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Amaury Coulomb<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Dans la continuit\u00e9 de ce que disait Pierre Mennerat, ce programme de gouvernement est en r\u00e9alit\u00e9 davantage une d\u00e9claration de guerre culturelle qui puise dans l’imaginaire plus que dans des politiques concr\u00e8tement applicables. <\/p>\n\n\n\n
De mani\u00e8re un peu incidente, j’ai r\u00e9alis\u00e9 que cette campagne \u00e9lectorale de l’AfD venait interf\u00e9rer avec mon propre objet de recherche en histoire. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elle interpelle beaucoup les historiens et les chercheurs en histoire, car l’AfD n’a cess\u00e9 de manipuler le pass\u00e9 allemand, la RDA, mais aussi la r\u00e9volution de 1989, etc. <\/p>\n\n\n\n
En ce qui concerne l’imaginaire historique de la for\u00eat allemande, j’ai \u00e9t\u00e9 surpris de voir qu’il occupait une place assez importante dans ce programme, mais aussi, plus largement, dans toute la communication de l’AfD sur les r\u00e9seaux sociaux. <\/p>\n\n\n\n
Je soulignerais deux exemples de la mani\u00e8re dont la for\u00eat est pr\u00e9sente dans ce programme, parfois en lien avec des sujets qui, de prime abord, n’ont pas grand-chose \u00e0 voir avec elle. On trouve par exemple une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la for\u00eat dans un article qui appelle \u00e0 \u00e9tablir un moratoire \u00e9olien. La Saxe-Anhalt ne doit donc plus accueillir aucune \u00e9olienne, m\u00eame si cela est contraire aux lois f\u00e9d\u00e9rales en vigueur. Le motif avanc\u00e9 est que les \u00e9oliennes \u00ab souilleraient \u00bb les paysages allemands et seraient une source de d\u00e9forestation. Un autre exemple : dans une partie consacr\u00e9e \u00e0 la mise au travail (Arbeitspflicht en allemand) des demandeurs d’asile, l’AfD de Saxe-Anhalt pr\u00e9conise de les placer en for\u00eat pour qu’ils la reboisent et l’entretiennent. Dans les deux cas, ce qui est mis en avant, c’est le d\u00e9boisement et la peur de la d\u00e9forestation, ainsi que le reboisement \u00e0 op\u00e9rer. Cela repose tout de m\u00eame sur un fond de r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
La position vis-\u00e0-vis de l’\u00e9cologie de l’AfD reste toutefois tr\u00e8s ambigu\u00eb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Amaury Coulomb<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Tout \u00e0 fait. Pour remettre les choses dans un contexte plus large, il est effectivement surprenant et important de mettre en avant le fait que l’AfD est un parti ouvertement climatosceptique. Les d\u00e9put\u00e9s de ce parti au Bundestag ne cessent de remettre en cause la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9chauffement climatique anthropog\u00e9nique. La nouveaut\u00e9 de cette mobilisation et de cette politisation de la for\u00eat allemande est peut-\u00eatre que, sans remettre en cause ce climatoscepticisme, l’AfD se pare d’arguments environnementalistes. <\/p>\n\n\n\n
J’ai donc propos\u00e9 le terme d’organiciste, car je pense que le terme \u00e9cofasciste pose quelques probl\u00e8mes. \u00ab Organiciste \u00bb d\u00e9signe une mani\u00e8re de s’immuniser face aux critiques qui accuseraient l’AfD de ne pas prendre en compte la question environnementale. <\/p>\n\n\n\n
L’AfD se pr\u00e9sente alors comme le v\u00e9ritable d\u00e9fenseur de l’environnement et d\u00e9fend tr\u00e8s concr\u00e8tement les for\u00eats, paysage culturel allemand par excellence, contre une fausse \u00e9cologie qui consisterait \u00e0 implanter des \u00e9nergies renouvelables et \u00e0 d\u00e9vaster les paysages. Ce sont des strat\u00e9gies rh\u00e9toriques assez typiques de la m\u00e9tapolitique de la nouvelle droite. D’une part, depuis tr\u00e8s longtemps, la nouvelle droite en Allemagne a cibl\u00e9 les Gr\u00fcnen (les Verts) comme adversaires id\u00e9ologiques num\u00e9ro 1. L’AfD se compla\u00eet d\u00e9j\u00e0 depuis plusieurs ann\u00e9es dans cette polarisation tr\u00e8s frontale face au programme environnemental. D’autre part, c’est aussi une strat\u00e9gie de m\u00e9tapolitique o\u00f9 l’on dit finalement que l’\u00e9cologie n’est pas tellement une chose de gauche, mais de droite, et que l’AfD, elle, est vraiment \u00e9cologique et d\u00e9fend les for\u00eats qui sont en train d’\u00eatre d\u00e9vast\u00e9es.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
D’ailleurs, cette dimension de laboratoire intellectuel de la nouvelle droite en Allemagne a une histoire particuli\u00e8re en Saxe-Anhalt.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Amaury Coulomb<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
En effet. En Saxe-Anhalt, les d\u00e9boisements caus\u00e9s par le r\u00e9chauffement climatique sont d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9. On voit ainsi l’ambigu\u00eft\u00e9 de l’AfD qui parvient \u00e0 tirer profit de ces d\u00e9boisements, caus\u00e9s par les s\u00e9cheresses, les scolytes et les feux de for\u00eat, tout en continuant \u00e0 nier le r\u00e9chauffement climatique anthropog\u00e9nique. <\/p>\n\n\n\n
Les d\u00e9boisements ont notamment affect\u00e9 le massif du Harz. Il s’agit d’un massif forestier situ\u00e9 au c\u0153ur de l’Allemagne, \u00e0 cheval entre la Basse-Saxe et la Saxe-Anhalt. Ce paysage culturel allemand est notamment connu pour la nuit du Walpurgis et les rondes de sorci\u00e8res qui auraient lieu \u00e0 son sommet, au Brocken. Goethe, Heinrich Heine et Caspar David Friedrich y auraient fait leurs promenades et en auraient tir\u00e9 leur inspiration romantique. Hans-Thomas Tillschneider, quelqu’un d’assez structur\u00e9 id\u00e9ologiquement, fait par exemple l’apologie de ces paysages forestiers romantiques en demandant au Landtag de d\u00e9cerner un prix pour l’art authentiquement allemand, qui porterait le nom de Caspar David Friedrich. Il justifie cette demande en \u00e9voquant un voyage de Caspar David Friedrich dans le Harz et en parlant d’un tableau, notamment Der Chasseur im Walde<\/em>, qui repr\u00e9sente un soldat de la Grande Arm\u00e9e napol\u00e9onienne perdu au milieu d’une for\u00eat allemande dense. <\/p>\n\n\n\nC’est donc cette longue histoire avec laquelle l’AfD renoue. Il s’agit d’une histoire d’imaginaire qui repose sur l’identification et la m\u00e9taphore entre la for\u00eat et le peuple, \u00ab le Volk \u00bb, consid\u00e9r\u00e9 non pas comme un pl\u00e9biscite de tous les jours, mais comme une communaut\u00e9 biologique qui doit se d\u00e9fendre des corps \u00e9trangers, \u00e0 la fois des ennemis ext\u00e9rieurs (c’est un mythe qu’on peut au moins faire remonter aux guerres napol\u00e9oniennes, \u00e0 l’effondrement du Saint-Empire romain germanique et \u00e0 la bataille des Nations en 1813) et des corps int\u00e9rieurs (sous le nazisme notamment, on retrouve le topos des Juifs comme peuple du d\u00e9sert ou des Slaves comme peuple des steppes). <\/p>\n\n\n\n
Cet imaginaire de la for\u00eat allemande, intrins\u00e8quement allemande, ressurgit donc \u00e0 des moments de crise identitaire nationale, o\u00f9 l’on cherche \u00e0 red\u00e9finir l’identit\u00e9 de la nation allemande. C’est ce que cherche \u00e0 faire l’AfD aujourd’hui, apr\u00e8s l’\u00e9pisode napol\u00e9onien, l’exp\u00e9rience nazie, et m\u00eame apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, avec toute une campagne anti-Alli\u00e9s durant laquelle on accusait ces derniers de vouloir d\u00e9forester l’Allemagne. <\/p>\n\n\n\n
Finalement, il est donc pertinent de parler de la for\u00eat allemande. Ce n’est pas anecdotique, car c’est un champ de repr\u00e9sentation qui permet de donner corps \u00e0 des fantasmes identitaires. <\/p>\n\n\n\n
Pour illustrer ce propos, on peut citer les centaines de d\u00e9formations de ce topos de la for\u00eat allemande que l’on trouve sur les r\u00e9seaux sociaux proches de l’AfD. En 2024, une affiche circulait par exemple sur les r\u00e9seaux sociaux, pr\u00e9sentant une carte de l’Allemagne couverte de minarets. Quelques mois plus tard, cette image a \u00e9t\u00e9 recycl\u00e9e pour pr\u00e9senter une carte des for\u00eats allemandes avec des minerais qui se sont transform\u00e9s en \u00e9oliennes. Cela peut pr\u00eater \u00e0 sourire, mais l’objectif est de rendre la th\u00e9orie du grand remplacement, pourtant un large fantasme, repr\u00e9sentable, pensable et imaginable en la voyant comme le grand remplacement des arbres par les \u00e9oliennes. On ne saurait non plus sous-estimer la puissance de l’imaginaire comme ressource pour faire accepter et appliquer un programme ethnodiff\u00e9rentialiste extr\u00eame.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix, j’ai deux questions pour vous. La premi\u00e8re est la suivante : est-ce qu’au fond, ce qui se joue en ce moment est exceptionnel, au sens o\u00f9 l’Allemagne serait en train de redevenir \u00ab normale \u00bb ? En r\u00e9alit\u00e9, l’extr\u00eame droite obtient de bons r\u00e9sultats dans toute l’Europe. On pourrait donc simplement dire qu’il y a aussi une extr\u00eame droite qui fait de bons scores en Allemagne. Est-ce une mani\u00e8re de voir ce qui est en train de se passer ? Et aussi, qu’est-ce que cela pourrait signifier que l’Allemagne se normalise ?<\/strong><\/p>\n\n\n\nL’autre question que je voudrais vous poser s’interroge sur ce fil de l’histoire que l’AfD essaie de tisser. \u00c9videmment, il s’agit d’une manipulation historique. Mais est-ce, selon vous, un aspect important pour comprendre ce que l’AfD a \u00e0 offrir, \u00e0 savoir installer l’Allemagne contemporaine et ses crises dans une histoire plus longue ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Nous avons tous pu \u00eatre surpris de voir qu’une \u00e9lection touchant un Land de deux millions d’habitants, avec 1,6 million d’\u00e9lecteurs qui se mobilisent beaucoup (75-76 %), et qui se solde par environ 500 000 voix pour l’AfD, provoque un tel \u00e9moi et un tel \u00e9branlement. Ce qui reviendrait \u00e0 dire si, au fond, ce ne serait qu’un d\u00e9tail sans importance. Depuis la France ou d’un autre pays europ\u00e9en, on a l’impression d’assister \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne finalement assez banal. Quand on remplace un certain nombre de paysages ou de mots, ou qu’on met tout cela dans une autre langue, on a vu ce type de positionnement, de justification du vote et de col\u00e8re dans beaucoup d’autres pays. <\/p>\n\n\n\n
Il me semble donc qu’il faut aborder cette question entre exceptionnalit\u00e9 et banalit\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9chelles, parce qu’en plus, la probl\u00e9matique se rajoute dans un tiroir suppl\u00e9mentaire : nous parlons de l’Allemagne. Cette \u00e9lection ne s’est d’ailleurs pas d\u00e9roul\u00e9e dans n’importe quel Land. La Saxe-Anhalt est l’un des L\u00e4nder de l’est de l’Allemagne, donc de l’ancienne RDA. <\/p>\n\n\n\n
Avec la lecture un peu aveuglante que nous en avons, on pourrait penser que ce r\u00e9sultat ne vaut pas pour l’ensemble de l’Allemagne, puisque cela touche un Land de la RDA o\u00f9 les gens n’ont pas \u00e9t\u00e9 socialis\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on, o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s antifascistes et o\u00f9 ils n’ont pas appris l’histoire de la m\u00eame fa\u00e7on qu’\u00e0 l’ouest. Ce discours a une certaine validit\u00e9, mais il faut s’en pr\u00e9munir parce qu’il risque de devenir l’arbre qui cache la for\u00eat. <\/p>\n\n\n\n
On risque de se retrouver \u00e0 dire, comme le font certains en Allemagne, m\u00eame si c’est assez minoritaire comme avis, que ce n’est pas si grave, que cela touche tr\u00e8s peu de monde, qu’il s’agit d’une petite r\u00e9gion et que ce sont des gens qui ont voulu se faire remarquer et qui sont frustr\u00e9s d’\u00eatre en p\u00e9riph\u00e9rie et d’\u00eatre \u00e9loign\u00e9s de tout. <\/p>\n\n\n\n
On pourrait donc dire que ce n’est pas si exceptionnel, car si l’on fait abstraction du lieu o\u00f9 cela se passe, ce sont des logiques auxquelles on a pu assister en France il y a d\u00e9j\u00e0 une dizaine d’ann\u00e9es avec le mouvement des Gilets jaunes, et dans d’autres r\u00e9gions d’Europe. C’est un refus de l’invisibilisation de certaines populations qui ont l’impression d’\u00eatre \u00e9loign\u00e9es, m\u00e9pris\u00e9es et ignor\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n
En m\u00eame temps, il y a aussi un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9mocratique ph\u00e9nom\u00e9nal. Ces \u00e9lections ont quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 amener trois quarts des inscrits au bureau de vote, ainsi que beaucoup d’\u00e9lecteurs qui ne votaient pas auparavant. On devrait donc pouvoir s’en r\u00e9jouir et dire que c’est tr\u00e8s bien pour la d\u00e9mocratie, car ce sont des chiffres qu’on a pu conna\u00eetre dans le pass\u00e9 et qui pr\u00e9senteraient l\u00e0 une exceptionnalit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Mais si l’exceptionnalit\u00e9 consiste \u00e0 aller chercher des gens qui ne votaient pas, dont le premier acte est de donner leur voix \u00e0 un parti dont l’un des objectifs est de d\u00e9truire le pluralisme et de s’attaquer au soubassement du syst\u00e8me qui leur permet de vivre, alors cela devient quand m\u00eame un peu compliqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Ce qui m’a aussi frapp\u00e9e, c’est le type de campagne. C’est quelque chose d’assez exceptionnel qui peut faire des \u00e9mules dans les autres pays europ\u00e9ens : cette capacit\u00e9 de l’AfD, ce parti tr\u00e8s anti-lib\u00e9ral, d’aller vers les gens, de leur parler, de mettre de l’humanit\u00e9 et de la proximit\u00e9, comme vous l’avez \u00e9voqu\u00e9, et de donner l’impression \u00e0 la personne qu’elle est un citoyen et qu’elle peut jouer un r\u00f4le dans sa vie, dans un avenir heureux o\u00f9 l’on serait bien ensemble, dans une ambiance de kermesse.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
L’une des choses tr\u00e8s impressionnantes chez Ulrich Siegmund, c’est le selfie, et comment il est devenu accessible et mis en sc\u00e8ne. Le fait qu’il soit accessible est donc devenu l’une des cl\u00e9s de son offre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
En effet, comme il est extr\u00eamement pr\u00e9sent sur les r\u00e9seaux sociaux, on observe des ph\u00e9nom\u00e8nes de mise en abyme : les personnes qui se font photographier avec lui peuvent ensuite reproduire ind\u00e9finiment cette image et faire circuler leur existence.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Il d\u00e9tient l’un des comptes TikTok les plus suivis de la vie politique allemande.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Si l’on est photographi\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d’Ulrich Siegmund et que l’on a sa signature sur son t-shirt, alors l’on existe. Il y a l\u00e0 quelque chose qui interpelle. Le rapport aux politiques est peut-\u00eatre une demande \u00e0 laquelle les partis traditionnels ne savent pas r\u00e9pondre. <\/p>\n\n\n\n
Avec ce qui vient de se passer, on pourrait faire une comparaison europ\u00e9enne en disant que l’AfD rattrape en quelques ann\u00e9es de mani\u00e8re explosive un chemin que les autres partis d’extr\u00eame droite ont gravi lentement avec des strat\u00e9gies diff\u00e9rentes dans les autres pays. Pourtant, ce qui me frappe davantage, c’est la dynamique de ce que l’on conna\u00eet : dire les choses rend les actes possibles. On a vu, \u00e0 travers ses discours, que Ulrich Siegmund dit qu’il est pensable d’\u00eatre plus allemand, de chasser les \u00e9trangers qui deviennent tous des criminels, etc. Cela mobilise les gens pour faire un acte citoyen. Pourtant, l’histoire nous a appris que ce sont des choses absolument redoutables. <\/p>\n\n\n\n
Cette factivit\u00e9 se pr\u00e9sente de telle mani\u00e8re qu’\u00e0 partir du moment o\u00f9 l’on utilise des mots, des id\u00e9es deviennent pensables. Si elles sont formul\u00e9es, elles sont r\u00e9alisables. L’AfD joue \u00e0 ce jeu depuis 10 ans en lan\u00e7ant dans l’espace public des mots et en reprenant du vocabulaire nazi. L’AfD dit par exemple que le mot \u00ab v\u00f6lkisch \u00bb est parfaitement respectable, car il d\u00e9crit simplement le rapport au Volk (le peuple des citoyens). Pourtant, en agissant ainsi, il joue toujours sur ces ambigu\u00eft\u00e9s. L\u00e0, je trouve qu’on peut assister \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration assez effrayante. <\/p>\n\n\n\n
Il me semble que si nous, en tant qu’Europ\u00e9ens et voisins, sommes aussi surpris et effar\u00e9s, mes contacts allemands montrent qu’il y a un v\u00e9ritable \u00e9branlement. J’ai l’impression qu’il y avait un refus de voir les choses arriver.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Est-ce un peu comme Jean-Marie Le Pen au second tour ? C’est ce genre de choc ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait devenu impensable en Allemagne, car il ne correspondait pas \u00e0 l’image que les Allemands avaient d’eux-m\u00eames. Ils se consid\u00e9raient comme exemplaires gr\u00e2ce au travail accompli sur le pass\u00e9 pour construire une d\u00e9mocratie ouverte sur le monde. Cette admiration dont ils b\u00e9n\u00e9ficiaient \u00e0 l’ext\u00e9rieur faisait partie de leur identit\u00e9. Il y a donc un rapport \u00e0 l’image que l’on a de soi. <\/p>\n\n\n\n
Beaucoup d’Allemands sont extr\u00eamement choqu\u00e9s aujourd’hui par l’image qu’ils donnent d’eux-m\u00eames au monde qui \u00e9corne beaucoup cette exceptionnalit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Je reviens \u00e0 votre question sur le fait que les Allemands font mieux que les autres : j’ai expliqu\u00e9 dans quelques interviews en Allemagne que beaucoup de Fran\u00e7ais n’\u00e9taient pas m\u00e9contents de voir le bon \u00e9l\u00e8ve de la classe redescendre de son pi\u00e9destal arrogant. Je l’ai dit de mani\u00e8re provocante, mais il y a un peu de cette dynamique.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Il y avait une forme de d\u00e9ni, il faut le dire. La mani\u00e8re dont les \u00e9lites allemandes appr\u00e9hendaient le ph\u00e9nom\u00e8ne Trump provenait en grande partie du fait qu’elles consid\u00e9raient qu’il s’agissait d’une parenth\u00e8se inutile et absurde.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
La devise \u00e9tait : \u00ab On va attendre l’apr\u00e8s-Trump. \u00bb Ce n’\u00e9tait pas envisag\u00e9 comme une rupture. Le probl\u00e8me de la rupture, c’est qu’en tant qu’historien, on ne sait pas vraiment si cela en est une. Il vaut donc mieux attendre de savoir ce qui se passe apr\u00e8s pour pouvoir remettre le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 sa place. <\/p>\n\n\n\n
Je reviens sur la question d’identit\u00e9, sur le fait d’\u00eatre allemand : \u00ab Deutsch denken \u00bb \u2013 penser allemand. Ce n’est pas, je crois, un hasard si la r\u00e9daction de ce programme a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 l’intellectuel Hans-Thomas Tillschneider, qui vient justement de Roumanie. Il vient d’une minorit\u00e9 allemande qui a grandi \u00e0 l’ext\u00e9rieur et qui a plac\u00e9 l’ensemble de son identit\u00e9 et de sa fiert\u00e9 dans une repr\u00e9sentation extr\u00eamement romantique, fantasm\u00e9e et excessive de la germanit\u00e9. Ce serait authentiquement allemand de se retrouver \u00e0 l’ext\u00e9rieur, de soigner cette germanit\u00e9 pour pouvoir revenir un jour. <\/p>\n\n\n\n
Pour compl\u00e9ter un point sur leur programme, je veux souligner qu’il ne s’agit pas d’un programme pour comprendre ce qu’ils comptent faire. En r\u00e9alit\u00e9, c’est un programme pour dire ce qu’il faut penser.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un manifeste.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Oui, il faut le comprendre ainsi et il ne faut pas se demander s’ils en sont capables. Bien s\u00fbr, la question se pose, mais je pense que la plupart de leurs \u00e9lecteurs n’ont pas lu le programme, et pour ceux qui en ont entendu parler, c’est de la \u00ab Deutschtumelei \u00bb (le fait d\u2019\u00eatre allemand de mani\u00e8re excessive). <\/p>\n\n\n\n
Ce n’est pas par hasard que l’on parle de 1871, car c’est exactement ce qui s’est pass\u00e9 au d\u00e9but de l’Empire : la formation d’une identit\u00e9 quasiment forc\u00e9e puisant ses racines dans un pass\u00e9 glorieux et mettant en valeur des capacit\u00e9s spectaculaires. On retrouve le ph\u00e9nom\u00e8ne dans les ann\u00e9es 1920. Pr\u00e9cis\u00e9ment dans un moment de crise o\u00f9 l’on retrouve tout le mouvement \u00ab v\u00f6lkisch \u00bb, qui repose sur cette projection d’un \u00eatre allemand, de ce qu’on aimerait \u00eatre, \u00e0 un moment o\u00f9 l’on a l’impression que tout s’en va, qu’on n’existe pas, et o\u00f9 l’on regarde le monde bouger avec tous ces criminels qui nous attaquent.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Nicolas Offenstadt, il y a un mot qui \u00e9tait prononc\u00e9 par presque tout le monde : \u00ab Est \u00bb. Aidez-nous \u00e0 comprendre ce que cela signifie, le fait que ce r\u00e9sultat historique, ce succ\u00e8s de l’extr\u00eame droite, se produise dans un territoire qui faisait partie de la RDA. Aidez-nous \u00e9galement \u00e0 approfondir cette autre dynamique qui n’a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e, mais qui est tr\u00e8s profonde et tr\u00e8s \u00e9vidente : la relation de l’AfD avec la Russie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Nicolas Offenstadt<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Il faut d’abord rappeler que la question de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l’Allemagne de l’Est, et donc de l’ex-RDA, est importante. Quand on dit \u00ab l’Allemagne de l’Est \u00bb, on renvoie historiquement avant tout \u00e0 la RDA, bien entendu. <\/p>\n\n\n\n
C’est un d\u00e9bat permanent en Allemagne, donc un d\u00e9bat qui n’est pas r\u00e9gl\u00e9. Aucune parution d’un quotidien allemand, qu’il s’agisse des grands quotidiens ou d’autres supports, n’\u00e9chappe \u00e0 la question de l’Est, de sa sp\u00e9cificit\u00e9 et de l’\u00e9tat de la r\u00e9unification, et l’on y trouve souvent un nouveau point de vue int\u00e9ressant sur le sujet. On n’est donc pas dans un domaine o\u00f9 l’on aurait une vision stabilis\u00e9e des enjeux. <\/p>\n\n\n\n
Il y a d’abord une r\u00e9alit\u00e9 : l’AfD existe bien s\u00fbr \u00e0 l’ouest, mais il y a quand m\u00eame une diff\u00e9rence colossale en termes de pourcentage. Avant m\u00eame ces 44 %, l’AfD \u00e9tait \u00e0 plus de 30 % dans quasiment tous les L\u00e4nder de l’Est, ce qui n’est absolument pas le cas \u00e0 l’ouest. Il y a donc bien une question fondamentale de la sp\u00e9cificit\u00e9 du vote \u00e0 l’Est. <\/p>\n\n\n\n
Bien entendu, il y a des \u00e9l\u00e9ments similaires en Lorraine ou dans le Nord : ce sentiment de d\u00e9classement, la d\u00e9sindustrialisation, on le trouve dans tout un ensemble de r\u00e9gions d’Europe. C’est tout \u00e0 fait juste, mais il y a quand m\u00eame une r\u00e9alit\u00e9 objective : cette puissance incroyable de l’AfD dans le vote, qui se mat\u00e9rialise dans les autres L\u00e4nder lors des \u00e9lections r\u00e9gionales pr\u00e9c\u00e9dentes, o\u00f9 le r\u00e9sultat de l’extr\u00eame droite est d\u00e9j\u00e0 de 30 %, voire m\u00eame bien au-del\u00e0. <\/p>\n\n\n\n
La question est donc de savoir comment expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Il y a un vrai enjeu et plusieurs \u00e9l\u00e9ments. L’un d’entre eux est l’h\u00e9ritage de la RDA qui a laiss\u00e9 une population peu d\u00e9mocratique et peu habitu\u00e9e aux \u00e9trangers. La RDA est accus\u00e9e de trois fautes dans ce discours qu’on entend en Allemagne, surtout en Allemagne de l’Ouest. <\/p>\n\n\n\n
Premi\u00e8rement, elle n’a pas v\u00e9ritablement form\u00e9 ses citoyens \u00e0 une critique raisonn\u00e9e du nazisme, car elle les a blanchis en se consid\u00e9rant comme antifasciste. Elle a donc emp\u00each\u00e9 un v\u00e9ritable travail de m\u00e9moire, comme cela a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 l’ouest. <\/p>\n\n\n\n
Deuxi\u00e8mement, il y avait moins d’\u00e9trangers en RDA qu’en Allemagne de l’Ouest, et elle n’a donc pas habitu\u00e9 les gens \u00e0 se confronter \u00e0 l’autre. <\/p>\n\n\n\n
Troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment classique : c’\u00e9tait un \u00c9tat autoritaire qui n’a pas habitu\u00e9 les citoyens \u00e0 g\u00e9rer les probl\u00e8mes de mani\u00e8re d\u00e9mocratique. Par cons\u00e9quent, quand un parti autoritaire appara\u00eet, on se pr\u00e9cipite dessus comme s’il \u00e9tait la solution. <\/p>\n\n\n\n
La premi\u00e8re interpr\u00e9tation du probl\u00e8me consiste donc \u00e0 dire que c’est la faute \u00e0 la RDA.<\/p>\n\n\n\n
La deuxi\u00e8me, peut-\u00eatre plus importante pour nous, est de dire que c’est la faute aux ann\u00e9es 1990, et donc \u00e0 l’unification. Ceci est un v\u00e9ritable enjeu. C’est souvent quelque chose qu’on ignore en France : si le bonheur de retrouver sa famille, de vivre et d’aller \u00e0 l’\u00e9cole \u00e9tait bien r\u00e9el, cela a aussi \u00e9t\u00e9 un choc et une th\u00e9rapie n\u00e9olib\u00e9rale tr\u00e8s violente pour beaucoup d’Allemands de l’Est. <\/p>\n\n\n\n
La Treuhand, l’agence charg\u00e9e de faire passer toutes les entreprises socialistes \u00e0 l’\u00e9conomie de march\u00e9 ou de les liquider, avait 4 millions d’emplois dans son portefeuille lorsqu’elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1990. Elle en a fait dispara\u00eetre 2,5 millions en quatre ans, alors que la population de l’Allemagne de l’Est \u00e9tait de 16 millions d’habitants. Ce qui repr\u00e9sente un choc colossal : des millions de personnes qui avaient un emploi assur\u00e9, une retraite, un horizon fixe, se sont retrouv\u00e9es pr\u00e9caris\u00e9es. Elles ont donc connu le ch\u00f4mage, l’apr\u00e8s-retraite, le ch\u00f4mage partiel, etc. <\/p>\n\n\n\n
Les librairies sont inond\u00e9es de livres qui racontent ces destins bris\u00e9s. Steffen Mau, l’un des plus grands sociologues sp\u00e9cialistes de cette question, dit que, dans le fond, c’est une soci\u00e9t\u00e9 qui a toujours connu des brisures et qui a \u00e9t\u00e9 en partie cass\u00e9e par ce choc. <\/p>\n\n\n\n
Ce choc s’est accompagn\u00e9 d’une forme de d\u00e9valorisation morale : la RDA a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme un \u00e9chec \u00e9conomique, car elle s’est effondr\u00e9e en partie \u00e0 cause de son incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer l’\u00e9conomie. Elle \u00e9tait \u00e9galement un \u00e9chec politique, car elle est devenue un \u00c9tat policier incapable d’assurer ses projets et ses utopies. <\/p>\n\n\n\n
On peut donc imaginer les Allemands de l’Est dans les ann\u00e9es 1990, confront\u00e9s au capitalisme. Parfois, ils ne sont pas pr\u00e9par\u00e9s, car ils n’ont pas d’argent et ne connaissent pas les r\u00e8gles du march\u00e9, ayant v\u00e9cu dans un syst\u00e8me socialiste. Ils se retrouvent donc tr\u00e8s d\u00e9sarm\u00e9s dans un monde nouveau et vont subir une situation tr\u00e8s difficile pour certains d’entre eux. <\/p>\n\n\n\n
Ce monde des ann\u00e9es 90 est \u00e9videmment rest\u00e9. On pourrait dire, et c’est souvent soulign\u00e9, que beaucoup d’argent a \u00e9t\u00e9 inject\u00e9, que les villes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9es, qu’il y a eu une r\u00e9novation globale de beaucoup de choses. Mais ces moments-l\u00e0 ne sont pas oubli\u00e9s. Un politiste a montr\u00e9 que des personnes qui ont aujourd’hui une situation sociale tout \u00e0 fait correcte votent beaucoup plus pour l’AfD quand elles vivaient une situation sociale d\u00e9grad\u00e9e dans les ann\u00e9es 90. Il y a donc une v\u00e9ritable m\u00e9moire de ce choc, ce qui constitue l’une des sp\u00e9cificit\u00e9s de l’Allemagne de l’Est. <\/p>\n\n\n\n
Les Allemands de l’Est ont v\u00e9cu les ann\u00e9es 90, et il y a du ressentiment et du d\u00e9classement, ce qui ne peut pas \u00eatre ni\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Tout cela a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d’un discours arrogant de l’Allemagne de l’Ouest qui disait : \u00ab Nous allons quand m\u00eame vous expliquer ce que c’est que le monde nouveau dans lequel vous arrivez. C’est nous qui sommes les d\u00e9mocrates. \u00bb <\/p>\n\n\n\n
R\u00e9cemment, un livre de Dirk Oschmann, professeur de litt\u00e9rature \u00e0 Leipzig, a connu un succ\u00e8s colossal en Allemagne de l’Est, car il affirmait que toutes les valeurs avaient \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es par l’Ouest. Les Allemands de l’Est ont \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9s \u00e0 l’id\u00e9e de grands enfants incapables de s’adapter. Le succ\u00e8s de ce livre s’explique par le profil de son auteur : il ne s’agit pas d’un ancien membre du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), mais d’un bobo qui se dit lui-m\u00eame plut\u00f4t \u00e9colo et qui \u00e9tait plus fascin\u00e9 par l’Am\u00e9rique que par la Russie. Il a quand m\u00eame endoss\u00e9 cette voix de l’Est en expliquant qu’il y a eu tout cet \u00e9crasement. Ce ressentiment y joue donc beaucoup. <\/p>\n\n\n\n
Il a encore une mat\u00e9rialit\u00e9 concr\u00e8te : il y a eu d’abord une chute d\u00e9mographique colossale, avec des cons\u00e9quences concr\u00e8tes. Les services publics et les infrastructures sont beaucoup plus faibles dans les r\u00e9gions qui ont perdu des populations. Il y a moins de policiers, moins de m\u00e9decins, moins d’infrastructures, comme en Saxe-Anhalt et ailleurs. Les gens se sentent \u00e9videmment maltrait\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n
Tout cela cr\u00e9e un cocktail propre \u00e0 l’Allemagne de l’Est. C’est un enjeu important \u00e0 comprendre. C’est pour cela qu’il y a tous ces d\u00e9bats, et c’est d’ailleurs une bonne chose qu’il ne soit pas compl\u00e8tement r\u00e9gl\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Steffen Mau, que j’\u00e9voquais tout \u00e0 l’heure, est l’un des sociologues qui s’expriment le plus sur ces questions. Il disait que le mur \u00e9tait encore dans les t\u00eates. Donc, l’Allemagne n’est pas unifi\u00e9e. Les structures sont trop profond\u00e9ment diff\u00e9rentes sur les plans \u00e9conomique, social, associatif et comportemental. Cet enjeu reste donc, \u00e0 mon avis, tr\u00e8s important.<\/p>\n\n\n\n
J’en viens aux cons\u00e9quences politiques.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Et peut-\u00eatre aussi \u00e0 la question de la Russie et du monde russe.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Nicolas Offenstadt<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
La question de la Russie est tr\u00e8s ambigu\u00eb. Pour les Allemands de l’Est, les Russes repr\u00e9sentaient deux choses \u2013 je caricature \u00e9videmment. D’une part, ce sont les occupants, ceux qui se croyaient tout permis. On m’a racont\u00e9 tr\u00e8s souvent qu’ils roulaient tr\u00e8s vite avec leurs convois, qu’ils cassaient les routes et les barri\u00e8res, et que c’\u00e9tait insupportable d’avoir ces occupants. <\/p>\n\n\n\n
En m\u00eame temps, pour certains, les Russes \u00e9taient ceux qui leur avaient donn\u00e9 du lait en 1945 alors qu’ils n’avaient rien. J’ai encore discut\u00e9 r\u00e9cemment avec une dame tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e qui me disait cela. Donc, c’\u00e9taient aussi ceux qui, dans le d\u00e9sordre de l’Allemagne d’apr\u00e8s-guerre, ont pu mettre un peu d’ordre pour les plus vieilles g\u00e9n\u00e9rations. Certains en ont donc un souvenir positif. <\/p>\n\n\n\n
Les Russes sont aussi ceux avec qui l’on a parfois fait de petits trafics \u00e0 l’\u00e9poque de la RDA. <\/p>\n\n\n\n
Il y avait aussi l’id\u00e9e d’avoir fait partie du bloc de l’Est. C’est ce qui explique aussi le sentiment de proximit\u00e9 avec la Russie aujourd’hui, qui n’est pas simplement du poutinisme ultracontemporain, mais qui est li\u00e9 \u00e0 une Europe de l’Est qui a quand m\u00eame exist\u00e9 : cette mondialisation rouge alternative que les chercheurs \u00e9tudient et revalorisent beaucoup aujourd’hui en disant qu’il y avait un autre monde et une autre Europe. <\/p>\n\n\n\n
Pour certains, il y a aussi d’autres proximit\u00e9s. C’est l\u00e0 qu’ils allaient en vacances, en Hongrie au lac Balaton ou dans la mer Noire quand ils avaient la chance d’y aller. Ce monde-l\u00e0 reste pr\u00e9sent et cr\u00e9e une proximit\u00e9 avec la Russie dont Poutine joue d’ailleurs parfois. C’est un \u00e9l\u00e9ment important pour comprendre la diff\u00e9rence entre l’Est et l’Ouest. Il faut garder \u00e0 l’esprit cette sp\u00e9cificit\u00e9 historique de l’Est, qui est tr\u00e8s profond\u00e9ment ancr\u00e9e chez beaucoup d’Allemands de l’Est. <\/p>\n\n\n\n
J’ai r\u00e9alis\u00e9 de nombreux entretiens avec des Allemands de l’Est. L’un d’entre eux ne supportait plus la RDA et me disait combien il avait \u00e9t\u00e9 heureux d’avoir une carri\u00e8re de coach sportif dans l’Allemagne unifi\u00e9e. Il \u00e9tait ravi d’avoir pu se d\u00e9barrasser de tous les carcans de la dictature. Plus je discutais avec lui, plus je voyais, pourtant, qu’il ne supportait pas non plus le discours de l’Ouest sur les Allemands de l’Est. Alors m\u00eame qu’il \u00e9tait tr\u00e8s critique envers la RDA, il y avait cette id\u00e9e qu’il y avait quand m\u00eame et accompli des choses. <\/p>\n\n\n\n
Cela permet parfois d’unifier des personnes qui peuvent avoir des rapports tr\u00e8s diff\u00e9rents avec la RDA : cette id\u00e9e d’\u00eatre toujours consid\u00e9r\u00e9s comme des grands enfants, des incapables, des gens qui ne savent pas travailler, qui ont \u00e9t\u00e9 socialis\u00e9s dans un r\u00e9gime qui ne leur a pas permis de se comporter comme on l’attend \u00e0 l’Ouest. Toute cette m\u00e9moire et toutes ces personnes sont importantes.<\/p>\n\n\n\n
L’AFD a tr\u00e8s bien compris cela. Durant la campagne, il y avait les fameuses mobylettes d’une marque qui n’existe quasiment plus, Simson, qui \u00e9tait l’un des fleurons de l’industrie de la RDA. Cela illustre tout ce que j’ai dit. Tous ceux qui fabriquaient des Simson ou qui les chevauchaient \u00e9taient contents et fiers. Il y a m\u00eame des textes de propagande pour enfants qui racontent le plaisir de chevaucher une Simson. Aujourd’hui, les anciennes usines qui se trouvent en Thuringe, et non en Saxe-Anhalt, sont compl\u00e8tement \u00e0 l’abandon. C’est un immense espace qui est aujourd’hui une friche industrielle. Il reste encore quelques r\u00e9parateurs de Simson, des b\u00e2timents abandonn\u00e9s et de petites entreprises. On sait que les paysages ont un effet sur les gens. On peut donc imaginer la fiert\u00e9 est-allemande qui se transforme aujourd’hui en une friche qui fait peine \u00e0 voir. <\/p>\n\n\n\n
Voil\u00e0 quelqu’un qui revalorise cette m\u00e9moire. Cette instrumentalisation de la m\u00e9moire de la RDA, non pas du communisme, mais de ces objets, est donc \u00e9videmment tr\u00e8s fonctionnelle. D’ailleurs, ce n’est pas nouveau non plus. Il y avait, par exemple, un candidat aux \u00e9lections municipales de G\u00f6rlitz, en Saxe, qui faisait campagne avec une Trabant. Ulrich Siegmund l’a fait \u00e0 grande \u00e9chelle avec une campagne d\u00e9multipli\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n
Un dernier point, qui est tr\u00e8s important et tr\u00e8s dangereux pour l’avenir, est que l’on est en train de cr\u00e9er une forme de syncr\u00e9tisme entre la m\u00e9moire de l’Est et l’extr\u00eame droite. C’est quelque chose de tr\u00e8s original, car c’est paradoxal, mais aussi tr\u00e8s frappant. Il y a un slogan qui devient un slogan d’extr\u00eame droite : \u00ab Ost, Ostdeutschland \u00bb. On l’entend cri\u00e9 lors des meetings de l’AfD. Cela montre qu’une forme de syncr\u00e9tisme s’est cr\u00e9\u00e9e entre la m\u00e9moire de l’Est, qui renvoie forc\u00e9ment au pass\u00e9 et \u00e0 la RDA, et l’extr\u00eame droite. <\/p>\n\n\n\n
En quoi ce slogan est-il d’extr\u00eame droite ? Parce qu’il est uniquement prononc\u00e9 par les fans de foot et par les membres de l’AfD. Ce qui est le plus frappant, c’est que le terme Ostdeutschland, donc \u00ab Allemagne de l’Est \u00bb, est devenu, aux yeux de l’AfD, un nouveau syncr\u00e9tisme d’une \u00ab bonne \u00bb Allemagne. Il y a m\u00eame une petite chanson qui disait : \u00ab Ben nous, en Allemagne de l’Est, on est la vraie Allemagne. \u00bb Cela veut dire ne pas \u00eatre LGBT, avoir une \u00ab vraie famille allemande \u00bb, ne pas avoir d’\u00ab Ali \u00bb qui vole dans le quotidien. Le pr\u00e9nom \u00ab Ali \u00bb est employ\u00e9 dans le sens d’\u00ab \u00e9tranger \u00bb. <\/p>\n\n\n\n
Tout cela se termine par le cri qu’on entend dans les stades et les meetings de l’AfD, et donc par un syncr\u00e9tisme qui fait de l’Allemagne de l’Est une Allemagne plus pure, mais qui oblige aussi \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer l’h\u00e9ritage de la RDA, car il n’y a pas d’Allemagne de l’Est sans RDA. <\/p>\n\n\n\n
C’est ce qui se joue en ce moment en mati\u00e8re de manipulations historiques et d’enjeux : c’est \u00e0 la fois ancr\u00e9 dans une r\u00e9alit\u00e9 de terrain et dans une strat\u00e9gie rh\u00e9torique et publicitaire extr\u00eamement active et f\u00e9conde.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Pourriez-vous chacun nous citer une fiction, un film, un livre ou un article qui vous para\u00eet utile pour faire cet aggiornamento indispensable pour comprendre l’Allemagne o\u00f9 l’AfD obtient 44 % des voix dans un Land ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Fran\u00e7ois Hublet<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Pour ceux qui lisent l’allemand, je recommande Steffen Mau, dont Nicolas Offenstadt parlait tout \u00e0 l’heure, et en particulier son livre Ungleich vereint<\/em>, paru en 2024. C’est un livre grand public qui aborde ces questions et qui fait environ 150 pages au lieu des 400 ou 500 habituelles. C’est un ouvrage tr\u00e8s bien \u00e9crit et assez clair pour comprendre ces questions. Mais il faut parler allemand pour comprendre la radicalit\u00e9 qui nous am\u00e8ne \u00e0 la situation d’aujourd’hui, parce que ce livre n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n\n
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Nicolas Offenstadt<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Son livre pr\u00e9c\u00e9dent, L\u00fctten Klein<\/em>, du nom du quartier de Rostock dont il est originaire, a \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais. Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant, car c’est une r\u00e9flexion sur la RDA qu’il a prolong\u00e9e dans celui que vous venez de citer.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n\n
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Fran\u00e7ois Hublet<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Il y a un sujet dont on n’a pas parl\u00e9 directement : le degr\u00e9 de radicalit\u00e9 de l’AfD par rapport aux autres partis. L’ONG allemande Correctiv avait travaill\u00e9 il y a deux ans sur la r\u00e9union de Potsdam. Les documents ont \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais et dans plusieurs autres langues, et ils montrent \u00e0 quel point les id\u00e9es de l’AfD sont radicales.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
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Amaury Coulomb<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Pour continuer sur la RDA, j’ai r\u00e9cemment lu un roman allemand intitul\u00e9 Das Narrenschiff<\/em> (La Nef des fous), de Christoph Hein. C’est un roman tr\u00e8s int\u00e9ressant pour comprendre la RDA au-del\u00e0 des clich\u00e9s et des prises de position partiales. On y voit v\u00e9ritablement la diversit\u00e9 des parcours pendant et apr\u00e8s la RDA, dans les ann\u00e9es 1990, avec cette R\u00e9publique qui fait naufrage, dont certains se d\u00e9barrassent sans \u00e9tat d’\u00e2me, tandis que pour d’autres, c’est beaucoup plus \u00e9prouvant. <\/p>\n\n\n\nComme ce livre n’est pas traduit, j’ai une deuxi\u00e8me suggestion pour les non-germanistes qui est peut-\u00eatre un peu moins s\u00e9rieuse. Il s\u2019agit d\u2019un film qui a remport\u00e9 la Berlinale l’ann\u00e9e derni\u00e8re : Yellow Letters<\/em>, d’Ilker \u00c7atak. Je trouvais que ce film disait beaucoup de choses sur l’ambiance, la tension et l’inqui\u00e9tude en Allemagne aujourd’hui. Le r\u00e9alisateur germano-turc a tourn\u00e9 un film cens\u00e9 se passer en Turquie, mais Berlin tient lieu d’Ankara et Hambourg d’Istanbul. Cela cr\u00e9e finalement une certaine \u00e9tranget\u00e9 dans notre rapport \u00e0 l’Allemagne et \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques, qui peuvent aussi \u00eatre victimes de tentatives autoritaires. Quand on voit ce film en ayant en t\u00eate le programme de l’AfD de Saxe-Anhalt et leur potentielle prise de pouvoir, cela fait r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n\n
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Pierre Mennerat<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
J’ai un choix et demi li\u00e9s \u00e0 la jeunesse post-90. Le demi-choix concerne les enfants de Magdebourg les plus connus de tous ceux qui ont grandi dans les ann\u00e9es 2000 : Tokio Hotel.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Un album en particulier ou tout ce que Tokio Hotel a fait ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
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Pierre Mennerat<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Notamment la chanson Durch den Monsun<\/em>. Elle a \u00e9t\u00e9 reprise par de nombreuses personnes de Magdebourg pendant la campagne, comme un symbole d’unit\u00e9. De grandes chorales l’ont chant\u00e9e dans le grand d\u00f4me \u00e0 Magdebourg, pour symboliser une Saxe-Anhalt ouverte au monde. <\/p>\n\n\n\nLe deuxi\u00e8me choix, plus s\u00e9rieux, est le roman Tschick<\/em>. C’est un livre pour la jeunesse qui d\u00e9peint le mal-\u00eatre. C’est une sorte de road movie \u00e0 la Tom Sawyer dans l’Allemagne de l’Est. En r\u00e9sum\u00e9, l’histoire tourne autour d’un jeune germano-russe, un peu paum\u00e9 \u00e0 l’\u00e9cole, et de son copain dont la famille va mal. L’intrigue est assez clich\u00e9 : ils volent une voiture et s\u2019envolent tous les deux \u00e0 travers la RDA. Le roman contient des passages tr\u00e8s int\u00e9ressants se d\u00e9roulant dans les mines de lignite, qui sont aussi un \u00e9l\u00e9ment du paysage de l’Allemagne de l’Est. C’est de l\u00e0 que vient le charbon qu’on ramasse en le grattant dans la terre. Ce roman est donc une sorte de travers\u00e9e en vieille voiture, une Lada dans l’histoire, et non une Trabant.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n\n
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Nicolas Offenstadt<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Je vous recommande le travail de St\u00e9phanie Kiwitt, une photographe qui a parcouru la Saxe-Anhalt dans les ann\u00e9es 2020 et photographi\u00e9 toutes les villes et villages de cette r\u00e9gion. En parcourant ce recueil de photographies publi\u00e9 chez Spector Books, on trouve un certain nombre de clich\u00e9s qui donnent une id\u00e9e de la d\u00e9sh\u00e9rence d’une partie de l’Allemagne de l’Est : des villes tr\u00e8s vides et des maisons abandonn\u00e9es parce qu’il n’y a plus personne pour les occuper. C’est un magnifique voyage, et ce qui est surtout tr\u00e8s int\u00e9ressant, c’est qu’elle cite, ville par ville, village par village, le lien entre le paysage et la politique. Sans doute peut-on en tirer un certain nombre de conclusions.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
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H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Un livre qui n’est pas tr\u00e8s r\u00e9cent, mais qui m’a \u00e0 la fois boulevers\u00e9e, fait beaucoup rire et agac\u00e9e aussi, est \u00dcber Menschen<\/em> de Julie Zeh. C’est l’histoire d’une femme de Berlin pendant la crise du Covid qui se rend dans le Brandebourg et qui rencontre des \u00ab vrais \u00bb gens qui pourraient \u00eatre des \u00e9lecteurs de l’AfD aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\nJe recommande \u00e9galement la discussion organis\u00e9e entre Dirk Oschmann, germaniste et sp\u00e9cialiste de litt\u00e9rature est-allemande, et Armin Nassehi, sociologue politique allemand n\u00e9 dans la Ruhr de parents immigr\u00e9s d’Iran et professeur \u00e0 l’universit\u00e9 de Munich. Ce qui \u00e9tait int\u00e9ressant, c’est qu’ils se reprochaient r\u00e9ciproquement d’\u00eatre de l’Est ou de l’Ouest. C’est particuli\u00e8rement d\u00e9licieux de la part d’Armin Nassehi qui discute de la construction et de la p\u00e9trification des identit\u00e9s, mais qui finit par reproduire exactement ce qu’il d\u00e9nonce. <\/p>\n\n\n\n
Dirk Oschmann dit notamment qu’on n’a pas arr\u00eat\u00e9 de pr\u00e9senter des cartes des derni\u00e8res \u00e9lections, et \u00e0 chaque fois, la RDA ressortait. Il en avait assez de cette r\u00e9alit\u00e9. Nassehi lui r\u00e9pond : \u00ab Oui, mais en m\u00eame temps, vous ne pouvez pas d’un autre c\u00f4t\u00e9 revendiquer une sp\u00e9cificit\u00e9, dire qu’il y a une pauvret\u00e9 particuli\u00e8re, et quand on visualise les chiffres, notamment l’immobilit\u00e9 et le refus de circulation d’une population, on dit que ce n’est pas bien. \u00bb <\/p>\n\n\n\n
J’ai trouv\u00e9 cet \u00e9change int\u00e9ressant, car au final, on ne sait pas qui a raison, mais il fait r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Il ne me reste plus qu’\u00e0 vous remercier pour cette table ronde tr\u00e8s enrichissante, malgr\u00e9 un sujet particuli\u00e8rement inqui\u00e9tant. Cette discussion est la preuve que l’intelligence, le dialogue et le d\u00e9bat d\u00e9mocratique peuvent nous aider \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 ce qui se passe un peu partout dans le monde. En tout cas, il faut l’esp\u00e9rer et le d\u00e9fendre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
Mardi du Grand Continent \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, avec Amaury Coulomb, Fran\u00e7ois Hublet, Pierre Mennerat, H\u00e9l\u00e8ne Miard-Delacroix et Nicolas Offenstadt, mod\u00e9r\u00e9 par Gilles Gressani.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categories":[],"playlist":[],"geo":[],"class_list":["post-357421","video","type-video","status-publish","hentry"],"acf":[],"yoast_head":"\n
L'extr\u00eame droite allemande va-t-elle l'emporter ? | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n