{"id":254042,"date":"2024-12-05T15:55:15","date_gmt":"2024-12-05T14:55:15","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=video&p=254042"},"modified":"2025-03-24T19:40:48","modified_gmt":"2025-03-24T18:40:48","slug":"leurope-peut-elle-vraiment-gagner-une-guerre","status":"publish","type":"video","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/videos\/leurope-peut-elle-vraiment-gagner-une-guerre\/","title":{"rendered":"L’Europe peut-elle vraiment gagner une guerre ?"},"content":{"rendered":"\n
<\/div>\n Yaroslav Trofimov<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n
L\u2019Europe se trouve d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur d\u2019une guerre \u2014 la plus sanglante depuis la Seconde Guerre mondiale avec pr\u00e8s de trois ans de combats \u00e0 grande \u00e9chelle en Ukraine, o\u00f9 des centaines de milliers de personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es ou mutil\u00e9es, des millions ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es et des villes enti\u00e8res r\u00e9duites \u00e0 l\u2019\u00e9tat de ruines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 cela, de nombreuses personnes dans l\u2019Ouest de l\u2019Europe ne se per\u00e7oivent pas comme \u00e9tant en guerre. Avant de pouvoir parler de gagner une guerre, il faut donc d\u2019abord reconna\u00eetre que nous sommes en guerre.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n Je regardais les r\u00e9sultats d\u2019un r\u00e9cent sondage Gallup en Europe o\u00f9 l\u2019on demandait aux citoyens s\u2019ils d\u00e9fendraient leur pays s\u2019il \u00e9tait attaqu\u00e9 : 29 % des Espagnols, 23 % des Allemands et seulement 14 % des Italiens d\u00e9clarent qu\u2019ils pourraient se battre pour leur pays. Cet \u00e9tat d\u2019esprit est r\u00e9pandu dans toute l\u2019Europe, motiv\u00e9 par des v\u0153ux pieux \u2014 beaucoup esp\u00e9rant que ce conflit \u00e0 l\u2019Est puisse \u00eatre r\u00e9solu d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, que Poutine puisse \u00eatre apais\u00e9 par une ou deux concessions sur l\u2019Ukraine. Mais il est \u00e9vident que cela n\u2019arrivera pas, car les responsables russes ont souvent d\u00e9clar\u00e9 que leurs ambitions \u00e9taient bien plus grandes. Leur objectif est de remodeler l\u2019architecture de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Europe et de faire reculer l\u2019expansion de l\u2019OTAN.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Les contribuables europ\u00e9ens sont \u00e0 juste titre r\u00e9ticents \u00e0 financer des d\u00e9penses beaucoup plus importantes pour leur propre d\u00e9fense ou pour le soutien \u00e0 l\u2019Ukraine.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n L\u2019aide militaire totale de l\u2019Allemagne \u00e0 l\u2019Ukraine, fournie et promise, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 28 milliards d\u2019euros sur trois ans, bien qu\u2019une grande partie de cette somme n\u2019ait pas encore \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une somme importante, elle \u00e9quivaut \u00e0 environ deux euros par Allemand et par semaine. C\u2019est une somme modeste \u00e0 payer pour \u00e9viter que la guerre ne s\u2019\u00e9tende davantage.<\/strong><\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Monsieur le Ministre, l\u2019Ukraine, comme beaucoup d\u2019autres pays, n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eate pour la guerre. Si vous aviez interrog\u00e9 les Ukrainiens il y a 15 ans, ce n\u2019\u00e9tait pas un pays de guerriers pr\u00eats \u00e0 se battre. L\u2019arm\u00e9e ukrainienne existait \u00e0 peine en 2014. Comment cette transformation s\u2019est-elle op\u00e9r\u00e9e ? Quelles le\u00e7ons le reste de l\u2019Europe peut-il tirer de la remarquable capacit\u00e9 de l\u2019Ukraine \u00e0 se mobiliser et \u00e0 combattre un adversaire puissant ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Sergii Marchenko<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Permettez-moi de commencer par vous faire part de mon exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n\n\n\n Le 24 f\u00e9vrier 2022, j\u2019avais pr\u00e9vu d\u2019aller nager. J\u2019avais m\u00eame pr\u00e9par\u00e9 mon \u00e9quipement. Comme la plupart des gens, je ne m\u2019attendais pas \u00e0 une attaque majeure sur le territoire ukrainien. En tant que membre du gouvernement et du Conseil national de s\u00e9curit\u00e9, j\u2019\u00e9tais bien conscient des risques potentiels. Cependant, nous \u00e9tions encore r\u00e9ticents \u00e0 accepter pleinement que cela puisse se produire. C\u2019est pourquoi il est si difficile de pr\u00e9dire ou de se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019\u00e9clatement d\u2019une guerre.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, apr\u00e8s plus de 1 000 jours de conflit \u2014 1 061 jours pour \u00eatre exact \u2014 nous avons acquis une compr\u00e9hension claire de ce qui se passe et de la mani\u00e8re d\u2019y faire face. L\u2019une des le\u00e7ons les plus importantes que nous ayons apprises est que nous devons \u00eatre d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 continuer \u00e0 nous battre jusqu\u2019\u00e0 la fin. Nous devons accepter la r\u00e9alit\u00e9 brutale que nous pourrions \u00eatre seuls dans cette guerre. Bien que nous soyons reconnaissants du soutien de nos partenaires, ce sont en fin de compte les Ukrainiens seuls qui se battent contre la Russie et, par extension, contre d\u2019autres nations d\u00e9sormais impliqu\u00e9es dans le conflit \u2014 je ne les citerai pas mais vous savez de qui je parle. Il est de notre responsabilit\u00e9 collective de trouver un moyen de continuer \u00e0 r\u00e9sister contre la Russie.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re le\u00e7on est donc que nous devons rester d\u00e9termin\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me le\u00e7on est qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un sprint, mais d\u2019un marathon : nous devons nous pr\u00e9parer \u00e0 une lutte de longue haleine. Si nous sommes pr\u00eats \u00e0 mener une lutte prolong\u00e9e, cela signifie que nous sommes bien \u00e9quip\u00e9s et que nous pensons \u00e0 long terme. Nous devons \u00e9viter de cr\u00e9er des attentes irr\u00e9alistes, en pensant par exemple que la guerre se terminera le mois prochain ou l\u2019ann\u00e9e prochaine. Il n\u2019y a pas de solution rapide, pas de solution magique.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est pourquoi, \u00e0 la question \u00ab Que ferez-vous en 2025 ? \u00bb, nous r\u00e9pondons : \u00ab Nous continuerons \u00e0 nous battre. \u00bb Notre message \u00e0 tous nos partenaires est que le soutien \u00e0 l\u2019Ukraine en vaut la peine parce que nous n\u2019avons d\u2019autre choix que de continuer. Nous devons nous pr\u00e9parer \u00e0 une longue guerre. Nous aurions certes d\u00fb commencer \u00e0 nous y pr\u00e9parer en 2020, mais aujourd\u2019hui, nous y sommes pleinement engag\u00e9s. Malgr\u00e9 les pertes de territoires, la mort de civils et l\u2019\u00e9puisement de notre arm\u00e9e, nous devons nous concentrer sur une strat\u00e9gie \u00e0 long terme en vue d\u2019une victoire juste pour l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n\n\n Si nous nous permettons de croire que certains dirigeants politiques en Europe ou aux \u00c9tats-Unis trouveront une solution facile, nous nous trompons : un tel plan n\u2019existe pas. Toute strat\u00e9gie r\u00e9ussie doit se fonder sur une Ukraine forte, capable de se d\u00e9fendre \u00e0 long terme, et pas seulement pendant un an.<\/p>\n\n\n\n Pour illustrer notre engagement, nous avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 notre budget 2025, qui comprend d\u2019importantes d\u00e9penses militaires. Nous pr\u00e9voyons d\u2019allouer plus de 50 milliards d\u2019euros \u00e0 la d\u00e9fense : c\u2019est la moiti\u00e9 de notre budget total. Ce budget est soutenu par des pr\u00eats de nos partenaires, qui ont \u00e9t\u00e9 cruciaux. Ces fonds nous donnent la certitude que, malgr\u00e9 les d\u00e9cisions ou les d\u00e9fis politiques, nous sommes capables de mener cette guerre jusqu\u2019en 2025.<\/p>\n\n\n\n Je pense que c\u2019est un bon message pour nos partenaires : il n\u2019est pas temps d\u2019h\u00e9siter, mais de trouver un moyen d\u2019accro\u00eetre le soutien \u00e0 l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Anna Colin Lebedev,\u00a0vous qui avez \u00e9tudi\u00e9 la r\u00e9action de la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne \u00e0 cette guerre<\/a>, comment pensez-vous que les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes r\u00e9agissent ? Que pensez-vous qu\u2019il se passerait en France, en Italie et dans d\u2019autres pays s\u2019ils \u00e9taient attaqu\u00e9s dans un an, deux ans ou cinq ans ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Anna Colin Lebedev<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 la dynamique de la r\u00e9sistance en Ukraine depuis 2014 \u2014 car il est important de se rappeler que la guerre n\u2019a pas commenc\u00e9 en 2022, mais bien en 2014. Au fil des ans, la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne s\u2019est transform\u00e9e et adapt\u00e9e. L\u2019une des questions que je me pose est de savoir comment un civil ordinaire, qui ne s\u2019est jamais imagin\u00e9 prendre les armes ou faire autre chose que vivre une vie normale, s\u2019engage dans une telle lutte.<\/p>\n\n\n\n Nous nous trouvons actuellement \u00e0 un carrefour similaire en Europe. Si nous ne sommes pas encore en 2022, nous sommes quelque part entre 2014 et 2022. Les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes sont d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9es \u00e0 des attaques non militaires de la part de la Russie, tout comme l\u2019Ukraine en 2014. Quelles le\u00e7ons pouvons-nous donc tirer de la r\u00e9action des Ukrainiens ?<\/p>\n\n\n\n L\u2019une des caract\u00e9ristiques frappantes de la soci\u00e9t\u00e9 ukrainienne est l\u2019importance des mouvements populaires : les Ukrainiens se sont auto-organis\u00e9s pour d\u00e9fendre leur pays d\u2019une mani\u00e8re qui va au-del\u00e0 de l\u2019action militaire traditionnelle. Il ne s\u2019agit pas seulement de se battre pour son pays comme on l\u2019entend g\u00e9n\u00e9ralement. Le combat peut prendre de nombreuses formes. Pour de nombreux Ukrainiens, il s\u2019agit de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e, de la soutenir par des dons ou de s\u2019engager dans des activit\u00e9s souvent consid\u00e9r\u00e9es comme des fonctions militaires. Il s\u2019agit notamment d\u2019\u00e9vacuer les combattants des lignes de front, d\u2019acqu\u00e9rir des \u00e9quipements pour l\u2019arm\u00e9e, de construire des drones et d\u2019aider les familles des combattants ou les soldats bless\u00e9s. Ce vaste r\u00e9seau de civils s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 incroyablement puissant pour soutenir l\u2019effort de guerre.<\/p>\n\n\n\n Lorsqu\u2019on se demande si cet exemple pourrait nous \u00eatre utile, je me pose la question suivante : sommes-nous pr\u00eats pour cela ? Nos \u00c9tats sont-ils pr\u00eats \u00e0 permettre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile d\u2019intervenir et de jouer un r\u00f4le dans la d\u00e9fense nationale ?<\/p>\n\n\n\n C\u2019est paradoxal, mais l\u2019une des raisons pour lesquelles les citoyens ukrainiens sont si actifs dans la d\u00e9fense de leur pays depuis 2014 est leur perception de la faiblesse de leur \u00c9tat. En 2014, l\u2019Ukraine traversait une crise politique majeure et l\u2019arm\u00e9e n\u2019avait pas toutes ses capacit\u00e9s : les civils ont compris que s\u2019ils n\u2019intervenaient pas, le pays risquait de perdre rapidement la guerre.<\/p>\n\n\n\n Nous associons souvent les \u00c9tats faibles \u00e0 une incapacit\u00e9 \u00e0 mobiliser les citoyens : en Ukraine, c\u2019est le contraire qui s\u2019est produit. En raison de la faiblesse de l\u2019\u00c9tat, la responsabilit\u00e9 de la d\u00e9fense du pays s\u2019est \u00e9tendue au-del\u00e0 de la simple participation politique ou de l\u2019attente du soutien de l\u2019\u00c9tat \u2014 elle est devenue un devoir civique. Les gens se sont engag\u00e9s activement dans diverses activit\u00e9s, notamment en combattant dans des bataillons de volontaires qui n\u2019\u00e9taient pas officiellement g\u00e9r\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, mais qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le crucial. Ces groupes ont souvent compl\u00e9t\u00e9, voire remplac\u00e9 l\u2019\u00c9tat dans certaines r\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, alors que l\u2019\u00c9tat ukrainien est beaucoup plus fort, la m\u00eame dynamique \u00e0 est toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre, les civils jouant un r\u00f4le consid\u00e9rable. La question est la suivante : nos \u00c9tats seraient-ils pr\u00eats \u00e0 permettre aux citoyens de s\u2019auto-organiser pour d\u00e9fendre le pays \u2014 en particulier en r\u00e9ponse \u00e0 des menaces non militaires, comme celles auxquelles nous sommes actuellement confront\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n Serions-nous pr\u00eats, par exemple, \u00e0 voir les gens s\u2019engager dans des activit\u00e9s d\u2019auto-formation \u00e0 la guerre ? C\u2019est ce que font les Ukrainiens dans le cadre des ONG ou des \u00e9coles d\u2019auto-formation. Quelles sont les attentes de nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat ? Dans beaucoup de nos soci\u00e9t\u00e9s, nous attendons qu\u2019il assure notre d\u00e9fense.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Si des initiatives autonomes \u00e9mergeaient, je pense que nos \u00c9tats se sentiraient menac\u00e9s par l\u2019initiative. Nous nous plaignons donc du fait que les citoyens ne sont pas pr\u00eats \u00e0 se battre mais il faudrait en amont se demander, en tirant les le\u00e7ons ukrainiennes : sommes-nous pr\u00eats \u00e0 voir nos soci\u00e9t\u00e9s s\u2019engager dans la dynamique de la pr\u00e9paration au combat ?<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Pierre Heilbronn, selon vous, quelles le\u00e7ons les pays europ\u00e9ens peuvent-ils tirer de la guerre en Ukraine ? Quels enseignements pouvons-nous tirer de la mani\u00e8re dont nos soci\u00e9t\u00e9s devraient \u00e9voluer en r\u00e9ponse \u00e0 ces d\u00e9fis ? Pierre Heilbronn<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Je commencerai par reprendre l\u00e0 o\u00f9 Anna s\u2019est arr\u00eat\u00e9e en ce qui concerne le r\u00f4le des \u00c9tats, en particulier lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Le projet europ\u00e9en a toujours \u00e9t\u00e9 ancr\u00e9 dans l\u2019id\u00e9e de limiter le pouvoir des \u00c9tats parce que, historiquement, les \u00c9tats ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine des guerres sur le continent. L\u2019objectif \u00e9tait de cr\u00e9er un cadre dans lequel les liens \u00e9conomiques entre les acteurs priv\u00e9s contribueraient \u00e0 r\u00e9duire l\u2019agressivit\u00e9 et la concurrence entre les \u00c9tats. Ce syst\u00e8me implique un partage de la souverainet\u00e9 en mati\u00e8re \u00e9conomique, ce qui se traduit par des m\u00e9canismes tels que les comp\u00e9tences exclusives de la Commission europ\u00e9enne et le vote \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e au sein du Conseil. Mais cette id\u00e9e de souverainet\u00e9 partag\u00e9e ne s\u2019applique pas \u00e0 la puissance militaire, o\u00f9 les d\u00e9cisions doivent toujours \u00eatre prises \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un domaine o\u00f9 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne a pris du retard.<\/p>\n\n\n\n Cette distinction est importante si l\u2019on consid\u00e8re les limites de l\u2019Europe face aux guerres et \u00e0 leurs cons\u00e9quences, compte tenu des origines de l\u2019Union elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n La perception des menaces a beaucoup \u00e9volu\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es. La guerre en Ukraine est-elle une menace existentielle pour de nombreux pays ? Il y a encore beaucoup de travail de sensibilisation \u00e0 faire. La situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la perception du Covid-19, par exemple. Pendant la crise financi\u00e8re de 2008, les dirigeants europ\u00e9ens avaient discut\u00e9 de la possibilit\u00e9 d\u2019un m\u00e9canisme de financement europ\u00e9en partag\u00e9, mais il a fallu un choc universellement reconnu comme une menace grave pour catalyser l\u2019action : la menace de mort qui a affect\u00e9 les individus pendant la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n J\u2019aimerais \u00e9galement me faire l\u2019\u00e9cho de la remarque du pr\u00e9sident Macron sur le fait de ne pas fixer de lignes rouges lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019intervenir sur le terrain. Il s\u2019agit de faire prendre conscience que nous avons affaire \u00e0 quelque chose de s\u00e9rieux, quelque chose qui n\u2019est ni lointain ni abstrait pour des pays comme la France, l\u2019Allemagne, l\u2019Espagne et d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n Sur l\u2019autocritique de l\u2019Europe, il est vrai que nous avons \u00e9t\u00e9 trop lents et trop petits dans nos r\u00e9ponses \u2014 tout comme nous l\u2019avions \u00e9t\u00e9 pendant la crise financi\u00e8re. Cependant, il ne faut pas oublier que beaucoup a \u00e9t\u00e9 fait. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 le plus grand soutien de l\u2019Ukraine, avec 65 milliards d\u2019euros d\u2019aide civile et 45 milliards d\u2019euros d\u2019aide militaire.<\/p>\n\n\n\n Comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 le pr\u00e9sident Macron, les petits efforts ont moins de chances de r\u00e9ussir que les efforts plus importants et mieux coordonn\u00e9s : nous avons des d\u00e9fis \u00e0 relever, et l\u2019un d\u2019entre eux est la n\u00e9cessit\u00e9 de se concentrer sur les r\u00e9cits. Les Europ\u00e9ens n\u2019ont souvent pas de cauchemars ou de r\u00eaves communs, et ce sont ces exp\u00e9riences partag\u00e9es qui mobilisent les gens. Cela signifie \u00e9galement qu\u2019il faut travailler au niveau local.<\/p>\n\n\n\n En France, nous avons travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019ouverture de mandats pour que l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement puisse proposer des pr\u00eats souverains aux municipalit\u00e9s ukrainiennes. Il est selon moi essentiel de ne pas limiter la coop\u00e9ration \u00e0 des relations d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat mais d\u2019impliquer \u00e9galement le niveau local.<\/p>\n\n\n\n Un autre domaine important est la cr\u00e9ation d\u2019incitations pour soutenir l\u2019effort de guerre. Bien que des progr\u00e8s aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Nous disposons de l\u2019instrument Economic Resilience Action (ERA) qui pr\u00e9voit des pr\u00eats \u00e0 des fins sp\u00e9cifiques. Nous devrions l\u2019utiliser pour encourager les producteurs europ\u00e9ens \u00e0 augmenter leur production en offrant une plus grande visibilit\u00e9 et une plus grande s\u00e9curit\u00e9 en mati\u00e8re de financement. Nous devrions \u00e9galement l\u2019utiliser pour encourager la production conjointe entre les entreprises de d\u00e9fense europ\u00e9ennes et ukrainiennes. Le financement reste une question cruciale.<\/p>\n\n\n\n En ce qui concerne les r\u00e9cits, il est important de souligner que la bataille n\u2019est pas perdue et qu\u2019il existe de bons exemples de r\u00e9ussite. En Tch\u00e9quie, par exemple, une grande campagne a permis de pr\u00e9senter les r\u00e9fugi\u00e9s comme des atouts pour l\u2019\u00e9conomie tch\u00e8que, et non comme un simple co\u00fbt. Ce discours a permis d\u2019obtenir un soutien beaucoup plus important en faveur de l\u2019Ukraine.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Bien que l\u2019Europe soit de plus en plus consciente de l\u2019importance de la guerre en Ukraine, la plupart des Europ\u00e9ens ne se per\u00e7oivent toujours pas comme \u00e9tant en guerre \u2014 et, techniquement, ils ne le sont pas. La vie quotidienne des Fran\u00e7ais, des Allemands et des Italiens n\u2019a pas chang\u00e9 de mani\u00e8re significative. Pendant ce temps, le pr\u00e9sident Poutine continue de pr\u00e9senter le conflit comme une guerre entre la Russie et l\u2019Occident. Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas eu d\u2019action militaire directe sur le territoire de l\u2019OTAN, la nature de la guerre a chang\u00e9 : nous assistons \u00e0 une augmentation de la guerre hybride \u2014\u00a0actes de sabotage, ing\u00e9rence \u00e9lectorale, cyberattaques et efforts pour influencer les soci\u00e9t\u00e9s occidentales de l\u2019int\u00e9rieur<\/a>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Ian Garner, en tant qu\u2019historien sp\u00e9cialiste de la Russie, dans quelle mesure ce type d\u2019hostilit\u00e9 en zone grise est-il crucial \u00e0 prendre en compte pour l\u2019Europe ? Et, plus important encore, dans quelle mesure les Europ\u00e9ens sont-ils pr\u00eats \u00e0 faire face \u00e0 cette menace croissante ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Ian Garner<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n L\u2019Europe est pr\u00eate \u00e0 0 %.<\/p>\n\n\n\n Je pense que nous sommes de fait moins bien pr\u00e9par\u00e9s aujourd\u2019hui qu\u2019il y a deux ans.<\/p>\n\n\n\n La Russie est tr\u00e8s claire dans son discours : elle se voit dans une lutte existentielle avec l\u2019Occident, une bataille pour sa survie. Que ce r\u00e9cit soit vrai ou non n\u2019a rien \u00e0 voir avec la question \u2014 c\u2019est l\u2019histoire que raconte la Russie qui compte.<\/p>\n\n\n\n Sur le plan int\u00e9rieur, elle a r\u00e9ussi \u00e0 vendre l\u2019id\u00e9e que si elle ne se bat pas, si elle ne d\u00e9truit pas l\u2019Ukraine de la mani\u00e8re la plus brutale et la plus criminelle qui soit \u2014 par des meurtres, des viols, des d\u00e9portations d\u2019enfants et la d\u00e9vastation de villes comme Marioupol \u2014 elle ne sera pas en mesure de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Cela renvoie \u00e0 la perte d\u2019identit\u00e9 de la Russie en tant que puissance imp\u00e9riale apr\u00e8s 1991. L\u2019\u00c9tat affirme que la Russie a \u00e9t\u00e9 humili\u00e9e par l\u2019Occident : la Pologne a rejoint l\u2019Union europ\u00e9enne, l\u2019Estonie a gagn\u00e9 en libert\u00e9 et les \u00c9tats-Unis n\u2019auraient cess\u00e9 d\u2019affaiblir la position de la Russie. M\u00eame si je pense que la Russie est mieux sortie de la Guerre froide qu\u2019elle ne le croit, ce sentiment de perte est profond\u00e9ment ancr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Un \u00c9tat dit \u00e0 son peuple : \u00ab Nous nous battons ou nous serons d\u00e9truits \u00bb. Il s\u2019agit d\u2019un message puissant, rendu encore plus convaincant par les r\u00e9seaux sociaux, qui promeuvent des fantasmes dramatiques et capitalistes \u2014 des vid\u00e9os \u00e9piques montrant comment Marioupol sera reconstruite de mani\u00e8re spectaculaire par exemple. Bien entendu, il ne s\u2019agit que de propagande. En r\u00e9alit\u00e9, les efforts de reconstruction sont minimes : il ne s\u2019agit que de quelques immeubles d\u2019habitation construits \u00e0 la h\u00e2te. Mais le r\u00e9cit persiste. Pour le Russe moyen, assister \u00e0 la destruction de l\u2019Ukraine est per\u00e7u comme quelque chose qui ne peut que l\u2019aider.<\/p>\n\n\n\n Or quel r\u00e9cit avons-nous en Europe et en Am\u00e9rique du Nord pour convaincre les gens que nous sommes dans ce type de conflit ? Les attaques hybrides russes \u2014 en particulier celles qui passent par les r\u00e9seaux sociaux \u2014 sont con\u00e7ues pour amplifier les fractures soci\u00e9tales. Quels r\u00e9cits pouvons-nous utiliser pour r\u00e9pondre, et comment les d\u00e9velopper ?<\/p>\n\n\n\n Je dirais que la r\u00e9ponse se trouve au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat-nation. Le fait que seules 14 % de personnes en Italie soient pr\u00eates \u00e0 d\u00e9fendre le pays doit nous faire prendre conscience que la soci\u00e9t\u00e9 se soude peut-\u00eatre de plus en plus autour d\u2019id\u00e9es post-nationales. De nombreuses personnes de droite en Italie pourraient se sentir plus proches des partisans de Donald Trump aux \u00c9tats-Unis, de Viktor Orban en Hongrie ou m\u00eame des mouvements politiques russes qui promettent la force, la masculinit\u00e9 et une identit\u00e9 nationale r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. Ils peuvent avoir l\u2019impression d\u2019avoir plus en commun avec ces personnalit\u00e9s qu\u2019avec leurs voisins lib\u00e9raux qui votent \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n Pour y rem\u00e9dier, nous devons \u00e9laborer des r\u00e9cits qui entrent en r\u00e9sonance avec le sentiment d\u2019identification des gens, en les convainquant qu\u2019ils ont une raison juste de se battre. Les citoyens ne partiront pas en guerre pour l\u2019Union europ\u00e9enne \u2014 aussi importante soit-elle, l\u2019Union est per\u00e7ue comme une institution bureaucratique et lointaine, qui n\u2019est pas une source d\u2019inspiration \u00e0 l\u2019heure actuelle. La Russie l\u2019a compris, qui exploite ces divisions en les amplifiant sans rel\u00e2che. Parall\u00e8lement, elle intensifie son usage de la violence physique.<\/p>\n\n\n\n Vous avez dit que la guerre ne semblait pas toucher des pays comme la France ou l\u2019Allemagne. Mais c\u2019est le cas. Avec l\u2019essor des r\u00e9seaux sociaux, les gens sont constamment engag\u00e9s dans des discours de division qui alimentent la haine envers leurs voisins. L\u2019influence de la Russie est \u00e9vidente dans ces espaces num\u00e9riques et cr\u00e9e un environnement polaris\u00e9. Mais il n\u2019y a pas qu\u2019en ligne que les choses se passent : la vie ordinaire commence \u00e0 en ressentir les effets. Vous pourriez \u00eatre la cible d\u2019une cyberattaque au travail, ou votre vie quotidienne pourrait \u00eatre interrompue par des incidents tels qu\u2019un incendie criminel, un sabotage ou une attaque contre les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, nous ne disons pas aux gens qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une guerre. Nous la pr\u00e9sentons comme quelque chose de p\u00e9riph\u00e9rique, comme si la Russie n\u2019intervenait qu\u2019\u00e0 la marge. En r\u00e9alit\u00e9, elle a un impact profond sur nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019une guerre tr\u00e8s \u00e9trange dans laquelle une partie a enti\u00e8rement mobilis\u00e9 son \u00e9conomie, l\u2019a mise sur le pied de guerre et s\u2019est ouvertement engag\u00e9e dans un conflit avec l\u2019Occident, tandis que nous, en Europe, continuons \u00e0 faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait. C\u2019est particuli\u00e8rement \u00e9vident sur le plan \u00e9conomique : cela fait trois ans que la guerre en Ukraine a commenc\u00e9, mais le complexe militaro-industriel des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Europe n\u2019est toujours pas parvenu \u00e0 augmenter la production d\u2019obus d\u2019artillerie\u2026 Monsieur le Ministre, comment contribuer \u00e0 combler le foss\u00e9 en mati\u00e8re de capacit\u00e9 militaire pour l\u2019Ukraine ? Sergii Marchenko<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Nous nous sommes rendu compte que les principaux moteurs de la croissance \u00e9conomique en Ukraine sont la consommation priv\u00e9e et les investissements du gouvernement dans diff\u00e9rents secteurs.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019heure actuelle, le secteur de la d\u00e9fense est notre priorit\u00e9 absolue, car il ne s\u2019agit pas seulement de survivre, mais aussi de cr\u00e9er de nouvelles opportunit\u00e9s de croissance.<\/p>\n\n\n\n Notre potentiel de croissance industrielle, en particulier dans le domaine de la d\u00e9fense, a \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire depuis le d\u00e9but de la guerre, surtout au cours de l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e. Je me souviens tr\u00e8s bien qu\u2019au d\u00e9but de cette ann\u00e9e, nous nous sommes rendu compte qu\u2019il n\u2019y aurait pas de budget suppl\u00e9mentaire de la part des \u00c9tats-Unis entre octobre 2023 et avril 2024. Nous ne recevions qu\u2019un soutien minimal en nature de la part des \u00c9tats-Unis et, d\u00e8s le premier trimestre de cette ann\u00e9e, nous avons compris que l\u2019Ukraine devrait prendre des mesures suppl\u00e9mentaires. Compte tenu de nos ressources limit\u00e9es, nous n\u2019avions pas d\u2019autre choix que de commencer \u00e0 produire nos propres munitions, en particulier des obus d\u2019artillerie de 155 mm \u2014 car nous en manquions cruellement.<\/p>\n\n\n\n Un autre point critique est la nature de la guerre moderne.<\/p>\n\n\n\n Il ne s\u2019agit plus de batailles traditionnelles. Les chars ne sont pas aussi efficaces dans cette guerre : ils ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9s que comme plateformes d\u2019artillerie, et m\u00eame les chars modernes, comme les Abrams que nous avons re\u00e7us, sont vuln\u00e9rables aux drones. Nous l\u2019avons \u00e9galement constat\u00e9 avec les v\u00e9hicules blind\u00e9s russes. La guerre moderne implique des batailles dans les tranch\u00e9es, qui rappellent la Premi\u00e8re Guerre mondiale, avec des troupes qui se battent pour de petites portions de territoire \u2014 mais soutenues par l\u2019artillerie et les drones. L\u2019\u00e9l\u00e9ment clef de la guerre est aujourd\u2019hui le progr\u00e8s technologique, en particulier dans le domaine de la guerre \u00e9lectromagn\u00e9tique. Le pays qui saura le mieux tirer parti de la technologie moderne pour neutraliser les drones ennemis et contr\u00f4ler le champ de bataille aura un avantage significatif : au cours des six derniers mois, la principale demande du minist\u00e8re de la d\u00e9fense a port\u00e9 sur l\u2019acquisition de nouveaux drones. Il a demand\u00e9 au minist\u00e8re des Finances des fonds suppl\u00e9mentaires pour les acheter, car les drones sont devenus l\u2019objectif principal. Les missiles restent importants : nous avons d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 lancer des missiles de croisi\u00e8re ukrainiens et nous nous pr\u00e9parons \u00e0 lancer nos propres missiles balistiques.<\/p>\n\n\n\n Nous savons que la Russie poss\u00e8de un avantage en mati\u00e8re de capacit\u00e9s de missiles et qu\u2019elle peut facilement cibler nos infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques \u2014 y compris les transformateurs et le r\u00e9seau \u00e9lectrique. Pour r\u00e9sister et contrer cette menace, nous devons d\u00e9velopper des capacit\u00e9s similaires : il n\u2019y a pas d\u2019autre moyen de dissuader la Russie. Si elle nous per\u00e7oit comme faibles et incapables de prot\u00e9ger nos infrastructures critiques, elle escaladera rapidement. Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps avant qu\u2019elle n\u2019atteigne ses objectifs. Nous devons donc d\u00e9montrer notre volont\u00e9 et notre capacit\u00e9 \u00e0 nous prot\u00e9ger.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Les exportations de p\u00e9trole sont le moteur de la machine de guerre russe. Sans les revenus de ces exportations, la Russie ne serait pas en mesure de continuer \u00e0 recruter et \u00e0 produire des armes. Or, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019Ukraine n\u2019a touch\u00e9 \u00e0 aucune des exportations p\u00e9troli\u00e8res russes, bien qu\u2019elles soient \u00e0 port\u00e9e de main en mer Noire. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Sergii Marchenko<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Nous avons cibl\u00e9 leurs raffineries et en avons atteintes certaines avec succ\u00e8s cette ann\u00e9e. Quant aux attaques contre la flotte p\u00e9troli\u00e8re, elles pourraient constituer une autre cible, mais il existe un consensus mondial plus large selon lequel nous ne devrions pas perturber l\u2019\u00e9quilibre entre les pays qui se sont mis d\u2019accord sur les limites des prix du p\u00e9trole \u2014 en veillant \u00e0 ce que les prix ne tombent pas en dessous ou n\u2019augmentent pas au-del\u00e0 de certains niveaux. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un compromis que nous devons prendre en consid\u00e9ration.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Ce que vous dites, en substance, c\u2019est que la guerre est existentielle pour l\u2019Ukraine\u2026 mais seulement tant que les prix du p\u00e9trole restent stables ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Sergii Marchenko<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Permettez-moi de vous r\u00e9pondre avec une citation : \u00ab Certaines personnes voient l\u2019ours dans les bois. Pour certains, l\u2019ours est facile \u00e0 rep\u00e9rer ; pour d\u2019autres, il est invisible. Certains disent que l\u2019ours est apprivois\u00e9 ; d\u2019autres qu\u2019il est vicieux et dangereux. Puisque personne ne peut \u00eatre s\u00fbr d\u2019avoir raison, n\u2019est-il pas intelligent d\u2019\u00eatre aussi fort que l\u2019ours \u2014 s\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un ours ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n Elle est tir\u00e9e de la campagne pr\u00e9sidentielle de Ronald Reagan en 1984.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Malgr\u00e9 l\u2019instabilit\u00e9 politique grandissante sur le continent \u2014 notamment en France et en Europe \u2014 comment faire en sorte que la d\u00e9fense de l\u2019Union devienne un enjeu primordial ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Pierre Heilbronn<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Nous prenons de plus en plus conscience qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question cruciale mais il est vrai que la situation varie d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Le soutien \u00e0 l\u2019Ukraine est beaucoup plus important en France qu\u2019en Italie par exemple, ou dans d\u2019autres pays. Naturellement, le soutien est \u00e9galement plus fort dans les pays voisins de la Russie. Mais ce qu\u2019il faut maintenant, c\u2019est se doter des infrastructures n\u00e9cessaires et prendre au s\u00e9rieux les questions de d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n Je viens d\u2019un pays qui a une longue tradition d\u2019investissement dans la d\u00e9fense \u2014 m\u00eame s\u2019il a souvent fait cavalier seul. Pendant des d\u00e9cennies, nous avons \u00e9t\u00e9 l\u2019une des rares nations \u00e0 adh\u00e9rer aux lignes directrices de l\u2019OTAN en mati\u00e8re d\u2019investissement, m\u00eame si cela a quelque peu diminu\u00e9 depuis la fin de la guerre froide.<\/p>\n\n\n\n Les progr\u00e8s sont lents mais ce paysage est en train de changer. L\u2019un des principaux probl\u00e8mes est l\u2019absence d\u2019une planification coordonn\u00e9e qui int\u00e8gre les ressources financi\u00e8res et de d\u00e9fense. Chaque \u00c9tat membre a tendance \u00e0 fonctionner en vase clos et, bien que la Commission europ\u00e9enne et le Haut repr\u00e9sentant aient un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer, l\u2019approche n\u2019en est encore qu\u2019\u00e0 ses balbutiements. Il est essentiel de d\u00e9terminer comment identifier les lacunes dans les besoins de l\u2019Ukraine et comment les combler en se coordonnant avec d\u2019autres producteurs europ\u00e9ens et mondiaux.<\/p>\n\n\n\n Un \u00e9l\u00e9ment fondamental de cette planification est la compr\u00e9hension de la d\u00e9pendance de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019\u00e9gard des approvisionnements vitaux comme les munitions dans les mois \u00e0 venir. Si les \u00c9tats-Unis devaient cesser de fournir certains \u00e9quipements, cela aurait de graves cons\u00e9quences. L\u2019Europe doit pr\u00e9voir ces sc\u00e9narios.<\/p>\n\n\n\n Nous devons \u00e9galement nous assurer que les industries de d\u00e9fense en Europe sont conscientes des financements disponibles, car les pr\u00eats destin\u00e9s \u00e0 couvrir les d\u00e9ficits financiers de l\u2019Ukraine pour 2025 sont d\u00e9j\u00e0 en place. Le v\u00e9ritable d\u00e9fi n\u2019est pas seulement le financement ; c\u2019est la capacit\u00e9 de planifier, de programmer et d\u2019int\u00e9grer les efforts entre les \u00c9tats europ\u00e9ens et leurs industries.<\/p>\n\n\n\n Cela ne signifie pas que nous devrions compter uniquement sur les industries europ\u00e9ennes. Comme vous l\u2019avez mentionn\u00e9, des initiatives comme celle du Danemark et de la Norv\u00e8ge sont cruciales. Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse pas d\u2019une solution compl\u00e8te, elle montre que la combinaison de l\u2019acc\u00e8s au capital pour les industries de d\u00e9fense ukrainiennes et de la capacit\u00e9 de planification europ\u00e9enne peut nous permettre de r\u00e9pondre efficacement aux d\u00e9fis de production auxquels nous sommes confront\u00e9s. L\u2019\u00e9chelle, la rapidit\u00e9 et la coordination des efforts seront essentielles pour aller de l\u2019avant.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Je voudrais revenir sur un point que le ministre Marchenko a mentionn\u00e9 \u00e0 propos de l\u2019\u00e9volution de la nature de la guerre en Ukraine. Il a soulign\u00e9 que les chars d\u2019assaut \u00e9taient devenus largement obsol\u00e8tes. Ce que nous constatons aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a de fait que deux arm\u00e9es dans le monde \u2014 la Russie et l\u2019Ukraine \u2014 qui ont la capacit\u00e9, l\u2019aptitude et l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaires pour mener une guerre moderne. Les arm\u00e9es occidentales, y compris l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 un concurrent depuis la guerre de Cor\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Dans ces conditions, que pensez-vous que les arm\u00e9es occidentales aient appris du conflit en Ukraine ? Dans quelle mesure ont-elles encore besoin d\u2019apprendre et dans quelle mesure prennent-elles ces le\u00e7ons au s\u00e9rieux ?\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n Ian Garner<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Je peux parler de mon exp\u00e9rience au Canada, o\u00f9 je travaille en \u00e9troite collaboration avec le personnel militaire, y compris les enseignants du Coll\u00e8ge militaire royal et du Coll\u00e8ge des forces canadiennes \u00e0 Toronto. Dans l\u2019environnement militaire canadien, on comprend clairement qu\u2019il faut tirer les le\u00e7ons des conflits r\u00e9cents. Cependant, il n\u2019y a absolument aucun soutien politique pour fournir aux militaires les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la mise en \u0153uvre de ces le\u00e7ons. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019engagement du Canada dans l\u2019OTAN, ce manque de soutien est probablement un probl\u00e8me commun \u00e0 toute l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Le gouvernement Justin Trudeau s\u2019est fix\u00e9 pour objectif d\u2019atteindre les 2 % du PIB consacr\u00e9s aux d\u00e9penses de d\u00e9fense d\u2019ici le milieu des ann\u00e9es 2030. Malheureusement, Trudeau risque de perdre les prochaines \u00e9lections et son successeur, le dirigeant conservateur Pierre Poilievre, ne montre gu\u00e8re d\u2019int\u00e9r\u00eat pour une augmentation des d\u00e9penses de d\u00e9fense. Il n\u2019y a pas de volont\u00e9 politique nationale de reconna\u00eetre la situation actuelle comme une guerre, ce qui entrave la capacit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 se pr\u00e9parer et \u00e0 s\u2019adapter.<\/p>\n\n\n\n L\u2019arm\u00e9e canadienne s\u2019installe dans les pays baltes et y renforce ses partenariats, mais sans le budget et les ressources n\u00e9cessaires pour investir dans des domaines critiques tels que les drones ou pour s\u2019engager dans des tactiques de guerre modernes telles que la cyberguerre ou la guerre hybride, c\u2019est une t\u00e2che quasiment impossible. Les racines de ce probl\u00e8me sont l\u2019argent, la volont\u00e9 politique et le manque de soutien de l\u2019opinion publique. Sans un changement dans la perception du public \u2014 qui reconna\u00eet que nous ne sommes pas dans un monde d\u2019apr\u00e8s-guerre froide, mais dans un monde o\u00f9 la guerre et le chaos deviennent la norme \u2014 il y a peu de chances que les choses changent vraiment.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n Ce probl\u00e8me n\u2019est pas propre au Canada. De nombreux pays europ\u00e9ens, dont le Royaume-Uni, sont confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis similaires. Malgr\u00e9 toute la rh\u00e9torique sur la n\u00e9cessit\u00e9 de tenir t\u00eate \u00e0 la Russie, l\u2019arm\u00e9e britannique r\u00e9duit ses capacit\u00e9s globales en termes r\u00e9els. Comment pensez-vous que les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes peuvent \u00eatre convaincues ? Que faudrait-il faire pour\u00a0faire passer le message<\/em> ?\u00a0 Anna Colin Lebedev<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Permettez-moi de distiller un peu d\u2019optimisme : une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 la guerre peut s\u2019adapter et se pr\u00e9parer assez rapidement.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Ukraine nous en offre un exemple frappant.<\/p>\n\n\n\n Le ministre Marchenko a commenc\u00e9 par dire que le soir du 23 f\u00e9vrier 2022, il ne s\u2019attendait pas \u00e0 ce que le lendemain, il y ait une invasion \u00e0 grande \u00e9chelle. Pourtant, lorsque cela s\u2019est av\u00e9r\u00e9 n\u00e9cessaire, l\u2019Ukraine a \u00e9t\u00e9 en mesure de mobiliser ses ressources intellectuelles, institutionnelles et financi\u00e8res pour r\u00e9agir efficacement.<\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, esp\u00e9rons que nous ne serons jamais confront\u00e9s \u00e0 une invasion massive de nos propres territoires. Mais avant qu\u2019un tel sc\u00e9nario ne se produise, que pouvons-nous faire ? Je pense que nous devons encourager des d\u00e9bats significatifs, et pas seulement d\u00e9velopper des r\u00e9cits. Ces d\u00e9bats doivent s\u2019appuyer sur l\u2019exp\u00e9rience ukrainienne. Pourquoi ? Parce que l\u2019Ukraine pr\u00e9sente de nombreuses similitudes avec les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes : c\u2019est un pays urbanis\u00e9, tr\u00e8s instruit, dot\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9mocratique, de valeurs lib\u00e9rales et d\u2019une population qui accorde de l\u2019importance \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement personnel.<\/p>\n\n\n\n Lorsqu\u2019une telle soci\u00e9t\u00e9, si semblable \u00e0 la n\u00f4tre, est confront\u00e9e \u00e0 la guerre, nous pouvons apprendre beaucoup de la fa\u00e7on dont elle s\u2019adapte et des d\u00e9fis qu\u2019elle doit relever : on parle beaucoup, par exemple, de la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019arm\u00e9e ukrainienne de mobiliser des combattants. C\u2019est un excellent point de d\u00e9part pour discuter du r\u00f4le des civils dans la d\u00e9fense de leur soci\u00e9t\u00e9. L\u2019id\u00e9e du soldat citoyen pourrait ne pas correspondre \u00e0 l\u2019identit\u00e9 contemporaine des citoyens ukrainiens ou europ\u00e9ens, qui tiennent \u00e0 leur autonomie et ne se consid\u00e8rent pas comme des soldats de premi\u00e8re ligne, mais cela vaut la peine d\u2019explorer l\u2019\u00e9volution de la situation.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Ukraine s\u2019est adapt\u00e9e \u00e0 cette situation de mani\u00e8re cr\u00e9ative. Nous devons d\u00e9passer la focalisation \u00e9troite des m\u00e9dias qui r\u00e9duit souvent le conflit \u00e0 des mouvements de premi\u00e8re ligne qui ne trouvent pas d\u2019\u00e9cho aupr\u00e8s du grand public. Il est important de donner un sens r\u00e9el \u00e0 la conversation. Nous devons explorer ce que signifie pour chaque citoyen \u2014 en fonction de sa position sociale, de ses comp\u00e9tences et de son sens du devoir \u2014 de participer \u00e0 la d\u00e9fense de sa soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai r\u00e9cemment \u00e9crit un papier pour le Grand Continent sur cette question<\/a> et c\u2019est le bon moment pour ces conversations. Nous avons encore le temps de nous pr\u00e9parer \u2014 mais c\u2019est maintenant qu\u2019il faut entamer ces d\u00e9bats.<\/p>\n\n<\/div>\n\n\n L\u2019Europe reconna\u00eet de plus en plus \u2014 du moins dans les conversations que nous avons ici \u2014 que nous vivons davantage dans un avant-guerre que dans l\u2019apr\u00e8s-guerre que nous avons longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme acquis. Avec le recul et votre exp\u00e9rience, quels conseils donneriez-vous aux citoyens et aux d\u00e9cideurs europ\u00e9ens pour se pr\u00e9parer \u00e0 un avenir incertain et potentiellement instable ? Sergii Marchenko<\/p>\n \n <\/div>\n <\/div>\n \n\n Pour donner des conseils utiles, il faut d\u2019abord m\u00e9riter le privil\u00e8ge de le faire. Je ne pense pas que nous ayons encore gagn\u00e9 ce droit en Ukraine, m\u00eame avec les le\u00e7ons que nous avons apprises : nous sommes encore au milieu de notre lutte.<\/p>\n\n\n\n Il reste encore beaucoup \u00e0 faire pour renforcer nos capacit\u00e9s gouvernementales \u2014 il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 critique. Comme Anna Colin Lebedev l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 juste titre, nous avons commenc\u00e9 avec un \u00c9tat faible, d\u00e9pourvu de la force institutionnelle n\u00e9cessaire pour ex\u00e9cuter pleinement les fonctions essentielles de l\u2019\u00c9tat. Nous avons donc nous aussi encore beaucoup \u00e0 apprendre de l\u2019Europe en ce qui concerne la fortification de notre pays et le renforcement de nos institutions d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n Lorsqu\u2019on envisage un \u00e9change d\u2019exp\u00e9riences entre soci\u00e9t\u00e9s, la premi\u00e8re \u00e9tape est l\u2019acceptation mutuelle.<\/p>\n\n\n\n Nous devons reconna\u00eetre qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un simple r\u00e9cit confin\u00e9 aux m\u00e9dias, mais d\u2019une guerre tr\u00e8s r\u00e9elle, tr\u00e8s imm\u00e9diate. Cela dit, je ne sugg\u00e8re pas une sorte de \u00ab mentalit\u00e9 de camp \u00bb militaris\u00e9e, ni une campagne de pr\u00e9paration. Personnellement, en tant que ministre, je ne suis pas pr\u00e9par\u00e9 au combat : je ne me suis pas entra\u00een\u00e9 \u00e0 me battre ou \u00e0 tuer, et j\u2019esp\u00e8re sinc\u00e8rement ne jamais me retrouver dans une situation o\u00f9 je devrais le faire. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit humain naturel \u2014 la plupart des gens ne sont pas d\u00e9sireux de devenir des combattants. Seule une petite fraction de la soci\u00e9t\u00e9 est pr\u00eate \u00e0 se battre. Mais toujours est-il qu\u2019il faut s\u2019y pr\u00e9parer mentalement. Cela signifie \u00eatre pr\u00eat \u00e0 affronter la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre et r\u00e9examiner nos attitudes quotidiennes \u2014 envers nos voisins, envers d\u2019autres pays \u2014 et nous demander ce que nous pouvons faire collectivement pour r\u00e9pondre \u00e0 de tels conflits et les pr\u00e9venir. La solution ne r\u00e9side pas seulement dans la force physique, mais aussi dans la r\u00e9silience intellectuelle et \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe compte de nombreux esprits brillants qui pourraient nous aider \u00e0 trouver des r\u00e9ponses. C\u2019est la raison pour laquelle je suis ici : pour explorer des solutions non seulement pour gagner la guerre, mais aussi pour parvenir \u00e0 une paix durable. La r\u00e9silience commence dans les esprits, pas seulement sur le champ de bataille.<\/p>\n\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Avec Anna Colin Lebedev, Ian Garner, Pierre Heilbronn, Serhii Marchenko, mod\u00e9r\u00e9 par Yaroslav Trofimov.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categories":[],"playlist":[4170],"geo":[],"class_list":["post-254042","video","type-video","status-publish","hentry","playlist-sommet-grand-continent"],"acf":[],"yoast_head":"\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/strong><\/p>\n\n\n\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/strong><\/p>\n\n\n\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/div>\n
<\/strong><\/p>\n\n\n\n
<\/div>\n
<\/strong><\/p>\n\n\n\n
<\/div>\n