{"id":355179,"date":"2026-08-29T07:11:47","date_gmt":"2026-08-29T05:11:47","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=355179"},"modified":"2026-08-29T07:11:51","modified_gmt":"2026-08-29T05:11:51","slug":"le-riz-du-petit-seigneur","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-riz-du-petit-seigneur\/","title":{"rendered":"Le riz du petit seigneur"},"content":{"rendered":"\n
L\u2019\u00e9pigraphe de mon dernier roman, Islandia<\/em>, indique d\u2019embl\u00e9e que mes parents n\u2019ont jamais pu se rendre en Islande. Ce pays d\u2019une beaut\u00e9 extraordinaire tient une place centrale dans l\u2019histoire de mes deux protagonistes, en tant que terre du symbole et de l\u2019\u00e9motion. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai eu, pour ma part, la chance d\u2019y aller. On y sert un plat typique, une soupe de poisson, dont le nom s\u2019\u00e9crit plus facilement qu\u2019il ne se prononce : fiskis\u00fapa<\/em>. Une seule d\u00e9gustation, aucune id\u00e9e de la recette, impossible donc de dire davantage. Le mieux est donc d\u2019aller en Islande, dans des conditions plus heureuses que celles de mes personnages, et de go\u00fbter cette soupe sur place. <\/p>\n\n\n\n En guise de consolation, voici un autre plat de bord de mer, pr\u00e9par\u00e9 avec d\u2019autres poissons.<\/p>\n\n\n\n C’est l’\u00ab arroz del senyoret \u00bb, que l’on pourrait traduire par \u00ab riz du petit seigneur \u00bb. On en mange un peu partout en Espagne, mais c\u2019est \u00e0 Valence qu\u2019il se pr\u00e9pare. Il ressemble \u00e0 une paella \u2013 meilleure que la paella \u00e0 mon sens \u2013 \u00e0 un d\u00e9tail pr\u00e8s qui n\u2019en est pas un : poissons et fruits de mer ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cortiqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Une chose me fait en effet horreur : manger avec les doigts. Se salir les mains \u00e0 table pour d\u00e9cortiquer les crevettes ou ouvrir les moules dans son assiette peut para\u00eetre anecdotique, mais cela m\u2019a longtemps \u00e9loign\u00e9 de la paella classique. Cette version \u00e9pargne les doigts. Tout est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, soigneusement pr\u00e9sent\u00e9, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre d\u00e9gust\u00e9. Le plaisir n\u2019est pas le m\u00eame, et le go\u00fbt non plus.<\/p>\n\n\n\n En revanche, si cette version de la paella facilite la d\u00e9gustation, elle complique la pr\u00e9paration. <\/p>\n\n\n\n Pour commencer, coupez l’oignon, l’ail et les poivrons (la moiti\u00e9 de chaque poivron suffit) en brunoise. Dans la po\u00eale (ou paella), faites saisir la lotte sal\u00e9e et coup\u00e9e en petits d\u00e9s d\u2019environ un centim\u00e8tre, \u00e0 feu vif, dans deux cuill\u00e8res \u00e0 soupe d’huile, puis gardez-la de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Coupez les langoustines en morceaux, saisissez-les avec les gambas, puis r\u00e9servez-les. Proc\u00e9dez de m\u00eame avec les anneaux de calamar : coupez-les en morceaux, salez-les, saisissez-les et r\u00e9servez-les. Versez deux cuill\u00e8res \u00e0 soupe d\u2019huile suppl\u00e9mentaires dans la po\u00eale, faites revenir pendant environ cinq minutes l\u2019ail et l\u2019oignon hach\u00e9s, puis ajoutez les poivrons et le laurier. Laissez une bonne dizaine de minutes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils prennent couleur. <\/p>\n\n\n\n Ajoutez ensuite la pur\u00e9e de tomates et laissez cuire dix minutes suppl\u00e9mentaires. Incorporez alors le riz, le bouillon, les calamars, les gambas, les langoustines, la lotte et les brins de safran. Ajustez l\u2019assaisonnement si n\u00e9cessaire avant que le riz ne commence \u00e0 cuire. Il ne vous reste plus qu\u2019\u00e0 laisser cuire le tout pendant dix-huit minutes. Servez aussit\u00f4t, bien chaud. <\/p>\n\n\n\n Cette passion pour la paella est un h\u00e9ritage : ma m\u00e8re et mon p\u00e8re en pr\u00e9paraient une extraordinaire et toute la famille l\u2019adorait. Un h\u00e9ritage qui \u00e9volue, puisque me voil\u00e0 devenu un \u00ab senyoret \u00bb et que ce riz se mange d\u00e9sormais surtout au restaurant. \u00c0 la maison encore, faut-il savoir le pr\u00e9parer. En Espagne les arrocer\u00edas, les maisons du riz (arroz), s\u2019en chargent tr\u00e8s bien, tout en participant \u00e0 une tendance de fond, qui touche en particulier la paella ; partie d\u2019une version traditionnelle, d\u2019un plat populaire, on ne cesse de l\u2019affiner jusqu\u2019\u00e0 des sommets d\u2019excellence. <\/p>\n\n\n\n L\u2019essentiel tient d\u2019abord \u00e0 la qualit\u00e9 des ingr\u00e9dients : le poisson, les calamars, les gambas et les langoustines. M\u00eame si l’on trouve de tr\u00e8s bonnes paellas \u00e0 Madrid, il faut la consommer de pr\u00e9f\u00e9rence en bord de mer, \u00e0 Valence par exemple, d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9cris. La paella est une enfant de la M\u00e9diterran\u00e9e : la mer, le beau temps, la plage, le soleil, la vie estivale, les vacances. Il existe une fa\u00e7on tr\u00e8s espagnole de la manger, les pieds dans le sable.<\/p>\n\n\n\n L\u2019autre condition tient \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 du cuisinier. La technique se juge \u00e0 un seul endroit : la principale difficult\u00e9 du plat est la cuisson du riz. Elle doit \u00eatre juste, \u00e0 point. Rien d\u2019\u00e9vident dans une pr\u00e9paration aussi longue, mais qui exige pourtant d’\u00eatre servie imm\u00e9diatement apr\u00e8s cuisson. <\/p>\n\n\n\n Mais comme on met du temps \u00e0 la pr\u00e9parer, on met du temps \u00e0 la manger. <\/p>\n\n\n\n On n\u2019engloutit pas un arroz del senyoret en quinze minutes, ni tous les jours. Tous les quinze jours suffisent. Et de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019espagnole, face \u00e0 la mer. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" \u00ab Une sorte de paella, meilleure que la paella \u00e0 mon sens. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"featured_media":355170,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":4,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[5117],"editorial_format":[4915],"week":[5114],"geo":[],"class_list":["post-355179","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-manuel-vilas","editorial_format-cuisine"],"acf":{"_thumbnail_id":355170,"excerpt":"\u00abUne sorte de paella, meilleure que la paella \u00e0 mon sens.\u00bb","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n