Le Grand Continent https://legrandcontinent.eu/fr/ L'échelle pertinente Fri, 17 Jul 2026 15:24:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://legrandcontinent.eu/fr/wp-content/uploads/sites/2/2021/03/cropped-Capture-décran-2021-03-20-à-19.21.51-32x32.png Le Grand Continent https://legrandcontinent.eu/fr/ 32 32 Kimi K3 : le nouveau modèle d’IA chinois à la frontière de l’open source https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/17/kimi-k3-le-nouveau-modele-dia-chinois-a-la-frontiere-de-lopen-source/ Fri, 17 Jul 2026 13:36:55 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347267 Après DeepSeek et Zhipu AI, l'entreprise chinoise Moonshot publie à son tour un modèle d'IA dont les capacités rivalisent avec celles de ses concurrents américains.

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Kimi K3 est un modèle « Mixture of Experts » de 2 800 milliards de paramètres, soit le plus grand modèle open-weight publié à ce jour – environ 75 % plus grand que DeepSeek V4 Pro, sorti en avril (1 600 milliards de paramètres). Il est doté d’un contexte d’un million de tokens, et de capacités visuelles natives.

Moonshot, l’entreprise chinoise derrière Kimi, prévoit de publier ses poids le 27 juillet.

  • K3 combine plusieurs innovations architecturales, dont une variante initialement introduite par Nvidia, qui se traduit notamment par une sparsité accrue et viable.
  • Ces choix d’architecture sont destinés à rendre exploitable un modèle de cette taille. Moonshot revendique des gains d’efficacité algorithmique environ 2,5 fois supérieurs à ceux de K2.6 : la conversion du compute d’entraînement en capacités pour le modèle est plus performante, c’est-à-dire qu’un niveau de performance donné peut être atteint avec moins de compute.

Seuls 16 experts parmi 896 sont activés pour chaque token, soit une sparsité environ deux fois plus élevée que K2.6 ou DeepSeek V4 Pro. Cette forte sparsité permet d’augmenter la capacité totale du modèle sans faire croître proportionnellement le calcul utilisé à chaque inférence. Le nombre exact de paramètres actifs n’a toutefois pas été publié. 

  • À cette échelle, la plupart des utilisateurs pourraient passer par des fournisseurs d’inférence spécialisés ou l’API de Moonshot pour utiliser le modèle.
  • L’ouverture garde sa valeur géopolitique (auditabilité, commoditisation des modèles fermés), mais à cette échelle l’accès aux poids est plus complexe.
  • À court terme, l’échelle favorise un contrôle économique effectif par les acteurs disposant de l’infrastructure appropriée.

Le coût moyen par tâche sur le benchmark d’Artificial Analysis est de 0,94 dollar, un montant proche de celui de GPT-5.6 Sol (1,04 dollar) et deux fois moins élevé que celui d’Opus 4.8 (1,80 dollar), mais supérieur à celui des pairs open-weight : GLM-5.2 (0,32 dollar) et DeepSeek V4 Pro (0,04 dollar). Ce coût est également en forte hausse par rapport à celui de K2.6. Avec K3, Moonshot ne s’inscrit donc pas dans une logique open-weight low-cost, mais se positionne au niveau tarifaire des modèles propriétaires.

K3 atteint la frontière des modèles ouverts en démontrant des capacités agentiques avancées.

  • Sur l’Artificial Analysis Intelligence Index, K3 atteint 57 points, derrière Claude Fable 5 à 60 et GPT-5.6 Sol à 59, mais au niveau immédiat de la frontière propriétaire. Il s’agit donc d’un modèle de frontière au sens de ces évaluations agrégées, sans être le meilleur modèle généraliste disponible.
  • K3 est plus efficace que K2.6 sur l’Artificial Analysis Index : il utilise 21 % de tokens de sortie en moins, tout en obtenant un score supérieur. GPT-5.6 Sol demeure en revanche environ deux à trois fois plus efficace en tokens que K3.

En optimisation de kernels GPU, K3 s’est montré supérieur à Opus 4.8, GPT-5.6 Sol et GPT-5.5 dans le protocole de Moonshot.

  • La comparaison directe avec Fable 5 est difficile en raison de son recours au mécanisme de fallback (utilisation d’un modèle moins performant sur les tâches d’IA les plus avancées).
  • Ces résultats sur les kernels constituent néanmoins un signal important : ils portent sur une tâche technique longue, interactive et vérifiable.
  • Sur GDPval v2, qui évalue la qualité de livrables produits sur 220 tâches professionnelles réalistes couvrant 44 métiers, K3 dépasse GLM-5.2, GPT-5.5 et Claude Opus 4.8, mais reste derrière Fable 5.
  • Sur les 35 benchmarks présentés par Moonshot, K3 se situe globalement entre Claude Opus 4.8 et Fable 5.

L’extrapolation des tendances observées sur les benchmarks d’Artificial Analysis ne suffit pas, à elle seule, à mesurer précisément l’écart avec la frontière américaine. Moonshot note que l’expérience utilisateur demeure sensiblement inférieure à celle de Claude Fable 5 et de GPT-5.6 Sol, malgré des scores agrégés sur Artificial Analysis proches 1.

  • Les capacités cyber de K3 ne sont pas caractérisées publiquement. L’absence d’évaluation dédiée mérite d’être suivie, compte tenu de ses performances agentiques en code, notamment en optimisation bas niveau, ou en exécution autonome de tâches longues.
  • K3 ne dépasse pas les capacités de « Mythos », la frontière actuelle annoncée par Anthropic le 7 avril. Il réduit donc fortement le retard des modèles chinois ouverts, mais n’établit pas que la frontière américaine a été rattrapée sur l’ensemble des usages.

K3 s’inscrit dans la doctrine exposée par Xi Jinping lors de son discours du 17 juillet à la Conférence mondiale sur l’IA. La veille, 29 pays dont le Kazakhstan, le Laos, le Pakistan, la Russie et l’Indonésie avaient signé l’accord fondateur de la World AI Cooperation Organization sur des principes de gouvernance de l’IA.

  • Xi met explicitement en garde contre l’extension excessive du concept de sécurité nationale pour limiter le développement et la circulation de l’IA. Cette formulation vise directement les contrôles à l’exportation et les restrictions américaines d’accès aux modèles et aux semi-conducteurs.
  • Dans cette stratégie, les modèles open weights servent à commoditiser les capacités proposées par les modèles américains fermés.
  • Ils permettent également à la Chine de gagner des parts de marché dans la compétition internationale, en proposant des modèles adaptables localement, présentés comme moins dépendants des décisions politiques ou commerciales américaines.

La Chine veut présenter ses modèles et ses infrastructures comme des biens publics, tout en favorisant l’adoption de ses standards et de ses plateformes d’inférence.

  • Cette stratégie contraint les États-Unis à arbitrer entre deux objectifs contradictoires : restreindre l’exportation des capacités les plus avancées pour des raisons de sécurité, ou maintenir une diffusion internationale suffisamment large pour éviter que l’écosystème chinois ne devienne l’option par défaut.

La réaction de David Sacks illustre la pression qu’exercent les modèles ouverts chinois : il ne s’agit pas tant de dépasser la frontière américaine en valeur absolue que d’en réduire l’écart visible, afin de rendre politiquement intenable le coût de la politique de containment américaine (contrôles aux exportations, de la diffusion des modèles de frontières, etc).

  • Sacks est le co-auteur de l’AI Action plan du début de mandat de Trump.
  • Pro open-source, il identifie le risque de laisser les pays tiers se tourner vers une offre rivale faute d’une technologie américaine suffisamment accessible et diffusable.

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La doctrine AI+ : le plan de Xi Jinping pour ruiner la Silicon Valley https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/17/la-doctrine-ai-le-plan-de-xi-jinping-pour-ruiner-la-silicon-valley/ Fri, 17 Jul 2026 11:52:06 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347193 Traduction commentée du discours du président chinois à la Conférence mondiale sur l'IA de Shanghai.

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Aujourd’hui 17 juillet à Shanghai, Xi Jinping a prononcé son premier discours à la Conférence mondiale sur l’IA, plaidant pour « un système de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et équitable » et promettant — selon une expression popularisée par DeepSeek, de « rendre la cristallisation de la sagesse de l’humanité à l’humanité tout entière ». 

Face au discours post-humain, post-démocratique et impérial de la nouvelle Silicon Valley, le Parti communiste chinois oppose une vision de l’intelligence artificielle comme bien public mondial. Cette position est difficile à prendre au sérieux quand on connaît le fonctionnement du régime chinois qui a fait — selon le travail important du sinologue Jean-Philippe Béja — de la surveillance de masse digitale la prolongation du Laogai et qui, comme l’a montré Giuliano da Empoli, travaille lui aussi à un monde post-humain convergent en tout point avec la Silicon Valley. 

Il s’agit pourtant de lire ce texte parce qu’il affirme une stratégie discursive et en creux présente une stratégie matérielle.

La stratégie discursive tient au contraste. Pendant que Xi déroulait à Shanghai un discours scripté au millimètre proposant une symphonie multilatérale avec des citations classiques, la référence aux Nations Unies et aux pays en voie de développement, Donald Trump prononçait presque en parallèle une allocution au ton impérial et décousu, ciblant la Chine et plaidant pour une refonte du « catastrophique » régime électoral américain. Sans jamais nommer Washington, Xi se pose encore une fois en défenseur de l’ordre, de la stabilité et du partage face à un hégémon erratique, en érigeant sa coalition en alternative à la « Pax Silica », l’initiative américaine visant à verrouiller les chaînes d’approvisionnement de l’IA et des minéraux critiques.

La stratégie matérielle se lit en creux dans le calendrier et les annonces. Le discours coïncide avec le lancement par Moonshot AI de Kimi K3, présenté comme le plus grand modèle ouvert au monde, et dont les performances dépassent celles des systèmes d’Anthropic et d’OpenAI, un mois après que Washington a brutalement retiré l’accès aux modèles de frontière d’Anthropic aux usagers étrangers

L’éloge appuyé de l’open source par Xi n’a rien d’un geste philanthropique. C’est une logique de dumping inversée, d’autant plus efficace que si on peut bloquer des véhicules électriques à la douane, on ne peut pas empêcher la diffusion d’un fichier copiable à l’infini, répliqué sur des milliers de serveurs dès sa publication. Le schéma d’Uber est connu : vendre à perte grâce au capital-risque, éliminer une concurrence incapable de tenir des années de pertes, puis, la dépendance installée, remonter les prix au-dessus du marché. La Chine transpose ce mécanisme à l’échelle géopolitique en publiant gratuitement les « poids » de ses modèles — ces milliards de paramètres issus de l’entraînement qui constituent le cœur même d’une IA : qui les détient peut faire tourner le modèle sur ses propres machines, le modifier, l’intégrer, sans autorisation ni redevance. Là où ChatGPT ou Claude ne sont accessibles qu’à distance, via une interface payante dont l’accès peut être coupé à tout moment, des modèles chinois rivalisant avec les meilleurs systèmes américains — DeepSeek hier, Kimi K3 aujourd’hui — s’offrent ainsi en téléchargement libre au monde entier, et d’abord au pays du Sud. Le pari chinois est donc un pari d’endurance qui menace le coeur même du modèle financier américain : chaque modèle ouvert tire vers zéro le prix que peuvent facturer les laboratoires américains, qui doivent rémunérer des dizaines de milliards de capitaux privés, quand les acteurs chinois, adossés au capital patient de l’État, peuvent assumer des pertes sans subir de conséquences notables du moins sur le court terme. Le jour où l’innovation adverse serait à bout de souffle, rien n’obligerait Pékin à publier la génération suivante. 

C’est donc entre stratégie matérielle et dimension discursive qu’il faut comprendre l’architecture institutionnelle présentée par Xi Jinping : l’Organisation mondiale de coopération sur l’IA (WAICO), qui comptait 29 États membres la veille du discours, les 5 000 formations promises aux pays en développement, ainsi que les centres de coopération destinés à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à l’ASEAN, aux BRICS, à la Ligue arabe, à l’Union africaine et à la CELAC, soit précisément les blocs où l’influence chinoise est déjà la plus dense. Alors que se préparent les négociations bilatérales sino-américaines sur l’intelligence artificielle de l’ère Trump, le message de Xi Jinping, résumé par l’analyste George Chen, est clair : « La Chine ne suivra personne, ni en matière de technologie ni en matière de normes. Au contraire, la Chine veut montrer la voie au reste du monde et ne laissera personne lui dicter sa conduite ».

Construire ensemble un système de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et équitable

Discours liminaire à la cérémonie d’ouverture de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle 2026 et de la Réunion de haut niveau sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle

Chers collègues, chers invités,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

Il y a soixante-dix ans, un groupe de jeunes chercheurs formulait pour la première fois le concept d’intelligence artificielle lors de la conférence de Dartmouth, dans le New Hampshire, aux États-Unis. Pendant soixante-dix ans, les scientifiques et les développeurs de l’intelligence artificielle du monde entier n’ont cessé d’explorer l’inconnu, d’avancer à travers les détours et de percer à force de persévérance. Soixante-dix ans plus tard, face à une nouvelle vague d’essor vigoureux de l’intelligence artificielle, nous voici réunis sur les rives du fleuve Huangpu pour réfléchir ensemble aux moyens d’orienter l’intelligence artificielle mondiale vers le progrès et vers le bien, au service de l’humanité — et cela revêt une signification majeure.

« Vers le progrès et vers le bien », littéralement « vers le haut, vers le bien », formule fétiche du discours officiel chinois sur la technologie, qui combine l’idée d’élévation et d’orientation morale, sans équivalent figé en français. Elle revient comme un refrain tout au long du discours.

Au nom du gouvernement et du peuple chinois, je vous souhaite à toutes et à tous une chaleureuse bienvenue.

Si l’on se retourne sur l’histoire, l’invention de la machine à vapeur a ouvert la civilisation industrielle, la généralisation de l’électricité a illuminé la société moderne, et la naissance d’Internet a relié le monde entier. Chaque révolution scientifique et technique a profondément reconfiguré les modes de production et de vie de l’humanité, et propulsé le développement économique et social vers des bonds considérables.

Aujourd’hui, les transformations du monde, inédites depuis un siècle, s’accélèrent ; la nouvelle révolution scientifique, technologique et industrielle multiplie ses percées ; l’innovation mondiale en intelligence artificielle est entrée dans une période d’effervescence sans précédent. Les technologies intelligentes — connexion intelligente de toutes choses, coopération entre l’homme et la machine, fusion des frontières sectorielles, création et partage en commun — libèrent, en se conjuguant, une énergie immense : elles recèlent d’immenses opportunités, mais posent aussi des défis de gouvernance. L’humanité ne peut plus se dérober aux questions de notre temps : quand les machines se mettent à penser, comment l’homme doit-il cohabiter avec elles ? Quand les algorithmes participent aux décisions, comment garantir la sécurité ? Quand la technique défie l’éthique, comment la gouvernance peut-elle suivre ? Quand le fossé ne cesse de se creuser, comment réaliser l’accès de tous aux bienfaits ? Ces questions exigent de la communauté internationale une réflexion approfondie et une réponse commune.

La Chine estime que tous les pays doivent, guidés par le principe de l’humain d’abord et par l’exigence du progrès et du bien, faire de l’intelligence artificielle une source motrice essentielle de la prospérité commune et de la sécurité commune, et construire ensemble un système de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et équitable. À cet égard, je voudrais formuler quatre propositions.

Premièrement, tenir le cap de l’ouverture mutuellement bénéfique pour stimuler un développement innovant. L’intelligence artificielle est le nouveau moteur de la croissance économique mondiale et l’accélérateur de la conversion des anciens moteurs de croissance en nouveaux ; elle est en train de passer du « monde numérique » au « monde physique ». Il faut saisir cette opportunité historique rare, encourager l’open source et l’ouverture, la coopération et le partage, promouvoir sur tous les plans l’innovation scientifique et technologique, le développement industriel et les applications concrètes de l’intelligence artificielle, faire progresser de façon coordonnée la transformation et la montée en gamme des industries traditionnelles, la croissance des industries émergentes et l’anticipation des industries du futur, afin que l’intelligence artificielle donne des ailes à tous les secteurs et à tous les métiers.

Deuxièmement, aiguiser la conscience des risques pour garantir la sécurité et la maîtrise. L’intelligence artificielle doit devenir un outil digne de la confiance de l’humanité. Il faut accorder la plus haute attention aux risques de toute nature, intrinsèques ou dérivés, qu’elle engendre ; promouvoir la mise en place de systèmes de lois et de règlements, de surveillance technique, d’alerte précoce et de réponse d’urgence ; consolider le socle de sécurité, prévenir les abus et les usages malveillants, et faire en sorte que l’intelligence artificielle demeure en permanence sous le contrôle de l’homme. Dans le même temps, il convient de nous opposer ensemble aux pratiques consistant à étendre indûment, dans le domaine de l’intelligence artificielle, la notion de sécurité nationale et à placer sa propre sécurité au-dessus de celle des autres.

Ce passage sur la « généralisation abusive de la notion de sécurité nationale » est la pique la plus directe du discours envers Washington, sans que les États-Unis soient nommés, selon un procédé rhétorique constant du discours officiel chinois.

Troisièmement, encourager l’inclusion et l’ouverture d’esprit pour favoriser l’enrichissement mutuel des civilisations. Le développement et l’application de l’intelligence artificielle ne doivent ni éroder ni endommager la diversité des civilisations du monde et la singularité culturelle de chaque pays. Il faut façonner les valeurs de l’intelligence artificielle à partir des valeurs communes de toute l’humanité, faire bon usage de ces technologies pour accroître la compréhension et la tolérance entre les civilisations, promouvoir leurs échanges et leur inspiration réciproque, et cultiver avec soin un jardin aux cent fleurs des civilisations où « chacun magnifie sa propre beauté, et où toutes les beautés s’épanouissent de concert ».

Citation célèbre du sociologue Fei Xiaotong (1990) sur la coexistence des cultures : « que chacun trouve belle sa propre beauté, et que les beautés soient belles ensemble ». La formule complète de Fei se termine par « et le monde sera en grande harmonie », sous-entendu que tout auditeur chinois cultivé reconnaît.

Quatrièmement, prôner la solidarité dans l’effort pour perfectionner la gouvernance mondiale. L’intelligence artificielle est le fruit de l’intelligence commune de toute l’humanité et son précieux patrimoine. Il faut pratiquer un multilatéralisme véritable, faire pleinement jouer le rôle important des Nations unies, renforcer l’articulation et la coordination des stratégies de développement, des règles de gouvernance et des normes techniques de l’intelligence artificielle, et parvenir au plus tôt à un cadre de gouvernance mondiale recueillant un large consensus, afin que cette technologie de pointe serve mieux la société humaine. Il faut mener une large coopération internationale, aider les pays du Sud global à renforcer leurs capacités, combler le fossé numérique et intelligent, promouvoir le développement durable, et éviter que ne se créent, dans le domaine de l’intelligence artificielle, de nouvelles injustices historiques.

Mesdames, Messieurs, chers amis !

Cette année marque le coup d’envoi du 15e plan quinquennal de la Chine. Ce plan dessine le schéma directeur du développement économique et social chinois pour les cinq années à venir, et offre du même coup à la communauté internationale une liste d’opportunités. Ces dernières années, la Chine a embrassé résolument le développement de l’intelligence artificielle : attachée à la conjugaison d’un marché efficace et d’un État agissant, elle a renforcé l’innovation scientifique et technologique en la matière, fait avancer avec détermination l’action « IA+ », et cultivé un écosystème sain où tous les acteurs prospèrent en symbiose ; le cœur industriel de l’économie intelligente dépasse désormais mille milliards de yuans.

« Marché efficace et État agissant », littéralement « gouvernement qui agit » est la doctrine économique officielle du couple marché/État depuis le 14e plan quinquennal. Quant à « IA+ », c’est un décalque du slogan « Internet+ » lancé en 2015 : intégrer l’IA à tous les secteurs existants.

Les terminaux intelligents de toutes sortes entrent dans des millions de foyers et bénéficient concrètement à la vie du peuple : l’« intelligence fabriquée en Chine » est devenue une nouvelle carte de visite éclatante de la modernisation à la chinoise.

Jeu de mots intraduisible : « fabrication intelligente chinoise » (中国智造, Zhōngguó zhìzào) est parfaitement homophone de « Made in China » (中国制造, Zhōngguó zhìzào), seul le caractère central change à l’écrit. D’où la périphrase « l’intelligence fabriquée en Chine ».

Dans le même temps, la Chine reste attachée à donner un poids égal au développement et à la sécurité : saisissant les tendances et les lois du développement de l’intelligence artificielle, elle perfectionne sans relâche les lois et règlements, les dispositifs politiques et institutionnels, les normes d’application et les principes éthiques afférents, afin que l’intelligence artificielle soit sûre, fiable et maîtrisable — pour que ce coursier aux mille lis qu’est l’intelligence artificielle galope à la fois vite et d’un pas sûr.

« Le cheval aux mille lis », est le coursier légendaire capable de parcourir mille lis (environ 500 km) en un jour, symbole classique du talent d’exception dans la tradition lettrée chinoise. L’image du cheval qui doit « courir vite et d’un pas stable » condense en une formule la doctrine « développement et sécurité à poids égal » énoncée juste avant.

En tant que grand pays responsable, la Chine s’attache constamment, dans le domaine de l’intelligence artificielle, à être un fournisseur de biens publics internationaux. Depuis que j’ai formulé l’Initiative pour la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, la Chine a successivement œuvré à l’adoption par consensus, à l’Assemblée générale des Nations unies, de la résolution sur la coopération internationale en matière de renforcement des capacités en intelligence artificielle ; publié le Plan pour l’accès universel au renforcement des capacités en intelligence artificielle et l’Initiative de coopération internationale « IA+ » ; et proposé la création de l’Organisation mondiale de coopération sur l’intelligence artificielle — apportant sans discontinuer des solutions chinoises.

Les Chinois disent souvent : une corde seule ne fait pas de musique, un arbre seul ne fait pas une forêt. Le développement de l’intelligence artificielle ne doit pas être le solo d’un seul pays, mais la symphonie de la coopération mondiale.

Proverbe traditionnel : « une corde seule ne produit pas de mélodie, un arbre isolé ne fait pas une forêt ». Il prépare l’opposition solo/symphonie qui suit immédiatement, image que la diplomatie chinoise avait déjà employée à propos de l’initiative la Ceinture et la Route (la formule consacrée de Xi était « pas un solo de la Chine, mais un chœur des pays riverains ».).

Grâce aux efforts conjoints de toutes les parties, l’Organisation mondiale de coopération sur l’intelligence artificielle a vu le jour à Shanghai : la vision conçue il y a un an s’est muée en résultat concret. C’est là une initiative majeure par laquelle la Chine répond à l’appel du Sud global et rassemble la communauté internationale pour promouvoir activement le développement et la gouvernance de l’intelligence artificielle ; elle constituera un jalon important dans l’histoire de l’intelligence artificielle.

Afin de soutenir davantage le développement mondial de l’intelligence artificielle et de faire progresser le renforcement des capacités à l’échelle mondiale, j’annonce que, dans les cinq années à venir, la Chine offrira aux pays en développement 5 000 places de formation et de perfectionnement spécialisées en intelligence artificielle ; qu’elle construira, à destination de l’ASEAN, de la Ligue arabe, de l’Union africaine, de la CELAC, de l’Organisation de coopération de Shanghai et des BRICS, des centres internationaux de coopération sur les applications de l’intelligence artificielle ; et qu’elle œuvrera au déploiement dans trente pays de « Mazu », son dispositif d’alerte météorologique intelligente — pour veiller sur les lumières de dix mille foyers et protéger la quiétude des quatre mers.

Dans cette envolée poétique, le choix des mots n’est pas gratuit : le système d’alerte s’appelle Mazu (Māzǔ), du nom de la déesse de la mer, protectrice des marins et des pêcheurs, vénérée sur les côtes chinoises et dans toute l’Asie du Sud-Est. Le verbe employé par Xi, hùyòu — « protéger », mais avec une nuance de protection divine, celle qu’accorde une puissance tutélaire —, et l’image des « quatre mers apaisées » filent donc la métaphore : la Chine se donne le rôle de la divinité veillant sur les foyers et les flots du monde.

Mesdames, Messieurs, chers amis !

« L’homme éclairé évolue avec son temps ; le sage règle ses méthodes sur les circonstances. »

Citation classique tirée du Yantielun (« Discours sur le sel et le fer »), recueil de débats de cour de la dynastie Han, Ier siècle avant notre ère. Sceller une conclusion par une sentence antique légitimant l’adaptation pragmatique est un marqueur stylistique typique des discours de Xi Jinping.

Plus le développement des technologies d’intelligence artificielle avance à pas de géant, plus il faut ancrer avec justesse le cap du progrès et du bien au service de l’humanité, plus il faut calibrer avec précision la mesure de la régulation et de la gouvernance, plus il faut perfectionner sans tarder les dispositifs de prévention contre toute perte de contrôle. Il faut, en toutes circonstances, guider le développement de l’intelligence artificielle par la sagesse humaine et le consensus international, pour qu’elle devienne véritablement une puissante énergie positive au service du bien-être de toute l’humanité et du progrès de la civilisation humaine.

La Chine est disposée, avec une posture plus ouverte, des actions plus concrètes et un regard porté plus loin, à saisir et à relever, aux côtés de toutes les parties, les opportunités et les défis du développement de l’intelligence artificielle, pour créer ensemble un avenir meilleur pour la société humaine !

Je vous remercie.

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En Ukraine, le limogeage du ministre de la Défense Fedorov pourrait avoir des conséquences sur la trajectoire de la guerre https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/17/en-ukraine-le-limogeage-du-ministre-de-la-defense-fedorov-pourrait-avoir-des-consequences-sur-la-trajectoire-de-la-guerre/ Fri, 17 Jul 2026 11:48:12 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347219 Le limogeage de Mykhaïlo Fedorov a provoqué la crise politique la plus importante en Ukraine depuis le remplacement de l’ancien commandant en chef de l’armée, Valery Zaloujny, par Oleksandr Syrsky en 2024.

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À son retour de Paris, où il a assisté mardi 14 juillet au défilé sur les Champs-Élysées, Volodymyr Zelensky a limogé mercredi 15 son ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, dans le cadre d’un remaniement ministériel. Fedorov est une figure populaire qui a joué un rôle de premier plan dans la transformation de l’armée, notamment en matière de drones et de technologie.

  • Fedorov avait été nommé à la Défense en janvier, en remplacement de Denys Chmyhal, qui s’est vu donner le portefeuille de l’Énergie.
  • Originaire de l’oblast de Zaporijia, une ville qui se trouve aujourd’hui à une trentaine de kilomètres du front, Fedorov incarnait l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants dans le domaine de la défense.
  • Avant sa nomination, il avait dirigé pendant plus de 6 ans le ministère de la Transformation numérique, où il a notamment joué un rôle actif dès 2022 dans la mise en service de terminaux Starlink.

Le limogeage de Fedorov, qui a surpris plusieurs députés du parti présidentiel, Serviteur du peuple, résulte d’une lutte d’influence interne avec le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky.

  • Lors d’une conférence donnée jeudi 16 juillet à Kiev, Fedorov a dit avoir demandé à Zelensky de mettre fin aux fonctions de Syrsky, ce que le président ukrainien a refusé, conduisant à sa mise à l’écart.
  • Il a notamment déclaré : « Syrsky a sauvé notre pays en 2022, entre autres choses. Il a dirigé l’opération de Kiev, y a pris part, dirigé l’opération de Kharkiv, pris part à l’opération de Kherson, et à de nombreuses autres opérations. Nous ne pouvons tout simplement pas dire d’un tel commandant qu’il est sous-performant. Mais la guerre a complètement changé. Les drones changent tout, remodèlent complètement l’architecture, parce que de nouvelles fonctionnalités de drones apparaissent au moins quatre fois par an, et 20-30 choses changent dans les technologies par an ».

Le limogeage de Fedorov a provoqué la crise politique la plus importante en Ukraine depuis le remplacement de Valery Zaloujny par Syrsky, en 2024.

  • Des manifestations contre le départ de Fedorov ont éclaté dans au moins 19 villes ukrainiennes depuis hier, jeudi 16 juillet.
  • La décision de Zelensky a également conduit à la démission de plusieurs officiers de l’armée, notamment du colonel Pavlo Yelizarov, commandant adjoint de l’armée de l’air, qui a dénoncé « un coup dur porté à la défense du pays ».
  • Serhii Beskrestnov, l’un des experts ukrainiens les plus reconnus en matière de drones, a quant à lui annoncé qu’il cesserait de travailler avec le ministère de la Défense, tout comme l’ancien conseiller de Fedorov, Serhii Sternenko.

Le limogeage de Fedorov pourrait avoir d’importantes conséquences sur la trajectoire du conflit. Celui-ci était largement considéré comme l’une des forces motrices de la modernisation du ministère de la Défense, et de l’accélération de la production de masse et de la sophistication des drones, qui ont permis à Kiev de freiner l’avancée russe et de prendre l’avantage sur certains secteurs du front ces derniers mois.

Le départ de Fedorov est lu comme la victoire de l’ancienne garde de l’armée ukrainienne, incarnée par Syrsky.

  • Syrsky est critiqué en Ukraine pour son style de commandement « soviétique », qui provoque des pertes élevées parmi les rangs de l’armée, et pour contribuer à entretenir un réseau d’officiers fidèles qu’il récompense via des postes de commandement.
  • Selon l’analyste ukrainien Tatarigami, un ancien officier qui jouit d’une voix influente parmi les cercles militaires : « Le président Zelensky a préféré le confort de l’ancienne garde, incompétente, au changement et à une nouvelle vision » 2.

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En visant la Chine, Donald Trump prépare-t-il la disruption des midterms ? (Texte intégral) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/17/donald-trump-prepare-t-il-le-terrain-a-la-disruption-des-elections-de-mi-mandat-texte-integral/ Fri, 17 Jul 2026 06:00:46 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347152 Traduction et commentaire du discours à la nation prononcé dans la nuit par le président des États-Unis.

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Le discours à la nation appartient, dans la grammaire institutionnelle américaine, au registre le plus solennel de la parole présidentielle : un format rare, réservé aux guerres, aux crises et aux deuils nationaux. Donald Trump en a progressivement déplacé l’usage vers le registre partisan, mais celle prononcée dans la soirée du 16 juillet marque une étape supplémentaire, par son contenu comme par sa fonction.

Le président a consacré les premières minutes de son discours à dresser un bilan outrancier de son deuxième mandat. S’y succèdent des affirmations invérifiables ou contredites par les données — « zéro entrée irrégulière en quatorze mois », « un taux d’homicides au plus bas depuis 1900 », un pays « qui était mort » et serait aujourd’hui plus « hot » que jamais — ainsi que des dossiers de politique étrangère repeints en succès éclatants, du Venezuela à l’Iran, dont les « fruits » sont promis « très, très prochainement ». Plus singulier encore, ce bilan est ponctué d’invitations à consulter des plateformes gouvernementales au nom du président (trumprx.gov, trumpaccounts.gov) : l’allocution solennelle emprunte les codes de la publicité, signe d’un brouillage assumé entre fonction présidentielle, marque personnelle et campagne permanente.

La révélation de ce discours tient en une phrase : la Chine aurait mené, à partir de 2020, « la plus grande compromission de données électorales de l’histoire ». Cette affirmation opère un double déplacement. D’une part, elle cherche à substituer Pékin à Moscou dans le récit de l’ingérence, alors que les services de renseignement américains ont à plusieurs reprises désigné la Russie comme le principal acteur des interférences électorales et Donald Trump comme le bénéficiaire de cette aide. D’autre part, l’accusation s’appuie sur un second récit, celui d’une dissimulation par un « État profond » logé dans les agences de renseignement, les médias et les contre-pouvoirs : un motif ancien chez Trump, dont la volonté de réécrire le dossier russe de 2016 avait déjà constitué l’arrière-plan de sa première procédure de destitution. Avec un paradoxe logique : cet État profond aurait laissé Donald Trump se faire élire sous Obama puis sous Biden, mais aurait réussi à truquer une élection sous Trump lui-même.

Cette prise de parole ne peut se comprendre sans ses visées de reconfiguration discursive. À moins de quatre mois d’élections de mi-mandat que les sondages annoncent peu favorables aux républicains (qui pourraient aller jusqu’à perdre la majorité à la Chambre et au Sénat), l’administration multiplie les initiatives visant l’architecture électorale elle-même : pression pour l’adoption du SAVE America Act, contentieux du ministère de la Justice pour obtenir les fichiers d’électeurs des États — plus d’une douzaine de recours déjà rejetés par des juges fédéraux —, injonctions adressées aux États concernant leurs listes électorales. 

En se revendiquant de l’autorité du renseignement déclassifié pour établir que le système est « catastrophiquement » vulnérable, le discours constitue une base d’éléments plus ou moins vérifiables, mobilisables ultérieurement pour justifier des mesures d’exception ou contester des résultats défavorables. C’est du reste la lecture qu’en propose immédiatement Steve Bannon, écrivant à CNN qu’il faut « immédiatement une urgence de sécurité nationale sur les élections de mi-mandat » dont le discours « constitue un puissant prédicat », avant d’affirmer sur son émission que les midterms seront « volées, comme toutes les autres élections l’ont été ».

L’articulation d’une crise géopolitique — l’intensification de la guerre froide avec la Chine — à une dynamique intérieure ne doit pas être sous-estimée. Car ce que le président réactive ici, c’est le grand mensonge auquel il oblige ses affidés, ses alliés et ses soutiens — le voir en vainqueur de l’élection de 2020 —, au moment même où les purges frappent la hiérarchie militaire et où l’enrichissement personnel adossé aux mouvements de marché s’institutionnalise : le jour même du discours, Trump Media annonçait « Truth API », un flux payant vendant à Wall Street l’accès en quelques millisecondes aux saillies verbales du président, dont chacun sait désormais qu’elles font bouger les cours. 

C’est précisément parce que ces mots sont chaotiques, et comme toujours spectaculairement étonnants, qu’ils doivent être lus entre les lignes : leur désordre apparent est celui d’un discours qui teste, déplace et prépare.

Bonsoir. Avant de commencer, je suis fier d’annoncer que notre pays est plus sûr, plus fort et bien plus riche qu’il ne l’a jamais été. Nous nous portons à merveille. Il y a moins de deux ans, nous avons hérité d’un désastre économique et social, après la pire inflation en 48 ans, avec des frontières grandes ouvertes laissant entrer des millions et des millions de personnes venues du monde entier, y compris des criminels de toutes sortes, et 11 888 meurtriers, dont beaucoup avaient tué plus d’une personne.

Nous avions du transgenre pour tout le monde, des hommes dans les sports féminins, la criminalité qui ravageait nos villes, et le monde entier se moquait de nous en tant que nation. Maintenant, c’est fini. Il y a deux ans, notre pays était mort. Aujourd’hui, nous sommes le pays le plus en vogue au monde. L’Amérique est respectée comme elle ne l’a jamais été.

Expression récurrente du style populiste trumpiste, fondée sur une série d’oppositions binaires portées au paroxysme : « We were dead — now we are the hottest country anywhere in the world ».

Nous avons plus d’argent investi aux États-Unis qu’à aucun autre moment de l’histoire de notre pays. 

Le chiffre repose sur des annonces d’investissements, non sur des flux réels : CNN a établi que la Maison-Blanche comptabilise des promesses vagues, dont certaines antérieures à l’élection de Trump, et que même le site officiel de l’administration affiche un total inférieur de moitié aux montants revendiqués publiquement par le président.

Plus d’Américains travaillent aujourd’hui que jamais auparavant. Cette semaine, on a annoncé que l’inflation avait connu sa plus forte baisse mensuelle en plus de six ans, ça vient de se produire. Ça vient d’être publié. Les médias l’ont rapporté et nous l’acceptons : le meilleur chiffre en six ans.

Le chiffre mensuel est authentique, mais l’Associated Press relève qu’il est largement porté par un recul de 12 % des prix de l’essence (provoqué par le cessez-le feu en Iran) recul qui s’est déjà inversé depuis (à l’image du cessez-le-feu). En glissement annuel, rappelle NBC News sur la base des données du BLS, l’inflation reste supérieure au niveau hérité en janvier 2025, après notamment la remontée provoquée par l’instauration des droits de douane généralisés.

Les baisses d’impôts de notre prévu par le « Great, Big, Beautiful Bill » font économiser des milliers et des milliers de dollars aux familles qui travaillent dur, grâce à des dispositions comme : pas d’impôt sur les pourboires, pas d’impôt sur les heures supplémentaires et pas d’impôt sur la sécurité sociale pour nos formidables seniors, ainsi que la déduction des intérêts sur un prêt utilisé pour acheter une voiture, mais uniquement si cette voiture est fabriquée en Amérique.

Et un amortissement à 100 % pour nos entreprises créatrices d’emplois. Nos marchés boursiers sont à leur plus haut niveau depuis de nombreuses années, en fait, on peut dire de tous les temps. Et vos plans 401-K, vos pensions et vos comptes de retraite battent des records chaque jour, les plus élevés de l’histoire. 

Pendant des années, nous avons payé le prix le plus élevé au monde pour les médicaments sur ordonnance. Aujourd’hui, nous payons le prix le plus bas grâce à ma politique de la Nation la Plus Favorisée, parce que j’ai réussi à faire en sorte que le reste du monde et les entreprises pharmaceutiques agissent de manière responsable. Les prix des médicaments baissent de 70, 80 et 90 pour cent. Trumprx.gov pour réduire le coût des soins de santé. Vous devez aller sur trumprx.gov et en profiter. Mais le coût des soins de santé est en train de baisser considérablement grâce à ce que nous avons fait avec les médicaments sur ordonnance.

Adresse web répétée, rabais égrenés en crescendo, injonction à « en profiter », le président de fait vend ici sa plateforme dans les codes exacts du spot télévisuel, en pleine allocution à la nation.

Et avec les comptes Trump, chaque enfant en Amérique a désormais accès à un compte d’investissement défiscalisé pour épargner pour son avenir. Des milliards et des milliards de dollars sont investis, versés par des entreprises et des particuliers pour prendre soin de nos enfants, de sorte qu’à 18 ans, ils auront potentiellement des centaines de milliers de dollars sur leur compte, et ils prendront un excellent départ dans la vie.

Alors pour cela, allez sur trumpaccounts.gov et inscrivez votre enfant, ou n’importe quel enfant que vous souhaitez inscrire. 

Nouveau renvoi vers une plateforme au nom du président, avec le style de la promotion télévisuelle : « Inscrivez votre enfant, ou n’importe quel enfant »

Nos frontières, autrefois grandes ouvertes, ont été transformées en frontières les plus sûres de l’histoire de notre pays, avec zéro clandestin admis aux États-Unis au cours des 14 derniers mois. C’est bien zéro.

Le DHS revendique zéro remise en liberté après interpellation, pas zéro entrée. Ses propres données recensent encore près de 10 000 appréhensions au seul mois de mai, sans compter les « gotaways » passés sans être interceptés.  

Personne ne pensait que c’était possible. Nous avions la pire frontière de l’histoire de notre pays, et maintenant nous avons la meilleure. La criminalité chute dans tout le pays, avec un taux d’homicides au plus bas depuis 1900, soit il y a plus de 125 ans. Nous réalisons un investissement record dans nos forces armées, et nous avons de loin l’armée la plus forte et la plus puissante au monde.

Je l’ai bâtie pendant mon premier mandat et, malheureusement, nous sommes contraints de l’utiliser maintenant. Nous avons gagné au Venezuela, qui travaille désormais avec nous pour produire des millions et des millions de barils de pétrole. Nous sommes également en train de gagner largement en Iran, et vous verrez les fruits de ce travail très, très prochainement. L’Amérique est de retour et se porte vraiment bien.

Chacune de ces affirmations contribue à créer une réalité parallèle, suscitée et construite par le président américain : la baisse des homicides précédait son retour, le record « depuis 1900 » est invérifiable, l’armée « qu’il a bâtie » était déjà la première du monde avant 2017, et la victoire iranienne promise « très prochainement » l’est déjà mot pour mot depuis le premier jour. 

Mais nous avons encore un défi majeur qui doit être traité de toute urgence, car aucun pays ne peut être grand sans des élections équitables et honnêtes. Vous devez faire confiance à votre pays parce que, s’il ne peut y avoir de confiance, il ne peut y avoir de grandeur. Et c’est très simple : pas de confiance, pas de grandeur. Pendant de nombreuses années, j’ai appelé à une action audacieuse, rapide et décisive pour protéger l’intégrité des élections américaines.

Chaque Américain mérite de savoir que, lorsqu’il dépose son vote, ce vote sera compté avec exactitude dans un système et il s’agit de rendre ce système sûr. Un système où la tricherie et l’ingérence ne sont pas seulement difficiles, mais pratiquement impossibles. Malheureusement, le système que nous avons aujourd’hui est catastrophiquement en deçà de cette norme.

Les évaluations répétées des autorités compétentes (la CISA, l’agence fédérale de cybersécurité) n’ont révélé aucune activité malveillante ayant affecté l’intégrité du scrutin de 2024. 

Ce soir, j’annonce la déclassification et la publication immédiates de renseignements critiques révélant des vulnérabilités choquantes dans notre infrastructure électorale. Ces preuves montrent que le système électoral que nous avons est dangereusement exposé — et vraiment exposé, à des niveaux qu’on n’aurait jamais crus possibles — au piratage, à l’exploitation et à l’ingérence étrangère.

Tout aussi troublant : cette information vitale a été, pendant de nombreuses années, dissimulée et cachée à vous, le peuple américain, notre beau, notre grand peuple américain. Mais tout cela change dès maintenant. Les documents que nous publierons à partir de ce soir ont été rassemblés par le Groupe de travail sur la transparence gouvernementale de la Maison-Blanche — un formidable groupe de personnes — ainsi que par l’équipe du Conseil consultatif du président sur le renseignement, avec le soutien des chefs de nos principales agences de renseignement, qui ont tous personnellement examiné les conclusions que nous présentons ce soir et pleinement confirmé leur authenticité.

Les garants de l’authenticité invoqués sont tous des organes politiques du président : le Conseil consultatif sur le renseignement (PIAB) est présidé par Devin Nunes, le PDG de Truth Social ; le « Groupe de travail sur la transparence » a été créé par la Maison-Blanche elle-même ; et parmi les « chefs d’agences » figurent Kash Patel (FBI), John Ratcliffe (CIA), ainsi que Bill Pulte, le directeur du renseignement national par intérim. Ce dernier est un responsable du logement sans aucune expérience du renseignement. Il est connu pour ses références pénales visant les adversaires de Trump et le président lui aurait assigné la mission de « découvrir des choses sur les élections truquées ».

Vous pouvez consulter ces documents par vous-mêmes sur whitehouse.gov — c’est bien whitehouse.gov, allez voir. Notre objectif en divulguant ces informations n’est pas d’affaiblir la confiance dans les élections, mais de gagner cette confiance en affrontant les vulnérabilités et en les corrigeant très, très rapidement — et c’est ce que nous faisons.

Troisième réclame de la soirée, dirigée cette fois vers whitehouse.gov — le site officiel de la présidence, devenu sous Trump une plateforme partisane assumée. La « transparence » promise s’y résume à ce stade à des documents lourdement caviardés, parfois entièrement vides, présentés sans contexte selon l’AP, et recyclant selon CNN des vulnérabilités connues de longue date que les responsables électoraux corrigent depuis des années.

Les documents couvrent cinq grands domaines de préoccupation. Premièrement, ils montrent que, sur une période de plusieurs années, à partir du cycle électoral de 2020, la République populaire de Chine a mené ce que l’on estime être la plus grande compromission de données électorales de l’histoire, aboutissant à l’acquisition illicite par la Chine de 220 millions de fichiers d’électeurs américains.

Cette affirmation qui constitue le coeur de l’annonce est jugée trompeuse par le fact-checking de CBS : on ignore, écrit-elle, comment la Chine aurait accédé à ces données et ce qu’elle en aurait fait une fois obtenues. La journaliste de CBS rappelle surtout un élément de contexte que le discours passe entièrement sous silence : une grande partie de ces informations d’électeurs, noms, adresses et affiliation partisane comprises, sont tout simplement publiques aux États-Unis. Certains États comme la Caroline du Nord ou l’Ohio mettent leur fichier électoral en ligne gratuitement, note-t-elle, quand d’autres le vendent aux campagnes et aux partis. Gabrielle Ake convoque enfin un bulletin conjoint CISA/FBI de septembre 2020, selon lequel l’acquisition de telles données par des cyberacteurs n’a eu aucun impact sur le processus de vote ni sur les résultats, aucune cyberattaque n’ayant jamais empêché un électeur de voter ni compromis l’intégrité d’un seul bulletin.

Ces informations comprennent des noms, des adresses, des numéros de téléphone, des préférences partisanes et d’autres données sensibles nécessaires pour s’inscrire sur les listes électorales et se livrer à d’autres activités malveillantes, ce qui est exactement ce qui se passait. Cette perte de données représente un cauchemar sans précédent pour la sécurité électorale. Le renseignement montre même que la Chine a affecté une unité d’exploitation de données spécifiquement à ce nouveau projet.

Aggravant ce scandale, la deuxième série de documents que nous publions révèle que des membres de l’État profond — un groupe de personnes très, très célèbre, dans bien des cas — au sein de notre agence de renseignement, ont œuvré activement à supprimer et à minimiser les informations sur l’ampleur de l’ingérence électorale sinistre de la Chine, en la dissimulant à la fois au président et au peuple américain, comme personne ne l’aurait cru possible.

L’« État profond » est la clef de voûte rhétorique du trumpisme : importée du vocabulaire politique turc (derin devlet) et popularisée dès 2017 par Steve Bannon, l’expression désigne chez Trump non pas un réseau clandestin avéré mais l’administration fédérale de carrière elle-même (fonctionnaires, juges, agents du renseignement) requalifiée en conspiration dès lors qu’elle contredit le président. Son usage a une fonction discursive : elle transforme les actions des contre-pouvoirs ordinaires (enquêtes, évaluations du renseignement, contrôles internes) en preuves du complot qu’ils sont accusés de servir, rendant le récit infalsifiable, tout démenti devient dissimulation. Ainsi qu’une fonction de plus en plus transformative, en justifiant des purges. À noter, les agences accusées de dissimulation étaient dirigées par les propres nommés de Trump — dont John Ratcliffe, son DNI d’alors, aujourd’hui directeur de la CIA et garant des « révélations », et le président a reçu en personne, le 7 janvier 2021, l’évaluation concluant à l’absence de toute altération étrangère du vote, sans objection connue de sa part. 

Les agences d’espionnage américaines ont commencé à avoir connaissance de la compromission des fichiers d’inscription des électeurs en 2020, lorsqu’elles ont découvert que les données de dizaines de millions d’électeurs — pensez-y, les données de dizaines de millions d’électeurs — dans 18 États avaient été achetées, volées ou piratées par la Chine. Pourtant, ceux qui étaient chargés de tirer la sonnette d’alarme ont au contraire gardé l’information secrète et cachée.

Ils ne me l’ont pas divulguée, à moi le président, ni à personne d’autre. Et à notre connaissance, ils n’en ont pas informé le Congrès. En fait, tout ce qu’ils n’arrêtaient pas de dire, c’est : « c’est l’élection la plus sûre de l’histoire de notre pays », une formule toute faite, très convenue, qu’on distribuait à la ronde. 

Malgré de multiples tentatives menées par les soutiens les plus zélés du président, de Mike Lindell, le PDG de MyPillow qui promettait la preuve d’un piratage chinois et dont le « cyber-symposium » de 2021 n’accoucha de rien, à Rudy Giuliani, depuis condamné à 148 millions de dollars de dommages pour avoir diffamé deux agentes électorales de Géorgie et privé de sa licence d’avocat, il n’a jamais existé la moindre preuve substantielle de votes supprimés, perdus ou altérés par les machines, contrairement à ce qui avait été martelé. Les quelque soixante recours déposés après 2020 ont tous été rejetés, y compris par des juges nommés par Trump, et l’affaire s’est même retournée contre ses promoteurs : Fox News a dû verser 787,5 millions de dollars à Dominion Voting Systems pour avoir relayé ces accusations de machines truquées. 

La dissimulation de cette colossale faille de sécurité est d’autant plus troublante à la lumière des informations supplémentaires montrant que la Chine s’est livrée à d’autres activités liées aux élections pour saper ma première administration et notre campagne de 2020.

Ils ne voulaient pas, ils n’en voulaient tout simplement pas. Ils se sont battus comme des diables pour ne pas avoir Donald Trump vainqueur, et pour une bonne raison. Comme le montrent les documents que nous publions, un rapport de la CIA indiquait explicitement, et je cite : à la mi-2018, la politique du Parti communiste chinois était de mobiliser tous les éléments intérieurs et étrangers opposés au président américain, dans un effort visant à réduire les voix du président américain et à le faire démissionner ou à empêcher sa réélection.

Le rapport cité décrit une opération d’influence visant à peser sur l’opinion, pas une ingérence dans le vote : l’évaluation officielle de mars 2021 concluait que Pékin avait envisagé puis renoncé à intervenir, sans toucher à l’infrastructure électorale. 

C’est charmant, n’est-ce pas ? De même, à la mi-2018, la Chine travaillait à influencer les résultats des élections de mi-mandat américaines, puis les résultats de l’élection présidentielle de 2020 elle-même. Par ailleurs, à la mi-2019, la stratégie du gouvernement chinois contre les États-Unis était axée sur l’affaiblissement de la confiance intérieure envers le président américain.

Ils voulaient simplement donner l’impression que votre président n’était pas si formidable, alors qu’en réalité votre président a fait un excellent travail. Et ils ont tout fait pour y parvenir. Le document poursuit — et ceci vient de la CIA — la stratégie comprenait des efforts pour utiliser les contacts chinois avec de grandes entreprises américaines afin d’influencer les dirigeants d’affaires américains pour qu’ils se retournent contre le président des États-Unis d’Amérique.

Le gouvernement chinois a cherché à identifier des journalistes américains qui avaient publié des articles négatifs sur le président américain et à leur verser de fortes sommes d’argent pour qu’ils écrivent davantage d’articles négatifs sur lui, autant qu’ils le pouvaient, et peu importe ce qu’ils disaient. Le gouvernement chinois voulait que le président américain perde l’élection suivante.

Et la raison pour laquelle ils voulaient que je perde, c’est qu’ils savaient que j’avais compris leur jeu. Je leur ai imposé des milliards et des milliards de dollars de droits de douane et j’ai bâti l’armée la plus forte au monde. Nous avons l’armée la plus forte au monde. Ce sont des citations exactes des rapports de la CIA. Le nom de la personne à l’origine de la citation est actuellement en cours d’examen — mais c’est encore pire.

Des renseignements bruts obtenus par le FBI en 2020, mais enterrés par des bureaucrates dévoyés, indiquaient que les activités de la Chine comprenaient même une tentative de fabriquer des bulletins de vote illégaux en faveur de Joe Biden. Les documents montrent que, pendant cette période, des dizaines de rapports importants de la CIA et de la NSA sur le ciblage des élections par la Chine ont été tenus à l’écart du briefing présidentiel.

C’étaient des briefings que je recevais presque tous les jours ; tout ce qui avait de l’importance en était exclu. Un courriel entre analystes du renseignement admettait qu’ils avaient, je cite, « délibérément trafiqué » le briefing quotidien du président afin de dissimuler les informations concernant les activités chinoises liées à l’élection. Une autre responsable au sein du FBI a écrit qu’elle dirigeait, je cite, « un gouvernement de l’ombre », fin de citation, pour empêcher que les renseignements sur l’ingérence électorale de la Chine ne soient connus et pour les tenir à l’écart de l’honorable presse.

D’autres responsables témoins de tels agissements ont perçu leur motivation comme étant ouvertement politique. Récemment, nous avons trouvé un nombre important de « burn bags » d’informations — il s’agit d’un ensemble de sacs utilisés pour détruire des informations — remis par le président Barack Hussein Obama pour être brûlés ; ils étaient censés être brûlés.

Ces sacs devaient être traités à un autre niveau, par d’autres personnes, incinérés et vérifiés, mais cela ne s’est jamais produit. Peut-être avons-nous eu de la chance. Nous pensons que cela n’a pas été fait exprès, mais plutôt par l’incompétence flagrante des personnes qui étaient censées brûler les sacs. Mais les découvertes sont stupéfiantes. Aujourd’hui, je demande au Bureau du directeur du renseignement national, au ministère de la Justice, au FBI et à la CIA d’enquêter sur la manière dont des informations aussi cruciales ont été cachées et sur les raisons de cette dissimulation, de licencier les personnes impliquées dans cette dissimulation et de déposer des poursuites pénales, le cas échéant, contre ces personnes.

Or, dissimuler l’ingérence de la Chine n’était que le début. La troisième série de documents que nous publions prouve que, pendant de nombreuses années, on a effrontément menti aux Américains sur la sécurité de notre infrastructure électorale, y compris les machines à voter électroniques et les systèmes de comptage des bulletins — malhonnêtes, presque tous. Ils sont vulnérables, ils sont facilement compromis, et des personnes au sein de notre gouvernement le savaient.

Ce soir, nous publions une série d’évaluations de la communauté du renseignement américain et d’autres rapports auparavant classifiés, prouvant que notre gouvernement sait depuis longtemps que ces machines sont extrêmement exposées aux attaques. Comme l’indique l’une de ces évaluations : nous estimons que les adversaires des États-Unis, y compris au minimum la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, ainsi que des groupes non étatiques, ont la capacité de compromettre l’infrastructure électorale américaine.

Fin de citation — mais c’est une sacrée déclaration, n’est-ce pas, faite par de prétendus grands patriotes de notre pays. Le document poursuit en indiquant, je cite : nous estimons que les dépôts centralisés de données liées aux élections, tels que les bases de données d’inscription des électeurs, les registres électoraux et autres sites web électoraux officiels, sont les plus vulnérables à l’exploitation, et des adversaires pourraient utiliser l’accès à ces systèmes pour perturber les processus électoraux aux États-Unis d’Amérique.

Ce soir, nous publions l’ensemble de ces conclusions, qui s’étendent de janvier 2020 à juin 2026. Il s’agit d’une cybermenace visant le cœur même de notre démocratie. Beaucoup de gens se sont demandé s’il était réellement possible de manipuler électroniquement les totaux de votes ou de modifier les résultats des élections sur ces terribles machines.

Aujourd’hui, nous publions des documents montrant que la CIA a obtenu des informations sur un complot précis visant à truquer massivement les résultats en faveur du régime corrompu de Maduro au Venezuela — et c’est exactement ce qui s’est passé : ils ont conspiré pour truquer numériquement les élections de leur propre pays en 2020. Et c’est ce qu’ils ont fait. Ces informations comprenaient des détails précis sur les méthodes développées par le régime pour altérer numériquement les totaux de votes d’une manière indétectable, même avec un audit, aussi approfondi soit-il.

Dans ce document déclassifié, le renseignement américain évoquait une tentative du régime d’exploiter une vulnérabilité hypothétique d’un système de vote utilisé dans ce pays — un système absent des États-Unis, son fabricant, Smartmatic, n’intervenant sur le sol américain que dans le comté de Los Angeles. CBS rappelle ensuite pourquoi les machines américaines sont particulièrement difficiles à compromettre : elles sont étroitement surveillées, déconnectées d’Internet et adossées à des bulletins papier qui peuvent être audités manuellement. Dans son article de fact-checking, le journaliste Aaron Navarro cite David Becker, du Center for Election Innovation & Research, pour qui ces machines restent sous scellés jusqu’aux tests publics, et même après, ce sont les bulletins papier qui font foi. Concernant les vulnérabilités identifiées par la CISA en 2022 sur les systèmes Dominion, le journaliste de CBS précise qu’elles n’étaient exploitables que dans des conditions très spécifiques, nécessitant un accès physique aux machines, et que l’agence n’a trouvé aucune preuve qu’elles aient jamais été exploitées lors d’une élection. Aaron Navarro conclut en citant Geoff Hale, du Center for Democracy & Technology, qui rappelle que découvrir une faille et la corriger est le signe d’un système mature, et non d’un système cassé.

Ces renseignements soulignent pourquoi nous devons agir d’urgence pour garantir que notre propre système ne puisse jamais, au grand jamais, être piraté ou compromis comme il l’a été par le passé. La quatrième série de documents révèle que même lorsque des preuves significatives de fraude ont été détectées, elles ont été enterrées et dissimulées. Parmi les révélations de ce soir figurent des dossiers du FBI détaillant des preuves de fraude présumée par une opération d’inscription d’électeurs à grande échelle dans le Michigan.

En 2020, la police d’État du Michigan a perquisitionné une organisation démocrate de mobilisation électorale (« Get Out the Vote ») — un groupe corrompu — à Muskegon, et ils ont été tellement préoccupés par ce qu’ils ont trouvé. Ils étaient tellement préoccupés, ils n’arrivaient pas à y croire, en fait, qu’ils ont contacté le FBI à Détroit. Les documents indiquent que certains démarcheurs ont admis auprès d’agents du FBI qu’ils avaient signé des formulaires d’inscription électorale au nom d’autres personnes, soumis des inscriptions frauduleuses pour des personnes qui n’existaient pas, et reçu des cartes-cadeaux liées au nombre de demandes qu’ils produisaient.

En d’autres termes : payer, jouer et tricher. Les agents du FBI travaillant sur l’affaire estimaient que des crimes avaient été commis, et pourtant le ministère de la Justice de Biden a fait traîner l’enquête et l’a enterrée. Ce soir, je demande au directeur du FBI de veiller à ce que l’affaire fasse l’objet d’une enquête complète et de travailler avec le ministère de la Justice pour poursuivre les responsables de tout crime éventuel.

Enfin, pour révéler à quel point nos élections restent vulnérables, nous publions les résultats d’une enquête stupéfiante du ministère de la Sécurité intérieure. Selon cet examen du DHS portant sur les listes électorales des États et les registres publics, environ 278 000 non-citoyens ont été identifiés comme inscrits pour voter aux élections fédérales.

Comme les États démocrates refusent de partager leurs fichiers électoraux, le vrai chiffre est en réalité bien plus élevé que cela. Pourtant, même cette analyse limitée a révélé plus d’un quart de million d’étrangers illégalement inscrits sur les listes électorales. Mises bout à bout, ces révélations dévoilent un système électoral si défaillant et si vulnérable que personne ne peut le défendre. Il est indéfendable.

Des centaines de millions de fichiers d’électeurs américains sont entre les mains de gouvernements étrangers. Nos machines et nos systèmes de comptage des bulletins sont exposés au piratage, à la manipulation et à la corruption. La Chine et d’autres pays ont tenté de s’ingérer dans nos élections. Des preuves de fraude ont été enterrées. Des centaines de milliers de non-citoyens et de personnes décédées figurent, avec un statut actif, sur les listes électorales.

Cette affirmation est exagérée et surtout, elle présente de manière malveillante et inexacte les conséquences de cette situation : figurer sur une liste n’équivaut pas à voter. Comme le montre CBS, la Caroline du Nord a bien recensé 34 000 personnes décédées sur ses listes en avril, sans qu’aucun vote illégal n’ait été émis en leur nom. Concernant les non-citoyens, le journaliste cite le cas de l’Iowa : une estimation initiale de 2 186 inscrits est retombée, après audit, à 277 cas confirmés, dont seulement 35 votes en 2024. Un ordre de grandeur sans rapport avec les chiffres avancés dans le discours.

Et pourtant, nous continuons d’organiser des élections sans pièce d’identité pour voter, sans preuve de citoyenneté, et avec des dizaines de millions de bulletins flottant sans but dans le courrier. Comme exemple de cette folie : la récente élection en Californie pour le maire de Los Angeles et le gouverneur s’est tenue le 2 juin — il y a longtemps — mais elle ne s’est achevée qu’il y a quelques jours, le 10 juillet. Pensez-y : bien plus d’un mois.

Il a fallu un mois pour compter les voix. Je me demande ce qu’ils fabriquaient. C’est pire que n’importe quel pays du tiers-monde. Aucun pays du tiers-monde n’a des élections comme les nôtres. Fait rare, NBC et ABC, les fake news, ont tous deux annoncé qu’ils ne couvriraient pas ce discours. Ils savaient de quoi il s’agissait — parce qu’ils n’aiment pas le sujet, parce qu’ils savent à quel point notre système est corrompu et qu’ils ne veulent pas le révéler. Eux et d’autres dans les médias font partie d’un complot.

Trump a accusé NBC et ABC de boycotter son discours pour cacher la corruption du système, mais les deux chaînes l’ont diffusée en intégralité en streaming, sur YouTube et sur leurs sites, seule l’antenne principale n’était pas mobilisée.

Ils veulent que cette fraude continue, pour une raison ou une autre. Ils veulent la faire perdurer. Ils veulent protéger la gauche radicale. On ne peut pas avoir un grand pays — et c’est vrai : on ne peut pas avoir un grand pays sans élections libres et équitables. Une fraude de cette ampleur devrait entraîner la révocation de leurs licences. Ils utilisent nos ondes publiques, d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, sans débourser un centime.

Ils ne paient rien. Tout ce que nous voulons, c’est l’honnêteté dans nos élections et l’honnêteté dans l’information. Ils ne paient rien pour des actifs valant plusieurs milliards de dollars. Un grand tort a été causé à notre pays. Nos élections ont été laissées vulnérables au trucage et au vol, et la confiance du peuple américain a été perdue. Cela ne peut pas être toléré plus longtemps.

Chaque Américain, que vous soyez républicain, démocrate, indépendant ou autre, devrait pouvoir convenir que nous méritons le système électoral le plus sûr, le plus honnête et le plus équitable au monde. Des élections sûres devraient être une question partisane — enfin, vraiment, nous devrions être ensemble, démocrates, républicains, indépendants, tout le monde, et cela ne devrait pas être une question partisane.

Cela devrait être une cause qui nous unit, pas qui nous divise. Cela devrait être une cause — nous devrions être unis, pas divisés. À la lumière des informations toutes nouvelles et irréfutables que j’ai révélées ce soir, mon administration est en train de notifier les États dont les données électorales ont été compromises par la République populaire de Chine et bien d’autres.

Nous travaillerons en étroite collaboration pour atténuer tout préjudice, et nous prenons des mesures rapides pour garantir que les données sensibles des électeurs soient mieux protégées, afin que nous ne puissions jamais être achetés, jamais être piratés, et que nous n’assistions plus jamais à une élection volée. Demain, le secrétaire à la Sécurité intérieure tiendra un briefing pour présenter les travaux récents de son ministère confirmant les cybervulnérabilités de nos systèmes de vote électroniques.

Elles sont graves. Nous sommes en train d’informer les gouverneurs, les sénateurs et les membres du Congrès des problèmes potentiels dans leurs États. Si vous regardez le vote aujourd’hui, il est en si mauvais état dans tant d’États, et nous nous engageons à y remédier ; nous nous engageons également à travailler avec ces États et collectivités locales pour les aider à corriger et à colmater les vulnérabilités techniques connues avant les élections de mi-mandat.

Nous avons des élections très importantes qui approchent. Nous voulons que ces élections soient honnêtes. J’ai également ordonné au DHS de notifier chaque État de la présence de non-citoyens sur ses listes électorales et de leur enjoindre de retirer immédiatement tous les électeurs inéligibles de ces listes. Mais surtout, faire face à cette crise de la sécurité électorale exige que le Congrès adopte le SAVE America Act.

Comme c’est facile à faire, à moins que vous ne vouliez tricher. La seule raison de ne pas le faire, c’est que vous voulez tricher, parce que vos politiques sont si mauvaises et vos candidats si pathétiques que vous ne pouvez pas vous en sortir ou vous faire élire autrement. Cette loi historique exige que tous les électeurs présentent une pièce d’identité avec photo. Comme c’est simple, non ?

Puis-je avoir votre photo, s’il vous plaît ? Une pièce d’identité avec photo pour voter. Tous les électeurs doivent fournir une preuve de citoyenneté. Êtes-vous citoyen de notre pays, s’il vous plaît ? Et, espérons-le, il n’y aura plus de bulletins de vote par correspondance corrompus — qui, si vous avez regardé la Californie et tant d’autres endroits, sont intrinsèquement corrompus. Donc, plus de vote par correspondance, sauf en cas de maladie, de handicap, de déploiement militaire ou de déplacement, si vous partez en voyage d’affaires ou en vacances.

Le président américain a justifié la quasi-suppression du vote par correspondance prévue par le SAVE America Act en le qualifiant d’intrinsèquement corrompu. Selon la Brookings Institution, la fraude postale représenterait environ quatre cas pour dix millions de bulletins (0,000043 %). Et comme le note une journaliste de CBS, Trump a lui-même voté par correspondance cette année en Floride, prétextant ne pas pouvoir se déplacer, alors qu’il passait le week-end de vote anticipé à jouer au golf près de Mar-a-Lago.

Ces réformes sont nécessaires de toute urgence pour mettre fin aux vulnérabilités que j’ai mentionnées. À tous les Américains : je vous demande de prendre votre téléphone demain, d’appeler vos représentants à la Chambre et au Sénat, et d’exiger qu’ils adoptent le SAVE America Act sans délai. Ensemble, nous restaurerons la foi et la confiance dans notre pays, et nous serons plus grands, meilleurs et plus forts que jamais.

Merci. Que Dieu vous bénisse. Que Dieu bénisse notre grande armée. Et que Dieu bénisse l’Amérique. Merci beaucoup.

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Offensive MAGA contre l’Europe : les États-Unis lancent un programme de financement d’organisations alignées https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/17/offensive-maga-contre-leurope-les-etats-unis-lancent-un-programme-de-financement-dorganisations-alignees/ Fri, 17 Jul 2026 04:30:00 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347142 Il s’agit de la première fois depuis 2025 que l’administration Trump cherche à faire porter son agenda idéologique en Europe via un soutien financier direct.

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Le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail (DRL) du département d’État américain a lancé lundi 13 juillet un appel à propositions visant à développer les « liens civilisationnels », la « résilience démocratique » et l’État de droit en Europe. Jusqu’au 12 août, des ONG, think tanks, universités, individus, et organisations internationales pourront ainsi candidater pour obtenir des subventions américaines allant jusqu’à 3 millions de dollars 3.

Il s’agit de la première fois depuis 2025 que l’administration Trump cherche à faire porter son agenda idéologique en Europe via un soutien financier direct.

  • Comme le rappelle Maya Kandel, « le Bureau démocratie, droits de l’homme et travail soutenait depuis 40 ans la société civile face aux régimes autoritaires. Signe de la transformation profonde du département d’État lancée dès le retour de Trump à la Maison-Blanche, il avait déjà été mis à contribution par le bureau du vice-président pour trouver des preuves de la ‘censure’ européenne puis, après n’en avoir trouvé aucune, avait été réorganisé sous la supervision de Samuel Samson ».
  • Selon Kandel, « ce bureau devient désormais officiellement l’instrument et le bailleur de fonds d’acteurs de la société civile mobilisés, chez les alliés européens, contre leurs propres institutions ».

L’appel à projets, baptisé « Développer les liens entre les civilisations, la résilience démocratique et l’État de droit en Europe », est doté d’un budget de près de 5 millions de dollars, qui pourront être répartis entre 2 à 3 projets de 1 à 3 millions de dollars chacun. Si les montants peuvent sembler faibles pour les États-Unis, ils sont loin d’être anodins à l’échelle européenne, et notamment française, précise Kandel.

  • Parmi les potentiels candidats à ces subventions, pourraient figurer des organisations comme le Prosperity Institute, un groupe de réflexion britannique proche de l’agenda de Trump, qui avait notamment invité en décembre la sous-secrétaire d’État américaine chargée de la diplomatie publique, Sarah B. Rogers, à un de ses événements.
  • Début 2026, Rogers avait annoncé un financement de 500 000 dollars pour « promouvoir la liberté numérique », et en particulier pour subventionner des « centres de réflexion » alignés sur les priorités de l’administration Trump. L’annonce avait notamment suscité l’enthousiasme de Nicolas Conquer – soutien français de Trump, ancien adhérent de Reconquête et ex-candidat ciottiste aux législatives de 2024 –, qui avait lancé dans la foulée Western Arc, un « do-tank » « inspiré de l’Amérique MAGA ».
  • Selon Kandel, « le modèle reste toutefois l’écosystème bâti par Orbán » à Bruxelles et à Budapest à travers diverses organisations comme le Danube Institute, le Mathias Corvinus Collegium ou le Hungarian Institute of International Affairs, un think-tank hongrois dirigé par Gladden Pappin, l’un des artisans clefs de la convergence idéologique entre Trump et le régime d’Orbán.

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a mis en garde l’administration Trump mercredi 15 juillet lors d’une conférence de presse contre toute tentative d’ingérence américaine dans les élections allemandes, suite à l’annonce du lancement du programme.

  • En 2025, Elon Musk avait apporté son soutien explicite à Alice Weidel, en appelant les électeurs allemands à voter pour le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland. Il avait ainsi déclaré : « Seule l’AfD peut sauver l’Allemagne. Fin de l’histoire. Les gens doivent soutenir l’AfD ».
  • Hier, jeudi 16 juillet, il a affirmé sur son réseau social X que Marine Le Pen était « le dernier espoir de la France ». Musk avait apporté son soutien à la candidate du Rassemblement National (RN) pour l’élection de 2027 durant son procès, l’encourageant « à surmonter cette persécution et à se présenter à la prochaine élection présidentielle ».
  • Si plusieurs figures de l’extrême-droite européenne affichent une proximité avec Trump et le mouvement MAGA, leurs électorats demeurent divisés.
  • Notre sondage Eurobazooka, conduit en janvier, révélait notamment un clivage dans la perception de l’impact de la deuxième présidence Trump sur l’unité de l’Occident.
  • Ainsi, 35 % des électeurs du RN et de Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni, déclaraient que Trump contribuait à « fragiliser l’Occident ».

Maya Kandel estime que, « jusque dans son vocabulaire, l’appel décline la grammaire de la stratégie de sécurité nationale de décembre 2025, et se situe dans la droite ligne du discours de Vance à Munich ». Le programme prévoit par ailleurs une « implication substantielle » du département d’État, qui co-choisira les participants, les thèmes et les lieux retenus pour des ateliers et événements : « Il s’agit bien d’une implication directe dans le débat public européen ».

  • Si ce nouveau programme traduit une évolution majeure, « Il ne s’agit toutefois que d’un volet de l’offensive en cours contre l’Europe », analyse Kandel.
  • « Au même moment, Marco Rubio a convoqué jeudi 16 juillet à Washington une réunion sur le ‘terrorisme global d’extrême gauche’, alors même que l’Europe est qualifiée ‘d’incubateur de menaces terroristes’ ».
  • Washington affirme que plus de 60 pays ont pris part à cette réunion, dont la plupart des pays européens, des pays d’Amérique latine et plusieurs pays asiatiques.
  • « Société civile d’un côté, États de l’autre : ce sont bien deux volets d’une même entreprise de vassalisation idéologique », analyse Kandel. Cette double offensive permettra, selon elle, d’identifier les relais européens prêts à se financer sur le budget de l’offensive MAGA contre l’Europe.

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Pourquoi la guerre des Malouines resurgit à la Coupe du monde ? https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/16/pourquoi-la-guerre-des-malouines-resurgit-dans-le-football-argentin/ Thu, 16 Jul 2026 15:13:31 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347115 L’équipe d’Argentine pourrait être sanctionnée par la FIFA pour avoir fêté sa victoire contre l’Angleterre en brandissant une banderole portant l'inscription : « Les Malouines sont argentines ».

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Lors d’une réunion entre la FIFA, le FBI et la police d’Atlanta, les autorités avaient classé la rencontre ArgentineAngleterre comme la plus à risque de la Coupe du monde.

  • Au-delà de l’historique des rencontres passées, le match risquait d’être alourdi par les séquelles d’une guerre livrée entre Argentins et Britanniques il y a 44 ans pour le contrôle de l’archipel de l’Atlantique Sud, que les Anglais appellent les îles Falkland et les Argentins les îles Malouines (« Malvinas »).
  • Pour éviter des affrontements entre supporters, les entrées du stade avaient été séparées, et des bars distincts avaient été attribués à chaque groupe.

Dans la longue histoire du colonialisme, personne n’avait jamais livré de véritable bataille pour le contrôle des Malouines.

  • La question de leur découverte est encore débattue : des navigateurs portugais, anglais ou néerlandais pourraient tous les avoir repérées en premier.
  • Les premiers à les coloniser ont toutefois été les Français, qui sont arrivés en 1763. Comme ils venaient tous de Saint-Malo, ils ont donné à l’archipel le nom d’îles Malouines, qui a donné lieu à la dénomination utilisée dans toutes les langues romanes.
  • Dans le même temps, des établissements anglais sont fondés sur la façade ouest de l’archipel.
  • En 1766, la France renonce à ses prétentions sur l’archipel en échange d’une alliance avec l’Espagne contre le Royaume-Uni dans la guerre de Sept Ans. L’archipel ne comptait de toute façon que quelques dizaines d’habitants et les établissements britanniques et espagnols ont coexisté jusqu’en 1774, lorsque la Grande-Bretagne a décidé de retirer sa garnison des îles.
  • En 1810, les Provinces-Unies du Río de la Plata, l’actuelle Argentine, ont obtenu leur indépendance de l’Espagne et se sont revendiquées comme les héritières de tous les territoires espagnols de cette région du continent, y compris les Malouines. Elles y ont envoyé un navire militaire et plusieurs garnisons qui ont pris possession de l’archipel et ont commencé à le coloniser. Les activités pratiquées sur place se limitaient à l’élevage et à la chasse aux phoques.
  • En 1833, les Anglais sont revenus, ont destitué les colons et ont pris le contrôle de l’exploitation des ressources rares du territoire. Les faits sont confus et les différentes garnisons qui se disputaient le contrôle de l’île étaient davantage des mercenaires et des corsaires que des agents gouvernementaux.

Les tensions latentes entre le Royaume-Uni et l’Argentine concernant le contrôle de l’archipel se sont accentuées dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque le président argentin Juan Perón a affirmé la souveraineté de son pays sur les îles. Il souhaitait les racheter et les nationaliser, comme il l’avait fait avec le réseau ferroviaire, mais cette idée a été rejetée par Winston Churchill. Début avril 1982, les événements se sont précipités lorsque l’armée argentine a envahi les Malouines.

  • La guerre des Malouines est une histoire d’arrogance politique et d’incompétence militaire : le général Leopoldo Galtieri, chef de la dictature militaire argentine, savait que le régime était en train de perdre toute légitimité.
  • La crise économique étouffait le pays, et le sort des disparus ainsi que les mécanismes de répression de la dissidence avaient été révélés.
  • Il s’agissait ainsi de rassembler le pays, de réveiller son sentiment nationaliste et de donner du prestige à la junte. De plus, l’Argentine a envahi les Malouines en pensant que le Royaume-Uni ne réagirait pas.
  • Londres a toutefois réagi avec brutalité : les soldats argentins, mal armés et mal entraînés, ont été balayés. 649 d’entre eux ont trouvé la mort, 1 500 autres ont été blessés et 11 300 ont été faits prisonniers.
  • Vaincue militairement, l’Argentine ressort du conflit meurtrie dans son orgueil, et cette blessure n’est toujours pas refermée. 

Lors de leur première rencontre sur un terrain de football, à la Coupe du monde 1986, le conflit n’est terminé que depuis quatre ans.

  • Le match du 22 juin reste à ce jour l’un des plus célèbres de l’histoire de la compétition – celui qui, mieux que tout autre, montre à quel point il est impossible de tenir la politique à l’écart du football. Maradona y inscrit ses deux buts les plus fameux : le premier de la main, le second après avoir semé la moitié de la défense anglaise sur son passage. Après la rencontre, il ne cacha pas que la revanche l’avait aussi animé : « On défendait notre drapeau, les gars morts au combat, les survivants. C’est pour ça que je crois que mes buts avaient une signification si grande », aurait-il déclaré.

Le match d’hier se jouait 44 ans après la guerre des Malouines, et aucun des joueurs présents sur le terrain n’était né en 1982. Pourtant, alors que les joueurs argentins avaient affirmé la veille que le passé n’avait rien à voir là-dedans, et que ce ne serait qu’un match de football, ils ont fêté leur victoire en brandissant un drapeau portant l’inscription « Les Malouines sont argentines ».

L’équipe d’Argentine risque désormais de faire l’objet d’une sanction.

  • Le règlement de l’IFAB, l’organe législatif du football, interdit formellement l’exhibition de drapeaux, slogans et symboles politiques autres que les drapeaux nationaux.
  • Par ailleurs, le gouvernement britannique a officiellement demandé à la FIFA d’ouvrir une enquête sur la banderole exhibée.

Les revendications argentines sur les Malouines ne sont jamais sorties du débat ni de l’imaginaire collectif. Dans le football, ce thème refait régulièrement surface.

  • Des références aux Malouines figurent sur les banderoles et dans les chants des supporters, et en 2014, la sélection nationale elle-même avait posé avec un drapeau portant l’inscription « Les Malouines sont argentines », avant un match amical contre la Slovénie.
  • Le comité disciplinaire de la FIFA avait alors condamné la fédération argentine à une amende de 30 000 francs suisses (37 000 dollars américains).
L’équipe d’Argentine pose pour une photo avec une banderole sur laquelle on peut lire en espagnol : « Les Malouines sont argentines », avant un match amical contre la Slovénie à La Plat, le 7 juin 2014. © Raul Ferrari/AP/SIPA

Le sentiment nationaliste autour des revendications de souveraineté sur les îles Malouines est resté très vif, et s’exprime dans de nombreux aspects de la vie argentine.

  • Il circule même dans le pays un billet de banque, celui de 50 pesos, consacré à l’archipel.
  • Sur son site, la Banque centrale argentine affirme explicitement que le billet « représente la souveraineté argentine sur l’archipel ».

Les débats n’ont évidemment pas cessé depuis l’élection de Javier Milei, qui a construit sa campagne électorale et sa rhétorique sur le sentiment nationaliste et les ambitions de prestige international de l’Argentine.

  • En tant que président, il a réaffirmé à plusieurs reprises que les Malouines appartiennent à l’Argentine et que leur revendication est un objectif national non négociable, tout en soutenant que la question doit être résolue par la voie diplomatique, dans le dialogue, et non par les armes.
  • Milei entretient une relation particulière avec le Royaume-Uni : il a même cité à plusieurs reprises Margaret Thatcher comme son modèle politique, s’attirant les critiques des vétérans et des Argentins les plus attachés à la cause.

Il y a quelques mois, Milei avait déclaré dans un entretien que l’Argentine faisait « des progrès comme jamais auparavant » sur la question des îles Malouines. Cette prise de parole intervenait peu après la révélation que les États-Unis envisageaient une série de mesures pour sanctionner les alliés de l’OTAN n’ayant pas soutenu leur engagement en Iran – parmi lesquelles, la possibilité de retirer leur appui au Royaume-Uni sur la question des Malouines.

  • On ne sait pas encore si Milei sera présent dimanche dans les tribunes aux côtés de Trump pour la finale, qui opposera l’Argentine à l’Espagne.
  • Les deux hommes sont de proches alliés politiques, et Trump a présenté Milei comme son « président préféré ».

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Économie russe : 14 % des pétroliers de la flotte fantôme russe auraient été frappés par des drones ukrainiens en 10 jours https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/16/economie-russe-14-des-petroliers-de-la-flotte-fantome-russe-auraient-ete-frappes-par-des-drones-ukrainiens-en-10-jours/ Thu, 16 Jul 2026 12:22:37 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347104 Kiev affirme avoir frappé 136 navires appartenant à la flotte fantôme russe en mer Noire et d’Azov au cours des 10 derniers jours, dont 97 pétroliers.

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Selon le commandant des Forces de systèmes sans pilote de l’armée ukrainienne, Robert Brovdi, 116 navires de la flotte fantôme russe auraient été frappés par des drones en mer d’Azov entre le 6 et le 14 juillet, et 20 navires supplémentaires auraient été touchés en mer Noire hier, mercredi 15 juillet 4.

Sur ces 136 navires, 97 seraient des pétroliers.

  • Les vidéos d’attaques publiées par Brovdi montrent que les drones ukrainiens ciblent les ponts supérieurs afin de neutraliser les navires sans provoquer de marée noire.
  • Selon des sources ukrainiennes, l’armée russe aurait commencé à déployer des opérateurs de drones sur ses pétroliers, armés de mitrailleuses, de missiles sol-air portables et de drones anti-drones, afin de repousser les attaques 5.
  • En se basant sur les chiffres du Financial Times, qui recensait début juillet environ 700 pétroliers appartenant à la flotte fantôme russe, près de 14 % de ces navires auraient ainsi été touchés en seulement 10 jours 6.

La mer d’Azov, une étendue d’eau qui communique avec la mer Noire via le détroit de Kertch, est cruciale pour le commerce extérieur russe, notamment de produits pétroliers, d’acier et de céréales, mais également pour ravitailler la Crimée, qui fait elle aussi face à une intense campagne aérienne ukrainienne.

  • Environ un quart des exportations de blé russes transitent par la mer d’Azov, tandis que la mer Noire représente une part aussi importante du commerce mondial de blé que le golfe Persique pour le pétrole.
  • Si Moscou affirme être en mesure de réacheminer ses exportations de céréales vers la mer Noire – qui fait elle aussi l’objet d’une pression ukrainienne croissante –, cela semble peu probable compte tenu des importants volumes actuellement exportés 7.
  • Afin de continuer d’exporter des marchandises, les navires russes sont de plus en plus nombreux à naviguer sans leurs signaux AIS, afin d’être moins facilement repérables par les opérateurs de drones ukrainiens.
  • En moins de deux semaines, le nombre de transpondeurs actifs en mer d’Azov a connu une chute de 61 %, selon la société d’analyse Starboard Maritime Intelligence 8.

La campagne aérienne menée par l’Ukraine en mer Noire et d’Azov pourrait avoir un impact économique considérable pour Moscou.

  • La Russie continue de charger entre 6 et 8 pétroliers avec du brut chaque semaine dans le port de Novorossiisk, sur la mer Noire.
  • Or, des vidéos publiées par le Service de sécurité ukrainien (SBU) montrent que des pétroliers russes sont ciblés à proximité de Novorossiisk, parfois en pleine journée.
  • Mardi 14 juillet, la marine ukrainienne a annoncé avoir détruit un navire de patrouille du FSB au large de Novorossiisk, en utilisant un drone naval Sargan-3000.

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Depuis 2022 et le début de la guerre en Ukraine, l’électrification de l’Union n’a que très peu évolué https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/16/depuis-2022-et-le-debut-de-la-guerre-en-ukraine-lelectrification-de-lunion-na-que-tres-peu-evolue/ Thu, 16 Jul 2026 04:30:00 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347016 Le taux d’électrification de l’Union s’élève à seulement 23 %, soit un chiffre similaire à celui des pays autosuffisants en hydrocarbures.

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Demain, vendredi 17 juillet, la Commission doit présenter un ensemble de mesures et de dispositifs de financement pour électrifier davantage l’économie européenne. L’Union s’était fixée l’objectif de porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à 32 % d’ici 2030.

Selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, le taux d’électrification de l’Union se situe aujourd’hui aux alentours de 23 %.

  • Si ce chiffre est similaire à celui de pays autosuffisants en hydrocarbures, comme les États-Unis, l’Union est loin derrière la Chine, le Japon ou la Corée du Sud, où le taux dépasse les 30 % 9.
  • L’électrification dans l’Union n’a ainsi que peu évolué au cours de la dernière décennie, ce qui la rend particulièrement dépendante des combustibles fossiles.
  • Selon Birol, le faible taux d’électrification européen freine ainsi la compétitivité et la souveraineté économique des États membres.

Malgré le déploiement massif de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable suite à l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce qui a conduit à une amélioration de l’efficacité énergétique, les secteurs du chauffage, des transports et de l’industrie sont toujours fortement dépendants de combustibles fossiles importés.

  • Ces derniers représentent encore 58 % des besoins énergétiques de l’Union, selon Ember, soit environ deux fois plus que la Chine (24 %) ou l’Inde (37 %) 10.
  • Les capacités du réseau constituent l’un des principaux points de blocage : 600 GW d’énergie renouvelable ont été installés et sont en attente d’un raccordement au réseau, tandis que 85 GW ont été installés en 2025.
  • Les États membres peinent notamment à connecter des projets solaires ou éoliens, éparpillés dans des zones parfois isolées.

Demain, la Commission devrait dévoiler un plan visant à réduire les taxes sur l’électricité et à proposer des aides pour encourager les ménages à adopter des pompes à chaleur, des voitures électriques et d’autres technologies vertes. Il devrait également inclure des mesures pour que le coût de l’électricité ne dépasse pas 2,5 fois le prix du gaz pour les ménages, et 2 fois pour l’industrie d’ici la fin de la décennie.

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Le Pentagone s’en prend aux puissances moyennes https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/16/le-pentagone-sen-prend-aux-puissances-moyennes/ Thu, 16 Jul 2026 04:30:00 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347011 Ce que révèle un texte largement commenté d’Elbridge Colby sur l'avenir de l'ordre de sécurité américain.

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Elbridge Colby est un stratège républicain spécialiste de la défense, théoricien du recentrage des ressources militaires américaines sur la compétition avec la Chine. Ancien architecte de la Stratégie de défense nationale de 2018, il est désormais sous-secrétaire à la Guerre chargé de la politique, soit le numéro trois du Pentagone, rebaptisé depuis septembre 2025 Département de la Guerre. Auteur de The Strategy of Denial 11, il se revendique d’un réalisme assumé, pour lequel les alliances ne valent que par le « prisme des intérêts, de la géographie, de l’économie et de la puissance militaire ».

Dans un fil publié sur son compte officiel X 12 le 14 juillet, qui a été largement relayé et commenté, Colby s’adresse ostensiblement aux analystes, mais en réalité aux capitales des pays historiquement alliés des États-Unis, avec un double objectif : disqualifier par avance toute tentative de coordination entre puissances moyennes, et rappeler la dépendance absolue de ces pays à l’égard de l’industrie de défense américaine, avec une menace à peine déguisée : « l’accès à la base industrielle de défense américaine est un privilège, pas un droit ».

Cette intervention survient le jour du défilé du 14 juillet, qui a vu assemblées pour la première fois à Paris, les forces d’une large coalition sans les États-Unis – des troupes de 35 pays ont défilé sur les Champs-Élysées, devant 25 chefs d’État et de gouvernement invités, dont le président ukrainien Volodymyr Zelensky –, dans une configuration parallèle par rapport à l’OTAN. C’est précisément ce basculement, encore fragile mais désormais visible, que le texte de Colby cherche à contrer en relativisant d’une manière indirecte son influence, mais en l’attaquant.

D’où l’importance de lire le texte qui suit et comprendre ce qu’il révèle.

Il y a beaucoup d’agitation ces jours-ci autour d’une stratégie collective des « puissances moyennes ». 

La « stratégie collective des puissances moyennes » désigne l’idée, popularisée notamment par le Premier ministre canadien Mark Carney lors d’un discours prononcé à Davos en janvier et reprise dans les débats européens sur l’autonomie stratégique, selon laquelle des États de rang intermédiaire, comme le Canada, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, ainsi que des pays de l’Union, pourraient coordonner leurs politiques de défense, d’armement et de commerce afin de réduire leur exposition à l’imprévisibilité américaine. Cette approche ne vise pas à remplacer l’alliance avec les États-Unis, mais à créer des options : diversification des fournisseurs d’armes, montée en puissance des industries de défense nationales et coopérations entre alliés, sans passer par Washington. Elle permettrait ainsi de réduire le risque que le chercheur Olivier Schmitt appelle « racket de protection » et la transformation des dépendances en vulnérabilités débouchant sur une vassalisation. 

Au Département de la Guerre, nous ne craignons pas qu’il s’agisse d’une possibilité sérieuse. Nous sommes plutôt préoccupés par le fait que quelques alliés et partenaires le croient et gaspillent du temps, de l’ argent et du capital politique précieux sur une distraction.

De notre point de vue, une stratégie collective des puissances moyennes repose sur une compréhension erronée des relations internationales. Nous sommes des réalistes flexibles. Nous voyons donc la scène internationale à travers le prisme des intérêts, de la géographie, de l’économie, de la puissance militaire, etc. Les « puissances moyennes » n’ont pas de base cohérente d’alignement.

Une base cohérente d’alignement existe pourtant, et elle est parfaitement réaliste : la nécessité partagée de réduire l’exposition aux menaces impériales des États-Unis. Le Canada ou les membres de l’Union n’ont ni géographie ni menaces communes, mais ils font face au même fournisseur dominant et au même protecteur imprévisible et c’est précisément ainsi que le réalisme explique la formation des coalitions : non par affinité, mais par exposition commune à une puissance capable de nuire à chacun. L’historien et politiste Alexander Clarkson met en garde contre une lecture qui réduirait la stratégie des puissances moyennes (le discours de Carney, les efforts d’autonomie stratégique de l’Union) à une simple réaction à l’imprévisibilité politique américaine, comme si un changement d’administration à Washington suffisait à restaurer la confiance. Des tendances structurelles plus profondes (économiques, démographiques, institutionnelles et culturelles) suggèrent que les États-Unis pourraient ne plus être en mesure de soutenir le statut d’hyperpuissance que leurs élites tiennent pour acquis.

Il n’est pas clair quelles annonces ont suscité ces propos de Colby, qui est toutefois connu pour avoir remis en cause par le passé la relation des États-Unis avec Taïwan, en déclarant que l’île ne constituait « pas un enjeu vital » pour Washington. La définition même de cette stratégie des « puissances moyennes » fait d’ailleurs l’objet de débat : l’Inde refuse d’être considérée comme faisant partie de ce groupe, tandis que la France et le Royaume-Uni notamment, deux pays dotés et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ne se considèrent pas comme tels.

Cela n’est pas non plus confirmé par la réalité, selon notre expérience. Nous constatons une recrudescence du désir d’engagement avec les États-Unis, et non une diminution. Sous la direction du président Trump, les pays ne voient pas seulement la valeur de l’engagement américain, ils ne peuvent plus le considérer comme acquis. Nous observons sans aucun doute un signal de demande incroyablement fort et continu pour la présence et l’engagement militaires américains à travers le monde.

Clarkson souligne le paradoxe de cet argument : traiter les alliés en vassaux, menacer leur intégrité territoriale, imposer des droits de douane unilatéraux, remettre en cause des engagements de sécurité anciens et détourner des livraisons d’armes contractées, puis s’étonner que ces mêmes alliés cherchent plus d’autonomie ou des partenaires alternatifs. Le « signal de demande » que Colby interprète comme une validation pourrait tout autant refléter la dépendance à court terme d’alliés qui, en parallèle, font déjà d’autres plans.

En cherchant à démontrer la centralité des États-Unis dans les initiatives et coalitions internationales, notamment en matière de sécurité et de défense, Colby semble surtout trahir une certaine anxiété face aux efforts de réarmement européens et à la constitution d’un front commun face aux crises – de l’Ukraine à la guerre en Iran. En mettant fin à l’assistance à l’Ukraine, l’administration Trump s’est privée d’un levier d’influence précieux pour tenter de peser sur les négociations diplomatiques entre Kiev et Moscou. Le vide laissé dans les capacités défensives et offensives ukrainiennes a depuis été comblé à la fois par l’industrie ukrainienne elle-même, notamment en matière de drones, mais également par les pays européens.

Le 13 juillet, la veille de la déclaration de Colby, 10 pays européens (Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Espagne, Suède, Ukraine et Royaume-Uni) ont annoncé la création de la Coalition intégrée contre les missiles balistiques, dont l’objectif sera « de bâtir une capacité partagée contre les missiles balistiques pour l’Europe ». À Paris, Zelensky et Macron ont signé une feuille de route qui devrait aboutir à la livraison de 16 Rafale à l’armée ukrainienne entre 2027 et 2028, et à des systèmes de défense antiaérienne SAMP/T NG. L’accord prévoit également la livraison de radars et la production sous licence, sur le sol ukrainien, de bombes AASM, de missiles antiaériens Aster 30 et de missiles de croisière SCALP. L’Ukraine fournit quant à elle aux États et à l’industrie européenne de précieuses données et technologies en matière de drones, utilisées sur le front et prévoit l’ouverture, cette année, de 10 centres d’exportation d’armes en Europe qui permettront d’écouler les surplus de sa production.

Les États-Unis peinent quant à eux à accélérer pour transformer leurs armées, notamment via l’intégration de drones et de systèmes sans pilotes, dont la guerre contre l’Iran a montré les limites des capacités. Si Washington a eu recours à plusieurs systèmes de drones dans le détroit d’Ormuz, comme le GARC (Global Autonomous Reconnaissance Craft), un drone-boat conçu par l’entreprise américaine BlackSea Technologies, et le LUCAS (Low-Cost Uncrewed Combat Attack System), un OWA adapté du Shahed-136 iranien, elle a toutefois manqué de capacités de riposte pour contrer des drones iraniens visant ses bases et ses alliés dans la région. Washington a aussi été contraint de tirer des missiles à plusieurs millions de dollars pour intercepter des drones qui en valent seulement quelques milliers. Le Pentagone s’est également tourné vers l’Ukraine pour bénéficier de l’expertise de son armée en matière de défense, mais aussi de production. Le Merops, un système anti-drones développé par une entreprise fondée par l’ex-PDG de Google, Eric Schmidt, avec l’aide de combattants ukrainiens, fait notamment partie des systèmes sollicités.

Le Pentagone vise à livrer « des dizaines de milliers » de drones à l’armée cette année, et « des centaines de milliers » d’ici 2027, soit environ 340 000 unités en deux ans. Si cet objectif représente un effort considérable par rapport aux années précédentes, il reste loin du rythme de production des armées russe et ukrainienne. Kiev s’est fixé pour objectif de produire 7 millions de drones cette année, soit 9 fois plus qu’en 2023 (800 000 unités).

Prenez notre industrie de défense et nos ventes d’armes. Beaucoup de commentaires affirment qu’en raison de prétendues frustrations envers les États-Unis, la base industrielle de défense américaine perdra des parts sur le marché de l’armement. Mais cela n’est ni réalisable ni exact.

Le simple fait est qu’aucun pays ou groupe de pays alternatif ne peut rivaliser avec la base industrielle de défense américaine, que ce soit en quantité ou en qualité. 

Clarkson pointe une réalité que cette rhétorique occulte : la crise de la construction navale américaine est telle que la Marine américaine commande désormais des navires à des chantiers coréens ou italiens, et la logistique militaire américaine dépend elle-même de bases situées chez les alliés – une réalité qui s’est récemment illustrée lors des opérations menées contre l’Iran, qui ont été rendues possibles par les bases américaines en Europe et l’accès fourni par des pays alliés. L’affirmation d’une supériorité sans rivale ignore des crises structurelles bien documentées dans la production, la maintenance et les ressources humaines militaires, et ce malgré des budgets colossaux.

Les États-Unis, comme le dit le Président, fabriquent le meilleur équipement, et nous le fabriquons à une échelle qu’aucun concurrent plausible ne peut égaler. Au contraire, l’accès à la base industrielle de défense américaine est un privilège, pas un droit.

Comme le relève Fabian Hoffmann dans une réponse sur X, Colby affirme d’un côté que les alliés ne devraient pas chercher à répliquer ou supplanter la base industrielle de défense américaine, et de l’autre que l’accès à celle-ci est « un privilège, pas un droit ». Les deux propositions sont incompatibles : si l’accès peut être révoqué au gré des humeurs politiques de Washington, alors la diversification des alliés n’est pas une « distraction », mais précisément le comportement rationnel qu’un réaliste devrait anticiper. Comme le résume Hoffmann en retournant son argument : « nous sommes tous réalistes ici ».

Dans le même temps, les entreprises américaines sont à la pointe de la technologie avancée. Il n’existe aucune alternative crédible dans le monde libre à la technologie américaine et à ses implications pour la défense.

Cela ne veut pas dire que les alliés et partenaires devraient renoncer à dépenser davantage ou à investir dans leur propre base industrielle de défense. Bien au contraire. Davantage de dépenses nous aidera tous, et en particulier la sécurité de nos alliés eux-mêmes. Et nous accueillons favorablement les investissements des alliés dans leurs propres bases industrielles de défense, mais de manière collaborative avec celle de l’Amérique, plutôt qu’en tentant vainement de la reproduire ou de la supplanter.

En guise de réponse, l’essayiste conservateur et ancienne plume de George W. Bush, David Frum convoque un précédent que Colby « connaît certainement bien » : la Ligue de Délos. Athènes, à la tête d’une confédération de cités grecques victorieuses de la Perse, s’empara en 454 avant notre ère du trésor commun conservé à Délos : « l’argent levé auprès de toutes les cités pour la défense collective fut dépensé par les Athéniens pour leur propre cité ». Les alliés floués, « légitimement indignés », se rebellèrent pour certains « et furent promptement écrasés ». « L’ancienne alliance se révélait désormais être un empire athénien. » Celui-ci tint tant que la guerre contre Sparte allait bien, « puis la guerre cessa de bien aller pour Athènes », et les anciennes alliées, devenues cités sujettes, « saisirent leur chance de faire défection ». Sparte était « un régime détestable, mais elle promettait de respecter les droits des autres » et, « contrairement aux Athéniens, les Spartiates avaient la réputation de tenir leurs promesses ». « Sparte gagna la guerre, Athènes perdit son empire pour toujours. » Frum en tire deux enseignements. Le premier : « on peut extorquer des ressources à des sujets, mais les sujets chercheront une issue — et sont les plus susceptibles de la trouver précisément au moment où l’empire a le plus besoin de leurs contributions. Si indociles soient-elles, les alliances sont plus robustes dans une crise. » La seconde, « encore plus pertinente », vise directement Colby : « ne jamais accepter l’étiquette auto-flatteuse de ‘réaliste’ de la part de gens qui négligent les bénéfices du partenariat, la valeur des autres et la puissance des idéaux comme moteur des comportements humains. Ce prétendu ‘réalisme’ est une fantaisie académique. » Avec une conclusion : « Sous Donald Trump, les États-Unis sont perçus par leurs anciens alliés comme prédateurs, indignes de confiance et profondément corrompus. » Alliés comme adversaires jugent la politique américaine « mue par la malveillance, l’impulsivité, l’ignorance, l’arrogance et la corruption » et « ces perceptions défavorables se soustraient directement à la puissance américaine ». [Car] les chefs ne sont chefs que dans la mesure où ils attirent des suiveurs volontaires. Quand les suiveurs cessent d’être volontaires, soit ils font défection, soit ils doivent être contrôlés par la force. Et il n’y a jamais assez de force. »

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Comprendre l’échec de la grande armée de Mbappé https://legrandcontinent.eu/fr/2026/07/15/comprendre-lechec-de-la-grande-armee-de-mbappe/ Wed, 15 Jul 2026 17:54:09 +0000 https://legrandcontinent.eu/fr/?p=347006 L’un des meilleurs tacticiens italiens analyse la campagne des Bleus, un manuel stratégique pour se remettre ou se relancer. 

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C’est une évidence : le sport, et plus particulièrement le football, le sport le plus populaire au monde, joue un rôle géopolitique considérable. De l’Argentine de Maradona contre l’Angleterre de Thatcher, à l’équipe de France de Zinédine Zidane, la Coupe du monde a permis aux États de projeter leur puissance, leurs valeurs et leurs idéologies vers l’extérieur, tout en consolidant leur identité et leur cohésion en interne. Formidable outil de soft power, le football voit même les organisations internationales qui le régissent, comme la FIFA de Gianni Infantino, s’imposer désormais comme des institutions capables d’influencer les équilibres géopolitiques mondiaux. 

Mais le football est plus qu’un simple domaine investi par des tensions géopolitiques. 

Classé parmi les jeux sportifs, coopératifs et d’invasion 13, son vocabulaire regorge de métaphores militaires : attaque, défense, contre-attaque, arrières… Comme les deux armées opposées lors d’une bataille, les adversaires d’un match de la Coupe du monde ont en effet besoin d’armes, de stratégies, d’intelligence tactique et de coopération pour venir à bout de leur rival.

Dans ce texte, nous allons prendre au sérieux cette dimension géopolitique, en analysant dans le détail la campagne d’une équipe qui, jusqu’à hier, imposait un rapport de force parfaitement écrasant à ses adversaires, en les contraignant à mettre en place des stratégies qui constituent un nouveau manuel de stratégie — les Bleus de Mbappé.

L’Équipe de France en Grande armée

Jusqu’à hier soir, la France est apparue comme l’équipe la plus forte de la Coupe du monde. Au fil du tournoi, elle a supplanté l’ensemble de ses adversaires. La qualité et l’abondance de ses talents offensifs étaient évidentes avant même le début de la compétition, mais son entraîneur, Didier Deschamps, a rapidement trouvé le bon dosage pour mettre en valeur cet arsenal, en construisant une machine qui paraissait impossible à arrêter.

Face à un excédent de talents offensifs, Deschamps a choisi d’aligner quatre attaquants simultanément, résistant à la tentation de renforcer le milieu de terrain avec un joueur supplémentaire. Après le premier match, le moins convaincant de toute la Coupe du monde, du moins durant les 45 premières minutes, l’entraîneur originaire de Bayonne a inversé les positions de Dembélé et d’Olise sur le terrain. Le joueur du PSG a été replacé principalement sur le flanc droit, et Olise en meneur de jeu derrière Mbappé. Ce choix, loin d’être anodin, s’est parfaitement intégré aux caractéristiques du reste de l’équipe. Olise, en tant que milieu offensif, est le joueur qui a délivré le plus de passes décisives de tout le tournoi — 5, une seulement en moins par rapport au record historique détenu par la légende brésilienne Pelé. Le ballon d’or Dembélé, positionné sur le côté faible de l’équipe, a trouvé l’espace nécessaire pour exprimer sa technique phénoménale en vitesse. Quant à Mbappé, au-delà de ses qualités techniques extraordinaires, il semble endosser en équipe nationale, le rôle de leader qu’il n’affiche pas toujours en club. 

Deschamps a ainsi su instaurer ordre et hiérarchie dans ce qui aurait pu être un trop-plein de potentiel dans chaque zone du terrain. En attaque, la seule alternance a concerné Doué et Barcola, tandis qu’au milieu de terrain, Tchouaméni, Koné et Rabiot se sont relayés dans l’entrejeu.

Dans cette quête quasi obsessionnelle de l’équilibre qui a toujours caractérisé sa gestion, Deschamps a opté pour une approche plus légère, privilégiant la libre expression des talents à une organisation rigide en schémas de jeu. L’idée de départ était que, quel que soit le contexte tactique — jouer en transition ou attaquer des blocs bas —, la France aurait toujours trouvé les solutions pour venir à bout de son adversaire grâce à la puissance de son effectif. La défense a également semblé fiable, n’encaissant que deux buts en six match — avant les deux concédés contre l’Espagne en demi-finale —, et il est difficile de trouver une paire défensive plus solide que celle formée par Upamecano et Saliba.

L’armée du général Deschamps disposait donc d’un arsenal plus varié, plus abondant et plus redoutable que celui de n’importe quel adversaire. Face à une telle prédominance, ses rivaux devaient tous trouver la meilleure stratégie pour compenser leur infériorité.

La Suède ou l’échec de la guerre conventionnelle

Le premier adversaire de la France en phase à élimination directe était la Suède, dirigée par Graham Potter. Dans leur groupe, les Scandinaves avaient marqué beaucoup de buts, mais en avaient tout autant encaissé : victoire 5-1 contre la Tunisie, défaite 5-1 contre les Pays-Bas, et enfin match nul 1-1 contre le Japon. Ces résultats révélaient une équipe capable de se montrer offensive, mais fragile en défense. Potter avait débuté le tournoi avec un 3-5-2 prudent, mais qui n’avait toutefois pas permis d’assurer une phase de non-possession à la hauteur du niveau requis.

L’attaque, avec Viktor Gyökeres (Arsenal) et Alexander Isak (Liverpool) était le secteur le plus fort de l’équipe. Les excellentes performances d’Anthony Elanga, ailier offensif de Newcastle, en tant que remplaçant avaient fini par convaincre Graham Potter qu’il serait judicieux de miser sur les meilleures armes de son équipe plutôt que de sacrifier certaines d’entre elles au nom d’un équilibre défensif difficile à trouver. La Suède, qui affrontait la France, a donc aligné simultanément Gyökeres, Isak et Elanga dans un 4-4-2 très offensif, avec l’ailier de Newcastle occupant le flanc droit et le duo de milieux du terrain composé des deux jeunes talents Yasin Ayari (Brighton) et Lucas Bergvall (Tottenham), sans milieu de terrain aux caractéristiques principalement défensives. 

Graham Potter a donc défié la France en mettant l’accent sur ses points forts, en jouant de manière assez ouverte et en espérant que ses armes offensives suffiraient à faire la différence. Sur le champ de bataille que représente le terrain, on peut donc considérer que la Suède a accepté une guerre conventionnelle contre la France, un affrontement symétrique dans lequel les deux équipes ont déployé leurs forces régulières et leurs tactiques d’attaque et de défense habituelles. Mais, comme on pouvait facilement le prévoir, dans un tel affrontement, la France, dont les armes sont infiniment supérieures, a clairement pris le dessus et a fini par écraser les hommes de Potter. Face à la Suède, la France a enregistré 25 tirs, généré 3,24 « expected goals », marqué 3 buts et touché 2 poteaux. En réalité, il n’y avait pas d’autre choix, mais la stratégie de Potter s’est avérée être un échec.

Le Paraguay ou les ressources de la guerre asymétrique 

Le Paraguay s’était qualifié pour les huitièmes de finale grâce à sa victoire lors du deuxième match de poule contre la Turquie. Les Sud-Américains avaient ouvert le score après seulement deux minutes de jeu, grâce à un tir lointain de Galarza, puis avaient réussi à résister, au prix d’énormes efforts, à 32 tirs adverses, tout en jouant plus d’une mi-temps à dix, suite à l’expulsion d’Almiron, et en ne conservant le ballon que 21 % du temps. Cette victoire contre la Turquie a en effet défini l’identité de l’équipe lors de cette Coupe du monde. 

En seizièmes de finale, l’équipe dirigée par Gustavo Alfaro a affronté l’Allemagne, dans un match qui semblait d’emblée perdu pour les Paraguayens. À l’issue de la victoire aux tirs au but, les paroles de Gustavo Alfaro ont préparé ses hommes à un défi encore plus grand : le match contre la France. L’entraîneur de l’Albiroja avait comparé la victoire sur l’Allemagne à celle des derniers contre les premiers, évoquant des joueurs qui, enfants, jouaient pieds nus sur la terre battue face à ceux formés dans des « centres de formation de haut niveau », ainsi que des parents qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts pour permettre à leurs fils de jouer au football et de poursuivre leur rêve.

Au-delà de la sincérité de ses propos, Alfaro les a tenus dans le cadre de la stratégie que le Paraguay comptait adopter lors de la rencontre avec la France. Face à un déséquilibre évident des forces en présence (la valeur cumulée de l’équipe du Paraguay était de 156,2 millions d’euros en début de tournois contre 1 523 millions pour la France), il a choisi de mener une guerre asymétrique en déplaçant le théâtre des opérations sur un terrain où l’avantage technique considérable des Français serait minimisé. 

Pour mener une guerre asymétrique, la motivation est fondamentale et le récit opposant le faible au fort, par naissance et par destin, servait parfaitement cet objectif. Sur le terrain, le Paraguay n’a pas seulement cherché à se défendre, comme on pouvait assez facilement le prévoir, mais a tenté par tous les moyens de perturber le jeu technique des Français : provocations, coups de coude, simulations, etc. L’objectif était de mettre ses adversaires hors d’eux et de réduire le match à un ensemble incohérent de situations de « guérilla ». Cela n’a pas suffi. Le penalty de Mbappé, à 20 minutes de la fin, après une faute sur Doué, a anéanti les espoirs paraguayens de faire sombrer le match dans la boue et de le mener aux tirs au but.

Si l’on fait abstraction des bousculades, des petits coups de pied loin du ballon et des incessantes provocations verbales (ce qui n’est pas si simple, je l’admets), les hommes d’Alfaro ont livré une prestation défensive de haut niveau. L’équipe a toujours été bien organisée, a fait preuve d’une précision redoutable dans les doubles marquages et a réagi avec rapidité aux ballons disputés. La guerre asymétrique menée par le Paraguay a peut-être limité la France, mais cela n’a pas suffi à la battre. De leur côté, les hommes de Deschamps ont su s’adapter au scénario proposé par leurs adversaires. Comme l’a déclaré sans détour Kylian Mbappé à la fin du match : « S’il faut mettre les mains dans la merde, on met les mains dans la merde. Ça ne nous pose aucun problème. » 

Le Maroc ou la guerre de position

Après le changement d’entraîneur à la suite de la Coupe d’Afrique des nations, avec Walid Regragui qui a laissé sa place à Mohamed Ouahbi, l’idée du Maroc était de valoriser pleinement les nombreux jeunes talents déjà entraînés par ce dernier dans les équipes de jeunes, en mettant en place un jeu plus offensif que celui de son prédécesseur. Pourtant, pour affronter la France, le sélectionneur marocain a opté pour une stratégie différente. L’absence de Saïbari, blessé lors du match des huitièmes de finale contre le Canada, a en effet privé Ouahbi de son meilleur atout offensif. Mais le choix de son remplaçant, Chemsdine Talbi, un ailier-milieu offensif plutôt qu’un avant-centre, laissait déjà entrevoir la stratégie élaborée par le sélectionneur marocain pour contrer l’arsenal français.

Match de la France contre le Maroc au Gillette Stadium de Boston, 9 juillet 2026.

Ouahbi a choisi d’aligner son équipe avec un bloc moyen-bas, en réduisant les distances entre les joueurs afin de limiter les espaces dont disposait l’équipe française pour manœuvrer. Une fois le ballon récupéré, le Maroc, qui alignait quatre milieux offensifs sur les quatre postes de son 4-2-3-1, n’a jamais tenté, du moins tant qu’il n’était pas mené au score, de provoquer une transition à partir du ballon récupéré par son bloc défensif. Il a plutôt cherché à jouer à un rythme lent en faisant circuler le ballon, comme pour endormir la partie. Ouahbi a ainsi opté pour une guerre de position, défendant avec prudence, sans presser et en conservant sa structure défensive lorsque la France était en possession du ballon. Lorsqu’il avait le ballon, il cherchait à réduire le nombre d’actions du match en le conservant le plus longtemps possible de manière prudente, sans forcer de manœuvre de dégagement. 

À la fin de la rencontre, Adrien Rabiot a déclaré que son équipe n’avait pris aucun risque, même lorsque le ballon était en possession du Maroc. La guerre de position menée par Ouahbi a donné lieu, jusqu’au but d’ouverture du score de Mbappé à la 60e minute, à 16 tirs au but de la France contre seulement 2 du Maroc, sans compter le penalty manqué par Mbappé en première mi-temps. La guerre de position n’a pas non plus suffi à arrêter la France qui se contentait de peu : il lui suffisait d’un mètre d’espace, d’un seul instant, pour déployer toute sa puissance.

L’Espagne ou la guerre préventive

La France et l’Espagne s’affrontaient en demi-finale d’un tournoi international pour la troisième fois en trois ans. Il y a deux ans, les hommes de De la Fuente avaient rapidement rattrapé le but d’ouverture de Kolo Muani grâce à des buts de Lamine Yamal et Dani Olmo, et avaient ainsi atteint la finale, qu’ils ont remportée face à l’Allemagne. La saison dernière, l’Espagne et la France se sont affrontées en demi-finale de la Ligue des nations. Le score final de 5-4 en faveur des Ibériques ne doit pas tromper : l’Espagne menait 4-0, puis 5-1, et les trois buts marqués par les Bleus en fin de match n’ont certainement pas compensé leur mauvaise prestation.

Cependant, malgré ces deux défaites lors de leurs deux dernières rencontres, la France semblait favorite à la veille du match, forte d’un parcours sans faute et de performances étincelantes dans le tournoi. L’Espagne, en revanche, semblait moins brillante que lors de l’Euro 2024. Dès leur premier match, les Ibériques avaient été tenus en échec 0-0 par le Cap-Vert qui jouait sa première Coupe du monde. Puis, deux buts inscrits en fin de match par Mikel Merino lui avaient permis de venir à bout du Portugal et de la Belgique pour atteindre les demi-finales.

La stratégie générale de cette confrontation entre De la Fuente et Deschamps était assez prévisible. Avant même le coup d’envoi, il était facile d’imaginer que l’Espagne tenterait de neutraliser l’arsenal adverse en prenant possession du ballon. La qualité exemplaire de la circulation du ballon chez la Roja, qui est également capable de contrôler le rythme du match et de se créer des occasions de but grâce à son jeu de passe, pouvait être mise à profit par De la Fuente pour priver les Bleus du ballon et ainsi limiter leur dangerosité. Il ne s’agissait donc plus d’une stratégie de défense sans le ballon, comme celle, asymétrique, du Paraguay ou celle, de position, du Maroc, mais d’une stratégie préventive utilisant la possession du ballon pour parer aux dangers potentiels découlant des armes offensives françaises. Cette guerre préventive espagnole allait également permettre de mobiliser la défense française, qui n’avait pas encore été trop sollicitée au cours du tournoi.

Et en effet, le scénario qui s’est déroulé sur la pelouse d’Arlington était, dès le début, celui prévu la veille du match. Cependant, le meilleur plan de match n’est jamais une garantie de succès — il y a toujours un décalage entre la théorie et la pratique. La France disposait de joueurs de très grande qualité à tous les postes pour disputer la possession du ballon à l’Espagne. Même sans la possession, les hommes de Deschamps auraient pu se montrer dangereux en contre-attaque après avoir récupéré le ballon, un scénario tout à fait plausible qui n’aurait pas déplu à la France.

La stratégie préventive de De la Fuente a fonctionné. L’Espagne a pris le contrôle de la partie en dominant le milieu de terrain, où la technique impressionnante et la lecture fine des espaces de réception de ses joueurs se sont traduites en permanence par une supériorité positionnelle, facilitée par la supériorité numérique constante des Ibériques dans cette zone. 

À l’exception des phases de pressing sur les dégagements adverses menées selon une approche homme à homme, la France a constamment défendu en 4-4-2 en zone. En conservant une supériorité numérique sur la ligne défensive, l’Espagne a pu maintenir une telle supériorité, en particulier au centre du terrain, où les trois milieux, soutenus par les déplacements d’Oyarzabal vers le ballon, ont constamment pris à partie les deux milieux centraux français. Grâce à leur qualité technique, à leur capacité à résister au pressing et à leur utilisation exemplaire du « troisième homme » 14 et des « une-deux » 15, les Espagnols ont su tirer profit de leurs avantages tactiques. 

La possession de balle a également permis à l’Espagne de mieux s’organiser et de préparer des contres menés par un formidable Rodri. Ce dernier a neutralisé les transitions françaises, notamment grâce à la couverture de l’espace en profondeur assurée par le gardien Unai Simón. Les Espagnols ont également profité de la piètre performance de certaines stars françaises, comme Dembélé et Olise. En difficulté dans leur plan de jeu, les hommes de Deschamps auraient eu besoin d’un soutien tactique de la part de leur entraîneur, mais celui-ci n’est jamais venu. Les difficultés tactiques de l’équipe de France sont restées inchangées tout au long de la rencontre, sans que l’entraîneur ne parvienne à y remédier. Didier Deschamps achève son parcours à la tête de l’équipe de France, commencé il y a 14 ans, par plusieurs victoires et une défaite cuisante. Il disposait de la meilleure équipe et des meilleures armes, mais il a été nettement battu sur le plan stratégique. 

Au football comme à la guerre, il ne suffit pas d’avoir le meilleur arsenal. Il faut également adopter la meilleure stratégie.

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