{"id":347247,"date":"2026-07-17T20:50:58","date_gmt":"2026-07-17T18:50:58","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=347247"},"modified":"2026-07-17T20:51:05","modified_gmt":"2026-07-17T18:51:05","slug":"un-cafe-avec-daniel-mendelsohn","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/un-cafe-avec-daniel-mendelsohn\/","title":{"rendered":"Un caf\u00e9 avec Daniel Mendelsohn"},"content":{"rendered":"\n
Il y a deux Daniel Mendelsohn, et la France n\u2019en conna\u00eet bien qu\u2019un. Le n\u00f4tre est l\u2019auteur des Disparus<\/em>, prix M\u00e9dicis \u00e9tranger, l\u2019homme qui a parcouru douze pays pour retrouver six noms engloutis, celui de Trois anneaux<\/em>, prix du Meilleur Livre \u00e9tranger, m\u00e9ditation sur l\u2019exil o\u00f9 se croisent Auerbach \u00e0 Istanbul, F\u00e9nelon en disgr\u00e2ce et Sebald en Angleterre. Un \u00e9crivain de la m\u00e9moire et du deuil, donc, que l\u2019on invite dans les colloques sur la Shoah.<\/p>\n\n\n\n L\u2019autre, l\u2019Am\u00e9ricain, est un critique. Depuis vingt-cinq ans, il tient dans la New York Review of Books<\/em> et dans le New Yorker<\/em> une chronique o\u00f9 il passe, sans changer de ton ni baisser d\u2019exigence, de Sappho \u00e0 Mad Men<\/em>, de Rimbaud \u00e0 Avatar<\/em>, de l\u2019\u00c9n\u00e9ide<\/em> \u00e0 Game of Thrones<\/em>. Ses recueils l\u2019annoncent d\u00e8s le titre : Waiting for the Barbarians. Essays from the Classics to Pop Culture<\/em> ; puis Ecstasy and Terror. From the Greeks to Game of Thrones<\/em>. Le lecteur fran\u00e7ais n\u2019en a qu\u2019un \u00e9chantillon, Si beau, si fragile<\/em>, o\u00f9 l\u2019on passe de la Marie-Antoinette<\/em> de Sofia Coppola aux 300<\/em> de Sparte, de Tarantino \u00e0 Philip Roth, de Thucydide aux Bienveillantes<\/em>. Il y a d\u00e9moli Mad Men<\/em> dans un article rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour sa violence courtoise, et pris au s\u00e9rieux la com\u00e9die musicale Spider-Man<\/em> de Julie Taymor comme un hell\u00e9niste prend au s\u00e9rieux un fragment.<\/p>\n\n\n\n Cette double appartenance n\u2019est pas un ornement de biographie : c\u2019est la m\u00e9thode. Mendelsohn ne descend pas des Grecs vers la pop culture comme on condescend. Il tient que le r\u00f4le du critique consiste \u00e0 faire l\u2019interm\u00e9diaire, intelligemment et avec du style, entre une \u0153uvre et son public, et que cette t\u00e2che ne change pas de nature selon qu\u2019il s\u2019agit de Cavafy ou d\u2019un blockbuster. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9vidence de lui parler cette semaine. Un homme qui a pass\u00e9 sa vie \u00e0 lire l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> en grec et qui a aussi \u00e9crit sur James Cameron est \u00e0 peu pr\u00e8s le seul lecteur possible d\u2019un film IMAX \u00e0 deux cent cinquante millions de dollars tir\u00e9 d\u2019Hom\u00e8re.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Car voil\u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement : Christopher Nolan sort son Odyss\u00e9e<\/em>, tourn\u00e9e enti\u00e8rement en IMAX 70 mm, avec Matt Damon en Ulysse, Anne Hathaway en P\u00e9n\u00e9lope, Tom Holland en T\u00e9l\u00e9maque, Zendaya en Ath\u00e9na. Mendelsohn l\u2019a vu il y a une semaine. Il a, pour l\u2019occasion, revu tous les films de Nolan. Son verdict n\u2019est pas celui qu\u2019on attend d\u2019un professeur devant un blockbuster, et c\u2019est bien ce qui le rend int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n Il commence par pr\u00e9venir : \u00ab Je suis en r\u00e9alit\u00e9 un grand admirateur de Christopher Nolan, j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ses films. \u00bb Ce n\u2019est pas une formule de politesse avant l\u2019ex\u00e9cution. Le d\u00e9tail des \u00e9loges est pr\u00e9cis, technique, celui d\u2019un homme qui a regard\u00e9. Visuellement, dit-il, c\u2019est assez impressionnant. Certaines sc\u00e8nes sont vraiment r\u00e9ussies : Circ\u00e9 et les cochons, les Cyclopes, les temp\u00eates magnifiques.<\/p>\n\n\n\n Sur l\u2019IMAX, il ne fait aucune ironie, alors que le proc\u00e9d\u00e9 se pr\u00eatait \u00e0 toutes les moqueries d\u2019hell\u00e9niste. \u00ab En IMAX, vous avez cette quantit\u00e9 gigantesque d\u2019information sensorielle \u00bb, dit-il, et cela fonctionne tr\u00e8s bien pour les temp\u00eates. Le sound design<\/em> est excellent. Sa recommandation est celle d\u2019un spectateur, pas d\u2019un mandarin : \u00ab Si vous le voyez, voyez-le en IMAX, c\u2019est un peu tout l\u2019int\u00e9r\u00eat. \u00bb Et sur le public : \u00ab Les gens vont l\u2019aimer, ils vont trouver que c\u2019est une belle histoire d\u2019aventures, et ils seront contents. \u00bb Aucun m\u00e9pris dans la phrase. C\u2019est un constat, et peut-\u00eatre un regret.<\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me arrive ensuite, et il tient en une phrase : \u00ab Il transforme Ulysse en un personnage nolanien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n L\u2019Ulysse de Damon est hant\u00e9 par la culpabilit\u00e9 de la guerre de Troie. Une figure du stress post-traumatique. Le film porte sur ce qu\u2019il \u00e9prouve devant le sac de la ville. Or l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, rappelle Mendelsohn, repose tout enti\u00e8re sur la complexit\u00e9 d\u2019un homme que le grec qualifie de polym\u00e8tis<\/em> et de polym\u00e8chanos<\/em> : malin, inventif, dr\u00f4le, retors. \u00ab Rien de tout cela n\u2019est dans le film. C\u2019est une sorte de v\u00e9t\u00e9ran d\u00e9pressif et traumatis\u00e9. Cette qualit\u00e9-l\u00e0 me manque \u00e9norm\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n On objectera que c\u2019est une lecture moderne, et qu\u2019on a le droit. Mendelsohn ne conteste pas le droit : il conteste la perte. \u00ab On peut avoir une lecture moderne de l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, mais l\u00e0, le trait principal du protagoniste a disparu. \u00bb Et de formuler ce qui est peut-\u00eatre la plus belle d\u00e9finition du po\u00e8me qu\u2019on ait entendue cette ann\u00e9e : \u00ab Tout l\u2019enjeu de l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, c\u2019est qu\u2019Ulysse est un h\u00e9ros de l\u2019esprit, plut\u00f4t qu\u2019un h\u00e9ros du corps. Si vous lui retirez son intelligence, il ne reste plus grand-chose. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Le sympt\u00f4me n\u2019est pas isol\u00e9. Il y a deux ans et demi, Le Retour<\/em> d\u2019Uberto Pasolini, avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche, proc\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 de la m\u00eame fa\u00e7on : un Ulysse psychologiquement ab\u00eem\u00e9, rong\u00e9 par la faute. Deux films, une m\u00eame op\u00e9ration. \u00ab Je ne pense pas simplement qu\u2019elle soit tr\u00e8s hom\u00e9rique \u00bb, dit-il, avec cette litote qui est sa signature.<\/p>\n\n\n\n L\u2019explication qu\u2019il en donne devrait \u00eatre m\u00e9dit\u00e9e par tous ceux qui adaptent les Anciens. Nous \u00e9prouvons un profond malaise \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la guerre, \u00ab ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas des Grecs \u00bb. Pour eux, la guerre faisait partie de la vie, ils ne s\u2019en \u00e9mouvaient pas outre mesure. \u00ab Les h\u00e9ros de l\u2019Iliade<\/em>, et certainement le public de l\u2019Iliade<\/em>, ne sont pas hant\u00e9s par la culpabilit\u00e9 d\u2019avoir tu\u00e9 leurs ennemis. \u00bb Nolan leur pr\u00eate notre mauvaise conscience et appelle cela de la fid\u00e9lit\u00e9. \u00ab \u00c9coutez, je n\u2019ai rien contre le fait que ce soit am\u00e9ricain. Ce n\u2019est pas grave. \u00bb La concession est plus cruelle que le reproche. Mais c\u2019est une fa\u00e7on de regarder \u00ab qui aurait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9trang\u00e8re \u00e0 Hom\u00e8re \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Faut-il en conclure que nous sommes devenus d\u00e9pressifs, coupables, et que nous avons perdu la m\u00e8tis<\/em>, cet art de trouver des solutions in\u00e9dites ? Mendelsohn remonte plus haut. \u00ab Je crois que la modernit\u00e9 a un probl\u00e8me avec l\u2019id\u00e9e m\u00eame de h\u00e9ros. On ne fait plus de r\u00e9cits h\u00e9ro\u00efques. \u00bb Non que le h\u00e9ros hom\u00e9rique soit simple, il a des c\u00f4t\u00e9s tr\u00e8s sombres, et Mendelsohn est le dernier \u00e0 le nier. Mais \u00ab nous sommes dans une \u00e9poque anti-h\u00e9ro\u00efque \u00bb. Il nous reste peut-\u00eatre une forme de h\u00e9ros intellectuel, conc\u00e8de-t-il, \u00ab mais c\u2019est plus compliqu\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n D\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 propre \u00e0 l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> : \u00ab le personnage lui-m\u00eame est le d\u00e9fi \u00bb. Suit un portrait-robot qui vaut cahier des charges, et que l\u2019on aimerait faire lire aux producteurs : il doit \u00eatre malin, retors, s\u00e9duisant (\u00ab on doit comprendre pourquoi toutes ces femmes se jettent sur lui \u00bb), sans scrupules, violent. \u00ab Et intelligent, c\u2019est la qualit\u00e9 la plus importante. \u00bb Le mod\u00e8le que Mendelsohn convoque n\u2019est pas antique : \u00ab C\u2019est un peu un personnage \u00e0 la James Bond. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Il faut s\u2019arr\u00eater sur cette comparaison, parce qu\u2019elle est la m\u00e9thode m\u00eame. Mendelsohn ne rapproche pas Ulysse de Bond pour faire moderne. Il le fait parce que le rapprochement \u00e9claire, et parce qu\u2019il conduit ailleurs. Le prochain Bond fait d\u00e9bat, remarque-t-il : \u00ab James Bond est un h\u00e9ros tr\u00e8s difficile \u00e0 traiter aujourd\u2019hui, parce que toutes les qualit\u00e9s qui en faisaient un h\u00e9ros amusant dans les ann\u00e9es 1960\u2026 \u00bb La phrase reste suspendue, chacun la finira. Avec Daniel Craig, \u00ab ils en ont fait ce personnage psychologiquement tortur\u00e9, avec un pass\u00e9 terrible et tout le reste \u00bb. La m\u00eame op\u00e9ration, donc, sur Ulysse et sur Bond, \u00e0 quarante si\u00e8cles de distance : \u00ab Nous avons un probl\u00e8me avec ce genre de h\u00e9ros glamour, et nous trouverons des moyens de les transformer en mod\u00e8les de masculinit\u00e9 que nous jugeons appropri\u00e9s. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Ce qui dispara\u00eet dans l\u2019op\u00e9ration, ce n\u2019est pas seulement la ruse : c\u2019est le rire. Mendelsohn insiste sur \u00ab toute la ruse et le mensonge qui font aussi la merveilleuse relation entre Ulysse et Ath\u00e9na, qui est l\u2019une des grandes relations comiques de la litt\u00e9rature occidentale \u00bb. Les taquineries, les plaisanteries. La d\u00e9esse et le menteur qui se reconnaissent entre professionnels. \u00ab Il est tr\u00e8s important de faire passer cela. \u00bb Et le solde de l\u2019op\u00e9ration, s\u00e8chement : \u00ab Si vous retirez toutes ces qualit\u00e9s, il ne reste que le c\u00f4t\u00e9 sombre : le meurtrier, ce genre de chose. C\u2019est la moiti\u00e9 du personnage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Restent les dieux, qui sont pour nous le plus grand myst\u00e8re de la culture antique, et sur lesquels je voulais l\u2019entendre. Sa r\u00e9ponse est nette : \u00ab C\u2019est l\u2019autre grand probl\u00e8me du film. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Circ\u00e9 n\u2019y est pas une d\u00e9esse. Calypso n\u2019est pas une d\u00e9esse. \u00ab Ce sont des femmes ordinaires. \u00bb Quant \u00e0 Ath\u00e9na, on a beaucoup gloss\u00e9 sur le choix de Zendaya : \u00ab Honn\u00eatement, elle est \u00e0 l\u2019\u00e9cran peut-\u00eatre trois minutes \u00bb. Ce n\u2019est pas une question de minutage. C\u2019est, dit-il, le reflet d\u2019\u00ab un malaise contemporain devant tout le r\u00f4le des dieux dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e \u00bb, malaise qu\u2019il constate chaque ann\u00e9e dans ses cours au Bard College, o\u00f9 ses \u00e9tudiants \u00ab ont \u00e9norm\u00e9ment de mal \u00e0 comprendre comment ils sont cens\u00e9s penser les dieux \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Vient alors le d\u00e9tail qui, \u00e0 lui seul, vaut la critique. La grande sc\u00e8ne du film, son climax : Ulysse raconte en flash-back la chute de Troie, la chose dont il se sent si coupable. Et Ath\u00e9na ? \u00ab Elle est assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, en pleurs, lui tenant la main. \u00bb Mendelsohn annonce la sc\u00e8ne en pr\u00e9venant : \u00ab vous allez trouver cela dr\u00f4le \u00bb. Elle est en effet comique, mais du comique le plus noir : la d\u00e9esse de l\u2019intelligence ruse, r\u00e9duite au r\u00f4le de la petite amie compatissante. \u00ab Ce qui rend Ath\u00e9na si fascinante chez Hom\u00e8re a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n L\u2019inconsistance est ailleurs, et Mendelsohn la per\u00e7oit imm\u00e9diatement, parce qu\u2019il a l\u2019habitude des \u0153uvres qui veulent le beurre et l\u2019argent du beurre. Le film garde les cochons de Circ\u00e9, garde Scylla et Charybde. \u00ab Il veut bien de ces \u00e9l\u00e9ments fantastiques quand cela l\u2019arrange, mais il ne s\u2019int\u00e9resse pas au divin. \u00bb Le merveilleux comme attraction, oui ; le sacr\u00e9 comme structure, non.<\/p>\n\n\n\n\n\n Or cette structure est le po\u00e8me. \u00ab L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> s\u2019ouvre en r\u00e9alit\u00e9 sur Zeus et Ath\u00e9na, l\u2019action commence par une d\u00e9cision des dieux. \u00bb Et Mendelsohn convoque ici celle qu\u2019il appelle sa ma\u00eetresse, l\u2019hell\u00e9niste Jenny Strauss Clay : si elle a raison, tout le retour d\u2019Ulysse participe d\u2019\u00ab une op\u00e9ration de nettoyage divine visant \u00e0 s\u00e9parer d\u00e9finitivement le monde des dieux de celui des humains \u00bb. Il y a un plan divin : \u00ab le dernier des h\u00e9ros de Troie doit rentrer, pour qu\u2019on puisse enfin nettoyer le monde et s\u00e9parer \u00e0 jamais les dieux des hommes \u00bb, comme ils ne le sont manifestement pas dans l\u2019Iliade<\/em>. Le retour d\u2019Ulysse n\u2019est pas une histoire de marin. C\u2019est la cl\u00f4ture d\u2019un \u00e2ge du monde. Retirez les dieux, il ne reste qu\u2019un homme qui rentre chez lui.<\/p>\n\n\n\n Il serait trop simple d\u2019en rester au r\u00e9quisitoire, et Mendelsohn ne s\u2019y tient pas. Sur un point, il donne raison au cin\u00e9aste, et ce point n\u2019est pas mince.<\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, le sympt\u00f4me de l\u2019effondrement social est la violation continue de la xenia<\/em> par les pr\u00e9tendants, cette loi de l\u2019hospitalit\u00e9 qui est \u00ab ce qui se rapproche le plus d\u2019une loi universelle \u00bb, et \u00ab certainement la chose la plus importante dans l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> \u00bb. Nolan y pr\u00eate attention. Les r\u00e9f\u00e9rences courent tout au long du film ; il en fait une loi. \u00ab Je pense que Nolan en comprend l\u2019importance et a cherch\u00e9 un moyen de l\u2019inscrire dans le film. \u00bb M\u00eame un spectateur qui ignore tout d\u2019Hom\u00e8re en sortira \u00ab en comprenant que ce qui se passe n\u2019est pas une bande de types s\u2019en prenant \u00e0 d\u2019autres types, mais quelque chose qui met en jeu un ensemble de normes sociales, voire divines \u00bb. Mendelsohn ajoute, et l\u2019on entend le professeur satisfait : \u00ab Je lui accorde cela. C\u2019est agr\u00e9able de voir ces r\u00e9f\u00e9rences. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Mieux : Nolan a vu l\u2019ironie centrale, celle que les \u00e9tudiants mettent des semaines \u00e0 apercevoir. Quand Ulysse entre dans la grotte du Cyclope et se sert, \u00ab c\u2019est lui qui viole la loi \u00bb. La souffrance qu\u2019il subit ensuite est \u00ab ironiquement l\u2019image en miroir de ce qu\u2019il veut faire aux pr\u00e9tendants \u00bb. Le h\u00e9ros ch\u00e2ti\u00e9 pour la faute qu\u2019il punira. \u00ab Il a trouv\u00e9 le moyen d\u2019int\u00e9grer cela. \u00bb<\/p>\n\n\n\n On mesure ici la diff\u00e9rence entre un critique et un procureur. Mendelsohn tient sur le m\u00eame film deux jugements contraires sans les r\u00e9concilier de force, parce que l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame est contradictoire. C\u2019est ce qu\u2019il appelle ailleurs le travail : m\u00e9dier entre une \u0153uvre et son public.<\/p>\n\n\n\n Sur Circ\u00e9, il rapporte l\u2019inversion op\u00e9r\u00e9e par le film : ces hommes ont tu\u00e9, viol\u00e9 et pill\u00e9 partout dans le monde, \u00ab ils sont donc r\u00e9ellement des porcs, et ils devraient \u00eatre des porcs \u00bb. La m\u00e9tamorphose ne transforme plus, elle r\u00e9v\u00e8le. \u00ab C\u2019est une autre forme de modernisation. \u00bb<\/p>\n\n\n\n\n\n Il ne s\u2019en offusque pas. L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> \u00ab est effectivement pleine de femmes puissantes \u00bb, et le geste f\u00e9ministe y trouve une prise l\u00e9gitime. Ce qu\u2019il regrette est plus technique, et plus grave. Le discours de Calypso au chant V est c\u00e9l\u00e8bre : la nymphe qui reproche aux dieux de tol\u00e9rer leurs propres amours et d\u2019interdire les siennes. \u00c0 l\u2019\u00e9cran, \u00ab cela donne un personnage tr\u00e8s p\u00e2le, peu int\u00e9ressant \u00bb, alors que \u00ab chez Hom\u00e8re, elle est tr\u00e8s vivante \u00bb. Charlize Theron, ajoute-t-il, \u00ab a certainement l\u2019allure qu\u2019il faut \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Puis vient la trahison majeure, celle qui r\u00e9sume tout. Dans le film, pendant les ann\u00e9es pass\u00e9es chez Calypso, Ulysse souffre d\u2019amn\u00e9sie : elle lui a fait manger du lotus. \u00ab Cela inverse compl\u00e8tement le sens du livre : dans l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, il veut rentrer chez lui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Tout est l\u00e0. Le po\u00e8me d\u2019Hom\u00e8re est celui d\u2019un homme qui, pouvant devenir immortel aupr\u00e8s d\u2019une d\u00e9esse, choisit de vieillir et de mourir aupr\u00e8s d\u2019une femme, et qui pleure chaque jour sur le rivage en regardant la mer. Le film en fait un homme qui a oubli\u00e9. Le premier veut ; le second subit. On n\u2019a pas modernis\u00e9 l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> : on a supprim\u00e9 le d\u00e9sir, qui en \u00e9tait le moteur, et on l\u2019a remplac\u00e9 par une amn\u00e9sie, c\u2019est-\u00e0-dire par le contraire exact du nostos<\/em>. Le lotus, chez Hom\u00e8re, est ce qu\u2019Ulysse refuse<\/em> : il arrache de force ses hommes au pays des Lotophages, parce que celui qui en go\u00fbte ne veut plus rentrer. Nolan le lui fait avaler.<\/p>\n\n\n\n Ce qui donne \u00e0 ce jugement son poids, c\u2019est qu\u2019il vient d\u2019un homme pour qui l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> n\u2019est pas un objet d\u2019\u00e9tude. En 2011, son p\u00e8re Jay, ing\u00e9nieur \u00e0 la retraite, s\u2019est inscrit \u00e0 son s\u00e9minaire du Bard College. Un vieil homme au dernier rang, dans une salle d\u2019\u00e9tudiants de dix-huit ans. De ce semestre est sortie Une odyss\u00e9e<\/em>.<\/p>\n\n\n\n Jay Mendelsohn n\u2019aimait pas Ulysse. \u00ab Les gens sont soit des gens de l\u2019Iliade<\/em>, soit des gens de l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> \u00bb, tranche son fils, et le p\u00e8re \u00e9tait de l\u2019Iliade<\/em>. G\u00e9n\u00e9ration de la Seconde Guerre mondiale : \u00ab il y a une guerre, il y a deux camps, il y a ces durs \u00e0 cuire, ils doivent prendre des d\u00e9cisions difficiles. \u00c7a, il le comprenait. L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, non. \u00bb Pourquoi ? \u00ab Mon p\u00e8re aimait que les choses soient en ordre, et Ulysse est un personnage perturbateur. C\u2019est ce qu\u2019il fait. C\u2019est ce que son nom signifie. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n Les \u00e9crivains, eux, adorent Ulysse \u00ab parce que c\u2019est une sorte de professionnel : un conteur, un fabulateur \u00bb. Il improvise, il invente, il joue du langage comme avec le Cyclope. \u00ab Alors les gens comme moi, comme nous, on trouve \u00e7a formidable. \u00bb Le nous<\/em> est joli : il inclut son interlocuteur, il d\u00e9signe une confr\u00e9rie, celle de ceux qui vivent de raconter.<\/p>\n\n\n\n Mais le meilleur est ailleurs. Ce qui scandalisait le p\u00e8re, c\u2019\u00e9tait les larmes. Ulysse pleure constamment, ce qui lui semblait \u00ab tr\u00e8s \u00e9trange \u00bb. Un jour, en plein cours, devant les \u00e9tudiants, il l\u00e2che : \u00ab J\u2019\u00e9tais dans l\u2019arm\u00e9e, personne ne pleurait. \u00bb Mendelsohn en tire ceci : c\u2019est \u00ab un aspect des h\u00e9ros que nous avons beaucoup de mal \u00e0 accepter, que ces hommes si durs pleurent autant \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Voil\u00e0 le paradoxe qui \u00e9claire toute l\u2019affaire Nolan. Nous avons fait d\u2019Ulysse un traumatis\u00e9, et nous ne supportons pas qu\u2019il pleure. Nous lui pr\u00eatons notre culpabilit\u00e9 et nous lui retirons ses larmes. Je le disais \u00e0 Mendelsohn en pensant \u00e0 Dunkerque<\/em> : personne n\u2019y pleure. Il a rebondi sur le film, qu\u2019il a revu comme les autres en pr\u00e9parant sa critique, et il en a dit une chose qui d\u00e9passe le cas d\u2019esp\u00e8ce. Dans Dunkerque<\/em>, \u00ab on n\u2019a aucune id\u00e9e de la situation r\u00e9elle \u00bb. Nolan ne dit jamais \u00ab les Allemands \u00bb, jamais \u00ab les nazis \u00bb : il dit \u00ab l\u2019ennemi \u00bb. \u00ab Le film a donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9 de toute historicit\u00e9 particuli\u00e8re. \u00bb Si vous ne saviez rien de la guerre, vous n\u2019apprendriez rien. Mendelsohn y voit un parti pris d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 (\u00ab il veut que vous vous concentriez d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise \u00bb) et n\u2019en d\u00e9duit aucune condamnation : \u00ab Dunkerque<\/em> est un film que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s bon. C\u2019est visuellement stup\u00e9fiant, mais c\u2019est un peu un jeu vid\u00e9o, en gros. Question de texture. \u00bb<\/p>\n\n\n\n \u00ab Question de texture \u00bb : la formule est parfaite, et elle vaut pour l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>. Nolan retire toujours quelque chose. \u00c0 Dunkerque, il a retir\u00e9 les Allemands. \u00c0 Ulysse, il retire l\u2019intelligence, les dieux, et le d\u00e9sir de rentrer. Ce qui reste est immense et creux, et c\u2019est peut-\u00eatre ce que nous appelons d\u00e9sormais une \u00e9pop\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Quant \u00e0 T\u00e9l\u00e9maque, jou\u00e9 par Tom Holland, \u00ab une grande star des Spider-Man<\/em> \u00bb, note en passant l\u2019homme qui a \u00e9crit sur la com\u00e9die musicale de Julie Taymor, Mendelsohn regrette une occasion manqu\u00e9e. Le plus bel arc du po\u00e8me est le sien : \u00ab il passe d\u2019adolescent d\u00e9muni \u00e0 guerrier accompli \u00bb. Mais \u00ab Nolan est tellement fix\u00e9 sur Ulysse que le r\u00f4le de T\u00e9l\u00e9maque n\u2019est pas tr\u00e8s int\u00e9ressant dans le film \u00bb. Le fils sacrifi\u00e9 au p\u00e8re, dans un film tir\u00e9 du po\u00e8me dont Mendelsohn a fait un livre sur son propre p\u00e8re : l\u2019ironie ne lui a pas \u00e9chapp\u00e9, il ne l\u2019a pas relev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Reste la question qui, pour lui, commande tout, et que le film ne pose jamais : comment sait-on qui est quelqu\u2019un ? L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> \u00ab examine de mani\u00e8re extr\u00eamement sophistiqu\u00e9e les questions d\u2019identit\u00e9 \u00bb, et cette question traverse le po\u00e8me de bout en bout \u00ab pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le h\u00e9ros est un menteur \u00bb. Mendelsohn le formule en logicien : \u00ab Quand votre h\u00e9ros est un expert en mensonge, vous avez un probl\u00e8me. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Il y a ce mot, polytropos<\/em>, par lequel le po\u00e8me d\u00e9signe Ulysse d\u00e8s son premier vers, l\u2019homme aux mille tours. Mendelsohn y lit un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s banal \u00bb : \u00ab nous sommes des personnes diff\u00e9rentes en permanence, selon ceux avec qui nous sommes \u00bb. Pas le m\u00eame avec son amante qu\u2019avec son coll\u00e8gue de bureau, pas le m\u00eame avec ses enfants qu\u2019avec ses amis d\u2019\u00e9cole. \u00ab Nous sommes polytropoi<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n De l\u00e0 sa fascination pour la reconnaissance, dont il fait entendre le fran\u00e7ais mieux que nous : \u00ab reconna\u00eetre, re-conna\u00eetre, conna\u00eetre \u00e0 nouveau, c\u2019est brillant \u00bb. Et il en tire une le\u00e7on que ses \u00e9tudiants n\u2019attendent pas : la reconnaissance avec T\u00e9l\u00e9maque, qui vient en premier, est \u00ab \u00e9motionnellement la moins int\u00e9ressante de toute l\u2019\u00e9pop\u00e9e \u00bb. Pourquoi ? \u00ab Ils ne se sont jamais connus au d\u00e9part. Il n\u2019y a rien \u00e0 re-conna\u00eetre. Ce sont des \u00e9trangers. \u00bb La vraie sc\u00e8ne est celle de P\u00e9n\u00e9lope : \u00ab c\u2019est avec elle qu\u2019il y a tant \u00e0 re-conna\u00eetre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n\n Cette question de l\u2019identit\u00e9 est aussi celle des Disparus<\/em>, mais retourn\u00e9e vers autrui : \u00ab une sorte de mission de sauvetage, une mission de sauvetage identitaire. Il s\u2019agit de rendre \u00e0 ces gens une identit\u00e9 qu\u2019on leur avait arrach\u00e9e. \u00bb Il l\u2019explique par l\u2019exp\u00e9rience am\u00e9ricaine : hormis les Indiens, \u00ab tout Am\u00e9ricain est un Am\u00e9ricain \u00e0 trait d\u2019union \u00bb, Irlando-, Italo-, Polono-, Jud\u00e9o-Am\u00e9ricain. \u00ab Vous \u00eates Am\u00e9ricain, mais vous \u00eates toujours hant\u00e9 par cette autre identit\u00e9. \u00bb Pour les Juifs de sa g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019ajoute le vertige : si les grands-parents avaient d\u00e9cid\u00e9 autrement, \u00ab vous n\u2019existeriez m\u00eame pas \u00bb. Et comme il \u00e9tait aussi un enfant gay, \u00ab il y avait un surplus d\u2019identit\u00e9 \u00bb. La formule est admirable de d\u00e9sinvolture pour dire une enfance.<\/p>\n\n\n\n Il rappelle enfin l\u2019\u00e9tymologie qu\u2019il commentait d\u00e9j\u00e0 dans L\u2019\u00c9treinte fugitive<\/em> : identit\u00e9 vient d\u2019idem<\/em>, \u00ab la m\u00eame chose tout le temps \u00bb. \u00ab Mais ce qui est vertigineux, c\u2019est que nous ne sommes pas les m\u00eames, et pourtant nous continuons. \u00bb Et l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> le sait : \u00ab elle comprend aussi que le temps est un facteur de l\u2019identit\u00e9 \u00bb. Personne n\u2019est le m\u00eame apr\u00e8s vingt ans. \u00ab Vous n\u2019avez plus la m\u00eame apparence. On esp\u00e8re que vous n\u2019agissez plus de la m\u00eame mani\u00e8re. \u00bb Tout tient sur ce paradoxe : \u00ab quelque chose en nous demeure identique et reconnaissable, alors m\u00eame que nous ne sommes plus les m\u00eames \u00bb. Il faut rentrer et dire \u00ab Je suis le m\u00eame que celui qui est parti \u00bb, alors que personne ne l\u2019est apr\u00e8s vingt ans.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est ici qu\u2019il raconte l\u2019histoire, et l\u2019on comprend, en l\u2019\u00e9coutant, pourquoi aucun film ne filmera jamais cela. Le jour m\u00eame o\u00f9 son p\u00e8re assistait au dernier cours du semestre sur l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, Jay d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 dans la salle, Mendelsohn appelle sa m\u00e8re en h\u00e2te pour son anniversaire. Elle lui dit : \u00ab C\u2019est dr\u00f4le. Je me suis lev\u00e9e ce matin, c\u2019\u00e9tait mon anniversaire, je suis all\u00e9e \u00e0 la salle de bains me brosser les dents, je me suis regard\u00e9e dans le miroir et je me suis dit : qui est cette vieille femme ? Parce que je me sens exactement comme je me suis toujours sentie. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n \u00ab Et j\u2019ai pens\u00e9 : voil\u00e0 de quoi parle l\u2019Odyss\u00e9e<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Une m\u00e8re devant un miroir, un p\u00e8re assis au fond d\u2019une salle de classe, et trois mille ans de po\u00e8me qui tiennent dans la question : qui est cette vieille femme ? \u00ab Nous sommes les m\u00eames tout le temps, et nous changeons avec le temps. Reconnaissables et m\u00e9connaissables en m\u00eame temps. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Nolan a deux cent cinquante millions de dollars, sept pays de tournage, l\u2019IMAX 70 mm et Matt Damon. Dans sa salle de bains, il n\u2019a pas de vieille dame. Et il a, quelque part \u00e0 l\u2019esprit, un vieil homme qui aurait pu dire, du fond de la salle, que dans l\u2019arm\u00e9e, personne ne pleurait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" L’hell\u00e9niste le plus chic de New York a vu l’Odyss\u00e9e<\/em> de Nolan en IMAX et notre \u00e9poque tout enti\u00e8re dans son miroir.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":347257,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":17,"_lgc_tts_audio_url":"","_lgc_tts_voice":"","_lgc_tts_publish":false,"_lgc_tts_history_item_id":"","_lgc_tts_generated_at":"","_lgc_tts_status":"","_lgc_tts_error":"","footnotes":""},"categories":[],"staff":[3072,4757],"editorial_format":[4912],"week":[5061],"geo":[],"class_list":["post-347247","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-andrea-marcolongo","staff-guillaume-erner","editorial_format-un-cafe-avec-le-grand-continent"],"acf":{"_thumbnail_id":347257,"excerpt":"L'hell\u00e9niste le plus chic de New York a vu l'Odyss\u00e9e<\/em> de Nolan en IMAX et notre \u00e9poque tout enti\u00e8re dans son miroir.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n
\n L\u2019admiration d\u2019abord<\/h3>\n\n\n\n
Le v\u00e9t\u00e9ran d\u00e9pressif<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Une \u00e9poque anti-h\u00e9ro\u00efque<\/h3>\n\n\n\n
\n Les dieux, ou ce qui manque<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Ce que Nolan a compris<\/h3>\n\n\n\n
Les femmes, le lotus, l\u2019oubli<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le p\u00e8re dans la salle<\/h3>\n\n\n\n
\n Qui est cette vieille femme ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n
\n