{"id":349163,"date":"2026-07-30T17:53:11","date_gmt":"2026-07-30T15:53:11","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=349163"},"modified":"2026-07-30T17:53:18","modified_gmt":"2026-07-30T15:53:18","slug":"je-nai-jamais-pris-racine-ailleurs-naples-selon-erri-de-luca","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/je-nai-jamais-pris-racine-ailleurs-naples-selon-erri-de-luca\/","title":{"rendered":"\u00ab Je n’ai jamais pris racine ailleurs \u00bb, Naples selon Erri De Luca"},"content":{"rendered":"\n
Il les ressent comme \u00ab les lettres de cr\u00e9ance du lieu \u00bb. \u00ab Lorsque je visite une ville pour la premi\u00e8re fois, je go\u00fbte l’eau d’une fontaine publique et le pain d’une boulangerie \u00bb, raconte Erri De Luca dans R\u00e9cits de saveurs famili\u00e8res<\/em>, livre empreint d’une nostalgie proustienne qui \u00e9voque les parfums et les go\u00fbts de son enfance comme du reste de sa vie. \u00ab Chaque endroit distille son eau et a ses nuits pour cuire la p\u00e2te \u00bb, explique l’ancien militant r\u00e9volutionnaire et ouvrier du b\u00e2timent devenu \u00e9crivain, dont les \u0153uvres sont traduites dans quelque trente langues. Erri De Luca est aussi attentif au go\u00fbt des choses qu’\u00e0 la marche du monde.<\/p>\n\n\n\n Le lieu parisien de sa premi\u00e8re gorg\u00e9e d’eau, il l’a oubli\u00e9, tant il est souvent venu dans la capitale fran\u00e7aise, l’autre ville de son c\u0153ur, qu’il d\u00e9couvrit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, lorsqu’il arriva pour travailler sur divers chantiers. Sur l’un d’eux, il d\u00e9truisit au marteau-piqueur le vieux stade de Colombes, qui fut le th\u00e9\u00e2tre de plusieurs exploits de l\u2019\u00e9quipe italienne de football, rest\u00e9 cher \u00e0 la m\u00e9moire de son p\u00e8re : \u00ab Ce fut comme tuer son r\u00eave \u00bb, raconte Erri De Luca, qui trimait l\u00e0 avec des dizaines d’autres ouvriers venus de diff\u00e9rents pays du monde : \u00ab Nous avions en commun l’usage de la langue fran\u00e7aise baragouin\u00e9 avec des accents les plus divers \u00bb. Mais m\u00eame s’il r\u00eave et se parle \u00e0 lui-m\u00eame en napolitain, et m\u00eame s’il \u00e9crit toujours en italien, magnifiquement traduit par Dani\u00e8le Valin, Erri De Luca a toujours gard\u00e9 son amour du fran\u00e7ais, qu’il manie \u00e0 la perfection.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n De Paris, il ne go\u00fbte gu\u00e8re les boulevards et les grandes avenues haussmanniennes, pr\u00e9f\u00e9rant les petites rues du centre et plus encore celles du vieux Montmartre qui grimpent \u00e0 l\u2019assaut de la butte. Elles lui rappellent les vicoli tortueux de Naples, o\u00f9 il a pass\u00e9 son enfance dans une famille bourgeoise qui a connu des jours meilleurs avant de s\u2019installer dans les quartiers du ventre de Naples. \u00ab Je viens du c\u0153ur de l\u2019humanit\u00e9 d\u2019une ville bond\u00e9e : aucune porte, aucune fen\u00eatre \u00e0 barreaux ne sauvait de la soupe sonore des bagarres, des repas, des chasses d\u2019eau, des f\u00eates, des deuils, des insomnies des autres \u00bb \u00e9crit Erri De Luca dans Nap\u00f2lide<\/em>. Dans ce court essai fulgurant, il y explique que c\u2019est de sa vraie patrie napolitaine qu\u2019il lui est venu l\u2019amour du vent, m\u00eame le plus violent, celui qui en montagne arrache les cord\u00e9es mais balaie tous les miasmes, \u00e9voquant le souffle divin, le ruah<\/em>, de l\u2019Ancien Testament. \u00ab Mon caract\u00e8re est plus fait pour un fjord norv\u00e9gien que pour une ruelle napolitaine \u00bb pointe t-il avec humour. Mais c\u2019est sa ville et elle le reste.<\/p>\n\n\n\n Avec Paris, Naples partage une densit\u00e9 obs\u00e9dante. \u00ab Naples avait la plus forte densit\u00e9 de population urbaine d\u2019Europe. Elle est toujours surpeupl\u00e9e. Le passant s\u2019enfonce dans le labyrinthe aveugle du touche-touche de l\u2019empi\u00e9tement de l\u2019autre sur soi. Le frottement, l\u2019esquive, le recul, la percussion sont des techniques primaires de la progression. La gesticulation sert \u00e0 transmettre des messages dans le vacarme de la foule, c\u2019est un suppl\u00e9ment \u00e0 la communication orale \u00bb explique Erri De Luca qui reste un Napolitain de c\u0153ur et de raison m\u00eame s’il est \u00e0 jamais hors les murs. \u00ab Celui qui se d\u00e9tache de Naples se d\u00e9tache ensuite de tout et je n\u2019ai jamais pris racine ailleurs \u00bb, raconte l\u2019\u00e9crivain, qui revendique son nomadisme et voyage l\u00e9ger, avec juste une chemise et un pantalon de rechange dans son petit sac \u00e0 dos. La montagne, sa passion, lui a appris \u00e0 ne conserver que l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 dix-huit ans, \u00e0 peine bachelier, Erri De Luca a fui Naples \u00e0 l\u2019heure du laitier. Un d\u00e9part assum\u00e9 comme d\u00e9finitif, quittant l\u2019appartement de ses parents encore endormis, avec en poche tout juste de quoi acheter un billet de train pour Rome. \u00ab Je d\u00e9sertais la ville, la famille et l\u2019avenir tout trac\u00e9. C\u2019\u00e9tait la libert\u00e9 : ne pas savoir o\u00f9 je passerais la premi\u00e8re nuit \u00bb, confie-t-il. <\/p>\n\n\n\n Mais la cit\u00e9 partenopea<\/em> reste \u00e0 jamais ancr\u00e9e en lui : \u00ab Je suis compl\u00e8tement napolitain dans mes sentiments de compassion, de justice, de honte quand ma m\u00e8re me montrait que j\u2019\u00e9tais malgr\u00e9 tout privil\u00e9gi\u00e9 par rapport aux enfants sans chaussures, et qu’elle me transmettait ainsi le sentiment douloureux des diff\u00e9rences \u00bb. De ce popolino<\/em> napolitain, il aime la cr\u00e9ativit\u00e9, celle de la survie au quotidien, ainsi que ses superstitions et ses saints, \u00ab ses meilleurs employ\u00e9s, toujours en service pour effectuer une gr\u00e2ce \u00bb, \u00e0 commencer par le premier d\u2019entre eux, le plus c\u00e9l\u00e8bre : San Gennaro, \u00ab un saint sang qui fond comme du chocolat \u00bb. Le miracle de la liqu\u00e9faction de son sang, conserv\u00e9 dans une fiole ench\u00e2ss\u00e9e dans une urne d\u2019argent, garantit trois fois par an une protection divine \u00e0 la ville, qui, si elle venait \u00e0 manquer, entra\u00eenerait de terribles catastrophes. D\u2019o\u00f9 les cris et les pri\u00e8res hurl\u00e9es pour forcer la relique sanguine \u00e0 redevenir fluide pendant quelques heures.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Un regard superficiel pourrait se dire que le nord de l\u2019Italie, et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019Europe, semblent s\u2019\u00eatre \u00ab napolitanis\u00e9s \u00bb, avec tout ce que cela implique de chaos et de violence, d\u2019impuissance criante des services de l\u2019\u00c9tat et l\u2019extension croissante des territoires perdus de la R\u00e9publique. Aux yeux d\u2019Erri De Luca, c\u2019est au contraire Naples qui se \u00ab d\u00e9napolitanise \u00bb. <\/p>\n\n\n\n \u00ab C\u2019\u00e9tait une ville du sud, du sud du monde et pas seulement du sud de l\u2019Italie, o\u00f9 les enfants travaillaient au lieu d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, avec, comme \u00e0 Manille ou \u00e0 Sa\u00efgon, des bordels pour les marins am\u00e9ricains de la 6e Flotte. C\u2019\u00e9tait la ville o\u00f9 j\u2019ai grandi et il n\u2019en reste plus grand-chose. Naples est devenue une nuance du nord, mais plus pauvre et plus chaotique. Elle n\u2019est plus une terre d\u2019\u00e9migr\u00e9s mais d\u2019immigrants qui s\u2019y sentent d\u2019autant plus \u00e0 l\u2019aise que ce grand port est habitu\u00e9 \u00e0 voir passer des gens du monde entier \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Naples n\u2019est pas seulement au pied du V\u00e9suve : \u00ab J\u2019ai vu Naples sous d\u2019autres chairs et d\u2019autres alphabets ; je crois ne la reconna\u00eetre que sous des d\u00e9guisements \u00bb \u00e9crit-il, \u00e9voquant notamment J\u00e9rusalem : \u00ab non pas celle de la g\u00e9ographie, mais celle qui est \u00e9crite dans les histoires saintes, la ville au sommet des mont\u00e9es : quand elle ne la maudit pas, la langue h\u00e9bra\u00efque la nomme avec une affection parall\u00e8le et n\u00e9anmoins sup\u00e9rieure \u00e0 celle des chansons napolitaines d\u00e9di\u00e9es \u00e0 leur lieu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Erri De Luca s\u2019est install\u00e9 dans la campagne romaine pr\u00e8s de Bracciano, o\u00f9 la plaine bute sur les premiers contreforts du haut Latium : \u00ab J\u2019ai grandi dans une ville volcanique, je vis loin d\u2019elle dans une maison de pierre de lave ; je continue \u00e0 habiter des feux \u00e9teints \u00bb, \u00e9crit-il dans Le Tour de l\u2019oie<\/em>, livre de souvenirs et dialogue avec un fils qu\u2019il n\u2019a jamais eu. <\/p>\n\n\n\n Comme beaucoup d\u2019autres dans sa g\u00e9n\u00e9ration, il \u00e9tait trop engag\u00e9 \u00e0 changer le monde pour penser \u00e0 faire des enfants. Naples est loin, quelque deux cents kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau, mais elle est l\u00e0 aussi, par la m\u00e9moire gustative. \u00ab Ce n\u2019est pas le vin, ce sont les p\u00e2tes qui chassent les absences de cette heure du jour o\u00f9 l\u2019homme se suffit \u00e0 lui-m\u00eame \u00bb, \u00e9crit-il \u00e9voquant ses d\u00eeners en solitaire quand l\u2019eau commence \u00e0 bouillir et qu\u2019il y plonge \u00ab une poign\u00e9e de spaghettis qui s\u2019\u00e9talent en couronne autour du bord \u00bb. Des p\u00e2tes napolitaines, d\u2019une marque qui lui rappelle son enfance, qu’il \u00e9goutte et m\u00e9lange \u00ab \u00e0 la sauce crue : une tomate, du c\u00e9leri, de l\u2019huile d\u2019olive, du persil et le rouge sec d\u2019un piment \u00bb.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Elles apaisent et confortent dans ce qui est son seul repas de la journ\u00e9e. Avec le souvenir du fumet du rag\u00f9 de sa grand-m\u00e8re. \u00ab Cette sauce hurlait, elle \u00e9tait un stade debout apr\u00e8s un but, une \u00e9treinte, un saut, une cascade dans les narines \u00bb, se souvient l\u2019\u00e9crivain. \u00ab Je n\u2019ai pas un temp\u00e9rament mystique, mais ce peu de religiosit\u00e9 qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019avoir, je l\u2019ai d\u00e9gust\u00e9, je l\u2019ai eu sur la langue tous les dimanches de mon enfance. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Naples, c\u2019est d\u2019abord un dialecte aux multiples facettes, aux raccourcis et aux images. Pour parler d’un imb\u00e9cile, on dit par exemple : \u00ab Il n’a la t\u00eate que pour s\u00e9parer les deux oreilles. \u00bb <\/p>\n\n\n\n \u00ab Je parle napolitain avec mes absents, mon p\u00e8re et ma m\u00e8re, mais aussi avec moi-m\u00eame ; c\u2019est en napolitain que je m\u2019engueule quand je ne suis pas content de ce que je fais, et c\u2019est en napolitain que je r\u00eave \u00bb, raconte l\u2019\u00e9crivain dans un cri d\u2019amour \u00e0 ce parler \u00e9ruptif qui fut, pendant des si\u00e8cles, celui du peuple des vicoli, mais aussi des \u00e9lites.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Je l\u2019emploie par agressivit\u00e9 envers les inconnus, par bri\u00e8vet\u00e9 sur les chantiers, par ga\u00eet\u00e9 lors des repas, par n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exactitude quand je manipule un paquet de cartes napolitaines, et par identit\u00e9 quand des \u00e9trangers parlent du sud. C\u2019est au sens propre ma langue maternelle, ma mamel\u00f6hn<\/em>, comme on dit en yiddish, alors que mon p\u00e8re insistait pour que je parle italien, sans accent. \u00bb <\/p>\n\n\n\n\n\n Cette parent\u00e9 entre le dialecte napolitain et le yiddish, la langue des Juifs d\u2019Europe centrale et orientale, assassin\u00e9s et engloutis par la Shoah, l\u2019a peu \u00e0 peu frapp\u00e9 comme une \u00e9vidence. Ce sont des langues de survie et de d\u00e9brouillardise. \u00ab Naples me fait souvent penser \u00e0 un immense shtetl<\/em>, avec la m\u00eame ferveur et la m\u00eame pauvret\u00e9 \u00bb, pointe Erri De Luca, \u00e9voquant ces bourgades juives de l\u2019Europe de l\u2019Est dont les habitants devaient chaque jour inventer de quoi survivre. C’est en d\u00e9couvrant le yiddish qu’il a \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la figure de Marek Edelmann, l\u2019un des chefs \u2014 et le dernier commandant \u2014 de la r\u00e9volte du ghetto de Varsovie contre les nazis, son h\u00e9ros d’adolescence, tout comme Durruti, le l\u00e9gendaire chef anarchiste pendant la guerre civile espagnole. Il a appris le yiddish en autodidacte pour prouver que l\u2019on ne peut pas an\u00e9antir un peuple et sa langue. \u00ab Je n\u2019ai personne avec qui parler le yiddish ; j\u2019en chante les chansons et j\u2019en r\u00e9cite les po\u00e8mes pour ne pas les oublier. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Sur sa table de travail, il a pos\u00e9 un boulon rouill\u00e9 \u00e0 t\u00eate carr\u00e9e, ramass\u00e9 lors d’une visite au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, \u00ab ces ruines du si\u00e8ge d’une infamie \u00bb, sur la rampe ferroviaire d’o\u00f9 les d\u00e9port\u00e9s \u00e9taient achemin\u00e9s vers les chambres \u00e0 gaz. <\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 la politique de Benjamin Netanyahou et sa fuite en avant sanguinaire \u00e0 Gaza, au sud du Liban et en Cisjordanie, il garde un lien fort avec Isra\u00ebl. <\/p>\n\n\n\n Partisan convaincu d’une solution \u00e0 deux \u00c9tats, l’un isra\u00e9lien, l’autre palestinien, Erri De Luca se d\u00e9finit comme \u00ab sioniste \u00bb. \u00ab Aujourd\u2019hui, ce mot est devenu ex\u00e9crable, car il est associ\u00e9 au gouvernement de la pire droite isra\u00e9lienne. J\u2019ai voulu retrouver son sens originel pour l\u2019appliquer au pr\u00e9sent \u00bb, \u00e9crivait-il dans une tribune, afin de r\u00e9pondre \u00e0 la \u00ab temp\u00eate m\u00e9diatique \u00bb suscit\u00e9e par une interview donn\u00e9e au quotidien isra\u00e9lien Israel Hayom <\/em>en mai et par sa pr\u00e9sence au Festival des \u00e9crivains de J\u00e9rusalem.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi refuse-t-il le terme de \u00ab g\u00e9nocide \u00bb, alors m\u00eame qu\u2019il d\u00e9nonce les terribles pertes civiles et les horreurs de la guerre men\u00e9e par les forces isra\u00e9liennes, apr\u00e8s les massacres perp\u00e9tr\u00e9s par le Hamas le 7 octobre 2023 ? Il r\u00e9pondait : \u00ab Ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Gaza, c\u2019est une guerre moderne et brutale, dans laquelle le nombre de victimes civiles est \u00e9norme et effroyable, car lorsque les combats se d\u00e9roulent au c\u0153ur d\u2019un espace urbain dens\u00e9ment peupl\u00e9, au milieu des \u00e9coles et des h\u00f4pitaux, c\u2019est toujours la population qui paie le prix le plus lourd. Nous l\u2019avons vu \u00e0 Mossoul, \u00e0 Raqqa et \u00e0 Marioupol. C\u2019est la cons\u00e9quence d\u2019un combat avec un ennemi qui se retranche au milieu de ses propres civils. C\u2019est terrible, mais ce n\u2019est pas un g\u00e9nocide. \u00bb<\/p>\n\n\n\n En discutant avec le professeur de litt\u00e9rature Uri Cohen \u00e0 Mishkenot Sha’ananim, il avait dit aussi ceci : \u00ab En Italie et ailleurs, on observe une radicalisation favorable au Hamas, qui n’ose toutefois pas se dire comme telle : on se contente de parler \u2018pour le peuple palestinien\u2019, sans jamais d\u00e9noncer l’oppression que le Hamas fait subir \u00e0 ce m\u00eame peuple. En scandant le slogan \u2018From the River to the Sea<\/em>\u2019 \u2014 c’est-\u00e0-dire une Palestine sans la pr\u00e9sence d’Isra\u00ebl \u2014, beaucoup reprennent \u00e0 la lettre le programme du Hamas. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Chaque matin, au r\u00e9veil, il lit quelques pages de l\u2019Ancien Testament en h\u00e9breu ancien. Il a appris cette langue pour retrouver, sans l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un traducteur, toute la puissance originelle du texte sacr\u00e9 et ses polys\u00e9mies. L\u2019h\u00e9breu ne conna\u00eet pas le \u00ab vous \u00bb, seulement le \u00ab tu \u00bb. Naples d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la Bible de l\u2019autre. \u00ab Ce pendule d\u2019\u00e9criture oscille dans mon corps, mais je suis \u00e0 l\u2019\u00e9cart des deux ; j\u2019\u00e9cris d\u2019ailleurs pas dans ma ville natale, pas dans ma foi \u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Il le fait en murmurant, en r\u00e9citant \u00e0 voix basse ce que la feuille re\u00e7oit, en parlant \u00e0 un petit cercle de personnes qui surveillent ses phrases \u2014\u00a0celles qui lui sont ch\u00e8res, dont beaucoup sont d\u00e9j\u00e0 mortes. En bon Napolitain, il vit en osmose avec ses disparus les plus chers. \u00c0 Naples, il y a, au coin des rues de la vieille ville, de petits autels d\u00e9di\u00e9s aux \u00e2mes du purgatoire, o\u00f9 les Napolitains d\u00e9posent des offrandes pour acc\u00e9l\u00e9rer la mont\u00e9e au paradis de leurs morts.<\/p>\n\n\n\n L\u2019imprim\u00e9 l\u2019accompagne depuis toujours. \u00ab J\u2019ai grandi dans la pi\u00e8ce des livres de mon p\u00e8re, de ma naissance jusqu\u2019au jour o\u00f9 j\u2019ai claqu\u00e9 la porte pour risquer ma vie tout seul. \u00bb L\u2019appartement \u00e9tait petit, il n\u2019y avait pas d\u2019autre endroit o\u00f9 installer son lit. Cela aurait pu susciter un rejet ; cela devint une passion n\u00e9cessaire : \u00ab Pour celui qui est aux abois, il y a le ciel ou les livres. Dans les deux cas, sa solitude est envahie et apais\u00e9e par les plus belles voix du monde. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Son premier choc litt\u00e9raire fut Don Quichotte : \u00ab Dans mes lectures d\u2019adolescent, je m\u2019\u00e9nervais contre Cervantes qui infligeait \u00e0 son h\u00e9ros d\u00e9ceptions et humiliations. Quand je l\u2019ai relu \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinquante ans, \u00e2ge de Don Quichotte, j\u2019ai compris qu\u2019il se relevait \u00e0 chaque fois pour se battre \u00e0 nouveau, et qu\u2019il ne pouvait donc \u00eatre vaincu une fois pour toutes. Selon les mots du grand po\u00e8te turc Nazim Hikmet, il est l\u2019invincible chevalier des assoiff\u00e9s \u00bb, pointe De Luca, qui revendique Don Quichotte comme alter ego. Rossinante, sa monture : \u00ab Comme elle, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 chevauch\u00e9 par les bonnes causes qui m\u2019ont mont\u00e9 sur le dos. C\u2019est pour cela que je suis devenu militant r\u00e9volutionnaire, que je me suis investi dans la solidarit\u00e9 avec la Bosnie attaqu\u00e9e ou pour sauver les migrants qui traversent la M\u00e9diterran\u00e9e au p\u00e9ril de leur vie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Son premier acte d’engagement fut, en 1967, de rejoindre une manifestation pour le Vietnam qu\u2019il voyait passer. C’\u00e9tait la d\u00e9couverte des compagnons et de la fraternit\u00e9 du combat commun. \u00ab Elle est avec la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la devise de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, mais elle est diff\u00e9rente. On se bat pour obtenir ou d\u00e9fendre une libert\u00e9 ou une \u00e9galit\u00e9. Pour la fraternit\u00e9, on ne peut pas faire \u00e7a. C\u2019est le sentiment qui r\u00e9unit les fibres d\u2019une communaut\u00e9, renforce l\u2019union et produit l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour se battre \u00bb, explique celui qui fut l\u2019un des piliers de Lotta Continua, \u00e0 la fois quotidien d\u2019extr\u00eame gauche et mouvement politique. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque du \u00ab mai rampant \u00bb, avec les r\u00e9voltes \u00e9tudiantes et les contestations sociales qui, pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, ont \u00e9branl\u00e9 la p\u00e9ninsule. Un \u00ab mouvement \u00bb intense et cr\u00e9atif, dans les universit\u00e9s comme dans les usines, o\u00f9 l\u2019on r\u00eavait du grand soir tout en tentant d\u00e9j\u00e0, dans le quotidien, de vivre le communisme. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Je les appelle les ann\u00e9es de cuivre, des fils conduisaient le courant \u00e9lectrique des luttes sociales dans tout le pays, jusqu\u2019au plus profond du sud. Ce m\u00e9tal est le meilleur conducteur de cette \u00e9nergie \u00e9lectrique de transformation et de luttes qui imposaient leur ordre du jour au cin\u00e9ma, aux chansons, au football \u00bb, raconte l\u2019\u00e9crivain. Puis vinrent les ann\u00e9es de plomb. D\u2019abord, les massacres et les attentats \u00e0 la bombe sanglants du terrorisme \u00ab noir \u00bb, n\u00e9ofasciste, afin de cr\u00e9er un climat favorable \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat militaire. Puis, en r\u00e9ponse, surgit le terrorisme \u00ab rouge \u00bb d\u2019extr\u00eame gauche, avec des assassinats cibl\u00e9s de repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9tat ou de la classe politique, dont l\u2019enl\u00e8vement et l\u2019assassinat d\u2019Aldo Moro, le leader de la D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne et artisan du compromis historique pour associer le Parti communiste au pouvoir, constitu\u00e8rent le pic extr\u00eame. Moro fut ex\u00e9cut\u00e9 par les Brigades rouges apr\u00e8s 55 jours de d\u00e9tention et une parodie de proc\u00e8s prol\u00e9tarien. La fracture devint alors irr\u00e9m\u00e9diable au sein de l\u2019extr\u00eame gauche, entre ceux qui comprenaient les raisons des camarades s’engageant dans la lutte arm\u00e9e, et ceux, tels Erri De Luca, qui voyaient qu’il s’agissait d’une voie suicidaire et sans retour.<\/p>\n\n\n\n Les r\u00eaves fracass\u00e9s de cette \u00e9poque l\u2019ont marqu\u00e9 \u00e0 jamais. La fondation qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9e avec Paola Porrini Bisson, qui fonctionne uniquement avec des dons priv\u00e9s, propose notamment dix bourses d\u2019\u00e9tudes par an pour des \u00e9tudiants immigr\u00e9s. Elle a \u00e9galement mis en ligne la collection int\u00e9grale du quotidien Lotta Continua<\/em>, consultable gratuitement, de 1972 \u00e0 1980. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Aujourd\u2019hui, quand je rencontre quelqu\u2019un de mon \u00e2ge, je me demande o\u00f9 il \u00e9tait pendant les ann\u00e9es des affrontements et des manifestations ; je me demande s\u2019il est rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 cette cause ou s\u2019il a class\u00e9 cette partie de sa vie sous les circonstances att\u00e9nuantes du r\u00eave ou de son contraire, l\u2019insomnie \u00bb, pointe De Luca, qui revendique \u00ab reconna\u00eetre \u00e0 leurs yeux ceux qui ont \u00e9t\u00e9 longtemps incarc\u00e9r\u00e9s, ceux qui ont \u00e9t\u00e9 ouvriers, ceux qui se sont intoxiqu\u00e9s pour surmonter la d\u00e9faite commune devenue personnelle \u00bb. Quant aux autres, \u00ab ceux qui se sont reni\u00e9s ou ont \u00e9t\u00e9 prodigues en soumission \u00bb, il pr\u00e9f\u00e8re ne m\u00eame pas les regarder. Apr\u00e8s l\u2019assassinat d\u2019Aldo Moro, la r\u00e9pression contre le \u00ab mouvement \u00bb devint implacable. Nombre de terroristes, ou pr\u00e9sum\u00e9s tels, firent le choix de devenir des \u00ab repentis \u00bb, acceptant de collaborer avec la justice en \u00e9change de remises de peine cons\u00e9quentes. Des amiti\u00e9s se sont bris\u00e9es. Dans son roman Impossible, il reconstitue l\u2019\u00e9change entre un jeune juge et un vieil homme, \u00ab de la g\u00e9n\u00e9ration la plus poursuivie de l\u2019histoire de l\u2019Italie \u00bb, accus\u00e9 d\u2019avoir pouss\u00e9 dans le vide, lors d\u2019une escalade dans les Dolomites, un ancien camarade qui avait jadis livr\u00e9 tout leur groupe \u00e0 la justice. Ce d\u00e9lateur \u00e9tait celui qui lui \u00e9tait le plus proche. Des d\u00e9cennies plus tard, le protagoniste du roman n’est toujours pas parvenu \u00e0 \u00ab s\u00e9parer le tra\u00eetre de l’ami \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La fraternit\u00e9 perdue, Erri De Luca l\u2019a alors cherch\u00e9e dans les chantiers. Il avait trente ans, n\u2019avait pas fait d\u2019\u00e9tudes et n\u2019avait donc gu\u00e8re d\u2019autre choix. \u00ab Ouvrier, c\u2019est un homme qui collectionne, comme tout le monde, des jours vides de force, et qui doit se l\u2019inventer, appeler le corps \u00e0 se donner \u00e0 fond \u00bb, \u00e9crivait-il dans Lettres d\u2019une cit\u00e9 br\u00fbl\u00e9e<\/em>. <\/p>\n\n\n\n Son salut fut la montagne, ce lieu o\u00f9 la nature est \u00e9crasante et o\u00f9 l’on est \u00ab un \u00e9tranger sans invitation et sans bienvenue \u00bb. \u00ab Chacun a ses propres raisons d’y aller ; la mienne est de tourner le dos \u00e0 tout, de prendre de la distance. Je rejette le monde entier derri\u00e8re moi. Je me d\u00e9place dans un espace et un temps vides. Je vois comment \u00e9tait le monde sans nous et comment il le sera apr\u00e8s \u00bb, explique-t-il. Il aime rappeler qu’\u00ab une grande partie de l’\u00c9criture sainte est alpine \u00bb. No\u00e9 qui \u00e9choue l\u2019arche sur le mont Ararat, Mo\u00efse qui re\u00e7oit les Tables de la Loi au sommet du Sina\u00ef, Abraham appel\u00e9 sur le mont Moriah pour le sacrifice de son fils Isaac.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n C’est un lieu o\u00f9 la divinit\u00e9 descend et o\u00f9 l’homme monte. \u00ab Un sommet atteint est un bord de fronti\u00e8re entre le fini et l\u2019immense \u00bb, pointe De Luca, pour qui l\u2019escalade est une asc\u00e8se autant qu\u2019un retour \u00e0 l\u2019essentiel. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Les pas qui m\u2019ont port\u00e9 \u00e0 cette altitude sont pour moi des pas faits en arri\u00e8re, au temps des besoins les plus modestes : de l\u2019eau fondue sur un r\u00e9chaud, prise \u00e0 la neige, une cuill\u00e8re et un bol lav\u00e9s avec de la poussi\u00e8re de glace, la maison port\u00e9e sur le dos \u00bb, \u00e9crit-il dans Sur la trace de Nives<\/em>, livre d\u2019entretiens avec la grande alpiniste italienne Nives Meroi, qu\u2019il a accompagn\u00e9e lors de l\u2019une de ses exp\u00e9ditions himalayennes. \u00ab Aller en montagne, grimper, escalader, c\u2019est un effort b\u00e9ni par l\u2019inutile \u00bb, ironise l\u2019\u00e9crivain. Quoi de plus subversif \u00e0 l\u2019heure de la qu\u00eate fr\u00e9n\u00e9tique du profit ?<\/p>\n\n\n\n \u00ab J\u2019ai plus d\u2019ann\u00e9es que de kilos \u00bb, aime-t-il \u00e0 souligner, alors qu\u2019il vient d\u2019entrer dans sa soixante-dix-septi\u00e8me ann\u00e9e. Pour son corps comme pour son \u00e9criture, Erri De Luca revendique une densit\u00e9 \u00e0 l\u2019os, sans gras ni fioritures. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Je suis avantag\u00e9 par une bonne complicit\u00e9 avec mon corps, c\u2019est une machine ancienne, s\u00e9lectionn\u00e9e par d\u2019innombrables g\u00e9n\u00e9rations aux prises avec toutes sortes de privations, et j\u2019ai le sentiment d\u2019\u00eatre son h\u00f4te le plus r\u00e9cent \u00bb, \u00e9crit-il dans L\u2019\u00c2ge exp\u00e9rimental<\/em>, livre d\u2019\u00e9changes \u00e9pistolaires avec In\u00e8s de la Fressange, \u00ab rencontr\u00e9e chez des amis communs et avec qui la complicit\u00e9 fut imm\u00e9diate \u00bb. <\/p>\n\n\n\n\n\n \u00ab Il fallait l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une voix de femme pour contrebalancer mes divagations sur la vieillesse \u00bb, explique Erri De Luca, de passage dans la capitale fran\u00e7aise pour pr\u00e9senter le livre \u2014 L’\u00e2ge exp\u00e9rimental<\/em>, Gallimard \u2014, sorti \u00e0 quelques jours d\u2019inveralle d\u2019une br\u00e8ve et magnifique ode illustr\u00e9e au David de Michel-Ange \u2014 David, Michel-Ange. Enqu\u00eate sur une disproportion<\/em> \u2014 immense et puissante statue haute de cinq m\u00e8tres. \u00ab Le g\u00e9ant, c\u2019\u00e9tait l\u2019autre, le Philistin Goliath, mais l\u2019histoire agrandit les vainqueurs \u00bb, note-t-il. <\/p>\n\n\n\n Il me r\u00e9v\u00e8le s’\u00eatre senti vieux pour la premi\u00e8re fois quand une jeune femme a voulu lui laisser sa place dans l’autobus. Il a \u00e9videmment refus\u00e9. <\/p>\n\n\n\n \u00ab Aujourd\u2019hui, on peut voir \u00e0 quoi ressemblera son propre visage vieillissant, et une application permet d\u2019obtenir cette image par un simple clic \u00bb. Il a v\u00e9cu comme une \u00ab trahison \u00bb de la part de son corps les trois infarctus qu\u2019il a subis il y a plusieurs ann\u00e9es. Depuis, il est vigilant. \u00ab J\u2019applique \u00e0 l\u2019\u00e2ge que je traverse les cat\u00e9gories criminelles relatives \u00e0 l\u2019homicide : la vieillesse peut \u00eatre involontaire, arrivant d\u2019un coup \u00e0 cause d\u2019un accident ou d\u2019une maladie ; pr\u00e9terintentionnelle, quand on tente d\u2019en dissimuler les signes ; ou volontaire, comme une nouveaut\u00e9 \u00e0 approfondir \u00bb, explique-t-il dans le livre. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est une nouvelle aventure qui commence : \u00ab Je peux dire que la vieillesse contient des \u00e9tendues inconnues des \u00e2ges pr\u00e9c\u00e9dents, et je peux dire que c\u2019est mon meilleur temps. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Chez le grand \u00e9crivain italien, une assiette de spaghetti, un verset en h\u00e9breu ou une ascension en montagne racontent la m\u00eame qu\u00eate : rester fid\u00e8le \u00e0 son propre point de d\u00e9part.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":349185,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":16,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[3165],"editorial_format":[4912],"week":[5078],"geo":[],"class_list":["post-349163","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-marc-semo","editorial_format-un-cafe-avec-le-grand-continent"],"acf":{"_thumbnail_id":349185,"excerpt":"Chez le grand \u00e9crivain italien, une assiette de spaghetti, un verset en h\u00e9breu ou une ascension en montagne racontent la m\u00eame qu\u00eate : rester fid\u00e8le \u00e0 son propre point de d\u00e9part.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
\n Le ventre <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le sang <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\n Le feu<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\n La langue<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La guerre <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le livre<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\n Le cuivre<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La montagne<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\n Le reste<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n