{"id":356859,"date":"2026-09-10T19:18:27","date_gmt":"2026-09-10T17:18:27","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=356859"},"modified":"2026-09-10T19:18:34","modified_gmt":"2026-09-10T17:18:34","slug":"jaimerais-tant-demeurer-dans-un-bel-avenir","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/jaimerais-tant-demeurer-dans-un-bel-avenir\/","title":{"rendered":"J\u2019aimerais tant demeurer dans un bel avenir"},"content":{"rendered":"\n
J\u2019ai \u00e9crit ce texte \u00e0 l\u2019aide d\u2019un assistant vocal. \u00c7a veut dire que je l\u2019ai dict\u00e9 et tout ce que j\u2019ai dit a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 directement en mots et en phrases pos\u00e9s sur le papier. Bien s\u00fbr, j\u2019ai ensuite relu le texte. Je pr\u00e9cise cela par souci de transparence, et le fait que je le pose ici sert sans doute \u2013 avant tout pour moi-m\u00eame \u2013 \u00e0 le prouver. C\u2019est \u00e9trange, mais j\u2019esp\u00e8re que l\u2019on verra \u00e0 quel point, en r\u00e9alit\u00e9, il me reste peu de temps dans mon quotidien pour coucher sur le papier des pens\u00e9es sur l\u2019Europe. Pour r\u00e9fl\u00e9chir tout court. Je suis artiste, et mes pens\u00e9es sont fantaisistes, peu claires et fr\u00e9n\u00e9tiques. Elles sautent d\u2019une chose \u00e0 l\u2019autre, et s\u2019attardent parfois \u00e0 des choses en apparence aussi insignifiantes qu\u2019un nuage. Voici d\u00e9j\u00e0 les premi\u00e8res fronti\u00e8res auxquelles je r\u00e9fl\u00e9chis souvent : qui a, au juste, la possibilit\u00e9 de penser \u00e0 l\u2019Europe ? \u00c0 quel moment et de quelle mani\u00e8re ? Si j\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un qui tenait un asile pour de vieilles vaches laiti\u00e8res, si j\u2019exploitais un alpage, si j\u2019\u00e9tais ministre des Finances, est-ce que je penserais autrement \u00e0 l\u2019Europe ? Est-ce que je r\u00e9fl\u00e9chis seulement \u00e0 l\u2019Europe ? Je ne peux mener cette r\u00e9flexion que sous une forme d\u2019imitation. Je ne peux qu\u2019imiter, c\u2019est-\u00e0-dire montrer avec ce texte comment l\u2019Europe se pr\u00e9sente \u00e0 moi dans mon quotidien, dans ma vie. L\u2019Europe telle qu\u2019elle flotte dans ma vie, ou \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019Europe telle qu\u2019elle m\u2019enserre, telle que je dois m\u2019imaginer moi-m\u00eame, une fois \u00e9chapp\u00e9e de son \u00e9treinte.<\/p>\n\n\n\n
Quand j\u2019\u00e9tais petite, lorsqu\u2019on me demandait ce que c\u2019\u00e9tait l\u2019Europe, je connaissais seulement l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche et l\u2019Italie. La r\u00e9gion autrichienne du Tyrol jouxte directement la localit\u00e9 o\u00f9 j\u2019ai grandi. Il suffit de descendre \u00e0 pied, dix minutes, la rue principale, en direction des premi\u00e8res montagnes des Alpes vers le Sud, puis de passer devant la station du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique qui monte jusqu\u2019\u00e0 notre montagne \u00e0 nous. Encore quelques pas, et on arrive \u00e0 la fronti\u00e8re, qui serait aujourd\u2019hui \u00e0 peu pr\u00e8s invisible n\u2019\u00e9tait l\u2019ancien poste de douane, devenu entre-temps un g\u00eete que l\u2019on peut louer. Le poste de douane ressemble un peu \u00e0 une chapelle, avec son toit incurv\u00e9. Autrefois, \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, se trouvait sur la route une cabine vitr\u00e9e dans laquelle \u00e9tait assis un garde-fronti\u00e8re, avec une barri\u00e8re rouge et blanche. <\/p>\n\n\n\n
En th\u00e9orie, si l\u2019on voulait poursuivre sa route en voiture, il fallait pr\u00e9senter son passeport au garde-fronti\u00e8re. Mais, nous, qui venions du village voisin, on nous faisait g\u00e9n\u00e9ralement signe de passer. En quelque sorte, on se connaissait. Lorsque nous passions la fronti\u00e8re pour entrer en Autriche, c\u2019\u00e9tait uniquement pour continuer vers l\u2019Italie, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Adriatique ou sur l\u2019\u00eele d\u2019Elbe, o\u00f9 nous passions chaque ann\u00e9e les vacances de la Pentec\u00f4te. La fronti\u00e8re italienne se trouvait quelque part avant le Brenner. \u00c0 chaque fois, je me souviens que mon c\u0153ur bondissait au moment o\u00f9 nous franchissions la fronti\u00e8re. L\u00e0 encore, on nous faisait g\u00e9n\u00e9ralement signe de passer. Nous \u00e9tions des touristes, facilement reconnaissables. Nous ne fomentions aucun mauvais coup, et nous ne faisions pas de contrebande.<\/p>\n\n\n\n
Au cours des quarante-cinq ann\u00e9es qui se sont \u00e9coul\u00e9es depuis mon dernier voyage en vacances avec mes parents, pas mal de choses se sont pass\u00e9es. Les barri\u00e8res et les cabines \u00e0 la fronti\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mont\u00e9es mais, depuis quelque temps, on les voit r\u00e9appara\u00eetre. Peut-\u00eatre pas les barri\u00e8res au sens mat\u00e9riel du terme mais, chaque fois ou presque que je prends le train, mon passeport est contr\u00f4l\u00e9. Des policiers lourdement arm\u00e9s traversent la rame, et, \u00e0 chaque fois, il me semble que les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res sont bien plus cons\u00e9quents que ceux de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je partais en Italie avec mes parents et o\u00f9, presque toujours, on nous faisait signe de passer. Il semble que tout soit devenu plus dangereux. Rien n\u2019est plus comme avant, o\u00f9 \u00e7a semblait n’\u00eatre qu\u2019une simple formalit\u00e9 (bien s\u00fbr, quand j\u2019\u00e9tais petite et qu\u2019on passait la fronti\u00e8re vers l\u2019Autriche et l\u2019Italie, j\u2019ignorais encore tout de la fronti\u00e8re qui divise de l\u2019int\u00e9rieur l\u2019Allemagne). <\/p>\n\n\n\n\n\n J\u2019ai appris r\u00e9cemment par un podcast que la Commission europ\u00e9enne adresse \u00e0 l\u2019Allemagne et \u00e0 huit autres \u00c9tats de l\u2019Union une recommandation visant \u00e0 r\u00e9duire ces contr\u00f4les aux fronti\u00e8res et \u00e0 revenir sur leur syst\u00e9maticit\u00e9. Car la libre circulation pr\u00e9vaut au sein de l\u2019espace Schengen, et les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res sont contraires au droit europ\u00e9en. Le podcast explique que de toute fa\u00e7on le syst\u00e8me d\u2019asile est en train de changer, et que, pour cette raison, les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res vont bient\u00f4t changer de nature. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ignore comment tout cela va \u00e9voluer. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la joie que j\u2019\u00e9prouvais \u00e9tait-elle trop na\u00efve, au moment o\u00f9 les fronti\u00e8res semblaient s\u2019\u00e9crouler de toutes parts et que quelque chose comme une utopie semblait se concr\u00e9tiser ? Une utopie qui ressemblait presque aux pens\u00e9es enfantines que j\u2019avais autrefois quand je m\u2019imaginais qu\u2019il vaudrait mieux que les pays n\u2019existent plus. Que la Terre enti\u00e8re devrait appartenir \u00e0 ses habitants, et que nous nous la partagerions comme je partageais mes bonbons avec mes amis filles et gar\u00e7ons. <\/p>\n\n\n\n Mais revenons \u00e0 mon enfance. \u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019Autriche, ce n\u2019\u00e9tait pas \u00ab l\u2019\u00e9tranger \u00bb comme l\u2019Italie : d\u00e9j\u00e0, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame langue, m\u00eame si elle sonnait un peu diff\u00e9remment. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 contrario, l\u2019Italie se trouvait tr\u00e8s loin de la maison, et puis c\u2019\u00e9tait une autre langue, une autre nourriture. Sur notre route, en direction de la mer, lorsque nous faisions halte \u00e0 Florence, l\u00e0, nous faisions vraiment l\u2019exp\u00e9rience (c\u2019est du moins ce dont j\u2019avais l\u2019impression) de personnes qui venaient des quatre coins du monde, qui avaient des couleurs de peau diff\u00e9rentes et des styles vestimentaires que je n\u2019avais jamais vus dans notre petite localit\u00e9 perdue dans les montagnes. Et puis, il y avait l\u2019argent. En Autriche aussi l\u2019argent \u00e9tait diff\u00e9rent de celui qu\u2019il y avait en Allemagne \u2013 mais nous n\u2019y d\u00e9pensions rien. Ce n\u2019est qu\u2019une fois arriv\u00e9s en Italie que mes parents d\u00e9nouaient les nombreux billets de lires tout froiss\u00e9s. \u00c7a me fascinait de constater que deux boules de glace co\u00fbtaient une somme tellement \u00e9lev\u00e9e que, pour l\u2019atteindre, je devais fi\u00e8rement d\u00e9poser sur le comptoir une liasse de billets. \u00c0 chaque fois, je me disais que je devais \u00eatre incroyablement riche avec tout cet argent.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re fois que je me suis sentie v\u00e9ritablement europ\u00e9enne, c\u2019est lorsque l\u2019Euro a \u00e9t\u00e9 introduit. J\u2019ai trouv\u00e9 cela g\u00e9nial, et pas seulement parce que cela nous \u00e9vitait les fastidieux changements de monnaie et les conversions. La monnaie commune faisait na\u00eetre en moi une \u00e9trange sensation de bonheur. Ou plut\u00f4t non, ce n\u2019\u00e9tait pas la monnaie elle-m\u00eame, mais le geste, l\u2019acte accompli ensemble par tant de pays europ\u00e9ens. Je trouvais cela cool, je ne sais pas comment l\u2019exprimer autrement. Une sorte d\u2019enthousiasme devant le progr\u00e8s. Une sensation de bonheur ind\u00e9finissable, une joie tourn\u00e9e vers l\u2019avenir, dans lequel nous avions soudain l\u2019impression de nous trouver.<\/p>\n\n\n\n Bien avant cela, en 1985, je suis partie \u00e0 Londres avec mon petit ami de l’\u00e9poque. Nous avons pass\u00e9 trois semaines au camping de Crystal Palace, car tout autre h\u00e9bergement \u00e9tait trop cher pour nous.<\/p>\n\n\n\n\n\n L\u00e0 encore, je me souviens de la monnaie. J\u2019aimais bien les pi\u00e8ces d\u2019un livre, \u00e9paisses et lourdes. Si elles n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 aussi lourdes, elles auraient pu passer pour ces pi\u00e8ces en chocolat envelopp\u00e9es dans du papier d\u2019or que l\u2019on m\u2019offrait toujours \u00e0 No\u00ebl, quand j\u2019\u00e9tais petite, dans un filet en plastique rouge. Je me souviens encore de nos difficult\u00e9s avec la monnaie, de nos calculs sans fin et, au fur et \u00e0 mesure, de notre prise de conscience du co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la vie. Ainsi, durant ces trois semaines \u00e0 Londres, nous nous sommes nourris de macaronis en conserve, de toasts pas grill\u00e9s et mous, et d\u2019une foultitude de confitures d\u2019orange (une sp\u00e9cialit\u00e9 anglaise, comme j\u2019en fis l\u2019exp\u00e9rience). De confitures pleines de morceaux d\u2019\u00e9corce d\u2019orange, gros ou fins, ou alors sans morceaux du tout, ou encore avec de petits morceaux pleins de p\u00e9pins. Pour autant, le fait de ne pas trouver ce genre de confitures en Allemagne ne m\u2019a n\u00e9cessairement permis de concevoir une ample notion de ce qu\u2019est l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin de nos vacances que cette notion s\u2019est peu \u00e0 peu pr\u00e9cis\u00e9e, sous les traits d\u2019un Am\u00e9ricain venu des \u00c9tats-Unis. Un jeune homme de notre \u00e2ge, Adam, qui attendait avec mon copain et moi \u00e0 un arr\u00eat de bus pour se rendre \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Gatwick. Nous sommes rest\u00e9s une bonne heure \u00e0 l\u2019arr\u00eat sans qu\u2019aucun bus n\u2019arrive, puis je suis entr\u00e9e dans l\u2019un des magasins \u00e0 c\u00f4t\u00e9 pour me renseigner. Tout ce temps nous avions attendu au mauvais arr\u00eat. Mon copain et moi nous sommes dirig\u00e9s vers le bon arr\u00eat de bus, et nous avons emmen\u00e9 le jeune homme avec nous. Pendant le trajet vers l\u2019a\u00e9roport et pendant que nous attendions nos vols respectifs, nous avions fait connaissance et, avant de nous diriger vers nos portes d\u2019embarquement, nous avons \u00e9chang\u00e9 nos adresses. Nous nous sommes ensuite souvent \u00e9crit \u2013 ces lettres bleu clair, au papier fin, de la poste a\u00e9rienne. <\/p>\n\n\n\n Un an plus tard, il est venu passer six mois en Allemagne pour \u00e9tudier la philosophie \u00e0 Marbourg. Il souhaitait d\u00e9buter son s\u00e9jour par un long p\u00e9riple \u00e0 travers le pays et d’autres destinations europ\u00e9ennes. Depuis Marbourg, il s’est d’abord rendu \u00e0 Munich o\u00f9 j’habitais \u00e0 l’\u00e9poque. Nous avions pr\u00e9vu de passer quelques jours ensemble. Adam m\u2019a expliqu\u00e9 son itin\u00e9raire : il se rendait de Munich \u00e0 Hambourg, puis de l\u00e0 \u00e0 Vienne, avant de poursuivre vers Francfort, Berlin-Ouest, Cologne, d\u2019o\u00f9 il reviendrait \u00e0 Munich en passant par chez moi, puis Amsterdam, Florence, la c\u00f4te de la mer du Nord en Frise orientale, puis Paris avant de revenir \u00e0 Marbourg.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Quel itin\u00e9raire en dents de scie ! \u00bb, lui ai-je dit, en lui conseillant de voyager d\u2019abord vers le Sud, puis de passer par le centre pour rejoindre l\u2019Ouest, avant de se diriger vers le Nord.<\/p>\n\n\n\n Mais Adam ne voyait absolument pas ce que je voulais dire. Pour lui, l\u2019Europe de l\u2019Ouest \u00e9tait si petite que les distances n\u2019avaient aucune importance. Elles \u00e9taient comme nivel\u00e9es, tout se trouvait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame distance. Peu importait quelle direction on prenait, peu importait quand on y allait. Adam parcourait notre petit bout d\u2019Europe avec la perception qu\u2019un g\u00e9ant a de l\u2019espace : un seul pas lui suffisait pour aller tr\u00e8s loin, pour ainsi dire presque partout. J\u2019appris qu\u2019en Europe, selon toute vraisemblance, nous avions une perception diff\u00e9rente de l\u2019espace, de la distance g\u00e9ographique, de l\u2019\u00e9tendue. Ce qui para\u00eet loin pour nous est proche aux yeux des habitants des autres continents.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, cette sensation de ce qui est proche ou lointain a pris pour moi une dimension inqui\u00e9tante. J\u2019ai pris conscience de la proximit\u00e9 des fronti\u00e8res ukrainiennes, alors que j\u2019avais toujours pens\u00e9 que l\u2019Ukraine se trouvait tr\u00e8s loin. Et pourtant, non. Cette terrible guerre d\u2019agression men\u00e9e par la Russie est, en r\u00e9alit\u00e9, tellement proche. Les menaces aussi. Notamment celles qui p\u00e8sent sur les pays voisins \u2013 la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l\u2019Estonie \u2013 qui, apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, se sont rapproch\u00e9s de nous \u2013 \u00e0 un niveau compl\u00e8tement diff\u00e9rent, sur le plan politique, des id\u00e9es et de la culture. Des pays qui, au fil des ann\u00e9es, m\u2019\u00e9taient devenus de plus en plus familiers. Des pays dans lesquels mon roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, des pays dans lesquels mes po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 traduits. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 plusieurs lectures en Pologne et en Tch\u00e9quie. Pendant longtemps, cette proximit\u00e9 avait eu pour moi une connotation heureuse, faite de joie et de curiosit\u00e9, et \u00e9tait remplie du sentiment d\u2019une appartenance commune qui allait s’accro\u00eetre. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, cette proximit\u00e9 fait na\u00eetre en moi un tout autre sentiment. Moins celui d\u2019une menace concr\u00e8te et personnelle (pas encore) que celui d\u2019une peur diffuse. D\u2019abord pour les Ukrainiens, puis pour les voisins g\u00e9ographiquement les plus proches de l\u2019Europe de l\u2019Est. \u00c0 cela s\u2019ajoute une autre peur que je ne peux d\u00e9crire qu\u2019en ces termes : qu\u2019on nous prive \u00e0 nouveau de cette sensation d’appartenance commune et de proximit\u00e9 entre voisins. Pas que des barri\u00e8res reviennent, mais directement des hautes cl\u00f4tures. Que l\u2019on revienne m\u00eame \u00e0 une situation pire que celle des fronti\u00e8res de mon enfance, o\u00f9 l\u2019on ne laissera plus passer personne d\u2019un simple signe de la main. <\/p>\n\n\n\n La peur, d\u2019une part, d\u2019un despote terrifiant, mais aussi au-del\u00e0 de \u00e7a, la peur que repr\u00e9sentent les forces de l\u2019extr\u00eame droite en Allemagne et de l\u2019AfD. La peur des partis d\u2019extr\u00eame droite pr\u00e9sents dans de nombreux pays de l\u2019Union, qui veulent nous pr\u00e9cipiter hors de cet avenir dans lequel pourtant nous nous trouvions d\u00e9j\u00e0, pour nous rejeter dans une \u00e9poque qui n\u2019existe plus.<\/p>\n\n\n\n Je ne suis pas une experte en politique, et c\u2019est pourquoi cette peur ne peut \u00eatre que diffuse et ind\u00e9finie. Pourtant, elle n\u2019est certainement pas infond\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ai le sentiment qu\u2019il y a vingt-cinq ou trente ans, nous \u00e9tions sur la bonne voie. Qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, une id\u00e9e de ce qu’est l’Europe \u00e9tait justement en train de s\u2019affirmer, de devenir plus intense, plus joyeuse, que l\u2019utopie \u00e9tait en train de devenir r\u00e9alit\u00e9. Une utopie que \u2013 \u00e0 un \u00e9poque o\u00f9 l\u2019Allemagne, comme l\u2019Europe, \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e \u2013 je n\u2019\u00e9tais pas m\u00eame capable d\u2019imaginer, tant cela me semblait impossible.<\/p>\n\n\n\n Toutes les avanc\u00e9es dont \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sans \u00eatre particuli\u00e8rement engag\u00e9e politiquement, je ressentais pourtant les effets chaque jour, toutes ces avanc\u00e9es semblent aujourd\u2019hui se d\u00e9sagr\u00e9ger, s\u2019effriter, et cela me remplit de tristesse. Cela me renvoie aussi \u00e0 ma propre finitude et \u00e0 la vanit\u00e9 de notre br\u00e8ve vie humaine.<\/p>\n\n\n\n Une fois que je ne serai plus de ce monde, que ressentiront mes filles dans cette Europe ? Comment se d\u00e9placeront-elles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace ? \u00c0 quelles menaces seront-elles expos\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n\n\n Je consacre une part non n\u00e9gligeable de l\u2019argent que j\u2019ai gagn\u00e9 gr\u00e2ce au Prix du Livre allemand et \u00e0 la vente de mon roman Salut, tu vas bien ?<\/em> \u00e0 financer les voyages de mes filles \u00e0 travers l\u2019Europe. Autrefois, je n\u2019avais pas les moyens de le faire, mais maintenant, je veux qu\u2019elles d\u00e9couvrent l\u2019Europe (et aussi d\u2019autres r\u00e9gions du monde), tant que cela reste possible. C\u2019est vraiment le sentiment que j\u2019ai : un jour, il sera tr\u00e8s difficile de voyager. <\/p>\n\n\n\n Pour ma part, \u00e0 ce jour, je ne suis sortie d\u2019Europe qu\u2019une seule fois. C\u2019\u00e9tait en 2015, lors d\u2019un s\u00e9jour en Isra\u00ebl dans le cadre d\u2019un programme de traduction de po\u00e9sie r\u00e9unissant des auteurs allemands et isra\u00e9liens. En Isra\u00ebl, j\u2019\u00e9tais \u00e9videmment moins une Europ\u00e9enne. En Isra\u00ebl, j\u2019\u00e9tais une Allemande. D\u2019une certaine mani\u00e8re (qui fut douloureuse), je ne me suis jamais sentie aussi Allemande que durant ces cinq jours. Je crois que cela se passe d\u2019explications suppl\u00e9mentaires. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 part cela, mon identit\u00e9 allemande m\u2019est parfaitement indiff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n Je ne sais m\u00eame pas si je me sens europ\u00e9enne. Plus europ\u00e9enne qu\u2019Allemande en tout cas. Mais comme je vis au beau milieu de l\u2019Europe, je suis incapable de dire \u00e0 quoi ressemble cette Europe. Il me faudrait prendre du recul, avoir un regard ext\u00e9rieur, s\u00e9journer plusieurs fois en dehors de l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Revenons \u00e0 mon roman Salut, tu vas bien ?<\/em> <\/p>\n\n\n\n Moi aussi, comme Junon<\/a>, j\u2019ai menti en r\u00e9pondant aux scammers. C\u2019\u00e9tait vers 2019, il y a donc d\u00e9j\u00e0 pas mal de temps. Je racontais \u00e0 ces scammers que j\u2019\u00e9tais une riche veuve allemande qui avait \u00e9migr\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef et qui y \u00e9levait des serpents. \u00c0 cette \u00e9poque, la plupart d\u2019entre eux trouvaient ma pr\u00e9tendue fortune tellement attrayante qu\u2019ils voulaient absolument me croire. Duba\u00ef, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019Europe, mais moi, j\u2019\u00e9tais l\u2019Europe. Il y avait aussi un scammer qui \u2013 chose d\u2019ailleurs assez courante \u2013 se faisait passer pour un danseur dans une \u00e9cole de danse en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Par l\u2019entremise de mes relations avec le monde de la danse, il tentait d\u2019obtenir une invitation pour voyager en Europe. \u00c0 l’\u00e9poque, il \u00e9tait encore relativement facile de voir que les photos et vid\u00e9os qu\u2019il m\u2019envoyait \u00e9taient des deepfakes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n \u00c7a faisait d\u00e9j\u00e0 un moment que je n\u2019avais plus envie de mentir. J\u2019ai racont\u00e9 au soi-disant scammer-danseur que, si je l\u2019invitais en tant que danseur \u00e0 danser pour une production, il n\u2019obtiendrait qu\u2019un visa de travail de courte dur\u00e9e. Qu\u2019au-del\u00e0 de la dur\u00e9e de validit\u00e9 du visa, il ne pourrait rester qu\u2019ill\u00e9galement dans le pays. \u00c9videmment, il \u00e9tait au courant. <\/p>\n\n\n\n Il \u00e9tait au courant qu\u2019on ne le laisserait pas travailler, qu\u2019il lui faudrait peut-\u00eatre dealer<\/em> de la drogue, qu\u2019il n\u2019aurait pas trop le choix. Qu\u2019il lui faudrait sans doute vivre \u00e0 dix dans un deux-pi\u00e8ces. Qu\u2019il n\u2019aurait pas acc\u00e8s aux soins m\u00e9dicaux ni aux aides de l\u2019\u00c9tat. Mais cela ne semblait pas le d\u00e9ranger. Ou il ne me croyait pas, ou, \u00e0 ses yeux, tout ceci valait mieux que sa vie en C\u00f4te d\u2019Ivoire. <\/p>\n\n\n\n Il est important de pr\u00e9ciser que ce \u00ab monde du scam \u00bb a chang\u00e9 depuis lors. Les escroqueries en ligne sont de moins en moins le fait d\u2019individus isol\u00e9s, comme ceux auxquels j\u2019avais affaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avant la pand\u00e9mie de Covid-19, et qui, d\u2019apr\u00e8s les statistiques, venaient souvent de pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Depuis, les innombrables formes d\u2019escroqueries en ligne se sont d\u00e9localis\u00e9es principalement vers l\u2019Asie du Sud-Est \u2013 notamment au Laos \u2013 o\u00f9 elles sont pratiqu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle par des r\u00e9seaux organis\u00e9s, gr\u00e2ce au travail forc\u00e9 et aux enl\u00e8vements. Ainsi, on attire des personnes issues de pays africains avec des offres d\u2019emploi dans la restauration, on leur paie leurs billets d\u2019avion, puis elles doivent commencer par rembourser cette avance en travaillant dans les usines \u00e0 scam. Cela fait d\u00e9j\u00e0 un moment qu\u2019il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019escroquer l\u2019Europe mais le monde entier. De la m\u00eame mani\u00e8re, ces individus ne cherchent plus \u00e0 rejoindre l\u2019Europe ; ils vivent tr\u00e8s bien de leurs activit\u00e9s en Asie du Sud-Est.<\/p>\n\n\n\n\n\n Y a-t-il eu d\u2019autres moments o\u00f9 je me suis vraiment sentie europ\u00e9enne ? Encore une fois, sans doute en face de mon ami am\u00e9ricain de l\u2019\u00e9poque, Adam, pour qui l\u2019Europe \u00e9tait tellement minuscule qu\u2019on ne pouvait \u00e9prouver la distance. Mais il ne s\u2019\u00e9tait pas rendu ici pour \u00e9prouver la petitesse de l\u2019Europe ni parce que les distances y \u00e9taient r\u00e9duites, mais bien pour \u00e9tudier la philosophie, l\u2019immense champ de la philosophie europ\u00e9enne, de Platon \u00e0 Hegel, Descartes, Heidegger et Foucault. <\/p>\n\n\n\n Nous n\u2019en parlions pas tr\u00e8s souvent. Pourtant, j\u2019avais le sentiment qu\u2019Adam portait en lui une forme de m\u00e9lancolie. Que cette pens\u00e9e vieille de plusieurs si\u00e8cles lui donnait un aper\u00e7u de dimensions qu\u2019il ne connaissait pas. Si l\u2019Europe n\u2019avait pour lui aucune existence spatiale, elle \u00e9tait pourtant dot\u00e9e d\u2019une dimension temporelle qui pouvait facilement \u00e9veiller une sorte de frisson path\u00e9tique d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Ailleurs, l’histoire intellectuelle est tout aussi ancienne, complexe, et elle m\u00e8ne tout autant aux questions o\u00f9 l\u2019on se trouve confront\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ai justement sur mon bureau un volume consacr\u00e9 \u00e0 la philosophie en Afrique, et je sais au moins que, sur le continent africain, il existait et il existe des concepts complexes de l\u2019oralit\u00e9, alors qu\u2019il y en a moins pour la culture de l\u2019\u00e9crit. Les pens\u00e9es y ont tout autant travers\u00e9 les si\u00e8cles, simplement moins souvent sous la forme de phrases \u00e9crites ou imprim\u00e9es, mais plus sous la forme des pens\u00e9es que les \u00eatres humains ont, sous la forme de paroles qu\u2019on prononce et qu\u2019on se raconte. \u00c0 un moment donn\u00e9, elles n\u2019ont plus pu \u00eatre formul\u00e9es que dans le cadre des contraintes de la domination coloniale europ\u00e9enne. Il m\u2019arrive parfois de me demander si notre v\u00e9n\u00e9rable histoire de la pens\u00e9e europ\u00e9enne n\u2019est pas seulement un concept destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server notre pouvoir, un d\u00e9sir, pour nous autres Europ\u00e9ens, d\u2019avoir de l\u2019importance. Et, partant, si elle n\u2019est pas une forme d\u2019auto-illusion, un mensonge que nous nous disons. <\/p>\n\n\n\n La localit\u00e9 des Alpes bavaroises o\u00f9 j\u2019ai grandi se trouve dans les environs d\u2019un ch\u00e2teau tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre, le ch\u00e2teau de Neuschwanstein. Je suis all\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole tout pr\u00e8s, dans une petite ville d\u2019o\u00f9 partaient les autocars de touristes. Tous les jours, je voyais des touristes affluer dans la ville o\u00f9 ils faisaient halte pour la nuit. Ils venaient (et viennent encore) majoritairement du Japon et de Cor\u00e9e mais aussi des \u00c9tats-Unis. Pour ces touristes, le ch\u00e2teau de Neuschwanstein reste toujours l\u2019un des symboles par excellence de l\u2019Europe. Comme le ch\u00e2teau de Heidelberg. Comme Rothenburg sur la Tauber. Comme le Semperoper et les rives de l\u2019Elbe \u00e0 Dresde. Comme la tour Eiffel. Comme la tour de Pise. Comme la cath\u00e9drale Saint-\u00c9tienne de Vienne, et bien d\u2019autres encore. <\/p>\n\n\n\n Autrefois, par un bizarre jeu de miroirs, je me suis rendu compte que, parfois, un \u00e9trange sentiment d\u2019importance naissait en moi. J\u2019habitais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un endroit de l\u2019Europe qui avait une grande importance aux yeux des visiteurs venus d\u2019Asie et d\u2019Am\u00e9rique. Et pourtant, le ch\u00e2teau de Neuschwanstein faisait partie de mon quotidien. Je passais devant sans m\u00eame jeter un coup d\u2019\u0153il. Alors que ces gens avaient fait tout ce chemin jusqu\u2019en Europe, entre autres, pour voir ce ch\u00e2teau o\u00f9 avait v\u00e9cu un roi qui souffrait d\u2019une grave maladie psychique et qui, d\u2019un point de vue historique, n\u2019avait pas une grande importance pour l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Derni\u00e8rement, je me suis rendue deux fois \u00e0 Paris \u00e0 peu de temps d\u2019intervalle. C\u2019\u00e9tait la toute premi\u00e8re fois que je venais en France. Jusqu\u2019alors, Paris avait \u00e9t\u00e9 pour moi un lieu \u00e9trangement flou. Sans doute parce qu\u2019on lit et entend tant de choses sur Paris, parce que Paris appara\u00eet dans tant de romans et de films, parce que tant de personnes importantes y ont v\u00e9cu et travaill\u00e9, ou y vivent et y travaillent encore. Paris dispara\u00eet derri\u00e8re tous ces attributs, derri\u00e8re toutes ces images et tous ces fantasmes.<\/p>\n\n\n\n\n\n La premi\u00e8re fois, j\u2019ai log\u00e9 avec ma fille cadette qui m\u2019accompagnait, parce qu\u2019elle non plus n\u2019\u00e9tait encore jamais venue \u00e0 Paris ni en France, dans un h\u00f4tel du 13e arrondissement. Nous aimions surtout nous balader dans ce quartier que nous trouvions presque plus int\u00e9ressant que les hauts lieux touristiques. Le 13e arrondissement ou, du moins ce que nous en avons vu, est \u00e0 un m\u00e9lange entre ce que l\u2019on pourrait sans doute appeler un quartier populaire et un quartier \u00e0 l\u2019apparence cossue. Et enfin, un m\u00e9lange avec les nouveaux immeubles \u00e9l\u00e9gants en verre, aux alentours de la Biblioth\u00e8que nationale Fran\u00e7ois-Mitterrand, avec leurs restaurants et leurs magnifiques b\u00e2timents entour\u00e9s d\u2019arbres et de pelouses. Il y a aussi cet immense Chinatown, que nous n\u2019avons travers\u00e9 qu\u2019une seule fois. Je sais bien que ce n\u2019est qu\u2019un bref aper\u00e7u, rien de valable. Je sais que nous n\u2019avons pas eu un v\u00e9ritable acc\u00e8s \u00e0 la vie des gens. Ceci dit, j\u2019ai gard\u00e9 l\u2019impression que cet endroit \u00e9tait effectivement europ\u00e9en, au sens o\u00f9 nous nous repr\u00e9sentons l\u2019Europe, au sens de l\u2019id\u00e9e de l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n En tout cas, j\u2019ai eu l\u2019impression qu\u2019il \u00e9tait plus europ\u00e9en que notre petite ville de Leipzig, vide en comparaison.<\/p>\n\n\n\n Que cet endroit \u00e9tait plus europ\u00e9en que l\u2019Allemagne de l\u2019Est, vide et peu peupl\u00e9e. De temps en temps, je me fais la r\u00e9flexion que c\u2019est l\u2019une des r\u00e9gions les plus homog\u00e8nes d\u2019Europe. Alors je me demande pourquoi, pr\u00e9cis\u00e9ment ici, les gens sont tellement oppos\u00e9s \u00e0 une Europe de la diversit\u00e9 et pourquoi ils veulent une Europe ennuyeuse, une Europe blanche.<\/p>\n\n\n\n Je dois sans doute confesser qu’autrefois, j\u2019\u00e9tais cette Europ\u00e9enne de l\u2019Ouest. Aujourd\u2019hui, je ne sais plus ce que je suis. De fait, j\u2019habite \u00e0 Leipzig, une ville qui autrefois, appartenait plus \u00e0 l\u2019Europe de l\u2019Est, ce qui aujourd\u2019hui semble bizarre. Pourtant, partout, cette r\u00e9alit\u00e9 a laiss\u00e9 des traces. <\/p>\n\n\n\n Cette petite partie de l\u2019Europe, si jeune, a elle aussi produit ses propres n\u00e9vroses. M\u00eame si, d\u00e9sormais, toute l\u2019Allemagne vote pour l\u2019AfD, c\u2019est bien dans le centre de l\u2019Allemagne que tout cela est apparu. Et que tout cela est bien plus pr\u00e9sent et dangereux que dans le reste de l’Allemagne.<\/p>\n\n\n\n En Saxe-Anhalt, dans le Land qui nous jouxte, il pourrait bient\u00f4t y avoir un gouvernement d\u2019extr\u00eame droite qui rejette toute id\u00e9e d\u2019une Europe commune.<\/p>\n\n\n\n J\u2019aimerais que cela n\u2019arrive pas.<\/p>\n\n\n\n Je tiens absolument \u00e0 pr\u00e9server cette Europe vaste et ouverte. Je ne le pense pas au nom d\u2019une forme de fiert\u00e9 nationale qui prendrait une forme plus \u00e9largie, mais simplement pour la joie que procure l\u2019id\u00e9e d\u2019une communaut\u00e9 dans laquelle, nous tous qui vivons ici, nous retrouvons r\u00e9unis, comme jet\u00e9s en pagaille. Avec, sans aucun doute, tous les probl\u00e8mes que cela implique \u2013 mais, pour reprendre les mots d\u2019Angela Merkel, \u00ab Nous y arriverons \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Une des grandes \u00e9crivaines allemandes de sa g\u00e9n\u00e9ration raconte comment elle a appris \u00e0 aimer une Europe qui n\u2019existe sans doute d\u00e9j\u00e0 plus<\/p>\n","protected":false},"featured_media":357192,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":21,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[4923],"editorial_format":[4913],"week":[5135],"geo":[],"class_list":["post-356859","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-martina-hefter","editorial_format-essais"],"acf":{"_thumbnail_id":357192,"excerpt":"Une des grandes \u00e9crivaines allemandes de sa g\u00e9n\u00e9ration raconte comment elle a appris \u00e0 aimer une Europe qui n\u2019existe sans doute d\u00e9j\u00e0 plus","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\r\n <\/picture>\r\n \n