Och, Kirghizistan et Andijan, Ouzbékistan. Les 20 ans de politique isolationniste en Ouzbékistan ont fait monter les prix ; les marchandises nationales sont chères et, à cause des tarifs douaniers exorbitants, les biens importés sont encore plus chers. Le Kirghizistan fournit un contraste important, avec un régime douanier bien plus bas lié à son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce et à l’Union Économique Eurasiatique (2).

Un appareil électroménager made in China coûte bien moins cher à Och (Kirghizistan) qu’à 60 km de là, à Andijan (Ouzbékistan). Il n’y a donc pas à s’étonner que, lorsque l’Ouzbékistan a autorisé le transport transfrontalier de biens “pour usage personnel” sans droits de douane, les marchés d’Och ont vu leur fréquentation bondir. De nombreux paysans traversent aujourd’hui la frontière tous les jours afin d’acheter des biens bon marché en Ouzbékistan. Les douaniers, déjà surmenés et travaillant sur une frontière particulièrement fréquentée, sont dans une situation propice à la corruption. Mais tomber sur un douanier corrompu est probablement la dernière crainte des commerçants traversant la frontière. Depuis le 1er juillet, en réaction à la pression des industriels ouzbèkes qui subissent la concurrence des producteurs étrangers, l’Ouzbékistan n’autorise plus que le transport d’un seul bien “pour usage personnel” par mois (1).

L’Ouzbékistan est loin d’être une économie ouverte. Mais s’il souhaite augmenter le commerce avec ses voisins, comme le président Shavkat Mirziyoyev l’affirme, son industrie devra supporter la concurrence des pays frontaliers. Si le gouvernement ploie déjà sous une pression causée par des travailleurs individuels le long de la frontière kirghize, les grands industriels du pays pourront facilement empêcher tout allègement des restrictions sur les importations de plus grandes quantités. Malgré les discours de son président, la probabilité de voir une révision sérieuse de la politique commerciale isolationniste en Ouzbékistan demeure faible.

Perspectives :

  • Depuis le 1er juillet, les mouvements transfrontaliers ont diminué mais ils pourraient remonter, et ils sont encore plus élevés qu’avant l’assouplissement de la politique douanière car la pression frontalière n’a peut-être que partiellement diminué depuis le 1er juillet. Ce sont les villes frontalières qui donneront le premier signe de la dynamique des échanges transfrontaliers.
  • À plus long terme, la politique commerciale de l’Ouzbékistan sera un élément déterminant pour savoir s’il restera dans l’isolationnisme d’Islam Karimov. La finalisation de leur adhésion difficile à l’OMC sera une étape importante vers une économie plus ouverte.

Sources

  1. DJANIBEKOVA Nurjamal, Uzbekistan, Kyrgyzstan shuttle trade booms, but for how long ?, Eurasianet, 18 juillet 2018.
  2. WTO, Uzbekistan’s progress to WTO membership.