. Eurostat, News Release – Euroindicators 173/2018, 14 Novembre 2018.
  2. Eurostat, News Release – Euroindicators 174/2018, 14 Novembre 2018.
  3. Eurostat, News Release – Euroindicators 175/2018, 14 Novembre 2018.

Cyprien Batut