{"id":349092,"date":"2026-07-29T19:05:12","date_gmt":"2026-07-29T17:05:12","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=349092"},"modified":"2026-07-29T19:09:18","modified_gmt":"2026-07-29T17:09:18","slug":"les-lumieres-oubliees-de-lampedusa","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/les-lumieres-oubliees-de-lampedusa\/","title":{"rendered":"Les Lumi\u00e8res oubli\u00e9es de Lampedusa"},"content":{"rendered":"\n
En septembre 2023, en l\u2019espace de quelques jours, des milliers de migrants ont d\u00e9fi\u00e9 la mer sur des fr\u00eales embarcations, \u00e0 partir des c\u00f4tes libyennes et tunisiennes. <\/p>\n\n\n\n
Une vague d\u2019arriv\u00e9es a d\u00e9ferl\u00e9 sur Lampedusa. Ce minuscule territoire italien, \u00e9gar\u00e9 quelque part en M\u00e9diterran\u00e9e, s\u2019est ainsi trouv\u00e9 au centre de l\u2019attention m\u00e9diatique et politique internationale. Ses paysages arides et broussailleux ont d\u00e9fil\u00e9, pendant des jours, sur les \u00e9crans des t\u00e9l\u00e9visions et des ordinateurs du monde entier, et ont fait la une des principaux journaux. <\/p>\n\n\n\n
Un tel ph\u00e9nom\u00e8ne est loin d\u2019\u00eatre nouveau. Depuis quelques d\u00e9cennies, le nom de l\u2019\u00eele \u00e9voque les travers\u00e9es maritimes en M\u00e9diterran\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n
Lampedusa : ce nom r\u00e9sonne r\u00e9guli\u00e8rement sur les cha\u00eenes d\u2019information, associ\u00e9 \u00e0 un triste chapelet de trag\u00e9dies et de d\u00e9tresse humaine, \u00e0 une comptabilit\u00e9 accablante de naufrages, de morts et de rescap\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n
Lampedusa : personne n\u2019ignore le sens de ces quatre syllabes, qui, selon les penchants des uns et des autres, suscitent un \u00e9ventail de r\u00e9actions, allant de la compassion et d\u2019une solidarit\u00e9 plus ou moins impuissante, \u00e0 la peur de l\u2019invasion et au fantasme du \u00ab grand remplacement \u00bb. <\/p>\n\n\n\n\n\n Lampedusa : elle est connue de tous, mais seulement de loin et de mani\u00e8re superficielle ; elle semble affleurer d\u2019un pass\u00e9 brumeux ; elle semble surgir des flots, seulement \u00e0 partir du moment o\u00f9 les projecteurs de l\u2019actualit\u00e9 l\u2019ont cern\u00e9e. Pourtant, il existe bien une Lampedusa avant \u00ab Lampedusa \u00bb, pour ainsi dire.<\/p>\n\n\n\n Une vir\u00e9e dans le pass\u00e9 de cet \u00e9cueil rec\u00e8le bien des surprises et des coups de th\u00e9\u00e2tre <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Observ\u00e9e dans la longue dur\u00e9e, l\u2019\u00eele offre un condens\u00e9 d\u2019histoire m\u00e9diterran\u00e9enne. Au fil des si\u00e8cles, son devenir respire avec l\u2019eau qui l\u2019entoure. Aussi loin qu\u2019on puisse remonter dans le temps, Lampedusa est un carrefour maritime important, un n\u0153ud essentiel de la circulation humaine. <\/p>\n\n\n\n Les traces arch\u00e9ologiques sugg\u00e8rent une occupation stable depuis le N\u00e9olithique, alternant avec des phases de fr\u00e9quentation temporaire. Puis, \u00e0 partir du IIe si\u00e8cle avant J.-C., des vestiges abondants laissent deviner une \u00e9conomie florissante li\u00e9e \u00e0 la p\u00eache et permettent de discerner une soci\u00e9t\u00e9 prosp\u00e8re, qui frappe m\u00eame une monnaie locale. L\u2019\u00eele baigne alors pleinement dans la mare nostrum, cette chasse gard\u00e9e des Romains, envelopp\u00e9e par une ceinture de terres soumises. <\/p>\n\n\n\n Une telle configuration relativement pacifi\u00e9e se prolonge encore sous la domination byzantine, jusqu\u2019au VIIe si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. <\/p>\n\n\n\n Puis une nouvelle fronti\u00e8re s\u2019installe dans cette plaine liquide qui s\u2019\u00e9tend de la Sicile \u00e0 l\u2019Afrique du Nord. <\/p>\n\n\n\n Une v\u00e9ritable zone de guerre se met en place, au fur et \u00e0 mesure de la pouss\u00e9e arabe vers le nord qui culmine avec la conqu\u00eate de la Sicile par les Aghlabides au IXe si\u00e8cle. D\u00e9vast\u00e9es et d\u00e9sertifi\u00e9es, les petites \u00eeles paient le prix fort dans cette p\u00e9riode de troubles et Lampedusa n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce destin. Nous ne savons pas si, par la suite, comme Malte et Pantelleria, elle est repeupl\u00e9e par des colons arabes et musulmans. Si tel est le cas, cette aventure se solde par un \u00e9chec, car aux XIIe et XIIIe si\u00e8cles elle appara\u00eet d\u00e9pourvue de toute pr\u00e9sence humaine stable.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cette \u00e9poque, on assiste \u00e0 une progressive homog\u00e9n\u00e9isation linguistique et religieuse, qui consolide le clivage entre les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e centrale. Catholicisation et latinisation au nord, arabisation et islamisation au sud. Ce processus est un peu plus lent dans les petites \u00eeles. Apr\u00e8s la reconqu\u00eate normande de la Sicile, la christianisation s\u2019ach\u00e8ve \u00e0 Malte au XIIIe si\u00e8cle, mais la langue arabe s\u2019y maintient. \u00c0 Pantelleria on signale encore quelques pr\u00e9sences musulmanes \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle. Mais il ne s\u2019agit que de petites nuances dans un paysage d\u00e9sormais bien contrast\u00e9. <\/p>\n\n\n\n La configuration de Lampedusa se d\u00e9tache de mani\u00e8re singuli\u00e8re de cet horizon. Ce minuscule territoire est d\u00e9sert. Il n\u2019appartient clairement \u00e0 aucun pouvoir. Pas de fortifications, ici, pas de dissuasion arm\u00e9e. L\u2019\u00eele est facilement accessible et s\u2019offre aux navires qui y accostent. Tous y trouvent la possibilit\u00e9 de s\u2019approvisionner en eau et en nourriture. C\u2019est ainsi que Saint Louis la d\u00e9couvre en 1254, quand il y d\u00e9barque sur le chemin de retour de la septi\u00e8me croisade. Par la suite, des nobles siciliens essayeront d\u2019y \u00e9tablir une garnison, mais sans succ\u00e8s. Seules demeurent les ruines d\u2019un ch\u00e2teau et de quelques maisons, t\u00e9moignages de l\u2019inanit\u00e9 de telles tentatives. Car cette \u00eele, situ\u00e9e tr\u00e8s loin de toute base continentale, est fatalement expos\u00e9e aux incursions. Sa conqu\u00eate ne pose pas de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s, mais comment en d\u00e9fendre la possession contre une attaque venue de la mer ?<\/p>\n\n\n\n Au XVIe si\u00e8cle, la M\u00e9diterran\u00e9e devient le champ principal de l\u2019affrontement entre les empires espagnol et ottoman. Selon la c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9finition de Fernand Braudel, cette mer est alors \u00ab le c\u0153ur violent du monde \u00bb. Quand, par la suite, les conflits de la grande histoire se d\u00e9placent vers d\u2019autres th\u00e9\u00e2tres, les heurts belliqueux se prolongent encore dans ces eaux pendant quelques si\u00e8cles, anim\u00e9s par l\u2019incessante confrontation entre les Chevaliers de Malte et les Barbaresques. <\/p>\n\n\n\n Lampedusa traverse ces si\u00e8cles mouvement\u00e9s sans abdiquer \u00e0 sa vocation. Toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cart, toujours d\u00e9serte. M\u00eame sa juridiction demeure incertaine : ce modeste territoire ne se range pas clairement dans un camp ou dans l\u2019autre. C\u2019est vrai : au XVe si\u00e8cle, il est attribu\u00e9 en fief par les Aragonais \u00e0 une dynastie sicilienne. Puis, \u00e0 travers une alliance matrimoniale, il passe \u00e0 une autre famille : les Tomasi, qui, au XVIIe si\u00e8cle obtiendront m\u00eame le titre de princes de Lampedusa. Cependant, les anc\u00eatres du c\u00e9l\u00e8bre auteur du Gu\u00e9pard<\/em> resteront confortablement install\u00e9s \u00e0 Palerme et n\u2019y mettront jamais les pieds. D\u2019ailleurs, Tunis et Istanbul ne reconnaissent pas cette souverainet\u00e9, et revendiquent \u00e0 leur tour une tutelle sur l\u2019\u00eele. Quand, au XVIIIe si\u00e8cle, quelques rares ermites fran\u00e7ais et maltais commenceront \u00e0 s\u2019y \u00e9tablir, ils pourront le faire seulement gr\u00e2ce \u00e0 des sauf-conduits accord\u00e9s par les autorit\u00e9s ottomanes, qui en tout cas limitent \u00e0 sept le nombre maximum de personnes pouvant y r\u00e9sider.<\/p>\n\n\n\n En substance, pendant au moins six si\u00e8cles, Lampedusa est un lieu de l\u2019entre-deux dans un espace fortement cliv\u00e9. Perp\u00e9tuellement inhabit\u00e9e, elle est n\u00e9anmoins loin d\u2019avoir un r\u00f4le secondaire. Ce caillou plant\u00e9 au milieu des flots est un n\u0153ud important pour la navigation. Sa position n\u00e9vralgique et sa neutralit\u00e9 en font un point d\u2019\u00e9tape incontournable pour les navigateurs de toutes provenances, qui y trouvent de l\u2019eau, du bois et des aliments (notamment gr\u00e2ce \u00e0 la chasse aux lapins). <\/p>\n\n\n\n \u00cele ouverte, \u00eele g\u00e9n\u00e9reuse, \u00eele nourrici\u00e8re, Lampedusa offre \u00e9galement l\u2019abri de ses criques lors des fr\u00e9quentes temp\u00eates qui s\u2019abattent sur la mer.<\/p>\n\n\n\n Mais les vertus de Lampedusa ne d\u00e9rivent pas uniquement de sa position et de son d\u00e9cor naturel. Ce lieu devient c\u00e9l\u00e8bre gr\u00e2ce \u00e0 une cr\u00e9ation humaine, \u00e0 l\u2019invention d\u2019un dispositif symbolique \u00e9tonnant qui s\u2019inscrit dans le temps long. <\/p>\n\n\n\n De quoi s\u2019agit-il ? Une petite grotte, cach\u00e9e dans les plis du territoire, accueille un culte singulier. Une moiti\u00e9 de cette anfractuosit\u00e9 est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration d\u2019une image de la Vierge, l\u2019autre \u00e0 celle d\u2019un saint musulman, dont elle abrite le tombeau. Les nombreux marins qui font escale sur l\u2019\u00eele ne manquent jamais d\u2019honorer le petit sanctuaire. Ils y accomplissent leurs d\u00e9votions, ils y demandent une protection pour leurs travers\u00e9es, ils y d\u00e9posent des offrandes. Et cela sans distinction de religion.<\/p>\n\n\n\n Les origines de cette configuration sont lointaines. Quand les premi\u00e8res r\u00e9f\u00e9rences font surface dans les sources \u00e9crites, \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XVIe si\u00e8cle, elles d\u00e9voilent une tradition d\u00e9j\u00e0 bien ancr\u00e9e. Dans les d\u00e9cennies qui suivent, les textes vont rapidement se multiplier. Voyageurs, aventuriers, corsaires, nombreux sont ceux qui ont l\u2019occasion de s\u2019arr\u00eater \u00e0 Lampedusa et font \u00e9tat de ce qu\u2019ils ont vu dans leurs r\u00e9cits. Ils d\u00e9crivent un syst\u00e8me symbolique complexe, bas\u00e9 sur une tr\u00eave temporaire s’articulant autour du sanctuaire. Tous les t\u00e9moins manifestent leur surprise face \u00e0 la situation qu\u2019ils d\u00e9couvrent dans la grotte, o\u00f9 s\u2019amoncellent de nombreuses offrandes que les d\u00e9vots catholiques et musulmans y ont d\u00e9pos\u00e9es. Les visiteurs remarquent la pr\u00e9sence de monnaies turques, espagnoles, fran\u00e7aises, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de bagues, pendentifs, diad\u00e8mes. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des lampes, avec de l\u2019huile pour les alimenter, et une grande quantit\u00e9 de cierges et de bougies. Mais ce n\u2019est pas tout. Une vaste panoplie d\u2019objets est suspendue au-dessus de poteaux et de cordes. Cet assortiment inclut des v\u00eatements aux styles bigarr\u00e9s et plusieurs types d\u2019ustensiles. Sans compter la pr\u00e9sence de nourriture, sous forme de pain, de fromage, de viande sal\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n\n Les principaux destinataires de ces provisions sont les esclaves fugitifs ou les naufrag\u00e9s : qu\u2019ils soient chr\u00e9tiens ou musulmans, cela n\u2019a pas d\u2019importance. Gr\u00e2ce \u00e0 ces biens, ils peuvent subsister, en attendant qu\u2019un navire accoste et les prenne \u00e0 son bord. <\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est point besoin, dans cette \u00eele d\u00e9serte, de poss\u00e9der la sagacit\u00e9 d\u2019un Robinson Cruso\u00e9 pour y survivre en solitaire. Gr\u00e2ce \u00e0 la solidarit\u00e9 collective, les moyens n\u00e9cessaires sont \u00e0 la disposition de toute personne qui s\u2019y \u00e9gare. \u00c0 leur tour, les matelots de passage qui ont besoin de quelques objets, ont le droit de se servir de ceux enfouis dans la grotte, mais ils doivent les rendre ou bien d\u00e9poser l\u2019\u00e9quivalent de leur valeur. Selon une croyance que partagent les chr\u00e9tiens et les musulmans, ceux qui enfreindraient cette loi tacite, en s\u2019appropriant ind\u00fbment quelque chose, ne seraient plus en mesure de quitter Lampedusa, car le vent et la temp\u00eate se d\u00e9cha\u00eeneraient contre leurs bateaux.<\/p>\n\n\n\n Cette \u00eele est alors un espace de rencontre pacifique, dans une mer hant\u00e9e par les antagonismes obstin\u00e9s et les heurts belliqueux, o\u00f9 la violence peut \u00e9clater \u00e0 tout moment, o\u00f9 batailles navales, abordages de vaisseaux commerciaux, pillages de villes et razzias sur les c\u00f4tes sont \u00e0 l\u2019ordre du jour. Les fronti\u00e8res sont loin d\u2019\u00eatre lin\u00e9aires en M\u00e9diterran\u00e9e. Elles rappellent plut\u00f4t des arabesques dessin\u00e9es par les vagues et par le vent. Instables et mobiles, elles se font et se d\u00e9font. Elles correspondent encore \u00e0 des fronts<\/em>, comme dans le Moyen \u00c2ge, et ne connaissent pas la r\u00e9gularisation de leur trac\u00e9 qui est promue par les \u00c9tats sur le continent europ\u00e9en au cours de l\u2019\u00e9poque moderne. Sur l\u2019\u00e9tendue liquide, les limites avancent et reculent au fil des assauts, des replis, des embuscades. Des conqu\u00eates et des reconqu\u00eates. Des alliances et des trahisons.<\/p>\n\n\n\n Ces fronti\u00e8res en pointill\u00e9s forment une trame assez l\u00e2che et distendue. Dans leurs interstices se nichent de nombreuses occasions de rencontre avec l\u2019autre. M\u00eame la fracture id\u00e9ologique de base, issue de l\u2019opposition entre l\u2019islam et la chr\u00e9tient\u00e9, s\u2019av\u00e8re assez poreuse. Elle est transperc\u00e9e par d\u2019innombrables exp\u00e9riences d\u2019\u00e9change, de connivence et de collaboration qui donnent une coloration particuli\u00e8re \u00e0 la vie en M\u00e9diterran\u00e9e. Une panoplie de zones de contact canalisent la communication interculturelle. On pourrait dresser un inventaire de ces lieux propices \u00e0 l\u2019interaction : les ports, les fondouks, les caravans\u00e9rails, les douanes, les bateaux qui transportent souvent un ensemble mixte de passagers, les sanctuaires o\u00f9 s\u2019entrelacent les pas de p\u00e8lerins juifs, chr\u00e9tiens et musulmans.<\/p>\n\n\n\n Avec son d\u00e9cor sobre et \u00e9pur\u00e9, Lampedusa incarne \u00e0 la perfection ce principe. Elle est exactement cela : une zone de contact, une transition, un seuil. Solitaire en haute mer, elle offre l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un limen<\/em>. <\/p>\n\n\n\n Accoster sur ses rivages, p\u00e9n\u00e9trer dans son int\u00e9rieur, jusqu\u2019\u00e0 la grotte-sanctuaire, correspond \u00e0 une travers\u00e9e vers l\u2019ailleurs. Dans son paysage de soleil et de vent, l\u2019\u00eele autorise une rencontre intime et apais\u00e9e avec l\u2019autre. Elle encourage une suspension des hostilit\u00e9s qui va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entraide entre ennemis.<\/p>\n\n\n\n Le miracle de Lampedusa n\u2019a pas de metteurs en sc\u00e8ne attitr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Aucun impresario eccl\u00e9siastique n\u2019y a mis la main. Le sanctuaire et les traditions qui s\u2019y rattachent sont le r\u00e9sultat d\u2019une cr\u00e9ation spontan\u00e9e et anonyme, l\u2019\u0153uvre de matelots, d\u2019esclaves, de corsaires. Cependant, la renomm\u00e9e de l\u2019\u00eele parcourt tous les recoins de la mer. Qui ignore le profil de cet \u00e9cueil ? Qui n\u2019a jamais entendu parler de sa grotte prodigieuse, dans les ports o\u00f9 les vaisseaux mettent les voiles ? La Madone de Lampedusa a ses d\u00e9vots \u00e0 Marseille comme \u00e0 Livourne, \u00e0 Tunis comme \u00e0 Tripoli.<\/p>\n\n\n\n La configuration \u00e9tonnante de cette \u00eele devient bient\u00f4t famili\u00e8re au public cultiv\u00e9 en Europe.<\/p>\n\n\n\n Sa mention se glisse dans de nombreux ouvrages r\u00e9dig\u00e9s en diff\u00e9rentes langues \u2013 latin, italien, espagnol, fran\u00e7ais, anglais, n\u00e9erlandais \u2013 et relevant des genres les plus vari\u00e9s. Maints \u00e9crits pieux se saisissent des traditions de l\u2019\u00eele pour affirmer la vigueur du culte marial, capable de s\u00e9duire m\u00eame les \u00ab infid\u00e8les \u00bb. Les r\u00e9cits de voyage et les romans \u00e9voquent souvent la rencontre, r\u00e9elle ou fantasm\u00e9e, avec ce lieu si singulier et myst\u00e9rieux. Et puis les dictionnaires, les livres de g\u00e9ographie, les travaux d\u2019histoire s\u2019en font l\u2019\u00e9cho. \u00c0 travers cette vaste production, le mythe de Lampedusa voyage \u00e0 travers le continent. La petite \u00eele est ainsi identifi\u00e9e comme \u00ab un haut lieu de l’entraide et de la tol\u00e9rance en M\u00e9diterran\u00e9e \u00bb, pour reprendre une expression de l\u2019historien Guy Turbet-Delof.<\/p>\n\n\n\n Au XVIIIe si\u00e8cle, Lampedusa fait son entr\u00e9e dans les salons parisiens o\u00f9 se r\u00e9unit l\u2019intelligentsia des Lumi\u00e8res. Symbole d\u2019ouverture religieuse, auquel on se r\u00e9f\u00e8re de mani\u00e8re souvent d\u00e9tourn\u00e9e, elle s\u2019insinue dans les r\u00e9flexions des esprits les plus fins du si\u00e8cle et se glisse dans certaines de leurs pages. Dans un ouvrage publi\u00e9 en 1757 (Le fils naturel ou les \u00e9preuves de la vertu. Com\u00e9die en cinq actes et en prose, avec la v\u00e9ritable histoire de la pi\u00e8ce<\/em>), Denis Diderot fait de Lampedusa le berceau d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. En s\u2019appuyant sur la tradition du double culte, qu\u2019il connaissait bien, il y situe le r\u00eave utopique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 insulaire compos\u00e9e de com\u00e9diens, dans laquelle l\u2019art th\u00e9\u00e2tral devient le fondement de la vie collective, en rempla\u00e7ant les rites religieux. <\/p>\n\n\n\n Le succ\u00e8s du Fils naturel<\/em>, avec toutes les pol\u00e9miques qui s\u2019en suivent, fait circuler le nom de l\u2019\u00eele dans les milieux intellectuels, aussi bien parmi les adversaires que parmi les partisans de Diderot \u2014 et non seulement en France mais \u00e9galement en Allemagne. \u00c0 son tour, pour son roman inachev\u00e9, \u00c9mile et Sophie ou les Solitaires<\/em>, Jean-Jacques Rousseau con\u00e7oit une trame qui baigne dans le mythe de Lampedusa. Mentionnons encore une lettre adress\u00e9e en 1780 \u00e0 Friedrich Melchior Grimm par l\u2019abb\u00e9 Ferdinando Galiani, \u00e9conomiste italien au savoir encyclop\u00e9dique (dans Par-del\u00e0 le bien et le mal<\/em>, Nietzsche \u00e9crira de lui qu\u2019il \u00e9tait \u00ab l’homme le plus profond, le plus perspicace et peut-\u00eatre aussi le plus sale de son si\u00e8cle \u00bb), dans laquelle Lampedusa est d\u00e9crite comme \u00ab le temple de la parfaite tol\u00e9rance \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cette longue histoire, aux allures f\u00e9eriques et mythiques, s\u2019ach\u00e8ve au XIXe si\u00e8cle. On assiste alors d\u2019abord \u00e0 des tentatives de colonisation par des Maltais. Aux effectifs tr\u00e8s r\u00e9duits, d\u00e9sordonn\u00e9e et erratique, cette entreprise est encourag\u00e9e et partiellement encadr\u00e9e par les Britanniques. Le drapeau de l\u2019Union Jack flotte ainsi sur l\u2019\u00eele, mais apr\u00e8s moult tergiversations Londres renonce \u00e0 s\u2019en emparer officiellement, en se contentant de la mainmise sur Malte. Les Russes et les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique ont alors des convoitises sur la mer int\u00e9rieure, et \u00e9valuent \u00e0 leur tour la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir Lampedusa pour en faire une base militaire. Cependant, cela restera sans suite. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est au contraire le Royaume des Deux-Siciles qui se lance dans la colonisation de l\u2019\u00eele, en l\u2019achetant aux princes Tomasi. En septembre 1843, deux bateaux \u00e0 vapeur transportent environ 120 personnes, entre soldats, colons et administrateurs, avec le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire aux premi\u00e8res constructions. Les quelques familles maltaises qui avaient pass\u00e9 ici une quarantaine d\u2019ann\u00e9es sont forc\u00e9es de plier bagage. La grotte-sanctuaire est r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e et disparaissent ainsi les installations li\u00e9es au culte musulman. La tradition de partage interreligieux prend fin et le mythe de Lampedusa tombe en sommeil.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cette \u00e9poque, la menace barbaresque a \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9e. Un nouvel ordre politique se dessine alors dans ce secteur de la M\u00e9diterran\u00e9e, d\u00e9sormais pacifi\u00e9 et domin\u00e9 par l\u2019Angleterre et la France. En bref, il s\u2019agit d\u2019une mare nostrum europ\u00e9enne. Apr\u00e8s tant de si\u00e8cles, Lampedusa redevient le soubassement d\u2019une implantation humaine stable. Les effectifs de la population augmentent au fil des d\u00e9cennies. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de 1860, l\u2019\u00eele glisse dans le giron du nouvel \u00c9tat italien. \u00c9cueil \u00e9gar\u00e9 au sud d\u2019un Mezzogiorno<\/em> globalement marginalis\u00e9 dans le processus de construction nationale, elle se trouvera dor\u00e9navant \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres du c\u0153ur \u00e9conomique et politique du pays, qui bat dans le nord de la p\u00e9ninsule. Parall\u00e8lement, Lampedusa perd aussi son r\u00f4le de point de ravitaillement pour la circulation des bateaux en M\u00e9diterran\u00e9e. Avec l\u2019essor de la navigation \u00e0 vapeur, la vitesse augmente, tout comme l\u2019autonomie des navires. <\/p>\n\n\n\n Dans un premier temps, la colonisation de l\u2019\u00eele a une orientation agricole. Cependant, malgr\u00e9 les efforts acharn\u00e9s des paysans, le rendement reste m\u00e9diocre, d’autant plus que la d\u00e9forestation sauvage, pour d\u00e9fricher des champs et pour fabriquer du charbon, provoque de tr\u00e8s graves d\u00e9g\u00e2ts, favorisant l’\u00e9rosion des sols et l\u2019ass\u00e8chement des nappes. Les habitants changent alors progressivement de cap et se tournent vers la mer. Ils deviennent p\u00eacheurs, en participant \u00e0 l\u2019exploitation des ressources pr\u00e9sentes dans les eaux environnantes \u2013 notamment des bancs de sardines et des \u00e9ponges \u2013 qui attirent \u00e9galement de nombreux bateaux provenant d\u2019Italie, de Dalmatie, de Gr\u00e8ce et de Tunisie. Ils apprennent le m\u00e9tier sur le tas, d\u00e9veloppant des industries de transformation du poisson et entretenant d\u2019\u00e9troites relations avec la c\u00f4te tunisienne.<\/p>\n\n\n\n Durant cette p\u00e9riode, Lampedusa a perdu son caract\u00e8re d\u2019exceptionnalit\u00e9. Elle est un territoire parmi les autres, d\u00e9pourvu de tout attribut d\u2019une fronti\u00e8re. \u00c0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle, les \u00c9tats europ\u00e9ens se sont d\u00e9sormais empar\u00e9s de toute la bordure m\u00e9ridionale, de Suez \u00e0 Tanger. L\u2019ancien clivage politique, religieux et civilisationnel entre les deux rives est mis entre parenth\u00e8ses. Dans ce cadre, le tissu conjonctif m\u00e9diterran\u00e9en peut se d\u00e9ployer en toute libert\u00e9. D\u00e9barrass\u00e9e du fardeau des guerres et gu\u00e9rillas qui l\u2019avaient presque toujours accabl\u00e9e, la mer manifeste alors pleinement sa vocation d\u2019espace-mouvement. <\/p>\n\n\n\n Les combats de la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e9pargnent cette r\u00e9gion, d\u2019autant plus que les principales puissances coloniales qui contr\u00f4lent la rive sud sont alli\u00e9es ou \u2013 c\u2019est le cas de l\u2019Espagne \u2013 demeurent neutres. L\u2019essor du fascisme italien, avec ses r\u00eaves d\u2019un empire m\u00e9diterran\u00e9en, introduit par contre des tensions importantes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la M\u00e9diterran\u00e9e centrale devient un lieu de conflit. La fronti\u00e8re est de retour et Lampedusa se transforme en une base militaire. En juin 1943, elle est lourdement bombard\u00e9e par les avions anglo-am\u00e9ricains qui s\u2019envolent depuis Malte. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s, la carte politique de ce secteur de la M\u00e9diterran\u00e9e est redessin\u00e9e par le processus de d\u00e9colonisation. La rive sud, qui en 1939 \u00e9tait enti\u00e8rement dans les mains de l\u2019Europe, a d\u00e9sormais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son ind\u00e9pendance une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard. Dans le climat de la guerre froide, une fronti\u00e8re la s\u00e9pare des pays europ\u00e9ens, membres de l\u2019OTAN. Venant sanctionner cette nouvelle situation, une base radar g\u00e9r\u00e9e par les Am\u00e9ricains est implant\u00e9e en 1972 \u00e0 Lampedusa. En 1986, en repr\u00e9sailles \u00e0 un bombardement am\u00e9ricain, la Libye de Mouammar Kadhafi aurait lanc\u00e9 deux missiles pour tenter, en vain, de la frapper. Cet \u00e9pisode est entour\u00e9 de myst\u00e8re, d\u2019autant plus qu\u2019aucune trace des fus\u00e9es qui se seraient \u00e9cras\u00e9es en mer, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 peine de l’\u00eele, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e. Peu importe : l\u2019incident fait grand bruit. C\u2019est, au fond, la premi\u00e8re attaque lanc\u00e9e contre un pays europ\u00e9en membre de l\u2019OTAN depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Probablement l\u2019\u00eele serait \u00e0 nouveau tomb\u00e9e dans l\u2019anonymat, si, \u00e0 partir de la d\u00e9cennie suivante, elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 investie par la croissance exponentielle des flux migratoires qui, \u00e0 partir de la rive sud, traversent la mer. Sa situation g\u00e9ographique, au sud de Tunis, la place en premi\u00e8re ligne. De surcro\u00eet, les d\u00e9cisions politiques, aux \u00e9chelles de l\u2019Italie et de l\u2019Union, ont renforc\u00e9 cette position. Lampedusa est devenue le pivot de la surveillance des flux humains et la plate-forme pour la gestion des d\u00e9barquements en M\u00e9diterran\u00e9e centrale : elle est d\u00e9sormais rempart et donjon d\u2019un continent qui se sent de plus en plus assi\u00e9g\u00e9, mais aussi quai et mirage d\u2019un \u00c9den d\u2019abondance et de paix pour les migrants qui parcourent les pistes du d\u00e9sert. \u00c0 nouveau, les bateaux convergent nombreux vers l\u2019\u00eele, mais il s\u2019agit maintenant surtout des patrouilleurs des forces arm\u00e9es italiennes ou europ\u00e9ennes, et des fr\u00eales embarcations o\u00f9 sont entass\u00e9s les damn\u00e9s de la mer.<\/p>\n\n\n\n L\u2019unification europ\u00e9enne a graduellement effac\u00e9 les limites meurtri\u00e8res entre \u00c9tats, ces sillons ensanglant\u00e9s, trac\u00e9s avec le sabre, au nom desquels des millions de vies ont \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9es au cours des si\u00e8cles. Cependant, ce processus pacifique a transf\u00e9r\u00e9 le poids de la fronti\u00e8re \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du continent, avec un durcissement consid\u00e9rable du r\u00e9gime d\u2019attribution des visas. La forteresse Europe \u00e9rige un mur pour ceux qui sont n\u00e9s au mauvais endroit et voudraient acc\u00e9der \u00e0 de meilleures perspectives de vie. C’est cette politique qui g\u00e9n\u00e8re l’immigration \u00ab clandestine \u00bb, la tentative de passer malgr\u00e9 tout \u00e0 travers les barbel\u00e9s d\u00e9ploy\u00e9s autour de cette zone de droit et de prosp\u00e9rit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n\n\n Au fur et \u00e0 mesure de son \u00e9largissement, la membrane p\u00e9riph\u00e9rique de l\u2019Union a englob\u00e9 l\u2019ensemble de la rive nord de la M\u00e9diterran\u00e9e. La fronti\u00e8re avec le sud est devenue uniquement liquide. Or, ce trac\u00e9 s\u2019av\u00e8re tout \u00e0 fait inapte \u00e0 arr\u00eater les flux humains. La limite maritime de l\u2019Europe en M\u00e9diterran\u00e9e centrale finit ainsi par se coaguler \u00e0 Lampedusa, en se m\u00e9tamorphosant en une minuscule zone de transition terrestre. <\/p>\n\n\n\n Si on s\u2019installe \u00e0 Lampedusa, on constate presque tous les jours que l\u2019utopie europ\u00e9enne de paix tol\u00e8re un nombre scandaleux de morts \u00e0 ses portes m\u00e9ridionales. La mer \u00e9troite entre la Sicile et le Maghreb est l\u2019une des plus meurtri\u00e8res au monde. Personne sur l\u2019\u00eele n\u2019a oubli\u00e9 le 3 octobre 2013, quand un bateau charg\u00e9 de Somaliens et d\u2019\u00c9rythr\u00e9ens a chavir\u00e9 pr\u00e8s des rivages, provoquant la mort de 368 personnes. Ce n\u2019est que le point culminant d\u2019une s\u00e9quence fun\u00e8bre qui s\u2019\u00e9tale sur les mois, les semaines et les jours. La mort encercle continuellement cet \u00e9cueil. De nombreux d\u00e9bris d\u2019embarcations naufrag\u00e9es quelque part au large se d\u00e9posent fr\u00e9quemment sur les rochers et les plages de l’\u00eele. Chaque ann\u00e9e, des dizaines de cadavres restent coinc\u00e9s dans les filets des p\u00eacheurs ou sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par les garde-c\u00f4tes. Certains atteignent m\u00eame le littoral, apr\u00e8s une longue danse macabre sur les vagues.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 nouveau \u00eele-fronti\u00e8re, Lampedusa renoue avec son ancienne vocation de lieu de transition et de contact. Dans un lointain pass\u00e9, elle permettait la rencontre pacifique avec l\u2019autre dans un cadre enti\u00e8rement naturel, \u00e9pur\u00e9, solitaire, d\u00e9pourvu d\u2019une pr\u00e9sence humaine stable. Maintenant elle est redevenue un limen<\/em>, mais dans un espace surpeupl\u00e9, v\u00e9ritable bazar de la diff\u00e9rence, o\u00f9 tant bien que mal se c\u00f4toient des groupes disparates et souvent antith\u00e9tiques : migrants, touristes, population locale, militaires, fonctionnaires de l\u2019Union et de l\u2019ONU, personnels des ONG, activistes, artistes. Lampedusa est une \u00eele-monde o\u00f9 se donnent rendez-vous quelques-unes des contradictions majeures qui marquent, de nos jours, l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9en. <\/p>\n\n\n\n Dans ce magma incertain se d\u00e9c\u00e8lent aussi les germes de nouvelles pratiques d\u2019ouverture et de paix : pour tenter de pr\u00e9venir les naufrages, pour secourir les bateaux en d\u00e9tresse, pour assister les rescap\u00e9s, pour honorer les morts, pour pr\u00e9server autant que possible leur m\u00e9moire. Bref, pour redonner un peu d\u2019humanit\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re, pour refuser la transformation de la mer en un mur de barbel\u00e9s. Une \u00e9laboration collective, par le bas, converge ici et donne forme \u00e0 une \u00eele ouverte. <\/p>\n\n\n\n Comme au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, Lampedusa est l\u00e0 pour interpeller la conscience europ\u00e9enne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" L’\u00eelot aujourd’hui le plus surveill\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles le laboratoire d’une tol\u00e9rance sans \u00c9tat ni empires, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e de Diderot \u00e0 Galiani.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":291923,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":21,"_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[5082],"editorial_format":[4913],"week":[5078],"geo":[],"class_list":["post-349092","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-dionigi-albera","editorial_format-essais"],"acf":{"_thumbnail_id":291923,"excerpt":"L'\u00eelot aujourd'hui le plus surveill\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles le laboratoire d'une tol\u00e9rance sans \u00c9tat ni empires, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e de Diderot \u00e0 Galiani.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le \u00ab c\u0153ur violent du monde \u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le miracle de Lampedusa<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
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\n <\/picture>\n Un <\/strong>limen<\/em><\/strong> marin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Berceau d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 des Lumi\u00e8res <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Retour au centre<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
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