\n
<\/div>\n
Pierre Charbonnier<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Si, un monde sans ou quasi sans \u00e9missions de carbone est parfaitement imaginable. Ses b\u00e9n\u00e9fices sont multiples. Sa faisabilit\u00e9 est prouv\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n
En effet, certaines choses ne seront plus les m\u00eames. Et il faut admettre que cela ne ressemble \u00e0 aucune des formes de projection dans l’avenir auxquelles nous sommes habitu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n
Il y a peut-\u00eatre quelque chose qui pourrait y ressembler : l’imaginaire de la guerre, c’est-\u00e0-dire notre capacit\u00e9 \u00e0 nous battre au risque d’en mourir. <\/p>\n\n\n\n
Pendant l’\u00e9t\u00e9, quand il faisait tr\u00e8s chaud, je me suis r\u00e9fugi\u00e9 au cin\u00e9ma, o\u00f9 il faisait bon, pour voir les deux volets du film sur le g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle. Le motif de la r\u00e9sistance \u00e9tait tr\u00e8s clair dans ce film : ils savaient ce qu’ils faisaient, qu’ils allaient probablement mourir, mais ils savaient pourquoi. <\/p>\n\n\n\n
Sur les questions climatiques, on ne peut pas mobiliser ce motif exactement de la m\u00eame mani\u00e8re, bien entendu.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Jo\u00eblle Zask, vous vous \u00eates oppos\u00e9e \u00e0 l’utilisation du paradigme de la guerre. Comprenez-vous ce que dit Pierre Charbonnier ? Pensez-vous qu’il est possible d’utiliser ce fil conducteur pour orienter notre r\u00e9flexion et notre action, aussi bien face au feu que face au changement ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Jo\u00eblle Zask<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Deux lignes d’action parall\u00e8les pourraient se dessiner. En effet, le concept dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps, c’\u00e9tait justement de contrer les effets toxiques de l’extractivisme, de faire avec la nature, en d’autres termes, d’en devenir le gardien, le partenaire. Comment faire avec la nature plut\u00f4t que d’essayer de lui dicter une conduite en vue de notre int\u00e9r\u00eat ? Comment essayer de se faire l’\u00e9l\u00e8ve de la nature, un peu comme le paysan d’Emerson ? Cela ne signifie pas ne pas la transformer, ne pas y toucher ou la contempler. Cela signifie transformer la nature tout en restant son \u00e9l\u00e8ve, autrement dit, trouver cet \u00e9quilibre tr\u00e8s paysan. C’est un \u00e9quilibre tr\u00e8s rationnel et raisonnable qu’on peut encore rencontrer l\u00e0 o\u00f9 il reste de la paysannerie, par opposition \u00e0 l’agriculture industrielle. <\/p>\n\n\n\n
Mais aujourd’hui, m\u00eame s’il existe le r\u00eave de faire avec, il va falloir survivre \u00e0. Par exemple, il va falloir survivre aux incendies, aux tsunamis, aux coul\u00e9es de boue. On revient en quelque sorte \u00e0 un \u00e9tat de nature.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Pourtant, dans l’\u00e9tat de nature, la nature est stable.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Jo\u00eblle Zask<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Effectivement. Mais l\u00e0, l’\u00e9tat de nature d\u00e9signe l’\u00e9tat d’une humanit\u00e9 victime de la nature ou ayant d\u00e9truit ses conditions naturelles d’existence sur Terre, au point de ne plus pouvoir la percevoir que comme une rivale ou une antagoniste. C’est justement un vrai probl\u00e8me avec les feux.\u00a0<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Dans les feux, on pourrait dire que l’arbre est un loup pour l’homme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Jo\u00eblle Zask<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
C’est exactement cela qu’on pense.<\/p>\n\n\n\n
Je connais bien la commune de Die, dans la Dr\u00f4me, qui a \u00e9t\u00e9 en proie aux flammes pendant au moins trois semaines. Il se trouve que c’est une commune de la Dr\u00f4me qui \u00e9tait tr\u00e8s progressiste et ouverte, avec beaucoup de jeunes qui ont cr\u00e9\u00e9 toutes sortes d’initiatives, des modes de vie coop\u00e9ratifs, \u00e9cologiques, etc. <\/p>\n\n\n\n
Tr\u00e8s r\u00e9cemment, la commune est repass\u00e9e \u00e0 droite \u2013 une droite bien muscl\u00e9e \u2013 en m\u00eame temps qu’elle a commenc\u00e9 \u00e0 br\u00fbler. Ce qui est int\u00e9ressant, c’est qu’au moment m\u00eame o\u00f9 il aurait fallu retrouver la culture du feu, c’est-\u00e0-dire se mettre tous ensemble, croiser nos comp\u00e9tences et faire converger un point commun fondamental pour nos d\u00e9mocraties lib\u00e9rales, \u00e0 savoir la protection mutuelle qui est quand m\u00eame la raison d’\u00eatre du contrat social, on a laiss\u00e9 br\u00fbler. <\/p>\n\n\n\n
On n’a pas d\u00e9broussaill\u00e9, on n’a pas \u00e9loign\u00e9 les arbres. Pendant que les collines rougeoyaient autour de Die, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard. Les habitants de Die ont alors appel\u00e9 les habitants de la Dr\u00f4me \u00e0 la rescousse pour les aider \u00e0 couper les arbres, \u00e0 d\u00e9broussailler, \u00e0 enlever le bois mort, etc. De fait, les flammes ne sont pas entr\u00e9es dans le village. <\/p>\n\n\n\n
C’est une situation paroxystique comme celle-ci qui doit nous amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 de nouvelles formes politiques. Il faudrait revenir au sens profond de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, du contrat lib\u00e9ral et du contrat social. Cela pourrait nous \u00eatre utile en pratique.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
\u00c9videmment, on a envie d’aborder la politique, mais restons encore un instant sur cette question du paradigme de la guerre. Cynthia Fleury, c’est d’ailleurs un sujet qui vous travaille dans votre vie comme dans vos \u0153uvres. Est-ce que c’est un sujet que vous pouvez aborder \u00e9galement ? L’interrogation que Pierre Charbonnier a essay\u00e9 de poser sur la table vous para\u00eet-elle pertinente de ce point de vue ?<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Cynthia Fleury<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Quand Pierre Charbonnier a dit tout \u00e0 l’heure qu’il y a des exp\u00e9riences de la perte qui sont incurables, c’est l\u00e0 l’enseignement de la Clinique<\/em>. <\/p>\n\n\n\nOn ne saisit pas qu’il y a la notion de perte comme une perte de consommation, c’est-\u00e0-dire quelque chose qui n’est pas et qui aurait pu \u00eatre, et qu’il y a aussi quelque chose qui rel\u00e8ve de la perte existentielle et qui atteint directement, de mani\u00e8re traumatique, le vitalisme. C’est ce que nous allons vivre : faire l’exp\u00e9rience de perdre un jour sa maison, de la voir br\u00fbler. Ce n’est pas un objet qui br\u00fble, mais un r\u00e9gime de v\u00e9cu, un r\u00e9gime de souvenirs.<\/p>\n\n\n\n
C’est la notion m\u00eame de l’habitabilit\u00e9, la possibilit\u00e9 de trouver refuge, la possibilit\u00e9 d’\u00eatre solidaire envers autrui, qui se brise. Donc, chez certains d’entre nous, et peut-\u00eatre m\u00eame chez nous, cette exp\u00e9rience traumatique va se d\u00e9multiplier. <\/p>\n\n\n\n
Croire qu’elle restera simplement traumatique est une erreur, car \u00e0 un moment donn\u00e9, elle se renversera pour survivre. Si nous ne prenons pas politiquement le chemin de ne pas produire sciemment de traumatisme pour autrui par de la catastrophe artificialis\u00e9e, cela nous reviendra de toute fa\u00e7on comme un conflit consid\u00e9rable. <\/p>\n\n\n\n
Le deuxi\u00e8me point, c’est que notre r\u00e9gime du d\u00e9sirable est terriblement pauvre. Il est toujours aussi triste cliniquement de voir qu’au XXIe si\u00e8cle, nous ne sommes pas capables d’avoir une autre d\u00e9finition de la modernit\u00e9. Aujourd’hui, la modernit\u00e9 se limite \u00e0 un r\u00e9gime de vitesse, d’acc\u00e9l\u00e9ration constante, de cin\u00e9tique et de syst\u00e9mique.<\/p>\n\n\n\n
Mais il faut \u00eatre fou pour r\u00e9duire \u00e0 ce point la notion m\u00eame de modernit\u00e9, qui est bien plus vaste. Moi, la notion de modernit\u00e9 me parle, mais pas pour \u00eatre enferm\u00e9e dans un imaginaire aussi pauvre et domin\u00e9 par une id\u00e9ologie. C’est l\u00e0 aussi qu’il faut travailler pr\u00e9cis\u00e9ment sur comment demain \u00e9duquer le r\u00e9gime du d\u00e9sirable. C’est un tr\u00e8s grand chemin.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Pierre Charbonnier<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Je commence \u00e0 m’int\u00e9resser de plus en plus \u00e0 l’aspect psychologique et psychanalytique de ces questions. On parle beaucoup ces jours-ci du d\u00e9veloppement de l’\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9. Je suis assez partag\u00e9 sur le sens m\u00eame de ce mot, mais ce que je crois observer, ce sont des formes d’angoisse sans d\u00e9bouch\u00e9 et sans capacit\u00e9 d’expression. Cela se formule de la mani\u00e8re suivante : \u00ab Oui, on sait tr\u00e8s bien que l’avenir n’existe plus, resserre-moi un verre de ros\u00e9. \u00bb <\/p>\n\n\n\n
Cela m’a fait penser \u00e0 un sujet souvent discut\u00e9 dans la litt\u00e9rature psychanalytique du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : le lien entre la n\u00e9vrose et la r\u00e9volution. Beaucoup de gens disent que l’horizon r\u00e9volutionnaire \u00e9tait un tr\u00e8s bon d\u00e9bouch\u00e9 pour les n\u00e9vros\u00e9s, ce qui \u00e9vitait qu’ils sombrent dans la d\u00e9pression. La d\u00e9pression s’accro\u00eet quand la possibilit\u00e9 r\u00e9volutionnaire dispara\u00eet. Peut-\u00eatre qu’une des raisons pour lesquelles on a autant d’\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9, qui n’est jamais que de l’anxi\u00e9t\u00e9, c’est qu’il n’y a pas de d\u00e9bouch\u00e9 politique \u00e0 l’horizon.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Cynthia Fleury<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Nous disposons d’\u00e9tudes approfondies sur le lien entre engagement et sant\u00e9 mentale. En d’autres termes, plus vous \u00eates d\u00e9pressif, moins vous vous engagez. Inversement, plus vous vous engagez, moins vous l’\u00eates. Ces r\u00e9sultats sont tr\u00e8s bien document\u00e9s et tr\u00e8s importants, car ils montrent qu’il faut que le corps reste agent et que la question de l’agentivit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server chez les \u00eatres est fondamentale pour pr\u00e9server leur sant\u00e9 mentale. Et la sant\u00e9 mentale est essentielle pour pr\u00e9server la dimension politique. Il existe un continuum extr\u00eamement fort.\u00a0<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Pourriez-vous d\u00e9finir l\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Jo\u00eblle Zask<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
L\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9, ou ce qu’Albrecht a pu appeler la solastalgie, est une perte de confiance totale, non seulement interhumaine, mais aussi dans le monde se d\u00e9veloppant selon son cours. C’est grave, car cela d\u00e9crit le sentiment, plut\u00f4t \u00ab collapsionniste \u00bb, d’\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. Les personnes atteintes d’\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 ne savent pas la documenter scientifiquement, d’o\u00f9 l’angoisse, mais ils pressentent que le pire est devant. <\/p>\n\n\n\n
De plus, nous nous retrouvons actuellement face \u00e0 une combinaison assez forte entre angoisse climatique et angoisse politique. On assiste \u00e0 un retour en force de la politisation de l’angoisse sur le divan, c’est-\u00e0-dire que de nombreuses personnes viennent raconter non pas leur roman familial, mais le roman soci\u00e9tal de la guerre, de l’Ukraine, par exemple, comme si c’\u00e9tait la n\u00f4tre, \u00e0 juste titre, car l’Ukraine, c’est nous. Il est donc tout \u00e0 fait normal de raconter cela comme un \u00e9v\u00e9nement intime. <\/p>\n\n\n\n
Au niveau climatique, ce sont des enfants, des adolescents et des adultes qui consid\u00e8rent que le discours sur les limites plan\u00e9taires n’est pas th\u00e9orique. Et encore une fois, c’est juste. D\u00e8s lors que l’on prend en consid\u00e9ration le discours sur les limites plan\u00e9taires, on s’interroge imm\u00e9diatement sur l’habitabilit\u00e9 du monde dans lequel nous vivrons. <\/p>\n\n\n\n
Aujourd’hui, la majorit\u00e9 des gens consid\u00e8rent que la guerre est de nouveau possible, notamment une guerre pour la confiscation des ressources naturelles. Mais il y a aussi de plus en plus de personnes qui ont int\u00e9gr\u00e9 le fait qu’elles pourraient demain \u00eatre des d\u00e9plac\u00e9s climatiques, subir une inondation, perdre leur maison et vivre une exp\u00e9rience existentielle de la perte. Cela a toujours exist\u00e9, c’\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9 du Moyen \u00c2ge, mais pas celle des derniers temps de la modernit\u00e9. \u00c0 ce sujet, il y avait une amn\u00e9sie, comme dirait Peter Kahn.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Sur ce point, je m’interroge : cette atrophie du futur, m\u00eame proche, que l’on ressent tr\u00e8s nettement, se manifeste clairement chez une partie des candidats \u00e0 la pr\u00e9sidence. On voit bien que nous sommes tous concern\u00e9s par cette atrophie, que nous avons du mal \u00e0 penser au-del\u00e0 du temps pr\u00e9sent.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\nCe ph\u00e9nom\u00e8ne est-il plus localis\u00e9 que g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ?<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\nSi l’on se fait une analyse un peu rapide des forces en pr\u00e9sence, on est en train de perdre contre une vision du futur que l’on peut qualifier d’extractiviste, maximaliste et acc\u00e9l\u00e9rationniste.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n0,5 % de la Louisiane est d\u00e9sormais privatis\u00e9 par SpaceX pour y construire 1 000 lanceurs permettant de lancer chaque semaine des dizaines, voire des centaines de roquettes. Celles-ci permettront par la suite d’installer des centres de donn\u00e9es dans l’espace, fonctionnant gr\u00e2ce \u00e0 des panneaux photovolta\u00efques. Ces centres de donn\u00e9es permettront de cr\u00e9er l’\u00e9nergie suffisante pour alimenter une nouvelle intelligence g\u00e9n\u00e9rale qui r\u00e9soudra le probl\u00e8me de la dette et tous les probl\u00e8mes de l’humanit\u00e9. C’est une vision du futur. Elle a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e dans la science-fiction, et des gens sont en train de lever plusieurs centaines de milliards de dollars pour la concr\u00e9tiser.<\/strong><\/p>\n\n\n\nSi l’on se tourne de l’autre c\u00f4t\u00e9, on voit qu’avec tous ces probl\u00e8mes, notamment ceux concernant la jeunesse, le Parti communiste chinois a \u00e9galement une vision assez claire de l’avenir. En 2049, la Chine sera ce qu’elle a toujours \u00e9t\u00e9 : l’empire qui contr\u00f4le ce qui est important pour l’humanit\u00e9, le reste de l’humanit\u00e9 se pliant \u00e0 sa volont\u00e9 ou faisant autre chose.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\nEst-ce qu’au fond, ce n’est pas parce que nous sommes dans cette atrophie du futur que nous avons des ph\u00e9nom\u00e8nes comme l’\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 ? Ma question est donc la suivante : quels muscles devons-nous exercer pour \u00eatre en forme \u00e0 la rentr\u00e9e et donc quels muscles devons-nous exercer pour sortir de cette atrophie du futur ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Jo\u00eblle Zask<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Il y a effectivement quelque chose de tr\u00e8s local dans ce sentiment d’atrophie du futur. <\/p>\n\n\n\n
Cela dit, on a aussi une r\u00e9ponse tr\u00e8s occidentale qui est le th\u00e9ologico-politique. On ne peut pas non plus oublier que le nombre de personnes se tournant vers le religieux, c’est-\u00e0-dire vers le lien et la croyance religieux comme solution politique, est en pleine explosion aujourd’hui. Donc, peut-\u00eatre que l’avenir sur Terre r\u00e9tr\u00e9cit, mais il y a la vie apr\u00e8s la mort. Cette dimension doit \u00eatre prise en compte dans notre \u00e9quation. <\/p>\n\n\n\n
J’ai d’ailleurs le sentiment que plus l’\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 augmentera, plus la conscience des limites plan\u00e9taires sera vive et plus on se tournera vers les cieux. C’est un peu ce qui est en train de se passer.<\/p>\n\n\n\n
Ce qui m’a frapp\u00e9e, c’est que si l’on consid\u00e8re les politiques de Bolsonaro, de Morrison et de Trump, qui sont tous les trois \u00e9vang\u00e9liques, et m\u00eame Johnson d’ailleurs, peut-\u00eatre sont-ils climatosceptiques, mais en r\u00e9alit\u00e9, leur politique vise aussi \u00e0 s\u00e9curiser les ressources. Tout est un peu m\u00e9lang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
Pour revenir sur une note beaucoup plus positive, je dirais que les sc\u00e9narios les plus porteurs aujourd’hui sont ceux qui nous permettent de renouer avec notre puissance d’agir. <\/p>\n\n\n\n
On le voit \u00e0 Die, par exemple, dont je parlais tout \u00e0 l’heure. \u00c0 partir du moment o\u00f9 les gens commencent \u00e0 agir ensemble, \u00e0 d\u00e9broussailler, \u00e0 prot\u00e9ger une maison, \u00e0 se pr\u00e9parer pour l’avenir, \u00e0 organiser des conseils, ils retrouvent l’esprit de la d\u00e9mocratie d’une part, et par ailleurs, ils retrouvent aussi des solutions \u00e9cologiques. Ils sortent ainsi de l’angoisse et de l’anxi\u00e9t\u00e9, en tout cas momentan\u00e9ment.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Cynthia Fleury<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
Cette atrophie du futur est en effet tr\u00e8s localis\u00e9e et li\u00e9e \u00e0 ce qu’on pourrait appeler, de mani\u00e8re tr\u00e8s rapide et grossi\u00e8re, une d\u00e9soccidentalisation. C’est-\u00e0-dire que le d\u00e9lire prend le pas sur le d\u00e9sir, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le d\u00e9lire lubrique comme seul d\u00e9sir. C’est quelque chose que l’Occident a apport\u00e9. C’est m\u00eame indissociable de l’Occident. Nous sommes les grands faiseurs et th\u00e9oriciens de ce d\u00e9lire, l\u00e9gitim\u00e9 par notre discours scientifique. <\/p>\n\n\n\n
Pourtant, maintenant, l’occidentalisation se fait chinoise avec l’imposition du \u00ab d\u00e9lire \u00bb chinois comme nouvelle norme occidentale, que nous vivrons aussi pendant un certain temps. <\/p>\n\n\n\n
\u00c0 partir du moment o\u00f9 l’on a connu un moment critique du progr\u00e8s, comme l’Occident l’a connu, on a une soci\u00e9t\u00e9 qui est divis\u00e9e sur cette question du progr\u00e8s. Une partie de la population ne peut donc plus adh\u00e9rer au d\u00e9lire comme d\u00e9sir. <\/p>\n\n\n\n
C’est aussi le probl\u00e8me : nous ne pouvons pas mener cette bataille contre la Chine parce que nous n’avons pas les m\u00eames troupes. Nous avons des troupes qui sont plus critiques par rapport \u00e0 cette notion.<\/p>\n\n\n\n
Un dernier point concerne l’opposition entre l’agir individuel et l’agir collectif. Mais nous avons n\u00e9cessairement besoin des deux. C’est d’autant plus vrai pour l’Occident. L’Occident est dans l’obligation d’activer au jour le jour une agentivit\u00e9 pour prot\u00e9ger sa sant\u00e9 mentale, puis d’\u00e9voluer vers un r\u00e9gime plus lourd, collectif et politique, \u00e0 d’autres \u00e9chelles. Mais, de toute fa\u00e7on, le r\u00e9gime protecteur de la sant\u00e9 mentale est localis\u00e9, territorialis\u00e9, endog\u00e8ne et individuel. C’est une condition sine qua non pour demain.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
Pierre Charbonnier, comment on s\u2019exerce pour sortir de l’atrophie du futur ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n
\n
\n
\n
<\/div>\n
Pierre Charbonnier<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
L’une des principales caract\u00e9ristiques politiques de l’Europe d’aujourd’hui est clairement son inaptitude \u00e0 produire de l’avenir. Il existe le mod\u00e8le chinois, que l’on pourrait qualifier de branche post-marxiste du futurisme, et l’autre branche, qui rel\u00e8ve assez largement d’un d\u00e9lire li\u00e9 \u00e0 la science-fiction acc\u00e9l\u00e9rationniste. Comme ce sont les deux seules possibilit\u00e9s \u00e0 partir de la racine moderne, nous nous trouvons d\u00e9sempar\u00e9s face \u00e0 ce que nous pensions avoir invent\u00e9 et instaur\u00e9, et nous n’en sommes plus ma\u00eetres. <\/p>\n\n\n\n
En effet, comme nous nous sommes con\u00e7us comme les inventeurs de ce rapport \u00e0 l’avenir et que nous en sommes d\u00e9saisis, il y a peu de chances que nous puissions y revenir en tant que ma\u00eetres. <\/p>\n\n\n\n
La question est maintenant de savoir s’il est possible de r\u00e9inventer plus radicalement un rapport \u00e0 l’avenir qui soit peut-\u00eatre moins agit\u00e9 que celui que nous avons l\u00e9gu\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 la Chine. Enfin, ils se l’ont l\u00e9gu\u00e9 tout seuls aussi d’ailleurs, ce ne sont pas que des emprunts europ\u00e9ens \u00e9videmment. En tout cas, en r\u00e9alit\u00e9, nous n’avons pas d’autre choix que de r\u00e9inventer notre rapport \u00e0 l’avenir. <\/p>\n\n\n\n
Il me semble quand m\u00eame que certains aspects de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale sont importants, comme la survalorisation du mutualisme et de la solidarit\u00e9 qui est un atout monumental dans l’exp\u00e9rience de la crise. <\/p>\n\n\n\n
Mais si je regarde dans le r\u00e9troviseur de cet \u00e9t\u00e9, je suis vraiment frapp\u00e9 par l’incapacit\u00e9 dramatique des repr\u00e9sentants politiques \u00e0 construire un cadrage coh\u00e9rent de cette exp\u00e9rience. On voit se multiplier des cadrages rivaux. L’enjeu est abord\u00e9 sous l’angle s\u00e9curitaire ou technologique. Il y a aussi le cadrage de la solidarit\u00e9, mais il n’est pas si important et souvent, quand il est formul\u00e9, c’est de mani\u00e8re binaire, comme si la solidarit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9taient deux p\u00f4les oppos\u00e9s. Cela ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, il faut les deux. <\/p>\n\n\n\n
Bient\u00f4t, \u00e0 la fin de cet \u00e9t\u00e9, nous nous retrouverons dans une situation o\u00f9 \u00e9mergeront encore de multiples cadrages qui entreront en comp\u00e9tition les uns avec les autres, ruinant d’autant plus notre capacit\u00e9 \u00e0 dire : \u00ab Si c’est une polycrise, alors il faut raisonner dans les termes d’une polycrise et ne pas s\u00e9parer ces diff\u00e9rents aspects. \u00bb Mais nous n’y sommes pas encore. Malheureusement, je crois pouvoir aller jusqu’\u00e0 dire que des acteurs politiques, dont je pourrais me sentir proche par ailleurs, ont contribu\u00e9 au malentendu en affirmant par exemple qu’il y aura une justice climatique, parce que nous prendrons aux \u00ab m\u00e9chants \u00bb pour donner aux \u00ab bons \u00bb. Cela ne r\u00e9soudra pas tous les aspects du probl\u00e8me non plus. Nous restons donc tr\u00e8s largement d\u00e9munis pour produire une nouvelle forme d’avenir.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n
<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
Mardi du Grand Continent \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, avec Pierre Charbonnier, Jo\u00eblle Zask et Cynthia Fleury, mod\u00e9r\u00e9 par Gilles Gressani.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categories":[],"playlist":[4161],"geo":[],"class_list":["post-355868","video","type-video","status-publish","hentry","playlist-ecologie"],"acf":[],"yoast_head":"\n
Le climat a d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9. Que faire ? | Le Grand Continent<\/title>\n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n \n\t \n