{"id":359914,"date":"2026-09-26T07:24:58","date_gmt":"2026-09-26T05:24:58","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&#038;p=359914"},"modified":"2026-09-26T07:25:03","modified_gmt":"2026-09-26T05:25:03","slug":"le-nom-de-lennemi","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-nom-de-lennemi\/","title":{"rendered":"Le nom de l\u2019ennemi"},"content":{"rendered":"\n<p>Je ne me souviens plus quand je me suis \u00e9tonn\u00e9 que Christine Angot s\u2019appel\u00e2t Christine Angot. Une m\u00e8re, Rachel Schwartz, une fille, Christine Angot&#160;: cela ne collait pas. D\u2019autant que le nom d\u2019Angot \u00e9tait celui du p\u00e8re incestueux, pas le type de nom que l\u2019on a envie de porter. La r\u00e9ponse, elle la donne dans son dernier livre. Pendant cinquante ans, elle a port\u00e9 le nom de l\u2019homme qui l\u2019a viol\u00e9e. Dans <em>Je change de nom<\/em>, Christine Angot raconte un si\u00e8cle de filiations interdites \u00e0 Ch\u00e2teauroux, l\u2019inceste comme un \u00ab&#160;troc&#160;\u00bb, le 7 octobre, et la reprise, en avril 2026, du nom de son grand-p\u00e8re juif originaire d\u2019Alexandrie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est elle qui a choisi l\u2019endroit, <em>Le Lutetia<\/em>, sur l\u2019\u00eele Saint-Louis. Elle habite \u00e0 deux pas, elle vient souvent ici \u2013 pas seulement ici, mais souvent. C\u2019est un samedi de soleil et la terrasse est pleine de touristes. Elle ne se plaint pas du surtourisme, elle relativise la pr\u00e9sence des gens de passage et y retrouve m\u00eame ce qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu \u00e0 Ch\u00e2teauroux, rue de l\u2019Indre, autre p\u00e9rim\u00e8tre minuscule, quand elle avait quatre ou cinq ans&#160;: \u00ab&#160;Tout le monde me connaissait. On \u00e9tait identifi\u00e9s, c\u2019\u00e9tait vraiment le quartier. J\u2019\u00e9tais la fille de ma m\u00e8re.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est exactement ainsi que s\u2019ouvre <em>Je change de nom<\/em>&#160;: une petite fille qui va seule \u00e0 l\u2019\u00e9picerie, vit avec sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re dans une maison \u00e0 tourelle dont le jardin descend jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re, se dit \u00ab&#160;parfaitement heureuse&#160;\u00bb, s\u2019appelle Christine Schwartz et \u00e9pelle fi\u00e8rement son nom, S.C.H.W.A.R.T.Z., d\u00e8s qu\u2019elle conna\u00eet l\u2019alphabet.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019associe \u00e0 Ch\u00e2teauroux, \u00e0 Montpellier, rarement \u00e0 Paris. Pourtant, plusieurs de ses livres racontent l\u2019arriv\u00e9e dans la capitale, de <em>Quitter la ville<\/em> \u00e0 <em>La Nuit sur commande<\/em>, \u00ab&#160;comme Julien Sorel, comme dans le roman du XIXe si\u00e8cle&#160;: quelqu\u2019un qui d\u00e9barque et d\u00e9couvre les rues, les soci\u00e9t\u00e9s, comment on se d\u00e9place et surtout comment on se parle, quelles sont les strat\u00e9gies de langage entre les uns et les autres&#160;\u00bb. Elle a une explication&#160;: \u00ab&#160;C\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a qu\u2019on ne m\u2019identifie pas \u00e0 un lieu. J\u2019ai toujours l\u2019air en d\u00e9placement.&#160;\u00bb Le paradoxe, c\u2019est qu\u2019elle ne part presque jamais. Les vacances&#160;? \u00ab&#160;Je ne sais pas comment faire.&#160;\u00bb Pendant dix-huit ans, Claude, son mari, le p\u00e8re de sa fille L\u00e9onore, organisait tout. Aujourd\u2019hui, le seul voyage r\u00e9gulier la conduit \u00e0 Montpellier, chez sa m\u00e8re nonag\u00e9naire.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_1-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1922\"\n        data-pswp-height=\"2560\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_1-330x439.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_1-690x919.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_1-1340x1785.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_1-125x166.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">\u00a9 Bouchra Jarrar<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>La parole de Christine Angot est unique, \u00e0 l\u2019\u00e9crit comme \u00e0 l\u2019oral. Elle ne triche pas avec les mots&#160;; elle ne sait pas, ou, plus exactement, elle ne peut pas. D\u2019ailleurs, elle ne triche avec rien&#160;: elle est <em>cash<\/em> ou rien. C\u2019est en sa compagnie que l\u2019on peut comprendre \u00e0 quoi servent les interviews d\u2019\u00e9crivains. Car oui, je ne sais pas si vous vous posez souvent cette question, mais moi, oui&#160;: \u00e0 quoi bon interviewer des \u00e9crivains&#160;? Pour leur faire r\u00e9sumer leurs livres&#160;? G\u00e9n\u00e9ralement, vous connaissez leurs \u00e9crits mieux qu\u2019eux. C\u2019est bien connu&#160;: une fois le texte publi\u00e9, il ne leur appartient plus. Mais alors, \u00e0 quoi bon&#160;? Eh bien, \u00e0 comprendre l\u2019\u00e9trange machinerie mentale qui leur tient lieu de LLM. Celle de Christine Angot est particuli\u00e8rement singuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un si\u00e8cle sans homme dans la maison<\/h3>\n\n\n\n<p><em>Je change de nom<\/em> est une histoire de femmes. Christine Angot parle d\u2019une \u00ab&#160;r\u00e9p\u00e9tition de sc\u00e9nario f\u00e9minin&#160;\u00bb sur un peu plus de cent ans, \u00e0 des \u00e9poques o\u00f9 une maison sans homme signifie qu\u2019il y a \u00ab&#160;un truc qui ne va pas&#160;\u00bb&#160;: un veuvage, ou une faute contre l\u2019ordre social. \u00ab&#160;\u00c7a passe toujours par une chose sexuelle. \u00c0 un moment, quelqu\u2019un fait un enfant \u00e0 ces femmes, et \u00e7a ne se produit pas dans le cadre du mariage, qui est alors le seul cadre possible, convenable, supportable, int\u00e9grable \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La cha\u00eene commence avec Marie, l\u2019arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, fille de ferme chass\u00e9e enceinte par le propri\u00e9taire, qu\u2019un boucher de Ch\u00e2teauroux, Henri Sigoigne, \u00e9pouse en connaissance de cause avant de reconna\u00eetre l\u2019enfant. Cette enfant, Augustine, ne saura jamais qui est son p\u00e8re. Elle \u00e9pouse Joseph Schwartz, juif n\u00e9 en \u00c9gypte, qui parle une dizaine de langues. Il part pour Alexandrie en 1935 et ne revient qu\u2019en 1948. Treize ans. \u00ab&#160;Je le sais parce que treize ans, c\u2019est l\u2019\u00e2ge que j\u2019ai quand je rencontre mon p\u00e8re. Il y a cette p\u00e9riode de treize ans qui se rejoue.&#160;\u00bb Leur fille Rachel, la m\u00e8re de Christine, s\u2019\u00e9prend en 1958 de Pierre Angot, traducteur \u00e0 la base am\u00e9ricaine de la Martinerie, qui refuse de reconna\u00eetre l\u2019enfant. Seule piste&#160;: le p\u00e8re de Pierre, directeur de collection aux guides Michelin, boulevard Pereire. Il re\u00e7oit Rachel dans son bureau et lui r\u00e9pond que rien ne prouve la paternit\u00e9 de son fils. \u00ab&#160;Voil\u00e0, c\u2019est la fille qui veut se faire \u00e9pouser.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il y voir, comme le sugg\u00e9rerait une psychanalyse de bazar, la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019\u00e9chec&#160;? La r\u00e9ponse fuse&#160;: \u00ab&#160;Franchement, si \u00e7a, c\u2019est un \u00e9chec, je pr\u00e9f\u00e8re cet \u00e9chec-l\u00e0 \u00e0 toute leur s\u00e9rie de r\u00e9ussites avec leurs mariages r\u00e9ussis.&#160;\u00bb Ces femmes \u00ab&#160;s\u2019en sortent, elles assurent&#160;\u00bb. Elle-m\u00eame \u00e9tait \u00ab&#160;extr\u00eamement heureuse&#160;\u00bb dans cette maison de femmes. Et c\u2019est au moment pr\u00e9cis o\u00f9 on la fait entrer dans le cadre, avec la reconnaissance officielle de son p\u00e8re, que le cadre la rejette&#160;: \u00ab&#160;Toute cette volont\u00e9 d\u2019int\u00e9gration dans le cadre dominant, et comme par hasard, ce cadre me rejette. C\u2019est l\u2019humiliation qu\u2019on r\u00e9colte.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Enfant, sa m\u00e8re lui conseillait de dire que son p\u00e8re \u00e9tait mort ou en voyage. Pas divorc\u00e9, puisqu\u2019il n\u2019y avait pas eu de mariage, et qu\u2019un divorce aurait de toute fa\u00e7on brouill\u00e9 \u00ab&#160;l\u2019image sociale positive&#160;\u00bb que le couple mari\u00e9 devait garantir. Elle a longtemps altern\u00e9, puis choisi la mort, \u00ab&#160;pour l\u2019absence de destination et de date de retour&#160;\u00bb. Adulte, elle a pris une d\u00e9cision avant m\u00eame de rencontrer Claude&#160;: si elle avait un enfant, elle serait mari\u00e9e. \u00ab&#160;J\u2019avais entendu toute mon enfance que sinon c\u2019\u00e9tait un probl\u00e8me.&#160;\u00bb Dans le livre, elle le formule autrement&#160;: elle voulait marquer la fin d\u2019un cycle, que \u00e7a s\u2019arr\u00eate avec elle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le nom de l\u2019ennemi<\/h3>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ouvre sur une \u00e9pigraphe tr\u00e8s dure&#160;: il faut conna\u00eetre le nom de son ennemi et, et peut-\u00eatre que, pour le conna\u00eetre, il faut le porter. Pourquoi Angot est-il le nom d\u2019un ennemi&#160;? \u00ab&#160;Parce qu\u2019un viol incestueux est commis par quelqu\u2019un qui est un ennemi. Il faut \u00eatre l\u2019ennemi de son enfant pour commettre un viol incestueux. \u00c7a marche ensemble.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re, elle le d\u00e9crit en quelques traits. Un service militaire effectu\u00e9 en Allemagne plut\u00f4t qu\u2019en Alg\u00e9rie gr\u00e2ce aux recommandations paternelles. Une nuit de 1958, au volant d\u2019une voiture de fonction, au retour d\u2019un rendez-vous avec une fille qui s\u2019est mal pass\u00e9, il renverse un pi\u00e9ton et ne s\u2019arr\u00eate pas. L\u2019homme meurt. Trois mois de prison militaire, puis une intervention au minist\u00e8re. \u00ab&#160;C\u2019est un tueur.&#160;\u00bb Il le raconte \u00e0 Rachel, car \u00ab&#160;la technique de ces gens-l\u00e0 n\u2019est pas de se cacher, enfin, si, se cacher de la soci\u00e9t\u00e9, mais se confier en priv\u00e9, mettre une femme dans la confidence en se faisant plaindre. Un truc psychologique tr\u00e8s tordu.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1972, la loi sur la filiation permet enfin \u00e0 un p\u00e8re mari\u00e9 de reconna\u00eetre un enfant naturel. Rachel insiste pendant des mois, Pierre h\u00e9site, recule, finit par signer \u00e0 la mairie de Ch\u00e2teauroux. Christine Schwartz devient Christine Angot. Qu\u2019en pensait-elle&#160;? \u00ab&#160;Le probl\u00e8me, c\u2019est que \u00e7a ne me fait rien.&#160;\u00bb Sa m\u00e8re lui pose la question \u00ab&#160;avec un tel air r\u00e9joui&#160;\u00bb, elle parle d\u2019\u00eatre comme tous les enfants, de porter enfin le nom de son p\u00e8re, qu\u2019on lui a toujours d\u00e9crit comme un grand amour. \u00ab&#160;\u00c0 partir de quoi je vais lui dire non&#160;?&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers actes commencent d\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1972, au moment m\u00eame o\u00f9 les parents discutent de la proc\u00e9dure. Le livre en propose une lecture presque anthropologique&#160;: un \u00ab&#160;troc&#160;\u00bb entre le nom et l\u2019inceste. D\u2019une main, le p\u00e8re reconna\u00eet sa fille&#160;; de l\u2019autre, il la d\u00e9grade, pour r\u00e9affirmer l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de cette branche que sa famille avait repouss\u00e9e. La signature est authentique, mais vici\u00e9e, et le vice ne se voit pas sur les papiers. \u00ab&#160;Il s\u2019est rembours\u00e9&#160;\u00bb, \u00e9crit-elle en reprenant une vieille expression de juriste, \u00ab&#160;sur la b\u00eate&#160;\u00bb. L\u00e9vi-Strauss faisait de la prohibition de l\u2019inceste la r\u00e8gle qui fonde l\u2019\u00e9change entre les groupes. Angot en d\u00e9crit l\u2019envers&#160;: l\u2019inceste comme instrument de hi\u00e9rarchie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la famille. Il y a l\u00e0 une ironie cruelle&#160;: c\u2019est une conqu\u00eate de l\u2019apr\u00e8s-68, une loi progressiste que Rachel suivait avec passion, qui a ouvert la porte.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_2_2-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1917\"\n        data-pswp-height=\"2560\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_2_2-330x441.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_2_2-690x921.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_2_2-1340x1789.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_2_2-125x167.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">\u00a9 Lucile Boiron \/ Modds<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Pour autant, son rapport au nom reste \u00ab&#160;divis\u00e9&#160;\u00bb. \u00ab&#160;J\u2019aime Christine Angot. C\u2019est le nom de celle qui a \u00e9crit, le nom sur les couvertures, de <em>L\u2019Inceste<\/em> \u00e0 <em>Une semaine de vacances<\/em> en passant par <em>Le Voyage dans l\u2019Est<\/em>. C\u2019est elle qui a port\u00e9 tous ces livres, qui les a assum\u00e9s. Je ne vois pas pourquoi elle serait ostracis\u00e9e, vir\u00e9e. Je ne voudrais pas faire une nouvelle \u00e9puration.&#160;\u00bb Angot restera donc un nom d\u2019\u00e9crivain. Un nom qui, selon l\u2019\u00e9tymologie que lui avait donn\u00e9e son p\u00e8re, veut dire Dieu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une honte utile<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a dans ce livre deux th\u00e8ses qui vont \u00e0 rebours de l\u2019\u00e9poque. La premi\u00e8re concerne la honte. Il ne faut pas dire aux victimes que la honte doit changer de camp. \u00ab&#160;\u00c7a voudrait dire qu\u2019elle ne sera plus port\u00e9e par les victimes, mais par qui alors, les violeurs&#160;? Je n\u2019ai jamais vu un violeur avoir honte. En tout cas, les violeurs que j\u2019ai rencontr\u00e9s n\u2019avaient pas honte. Mon p\u00e8re n\u2019avait pas honte, et au moment o\u00f9 il aurait pu avoir honte, quand des choses ont fini par filtrer, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mourir.&#160;\u00bb Pierre Angot est mort en 1999 de la maladie d\u2019Alzheimer. \u00ab&#160;Comme si on pouvait agir sur la pens\u00e9e des gens. Il faut rester dans le r\u00e9el.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le livre, l\u2019argument va plus loin. Puisque le coupable est fier, et qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 personne n\u2019aurait honte de l\u2019inceste est impensable, c\u2019est l\u2019enfant qui porte la honte, non pour lui-m\u00eame, mais pour son p\u00e8re, par une sorte d\u2019altruisme. D\u2019o\u00f9 cette maxime&#160;: avoir honte, et ne pas avoir honte de sa propre honte. On pense \u00e0 Primo Levi, qui observait que la honte \u00e9choit aux rescap\u00e9s, jamais aux bourreaux. \u00ab&#160;La honte, c\u2019est utile. C\u2019est une fonction sociale, profonde, humaine. Si on dit aux victimes de s\u2019en d\u00e9barrasser, elle va dispara\u00eetre.&#160;\u00bb Surtout, elle est un savoir&#160;: \u00ab&#160;Il n\u2019y a que les victimes qui savent de quoi elle est faite, sur quoi elle s\u2019appuie. Ce savoir-l\u00e0, il est important de pouvoir le transmettre, de trouver des mots qui le d\u00e9crivent.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde th\u00e8se est que l\u2019\u00e9criture ne soigne pas. \u00ab&#160;C\u2019est la m\u00eame id\u00e9e&#160;: il faudrait se soigner, ne pas avoir peur. On nous parle de confort alors qu\u2019on a des choses tr\u00e8s importantes \u00e0 affronter.&#160;\u00bb \u00c9crivez, \u00e7a vous fera du bien&#160;? \u00ab&#160;C\u2019est d\u00e9bile. Je ne dis pas que \u00e7a ne peut pas faire du bien \u00e0 des gens, mais alors ce n\u2019est pas de la litt\u00e9rature. Si tu as la passion de la litt\u00e9rature, ce n\u2019est pas la th\u00e9rapie. Ou alors tu te fais m\u00e9decin.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peu d\u2019\u00e9crivains tiennent autant qu\u2019elle au mot de litt\u00e9rature. \u00ab&#160;C\u2019est un lieu. Un lieu imaginaire, mais un lieu tr\u00e8s particulier.&#160;\u00bb Il a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 celui de sa m\u00e8re, grande lectrice, qui lui lisait des livres \u00e0 voix haute. Aujourd\u2019hui, s\u2019il fallait en nommer un, ce serait <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>&#160;: \u00ab&#160;Quand on ouvre le livre, on est confront\u00e9 \u00e0 de telles preuves de litt\u00e9rature, comme on dit des preuves de vie. C\u2019est fou, \u00e7a produit une sorte de lumi\u00e8re. On ne sait pas ce que c\u2019est, la litt\u00e9rature, mais on s\u2019en rend compte.&#160;\u00bb Le livre raconte aussi sa premi\u00e8re rencontre avec le monde de l\u2019\u00e9dition. \u00c9tudiante en droit, elle annonce \u00e0 son grand-p\u00e8re Joseph qu\u2019elle a \u00e9crit un roman. Il la met en garde&#160;: \u00e7a va lui co\u00fbter tr\u00e8s cher, un de ses amis l\u2019a appris \u00e0 ses d\u00e9pens. Il croit qu\u2019elle veut publier \u00e0 compte d\u2019auteur. Puis, quand il comprend&#160;: \u00ab&#160;Ah, si tu as un talent, c\u2019est autre chose.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Durval, Clovis<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a aussi Didi. Pendant l\u2019Occupation, sans nouvelles de Joseph, son grand-p\u00e8re, Augustine, sa grand-m\u00e8re, a une fille d\u2019un homme mari\u00e9 du quartier de Saint-Christophe&#160;: \u00c9dith, dite Didi. Aucun des deux parents, mari\u00e9s chacun de leur c\u00f4t\u00e9, n\u2019a le droit de la reconna\u00eetre. L\u2019enfant est d\u00e9clar\u00e9e \u00ab&#160;de p\u00e8re et de m\u00e8re inconnus&#160;\u00bb, et l\u2019\u00e9tat civil lui attribue un nom&#160;: Durval. Elle le d\u00e9couvre \u00e0 treize ans, le jour du certificat d\u2019\u00e9tudes, sur l\u2019\u00e9tiquette de sa table. \u00ab&#160;Un mec dans un bureau qui dit&#160;: bon, voil\u00e0 une gamine, il faut lui trouver un nom, tiens, on va mettre \u00e7a. \u00c7a l\u2019a fait souffrir toute sa vie, aujourd\u2019hui encore, \u00e0 plus de quatre-vingts ans.&#160;\u00bb La seule solution fut d\u2019\u00e9pouser, adolescente, Jacques Vidal, et de devenir, comme on disait alors, Madame Jacques Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le proc\u00e9d\u00e9 qui avait servi, un si\u00e8cle plus t\u00f4t, \u00e0 nommer les esclaves affranchis des Antilles. Le compagnon de Christine Angot, Charly Clovis, est n\u00e9 en Martinique et descend de ces hommes et de ces femmes auxquels des officiers d\u2019\u00e9tat civil ont invent\u00e9 des patronymes en 1848. En Martinique, dit-il, on se conna\u00eet par les pr\u00e9noms&#160;; il ignore le nom de famille de la plupart de ses amis. Mais le sien le fait sourire&#160;: lui, s\u2019appeler Clovis, le nom d\u2019un roi&#160;? Avant de conclure, dans le livre, que la personne qui l\u2019a choisi l\u2019a tr\u00e8s bien choisi. \u00ab&#160;On pourrait dire que les noms, c\u2019est accessoire, reprend Christine Angot. Mais porter un nom \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil, ce n\u2019est pas rien. C\u2019est hyper important.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&#160;Je ne peux pas signer&#160;\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>Le nom de Schwartz, elle l\u2019a toujours associ\u00e9 \u00e0 son grand-p\u00e8re. Quand Joseph passait \u00e0 Ch\u00e2teauroux, avec ses deux valises, elle se sentait \u00ab&#160;tr\u00e8s bizarre&#160;\u00bb dans la rue avec lui&#160;: \u00ab&#160;Il ne ressemble \u00e0 personne. Je sens les regards sur lui, et donc les regards sur moi.&#160;\u00bb Il parlait d\u2019Isra\u00ebl, racontait des histoires o\u00f9 il y avait toujours des Juifs, des partenaires de bridge dont il pr\u00e9cisait qu\u2019ils \u00e9taient juifs, et il parlait d\u2019argent, ce que personne ne faisait autour d\u2019elle. Sa m\u00e8re, elle, avait tout rejet\u00e9, la religion comme les langues \u00e9trang\u00e8res. Baptis\u00e9e \u00e0 No\u00ebl 1942, trait\u00e9e de \u00ab&#160;sale Juive&#160;\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, elle a \u00e9lev\u00e9 sa fille dans le catholicisme&#160;: \u00e9cole religieuse, communion.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_3-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1713\"\n        data-pswp-height=\"2560\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_3-330x493.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_3-690x1031.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_3-1340x2002.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/09\/ANGOT_Christine_1_3-125x187.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n                    <figcaption class=\"pswp-caption-content \">Rachael Woodson \u00a9 Flammarion<\/figcaption>\n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Le 7 octobre 2023 a tout d\u00e9plac\u00e9. Christine Angot rentre d\u2019un festival en Corse o\u00f9 elle a sympathis\u00e9 avec une cin\u00e9aste franco-libanaise. Le lendemain de l\u2019attaque, celle-ci lui envoie un texte appelant au cessez-le-feu, couvert de signatures. \u00ab&#160;C\u2019est \u00e9vident que je dois signer. Mais je ne peux pas. Je ne sais pas si je veux ou si je ne veux pas, je ne peux pas. C\u2019est \u00e7a que les gens ne comprennent pas. C\u2019est \u00e7a, la question de l\u2019identit\u00e9.&#160;\u00bb Signer par conformit\u00e9 l\u2019aurait ramen\u00e9e \u00e0 une situation qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 connue&#160;: \u00ab&#160;Une tra\u00eetrise \u00e0 moi-m\u00eame. Quand je change de nom pour m\u2019appeler Angot, ce n\u2019est pas moi qui l\u2019ai organis\u00e9, mais c\u2019est une tra\u00eetrise \u00e0 ma propre personne. Et quand on se trahit soi-m\u00eame, on le paie cher, t\u00f4t ou tard.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui l\u2019a frapp\u00e9e, c\u2019est la vitesse. \u00ab&#160;Le 8 octobre, c\u2019est termin\u00e9. On dit tout de suite&#160;: oui c\u2019est bien triste, mais il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner, mettre un autre peuple dans cette situation ne pouvait produire que \u00e7a. C\u2019est le sens du mot r\u00e9sistance.&#160;\u00bb Et que signifie alors l\u2019appel au cessez-le-feu&#160;? \u00ab&#160;Est-ce qu\u2019on dit&#160;: attention, \u00e7a va tout embraser&#160;? Ou, est-ce qu\u2019on dit que les Juifs attaqu\u00e9s n\u2019ont pas \u00e0 se d\u00e9fendre parce qu\u2019ils sont coupables&#160;?&#160;\u00bb Trois ans plus tard, elle admet qu\u2019il est devenu difficile de rappeler ce moment, tant la guerre a produit d\u2019actes terribles du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien. Le livre, lui, raconte la suite&#160;: l\u2019exposition du CRIF, place des Vosges, o\u00f9 on la remercie d\u2019\u00eatre venue en tant que non-Juive et o\u00f9 elle finit par dire \u00e0 une inconnue qu\u2019elle s\u2019appelle Christine Schwartz&#160;; puis la vid\u00e9o d\u2019une assembl\u00e9e \u00e0 Paris-VIII o\u00f9 une salle enti\u00e8re refuse de condamner le 7 octobre, et la tribune qu\u2019elle \u00e9crit pour dire \u00e0 ces gens qu\u2019ils sont des \u00ab&#160;salauds&#160;\u00bb. Pas d\u2019argument&#160;: il s\u2019agit, \u00e9crit-elle, d\u2019identifier les \u00ab&#160;phrases de salaud&#160;\u00bb, sur l\u2019inceste, comme sur Isra\u00ebl. Le mot est presque sartrien. Mais l\u00e0 o\u00f9 Sartre d\u00e9finissait le Juif comme celui que les autres tiennent pour juif, Angot vit la situation inverse&#160;: on la tient pour non-juive, et ce malentendu lui est devenu insupportable. Elle ne parle pas de juda\u00efsme, faute d\u2019y avoir \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e&#160;: \u00ab&#160;Je dirais l\u2019identit\u00e9 juive.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une langue qui sauve la vie<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a pourtant une langue juive qu\u2019elle revendique, m\u00eame si celle-ci ne l\u2019est pas exclusivement&#160;: la psychanalyse. \u00ab&#160;Si on consid\u00e8re que l\u2019\u00e9coute fait partie de la langue, alors <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/08\/12\/il-ny-a-plus-deurope-centrale-psychanalytique-une-conversation-avec-elisabeth-roudinesco\/\">la psychanalyse est une langue<\/a>. C\u2019est \u00e9couter ce que dit quelqu\u2019un. Cette langue-l\u00e0 m\u2019a sauv\u00e9 la vie. Et si une langue te sauve la vie, tu en es redevable pour toujours.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qui \u00e9claire un scandale racont\u00e9 dans le livre. En Allemagne, \u00e0 Cologne, devant un millier de personnes, une journaliste-vedette qui avait aim\u00e9 ses livres ram\u00e8ne chaque question \u00e0 la m\u00eame injonction&#160;: il faut porter plainte, il faut aller \u00e0 la police. \u00ab&#160;Je ne supporte pas l\u2019instrumentalisation des livres. On te dit&#160;: va porter plainte, parce qu\u2019on ne veut pas \u00e9couter ce que tu sais. Il y a mille choses \u00e0 faire avant. On peut demander&#160;: qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9&#160;? C\u2019\u00e9tait dans quelle ville&#160;? Est-ce qu\u2019il pleuvait&#160;?&#160;\u00bb Elle reste polie, tient bon, le public se retourne contre elle et la hue. Elle leur lance alors qu\u2019il ne m\u00e9rite pas que Freud ait \u00e9crit dans leur langue. Elle n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en Allemagne depuis. On pense \u00e0 <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/tout-allait-mieux-sous-loccupation\/\">Jank\u00e9l\u00e9vitch<\/a>, qui <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/avez-vous-deja-demande-un-grand-pardon\/\">refusait de parler allemand<\/a>. Son reproche est ailleurs&#160;: \u00ab&#160;Ils vivent dans cette langue, mais avec des mentalit\u00e9s de flics, de juges, des r\u00e8gles \u00e9troites. Comme s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une voie. Alors qu\u2019avec la psychanalyse, il y a autant de voies de libert\u00e9 que de personnes.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre en donne une illustration. Des ann\u00e9es apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, elle sonne chez sa veuve \u00e0 Strasbourg, accompagn\u00e9e d\u2019une amie qui filme, et elle met le pied dans la porte pour qu\u2019elle ne se referme pas sur quarante ans de silence. La conversation, retranscrite presque mot pour mot, est un trait\u00e9 de l\u2019inversion&#160;: on y parle de \u00ab&#160;relation&#160;\u00bb plut\u00f4t que de viol, de \u00ab&#160;p\u00e8re absent&#160;\u00bb plut\u00f4t que d\u2019inceste. Quelques mois plus tard, c\u2019est elle qui est convoqu\u00e9e au tribunal.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ni roman ni essai<\/h3>\n\n\n\n<p>Quel est le statut de ce livre dans son \u0153uvre&#160;? \u00ab&#160;Je sens qu\u2019il est un peu \u00e0 part.&#160;\u00bb Ce n\u2019est pas un essai, elle n\u2019en a jamais \u00e9crit, car \u00ab&#160;il y a des \u00e9l\u00e9ments romanesques, qui font que \u00e7a ne peut pas \u00eatre un essai&#160;\u00bb. Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait un roman non plus, m\u00eame si le roman reste \u00ab&#160;ma forme naturelle&#160;\u00bb. Pour en parler, elle sort son t\u00e9l\u00e9phone et lit un message de <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/la-reine-de-paris-yasmina-reza-recoit-a-lhotel-de-labbaye\/\">Yasmina Reza<\/a>, re\u00e7u apr\u00e8s l\u2019envoi du livre&#160;: son \u0153uvre serait unique par une \u00ab&#160;double incidence&#160;\u00bb, la vie et l\u2019\u00e9criture. Ce qui marche d\u2019ordinaire \u00e0 sens unique, de la vie vers l\u2019\u00e9criture, fonctionne chez elle avec autant de force dans l\u2019autre sens. Je change de nom en est la d\u00e9monstration&#160;: un livre o\u00f9 l\u2019on voit l\u2019\u00e9criture produire des effets dans la vie, jusqu\u2019au tribunal, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Que fait un \u00e9crivain quand il n\u2019\u00e9crit pas&#160;? Certains r\u00e9pondent qu\u2019ils attendent le matin. Pour elle, le matin est \u00e9lastique&#160;: pour ce livre, \u00e9crit d\u2019un trait, il commen\u00e7ait t\u00f4t et pouvait durer jusqu\u2019\u00e0 quinze ou seize heures. \u00ab&#160;Apr\u00e8s, il faut se reposer, il faut arr\u00eater.&#160;\u00bb Et ensuite&#160;? \u00ab&#160;Je ne fais pas grand-chose. Je lis. J\u2019essaie d\u2019aller faire un tour dans le quartier, d\u2019\u00eatre dehors.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En avril 2026, une lettre de dix lignes lui apprend que sa demande est accept\u00e9e&#160;: elle se nomme d\u00e9sormais Schwartz. Dans le livre, elle pleure une demi-heure, de joie, puis s\u2019adresse \u00e0 son nom comme \u00e0 une amie d\u2019enfance retrouv\u00e9e. La derni\u00e8re page la ram\u00e8ne \u00e0 Ch\u00e2teauroux, au cimeti\u00e8re, devant une petite tombe grise o\u00f9 trois noms sont grav\u00e9s les uns au-dessus des autres. Le dernier est le sien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment Christine Angot est redevenue Christine Schwartz<\/p>\n","protected":false},"featured_media":359918,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":18,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[4757],"editorial_format":[4912],"week":[5165],"geo":[],"class_list":["post-359914","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-guillaume-erner","editorial_format-un-cafe-avec-le-grand-continent"],"acf":{"_thumbnail_id":359918,"excerpt":"Comment Christine Angot est redevenue Christine Schwartz","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - 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