{"id":368309,"date":"2026-11-03T19:38:25","date_gmt":"2026-11-03T18:38:25","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=368309"},"modified":"2026-11-03T19:42:52","modified_gmt":"2026-11-03T18:42:52","slug":"washington-capitale-chantier-le-trumpisme-par-larchitecture","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/washington-capitale-chantier-le-trumpisme-par-larchitecture\/","title":{"rendered":"Washington, capitale-chantier : le trumpisme par l\u2019architecture"},"content":{"rendered":"\n
Observez cette perspective. Au pied du Capitole se dresse le monument \u00e0 Ulysses Grant, le g\u00e9n\u00e9ral qui a gagn\u00e9 la guerre de S\u00e9cession. De l\u00e0, l\u2019axe descend jusqu\u2019au Washington Monument, puis se prolonge, sur des terres gagn\u00e9es sur le fleuve, jusqu\u2019au Lincoln Memorial. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, on a voulu raconter dans le paysage, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, la victoire de l\u2019Union. Et le r\u00e9cit continue au-del\u00e0 du Potomac, jusqu\u2019au cimeti\u00e8re national d\u2019Arlington. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ici, sur le rond-point de Memorial Circle, que Trump veut construire son Arc de triomphe, haut d\u2019environ 75 m\u00e8tres, qui viendrait obstruer la vue sur le lieu o\u00f9 reposent ceux qui sont morts \u00e0 la guerre. C\u2019est le premier, et le plus intrusif, des projets de Trump dans ce secteur.<\/p>\n\n\n\n\n\n Il parle aussi d\u2019enjamber les voies rapides qui passent derri\u00e8re le Lincoln Memorial pour cr\u00e9er une terrasse, une promenade qui descendrait directement jusqu\u2019au fleuve. C\u2019est une id\u00e9e oubli\u00e9e du plan McMillan de 1902, celui qui a dessin\u00e9 le Mall tel que nous le connaissons. Il l\u2019a en quelque sorte exhum\u00e9e, et il veut la r\u00e9aliser. Ensuite, il ajouterait ce qu\u2019il appelle le Jardin national des h\u00e9ros am\u00e9ricains, quelque part par ici, dans West Potomac Park : environ 250 statues de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres, de vedettes et de h\u00e9ros. C\u2019est toujours \u00e0 l\u2019\u00e9tude, mais il en a encore parl\u00e9 ce 2 novembre devant la presse.<\/p>\n\n\n\n Et puis il y a le Reflecting Pool, qui relie le Washington Monument au Lincoln Memorial. C\u2019est probablement le projet qui a le plus attir\u00e9 l\u2019attention. Il est arriv\u00e9 en disant : je vais r\u00e9parer le bassin. Et peu apr\u00e8s la pose du nouveau rev\u00eatement, celui-ci s\u2019est mis \u00e0 peler. Cela a fait douter de la comp\u00e9tence qu\u2019il revendique toujours : il se dit volontiers b\u00e2tisseur, c\u2019est son m\u00e9tier, il sait faire. Et il a vraiment rat\u00e9 ce chantier. Et voil\u00e0 que, la veille m\u00eame de l\u2019\u00e9lection, il est venu se poster ici, \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 Ouest du bassin, pour prononcer un discours \u00e9trangement centr\u00e9 sur cet ouvrage, qui est pourtant l\u2019un de ceux qui lui causent le plus de d\u00e9boires.<\/p>\n\n\n\n Mais les transformations continuent. Le Mall, c\u2019est l\u2019axe du pouvoir l\u00e9gislatif ; et perpendiculairement, vous avez l\u2019axe de l\u2019ex\u00e9cutif, qui va du monument au p\u00e8re de la nation jusqu\u2019\u00e0 la Maison-Blanche. L\u00e0, il a ras\u00e9 ce tout petit b\u00e2timent, l\u2019aile Est, qui datait de plus d\u2019un si\u00e8cle et avait \u00e9t\u00e9 en grande partie reconstruite pendant la Seconde Guerre mondiale. Il veut y construire une salle de bal d\u2019environ 8 400 m\u00e8tres carr\u00e9s, qui \u00e9crasera la Maison-Blanche elle-m\u00eame. Elle est si grande qu\u2019il faut rogner l\u2019espace alentour pour la loger. Et cela va changer en profondeur l\u2019un des axes les plus importants de la ville, Pennsylvania Avenue, qui relie le Capitole \u00e0 la Maison-Blanche. La nouvelle salle de bal va briser compl\u00e8tement la perspective. <\/p>\n\n\n\n\n\n Encore plus discutable, il veut cl\u00f4turer Lafayette Square, le parc historique qui fait face \u00e0 la Maison-Blanche. Il a toujours \u00e9t\u00e9 public, et c\u2019est l\u2019un des grands espaces du Premier Amendement. C\u2019est l\u00e0 que les gens viennent quand l\u2019\u00e9quipe de football gagne, quand survient une catastrophe, quand on est en deuil, quand on fait la f\u00eate, quand on manifeste. Bien s\u00fbr, lorsque la s\u00e9curit\u00e9 l\u2019exige, il est parfaitement admissible de le fermer. Mais sinon, il doit rester ouvert. Le cl\u00f4turer, ce serait soustraire au public un espace de plus. En outre, il veut construire \u00e0 c\u00f4t\u00e9 un b\u00e2timent pour filtrer les visiteurs. C\u2019est une pierre de plus \u00e0 l\u2019\u00e9difice trumpien. <\/p>\n\n\n\n\n\n Et puis il y a le portique nord, juste devant. C\u2019est l\u00e0 que, le jour de l\u2019investiture, le pr\u00e9sident sortant accueille son successeur. Mais, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la petite maison, la salle de bal sera si \u00e9norme que ce portique risque de ne plus appara\u00eetre comme la v\u00e9ritable fa\u00e7ade de l\u2019ensemble. Ce qu\u2019on comprend en regardant la carte, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit de transformer tout cet ensemble de places et de jardins en une sorte de forteresse.<\/p>\n\n\n\n Ici, \u00e0 Washington, nous n\u2019avons pas d\u2019architecte en chef. Nous avons un architecte du Capitole, mais il rel\u00e8ve tr\u00e8s clairement du pouvoir l\u00e9gislatif. Pour la Maison-Blanche, la loi a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite de telle fa\u00e7on que le pr\u00e9sident dispose, en r\u00e9alit\u00e9, d\u2019un pouvoir \u00e0 peu pr\u00e8s total pour y faire ce qu\u2019il veut. D\u2019ordinaire, on ne peut rien construire sans un financement vot\u00e9 par le Congr\u00e8s. Mais en recourant \u00e0 des fonds priv\u00e9s, il a trouv\u00e9 une faille, et il l\u2019a exploit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est un peu technique, mais c\u2019est important. Ce b\u00e2timent-ci, qui fait pendant au Tr\u00e9sor de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Maison-Blanche, c\u2019est l\u2019Eisenhower Executive Office Building. Il a \u00e9t\u00e9 construit dans ce que nous appelons le style Second Empire fran\u00e7ais : toit \u00e0 la Mansart, granit, grandeur. Et Trump a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il voulait le peindre en blanc. Tout le monde sait que c\u2019est absurde. Une pierre peinte, il faut la repeindre sans cesse, et cela co\u00fbtera des sommes consid\u00e9rables. Mais derri\u00e8re, il y a l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er un ensemble uniforme, le campus de l\u2019ex\u00e9cutif unitaire. Et pour faire peindre ce b\u00e2timent en blanc, il a tent\u00e9 une man\u0153uvre profond\u00e9ment inqui\u00e9tante.<\/p>\n\n\n\n Ce b\u00e2timent rel\u00e8ve de la GSA, l\u2019administration des services g\u00e9n\u00e9raux, qui est en quelque sorte le grand propri\u00e9taire foncier de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral : elle g\u00e8re les palais de justice et tous les grands b\u00e2timents f\u00e9d\u00e9raux, comme ceux du Federal Triangle. Trump affirme que l\u2019\u00e9difice, puisqu\u2019il fait partie de la Maison-Blanche, ne rel\u00e8ve plus de la GSA, et qu\u2019il peut donc en faire ce qu\u2019il veut. Pour cela, il doit \u00e9tablir qu\u2019un projet normalement soumis aux lois de protection de l\u2019environnement et du patrimoine ne rel\u00e8ve plus de l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale, mais de l\u2019ex\u00e9cutif proprement dit. S\u2019il y parvient, il pourra d\u00e9clarer \u00ab projet ex\u00e9cutif \u00bb \u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi : un ol\u00e9oduc, des forages p\u00e9troliers, la vente de terres des parcs nationaux. Il lui suffira de dire que cela rel\u00e8ve de l\u2019autorit\u00e9 ex\u00e9cutive, et donc \u00e9chappe \u00e0 tout examen. Si cela passe, il n\u2019y aura vraiment plus de limite \u00e0 ce que l\u2019ex\u00e9cutif f\u00e9d\u00e9ral pourra faire en mati\u00e8re de construction.<\/p>\n\n\n\n Et puis il y a les m\u00e2ts. L\u00e0 encore, un moment \u00e9trange, survenu sans le moindre examen. Il y a six ans, j\u2019ai \u00e9crit un article sur un m\u00e2t isol\u00e9, au cimeti\u00e8re d\u2019Arlington, auquel on voulait ajouter un \u00e9clairage nocturne. Il avait fallu passer par toute la proc\u00e9dure d\u2019examen patrimonial simplement pour \u00e9clairer ce drapeau. Trump, lui, a plant\u00e9 ces deux m\u00e2ts gigantesques sans consulter personne. Un seul homme a d\u00e9cid\u00e9. Il s\u2019est appuy\u00e9 sur une lecture qui se r\u00e9v\u00e8le juridiquement plausible : si cela fait partie de la Maison-Blanche, c\u2019est vraiment \u00e0 lui d\u2019en faire ce qu\u2019il veut.<\/p>\n\n\n\n Pour trouver un pr\u00e9sident qui ait chang\u00e9 Washington \u00e0 ce point, il faut sans doute remonter aux ann\u00e9es 1930 et 1940, quand l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral conna\u00eet une croissance consid\u00e9rable. Il y a la D\u00e9pression : Roosevelt arrive et cr\u00e9e un syst\u00e8me de protection sociale bien plus vaste, un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral beaucoup plus important, quantit\u00e9 de nouveaux d\u00e9partements et agences ; puis vient la Seconde Guerre mondiale. Il faut construire pour loger tous ces services, essentiellement des immeubles de bureaux. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019on construit le Pentagone. Mais cela n\u2019a pas touch\u00e9 aux b\u00e2timents v\u00e9ritablement embl\u00e9matiques de Washington. Il s\u2019agissait simplement de b\u00e2tir l\u2019infrastructure, la capacit\u00e9 administrative.<\/p>\n\n\n\n Tous les sondages disent que ces projets sont impopulaires. C\u2019est pour cela qu\u2019il \u00e9tait si \u00e9trange de le voir, surtout la veille de l\u2019\u00e9lection, parler de chantiers qui ont plut\u00f4t nui \u00e0 sa r\u00e9putation. Ce sont des diversions, et des d\u00e9penses irresponsables au moment o\u00f9 la population ne parle que du co\u00fbt de la vie, parce que tout para\u00eet hors de prix.<\/p>\n\n\n\n Mon sentiment, si l\u2019on remonte au d\u00e9but, c\u2019est que tout commence avec la dorure du Bureau ovale. Pour la sensibilit\u00e9 am\u00e9ricaine, c\u2019est une chose tr\u00e8s \u00e9trange. Il existe une certaine dignit\u00e9, li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les responsables politiques sont, en principe, des serviteurs du peuple, et non des figures monarchiques. Or il a ajout\u00e9 toutes ces dorures. Dans une certaine mesure, il d\u00e9sacralise les lieux o\u00f9 s\u2019exerce le pouvoir pr\u00e9sidentiel, pour que, lorsqu\u2019il y fait des choses ostensiblement indignes de la fonction, il n\u2019y ait plus de dissonance. Le Bureau ovale ne ressemble plus \u00e0 celui de Kennedy, ni \u00e0 ceux de Carter, de Reagan ou d\u2019Obama. Plus rien, dans cet espace, ne rappelle ce qu\u2019\u00e9tait le d\u00e9corum pr\u00e9sidentiel : le contraste a disparu.<\/p>\n\n\n\n Au fond, il ne supporte pas de se trouver dans un espace qui ne soit pas le sien. Tout part de l\u00e0. Il pourrait aller ailleurs, les lieux ne manquent pas, mais il faut que ce soit son espace. Aucun pr\u00e9sident de m\u00e9moire r\u00e9cente n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi souvent absent de la Maison-Blanche. Il se rend dans ses propri\u00e9t\u00e9s, qu\u2019il a marqu\u00e9es de son nom et auxquelles il a donn\u00e9 l\u2019apparence de ce qui, selon lui, refl\u00e8te sa richesse et son pouvoir. Et il fait maintenant la m\u00eame chose avec la Maison-Blanche.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019y a pas de style, ni m\u00eame de go\u00fbt coh\u00e9rent. Ce qui compte chez lui, ce sont les superlatifs : il faut que ce soit le meilleur, le plus cher, il faut que ce soit lui. Il n\u2019aime pas l\u2019espace vide, ni rien de ce qui est serein ou silencieux. Son architecture ressemble \u00e0 sa rh\u00e9torique : il parle pour remplir l\u2019espace, pour remplir le temps, et il construit de la m\u00eame fa\u00e7on. Regardez les lieux qui sont les siens. La Trump Tower, o\u00f9 il a sa r\u00e9sidence, rel\u00e8ve d\u2019un modernisme assez fade, qui ressemble \u00e0 un h\u00f4tel d\u2019il y a trente ans. Mar-a-Lago est une sorte de fantasme m\u00e9diterran\u00e9en, tout autre chose. La salle de bal sera tout en or et en classicisme surcharg\u00e9, presque rococo. Il n\u2019y a pas de style. Ce qui compte, c\u2019est que ce soit \u00e0 lui, qu\u2019il l\u2019ait fait, que cela porte sa marque personnelle. Alors seulement, c\u2019est son espace.<\/p>\n\n\n\n Cela a commenc\u00e9 dans le ridicule, et c’est devenu un scandale. Quand il a dor\u00e9 le Bureau ovale, tout le monde s\u2019est dit : c\u2019est de la d\u00e9coration de pacotille, on l\u2019enl\u00e8vera, on remettra autre chose, et tout redeviendra comme avant ; il suffit d\u2019attendre. Mais ce n\u2019est pas une plaisanterie. C\u2019est s\u00e9rieux. Il exerce un pouvoir sans partage pour op\u00e9rer ces transformations et les gens prennent maintenant conscience de ce qu\u2019est vraiment cet arc, et que l\u2019on n\u2019a plus besoin de prendre de gants : il est pour Trump, c\u2019est un monument \u00e0 Trump. C\u2019est Trump qui s\u2019installe dans l\u2019espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ceux qui ont servi le pays, chose que lui n\u2019a jamais faite. Les gens comprennent qu\u2019on n\u2019a plus \u00e0 sp\u00e9culer sur la part d\u2019ego en jeu. Elle est d\u00e9sormais manifeste.<\/p>\n\n\n\n Et puis il y a le golf, qui sera bien s\u00fbr un golf Trump. Il veut refaire ce parcours public, ici, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019endroit o\u00f9 devrait s\u2019installer le jardin des h\u00e9ros. C\u2019est un tr\u00e8s vaste espace ouvert. C\u2019est le parcours le plus fr\u00e9quent\u00e9 de Washington, parce qu\u2019il est public et abordable. Pour les habitants de Washington, c\u2019est un parcours populaire, agr\u00e9able, bien entretenu.<\/p>\n\n\n\n L\u2019entretien, pour lui, c\u2019est important. Quand il s\u2019en prend \u00e0 Obama, c\u2019est le manque d\u2019entretien de la Maison-Blanche qu\u2019il invoque. Ce qu\u2019il voit, il faut l\u2019entretenir. Mais on pourrait dire qu\u2019il n\u2019entretient pas l\u2019Am\u00e9rique : ni l\u2019innovation, ni les amiti\u00e9s et les alliances. Il y a beaucoup de choses dont il ne prend pas soin. Il ne voit pas l\u2019attention personnelle port\u00e9e \u00e0 l\u2019art de gouverner comme une forme d\u2019entretien. Mais son espace physique, lui, il le remarque ; cela lui donne le sentiment d\u2019avoir prise sur les choses, et c\u2019est important pour lui.<\/p>\n\n\n\n\n\n En refaisant ce golf, il ne voit pas que les Am\u00e9ricains ne vivent pas dans le m\u00eame monde que lui. Il imagine que tout le monde joue au golf, et que tout le monde veut donc jouer sur le meilleur parcours possible. Pour lui, le golf rel\u00e8ve de la d\u00e9monstration ; ce n\u2019est ni un sport ni une fa\u00e7on de partager quelque chose avec les autres, cette petite aventure publique et quotidienne qu\u2019il repr\u00e9sente pour beaucoup. Il veut en faire un parcours de niveau professionnel, qui sera sans doute plus cher, et on ne sait pas si les gens ordinaires pourront encore y jouer. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il ne con\u00e7oit pas que le public existe. Et c\u2019est ce qui explique qu\u2019en ce moment, \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection, alors que les sondages le disent extr\u00eamement impopulaire, il ne peut pas se repr\u00e9senter cette impopularit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Il est possible que les choses tournent bien, en un sens. Il faut parler des data centers. D\u00e8s le premier jour de son second mandat, Trump a sign\u00e9 un texte destin\u00e9 \u00e0 rendre sa beaut\u00e9 \u00e0 l\u2019architecture f\u00e9d\u00e9rale : les nouveaux b\u00e2timents publics sont invit\u00e9s \u00e0 renouer avec un style traditionnel, n\u00e9oclassique. Le lendemain, il recevait \u00e0 la Maison-Blanche les grands patrons de l\u2019intelligence artificielle. Lui qui dit s\u2019y conna\u00eetre en construction, lui l\u2019homme de l\u2019immobilier, c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9sormais le data center comme le grand et beau b\u00e2timent par excellence, alors que c\u2019est le plus laid qui soit. Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019Angleterre de la fin du XVIIIe si\u00e8cle, o\u00f9 l\u2019on voit soudain les usines envahir les campagnes, la ruine et l\u2019industrialisation de la vie rurale, au moment m\u00eame o\u00f9 Londres aligne ses \u00e9l\u00e9gantes terrasses. Les Am\u00e9ricains commencent \u00e0 voir que la richesse et les r\u00e9seaux de pouvoir qui ont produit ces projets \u00e0 Washington ne s\u2019expriment pas, dans le reste du pays, par de la beaut\u00e9. Ce qu\u2019ils voient arriver, ce sont ces \u00e9normes b\u00e2timents gris qui s\u2019installent dans leur voisinage, consomment de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, font grimper le prix de l\u2019\u00e9nergie, d\u00e9vorent les terres agricoles et les terrains publics. Pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre, ce lien entre pouvoir, technologie et architecture met les gens en col\u00e8re et les pousse \u00e0 se mobiliser. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Pour son dernier discours avant les midterms, Donald Trump a parl\u00e9 plomberie au bord du Reflecting Pool. 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\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nAutour de la Maison-Blanche, la forteresse<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n Un pouvoir sans contrepoids<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Un pr\u00e9c\u00e9dent, les ann\u00e9es Roosevelt<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
D\u00e9sacraliser le Bureau ovale<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Du ridicule au scandale<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le golf et le public<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Les data centers, nouveaux temples du pouvoir<\/strong><\/h3>\n\n\n\n