{"id":364722,"date":"2026-10-18T07:12:01","date_gmt":"2026-10-18T05:12:01","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=364722"},"modified":"2026-10-18T07:31:29","modified_gmt":"2026-10-18T05:31:29","slug":"les-mysteres-que-voit-riad-sattouf","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf"},"content":{"rendered":"\n


Au cours de ses entretiens avec Numa Sadoul, qui viennent d\u2019\u00eatre publi\u00e9s, Riad Sattouf confie adorer les Schtroumpfs. L\u2019\u0153uvre de Peyo est rarement cit\u00e9e en des termes si laudatifs, rarement autant prise au s\u00e9rieux. Riad Sattouf appr\u00e9cie la charge n\u00e9vrotique et la petite folie que d\u00e9gagent les histoires des Schtroumpfs. Prenons Le Schtroumpfissime<\/em>, album dans lequel le Grand Schtroumpf doit s\u2019absenter quelque temps du village. Pour le remplacer, l\u2019un des Schtroumpfs est \u00e9lu chef, provisoirement. Il d\u00e9rive, il d\u00e9visse, et devient vite un tyran entour\u00e9 de courtisans terroris\u00e9s, eux-m\u00eames odieux avec leurs subalternes. C\u2019est est une \u00e9tude lumineuse de l\u2019exercice du pouvoir et des n\u00e9vroses qu\u2019il convoque : soumission, docilit\u00e9 grima\u00e7ante. Les six volumes de L\u2019Arabe du futur<\/em> publi\u00e9s entre 2014 et 2022 (Allary), sous-titr\u00e9s Une jeunesse au Moyen-Orient<\/em>, se lisent eux aussi par moments comme une \u0153uvre politique, un document sur le Moyen-Orient, sur la Libye et la Syrie des ann\u00e9es 1980 en particulier. <\/p>\n\n\n\n

Riad Sattouf est n\u00e9 en 1978. Enfant, il a pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es en Libye et Syrie (\u00e0 Ter Maaleh). Son p\u00e8re, libyen, \u00e9tait un universitaire panarabiste ; sa m\u00e8re est bretonne. Ils sont rentr\u00e9s en France et en 1992, le p\u00e8re est reparti en Syrie en vidant les comptes en banque et en enlevant le plus jeune des trois enfants, Fadi, qu\u2019il a gard\u00e9 avec lui en Syrie en faisant du chantage \u00e0 la m\u00e8re : pour revoir son fils, il fallait qu\u2019elle vienne vivre en Syrie. La m\u00e8re a longtemps essay\u00e9 en vain de le retrouver et de le r\u00e9cup\u00e9rer. Ces ann\u00e9es furent tr\u00e8s difficiles pour tous les enfants. Moi, Fadi, le fr\u00e8re vol\u00e9<\/em> (2024, Les Livres du Futur) est le premier album d\u2019une s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 cette trag\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n

Avoir du nez<\/h3>\n\n\n\n

Riad Sattouf arrive \u00e0 11 heures \u00e0 notre rendez-vous dans un caf\u00e9 situ\u00e9 pr\u00e8s de la Maison de la Radio. Le dessinateur est attendu sur France Culture<\/em> \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner. Sattouf est tr\u00e8s observateur, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des signes de la com\u00e9die de la vie. Il est rigolard, comme s\u2019il avait un temps d\u2019avance sur nous. Son intelligence analytique est constitutive de son g\u00e9nie artistique ; elle nourrit son humour. Il est tr\u00e8s sensible aux odeurs et facilement g\u00ean\u00e9 par certaines d\u2019entre elles : \u00ab Je trouve qu\u2019il y a des gens qui sentent tr\u00e8s mauvais et qui semblent l\u2019ignorer compl\u00e8tement. Ou alors ils s\u2019en fichent, je ne sais pas. Quand j\u2019\u00e9tais jeune, je me souviens par exemple de certains auteurs et autrices de bandes dessin\u00e9es qui ne mettaient jamais de d\u00e9odorant. Dans les festivals, par exemple. Quand ils d\u00e9dica\u00e7aient, il y avait des foules compactes autour d\u2019eux, des gens qui se pressaient pour avoir un dessin, et personne ne semblait remarquer l\u2019odeur f\u00e9tide. Moi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d’eux, j\u2019\u00e9tais \u00e0 deux doigts de m\u2019\u00e9vanouir. Je ne comprenais pas comment les gens pouvaient rester l\u00e0, dans cette atmosph\u00e8re, en disant : \u2018Oh, c\u2019est beau ce que vous faites !\u2019 Je suis tr\u00e8s sensible aux mauvaises odeurs. \u00bb Il marque une pause, avant d\u2019ajouter tr\u00e8s s\u00e9rieusement comme s\u2019il voulait tester d\u2019embl\u00e9e notre sens de l\u2019humour : \u00ab J\u2019en ai senti une tout \u00e0 l\u2019heure, juste devant le caf\u00e9, qui \u00e9manait d’une poubelle, une odeur tr\u00e8s sp\u00e9ciale. Peut-\u00eatre y avait-il des restes humains \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ? On devrait pr\u00e9venir la police ? \u00bb On lui r\u00e9pond imm\u00e9diatement que c\u2019est possible, il est rieur et pour surench\u00e9rir, il se l\u00e8ve de sa chaise pour nous sentir : \u00ab En tout cas, vous vous n\u2019avez pas de souci \u00e0 vous faire : vous sentez tr\u00e8s bon. \u00bb <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La r\u00e9ussite de ces entretiens avec Numa Sadoul tient \u00e0 leur fluidit\u00e9. Ils ont le naturel d\u2019une conversation entre deux amis r\u00e9gl\u00e9s sur la m\u00eame longueur d\u2019ondes : \u00ab Numa Sadoul a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 faire un grand livre d\u2019entretiens avec Herg\u00e9. Et dans ce livre, Herg\u00e9 se livre beaucoup plus qu\u2019il ne le fait, consciemment en tout cas, dans ses albums. Mais ce sont surtout les entretiens de Numa avec M\u0153bius qui m\u2019avaient \u00e9norm\u00e9ment marqu\u00e9. J\u2019admirais profond\u00e9ment M\u0153bius \u00e0 l’adolescence. Je voulais \u00eatre lui, en fait. C’\u00e9tait un g\u00e9nie absolu du dessin. Il avait des visions, une fa\u00e7on d\u2019utiliser les couleurs, les perspectives, de repr\u00e9senter des mondes imaginaires, qui \u00e9tait stup\u00e9fiante et hypnotisante. Quand j\u2019\u00e9tais adolescent, on n\u2019avait d\u2019informations sur rien, Internet n’existait pas. On ne savait pas comment vivaient les auteurs de bandes dessin\u00e9es. Je n\u2019avais aucune id\u00e9e de leur quotidien, de ce qui se passait dans leur t\u00eate, de la fa\u00e7on dont ils construisaient une bande dessin\u00e9e de A \u00e0 Z. J’ai trouv\u00e9 toutes les infos dans les livres de Numa Sadoul. Aujourd\u2019hui, sur Instagram, il y a dix mille auteurs qui se filment en train de dessiner, qui parlent de leur vie. Ils montrent leurs techniques, leurs dessins, leurs lectures, leurs voyages, leurs difficult\u00e9s. On peut tout voir, tout savoir. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Cela n\u2019int\u00e9resse pas Sattouf ; il faut du myst\u00e8re. \u00ab \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les livres de Numa Sadoul \u00e9taient pratiquement les seuls documents qui permettaient d\u2019entrer dans la t\u00eate de ces auteurs. Dans celui avec M\u0153bius, ils parlent de tout. De leurs lectures, de cin\u00e9ma, de drogue, de leurs exp\u00e9riences personnelles. Et moi, assez b\u00eatement, je me suis mis \u00e0 vouloir reproduire tout ce dont ils parlaient. J\u2019ai lu les m\u00eames livres, regard\u00e9 les m\u00eames films. J\u2019ai m\u00eame essay\u00e9 de prendre de la drogue, mais \u00e7a n\u2019a pas tr\u00e8s bien march\u00e9 heureusement. L\u2019\u0153uvre de M\u0153bius poss\u00e8de une dimension onirique et surr\u00e9aliste extr\u00eamement puissante. Et je trouvais \u00e7a tr\u00e8s \u00e9mouvant de l’\u00e9couter raconter son syst\u00e8me, de pouvoir d\u00e9couvrir ce qui se passait dans sa salle des machines. De comprendre comment tout \u00e7a se fabriquait. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Numa Sadoul a connu aussi Franquin et il \u00e9tait un grand ami de Georges Brassens. Il raconte \u00e0 Riad Sattouf une journ\u00e9e qu\u2019il passe chez Brassens en slip, parce que son pantalon a \u00e9t\u00e9 \u00e9clabouss\u00e9 par de l\u2019huile : \u00ab Parler avec Numa Sadoul, c\u2019est un peu comme avoir acc\u00e8s \u00e0 un voyageur temporel. Il a connu une \u00e9poque qui me para\u00eet aujourd\u2019hui incroyablement lointaine, une \u00e9poque que j\u2019ai \u00e0 peine entreaper\u00e7ue \u00e0 travers mes grands-parents. Il a rencontr\u00e9 des gens qui appartiennent \u00e0 la mythologie fran\u00e7aise. Et moi, j\u2019ai envie de savoir comment ils \u00e9taient r\u00e9ellement. Par exemple, est-ce que Brassens disait du mal des autres ? Est-ce qu\u2019il \u00e9tait jaloux ? Est-ce qu\u2019il \u00e9tait mesquin, parfois ? Que sentait-il ? Ce sont des choses qui m\u2019int\u00e9ressent \u00e9norm\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Dans la salle des machines<\/h3>\n\n\n\n

Si l\u2019on demande \u00e0 Riad Sattouf de pr\u00e9senter sa propre salle des machines, la fa\u00e7on dont lui viennent les dessins, le texte, l\u2019organisation d\u2019une planche, il r\u00e9pond en s\u2019appuyant sur ce qu\u2019il voit derri\u00e8re notre dos, \u00e0 travers la vitre du caf\u00e9 : \u00ab Si je veux dessiner quelque chose qui se passe dans le monde r\u00e9el, par exemple ces deux personnes qui marchent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, l\u00e0, je vais forc\u00e9ment transformer un peu ce que je vois. Je vais augmenter la taille du ventre du monsieur, par exemple. Ou accentuer sa fa\u00e7on de marcher. Il faut que \u00e7a devienne un peu int\u00e9ressant \u00e0 regarder. Que ce soit une sc\u00e8ne r\u00e9elle ou une histoire qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, j\u2019ai besoin qu\u2019il y ait quelque chose de dr\u00f4le qui se passe. Il faut qu\u2019il se passe un petit truc marrant. C\u2019est ce que j\u2019adore chez Herg\u00e9. Dans ses dessins, l\u2019humour est partout. Dans les personnages, dans les attitudes, dans les d\u00e9tails les plus insignifiants, dans les d\u00e9cors quasi vides. Il y a une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9merveillement enfantin \u00e0 dessiner un bonhomme qui marche avec une canne. Rien que \u00e7a, \u00e7a peut \u00eatre dr\u00f4le. Pour moi, un dessin doit \u00eatre agr\u00e9able \u00e0 regarder, ou alors il faut qu\u2019on puisse y lire une petite histoire. M\u00eame dans un d\u00e9tail minuscule. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Lorsqu\u2019il cr\u00e9e un personnage, il entend sa voix dans sa t\u00eate : \u00ab J\u2019ai une assez bonne m\u00e9moire auditive. Quand quelqu\u2019un m\u2019a marqu\u00e9, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, je peux assez facilement retrouver sa fa\u00e7on de parler, ses expressions, son rythme, son accent. \u00c7a m\u2019aide beaucoup pour \u00e9crire des dialogues. J\u2019adore les imitateurs, par exemple, Laurent Gerra me fascinait ado. Je sais que tout le monde n\u2019aime pas forc\u00e9ment les imitations. Et j\u2019adore les accents. Je pourrais \u00e9couter quelqu\u2019un parler pendant des heures simplement parce que j\u2019aime sa fa\u00e7on de prononcer certains mots. \u00bb Illustration, si l\u2019on ose dire, imm\u00e9diate : voici que Sattouf se lance dans une grande imitation d\u2019Herg\u00e9. D\u2019autres suivront.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Son talent est, entre autres, de r\u00e9v\u00e9ler ce qui est derri\u00e8re ou sous les choses : les infimes mouvements d\u2019humeur, les craintes, les l\u00e9g\u00e8res vexations. Dans L\u2019Arabe du futur<\/em>, il se rend chez une psychanalyste, et les s\u00e9ances avec cette femme l\u2019aident : \u00ab D\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai compris de la psychanalyse, et d\u2019apr\u00e8s la modeste exp\u00e9rience que j\u2019en ai eue, le monde est compris par l’esprit humain comme un ensemble de signes et de mises en sc\u00e8ne, de symboles. Tout peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une mise en sc\u00e8ne, un peu comme au cin\u00e9ma ou dans une bande dessin\u00e9e. Il y a du sens partout. Dans les gestes, dans les postures, dans la fa\u00e7on dont les gens se pr\u00e9sentent aux autres. Et c\u2019est vrai que j\u2019ai tendance \u00e0 chercher \u00e0 d\u00e9crypter un sens dans tout ce que j\u2019observe. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment marqu\u00e9 par les cours de mise en sc\u00e8ne que j\u2019avais suivis \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Gobelins. Je venais d\u2019un milieu qui n\u2019\u00e9tait pas cultiv\u00e9 du tout. Chez moi, personne ne lisait de livres. On ne se posait pas de questions sur la fabrication des images. On ne se demandait pas pourquoi certains films ou certaines bandes dessin\u00e9es \u00e9taient beaucoup plus puissants que d\u2019autres. Par exemple, pourquoi les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es d\u2019AB Productions me semblaient-elles si mauvaises, si plates, alors que Blade Runner me paraissait absolument extraordinaire ? Je ne comprenais pas pourquoi. Et aux Gobelins, gr\u00e2ce \u00e0 un professeur extraordinaire, j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019il y avait derri\u00e8re chaque image une quantit\u00e9 incroyable de techniques, pour insuffler une sorte d’inconscient au film, bas\u00e9s sur des choix de mise en sc\u00e8ne. Le cadrage, la focale, la disposition des personnages, les d\u00e9cors, la lumi\u00e8re\u2026 Tous ces choix produisent des effets sur le spectateur, sans qu\u2019il en ait n\u00e9cessairement conscience. Mais cela renforce le propos. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Ce professeur extraordinaire s\u2019appelle Alain Monclin. Sattouf d\u00e9cide de se lancer dans une nouvelle imitation qui oscille entre Jean-Michel Apathie et Didier Deschamps : \u00ab Dans Blade Runner<\/em>, par exemple, au d\u00e9but du film, l’assistante de Tyrell est un robot qui arrive en marchant de loin. Elle est film\u00e9e avec une courte focale, ce qui fait qu’elle marche, mais en r\u00e9alit\u00e9, elle n\u2019avance pas : elle ne grossit pas, elle semble faire du surplace. \u00bb Sattouf reprend sa voix normale. \u00ab Quand on regarde, on ne s’en rend pas forc\u00e9ment compte, on se dit elle qu\u2019elle est en train d’arriver. Mais en m\u00eame temps, on ressent un truc \u00e9trange. \u00bb Il reprend la voix du professeur : \u00ab C’est typiquement fait pour que le spectateur comprenne, mais inconsciemment. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Riad Sattouf ajoute qu\u2019il en va de m\u00eame en peinture, en bande dessin\u00e9e ; dans tous les arts visuels. \u00ab On peut, en tant qu\u2019artiste, orienter la lecture inconsciente que quelqu\u2019un va faire de notre \u0153uvre. Quand j\u2019ai compris \u00e7a, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation. J\u2019avais l\u2019impression de d\u00e9couvrir une sorte de super-pouvoir. Et c\u2019est un super-pouvoir qu\u2019on peut d\u00e9cider de d\u00e9velopper, de pousser tr\u00e8s loin, ou au contraire de ne pas utiliser du tout. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Regarder le ciel <\/h3>\n\n\n\n

Sa pratique artistique cependant n\u2019est pas th\u00e9rapeutique et ne soigne pas ses blessures : \u00ab C\u2019est vrai qu\u2019il y a dans le dessin une forme d\u2019\u00e9merveillement, une esp\u00e8ce d\u2019hypnose apaisante un peu enfantine. Je le ressens encore aujourd\u2019hui quand je regarde les originaux d\u2019un dessinateur que j\u2019admire. Un tr\u00e8s beau dessin original, pour moi, c\u2019est presque une apparition surnaturelle. Il y a quelque chose de miraculeux dans le fait qu\u2019un \u00eatre humain ait pu produire \u00e7a avec sa main. Dessiner peut provoquer chez moi une \u00e9motion extr\u00eamement positive, que je ressens assez rarement ailleurs dans la vie quotidienne. \u00bb Et \u00e9crire ? \u00ab \u00c9crire une histoire, en revanche, c\u2019est tr\u00e8s p\u00e9nible. Et \u00e7a devient m\u00eame de plus en plus difficile, parce que j\u2019ai de plus en plus de lecteurs et de lectrices. Je n\u2019ai pas envie de les d\u00e9cevoir. Je suis aussi en comp\u00e9tition permanente avec moi-m\u00eame. J\u2019ai envie que chaque nouveau livre soit meilleur que le pr\u00e9c\u00e9dent. Donc ce n\u2019est pas forc\u00e9ment une activit\u00e9 qui apaise. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

En 2025, il a illustr\u00e9 Terre des hommes<\/em> d\u2019Antoine Saint-Exup\u00e9ry (Gallimard). D\u00e9but novembre 2026 sortira Vol de nuit<\/em>, illustr\u00e9 par lui, toujours pour les \u00e9ditions Gallimard : \u00ab J\u2019adore l\u2019aviation, les aviateurs, depuis que je suis enfant. J\u2019ai rencontr\u00e9 des \u00e9crivains tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres avec lesquels j\u2019aurais pu travailler, dont j\u2019aurais pu illustrer les textes. Mais quand j\u2019\u00e9tais ado, j\u2019ai tellement aim\u00e9 Saint-Exup\u00e9ry que j\u2019avais envie de r\u00e9aliser ce r\u00eave-l\u00e0 en particulier et de faire des dessins pour lui. Enfant, je r\u00eavais de voler avec la Patrouille de France. J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9 par les figures qu\u2019ils dessinaient dans le ciel. Je trouvais \u00e7a incroyablement puissant et apaisant. Il y avait quelque chose de presque surnaturel dans ces avions qui \u00e9voluaient ensemble, dans ces signes qu\u2019ils tra\u00e7aient au-dessus de nos t\u00eates. Le livre Un mythe moderne<\/em> de Carl Jung, analyse tr\u00e8s bien la stup\u00e9faction et les inspirations que peuvent faire na\u00eetre dans l’esprit humain les signes dans le ciel. \u00bb Lorsque Riad Sattouf a un r\u00eave (et il en a beaucoup), il cherche \u00e0 l\u2019accomplir. Voici comment il s\u2019y prend : \u00ab Quand Terre des hommes<\/em> est sorti avec mes illustrations, j\u2019ai envoy\u00e9 un exemplaire aux membres de la Patrouille de France. Je me disais que tous les pilotes devaient forc\u00e9ment admirer Saint-Exup\u00e9ry. Et je ne m\u2019\u00e9tais pas tromp\u00e9. Ils \u00e9taient tr\u00e8s contents de recevoir le livre. Ils m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 venir les voir, et de fil en aiguille, j\u2019ai fini par participer \u00e0 un vol du 14 Juillet. Pour moi, cet \u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 quelque chose de surnaturel. Comme si la r\u00e9alit\u00e9 m’envoyait des signes. C\u2019est un peu la m\u00eame chose avec Numa Sadoul. J\u2019admirais ses livres depuis mon adolescence, et des d\u00e9cennies plus tard, je me retrouve \u00e0 faire un livre d\u2019entretiens avec lui. Quelle \u00e9tranget\u00e9 ! Il y a quelque chose d\u2019assez myst\u00e9rieux dans la fa\u00e7on dont certains r\u00eaves d\u2019enfant finissent par se r\u00e9aliser. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

L\u2019IA ne sait pas dessiner comme Riad Sattouf <\/h3>\n\n\n\n

Riad Sattouf aime regarder le ciel, mais il n\u2019en oublie pas pour autant le pr\u00e9sent, au contraire. Il regarde autour et devant lui. Il n\u2019est pas inquiet. \u00ab Je suis plut\u00f4t optimiste de temp\u00e9rament. Le futur ne m\u2019inqui\u00e8te pas particuli\u00e8rement, je le vois m\u00eame assez positivement. Avec l\u2019intelligence artificielle, j\u2019ai l\u2019impression que le pire qui pourrait nous arriver, ce serait qu\u2019elle d\u00e9cide de couper l’\u00e9lectricit\u00e9. C’est ce que je ferais pour me d\u00e9barrasser de l’humanit\u00e9 si j’\u00e9tais une IA ! Ou de se la r\u00e9server \u00e0 elle-m\u00eame. Qu\u2019elle nous dise : \u2018Bon, maintenant, l’\u00e9lectricit\u00e9, Internet, c\u2019est pour nous. Vous, vous n\u2019y avez plus acc\u00e8s. Retournez dans la nature un peu.\u2019 \u00bb <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Craint-il les progr\u00e8s de l\u2019IA, notamment pour son travail ? \u00ab Pour le moment, je n\u2019ai pas vraiment l\u2019impression que l\u2019intelligence artificielle pourrait m\u2019aider \u00e0 faire mes bandes dessin\u00e9es, et encore moins me remplacer. Je n\u2019ai jamais vu une intelligence artificielle capable de dessiner comme moi. J\u2019ai fait l\u2019exp\u00e9rience, d\u2019ailleurs. J\u2019ai donn\u00e9 un de mes dessins \u00e0 une IA et je lui ai demand\u00e9 de dessiner dans mon style. \u00bb R\u00e9sultat : \u00ab Elle m\u2019a r\u00e9pondu, de fa\u00e7on tr\u00e8s convenue, qu\u2019elle ne pouvait pas le faire pour des raisons de droits d\u2019auteur. Je lui ai expliqu\u00e9 que c\u2019\u00e9tait moi, l\u2019auteur, et que je lui donnais l\u2019autorisation. J\u2019ai insist\u00e9. Elle a fini par produire quelque chose, mais ce n\u2019\u00e9tait pas du tout satisfaisant. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

L\u2019usage qu\u2019il fait de l\u2019IA est alors totalement diff\u00e9rent, personnel plut\u00f4t que professionnel. Pour Sattouf, la machine est moins Herg\u00e9 que Socrate. \u00ab En revanche, j\u2019utilise assez souvent l\u2019IA comme une sorte de super-papa. Je dis \u00e7a parce que mes enfants me posent des questions sur absolument tous les sujets. Ils sautent du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne en permanence. Ils veulent savoir comment fonctionne une \u00e9toile, pourquoi tel animal fait telle chose, comment on fabriquait les \u00e9p\u00e9es au Moyen \u00c2ge\u2026 Et moi, j\u2019ai exactement le m\u00eame rapport avec l\u2019intelligence artificielle. Je lui pose toutes les questions encyclop\u00e9diques qui me passent par la t\u00eate \u00e0 longueur de journ\u00e9e… \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Un coup d\u2019avance <\/h3>\n\n\n\n

Sociologue, Riad Sattouf est \u00e9galement \u00e0 sa fa\u00e7on un analyste politique. Ce qu\u2019il a \u00e9crit sur l’antis\u00e9mitisme au Moyen-Orient a sans doute incit\u00e9 des gens \u00e0 venir lui demander de s\u2019engager politiquement : \u00ab Oui, il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9 par des hommes ou des femmes politiques, mais pas tellement, en m\u00eame temps. Ce qui est la preuve qu’ils ne sont pas si brillants que \u00e7a, moi j’adorerais m’avoir comme conseiller. \u00bb Il nous regarde en riant. Il est soucieux des r\u00e9actions de son public, en direct. \u00ab Mais en vrai je n\u2019ai pas envie de faire \u00e7a. J\u2019ai des opinions politiques, \u00e9videmment, comme tout le monde, mais j’essaie de les garder pour moi. Je suis assez mal \u00e0 l\u2019aise avec les livres tr\u00e8s id\u00e9ologiques, les \u0153uvres dont les auteurs cherchent avant tout \u00e0 d\u00e9fendre une cause. Je n\u2019ai pas envie de d\u00e9fendre une id\u00e9ologie dans mes bandes dessin\u00e9es. J\u2019ai envie de raconter des histoires qui montrent la vie sous le plus de facettes possibles. \u00bb Et puis les hommes et les femmes politiques qu’il a rencontr\u00e9s lui ont sembl\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9rang\u00e9s. \u00ab Ils m\u2019ont fait un peu peur, \u00e0 chaque fois, quels que soient leurs bords. Je pense qu\u2019il faut \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement givr\u00e9 pour vouloir faire ce m\u00e9tier. C\u2019est tr\u00e8s myst\u00e9rieux, comme vocation. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

On l\u2019aura compris, les politiques ne sont pas trop sa tasse de th\u00e9. Ce qu\u2019il aime vraiment ? \u00ab Raconter ce que j\u2019ai vu, essayer d’en faire un r\u00e9cit avec du sens. Par exemple, quand je faisais la vie secrete des jeunes, ou Pascal Brutal, on me disait parfois \u00e0 l’\u00e9poque que j’\u00e9xag\u00e9rais, que je voyais tout en noir… Alors que c’est devenu notre r\u00e9alit\u00e9 aujourd’hui ! C’est tr\u00e8s amusant de mon point de vue, \u00e0 observer. Par exemple, quand j\u2019\u00e9tais enfant, je pensais que tout le monde savait qu\u2019en Syrie, dans mon village en particulier, il existait une haine extr\u00eamement profonde des Juifs et d\u2019Isra\u00ebl. Pour moi, c\u2019\u00e9tait une \u00e9vidence. J’ai grandi au milieu de \u00e7a. Et quand je vois aujourd\u2019hui le retour de la haine des Juifs, mondiale, sur les r\u00e9seaux c’est effrayant ce qu’on peut lire, j\u2019ai l\u2019impression de retrouver des choses que j\u2019ai connues enfant, qui nous rattrapent. C\u2019est stup\u00e9fiant et terrifiant \u00e0 observer. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Sattouf est visionnaire. Prenons La Vie secr\u00e8te des jeunes<\/em> ou Pascal Brutal<\/em>, h\u00e9ros masculiniste qu\u2019il a invent\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, avant que les masculinistes ne soient si nombreux, si pr\u00e9sents, si nocifs. \u00ab La fa\u00e7on dont on lutte contre le patriarcat ou le masculinisme est un autre sujet qui m\u2019int\u00e9resse. Dans les pays occidentaux, il existe une lutte tr\u00e8s importante contre le patriarcat. Mais j\u2019ai parfois l\u2019impression que cette lutte refuse de regarder certains endroits o\u00f9 il s\u2019exerce pourtant de fa\u00e7on extr\u00eamement violente. \u00c7a me fait penser \u00e0 quelque chose que j\u2019avais lu sur le virus Ebola. J\u2019avais d\u00e9couvert que certaines personnes qui survivent \u00e0 Ebola peuvent conserver le virus dans certaines parties de leur corps, m\u00eame apr\u00e8s leur gu\u00e9rison. Le syst\u00e8me immunitaire a r\u00e9ussi \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019infection, mais le virus peut persister dans des zones o\u00f9 il est moins accessible aux d\u00e9fenses immunitaires. Dans les yeux, par exemple. Il reste l\u00e0, cach\u00e9, et dans certaines circonstances, il peut r\u00e9appara\u00eetre. \u00bb Le paradoxe est \u00e9loquent, difficile de trouver meilleure image. Il sourit, il continue. \u00ab Je trouve que c\u2019est une m\u00e9taphore assez int\u00e9ressante de la fa\u00e7on dont certaines soci\u00e9t\u00e9s traitent leurs probl\u00e8mes. On croit s\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de quelque chose. On pense avoir vaincu une id\u00e9ologie, une forme de violence, une fa\u00e7on de penser. Mais en r\u00e9alit\u00e9, elle est toujours l\u00e0. Elle s\u2019est simplement r\u00e9fugi\u00e9e dans un endroit o\u00f9 l\u2019on ne veut pas ou n’ose pas regarder. Elle est cach\u00e9e derri\u00e8re nos yeux. Et un jour, elle ressort. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

La salle de cin\u00e9ma<\/h3>\n\n\n\n

De la masse des hommes politiques \u00ab l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9rang\u00e9s \u00bb, il sauve De Gaulle. Il n\u2019a pas vu les deux films d\u2019Antonin Baudry, il le regrette et s\u2019en explique : \u00ab Je ne vais presque plus au cin\u00e9ma h\u00e9las. Avec l\u2019\u00e2ge, je crois que supporte de moins en moins le concept d\u2019humains enferm\u00e9s ensemble dans une pi\u00e8ce. Dans une salle de cin\u00e9ma, j\u2019ai l\u2019impression de retrouver tout ce qui s\u2019effondre lentement dans la soci\u00e9t\u00e9 : le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et l\u2019ignorance de l\u2019autre, les gens regardent leur t\u00e9l\u00e9phone, discutent, ne comprennent rien au film, bouffent hyper fort\u2026 Quand j\u2019\u00e9tais plus jeune, d\u00e8s que quelqu\u2019un parlait, un autre spectateur lui demandait de se taire ou faisait chut<\/em>. Aujourd\u2019hui, parler pendant le film semble \u00eatre devenu parfaitement naturel. Faire une remarque semble m\u00eame \u00eatre devenu dangereux\u2026 Je suis mal \u00e0 l\u2019aise, enferm\u00e9 dans cet espace avec tout le monde. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Il voit notre \u00e9tonnement, il d\u00e9cide de poursuivre en redressant le col de sa chemise et en prenant un air fier, non sans ironie : \u00ab Depuis que mes livres ont eu du succ\u00e8s, je me suis offert une super installation chez moi, ce qui me permet d\u2019\u00e9viter les salles… Je peux parler tout seul, regarder mon t\u00e9l\u00e9phone et manger sans d\u00e9ranger personne. \u00bb Il est quand m\u00eame all\u00e9 au cin\u00e9ma r\u00e9cemment. \u00ab Le dernier film que j\u2019ai vu au cin\u00e9ma, c\u2019\u00e9tait Dune 2<\/em>, que j\u2019ai ador\u00e9. J\u2019\u00e9tais en Bretagne, dans un multiplex ultra-moderne en banlieue sous la pluie. J\u2019avais choisi une s\u00e9ance \u00e0 15 heures, en semaine. J\u2019\u00e9tais tout seul dans la salle. Je m\u2019\u00e9tais achet\u00e9 un Cornetto et j\u2019\u00e9tais install\u00e9 \u00e0 la distance id\u00e9ale de l\u2019\u00e9cran. C\u2019\u00e9tait un moment absolument g\u00e9nial. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Ce que les adultes ne voient pas <\/h3>\n\n\n\n

Riad Sattouf a une intelligence de la jeunesse ; une sensibilit\u00e9 extr\u00eame \u00e0 l\u2019enfance. Il per\u00e7oit et restitue comme peu de dessinateurs, comme peu d\u2019\u00e9crivains et peu de sc\u00e9naristes (C\u00e9dric Klapisch a eu ce don dans Le P\u00e9ril jeune<\/em>, en 1994) le comique involontaire et volontaire, l\u2019\u00e9nergie, la lucidit\u00e9, les pulsions des plus jeunes. \u00c0 Numa Sadoul, il dit dessiner des sayn\u00e8tes sur la jeunesse pour montrer tout ce que les adultes ne voient pas : la brusquerie ou la violence, les chagrins, les humiliations, les mises en danger, les rires. <\/p>\n\n\n\n

Le dessinateur esquive les questions personnelles qu\u2019on lui adresse. Il a \u00e9crit une s\u00e9rie autobiographique qui s\u2019est vendue \u00e0 plusieurs millions d\u2019exemplaires, mais on ne sait rien de sa vie priv\u00e9e actuelle. Il habite entre Paris et la Bretagne, il a des enfants, il a cr\u00e9\u00e9 sa propre maison d\u2019\u00e9dition, Les Livres du Futur en 2024 : c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019on sait. Il botte en touche et ne parle pas de lui quand on lui demande si son affection pour les jeunes fait de lui un bon \u00e9ducateur : \u00ab C\u2019est tr\u00e8s difficile, d\u2019\u00e9duquer quelqu\u2019un. D\u2019ailleurs, je suis assez incapable d\u2019apprendre quoi que ce soit \u00e0 qui que ce soit. Parfois, des auteurs de bandes dessin\u00e9es ou des \u00e9crivains me montrent leur travail et me demandent des conseils. Je leur dis ce que j\u2019en pense, je leur donne des trucs, mais ils ne suivent jamais mes conseils. \u00bb Cela le fait rire. Il nuance : \u00ab Bon, je n\u2019ai pas la science infuse, \u00e9videmment. Mais sur certains sujets, j\u2019ai quand m\u00eame quelques convictions. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 dessiner, je n\u2019ai pas pouss\u00e9 mon intelligence beaucoup plus loin que de me dire : \u2018Herg\u00e9 dessinait comme \u00e7a, je vais essayer de faire pareil.\u2019 Je regardais comment il faisait et j\u2019essayais de reproduire ce qu\u2019il avait fait. Je crois qu\u2019on ne peut pas d\u00e9cider d\u2019\u00e9duquer quelqu\u2019un. C\u2019est la personne en face qui doit avoir envie d\u2019apprendre quelque chose de vous. Si elle n\u2019a pas envie de vous \u00e9couter, vous pouvez lui expliquer ce que vous voulez, \u00e7a ne sert \u00e0 rien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Rire avec Chateaubriand <\/h3>\n\n\n\n

Jeune, il a lu M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em> et il en parle \u00e0 Numa Sadoul : \u00ab Chateaubriand m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment marqu\u00e9, un peu comme Saint-Exup\u00e9ry. Ce sont des auteurs dont les \u0153uvres me paraissaient monumentales, presque intouchables. Je pensais que ce serait tr\u00e8s difficile \u00e0 lire. Et finalement, j\u2019ai d\u00e9couvert que leurs livres \u00e9taient assez accessibles. Je ne me suis pas senti brutalis\u00e9 par leur lecture. Chateaubriand raconte sa jeunesse, son enfance, la R\u00e9volution fran\u00e7aise, les gens qu\u2019il a rencontr\u00e9s. \u00c9videmment, je voyais bien son c\u00f4t\u00e9 contre-r\u00e9volutionnaire, ses opinions politiques, mais \u00e7a ne l\u2019emp\u00eachait pas de dire des choses tr\u00e8s justes sur les \u00eatres humains. Et surtout, je le trouvais tr\u00e8s dr\u00f4le. \u00bb Pense-t-il \u00e0 un passage en particulier ? Il attendait la question. \u00ab Par exemple, quand il raconte sa pr\u00e9sentation au roi de France, c\u2019est extr\u00eamement amusant. C\u2019est essentiellement l\u2019humour qui me guide chez les auteurs. Quand je sens qu\u2019un \u00e9crivain est capable de rire de lui-m\u00eame, de trouver dr\u00f4le ce qui lui arrive, je me sens imm\u00e9diatement proche de lui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Et pourquoi ne pas illustrer Chateaubriand ? L\u2019id\u00e9e l\u2019amuse. Il nous confie qu\u2019il voit des dessins quand il lit. Peut-\u00eatre m\u00eame quand il regarde autour de lui, tout le temps. \u00ab Parfois, je me dis de mani\u00e8re m\u00e9galomane que je pourrais illustrer les M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>. \u00bb En voil\u00e0 une bonne id\u00e9e. Il ajoute, toujours avec son sourire espi\u00e8gle : \u00ab En plus, les droits sont libres. Il n\u2019y aurait personne \u00e0 payer. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

R\u00e9apprendre \u00e0 r\u00eaver<\/h3>\n\n\n\n

Comment qualifierait-il les jeunes actuels ? La Vie secr\u00e8te des jeunes<\/em> a plus de vingt ans. Il a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crire en 2004, et il a continu\u00e9 \u00e0 le faire pendant dix ans. Le second volume se terminait sur les attentats du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo<\/em>, dont Sattouf \u00e9tait un collaborateur : \u00ab C\u2019est tr\u00e8s difficile d\u2019avoir un point de vue g\u00e9n\u00e9ral sur les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui. Mais je vois bien qu\u2019ils ne sont pas compl\u00e8tement comme nous \u00e9tions \u00e0 leur \u00e2ge. Ils ont un d\u00e9senchantement terrible. Une des raisons pour lesquelles je suis devenu auteur de bandes dessin\u00e9es, c\u2019est qu\u2019il y avait un myst\u00e8re immense autour de ce m\u00e9tier. Je ne savais pas comment on devenait auteur de BD. Je ne savais pas comment les auteurs vivaient, comment ils travaillaient. Il fallait acheter une certaine encre, aller dans une boutique sp\u00e9cialis\u00e9e pour trouver des plumes particuli\u00e8res, essayer de retrouver celles qu\u2019utilisaient Herg\u00e9 ou M\u0153bius. On imaginait qu\u2019un auteur de bandes dessin\u00e9es avait chez lui une table \u00e0 dessin sp\u00e9ciale, qu\u2019il passait ses journ\u00e9es \u00e0 dessiner, puis qu\u2019il apportait ses planches chez un \u00e9diteur. L\u2019\u00e9diteur trouvait \u00e7a bien ou pas. Ensuite, on imaginait qu\u2019il prenait un train Corail pour aller voir l\u2019imprimeur et qu’on leur servait des mets raffin\u00e9s, car ils \u00e9taient auteurs. Et puis, pour une raison compl\u00e8tement myst\u00e9rieuse, des gens se mettaient \u00e0 adorer leurs bandes dessin\u00e9es. Ou \u00e0 les d\u00e9tester. Tout \u00e7a me fascinait. \u00bb <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9 ? \u00ab Aujourd\u2019hui, c\u2019est beaucoup plus difficile de cr\u00e9er une mythologie autour de quelque chose. De cr\u00e9er du d\u00e9sir. Je le vois m\u00eame avec mes enfants. En deux secondes, ils peuvent d\u00e9couvrir les coulisses de n\u2019importe quel m\u00e9tier. Ils peuvent voir comment travaillent les dessinateurs, les cin\u00e9astes, les astronautes, les chirurgiens\u2026 Il n\u2019y a presque plus de myst\u00e8re. On peut m\u00eame voir comment vivent les milliardaires. Et se rendre compte qu\u2019ils s\u2019ennuient, eux aussi. Je me demande parfois comment les enfants peuvent encore r\u00eaver. De quoi peuvent-ils r\u00eaver ? \u00bb Il devient tout d\u2019un coup r\u00eaveur, encore plus que depuis le d\u00e9but de notre entretien. \u00ab Moi, quand j\u2019\u00e9tais petit, j\u2019avais \u00e9norm\u00e9ment de r\u00eaves. Je r\u00eavais de m\u00e9tiers, d\u2019aventures, de vies que je pourrais avoir. Puis plus grave et s\u00e9rieux : \u00ab \u00c0 partir du moment o\u00f9 on a acc\u00e8s \u00e0 Internet, o\u00f9 on peut tout voir imm\u00e9diatement, c\u2019est peut-\u00eatre plus difficile de d\u00e9sirer quelque chose tr\u00e8s longtemps. Et puis, aujourd\u2019hui, on comprend assez vite qu\u2019il est plus facile de devenir influenceur que neurochirurgien. \u00c7a change forc\u00e9ment la fa\u00e7on dont on imagine son avenir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Dessiner en parlant <\/h3>\n\n\n\n

La veille de notre rendez-vous, il \u00e9tait dans un restaurant et il a observ\u00e9 un jeune serveur \u00ab absolument typique de cette g\u00e9n\u00e9ration Z dont tout le monde adore se moquer en ce moment \u00bb. On sent que Sattouf va de nouveau se lancer dans une description pr\u00e9cise qui flirte avec l\u2019imitation ou le dessin oral. C\u2019est parti : \u00ab Il avait une petite coiffure en brocoli, vous voyez, avec les cheveux boucl\u00e9s sur le dessus. Il \u00e9tait blond, assez maigre, avec un visage un peu \u00e9maci\u00e9, quelques boutons d\u2019acn\u00e9 et des biceps tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9s. \u00bb L\u00e0, il s\u2019arr\u00eate et montre sur son bras ce que donnerait le dessin avec effectivement un biceps sur-d\u00e9velopp\u00e9. \u00ab Je pense qu\u2019il d\u00e9pannait des amis dans ce restaurant, qu\u2019il ne devait pas \u00eatre serveur de m\u00e9tier. C\u2019\u00e9tait la fin du service. Il \u00e9tait derri\u00e8re le comptoir, en train d\u2019essuyer des verres, et il \u00e9tait m\u00e9ga stress\u00e9. On voyait qu\u2019il ne savait absolument pas comment s\u2019y prendre. Il y en avait un autre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, qui regardait son t\u00e9l\u00e9phone. Ils avaient l\u2019air compl\u00e8tement perdus. On sentait qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas vraiment \u00e0 leur place, qu\u2019ils ne savaient pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019ils faisaient l\u00e0. Et moi, je trouvais \u00e7a tr\u00e8s touchant. Je voyais exactement comment j\u2019aurais pu les dessiner. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Il s\u2019arr\u00eate, il regarde dans le vide, peut-\u00eatre imagine-t-il ce dessin que nous visualisons parfaitement. Il reprend. \u00ab De l\u2019ext\u00e9rieur, on aurait pu les trouver compl\u00e8tement incomp\u00e9tents. Ils \u00e9taient six ou sept \u00e0 essayer de faire quelque chose qu\u2019un serveur de soixante ans aurait probablement fait tout seul en deux secondes. \u00bb Il conclut : \u00ab Mais justement, je trouvais \u00e7a \u00e9mouvant. Je pense que ce n\u2019est vraiment pas facile d\u2019\u00eatre jeune aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Riad Sattouf travaille tout le temps, il continue de r\u00eaver de plein de choses. Il veut tout faire. Les id\u00e9es, les projets et l\u2019\u00e9nergie ne manquent pas. Il pr\u00e9pare une adaptation sur grand \u00e9cran des Cahiers d\u2019Esther<\/em> ; en f\u00e9vrier sortira le deuxi\u00e8me volume du Jeune acteur<\/em>, une s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 Vincent Lacoste dont le talent s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans Les Beaux gosses<\/em> (2012). Dans le mensuel Notre Temps<\/em>, il raconte l\u2019histoire de sa m\u00e8re, Cl\u00e9mentine, priv\u00e9e de l\u2019un de ses fils et ces dessins constitueront une nouvelle s\u00e9rie. Il a envie d\u2019illustrer Mermoz<\/em>, de Joseph Kessel. L\u2019aviation et l\u2019espace le fascinent : \u00ab Dans Les Beaux Gosses<\/em>, j\u2019avais fait jouer le r\u00f4le du professeur de physique par Jean-Pierre Haigner\u00e9, qui est spationaute et ancien pilote d’essai. J\u2019adore l\u2019espace, la conqu\u00eate spatiale ! J\u2019adorerais \u00e9crire quelque chose sur ce sujet. Mais peut-\u00eatre que je ne devrais pas vous le dire, d\u2019ailleurs ! Le myst\u00e8re est important ! \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

L’auteur de L\u2019Arabe du futur<\/em> a appris des Schtroumpfs \u00e0 Chateaubriand \u00e0 voir le monde avec un amusement \u00e9merveill\u00e9<\/p>\n","protected":false},"featured_media":364740,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":24,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[1631,4752],"editorial_format":[4912],"week":[5210],"geo":[],"class_list":["post-364722","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-florent-zemmouche","staff-virginie-bloch-laine","editorial_format-un-cafe-avec-le-grand-continent"],"acf":{"_thumbnail_id":364740,"excerpt":"L'auteur de L\u2019Arabe du futur<\/em> a appris des Schtroumpfs \u00e0 Chateaubriand \u00e0 voir le monde avec un amusement \u00e9merveill\u00e9","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nLes myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"L'auteur de L\u2019Arabe du futur a appris des Schtroumpfs \u00e0 Chateaubriand \u00e0 voir le monde avec un amusement \u00e9merveill\u00e9\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-10-18T05:31:29+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-17-a-15.48.20-990x519.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"990\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"519\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-17-a-15.48.20.png\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"24 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/\",\"name\":\"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2026-10-18T05:12:01+00:00\",\"dateModified\":\"2026-10-18T05:31:29+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg\",\"width\":1700,\"height\":2560,\"caption\":\"\u00a9 Corentin Fohlen\/Divergence. Paris, France. 29 septembre 2026. Portrait du dessinateur de BD, Riad Sattouf. ici a la brasserie\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Sundays\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent","og_description":"L'auteur de L\u2019Arabe du futur a appris des Schtroumpfs \u00e0 Chateaubriand \u00e0 voir le monde avec un amusement \u00e9merveill\u00e9","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_modified_time":"2026-10-18T05:31:29+00:00","og_image":[{"width":990,"height":519,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-17-a-15.48.20-990x519.png","type":"image\/png"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-17-a-15.48.20.png","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"24 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/","name":"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg","datePublished":"2026-10-18T05:12:01+00:00","dateModified":"2026-10-18T05:31:29+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg","width":1700,"height":2560,"caption":"\u00a9 Corentin Fohlen\/Divergence. Paris, France. 29 septembre 2026. Portrait du dessinateur de BD, Riad Sattouf. ici a la brasserie"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-mysteres-que-voit-riad-sattouf\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Sundays","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Les myst\u00e8res que voit Riad Sattouf"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"lgc_categories":[],"lgc_author":{"id":1631,"name":"Florent Zemmouche","slug":"florent-zemmouche","description":"Florent Zemmouche est responsable des Dimanches et dirige l'\u00e9dition en espagnol du Grand Continent. ","first_name":"Florent","last_name":"Zemmouche","picture":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/06\/gc-elzemmouche.jpg","width":399,"height":531,"alt":""}},"feature_image_summary":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg","width":1700,"height":2560,"alt":""},"feature_image_cover":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/ABC03083-scaled.jpg","width":1700,"height":2560,"alt":""},"lgc_related_posts":[364778,364562,364617],"lgc_audio":{"available":false,"generated_at":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/364722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/sunday"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=364722"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/364722\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":364841,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/364722\/revisions\/364841"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/364740"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=364722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=364722"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=364722"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=364722"},{"taxonomy":"week","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/week?post=364722"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=364722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}