{"id":344785,"date":"2026-07-04T21:41:57","date_gmt":"2026-07-04T19:41:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=344785"},"modified":"2026-07-04T21:44:15","modified_gmt":"2026-07-04T19:44:15","slug":"des-schismes-de-la-fraternite-saint-pie-x-et-de-la-tentation-de-la-purete","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/des-schismes-de-la-fraternite-saint-pie-x-et-de-la-tentation-de-la-purete\/","title":{"rendered":"Des schismes, de la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X et de la tentation de la puret\u00e9"},"content":{"rendered":"\n
J’ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par les schismes. Il y a quelque chose de particuli\u00e8rement saisissant dans ces moments o\u00f9 une communaut\u00e9 d\u00e9chire une v\u00e9rit\u00e9 jadis commune. Le schisme n’est presque jamais le partage \u00e9quitable d’un monde en deux. Il est, le plus souvent, le d\u00e9part d’une minorit\u00e9 active, convaincue de d\u00e9tenir une v\u00e9rit\u00e9 plus pure que celle de la majorit\u00e9. Les grandes fractures religieuses commencent rarement par une foule ; elles naissent au sein de consciences intransigeantes. Les schismes r\u00e9v\u00e8lent les lignes de faille d’une civilisation. Ils rendent visibles les points o\u00f9 une communaut\u00e9 cesse de pouvoir vivre avec ses propres contradictions.<\/p>\n\n\n\n
Le christianisme a sans doute port\u00e9 cet art du schisme \u00e0 un degr\u00e9 in\u00e9gal\u00e9. Il s’est construit en d\u00e9finissant sans cesse une orthodoxie, mais aussi, dans le m\u00eame mouvement, une h\u00e9t\u00e9rodoxie. Les h\u00e9r\u00e9sies ne sont pas des accidents de son histoire ; l\u2019histoire est l\u2019histoire de la lutte des orthodoxes contre les h\u00e9t\u00e9rodoxes. L’arianisme, le nestorianisme, le monophysisme, puis plus tard le jans\u00e9nisme ou la R\u00e9forme protestante, ont produit une \u00e9nergie intellectuelle consid\u00e9rable. Aujourd’hui encore, la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X rappelle que les blessures du catholicisme ne sont jamais totalement referm\u00e9es. Ce qui nous \u00e9tonne le plus est peut-\u00eatre moins la violence de ces querelles que leur objet. Comment des g\u00e9n\u00e9rations d’esprits parmi les plus brillants d’Europe ont-elles pu consacrer leur vie \u00e0 d\u00e9battre de la transsubstantiation, de la nature du Christ, de la gr\u00e2ce, de la pr\u00e9destination ? Comment comprendre les controverses qui oppos\u00e8rent Orig\u00e8ne, Duns Scot, saint Thomas d’Aquin ou les th\u00e9ologiens de Port-Royal ? Nous avons parfois le sentiment d’assister \u00e0 des discussions dont nous avons perdu la langue. Leur intelligence nous \u00e9tonne, leurs d\u00e9saccords en revanche nous sont insaisissables.<\/p>\n\n\n\n
C’est cela qui rend les schismes si passionnants : ils nous obligent \u00e0 penser comme l’autre. Ils nous forcent \u00e0 entrer dans une logique \u00e9trang\u00e8re jusqu’\u00e0 comprendre pourquoi une nuance qui nous para\u00eet infinit\u00e9simale provoque la d\u00e9rive d’un continent. Le schisme, c’est l’\u00e9nergie chthonienne du d\u00e9saccord, p\u00e9rir pour une d\u00e9finition du vrai.<\/p>\n\n\n\n
Le juda\u00efsme, lui, a connu relativement peu de schismes au sens chr\u00e9tien du terme. Il a davantage produit des blessures que des s\u00e9parations durables. Les d\u00e9saccords y prennent souvent la forme de controverses, de commentaires infinis, de discussions talmudiques, plus que de ruptures institutionnelles. Sa grande catastrophe int\u00e9rieure n’est d’ailleurs pas une h\u00e9r\u00e9sie, mais une immense d\u00e9ception messianique : celle de Sabbata\u00ef Tsevi.<\/p>\n\n\n\n
N\u00e9 \u00e0 Smyrne en 1626, Sabbata\u00ef Tsevi se proclame Messie en 1665. Sa pr\u00e9dication se r\u00e9pand \u00e0 une vitesse stup\u00e9fiante dans tout le monde juif, de l’Empire ottoman \u00e0 Amsterdam, de l’Italie au Y\u00e9men. Des communaut\u00e9s vendent leurs biens, interrompent leurs activit\u00e9s, persuad\u00e9es que la r\u00e9demption est imminente et que le retour \u00e0 Sion va commencer. Puis survient l’effondrement : arr\u00eat\u00e9 par le sultan ottoman, Sabbata\u00ef Tsevi choisit la conversion \u00e0 l’islam plut\u00f4t que la mort. Pour la plupart de ses disciples, c’est une catastrophe spirituelle absolue ; pour quelques-uns, au contraire, cette conversion devient le signe paradoxal de la mission messianique elle-m\u00eame. Le juda\u00efsme n’en sort pas schismatique, mais profond\u00e9ment bless\u00e9. Car il est parfois plus douloureux de s’\u00eatre tromp\u00e9 sur un homme que de s’\u00eatre tromp\u00e9 sur un dogme.<\/p>\n\n\n\n
C’est avec ces questions en t\u00eate que je voulais interroger Jean-Beno\u00eet Poulle, historien, sp\u00e9cialiste de la R\u00e9forme, sur la crise que traverse aujourd’hui l’\u00c9glise catholique avec la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X.<\/p>\n\n\n\n
Cette crise, m’explique-t-il, est en tout point comparable \u00e0 celle de 1988. Une ordination \u00e9piscopale, quatre \u00e9v\u00eaques consacr\u00e9s au m\u00eame endroit, le s\u00e9minaire de la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X \u00e0 \u00c9c\u00f4ne, en Suisse. Et cela entra\u00eene, presque m\u00e9caniquement, la m\u00eame sanction canonique, la plus grave qui soit : l’excommunication. Elle s’ensuit du fait m\u00eame que ces ordinations ont eu lieu sans mandat pontifical, c’est-\u00e0-dire sans la reconnaissance par le pape de la juridiction exerc\u00e9e sur ces \u00e9v\u00eaques, ce qui provoque, selon le droit canonique, une excommunication dite latae sententiae<\/em>, c’est-\u00e0-dire ipso facto<\/em>, par le fait m\u00eame, sans qu’il soit besoin de la d\u00e9clarer ou de la publier. Le pape L\u00e9on XIV a certes publi\u00e9 un d\u00e9cret d’excommunication, mais celui-ci, n’est pas tant une sanction nouvelle que la reconnaissance d’un fait d\u00e9j\u00e0 accompli : cette cons\u00e9cration d’\u00e9v\u00eaques sans mandat pontifical met la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X, ses \u00e9v\u00eaques en premier lieu mais aussi tous les pr\u00eatres qui y adh\u00e8rent, en \u00e9tat de schisme, rompant ainsi la communion avec l’\u00c9glise catholique.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi en arriver l\u00e0 ? Sur le plan liturgique, il s’agit pour la mouvance traditionaliste de pr\u00e9server les sacrements dans leur rite traditionnel, au premier rang desquels la messe en latin, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la messe telle qu’elle se disait avant les r\u00e9formes cons\u00e9cutives au concile Vatican II, lesquelles ont surtout autoris\u00e9 l’usage des langues vernaculaires. La Fraternit\u00e9 Saint-Pie X, comme d’autres communaut\u00e9s traditionalistes rest\u00e9es, elles, en communion avec Rome, n’ordonne des pr\u00eatres que pour dire cette messe traditionnelle et les autres sacrements dans le m\u00eame rite. Or ordonner des pr\u00eatres suppose des \u00e9v\u00eaques, seul un \u00e9v\u00eaque pouvant en ordonner. Et il se trouve qu’au sein de l’\u00c9glise catholique, plus aucun \u00e9v\u00eaque, ou presque, n’est dispos\u00e9 \u00e0 ordonner selon ce rite abrog\u00e9 au lendemain du concile, un tel geste \u00e9tant per\u00e7u comme un signal de retour en arri\u00e8re. C’est ce que Mgr Lefebvre, lors du premier sacre de 1988, avait appel\u00e9 de son point de vue \u00ab l’op\u00e9ration survie de la tradition \u00bb : l’id\u00e9e que, m\u00eame conscient des cons\u00e9quences encourues, l’excommunication, il existe une fen\u00eatre d’opportunit\u00e9 couverte par ce que le droit canonique nomme l’\u00e9tat de n\u00e9cessit\u00e9, un peu l’\u00e9quivalent de la l\u00e9gitime d\u00e9fense en droit p\u00e9nal, selon lequel des actes ordinairement interdits deviennent licites dans des circonstances extraordinaires, au nom de l’urgence, en l’occurrence ce qu’ils appellent le salut des \u00e2mes.<\/p>\n\n\n\n Le second volet, doctrinal, est peut-\u00eatre plus grave encore, selon Jean-Beno\u00eet Poulle, et sans doute l’indice, si l’on se place sous l’angle sociologique, d’une mentalit\u00e9 proprement schismatique, c’est-\u00e0-dire d’une volont\u00e9 de s\u00e9paration. Selon les lefebvristes, la doctrine catholique elle-m\u00eame aurait \u00e9t\u00e9, depuis Vatican II, vici\u00e9e par des erreurs autrefois condamn\u00e9es par les papes ; pour rester fid\u00e8les, disent-ils, non pas au pape actuel mais \u00e0 la doctrine catholique int\u00e9grale, ce qui leur vaut le nom d’int\u00e9gristes, il faudrait se s\u00e9parer du pape en exercice tout en continuant de le reconna\u00eetre comme pape. C’est ainsi qu’ils estiment, de leur point de vue, ne pas aller jusqu’au schisme : m\u00eame si le pape se d\u00e9clare lui-m\u00eame s\u00e9par\u00e9 d’eux, cela leur importe peu, ils en assument les cons\u00e9quences et une d\u00e9sob\u00e9issance formelle, car l’enjeu leur para\u00eet plus important, \u00e0 la fois liturgique et doctrinal. Mais c’est bien, aux yeux de Jean-Beno\u00eet Poulle, la rupture doctrinale qui est la plus grave des deux.<\/p>\n\n\n\n Qu’est-ce donc, dans l’esprit du concile Vatican II, qui d\u00e9range \u00e0 ce point la Fraternit\u00e9 ? Jean-Beno\u00eet Poulle en distingue quatre motifs pr\u00e9cis. Le premier concerne l’\u0153cum\u00e9nisme au sens strict, celui qui s’exerce entre chr\u00e9tiens, entre catholiques, protestants et orthodoxes, et que les lefebvristes n’acceptent pas. Le second est le dialogue interreligieux, qui conduit certains textes de Vatican II \u00e0 reconna\u00eetre une forme de valeur positive aux religions non chr\u00e9tiennes, juive et musulmane notamment, mais aussi dans ce que l’on appelait autrefois les religions naturelles ; une nouveaut\u00e9, \u00e0 l’\u00e9chelle de l’histoire de l’\u00c9glise, que les lefebvristes jugent contraire \u00e0 l’ardeur missionnaire et pros\u00e9lyte, en particulier dans les pays de mission o\u00f9 elle emp\u00eacherait, selon eux, de convertir les populations au catholicisme. Le troisi\u00e8me point touche \u00e0 l’attitude nouvelle de l’\u00c9glise envers les pouvoirs politiques, singuli\u00e8rement sur la libert\u00e9 religieuse : l’\u00c9glise catholique a d’elle-m\u00eame renonc\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9tention qu’il puisse exister des \u00c9tats catholiques ou une forme d’intol\u00e9rance de principe, m\u00eame si dans les faits celle-ci s’\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup amoindrie. Pour les lefebvristes, c’est \u00e9galement une rupture, eux qui appellent de leurs v\u0153ux le retour \u00e0 la doctrine du Christ Roi, \u00e0 la royaut\u00e9 sociale du Christ, c’est-\u00e0-dire \u00e0 une profession publique, par les soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames, de la religion catholique. Le quatri\u00e8me point, le plus paradoxal selon Jean-Beno\u00eet Poulle, est le refus de la coll\u00e9gialit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques que met en valeur Vatican II, et que l’on nomme aujourd’hui plut\u00f4t synodalit\u00e9, sans qu’il faille y voir une d\u00e9mocratisation de principe. Pour la tradition lefebvriste, l’\u00c9glise est une monarchie, le pape y disposant d’une primaut\u00e9 absolue sur les \u00e9v\u00eaques, sans coll\u00e9gialit\u00e9 para-d\u00e9mocratique. Toute l’ironie de la chose, note-t-il, est que les lefebvristes sont un peu les h\u00e9ritiers de cette \u00e9cole romaine de th\u00e9ologie qui absolutisait pr\u00e9cis\u00e9ment les pouvoirs du pape ; mais cela ne fonctionnait que tant que les papes se montraient intransigeants, en rempart contre le monde moderne issu de la R\u00e9volution. D\u00e8s lors que les papes se sont ouverts au monde, une s\u00e9paration s’est op\u00e9r\u00e9e entre la ligne intransigeante jusqu’au bout, repr\u00e9sent\u00e9e par le mouvement lefebvriste, et une ligne qui composait davantage avec cette ouverture. Il existe d’ailleurs aujourd’hui encore des partisans de la messe en latin pleinement en communion avec le pape, et qui ne font l’objet d’aucune sanction canonique.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi l’\u00c9glise catholique a-t-elle, plus que les autres religions, connu de tels schismes ? Pour des raisons structurelles : il ne peut gu\u00e8re y avoir de schisme sans autorit\u00e9 centrale. Derri\u00e8re ce vieux mot grec se cachent des questions que l’on dirait eccl\u00e9siologiques, relatives \u00e0 la mani\u00e8re dont une \u00c9glise se comprend elle-m\u00eame et comprend sa mission ; chez les protestants aussi, les scissions et les schismes ont \u00e9t\u00e9 nombreux. Le schisme se d\u00e9finit, du point de vue catholique, par diff\u00e9rence avec l’h\u00e9r\u00e9sie, comme une d\u00e9sob\u00e9issance non pas doctrinale mais disciplinaire : le refus d’ob\u00e9ir aux pasteurs l\u00e9gitimes, c’est-\u00e0-dire, fondamentalement, au pape et \u00e0 l’\u00e9v\u00eaque du lieu. Dans le droit canonique traditionnel, c’est une faute grave, susceptible d’entra\u00eener l’excommunication, la sanction la plus lourde, \u00e9quivalant \u00e0 l’exclusion de l’\u00c9glise visible, de la communaut\u00e9 des croyants : celui qui en est frapp\u00e9 ne rel\u00e8ve plus de l’\u00c9glise catholique et ne peut plus se dire lui-m\u00eame catholique. Il existe en France quelques \u00c9glises, les \u00c9glises gallicanes par exemple, qui se disent toujours catholiques sans \u00eatre pour autant catholiques romaines, puisqu’elles n’ob\u00e9issent pas au Vatican ; la reconnaissance du pape, quand elle existe, y demeure parfois purement formelle, sans inclusion r\u00e9elle dans les structures de l’\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n Ce schisme, num\u00e9riquement si peu important, dit-il pourtant quelque chose de l’histoire de l’\u00c9glise ? Jean-Beno\u00eet Poulle reconna\u00eet volontiers la tentation de se compter, des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois : l’\u00c9glise catholique rassemble pr\u00e8s d’un milliard et demi de fid\u00e8les, la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X au mieux quelques centaines de milliers. Mais il y a, insiste-t-il, une question de dynamisme et de porosit\u00e9, particuli\u00e8rement sensible en France, o\u00f9 les communaut\u00e9s les plus dynamiques en nombre sont souvent les plus traditionnelles, sans que ce soit toujours le cas. Ce constat vaut \u00e0 l’\u00e9chelle de toutes les soci\u00e9t\u00e9s occidentales : les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations catholiques manifestent un attrait certain pour les choses traditionnelles, qui prend parfois des formes tout \u00e0 fait normales, mais aboutit aussi, parfois, \u00e0 une religion \u00e0 la carte, une sorte de formation sur le tas que l’institution eccl\u00e9siale s’efforce de canaliser, de diriger, de temp\u00e9rer un peu, l’ardeur du nouveau converti \u00e9tant un ph\u00e9nom\u00e8ne que l’on retrouve dans de nombreuses religions, celui-ci cherchant souvent \u00e0 r\u00e9veiller de vieux fid\u00e8les ti\u00e8des. Ce qui int\u00e9resse ici Jean-Beno\u00eet Poulle, ce sont moins les chiffres, num\u00e9riquement tr\u00e8s minoritaires, que les changements qualitatifs que cette jeunesse convertie produit dans les vieilles chr\u00e9tient\u00e9s occidentales. Le mouvement dominant demeure, bien s\u00fbr, la s\u00e9cularisation et la d\u00e9christianisation, mais une frange tente, \u00e0 rebours, de redynamiser l’ensemble ; et L\u00e9on XIV, selon lui, en est tr\u00e8s conscient, s’effor\u00e7ant de tenir les deux bouts \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n Il ne faut pas non plus n\u00e9gliger, enfin, une dimension proprement psychologique dans le ph\u00e9nom\u00e8ne du schisme. En France, l’histoire de l’extr\u00eame droite, et la porosit\u00e9 bien r\u00e9elle entre certains milieux lefebvristes fran\u00e7ais et certains milieux d’extr\u00eame droite antis\u00e9mite, conduisent \u00e0 politiser l’affaire. Or, si l’on \u00e9largit le regard au monde entier, les racines du schisme ne sont pas tant politiques, au sens du rapport \u00e0 l’autorit\u00e9 et \u00e0 la cit\u00e9, que v\u00e9ritablement liturgiques. Il y entre aussi, selon lui, une r\u00e9action assez d\u00e9fensive de fid\u00e8les ordinaires, d\u00e9boussol\u00e9s par des r\u00e9formes et des changements survenus tr\u00e8s rapidement. Sur ce plan liturgique pr\u00e9cis\u00e9ment, le pape ne perdrait rien, estime-t-il, et gagnerait m\u00eame beaucoup, \u00e0 se montrer plus ouvert envers cette frange traditionaliste : pour une fois qu’il existe des jeunes qui se battent pour aller \u00e0 la messe plut\u00f4t que pour d\u00e9serter les \u00e9glises, le pape pourrait en tirer parti. Mais plus fondamentalement, la question demeure doctrinale, et un peu psychologique \u00e0 la fois : \u00e0 partir du moment o\u00f9 l’on se pr\u00e9tend d\u00e9tenteur de la v\u00e9rit\u00e9 en dehors, ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9, des fronti\u00e8res des structures officielles et de l’\u00c9glise visible, on risque de basculer dans une mentalit\u00e9 schismatique, voire sectaire et apocalyptique, telle que l’histoire en offre maints exemples. Ce trait, tr\u00e8s humain, du sentiment d’\u00eatre minoritaire mais d’avoir raison pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison, se retrouve aussi bien dans les partis politiques que dans les groupes religieux : la tentation du repli sur soi, au sens sociologique du terme sectaire. Jean-Beno\u00eet Poulle prend soin de pr\u00e9ciser qu’il ne dit pas que la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X soit une secte, celle-ci demeurant une une soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00eatres institu\u00e9e canoniquement travers\u00e9e par diff\u00e9rents courants ; mais il constate que, dans cette affaire pr\u00e9cise, ce sont les courants les plus ferm\u00e9s qui l’ont emport\u00e9, en menant une cons\u00e9cration \u00e9piscopale dont les auteurs connaissaient parfaitement les cons\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n Reste, enfin, la question de la pri\u00e8re pour la conversion des juifs, celle du Vendredi saint. Elle comportait, dans le rite traditionnel remis \u00e0 l’honneur en partie par Beno\u00eet XVI, des connotations anti-juda\u00efques et antis\u00e9mites. Mais Beno\u00eet XVI, avait pr\u00e9cis\u00e9ment modifi\u00e9 cette pri\u00e8re, seule occasion o\u00f9 il se soit permis de toucher au rite traditionnel : il en avait chang\u00e9 les termes dans la liturgie du Vendredi saint.<\/p>\n\n\n\n Comme le montre cette conversation avec Jean-Beno\u00eet Poulle, le schisme d\u00e9voile les lignes de fracture d\u2019un culte, il t\u00e9moigne aussi de la vivacit\u00e9 d\u2019une foi. Le christianisme bouge encore puisqu\u2019il se d\u00e9chire. Et finalement, les minoritaires servent les majoritaires tant qu\u2019ils ne parviennent pas \u00e0 les d\u00e9capiter. La Fraternit\u00e9 Saint Pie X t\u00e9moigne, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, de la puissance du Vatican. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" De la R\u00e9forme \u00e0 la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X, les d\u00e9chirures de l’\u00c9glise montrent que ses plus vieux probl\u00e8mes continuent de produire de l’histoire.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":344790,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","categories":[],"staff":[4757],"editorial_format":[4914],"week":[5034],"geo":[],"class_list":["post-344785","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-guillaume-erner","editorial_format-le-petit-catechisme-de-guillaume-erner"],"acf":{"_thumbnail_id":344790,"excerpt":"De la R\u00e9forme \u00e0 la Fraternit\u00e9 Saint-Pie X, les d\u00e9chirures de l'\u00c9glise montrent que ses plus vieux probl\u00e8mes continuent de produire de l'histoire.","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\n