{"id":353724,"date":"2026-08-20T17:05:16","date_gmt":"2026-08-20T15:05:16","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=353724"},"modified":"2026-08-20T18:53:20","modified_gmt":"2026-08-20T16:53:20","slug":"la-nostalgie-dodessa","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/la-nostalgie-dodessa\/","title":{"rendered":"La nostalgie d\u2019Odessa"},"content":{"rendered":"\n

Bien avant que la guerre ne rende le voyage impensable, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile d’arriver \u00e0 Odessa en bateau. Le r\u00eave aurait \u00e9t\u00e9 d’acheter une place en cabine dans un cargo au d\u00e9part d’Istanbul, d’emprunter le Bosphore \u2013 apercevoir l’\u00eele de Prinkipo o\u00f9 Trotsky, odessite heureux durant ses ann\u00e9es de lyc\u00e9e, s’\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 de 1929 \u00e0 1933 \u2013 pour d\u00e9boucher dans la mer la plus \u00e9mouvante qui soit, la mer Noire, que bordent les terres noires, ces terres riches en humus qui font de l’Ukraine le grand pays de la culture du bl\u00e9, et de tant de c\u00e9r\u00e9ales, de fruits et de l\u00e9gumes. Naviguer longuement, laisser \u00e0 tribord la p\u00e9ninsule de Crim\u00e9e, le delta du Danube et la Roumaine Constan\u021ba \u00e0 b\u00e2bord pour arriver dans le port d’Odessa, face \u00e0 l’escalier Primorski, entendez \u00ab vers la mer \u00bb (en russe), renomm\u00e9 du nom de Potemkine. <\/p>\n\n\n\n\n\n

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L\u00e9on Trotsky au d\u00e9part d\u2019Odessa en 1929. <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Remonter la mer comme on arpente les mill\u00e9naires pass\u00e9s. Songer aux temps o\u00f9 elle \u00e9tait Pont-Euxin, mer amicale \u2013 un euph\u00e9misme pour les marins de la r\u00e9gion ; se repr\u00e9senter que plus t\u00f4t encore, elle fut un lac avant que les eaux sal\u00e9es venues de la M\u00e9diterran\u00e9e ne viennent la recouvrir par la mer de Marmara, et penser que l’on arrive l\u00e0 au berceau de l’histoire biblique, qu’il est possible que le mythe de l’Arche de No\u00e9 soit n\u00e9 l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment. Une pluie violente se serait abattue, faisant monter brutalement les eaux de quelque 150 m\u00e8tres jusqu’\u00e0 noyer les rives du lac peupl\u00e9es d’agriculteurs, donnant naissance ensuite dans le Livre \u00e0 l’\u00e9pisode du D\u00e9luge, sensiblement le m\u00eame r\u00e9cit que celui retrouv\u00e9 sur les fragments de tablettes au XIX\u00e8me si\u00e8cle, transmis \u00e0 Gilgamesh par un immortel pour qu’il le communique aux vivants. <\/p>\n\n\n\n\n\n

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Escalier du Potemkine, vers 1895. <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La travers\u00e9e laisserait bien le loisir de revenir vers l’\u00e9poque moderne en faisant un d\u00e9tour par une autre l\u00e9gende, celle de Jason et des Argonautes naviguant de Iolcos, aujourd’hui Volos, vers la Colchide, l’actuelle G\u00e9orgie, pour aller chercher la Toison d’Or. Comme un voyage dans un espace-temps, la travers\u00e9e d’Istanbul \u00e0 Odessa, croisant des plus r\u00e9cents illustres voyageurs, Mark Twain ou Georges Simenon, offrirait le merveilleux avantage de pr\u00e9venir le nouvel arrivant qu’il n’accoste pas seulement dans une ville, mais au croisement de puissantes l\u00e9gendes, d’anciennes v\u00e9n\u00e9rables et de plus r\u00e9centes port\u00e9es par des \u00e9crivains au souffle et \u00e0 l’humour mordants. Odessa, surnomm\u00e9e la perle de la mer Noire, en m\u00e9rite bien des batailles.<\/p>\n\n\n\n

Ce mois de juillet 2026, les forces russes ont recommenc\u00e9 \u00e0 attaquer le port d’Odessa avec leurs missiles et leurs drones. Aucun navire ne peut accoster et la situation s’apparente \u00e0 un blocus naval. Les sir\u00e8nes retentissent chaque jour, des gens meurent, les infrastructures sont touch\u00e9es. Cette nouvelle guerre a commenc\u00e9 avant l’entr\u00e9e des troupes russes en Ukraine. Apr\u00e8s la chute de Viktor Ianoukovitch en 2014, des \u00e9meutes sont d\u00e9clench\u00e9es par des pro-Russes \u00e0 l’Est et au Sud de l’Ukraine. Peu apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la guerre du Donbass et l’annexion de la Crim\u00e9e, \u00e0 Odessa, le 2 mai 2014, les militants pro-Ma\u00efdan organisent un rassemblement pour d\u00e9fendre l’unit\u00e9 ukrainienne. Une foule pro-russe d\u00e9clenche les violences. Un incendie est provoqu\u00e9 : la maison des syndicats d’Odessa prend feu, quarante-deux personnes meurent dans les flammes. Vladimir Poutine, fid\u00e8le aux pouvoirs successifs qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au Kremlin, se m\u00e9fie de cette ville du Sud, phare de la Nouvelle Russie, aujourd’hui ukrainienne et l’esprit toujours ind\u00e9pendant. Huit ans plus tard, d\u00e8s l’entr\u00e9e de l’arm\u00e9e russe en Ukraine le 24 f\u00e9vrier 2022, Odessa est un objectif militaire, \u00e0 la mesure de l’enjeu \u00e9conomique et strat\u00e9gique de grande ampleur qu’elle repr\u00e9sente depuis sa fondation. C’est de son port commercial que partent les richesses agricoles du pays mais c’est aussi une histoire culturelle qu’elle se pr\u00e9pare \u00e0 d\u00e9fendre une fois encore. Les tirs proviennent des navires de guerre russes, ciblent les entrep\u00f4ts, d\u00e9truisent les infrastructures, tuent des habitants. Le m\u00eame jour, l’aviation russe prend le relais \u2013 la Crim\u00e9e est proche. Un projet d\u2019invasion par la mer avorte, des marins russes conscrits s\u2019y refusent, projettent une mutinerie. Odessa s\u2019organise pour r\u00e9sister. Le centre-ville aux allures de station de vill\u00e9giature se transforme en quelques jours. La ville s’installe dans la dur\u00e9e dans une existence marqu\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement par les hurlements des sir\u00e8nes pr\u00e9venant des tirs de missiles, et s’efforce n\u00e9anmoins de vivre le plus normalement possible au jour le jour. L\u2019\u00e9tau ne se desserre pas. La nuit du 22 au 23 juillet 2023, la cath\u00e9drale de la Transfiguration, inscrite depuis peu au patrimoine mondial de l’humanit\u00e9, est en grande partie d\u00e9truite. Le pouvoir russe osera-t-il ? Odessa br\u00fblera-t-elle ?<\/p>\n\n\n\n

Avant la guerre d\u00e9clench\u00e9e par Vladimir Poutine, Odessa \u00e9tait devenue accessible \u00e0 tous les voyageurs attir\u00e9s par la r\u00e9sonance de son nom. Il est alors ais\u00e9 de s’y rendre et l’\u00e9merveillement est pour chacun au rendez-vous. Au million d’odessites viennent s’ajouter chaque \u00e9t\u00e9 des visiteurs venus du bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Pour le bicentenaire d’Odessa, Marseille \u2013 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 lorsque l\u2019on remonte les mers vers l\u2019Ouest, s’est souvenue que la belle cit\u00e9 des confins de l’Europe \u00e9tait sa petite s\u0153ur et a organis\u00e9 une exposition \u00e0 La Vieille Charit\u00e9, La m\u00e9moire d’Odessa<\/em>, rendant gr\u00e2ce au g\u00e9nie des b\u00e2tisseurs, \u00e0 l’harmonie de l’architecture nourrie aux meilleures sources, \u00e0 la puissance culturelle adoss\u00e9e aux m\u00e9langes des cultures et \u00e0 l’esprit pionnier. Une ville \u00ab quand m\u00eame et malgr\u00e9 tout follement, follement int\u00e9ressante \u00bb, comme l’\u00e9crivait Isaac Babel, le g\u00e9nie litt\u00e9raire n\u00e9 \u00e0 Odessa. B\u00e2tie sur une falaise dominant la mer Noire tout en lui tournant le dos, la ville est infiniment s\u00e9duisante, et les odessites, si sympathiques. <\/p>\n\n\n\n

On fl\u00e2ne nonchalamment aux terrasses des larges avenues du centre-ville en regardant, comme dans un film de cin\u00e9ma, circuler des voitures de luxe, des filles aux jambes longilignes, et beaucoup d’argent. \u00c0 l’arri\u00e8re des grandes b\u00e2tisses n\u00e9o-classiques jaunes, ocres et rouge pomp\u00e9ien, qui depuis l’origine ou presque abritent la bourse de commerce, le grand th\u00e9\u00e2tre, l’h\u00f4tel de ville, les mus\u00e9es et les palais que firent notamment construire des grands propri\u00e9taires terriens polonais, les longues rues sont bord\u00e9es d’acacias \u00e0 l’ombre bienvenue et au parfum ent\u00eatant, import\u00e9s au XIX\u00e8me si\u00e8cle. L\u00e0, vit le c\u0153ur de la ville odessite, compos\u00e9 comme dans la Moldavanka, l’ancien quartier juif, autour de cours int\u00e9rieures vers lesquelles penchent des petits immeubles de deux \u00e9tages dispos\u00e9s en carr\u00e9s autour d’un arbre et d’une citerne d’eau, et orn\u00e9s de balcons en fer forg\u00e9 fatigu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n\n

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Le Th\u00e9\u00e2tre d’op\u00e9ra et de ballet d’Odessa en 2022, prot\u00e9g\u00e9 par des sacs de sable. <\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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Le port d\u2019Odessa en 2024, Cr\u00e9dit : Simona Supino. <\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Le Th\u00e9\u00e2tre d’op\u00e9ra et de ballet d’Odessa en 2022, prot\u00e9g\u00e9 par des sacs de sable. <\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Le port d\u2019Odessa en 2024, Cr\u00e9dit : Simona Supino. <\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Isaac Babel encore : \u00ab \u00c0 Odessa, il y a des soirs de printemps voluptueux et langoureux, des senteurs \u00e9pic\u00e9es d’acacias, et une lune emplie d’une lumi\u00e8re \u00e9gale et irr\u00e9sistible au-dessus d’une mer obscure \u00bb. Au March\u00e9 Privoz, o\u00f9 convergent toutes les denr\u00e9es agricoles de la r\u00e9gion, des \u00e9tals proposent l\u00e9gumes et fruits \u00e0 perte de vue, poissons et charcuteries ; des babouchkas ukrainiennes vendent des petits p\u00e2t\u00e9s fourr\u00e9s de viande ou de l\u00e9gumes \u2013 les appelle-t-on des pirojkis ? Des zakouskis ? C’est un spot <\/em>r\u00e9jouissant pour les amateurs de cornichons et de pickles. Le paradis des chats aussi, qui paressent toute la journ\u00e9e dans la ville et viennent se nourrir au Privoz la nuit tomb\u00e9e. \u00c0 Odessa, rien ne d\u00e9tonne dans l’harmonie si ce n’est, dans le prolongement de l’escalier Potemkine, derri\u00e8re la gare maritime, l’h\u00f4tel Odessa, une tour de verre construite \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 avec l’argent de la mafia, disait-on, vilain b\u00e2timent comme une insulte aux merveilleuses maisons qui bordent le boulevard Primorski, en haut des marches, et leur obstrue la vue sur la mer ; un b\u00e2timent inoccup\u00e9 qui plus est, d\u00e9clar\u00e9 pour finir non conforme aux normes de construction et de s\u00e9curit\u00e9, destin\u00e9 seulement alors que le crime organis\u00e9 se m\u00ealait autant de politique que d’\u00e9conomie, \u00e0 \u00e9noncer clairement qui dirige la ville. On le croit bien.<\/p>\n\n\n\n

Entendons-nous, la ville est tr\u00e8s belle et il r\u00e8gne une douceur de vivre irr\u00e9sistible. Son centre a \u00e9t\u00e9 miraculeusement \u00e9pargn\u00e9 par l’architecture sovi\u00e9tique. Staline n’aurait pas os\u00e9 la d\u00e9figurer, cela fait r\u00eaver que Poutine s’abstienne de la d\u00e9truire. Mais le myst\u00e8re d\u00e9passe bien la gr\u00e2ce des lieux. L’architecture et le climat ne r\u00e9sument pas la fascination qu’exerce Odessa, ni la r\u00e9sonance de son nom. Une part de son \u00e2me a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e depuis les rives de la mer Noire par toutes celles et ceux qui, l’histoire devenue tragique, l’ont quitt\u00e9e au XX\u00e8me si\u00e8cle : Juifs fuyant les pogroms apr\u00e8s 1905 puis, pour les plus chanceux, les arrestations et l’extermination apr\u00e8s l’entr\u00e9e de l’arm\u00e9e roumaine dans la ville en 1941 ; les nobles, les fortun\u00e9s ou simplement les plus avis\u00e9s apr\u00e8s la r\u00e9volution russe ; les mieux organis\u00e9s, durant la famine du d\u00e9but des ann\u00e9es 30 et l’enfermement stalinien. Tant d’immigrants amoureux d’une ville, qui n’est pas qu’une cit\u00e9 mais un projet, et qui fond\u00e8rent au loin de petites communaut\u00e9s qui n’ont rien oubli\u00e9 de leurs origines, comme \u00e0 Brooklyn, Little Odessa, le long de Brighton Beach. Pourtant, Odessa ne doit son existence qu’\u00e0 des arriv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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La Cath\u00e9drale de la Transfiguration, touch\u00e9e par un missile russe en juillet 2023. Cr\u00e9dit : Simona Supino.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L’histoire commence en 1794. Catherine II de Russie a une vision audacieuse. Politique, \u00e9conomique, g\u00e9ographique. Ouvrir en Russie du Sud une route vers le reste du monde, et singuli\u00e8rement vers l’Europe. L\u00e0 o\u00f9 se trouvait Khadji-Bey, un fortin militaire turc conquis en 1789 par l’amiral espagnol de Ribas, d\u2019origine espagnole n\u00e9 \u00e0 Naples, devenu amiral russe et ami de la grande Catherine, s’\u00e9labore l’id\u00e9e d’un port commercial, et autour une ville moderne, une cit\u00e9 id\u00e9ale comme les Lumi\u00e8res en nourrissent l’id\u00e9e sur le papier et qui va devenir ici r\u00e9alit\u00e9. Les bateaux quitteront les quais charg\u00e9s des pr\u00e9cieux grains que la r\u00e9gion produit en quantit\u00e9 pour gagner Istanbul, Alexandrie, Le Pir\u00e9e et au terme de leur voyage, Marseille. Le projet est \u00e9patant, mais il ne part de rien : un plateau calcaire, un littoral mar\u00e9cageux. Construire est une chose, habiter en est une autre. Il convient de trouver des pionniers pour d\u00e9velopper l’activit\u00e9. Qui viendrait construire et peupler ce plateau aride ? <\/p>\n\n\n\n

La fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle ne manque pas de malheureux priv\u00e9s de biens comme de libert\u00e9, de bandits en d\u00e9licatesse avec la justice de leur pays, d’aventuriers de toutes sortes. La rumeur se r\u00e9pand : \u00e0 Odessa, ils pourront s’installer, recevoir un lopin de terre pour autant qu’ils b\u00e2tissent selon le plan initial et trouver un travail. Les volontaires arrivent de l’empire ottoman, du pourtour de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale, des Bessarabiens, des Europ\u00e9ens, des Grecs, des Bulgares. Serfs fuyant l’oppression des grands propri\u00e9taires terriens, Juifs refus\u00e9s dans les principales villes de l’empire russe. <\/p>\n\n\n\n

Le plan urbanistique est \u00e9tabli en damiers, \u00e0 chaque communaut\u00e9, ses quadrilat\u00e8res, et les noms de rues identifi\u00e9s \u00e0 leur provenance. En 1803, Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu, devient le premier gouverneur d’Odessa et d\u00e9veloppe la cit\u00e9, qui devient port franc et c’est ainsi qu’une ville s’\u00e9difie, avec un esprit unique, nourri de toutes les origines de ses habitants, qui parlent le russe, l’arm\u00e9nien, le yiddish, l’italien, le fran\u00e7ais, le turc, l’allemand, le grec, l’espagnol et pratiquent des religions diff\u00e9rentes, chr\u00e9tienne, juive, musulmane. La ville attire aussi bien les entrepreneurs qui cherchent \u00e0 s’enrichir que les hommes en difficult\u00e9 qui ne demandent qu’\u00e0 vivre. Le commerce des grains produit un couloir culturel qui relie la Russie \u00e0 la France. <\/p>\n\n\n\n

Les voyageurs empruntent les bateaux et rapportent l’histoire tout \u00e0 fait extraordinaire d’Odessa, la nouvelle ville partie de rien. 1823, 1824 : Pouchkine y r\u00e9side en exil avant de s\u00e9duire la femme du nouveau gouverneur, Mikha\u00efl Vorontsov. Il y \u00e9crit les premi\u00e8res pages d’Eug\u00e8ne On\u00e9guine avant d’\u00eatre contraint de repartir : \u00ab J’\u00e9tais \u00e0 Odessa la belle \/ Le ciel l\u00e0-bas est longtemps clair \u2026 \u00bb. En 1834, Ewelina Ha\u0144ska, une comtesse polonaise vivant non loin en Ukraine, envoie une lettre anonyme \u00e0 Honor\u00e9 de Balzac, qui lui r\u00e9pond. Une romance s’esquisse qui se nouera autour du lac de Neuch\u00e2tel. Le P\u00e8re Goriot para\u00eet en 1835 et r\u00e9pand le nom d’Odessa. Goriot se meurt et s’inqui\u00e8te pour ses filles : \u00ab Voyez-vous, il faut me gu\u00e9rir, parce qu’il me faut de l’argent et je sais o\u00f9 aller en gagner. J’irai faire de l’amidon en aiguilles \u00e0 Odessa \u2026 Je veux aller \u00e0 Odessa pour elles \u2026 \u00bb. Madame Hanska y est pour beaucoup mais le roman se fait aussi l’\u00e9cho des nouvelles. <\/p>\n\n\n\n

Mark Twain dans Le Voyage des innocents<\/em>, parti en 1867 comme correspondant de l’Alta California, d\u00e9crit cette ville stup\u00e9fiante \u00e0 ses yeux, qui n’a rien de russe et tout d’am\u00e9ricaine : \u00ab De belles rues larges et droites \u2026 les rues et les magasins ont un air actif et affair\u00e9 ; les gens marchent vite ; les maisons et tout le reste ont un aspect neuf qui nous est familier \u00bb. C’est que t\u00f4t dans le si\u00e8cle, les architectes \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9s pour \u00e9difier un premier th\u00e9\u00e2tre classique d\u00e8s 1809, une grande halle aux grains o\u00f9 se discutent les cours du bl\u00e9, l’am\u00e9nagement de la gare maritime et la construction de l’escalier pour relier le port \u00e0 la ville : 27 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9, 142 m\u00e8tres de longueur, 192 marches, 9 paliers. Au milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle avec quelque 500 000 habitants, la belle Odessa est la troisi\u00e8me ville du pays. Les \u00e9l\u00e9gantes russes et polonaises s’y pressent \u2013 le port franc leur permet d’acheter des produits de luxe inabordables \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, Odessa est leur Paris, raconte un voyageur, les pauvres y survivent fi\u00e8rement parce qu’ils ont un toit et un travail et davantage de s\u00e9curit\u00e9 qu’ailleurs, les commer\u00e7ants sont heureux m\u00eame si le prix du bl\u00e9 va et vient selon la qualit\u00e9 des r\u00e9coltes en Russie comme en Europe et des \u00e9v\u00e9nements politiques des pays de n\u00e9goce, les artistes y d\u00e9veloppent des \u00e9coles tant la libert\u00e9 marque l’esprit des lieux. O\u00f9 vivre sinon \u00e0 Odessa ? La nouvelle Russie dessine un paysage in\u00e9dit : russe sans l’\u00eatre, une identit\u00e9 sans exclusive des identit\u00e9s qui la composent, europ\u00e9enne sans nationalisme. Odessa est devenue un pays en elle-m\u00eame, avec ses langues, ses religions, sa culture et elle va le rester, m\u00eame si au XX\u00e8me si\u00e8cle, elle n’\u00e9chappera pas \u00e0 l’histoire.<\/p>\n\n\n\n

Isaac Babel (1894 \u2013 1940), l’auteur des R\u00e9cits d’Odessa<\/em> a transform\u00e9 l’esprit d’Odessa en mythe par la puissance d’un style inimitable nourri de la langue odessite<\/a>, donnant corps au quartier de la Moldavanka, aux personnages de la ville, \u00e0 la communaut\u00e9 juive, \u00e0 la violence de ses bandits \u2013 leur chef, B\u00e9nia Krik, \u00e9tant largement inspir\u00e9 de figures r\u00e9elles. Il aurait dit, rapporte l’\u00e9crivain am\u00e9ricain J\u00e9r\u00f4me Charyn (nous y reviendrons), que \u00ab l’\u00e9crivain est un soldat parti en reconnaissance \u00bb. La citation est-elle exacte ? Il aurait aussi bien pu \u00e9crire qu’Odessa est une ville partie en reconnaissance. Pionni\u00e8re \u00e0 tous les points de vue, un \u00e9pisode ultime y pr\u00e9figure une large partie du si\u00e8cle \u00e0 venir, qui par le cin\u00e9ma d’Eisenstein (Le Cuirass\u00e9 Potemkine<\/em>, 1925), va apporter la derni\u00e8re pierre \u00e0 l’\u00e9difice de sa l\u00e9gende. <\/p>\n\n\n\n

En juin 1905, le port d’Odessa est secou\u00e9 par un mouvement de gr\u00e8ve, qui fait \u00e9cho \u00e0 l’agitation r\u00e9volutionnaire qui traverse la Russie. L’atmosph\u00e8re est \u00e9lectrique. Une mutinerie se soul\u00e8ve au large \u00e0 bord du cuirass\u00e9 Potemkine, \u00e9l\u00e9ment de la flotte de la mer Noire. Tandis que le navire s’appr\u00eate \u00e0 appareiller, un marin se rend compte que la viande charg\u00e9e \u00e0 bord est avari\u00e9e. Le lendemain, l’\u00e9quipage refuse de manger le bortsch. Les mutins se saisissent des armes. Des officiers sont attaqu\u00e9s et tu\u00e9s. Un comit\u00e9 du peuple est nomm\u00e9 pour diriger le cuirass\u00e9, qui d\u00e9cide de faire route vers Odessa pour trouver appui parmi les r\u00e9volutionnaires de la ville. La loi martiale y est d\u00e9clar\u00e9e. Un d\u00e9cha\u00eenement de violence a lieu aux abords du grand escalier. Au bout de quelques jours, on compte les morts par milliers tandis que les troupes de l’arm\u00e9e imp\u00e9riale s’en prennent \u00e0 la population juive. Les \u00e9v\u00e9nements tournent au pogrom et le Potemkine prend le large vers Constan\u021ba o\u00f9 les marins se rendront aux autorit\u00e9s. La mutinerie et la r\u00e9pression font le tour du monde gr\u00e2ce \u00e0 des photographies publi\u00e9es dans la presse internationale, et en France dans l’Illustration. Ce sont les premiers coups d’\u00e9clat du photojournalisme. Odessa entre dans la mythologie r\u00e9volutionnaire. Isaac Babel, vingt ans plus tard, immortalise dans ses textes courts la vie de la cit\u00e9 d’avant l’Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Kniaz-Potemkine en 1905. Extrait de L’Illustration, No. 3254, 8 Juillet 1905 : \u00ab Le \u00ab Kniaz-Potemkine \u00bb, le plus neuf des cuirass\u00e9s de la mer Noire, dont l’\u00e9quipage s’est r\u00e9volt\u00e9 le 27 juin, massacrant une partie des officiers, et qui s’est pr\u00e9sent\u00e9 le m\u00eame jour devant Odessa, surexcitant par sa pr\u00e9sence et son exemple les ouvriers du port, d\u00e9j\u00e0 en gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, et provoquant de sanglants d\u00e9sordres. \u00bb<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\n\n
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\u00c0 Odessa, sur les quais, 1905 : Extrait de L’Illustration, No. 3254, 8 Juillet 1905 : \u00ab Sur les quais : les ouvriers chargeurs actuellement en gr\u00e8ve. Les vues que nous publions ici ont \u00e9t\u00e9 prises avant les \u00e9meutes de ces jours derniers : elles permettent simplement de \u00ab situer \u00bb les \u00e9v\u00e9nements que les d\u00e9p\u00eaches ont racont\u00e9s en d\u00e9tail. \u00bb <\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La l\u00e9gende \u00e9tablie, il restera \u00e0 Odessa de mener bien des batailles pour conserver sa singularit\u00e9 malgr\u00e9 les d\u00e9sastres qui la d\u00e9passent mais la soumettent. Survivre au d\u00e9sastre de la famine d\u00e9clench\u00e9e par Staline en Ukraine au d\u00e9but des ann\u00e9es 30. Le rapt du commerce des grains par le pouvoir bolchevique se double de la volont\u00e9 d’an\u00e9antissement d’une identit\u00e9 rebelle. C\u0153ur de la r\u00e9gion la plus fertile d’Union sovi\u00e9tique, ses rues sont jonch\u00e9es de morts. Il faut lire le reportage de Georges Simenon men\u00e9 de f\u00e9vrier \u00e0 mai 1933, Peuples qui ont faim<\/em> pour prendre la mesure de la terreur qui a enseveli la douceur de la Russie du Sud. Faire face \u00e0 l’entr\u00e9e de l’arm\u00e9e roumaine dans la ville apr\u00e8s qu’elle est parvenue \u00e0 franchir le Dniestr le 3 ao\u00fbt 1941. Les massacres des Juifs commencent aussit\u00f4t et ce sont plus de 40 000 personnes qui sont assassin\u00e9es tandis que plus de 100 000 autres et autant de Roms sont incarc\u00e9r\u00e9s dans le camp de Yedisan, dans la zone d’occupation roumaine dite de Transnistrie. \u00c0 la lib\u00e9ration de la ville en avril 1944, la communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pour ainsi dire extermin\u00e9e. On raconte qu’\u00e0 Odessa, la nuit, lorsque les humains sont couch\u00e9s, les chiens, orphelins de tous leurs ma\u00eetres qui sont morts ou qui ont d\u00fb fuir pour \u00e9chapper aux r\u00e9pressions et aux massacres, sortent des cours int\u00e9rieures pour hurler leur chagrin et appeler \u00e0 leur retour. \u00c0 Odessa, il se raconte beaucoup d’histoires, certaines sont redoutablement tristes.<\/p>\n\n\n\n

***<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 Odessa la russophone, on s’efforce d\u00e9sormais, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, de parler ukrainien, du moins dans l’espace public, tandis que des d\u00e9bats agitent la ville sur l’opportunit\u00e9 de d\u00e9russifier les noms de rues et de d\u00e9boulonner des statues. Celle de Catherine II, assimil\u00e9e \u00e0 Poutine, a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e de son socle, la place \u00e9ponyme renomm\u00e9e place de l’Europe. Il a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame question, en vertu de la loi de d\u00e9colonisation adopt\u00e9e en mai 2023 afin de supprimer les traces de l’Empire russe et de l’\u00e9poque sovi\u00e9tique, d’\u00f4ter la statue en bronze qui repr\u00e9sente Isaac Babel, le regard r\u00eaveur tourn\u00e9 vers l’horizon, stylo et cahier en main. Les habitants s’y sont oppos\u00e9s. Faudrait-il, avec la guerre contre l’agresseur perdre aussi la m\u00e9moire culturelle de la ville ?<\/p>\n\n\n\n\n\n

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La statue de Catherine II et des fondateurs d’Odessa devant le mus\u00e9e d’art de la ville. Le monument a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9 le 29 d\u00e9cembre 2022.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Il est quelques rares \u00e9crivains de talent qui savent donner vie \u00e0 l’illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur avec lequel ils ont chemin\u00e9 toute leur vie. Le livre que J\u00e9r\u00f4me Charyn, enfant de New York n\u00e9 en 1937, a consacr\u00e9 \u00e0 Isaac Babel est une merveille du genre. C’est sur un fr\u00e8re qu’il \u00e9crit. Odessa le ram\u00e8ne \u00e0 Brighton Beach et Coney Island, B\u00e9nia Krik aux petits gangsters juifs de l’East-Bronx. Il y raconte la vie, l’\u0153uvre et la mort de Babel, son proc\u00e8s en janvier 1940 sur ordre du Kremlin \u2013 vingt minutes pour le d\u00e9clarer coupable d’espionnage \u00e0 la solde des services secrets fran\u00e7ais et autrichiens et le fusiller \u00e0 la Loubianka le 27 janvier. Dans les ann\u00e9es 2000, Charyn cr\u00e9e un personnage qui va devenir r\u00e9current dans une s\u00e9rie de ses livres : Isaac Sidel, commissaire principal, bient\u00f4t retir\u00e9 de ses fonctions pour devenir maire de New York. D\u00e9boulonner \u00e0 Odessa la statue de Babel ? J\u00e9r\u00f4me Charyn rappelle cette derni\u00e8re phrase connue de l’\u00e9crivain, tandis qu’il est arr\u00eat\u00e9 dans sa datcha et embarqu\u00e9 ainsi que tous ses manuscrits : \u00ab On ne m’a pas laiss\u00e9 le temps de finir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd’hui, Odessa est une ville en guerre qui, fid\u00e8le \u00e0 son histoire, est entr\u00e9e une fois de plus en r\u00e9sistance. Le d\u00e9clenchement du conflit n’a pas cr\u00e9\u00e9 d’exode massif. L’\u00e9t\u00e9, les plages de la mer Noire sont aussi charg\u00e9es qu’avant 2022. Les sir\u00e8nes de surveillance ont remplac\u00e9 la mauvaise vari\u00e9t\u00e9 qui gr\u00e9sillait dans les vieux haut-parleurs sans doute h\u00e9rit\u00e9s de l’\u00e9poque sovi\u00e9tique. Il en va ainsi depuis plus de deux si\u00e8cles. Une cit\u00e9 des Lumi\u00e8res fond\u00e9e sous le r\u00e8gne des tsars, qui a travers\u00e9 le stalinisme affronte, comme toute l’Ukraine, mais aux avant-postes en raison de sa situation g\u00e9ographique et strat\u00e9gique, un conflit d\u00e9clench\u00e9 par Poutine, qui s’est par\u00e9 d’arguments culturels et linguistiques pour justifier l’agression, les bombardements, les morts. Dans cette guerre culturelle, Odessa a beaucoup \u00e0 d\u00e9fendre : sa place dans le commerce mondial, l’histoire de ses p\u00e8res fondateurs venus d’Espagne, d\u2019Italie et de France, son peuplement cosmopolite, son identit\u00e9 linguistique, sa fiert\u00e9\u2026 Fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame, ne s\u2019entrer dans aucun moule, conserver la libert\u00e9 de n’\u00eatre ni vraiment d’ici, ni vraiment de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

La guerre un jour vaincue par l’Ukraine, il faudra retourner \u00e0 Odessa par la mer Noire, aller d\u00e9ambuler sur la Deribassovskai\u00e4, retourner \u00e0 l’op\u00e9ra, visiter le mus\u00e9e litt\u00e9raire et le mus\u00e9e Pouchkine, aller se baigner sur la plage d’Arkadia, d\u00eener de ce m\u00e9lange de plats descendus des r\u00e9gions alentour et nourris de la M\u00e9diterran\u00e9e. Au retour, pouvoir quitter Odessa par la mer, la regarder s’\u00e9loigner \u00e0 mesure de l’avanc\u00e9e du bateau, par fid\u00e9lit\u00e9 aux immigr\u00e9s qui ont quitt\u00e9 par son port la terre de Russie pour \u00e9chapper \u00e0 la violence, jetant ainsi entre tristesse et soulagement, un dernier regard vers leur pays natal. On en a assez de la vieille histoire, \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 Isaac Babel en 1918. La lumi\u00e8re viendra-t-elle \u00e0 nouveau d’Odessa, capitale r\u00eav\u00e9e \u00ab Des steppes ensoleill\u00e9es baign\u00e9es par la mer \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n

En 1983, Milan Kundera publiait Un Occident kidnapp\u00e9 ou la trag\u00e9die de l’Europe centrale<\/em>. Il en reste une formule c\u00e9l\u00e8bre que l’on pourrait ici transformer en guise de conclusion. <\/p>\n\n\n\n

Europ\u00e9en : celui qui a la nostalgie d’Odessa.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Un essai sur une cit\u00e9 europ\u00e9enne partie en reconnaissance sign\u00e9 Sandrine Treiner.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":353761,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":19,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[5104],"editorial_format":[4913],"week":[5105],"geo":[],"class_list":["post-353724","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-sandrine-treiner","editorial_format-essais"],"acf":{"_thumbnail_id":353761,"excerpt":"Un essai sur une cit\u00e9 europ\u00e9enne partie en reconnaissance sign\u00e9 Sandrine Treiner.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nLa nostalgie d\u2019Odessa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, 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