{"id":362801,"date":"2026-10-04T11:47:09","date_gmt":"2026-10-04T09:47:09","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=362801"},"modified":"2026-10-04T11:47:13","modified_gmt":"2026-10-04T09:47:13","slug":"a-qui-appartient-saint-francois","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/","title":{"rendered":"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?"},"content":{"rendered":"\n

En ce 4 octobre 2026, l\u2019Italie c\u00e9l\u00e8bre un nouveau jour f\u00e9ri\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion du 800e anniversaire de la mort de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise le 3 octobre 1226, en vertu d\u2019une loi vot\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re par le Parlement italien \u00e0 une tr\u00e8s large majorit\u00e9. Giorgia Meloni reproduit ainsi le m\u00eame geste que Benito Mussolini, qui, en 1926, fit de la f\u00eate du saint un jour f\u00e9ri\u00e9 \u2013 supprim\u00e9 pour des raisons \u00e9conomiques, en 1977. Nous interrogeons Fabien Archambault, historien sp\u00e9cialiste des cultures populaires et de l\u2019histoire politique de l\u2019Italie du XXe si\u00e8cle, sur sa signification historique et politique et sur la difficile greffe entre le nationalisme et le catholicisme du \u00ab <\/em>plus saint des Italiens et du plus italien des saints \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Un paradoxe entoure la figure de saint Fran\u00e7ois. Le Poverello, figure de la pauvret\u00e9 et de la paix, a d’abord \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 d’un jour f\u00e9ri\u00e9 national par Mussolini et le r\u00e9gime fasciste il y a un si\u00e8cle exactement. Dans quel contexte cette d\u00e9cision s’inscrit-elle ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Deux logiques parall\u00e8les se rencontrent \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e 1925 : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Mussolini cherche \u00e0 consolider le r\u00e9gime fasciste et \u00e0 obtenir l\u2019appui de l\u2019\u00c9glise ; de l\u2019autre, Pie XI poursuit une politique de r\u00e9christianisation de la soci\u00e9t\u00e9 et cherche \u00e0 r\u00e9gler la question romaine <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019automne 1926 plusieurs tentatives d\u2019attentat visent Mussolini, dont la derni\u00e8re, \u00e0 la fin du mois d\u2019octobre \u00e0 Bologne, est commise par un jeune anarchiste de quinze ans, Anteo Zamboni. C\u2019est ensuite au cours du mois de novembre que sont vot\u00e9es les derni\u00e8res lois dites \u00ab fascistissimes \u00bb, qui font d\u00e9finitivement basculer le r\u00e9gime dans la dictature. L\u2019objectif de Mussolini est alors de consolider son pouvoir en s\u2019appuyant sur les \u00e9lites traditionnelles du pays : les anciennes \u00e9lites lib\u00e9rales ou conservatrices du royaume d\u2019Italie, bien s\u00fbr, mais aussi l\u2019\u00c9glise.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Cet objectif converge-t-il avec la volont\u00e9 du pape ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Oui, mais cela va au-del\u00e0 de Pie XI qui est \u00e9lu en 1922. Une partie des \u00e9lites catholiques, qu\u2019elles soient eccl\u00e9siastiques, sociales ou \u00e9conomiques, s\u2019est mise \u00e0 soutenir le fascisme, comme l\u2019avaient fait auparavant une partie des \u00e9lites lib\u00e9rales. C\u2019est dans cette ambiance de \u00ab cl\u00e9rico-fascisme \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0que commencent les n\u00e9gociations qui conduiront aux accords du Latran. Elles sont encore secr\u00e8tes, mais les deux camps multiplient les gages de bonne volont\u00e9. Il existe en quelque sorte un accord tacite : Pie XI se sert de Mussolini pour r\u00e9gler la question romaine ; de son c\u00f4t\u00e9, Mussolini cherche \u00e0 r\u00e9gler la question romaine afin de s\u2019assurer le soutien de l\u2019\u00c9glise.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019Ann\u00e9e sainte de 1925 : Pie XI annonce l\u2019organisation de festivit\u00e9s particuli\u00e8res pour le 700e <\/sup>anniversaire de la mort de Fran\u00e7ois. Cette initiative s\u2019explique notamment par son attachement personnel au franciscanisme, il est lui-m\u00eame membre du tiers-ordre franciscain, mais elle s\u2019inscrit aussi dans une strat\u00e9gie de reconqu\u00eate et de rechristianisation de la soci\u00e9t\u00e9 italienne. C\u2019est en 1925 qu\u2019est institu\u00e9e la f\u00eate du Christ-Roi, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le dernier dimanche d\u2019octobre. Dans cette volont\u00e9 de reconqu\u00e9rir le \u00ab peuple de Dieu \u00bb, la figure \u00e9vang\u00e9lique de Fran\u00e7ois rev\u00eat une importance particuli\u00e8re.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi saint Fran\u00e7ois ? Que symbolisait alors sa figure, et comment Mussolini parvient-il \u00e0 fusionner les m\u00e9moires existantes pour en faire le saint national de l\u2019Italie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Fran\u00e7ois est depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 le saint le plus populaire d\u2019Italie. C\u2019est l\u2019alter Christus<\/em>, le premier saint \u00e0 avoir re\u00e7u les stigmates. Dans l\u2019Italie du Moyen \u00c2ge, cela avait d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 une v\u00e9ritable stupeur, ce qui explique qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 canonis\u00e9 si vite, deux ans \u00e0 peine apr\u00e8s sa mort. <\/p>\n\n\n\n

Mussolini n\u2019invente pas cette nationalisation de saint Fran\u00e7ois : il intervient sur une figure qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 investie et r\u00e9appropri\u00e9e par plusieurs traditions au XIXe si\u00e8cle. Tous les mouvements qui essaient de b\u00e2tir une Italie nouvelle cherchent \u00e0 se l\u2019approprier. Fran\u00e7ois est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019inventeur d\u2019une litt\u00e9rature nationale qui exprime une religiosit\u00e9 populaire. Le Cantique des cr\u00e9atures<\/em>, compos\u00e9 en 1225 en dialecte ombrien, est l\u2019un des premiers textes de la litt\u00e9rature nationale qui ne soit pas en latin. La Divine Com\u00e9die<\/em> est un texte d\u2019acc\u00e8s tr\u00e8s difficile, qu\u2019on ne lit qu\u2019au lyc\u00e9e. \u00c0 l\u2019inverse, il existe d\u00e8s le XVIIe <\/sup>si\u00e8cle des traductions en italien du Cantico delle creature<\/em>.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

C\u2019est pour la m\u00eame raison que le mouvement socialiste, qui cherchait \u00e0 adapter son anticl\u00e9ricalisme \u00e0 la religiosit\u00e9 des masses paysannes, investit, \u00e0 la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle, la figure du Cristo rosso<\/em>. L\u2019anticl\u00e9ricalisme socialiste est reformul\u00e9 : l\u2019\u00c9glise devait revenir au vrai message de l\u2019\u00c9vangile, \u00e0 l\u2019instar du Poverello<\/em>. Cela a contribu\u00e9 \u00e0 renforcer la popularit\u00e9 de Fran\u00e7ois dans l\u2019Italie parmi les masses paysannes du Nord et du Centre du pays.<\/p>\n\n\n\n

Mussolini compose donc avec toutes ces m\u00e9moires-l\u00e0 : une m\u00e9moire nationaliste, une m\u00e9moire catholique et une m\u00e9moire socialiste <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Au prix de quelles distorsions et r\u00e9appropriations cette mise en valeur de saint Fran\u00e7ois s\u2019effectue-t-elle dans le r\u00e9gime fasciste ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ce n\u2019est pas Mussolini qui a l\u2019initiative, en 1925 : c\u2019est le maire d\u2019Assise, Arnaldo Fortini. Ce dernier avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur les listes du Parti Populaire avant de passer au fascisme et devenir podest\u00e0<\/em>. C\u2019est un exemple de ce cl\u00e9rico-fascisme, qui ne concerne pas seulement les \u00e9lites catholiques du pays, mais qui vient aussi du bas, en l\u2019occurrence d\u2019un personnel municipal qui choisit le fascisme par peur des agitations populaires dans les campagnes et par volont\u00e9 de retour \u00e0 l\u2019ordre. \u00c0 la fois fasciste et catholique, Fortini contacte la pr\u00e9sidence du Conseil et propose \u00e0 Mussolini d\u2019intervenir pour organiser les festivit\u00e9s et r\u00e9nover la basilique et la ville d\u2019Assise.<\/p>\n\n\n\n

Mussolini saisit tr\u00e8s vite l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019op\u00e9ration. En faisant voter l\u2019instauration d\u2019un jour f\u00e9ri\u00e9 le 4 octobre, il envoie un signal utile au Saint-Si\u00e8ge, alors que vont bient\u00f4t s\u2019ouvrir les n\u00e9gociations des accords du Latran. Dans un premier temps, il ne cherche donc pas \u00e0 fasciser la figure de Fran\u00e7ois. C\u2019est au contraire l\u2019\u00c9tat fasciste qui se met au service du Saint-Si\u00e8ge. Dans le message qu\u2019il envoie aux ambassades italiennes le 28 novembre 1925, o\u00f9 il dresse la liste des grandes figures que l\u2019Italie a offertes au monde, il proclame :\u00a0<\/p>\n\n\n\n

\u00ab L\u2019Italie avec Fran\u00e7ois a \u00e9galement donn\u00e9 \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 le plus saint des saints. [\u2026] Et c\u2019est d\u2019ailleurs avec le saint d\u2019Assise que l\u2019Italie, bien qu\u2019encore en proie aux dures \u00e9preuves du Moyen \u00c2ge, r\u00e9v\u00e8le pour ainsi dire les premiers signes de sa renaissance et affirme ses qualit\u00e9s renouvel\u00e9es de courtoisie et d\u2019humanisme. Saint Fran\u00e7ois, qui avait pris part aux luttes communales<\/em>, s\u2019\u00e9l\u00e8ve soudain comme ravi hors du monde, au-dessus du tourbillon \u00e9tincelant des passions de son \u00e9poque<\/em>, brandissant la croix dans ses mains d\u00e9charn\u00e9es, les insignes glorieux de la charit\u00e9 et de la paix. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

La charit\u00e9 et la paix ne paraissent pas des \u00e9l\u00e9ments clefs de la propagande fasciste\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

En effet, ce sont les aspects que le Saint-Si\u00e8ge met en avant pour les festivit\u00e9s de 1926. Ce que Mussolini s\u2019efforce d\u2019op\u00e9rer c\u2019est une nouvelle interpr\u00e9tation de r\u00e9interpr\u00e9ter la figure de Fran\u00e7ois comme un guerrier et un pacificateur<\/em>. C\u2019est toute la perversit\u00e9 du fascisme, qui se pr\u00e9sente comme la solution politique pour mettre fin aux violences et \u00e0 une guerre civile dont il \u00e9tait lui-m\u00eame porteur. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019approche des c\u00e9l\u00e9brations, la figure de Fran\u00e7ois est ainsi progressivement fascis\u00e9e. Paolo Ardali, pr\u00eatre du nord de l\u2019Italie, publie notamment \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1926 un essai intitul\u00e9 San Francesco e Mussolini<\/em>, dans lequel il \u00e9tablit un parall\u00e8le entre les deux hommes. Tout ce qui concerne la pauvret\u00e9 franciscaine est retourn\u00e9 : elle n\u2019est plus pr\u00e9sent\u00e9e comme une contestation sociale, \u00e0 la mani\u00e8re des socialistes, mais comme une apologie de la discipline, de l\u2019acceptation de l\u2019ordre \u00e9tabli et du renoncement de l\u2019individu au nom d\u2019une cause sup\u00e9rieure. L\u2019\u00c9glise, pour Fran\u00e7ois, la patrie pour Mussolini. Fran\u00e7ois est \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9 comme un mendiant fam\u00e9lique, en \u00e9tablissant un parall\u00e8le avec Mussolini qui, dans les tranch\u00e9es, s\u2019est sacrifi\u00e9 pour la nation en connaissant la faim. Il y a enfin la jeunesse de Fran\u00e7ois et sa participation aux guerres communales, avant sa conversion \u00e0 la vie religieuse : chez Ardali, tout le mod\u00e8le de la virilit\u00e9 fasciste s\u2019y trouverait d\u00e9j\u00e0 <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Cette greffe cl\u00e9rico-fasciste qui configure une nouvelle identit\u00e9 de saint Fran\u00e7ois est-elle une commande du nouveau pouvoir ou s\u2019inscrit-elle dans des dynamiques culturelles d\u2019en bas ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Toute une partie de l\u2019\u00c9glise comprend spontan\u00e9ment le m\u00e9canisme de propagande en train de se mettre en place autour de la figure de celui qui est le dictateur et chef du fascisme et entend devenir le chef de l\u2019\u00c9tat d\u2019une nation catholique : on essaye ainsi de faire co\u00efncider les deux syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation et de les rendre compatibles.<\/p>\n\n\n\n

Comment la renaissance du culte du saint en Italie et \u00e0 Assise en particulier devient-elle un instrument aux mains du pouvoir fasciste ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Le fascisme entend faire oublier la violence \u00e0 l\u2019origine de la dictature et donc mettre en sc\u00e8ne un peuple qui le soutiendrait en masse. Ce n\u2019est pas facile, car le r\u00e9gime n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts et la guerre civile est encore r\u00e9cente : une grande partie des catholiques ainsi que les socialistes \u2013 en somme, la majorit\u00e9 de la population italienne \u2013 savent \u00e0 quoi s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fascisme. Utiliser Fran\u00e7ois et les festivit\u00e9s de 1926 est donc un moyen, peu co\u00fbteux de pr\u00e9tendre que les foules, que l\u2019on sait devoir \u00eatre consid\u00e9rables, se rassemblent aussi sous la banni\u00e8re du fascisme.<\/p>\n\n\n\n

Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il y a une transaction : Mussolini fait du 4 octobre un jour f\u00e9ri\u00e9 et d\u00e9bloque trois millions de lires, notamment pour la construction d\u2019un orphelinat, install\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la basilique. La premi\u00e8re pierre en est pos\u00e9e le 28 octobre 1925, c\u2019est-\u00e0-dire le jour anniversaire de la marche sur Rome. On voit l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre la tentative de fusionner les deux m\u00e9moires, celle de Fran\u00e7ois et celle du r\u00e9gime, ce dernier se pr\u00e9sentant comme le continuateur de l\u2019\u0153uvre du premier. Il y a aussi la r\u00e9novation de la basilique et de toute la ville, avec notamment la construction d\u2019h\u00f4tels pour pouvoir accueillir les p\u00e8lerins pendant les festivit\u00e9s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Et cela fonctionne. Le succ\u00e8s des festivit\u00e9s, c\u2019est en grande partie le r\u00e9gime fasciste qui le rend possible. L\u2019\u00c9glise n\u2019aurait pas eu les moyens financiers de pr\u00e9parer la ville d\u2019Assise \u00e0 recevoir un afflux touristique aussi important \u2013 un million et demi de visiteurs entre 1925 et 1927. C\u2019est \u00e0 la fois un tourisme patrimonial et un tourisme religieux. Le visage d\u2019Assise tel que nous le connaissons aujourd\u2019hui a \u00e9t\u00e9 en grande partie fa\u00e7onn\u00e9 dans les ann\u00e9es 1926-1927, la ville est r\u00e9nov\u00e9e avec le souci d\u2019en accentuer le caract\u00e8re m\u00e9di\u00e9val. C\u2019est quelque chose que les fascistes \u00e9tendent ensuite \u00e0 toute la Toscane, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930. Au-del\u00e0 du tourisme religieux, il s\u2019agit aussi de gagner de l\u2019argent : d\u00e9mocratiser le Grand Tour et en orienter les flux.<\/p>\n\n\n\n

Mussolini cherche-t-il \u00e0 capter l\u2019aura du saint ? Se <\/strong>fait-il prince thaumaturge ou <\/strong>alter Christus<\/em><\/strong> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Du c\u00f4t\u00e9 de la propagande qui construit la figure du Duce, on trouve, la m\u00eame ann\u00e9e, la biographie de Mussolini publi\u00e9e au mois de juin par Margherita Sarfatti (1880-1961), sa ma\u00eetresse, ou du moins sa muse : Dux<\/em>, dont le titre renvoie au th\u00e8me de la restauratio imperii<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Sarfatti \u00e9voque des femmes des Abruzzes qui, lors d\u2019une visite de Mussolini, veulent le toucher. En Sicile, on l\u2019invoque ensuite pour entrer en contact avec les morts : en tant qu\u2019ancien combattant, il devient la figure de l\u2019intercesseur aupr\u00e8s des soldats tomb\u00e9s pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Les deux fonctions classiques du saint, le thaumaturge et l\u2019intercesseur avec les morts, sont donc mises en avant, en filigrane, par Sarfatti.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Le parall\u00e8le avec Fran\u00e7ois, en 1926, n\u2019est donc que le d\u00e9but de cette entreprise de captation de sa l\u00e9gitimit\u00e9. L\u2019historien Emilio Gentile, dans Il culto del littorio<\/em>, a pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9crit les diff\u00e9rents registres de la propagande autour de la figure de Mussolini. On en retient souvent, et \u00e0 juste titre, la dimension nationaliste <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> et la r\u00e9cup\u00e9ration de la romanit\u00e9. Mais on oublie parfois le troisi\u00e8me pan, important, de cette propagande, qui recycle des \u00e9l\u00e9ments de la religiosit\u00e9 populaire qui ont trait au culte des saints.<\/p>\n\n\n\n

Quel \u00e9cho cette op\u00e9ration rencontre-t-elle aupr\u00e8s de Pie XI, lui-m\u00eame ter<\/strong>tiaire <\/strong>franciscain, alors <\/strong>obnubil\u00e9<\/strong> par la question romaine ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Cette dimension ne pla\u00eet pas au Saint-Si\u00e8ge, mais il ne dira rien. On le lit entre les lignes dans les deux publications qui en sont les plus proches, L\u2019Osservatore Romano<\/em> et La Civilt\u00e0 Cattolica<\/em>, la revue intellectuelle des j\u00e9suites. Pour l\u2019\u00c9glise, Fran\u00e7ois est d\u2019abord un symbole universel d\u2019amour et de paix, mais aussi d\u2019ob\u00e9issance totale \u00e0 l\u2019\u00c9glise. Dans le projet de societas christiana<\/em> des intransigeants, qui sont majoritaires dans le catholicisme italien, on souligne toujours que Fran\u00e7ois n\u2019a pas quitt\u00e9 l\u2019\u00c9glise, qu\u2019il est rest\u00e9 fid\u00e8le au pape et donc qu\u2019il n\u2019est donc pas un h\u00e9r\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n

Le versant nationaliste et emphatique d\u00e9velopp\u00e9 par le fascisme, suscite par cons\u00e9quent des r\u00e9ticences. Dans l\u2019encyclique Rite expiatis<\/em>, publi\u00e9e en avril 1926 en vue des comm\u00e9morations, Pie\u00a0XI engage les fid\u00e8les \u00e0 fuir \u00ab cette figure imaginaire que les partisans des erreurs modernes se font volontiers du saint \u00bb. Cela renvoie \u00e9videmment \u00e0 la tradition antimoderniste des intransigeants, d\u00e8s sa premi\u00e8re encyclique, Ubi arcano Dei consilio, Pie XI condamnait, dans la continuit\u00e9 du Syllabus<\/em> de 1864, le \u00ab nationalisme immod\u00e9r\u00e9 \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Pour l\u2019\u00c9glise, le juste amour de la patrie ne doit pas \u00eatre confondu avec le nationalisme guerrier. Cette encyclique montre d\u00e9j\u00e0 que l\u2019\u00c9glise, si elle noue un rapport diplomatique avec le r\u00e9gime fasciste pour r\u00e9gler la question romaine, n\u2019entend rien c\u00e9der sur le plan doctrinal ni sur l\u2019autorit\u00e9 spirituelle du pape.<\/p>\n\n\n\n

Ces oppositions appara\u00eetront plus nettement dans les ann\u00e9es 1930, avec l\u2019encyclique Divini illius Magistri<\/em> sur l\u2019\u00e9ducation de la jeunesse du 31 d\u00e9cembre 1929 et le conflit de 1931 autour de l\u2019Action catholique (Non abbiamo bisogno<\/em>), puis avec les probl\u00e8mes concernant le racisme et la l\u00e9gislation antis\u00e9mite de 1938. <\/p>\n\n\n\n

La proclamation de Fran\u00e7ois comme saint patron de l\u2019Italie par Pie XII en 1939 est, en fin de compte, une mani\u00e8re de s\u2019opposer au r\u00e9gime. Fran\u00e7ois est alors repropos\u00e9 comme symbole d\u2019amour et de paix, et non pas comme un saint guerrier et nationaliste. C\u2019est une mani\u00e8re de refermer la parenth\u00e8se d\u2019un saint r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 temporairement par les fascistes pendant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es et de revenir \u00e0 la position traditionnelle de l\u2019\u00c9glise sur Fran\u00e7ois et notamment au fait que, selon elle, l\u2019Italie, comme nation catholique, se doit d\u2019abord d\u2019ob\u00e9ir au Saint-Si\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n

Par le jeu des anniversaires, et des co\u00efncidences, que<\/strong> vous inspire la volont\u00e9 <\/strong>de Giorgia Meloni<\/strong> de marquer \u00e0 son tour de son empreinte le calendrier national en r\u00e9instaurant ce jour f\u00e9ri\u00e9 ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il faut \u00e0 mon avis garder deux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 l\u2019esprit \u00e0 propos de la strat\u00e9gie politique de Giorgia Meloni. La premi\u00e8re concerne sa position dominante, actuellement, au sein de la coalition des droites au pouvoir. Cette coalition est compos\u00e9e de trois p\u00f4les qui chacun, \u00e0 tour de r\u00f4le, a \u00e9t\u00e9 dominant : d\u2019abord les lib\u00e9raux, au sens \u00e9conomique du terme, qui se sont longtemps reconnus dans Silvio Berlusconi, puis la Ligue, anciennement du Nord, avec Matteo Salvini, et enfin la droite nationaliste, h\u00e9riti\u00e8re du n\u00e9o-fascisme, avec Meloni.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Dans les rapports de force entre ces trois courants de la droite italienne, la question du vote catholique est tr\u00e8s importante. Lorsque la D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne a \u00e9clat\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le vote catholique s\u2019est, grosso modo<\/em>, r\u00e9parti \u00e0 parts \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gales entre la gauche \u2013 cela a donn\u00e9 la Margherita, incarn\u00e9e par Romano Prodi, qui a fini par fusionner avec les D\u00e9mocrates de gauche, h\u00e9ritiers \u00e0 leur tour du Parti communiste, pour former le Parti d\u00e9mocrate \u2013 et la droite. <\/p>\n\n\n\n

Or les catholiques constituent un \u00e9lectorat qui vote davantage que d\u2019autres segments de la population et qui reste capable de se mobiliser pour ce qui reste le plus important \u00e0 ses yeux, \u00e0 savoir que l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 doit suivre, peu ou prou, les pr\u00e9ceptes de l\u2019\u00c9vangile. Cet intransigeantisme catholique \u00e9volue bien s\u00fbr, notamment chez ceux qui votent d\u00e9sormais \u00e0 gauche, o\u00f9 le catholicisme lib\u00e9ral, qui tend \u00e0 consid\u00e9rer la foi comme une affaire de pi\u00e9t\u00e9 individuelle, progresse depuis les ann\u00e9es 1960, lentement d\u2019abord, puis de mani\u00e8re plus prononc\u00e9e \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n

Dans la comp\u00e9tition que se livrent les trois composantes de la droite italienne, Giorgia Meloni a fait le pari que le soutien d\u2019un vote catholique rest\u00e9 intransigeant serait d\u00e9cisif pour prendre le dessus sur ses concurrents. Elle a m\u00eame construit son ascension politique sur cette dimension \u2013 c\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre passage de son discours du 19\u00a0octobre 2019 \u00e0 Rome : \u00ab Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une m\u00e8re, je suis italienne, je suis chr\u00e9tienne \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Elle a cherch\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter comme la meilleure repr\u00e9sentante d\u2019un certain national-catholicisme en r\u00e9investissant des th\u00e8mes caract\u00e9ristiques de l\u2019intransigeantisme catholique de la guerre froide mais adapt\u00e9s \u00e0 la situation actuelle. Elle r\u00e9active en quelque sorte le syndrome de L\u00e9pante. Dans l\u2019Italie de Pie XII, il s\u2019agissait d\u2019un slogan aux accents apocalyptiques indiquant que la civilisation chr\u00e9tienne \u00e9tait menac\u00e9e dans son c\u0153ur par les nouveaux barbares communistes venus de l\u2019Est. Au XXIe si\u00e8cle, cette Italie catholique serait de nouveau au bord d\u2019\u00eatre envahie, mais cette fois-ci par les musulmans, comme l\u2019Occident chr\u00e9tien l\u2019aurait \u00e9t\u00e9 par les Ottomans au XVIe si\u00e8cle. Meloni s\u2019est ainsi construite politiquement comme la meilleure d\u00e9fenseure d\u2019une catholicit\u00e9 identifi\u00e9e \u00e0 la nation italienne et en passe d\u2019\u00eatre submerg\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Que r\u00e9v\u00e8le cet \u00e9v\u00e9nement sur les rapports entre Meloni et Mussolini ? Sugg\u00e8re-t-il une continuit\u00e9 historique avec le fascisme, que Meloni a pourtant clairement et \u00e0 <\/strong>plusieurs reprises<\/strong> d\u00e9savou\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Pour prendre le dessus sur ses adversaires politiques \u00e0 droite, Meloni a puis\u00e9 dans la culture politique dont elle est issue, marqu\u00e9e notamment par un rapport opportuniste, voire cynique sur le plan du rapport \u00e0 la religion. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le ressort utilis\u00e9 par Mussolini au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, lui qui venait de l\u2019anticl\u00e9ricalisme socialiste, pour arriver au pouvoir et ensuite le consolider. <\/p>\n\n\n\n

Cette instrumentalisation de l\u2019\u00c9glise et de la religion catholique \u00e9tait moins centrale chez les courants de la droite depuis les ann\u00e9es 1990, que ce soit chez Bossi, le pr\u00e9d\u00e9cesseur de Salvini ou Berlusconi. Ce dernier a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se r\u00e9clamer de l\u2019anticommunisme, mais un anticommunisme dont la matrice religieuse avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sactiv\u00e9e ou du moins n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement mise en avant. <\/p>\n\n\n\n

Sous Berlusconi notamment, les relations entre le Saint-Si\u00e8ge et le gouvernement ont parfois \u00e9t\u00e9 complexes et se sont m\u00eame franchement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000, en raison des scandales de m\u0153urs qui ont \u00e9clabouss\u00e9 le leader de Forza Italia<\/em> et d\u2019un certain nombre de plaisanteries jug\u00e9es blasph\u00e9matoires par le Vatican. Chez Giorgia Meloni en revanche, l\u2019id\u00e9e de se concilier l\u2019\u00c9glise est primordiale : il s\u2019agit de lui donner suffisamment, au moins symboliquement, pour qu\u2019elle reste neutre vis-\u00e0-vis du nouveau pouvoir en place.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Quel saint Fran\u00e7ois les droites italiennes actuelles mettent-elles en avant ? Comment s\u2019accommodent-elles des autres images que l\u2019on conna\u00eet : le saint patron des animaux et de l\u2019\u00e9cologie, pr\u00e9curseur de l\u2019\u0153cum\u00e9nisme, pauvre parmi les pauvres, et que le pape Fran\u00e7ois a notamment mis sur le devant de la sc\u00e8ne, avec notamment son encyclique Laudato si<\/em> qui s\u2019ouvre avec une citation du Cantique des cr\u00e9atures<\/em> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La parabole franciscaine est d\u2019une richesse quasiment in\u00e9puisable. Le Cantique des cr\u00e9atures<\/em> peut \u00e9videmment \u00eatre lu aujourd\u2019hui dans une optique \u00e9cologique, autour du respect de la Cr\u00e9ation. Il en va de m\u00eame en ce qui concerne l\u2019\u0153cum\u00e9nisme. Meloni, tout \u00e0 son catholicisme d\u00e9fensif, voire de reconquista<\/em>, interpr\u00e8te \u00e9videmment le voyage de Fran\u00e7ois en Terre sainte et sa rencontre avec le sultan al-Kamil en 1219 dans une perspective offensive de conversion des infid\u00e8les. Mais cette lecture se heurte \u00e0 une autre, bien enracin\u00e9e et renforc\u00e9e par Vatican II, qui y voit au contraire la volont\u00e9 d\u2019une coexistence pacifique entre les religions, \u00e0 l\u2019enseigne de la fraternit\u00e9 universelle. <\/p>\n\n\n\n

La figure de Fran\u00e7ois se pr\u00eate bien s\u00fbr \u00e0 une multitude d\u2019interpr\u00e9tations. N\u00e9anmoins, l\u2019interpr\u00e9tation traditionnelle de l\u2019\u00c9glise, centr\u00e9e sur un message de paix, me semble mieux enracin\u00e9e et, partant, plus convaincante que celle qui en fait un guerrier. Saint Fran\u00e7ois est celui qui renonce \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re et se d\u00e9pouille de ses v\u00eatements devant l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Assise, pas celui qui prend l\u2019\u00e9p\u00e9e pour aller combattre contre les troupes de Spol\u00e8te ou de P\u00e9rouse. <\/p>\n\n\n\n

Au bout du compte, Meloni s\u2019inscrit dans une tradition devenue elle aussi classique, celle de la nationalisation du saint, qui remonte au XIXe si\u00e8cle, que la rh\u00e9torique du r\u00e9gime fasciste avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 d\u2019infl\u00e9chir dans un sens agressif. Tout d\u00e9pend du type de nationalisme dont on se r\u00e9clame : un nationalisme ouvert ou d\u2019exclusion. Sur ce point, l\u2019interpr\u00e9tation que choisit d\u2019endosser l\u2019actuelle pr\u00e9sidente du Conseil, n\u2019est pas sans danger semble dangereuse pour sa propre trajectoire politique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

En quel sens ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Fran\u00e7ois appartient \u00e0 beaucoup de monde, au sens o\u00f9 la m\u00e9moire franciscaine s\u2019est constitu\u00e9e par la s\u00e9dimentation de plusieurs couches m\u00e9morielles : celles de l\u2019\u00c9glise, depuis le XIIIe si\u00e8cle, mais aussi celles du mouvement socialiste, qui ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9tabolis\u00e9es par l\u2019aile gauche de la D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, par ceux qu\u2019on appelle en France les chr\u00e9tiens de gauche et qu\u2019on a longtemps appel\u00e9s en Italie les cattocomunisti<\/em>. Pour eux aussi, le Poverello<\/em> reste une figure centrale de l\u2019expression de leur foi. Essayer d\u2019h\u00e9g\u00e9moniser et de s\u2019approprier Fran\u00e7ois, en imposant sa pr\u00e9sence \u00e0 une comm\u00e9moration religieuse peut aussi sonner comme un aveu de faiblesse.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

La majorit\u00e9 des catholiques italiens comprendront tr\u00e8s bien ce qu\u2019elle cherche \u00e0 faire et ne lui en sauront pas forc\u00e9ment gr\u00e9. Elle n\u2019y va pas humblement, au service du message de Fran\u00e7ois, mais comme une cheffe de parti qui veut d\u00e9fendre sa propre lecture de la l\u00e9gende franciscaine. <\/p>\n\n\n\n

Qu\u2019elle se d\u00e9place \u00e0 Assise aujourd\u2019hui n\u2019est d\u2019ailleurs pas anodin : m\u00eame Mussolini ne l\u2019avait pas fait il y a cent ans et il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se mettre en sc\u00e8ne \u00e0 Rome, \u00e9coutant humblement les retransmissions radiophoniques des festivit\u00e9s, comme s\u2019il se mettait au service de l\u2019\u00c9glise.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Nous avons surtout explor\u00e9 la dimension politique de la m\u00e9moire de saint Fran\u00e7ois. Qu\u2019en est-il des autres figures de la culture italienne et notamment dans le cin\u00e9ma italien ? Que reste-t-il de Rossellini (Les Onze Fioretti de Fran\u00e7ois d\u2019Assise<\/em>, 1950) et de Pasolini (Des oiseaux petits et gro<\/em>s, 1966) dans notre perception contemporaine du Poverello<\/em> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La figure de Fran\u00e7ois appara\u00eet dans la production cin\u00e9matographique italienne d\u00e8s ses d\u00e9buts, ce qui donne la mesure de l\u2019extr\u00eame popularit\u00e9 du saint d\u2019Assise. Le premier film, San Francesco il poverello d\u2019Assisi<\/em> d\u2019Enrico Guazzoni date de 1911. Le deuxi\u00e8me, Frate Sole<\/em> d\u2019Ugo Falena, remonte \u00e0 1918 et s\u2019inscrit dans un contexte particulier, celui d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie de christomim\u00e9tisme, dont l\u2019exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre est Padre Pio de Pietrelcina, qui aurait re\u00e7u les stigmates au mois de septembre de cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame jour que son illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur de 1224, ce qui n\u2019est \u00e9videmment pas un hasard. <\/p>\n\n\n\n

Les anthropologues du religieux ont interpr\u00e9t\u00e9 cette multiplication de miracles reproduisant la l\u00e9gende franciscaine comme une compensation symbolique de l\u2019exp\u00e9rience de la mort de masse dans les tranch\u00e9es, traumatisme tellement puissant qu\u2019il n\u00e9cessitait de recourir \u00e0 une cat\u00e9gorie de miracle litt\u00e9ralement extraordinaire. <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Puis, \u00e0 l\u2019occasion du 700e anniversaire de 1926, Giulio Antamoro r\u00e9alise Frate Francesco<\/em>, sorti en 1927, dont la facture romantique suscite des r\u00e9serves chez les franciscains, par exemple avec le p\u00e8re Vittorino Facchinetti qui, en r\u00e9action, lance la premi\u00e8re pr\u00e9dication radiophonique, destin\u00e9e \u00e0 durer trois ans, centr\u00e9e sur la vie r\u00e9elle de Fran\u00e7ois. En 1929, le capucin Theodosio Da Voltri prend sa suite, mais dans un sens nationaliste fascisant, ce qui ne contribua pas \u00e0 am\u00e9liorer les relations entre les deux ordres. <\/p>\n\n\n\n

En 1950, le film de Roberto Rossellini rel\u00e8ve quant \u00e0 lui de la veine n\u00e9or\u00e9aliste. Ce qui me semble int\u00e9ressant dans ces diff\u00e9rentes productions est que la figure de Fran\u00e7ois repr\u00e9sente un recours d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de parler de la nation et du peuple italiens, ce qui montre \u00e0 quel point la nationalisation du saint, inaugur\u00e9e au XIXe si\u00e8cle, a fonctionn\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 italienne, chaque cin\u00e9aste retraduisant Fran\u00e7ois dans sa propre grammaire esth\u00e9tique. <\/p>\n\n\n\n

Jusqu\u2019au film de Pasolini, qui est d\u2019abord une m\u00e9ditation pessimiste sur la destruction d\u2019une Italie ancestrale et paysanne par la modernit\u00e9 urbaine et industrielle, avec les deux anti-h\u00e9ros errant dans des paysages de banlieue inachev\u00e9e o\u00f9 se perd le sens de la vie. Pasolini met cette r\u00e9flexion en lien avec les fun\u00e9railles de Palmiro Togliatti, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti communiste mort en 1964, dont les images scandent le r\u00e9cit \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. <\/p>\n\n\n\n

Les deux fils narratifs sont en effet compl\u00e9mentaires : avec la mort de Togliatti se cl\u00f4t, selon le cin\u00e9aste, une \u00e8re de l\u2019histoire du Parti communiste, celle d\u2019un parti puissant capable de s\u2019opposer aux transformations \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la soci\u00e9t\u00e9 italienne et donc la capacit\u00e9 de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du r\u00e8gne de la consommation commerciale. Dans cette vision apocalyptique, qui Pasolini choisit-il de convoquer ? Fran\u00e7ois, celui qui savait parler aux oiseaux et qui pouvait donc faire entrer le surnaturel dans la vie. D\u00e9sormais, plus personne ne sera capable de le faire et les deux h\u00e9ros n\u2019\u00e9coutent plus les coassements d\u2019avertissement du corbeau qui les accompagnent \u2014 ils finissent d\u2019ailleurs par le d\u00e9vorer \u2014, perdus qu\u2019ils sont dans un pays qui a renonc\u00e9 \u00e0 son \u00e2me.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Huit si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort, le saint d\u2019Assise hante toujours la p\u00e9ninsule. Fabien Archambault raconte comment le Poverello<\/em> est devenu, de Mussolini \u00e0 Giorgia Meloni, l\u2019un des grands objets du r\u00e9cit italien<\/p>\n","protected":false},"featured_media":362812,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":24,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[],"editorial_format":[4913],"week":[5194],"geo":[],"class_list":["post-362801","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","editorial_format-essais"],"acf":{"_thumbnail_id":362812,"excerpt":"Huit si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort, le saint d\u2019Assise hante toujours la p\u00e9ninsule. Fabien Archambault raconte comment le Poverello<\/em> est devenu, de Mussolini \u00e0 Giorgia Meloni, l\u2019un des grands objets du r\u00e9cit italien","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Huit si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort, le saint d\u2019Assise hante toujours la p\u00e9ninsule. Fabien Archambault raconte comment le Poverello est devenu, de Mussolini \u00e0 Giorgia Meloni, l\u2019un des grands objets du r\u00e9cit italien\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-10-04T09:47:13+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-04-a-11.38.12.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1846\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"966\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-04-a-11.38.12.png\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"24 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/\",\"name\":\"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png\",\"datePublished\":\"2026-10-04T09:47:09+00:00\",\"dateModified\":\"2026-10-04T09:47:13+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png\",\"width\":936,\"height\":680},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Sundays\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?","og_description":"Huit si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort, le saint d\u2019Assise hante toujours la p\u00e9ninsule. Fabien Archambault raconte comment le Poverello est devenu, de Mussolini \u00e0 Giorgia Meloni, l\u2019un des grands objets du r\u00e9cit italien","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_modified_time":"2026-10-04T09:47:13+00:00","og_image":[{"width":1846,"height":966,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-04-a-11.38.12.png","type":"image\/png"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-04-a-11.38.12.png","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"24 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/","name":"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png","datePublished":"2026-10-04T09:47:09+00:00","dateModified":"2026-10-04T09:47:13+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png","width":936,"height":680},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/a-qui-appartient-saint-francois\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Sundays","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"\u00c0 qui appartient saint Fran\u00e7ois ?"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"lgc_categories":[],"lgc_author":null,"feature_image_summary":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png","width":936,"height":680,"alt":""},"feature_image_cover":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/10\/orchestre.png","width":936,"height":680,"alt":""},"lgc_related_posts":[362668,362608,362600],"lgc_audio":{"available":false,"generated_at":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/362801","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/sunday"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=362801"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/362801\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":362817,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/362801\/revisions\/362817"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/362812"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=362801"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=362801"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=362801"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=362801"},{"taxonomy":"week","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/week?post=362801"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=362801"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}

Jusqu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e9gime, une part importante de la propagande tournera autour de cette figure de nouvel alter Christus<\/em>, capable de faire des miracles <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il y a, par exemple, les enfants malades qui recouvrent la sant\u00e9 parce que leurs parents ont plac\u00e9 une photographie du Duce sous leur oreiller ; en 1936, des sourds-muets retrouvent la parole pour jurer fid\u00e9lit\u00e9 au fondateur de l\u2019Empire ; ou bien des femmes enceintes qui fixent le portrait de Mussolini accroch\u00e9 au mur pour en transmettre les vertus \u00e0 leurs futurs enfants.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Il y a ensuite le mouvement guelfe, ou plut\u00f4t n\u00e9o-guelfe, autour de Vincenzo Gioberti (1801-1852) <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est lui qui, en 1843, \u00e9crit que Fran\u00e7ois est le \u00ab le plus aimable, le plus po\u00e9tique et le plus italien des saints \u00bb, formule consacr\u00e9e en 1939 par Pie XII qui parlera du : \u00ab plus saint des Italiens et le plus italien des saints \u00bb, apr\u00e8s une reprise de Gabriele D\u2019Annunzio en 1919, dans un discours au Capitole. La papaut\u00e9 l\u2019utilise, Mussolini aussi. Il s\u2019agit de gagner le consensus des masses catholiques en mettant en avant une figure qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s populaire.<\/p>\n\n\n\n