{"id":358674,"date":"2026-09-19T16:27:54","date_gmt":"2026-09-19T14:27:54","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=358674"},"modified":"2026-09-19T16:27:57","modified_gmt":"2026-09-19T14:27:57","slug":"le-retard-des-etoiles","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-retard-des-etoiles\/","title":{"rendered":"Le retard des \u00e9toiles"},"content":{"rendered":"\n
N\u00e9 le 19 septembre 2026 \u00e0 Nantong, cit\u00e9 industrielle de second rang sise \u00e0 quelque cent vingt kilom\u00e8tres au nord de Shanghai, dans la province du Jiangsu, Wang Zixuan n’avait pas le profil type du jeune premier issu des hautes sph\u00e8res du Parti ou d’une famille de caciques privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n
Enfant unique d’une famille de la grande classe moyenne, il avait un p\u00e8re directeur du contr\u00f4le qualit\u00e9 d’une usine m\u00e9tallurgique et une m\u00e8re au foyer. Wang Zixuan a grandi dans la ti\u00e9deur terre-\u00e0-terre d’un cercle traditionnel, ni opulent ni marqu\u00e9 par le moindre r\u00eave de vanit\u00e9 m\u00e9ritocratique, dont son nom, Wang, qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab roi \u00bb, \u00e9tait peut-\u00eatre le seul reflet.<\/p>\n\n\n\n
Sauf que Wang Zixuan regardait le ciel d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. Pourquoi ? Difficile \u00e0 dire. Peut-\u00eatre parce qu’il avait grandi non loin du mont Langshan, l’une des \u00ab cinq montagnes \u00bb de Nantong, pris\u00e9 des habitants du Jiangsu pour ses temples, ses divinit\u00e9s et sa haute pagode dont la fl\u00e8che est point\u00e9e vers les cieux divins.<\/p>\n\n\n\n
Plus tard, quand il sera reconnu et consult\u00e9, il retracera dans son enfance et son adolescence une \u00ab mystique raccroch\u00e9e \u00e0 l’univers \u00bb. Brillant \u00e9l\u00e8ve, Wang Zixuan se destine t\u00f4t aux sciences. L\u00e0 aussi, sous le signe du ciel. Le d\u00e9clic se serait produit apr\u00e8s sa visite de l’Observatoire de la Montagne Pourpre de Nankin, dans le Jiangsu, longtemps dirig\u00e9 par Zhang Yuzhe (1902-1986), p\u00e8re de l’astronomie moderne chinoise et d\u00e9couvreur de l’ast\u00e9ro\u00efde 1125 China.<\/p>\n\n\n\n
Ing\u00e9nieur form\u00e9 d’abord \u00e0 l’\u00c9cole de math\u00e9matiques de l’universit\u00e9 de Nantong, puis \u00e0 la facult\u00e9 des sciences math\u00e9matiques de l’universit\u00e9 Jiao Tong de Shanghai (SJTU) \u2013 \u00ab le MIT de l’Est \u00bb \u2013, Wang Zixuan passe, apr\u00e8s la guerre de Ta\u00efwan, une ann\u00e9e au Canada \u00e0 l’universit\u00e9 de Toronto pour les \u00e9tudes a\u00e9rospatiales, puis, entre 2052 et 2054, aux \u00c9tats-Unis, au fameux Cornell Institute of Space Robotics and AI Studies. <\/p>\n\n\n\n
Il y a d\u00e9croch\u00e9 un PhD en c\u00e9r\u00e9bro-bionique et en intelligence artificielle hyperg\u00e9n\u00e9rative. Tout ou presque pr\u00e9destinait alors le jeune homme, qui avait grandi dans une Chine fascin\u00e9e par la science occidentale et par les exploits et r\u00eaves cosmiques d’Elon Musk, \u00e0 rester aux \u00c9tats-Unis, d’autant qu’un m\u00e9t\u00e9ore de l’IA am\u00e9ricaine lui avait propos\u00e9 des revenus substantiels.<\/p>\n\n\n\n
Mais l’appel de Langshan a \u00e9t\u00e9 plus fort. Le grand d\u00e9passement des \u00c9tats-Unis par la Chine en 2050 a peut-\u00eatre aussi jou\u00e9 un r\u00f4le. Wang Zixuan a fait partie de cette masse de talents chinois qui, en regagnant leur pays en 2055, ont contribu\u00e9 \u00e0 affronter une crise d\u00e9mographique sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n
Comme beaucoup, il s\u2019int\u00e9resse alors \u00e0 la dichotomie homme-machine et aux r\u00e9alit\u00e9s fragment\u00e9es des univers algorithmiques. Il s\u2019installe \u00e0 Shanghai, se marie et a soixante-seize enfants. Son ralliement au Parti est tardif et n’a co\u00efncid\u00e9 qu\u2019avec son int\u00e9gration \u00e0 la China Aerospace Science and Technology Corporation, o\u00f9 a germ\u00e9 ce qui deviendra le projet d\u2019exploration du mill\u00e9naire.<\/p>\n\n\n\n
C’est en 2059, quelques mois apr\u00e8s que P\u00e9kin a implant\u00e9 sa seconde base sur la face cach\u00e9e de la Lune, que Wang Zixuan r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9unir les billions n\u00e9cessaires pour fonder avec des partenaires fortun\u00e9s, des professeurs, des ing\u00e9nieurs, des astrophysiciens et des scientifiques chevronn\u00e9s, la plateforme China Cosmic AI, un fonds mi-priv\u00e9, mi-public.<\/p>\n\n\n\n
Son objectif pouvait para\u00eetre technique ou marginal : croiser les derni\u00e8res avanc\u00e9es en bionique autonome et en supra-intelligence artificielle afin de les mettre au service de la recherche spatiale.<\/p>\n\n\n\n
Wang Zixuan savait-il alors que, parall\u00e8lement \u00e0 la CNSA (Administration spatiale nationale chinoise), venait de na\u00eetre un g\u00e9ant qui allait devenir bien plus strat\u00e9gique que toute autre entreprise spatiale dans le pays et trois fois plus puissant que le chinois Moonshot 2 capitalis\u00e9 \u00e0 550 milliards de yuans ? La toile de supercalculateurs de classe gigawatt et la constellation de super-satellites autonomes de classe Gaojing 5, mise en orbite par P\u00e9kin entre 2035 et 2045 pour rivaliser avec la superstructure orbitale am\u00e9ricaine, avaient d\u00e9j\u00e0 tout chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n
En 2064, gr\u00e2ce \u00e0 China Cosmic AI, Wang Zixuan et ses \u00e9quipes r\u00e9volutionnent l’id\u00e9e m\u00eame de l’orbite g\u00e9ostationnaire et g\u00e9ostrat\u00e9gique, en mettant au point un projet de m\u00e9ga-constellation de \u00ab satellites-cerveaux \u00bb interconnect\u00e9s, capables de g\u00e9rer, en essaim et en mode autonome, sans aucune intervention humaine, leur propre interop\u00e9rabilit\u00e9 : \u00e0 des fins d’observation de la Terre et de l’espace, d’analyse de giga-donn\u00e9es terrestres et spatiales \u00e0 la nanoseconde, mais aussi de supervision de man\u0153uvres d\u00e9fensives voire offensives produisant une obsolescence radicale de la guerre humaine.<\/p>\n\n\n\n
\u00ab Des satellites-cerveaux interconnect\u00e9s ont l’avantage d’une autonomie programm\u00e9e sur des dizaines voire des centaines d’ann\u00e9es, de quoi envisager le projet d’une base flottante autour de V\u00e9nus \u00bb, expliquait alors Wang Zixuan qui cherchait encore \u00e0 cacher la vraie direction de sa d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n
Dans les ann\u00e9es suivantes China Cosmic AI produira plusieurs milliers de cosmonautes humano\u00efdes et exosquelettes \u00e0 r\u00e9gulation m\u00e9tabolique, tous programm\u00e9s pour des voyages interplan\u00e9taires intemporels. Ils seront essentiels pour le d\u00e9veloppement de la premi\u00e8re ville lunaire chinoise (35 000 luno-r\u00e9sidents stables), d’une nouvelle implantation sur Mars (350 000 sino-martiens) et de la colonisation d\u2019Europe, la lune de Jupiter.<\/p>\n\n\n\n
Tout \u00e9tait alors en place, ou presque.<\/p>\n\n\n\n
Il ne lui manquait plus qu’une chose pour accomplir son r\u00eave le plus fou : un moteur.<\/p>\n\n\n\n
Il lui faudra une d\u00e9cennie pour l’obtenir.<\/p>\n\n\n\n
L’image appartient \u00e0 l’histoire. En 2075, au Palais de l’Assembl\u00e9e du peuple du Nouveau P\u00e9kin, Wang Zixuan re\u00e7oit les honneurs du Parti communiste interplan\u00e9taire et la m\u00e9daille de la Science pour avoir con\u00e7u le moteur nucl\u00e9aire thermique le plus puissant jamais construit, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour cette occasion. <\/p>\n\n\n\n
Il a quarante-huit ans. Ce sera sa derni\u00e8re apparition publique.<\/p>\n\n\n\n
Ce jour-l\u00e0, il embarque, seul humain au milieu d’un \u00e9quipage d’humano\u00efdes, \u00e0 bord d’un vaisseau capable d’atteindre, au gr\u00e9 d’acc\u00e9l\u00e9rations successives, des vitesses proches de celle de la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n
L’odyss\u00e9e devait durer plusieurs d\u00e9cennies et le mener vers les confins du cosmos. Aucun retour n’\u00e9tait pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n
La nouvelle nous est parvenue hier. Comme tous les derniers messages du vaisseau, elle avait voyag\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n
L’enfant de Nantong qui levait les yeux vers la fl\u00e8che de la pagode de Langshan a achev\u00e9 son voyage humain \u00e0 l’\u00e2ge de quatre-vingt-dix-huit ans, en temps de bord. <\/p>\n\n\n\n
Sur Terre, plus de deux si\u00e8cles ont pass\u00e9 depuis son d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n
Fid\u00e8le \u00e0 sa mystique stellaire, Wang Zixuan a rejoint les \u00e9toiles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
Histoire du dernier voyage de Wang Zixuan \u738b\u5b50\u8f69 (2026-2287), parti \u00e0 quarante-huit ans pour rapprocher la Chine du ciel<\/p>\n","protected":false},"featured_media":358654,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":1,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[5159],"editorial_format":[4917],"week":[5145],"geo":[],"class_list":["post-358674","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-michel-temman","editorial_format-necrologie-inversee"],"acf":{"_thumbnail_id":358654,"excerpt":"Histoire du dernier voyage de Wang Zixuan \u738b\u5b50\u8f69 (2026-2287), parti \u00e0 quarante-huit ans pour rapprocher la Chine du ciel","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n