{"id":335405,"date":"2026-05-23T07:30:12","date_gmt":"2026-05-23T05:30:12","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=335405"},"modified":"2026-05-23T07:30:16","modified_gmt":"2026-05-23T05:30:16","slug":"baudry-de-gaulle","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/","title":{"rendered":"Avec Antonin Baudry au pied de cochon"},"content":{"rendered":"\n

Il y a deux fa\u00e7ons de d\u00eener au Pied de Cochon. <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

La premi\u00e8re est raisonnable : on s’y attable \u00e0 une heure convenable, on consomme, on s’en va. La seconde est la bonne. On y \u00e9choue \u00e0 pas d’heure, l’esprit plut\u00f4t brouill\u00e9, le ventre un peu creux, et l’on s’aper\u00e7oit que ce restaurant des Halles, ouvert de 8 heures \u00e0 5 heures du matin, est en r\u00e9alit\u00e9 un quai d’amarrage en forme de brasserie d\u2019\u00e9poque. \u00c0 droite, des hommes en costume marine encore sangl\u00e9s dans le badge d’un congr\u00e8s d\u00e9rivent ; \u00e0 gauche des f\u00eatards sont en train d\u2019entrer ; en face, quelques touristes japonais prennent des photos de toutes ces op\u00e9rations. Derri\u00e8re, imperturbable, somnole Saint-Eustache.\u00a0<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Antonin Baudry, bien s\u00fbr, ne conna\u00eet que la seconde mani\u00e8re. Comment le sait-on ? Un indice : il accepte notre proposition d’un entretien autour de son prochain film, l’extraordinaire \u00e9pop\u00e9e cin\u00e9matographique De Gaulle<\/em>, dans un message envoy\u00e9 \u00e0 3h13 du matin. <\/p>\n\n\n\n

On prend date. <\/p>\n\n\n\n

Rendez-vous quelques jours avant son d\u00e9part pour Cannes, aux Halles, dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e9coloniser de Gaulle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Depuis que nous avons pu visionner L\u2019\u00c2ge de fer<\/em>, le premier volet de La Bataille de Gaulle<\/em>, une question nous obs\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n

Nous voulons comprendre qui est celui qui a imagin\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 cette \u0153uvre hors norme, ce film sans limite, aux id\u00e9es claires et \u00e0 la r\u00e9alisation \u00e9pique, qui r\u00e9ussit \u00e0 faire une chose que personne n\u2019avait encore faite dans l’histoire du cin\u00e9ma fran\u00e7ais : raconter la Seconde Guerre mondiale avec un budget d’Hollywood, sans Hollywood.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est la question qu\u2019on lui pose d\u00e8s qu\u2019il s\u2019attable au 6, rue Coquilli\u00e8re et il nous r\u00e9pond d\u2019embl\u00e9e  : \u00ab Nous vivons sous emprise \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Selon lui, l\u2019Europe habite encore un r\u00e9cit qui n\u2019est pas le sien, le voici, r\u00e9sum\u00e9 en quelques traits : \u00ab l\u2019Europe, \u00e0 cause de ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs, se serait entretu\u00e9e ; les Am\u00e9ricains seraient venus nous lib\u00e9rer, puis ils nous auraient appris \u00e0 nous moderniser, \u00e0 \u00eatre raisonnables. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est une th\u00e8se qui peut sembler provocatrice et qui comporte certaines limites. Elle r\u00e9sonne pourtant \u00e9videmment avec quelque chose de profond aujourd\u2019hui. Antonin Baudry la relie aux travaux de Ludovic Tourn\u00e8s<\/a> sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab d\u00e9colonisation des imaginaires \u00bb capable de briser \u00ab le tabou atlantiste \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Baudry, qui n\u2019a pas encore commenc\u00e9 \u00e0 regarder l\u2019immense carte que lui tend le serveur, continue : \u00ab d\u2019habitude, ce qui est \u00e9nervant, c\u2019est quand tu te dis : \u2018c\u2019est vrai\u2019, et que tu ne peux rien y faire. L\u00e0, je me suis dit : \u2018je peux contribuer \u00e0 raconter notre propre histoire.\u2019 \u00bb<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est de cette tension qu\u2019est n\u00e9 La Bataille de Gaulle<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

Pythagore et la Frrraaaaance<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Nous sommes de nature nominaliste : au Pied de Cochon, on commande un pied de cochon, sauce b\u00e9arnaise. Et lui ? \u00ab Je ne mange pas d’organes. \u00bb Il marque une pause, il regarde fixement dans la carte, mais il comprend qu\u2019on ne comprend pas. \u00ab Vous vous demandez si un pied est vraiment un organe ? En tout cas, je ne mange ni pieds, ni foie, ni cerveau, ni t\u00eates<\/a>, ni oreilles, ni langues, ni reins, ni nez. Pas d\u2019yeux de dromadaire, ni de testicules, ni rien de tout \u00e7a. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Il s’en d\u00e9fend depuis l’enfance, et raconte avoir d\u00e9couvert sur le tard qu’il partageait ce r\u00e9gime avec Pythagore \u2014 qui ne mangeait pas non plus, comme on le lui demande et comme il nous le confirme avec le plus grand naturel, de f\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n

Le myst\u00e8re est-il r\u00e9solu ? Antonin Baudry est-il pythagoricien ? L’id\u00e9e est amusante et a le m\u00e9rite d’offrir une tentative classificatrice \u00e0 cette figure qui ne mange pas d’organes parce qu\u2019elle d\u00e9joue toute tentative d’organisation syst\u00e9matique. Polytechnicien, tir\u00e9 au sort pour se former chez les Saint-Cyriens, il est saisi par \u00ab une crise de vocation \u00bb et d\u00e9cide de passer le concours de l’\u00c9cole normale sup\u00e9rieure en lettres, qu’il r\u00e9ussit. \u00ab Pourtant, j’adorais les maths. J’ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par la recherche. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

La suite de son parcours d\u00e9route autant qu’il intrigue. Diplomate \u2014 COCAC<\/em>, conseiller culturel \u00e0 Madrid, o\u00f9 c’\u00e9tait \u00ab la belle vie \u00bb, puis aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il cr\u00e9e la librairie Albertine de New York \u2014, il se forme sur le tas au cabinet de Dominique de Villepin au Quai d’Orsay, dont il est une plume.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Dans L’\u00c2ge de Fer<\/em>, de Gaulle parle d\u2019ailleurs, dans les premi\u00e8res minutes, d’\u00bbun vieux pays (et on entend : la France) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

(La France dans le film est un mot prononc\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait sp\u00e9cifique : les deux consonnes \u201cfr<\/em>\u201d sont en effet une barri\u00e8re infranchissable, que seule une volont\u00e9 supr\u00eame peut surmonter et qui d\u00e9bouchent tout naturellement dans la joie d\u2019une voyelle longue, presque \u00e9ternelle, c\u2019est un peu \u201cFrrrraaaaance<\/em>\u201d, vous voyez le genre.)<\/p>\n\n\n\n

En reconnaissant ces mots, nous n\u2019avons pas pu nous emp\u00eacher de nous demander si c’\u00e9tait vraiment la premi\u00e8re fois qu’il pla\u00e7ait ces mots dans la bouche de quelqu\u2019un. <\/p>\n\n\n\n

De cette exp\u00e9rience na\u00eetra sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, la fameuse bande dessin\u00e9e Quai d’Orsay<\/em>, d\u00e9licieuse satire de la diplomatie fran\u00e7aise, port\u00e9e \u00e0 l’\u00e9cran par Bertrand Tavernier \u2014 et un Thierry Lhermitte que l’on retrouvera dans le second \u00e9pisode de La Bataille de Gaulle<\/em> sous les traits du g\u00e9n\u00e9ral Henri Giraud. <\/p>\n\n\n\n

Puis viendra Le Chant du loup<\/em>, son premier film, thriller sous-marin o\u00f9 Baudry imposait d\u00e9j\u00e0 un Fran\u00e7ois Civil alors presque inconnu du grand public au premier r\u00f4le. <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Est-ce qu\u2019il y a un conducteur dans la vie d\u2019Antonin Baudry ? Est-ce l’arm\u00e9e ? Il a command\u00e9 un filet de daurade royale r\u00f4ti, gnocchis et tomates. Il nous regarde. Il a un doute. Mais il nous explique que de son exp\u00e9rience de l\u2019arm\u00e9e il a tir\u00e9 une le\u00e7on essentielle. Ces nuits sans sommeil, ce fusil \u00e0 nettoyer plut\u00f4t que dormir, un g\u00e9n\u00e9ral lui en a donn\u00e9 la clef : c’est \u00ab th\u00e9oris\u00e9 \u00bb, une mani\u00e8re d’\u00bbapprendre aux gens \u00e0 entrer dans un mode o\u00f9 ils ne peuvent plus rien analyser, o\u00f9 tout devient impr\u00e9visible, et \u00e0 garder leurs nerfs, pour ne pas devenir fou \u00bb.\u00a0<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Des gens bizarres<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ce probl\u00e8me \u2014 la folie, ou plut\u00f4t une forme d’irrationalit\u00e9, de rationalit\u00e9 moins \u00e9triqu\u00e9e, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment cette tendresse pour les esprits qui d\u00e9raillent, qui sortent du cadre, ou plut\u00f4t, qui font sortir le cadre du cadre \u2014 d\u00e9finit un style Baudry qui se trouve, semble-t-il, jusque dans ses relations familiales.<\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Entre deux verres de Brouilly, il nous avoue que son fils de vingt et un ans, comme lui polytechnicien, vient de passer dix jours \u00ab au trou \u00bb pour avoir pi\u00e9g\u00e9 le b\u00e2timent de ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques. Baudry, qui l’avait \u00ab adoub\u00e9 \u00bb quelques jours plus t\u00f4t en gants blancs et uniforme, le conc\u00e8de en souriant : il en \u00e9tait \u00ab un peu fier, quand m\u00eame \u00bb. Lui-m\u00eame avait connu le cachot, \u00ab pour des b\u00eatises bien moins h\u00e9ro\u00efques \u00bb.\u00a0<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

La marge, d\u00e9cid\u00e9ment, est une affaire centrale. \u00ab Le renouveau vient de la marge, nous dit-il, le syst\u00e8me ne marche que s’il y a des gens qui font d\u00e9railler le syst\u00e8me. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Et c’est par la marge qu’on arrive, chez Baudry, \u00e0 la figure clef de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, au grand homme de la France libre, \u00e0 l\u2019h\u00e9ros de l’histoire de la France contemporaine : au G\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n\n\n\n

\u00ab J’ai d’abord voulu m’attacher au d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9 qu’on trouve chez lui, puis \u00e0 sa fa\u00e7on de placer l’imaginaire avant le r\u00e9el, ce qui est rare chez un homme d’action. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Le film est tout entier suspendu \u00e0 cet \u00e9quilibre. Le refus de toute psychologie \u2014 \u00ab J’adore l’Iliade<\/em>, justement parce qu’on ne vous jette jamais de la psychologie \u00e0 la figure. \u00bb \u2014, la mani\u00e8re de faire litt\u00e9ralement de \u00ab l’histoire bataille \u00bb le rangent clairement du c\u00f4t\u00e9 de l’\u00e9pop\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Pourtant l’histoire racont\u00e9e n’est pas lin\u00e9aire. Il y a beaucoup d’ombres \u2014 non parce que les choix seraient tragiques et simplement h\u00e9ro\u00efques, mais parce que, souvent, ils sont absolument absurdes.<\/p>\n\n\n\n

Tous les gens raisonnables sont l\u00e0 pour nous le rappeler : Darlan (un extraordinaire Kassovitz muet et statuaire qui se meut comme dans Dune<\/em> ou chez Tarantino), Roosevelt, les conseillers et les ministres de Churchill, et jusqu’aux hauts fonctionnaires \u2014 Jean Monnet \u2014 qui, dans l’une des sc\u00e8nes les plus brutales et les plus belles du film, un pot de d\u00e9part \u00e0 l’ambassade de Londres, choisissent bien raisonnablement de ne pas suivre le G\u00e9n\u00e9ral. Le film oppose ainsi les \u00ab raisonnables \u00bb \u2014 le mot est dans la bouche de P\u00e9tain, avant d\u2019\u00eatre repris par Roosevelt \u2014 aux \u00ab passionn\u00e9s \u00bb comme de Gaulle, qui se dit lui-m\u00eame \u00e0 plusieurs reprises \u00ab fou \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

La force du film, l\u2019\u00e9nergie de son dispositif narratif est de ne jamais faire croire un seul instant que tout cela \u00e9tait in\u00e9vitable, d\u00e9cid\u00e9 par des forces obscures.<\/p>\n\n\n\n

De ne cacher ni la drogue de Muselier ni la vanit\u00e9 du G\u00e9n\u00e9ral lui-m\u00eame (qui parfois parle comme Chuck Norris : \u00ab les moustiques ne piquent pas le G\u00e9n\u00e9ral \u00bb).<\/p>\n\n\n\n

C’est l\u00e0 que Baudry a une intuition pr\u00e9cieuse : faire de de Gaulle une variante de don Quichotte, en prenant pour cela quelques libert\u00e9s par rapport \u00e0 la belle biographie de Jackson qui inspire le film, ou en accentuant certaines lignes interpr\u00e9tatives.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab J’ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la figure du Quichotte. Dans le tome II du Quichotte<\/em>, vous avez des faux Don Quichotte qui ont entendu parler du vrai et qui se mettent \u00e0 vouloir se battre avec lui. Du coup, son r\u00eave devient vrai, puisqu’il finit par se battre pour de bon. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Le Quichotte de Baudry est ainsi d’un genre sup\u00e9rieur : parce que les moulins ont des noms, des corps qui saignent et qui tiennent, ils finissent par imposer leur loi au r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

Reste alors la vraie difficult\u00e9, celle qui a d\u00e9courag\u00e9 tout le monde avant lui : que filme-t-on, au juste, quand le h\u00e9ros invente une r\u00e9alit\u00e9 qui n’existe pas ? Car la France libre, en juin 1940, n’est rien, une poign\u00e9e d’hommes \u00e0 Londres, un logo (dirait-on aujourd\u2019hui) et un nom. \u00ab De Gaulle invente une chim\u00e8re. Et ensuite il essaie de la faire exister. \u00c0 la fin du premier film, elle existe. \u00bb Ce qui int\u00e9resse Baudry, ce n’est pas le politicien des ann\u00e9es 1950, qu’il juge \u00ab plus convenu \u00bb, mais le po\u00e8te de 1940, \u00ab celui qui n’a rien et qui invente une r\u00e9alit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Pourquoi Faulkner voulait se d\u00e9barrasser de de Gaulle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Encore faut-il donner chair \u00e0 l’id\u00e9e. De Gaulle, chez Baudry, ne voit pas la France comme un pays mais comme \u00ab une dame du Moyen \u00c2ge \u00bb, dit-il \u2014 \u00ab un \u00eatre parfait qui ne peut pas se rendre, ni \u00eatre faible, ni \u00eatre l\u00e2che \u00bb. Une vision proche de l’amour courtois, qui irrigue tout ce film avec discr\u00e9tion dans un registre \u00e9pique.<\/p>\n\n\n\n

Restait \u00e0 repr\u00e9senter cette folie sans la trahir, et c’est sans doute ce qui explique qu\u2019il y ait eu si peu de films de cette ambition sur de Gaulle. \u00ab Il y a eu des films \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, parfois dans l’imitation. Au cin\u00e9ma, celui de Gabriel Le Bomin en 2020, mais sur une autre p\u00e9riode, davantage sous l’angle de la vie familiale. \u00bb Le mythe pour le mythe l’ennuie. \u00ab Quand on vous pr\u00e9sente une ic\u00f4ne du d\u00e9but \u00e0 la fin comme une ic\u00f4ne, qu’en tirer ? Rien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Sa parade nous avoue-t-il a \u00e9t\u00e9 de construire un dispositif de profanation. \u00c0 l’\u00e9criture, pour ne pas \u00eatre \u00e9cras\u00e9s par la statue, Baudry et sa cosc\u00e9nariste, B\u00e9r\u00e9nice Vila, avaient rebaptis\u00e9 leur h\u00e9ros \u00ab Robert \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab On ne mettait jamais ‘de Gaulle’. Le but, c’\u00e9tait que des gens qui n’en avaient peut-\u00eatre jamais entendu parler puissent voir l’histoire au pr\u00e9sent, et pas comme un grand r\u00e9cit sacr\u00e9 et fictif. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Avant chaque livraison du script, il fallait remplacer les \u00ab Robert \u00bb par des \u00ab de Gaulle \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Une anecdote l’a accompagn\u00e9, qu’il glisse dans le second film. Roosevelt ayant un jour souhait\u00e9 un film sur de Gaulle, le projet \u00e9chut, via<\/em> la Warner, \u00e0 un certain \u00e9crivain qui s\u2019appelait William Faulkner. \u00c0 la biblioth\u00e8que de l’\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, Baudry a retrouv\u00e9 l’\u00e9dition r\u00e9unissant toutes les versions de son sc\u00e9nario. \u00ab Dans la premi\u00e8re, de Gaulle est l\u00e0, mais ce n’est pas g\u00e9nial. Dans la deuxi\u00e8me, on ajoute des personnages en France ; \u00e7a ne marche pas. Dans la troisi\u00e8me, de Gaulle n’appara\u00eet presque plus. \u00bb Puis, vient une lettre au producteur : il faut, \u00e9crit Faulkner, se d\u00e9barrasser du personnage de de Gaulle. Deux raisons : on ne trouvera jamais d’acteur capable de le jouer ; et ce sont des Am\u00e9ricains qui paieront leur place, autant leur \u00e9pargner \u00ab un fou pareil \u00bb. Pour Baudry, l’\u00e9chec est un aiguillon : qu’on lui dise une chose impossible, et il ira voir lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n

Restait \u00e0 trouver l’acteur que Faulkner jugeait introuvable. Baudry fait passer des essais \u00e0 presque tous ses com\u00e9diens \u2014 cent cinquante r\u00f4les sur les deux films \u2014 mais quelques-uns se sont impos\u00e9s d’embl\u00e9e : \u00ab il n’y a pas de plan B, ce ne sont que des premiers choix. C’\u00e9tait m\u00eame eux ou personne. \u00bb Pour de Gaulle, Simon Abkarian, rep\u00e9r\u00e9 de longue date au th\u00e9\u00e2tre ; pour Churchill, Simon Russell Beale, d\u00e9couvert dans La Mort de Staline<\/em> o\u00f9 il jouait Beria \u2014 \u00ab consid\u00e9r\u00e9 comme le meilleur acteur de th\u00e9\u00e2tre anglais \u00bb. Imposer Abkarian comme premier r\u00f4le n’est pas facile, mais \u00ab l’acteur doit correspondre au r\u00f4le, connu ou pas. C’est une question de n\u00e9cessit\u00e9. \u00bb Il privil\u00e9gie d’ailleurs les com\u00e9diens venus du th\u00e9\u00e2tre, pour leur \u00ab disponibilit\u00e9 au jeu des autres \u00bb. Une troisi\u00e8me raison, dit-il, a pes\u00e9. \u00ab Dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, on tourne en rond avec toujours les m\u00eames acteurs dans tous les r\u00f4les. C’est fatigant. \u00c7a lui ferait du bien d’\u00e9largir le champ. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

De Gaulle n\u2019avait pas les cartes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Antonin Baudry monte son film comme on d\u00e9samorce une bombe, plan par plan, son par son, sans jamais reculer pour en regarder l’ensemble. \u00c0 l’heure o\u00f9 nous d\u00eenons, il n’a toujours pas pu voir d’une traite la version qu’il a modifi\u00e9e \u2014 mais il en conna\u00eet, jure-t-il, chaque piste sonore sur deux mille plans.<\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

C’est dans cette pr\u00e9cision d’horloger qu’une sc\u00e8ne, plus que toutes, l’a \u00e9tonn\u00e9 au montage : la premi\u00e8re rencontre entre Roosevelt et de Gaulle, \u00e0 l’h\u00f4tel Anfa, pr\u00e8s de Casablanca, en janvier 1943. \u00ab En la montant, j’\u00e9tais effray\u00e9. Je me suis dit : c’est Trump-Zelensky ! Sauf qu\u2019ici Roosevelt compare la France \u00e0 un enfant capricieux. Et que vous retirez les cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision pour ajouter des snipers. \u00bb Roosevelt en avait fait poster partout. Baudry a tourn\u00e9 dans l’h\u00f4tel d’en face, \u00ab un d\u00e9cor vraiment fid\u00e8le \u00bb : des balustrades, des tireurs derri\u00e8re les rideaux, \u00e0 hauteur du G\u00e9n\u00e9ral. Macmillan, l’envoy\u00e9 de Churchill, d\u00e9couvrant le dispositif depuis les \u00e9tages, n’aurait rien compris : \u00ab Qu’est-ce qui se passe, on re\u00e7oit Hitler ? \u00bb C’\u00e9tait de Gaulle.<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

C\u2019est une analogie qui le hante parce qu’elle renverse le sens commun ici en Europe. \u00ab On sent que la rencontre Trump-Zelensky n’est pas forc\u00e9ment une aberration historique. \u00bb Ce qui a chang\u00e9, ce n’est pas la brutalit\u00e9 d’un grand envers un petit, mais sa mise en sc\u00e8ne. \u00ab Le XXIe si\u00e8cle, c’est que ce soit en direct. Aujourd’hui, tout est en direct. \u00c0 part \u00e7a, rien n\u2019a chang\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Il file l’id\u00e9e jusqu’au pr\u00e9sent le plus br\u00fblant. La domination am\u00e9ricaine, telle qu’elle se donne d\u00e9sormais \u00e0 voir, n’a plus la forme rassurante du lib\u00e9rateur : \u00ab c’est la domination sans camp, sans forme \u00bb. Quant \u00e0 savoir si Trump en est l’aberration ou la v\u00e9rit\u00e9, il s’y refuse. \u00ab C’est tr\u00e8s compliqu\u00e9, on n’a pas encore le recul. Il est possible, malheureusement, que ce soit la v\u00e9rit\u00e9 de l’Am\u00e9rique. \u00bb Et c\u2019est aussi possible que si le film a pu se faire ainsi, c’est peut-\u00eatre que le r\u00e9cit am\u00e9ricain n\u2019a plus de prise : \u00ab il est cass\u00e9 dans ses fondements \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

L’ironie, ajoute-t-il, c’est que les Europ\u00e9ens d\u00e9couvrent \u00e0 peine ce que d’autres savent depuis longtemps. Son \u00e9pouse, d’origine argentine, le lui r\u00e9p\u00e8te : \u00ab c’est gentil, les Europ\u00e9ens qui d\u00e9couvrent comment les Am\u00e9ricains s’y prennent avec le reste du monde. Mais en Am\u00e9rique latine, on l’a v\u00e9cu dans notre chair pendant des ann\u00e9es. \u00bb Le pari, \u00e0 l’arriv\u00e9e, semble gagn\u00e9 : l\u00e0 o\u00f9 ses proches redoutaient un rejet, ses amis am\u00e9ricains, \u00ab de tous les bords \u00bb, ont re\u00e7u le film avec curiosit\u00e9. \u00ab C’est la premi\u00e8re fois qu’on voit un film sur cette p\u00e9riode qui n’est pas un point de vue anglais ou am\u00e9ricain \u00bb, lui ont-ils dit. Le film, \u00e0 sa mani\u00e8re, prend acte de ce d\u00e9centrement, et raconte 1940 depuis ce que de Gaulle, d\u00e9j\u00e0, refusait : la place du vassal plus ou moins heureux.<\/p>\n\n\n\n

Brancher la basse<\/h3>\n\n\n\n

Pour comprendre Baudry, il faut l’\u00e9couter parler du son. Sur Le Chant du loup<\/em>, il avait, \u00e0 la derni\u00e8re minute, retravaill\u00e9 toute la bande-son. Sur la couleur, c’est pareil : il d\u00e9teste les teintes d\u00e9lav\u00e9es du cin\u00e9ma \u00e0 la mode, revendique \u00ab le rouge vraiment rouge, le bleu vraiment bleu \u00bb, et raconte avoir d\u00e9couvert les couleurs de son propre film en r\u00e9alisant sa bande-annonce \u2014 seul moment, apr\u00e8s des mois pass\u00e9s en salle de montage \u00ab avec des images pourries et un son pourri \u00bb, o\u00f9 il a enfin pu les \u00e9talonner.<\/p>\n\n\n\n

D’o\u00f9 vient cette obsession ? <\/p>\n\n\n\n

\n
\n
\n
\n \"\"\n
\n <\/div>\n <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n
\n

D’une nuit de 1992, peut-\u00eatre. R\u00e9compens\u00e9 d’un voyage \u00e0 New York pour une mention \u00ab Tr\u00e8s bien \u00bb au baccalaur\u00e9at, le jeune homme se fait poursuivre, avec un ami, par des inconnus arm\u00e9s de cha\u00eenes de v\u00e9lo, du c\u00f4t\u00e9 de Harlem. Ils s\u00e8ment leurs poursuivants dans une petite salle de concert peupl\u00e9e d’\u00bbune faune \u00e9trange \u00bb. Faute de place, il grimpe sur une couchette en hauteur et s’allonge pour regarder. \u00ab Ils attaquent un morceau ; une bassiste cherche quelque chose sur sc\u00e8ne, puis saisit un fil \u2014 ils avaient oubli\u00e9 de brancher sa basse. Elle se branche elle-m\u00eame, et un \u00e9norme son r\u00e9sonne dans la salle. \u00c0 partir de l\u00e0, elle a emmen\u00e9 le morceau avec sa basse. J’\u00e9tais en arr\u00eat total. Une sorte d’extase, visuelle et sonore. \u00bb<\/p>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Musicien lui-m\u00eame \u2014 piano \u00ab assez mal \u00bb, guitare \u00e9lectrique \u00ab avec une grosse p\u00e9dale de distorsion \u00bb dont l’effet principal \u00e9tait \u00ab de rendre fous les voisins \u00bb \u2014, Baudry a confi\u00e9 les deux films \u00e0 deux compositeurs tr\u00e8s diff\u00e9rents. Volker Bertelmann pour le premier ; pour le second, lass\u00e9 des \u00ab usual suspects<\/em> \u00bb, il a rep\u00e9r\u00e9, via<\/em> le jeu vid\u00e9o Clair Obscur<\/em>, \u00ab un jeune musicien g\u00e9nial \u00bb, Th\u00e9o Cascio. Il l’a, dit-il en riant, \u00ab kidnapp\u00e9 \u00bb : l’homme est install\u00e9 plusieurs jours par semaine l\u00e0 o\u00f9 Baudry travaille. Les mots ne suffisent pas \u00e0 dire \u00ab h\u00e9ro\u00efque \u00bb ou \u00ab m\u00e9lancolique \u00bb : \u00ab on n’entend pas tous la m\u00eame chose par les m\u00eames mots. Tu veux parler musique, tu arrives avec de la musique. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Pour la route<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Sortir deux films \u00e0 un mois d’intervalle ne s’\u00e9tait, dit-il, \u00ab jamais fait \u00bb. Comment le public est-il cens\u00e9 s’y prendre ? \u00ab Vous savez comment on mange un \u00e9l\u00e9phant ? Nous demande-t-il, bouch\u00e9e apr\u00e8s bouch\u00e9e. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Le deuxi\u00e8me film de La Bataille De Gaulle<\/em> doit sortir au d\u00e9but de l’\u00e9t\u00e9 ; il lui reste, \u00e0 la fin de notre nuit, quatre semaines et demie de mixage avant que ses salles d’\u00e9talonnage et de montage ne soient prises par un autre film. \u00ab Chaque jour, tout ce que je n\u2019ai pas pu faire ne sera pas dans le film \u00e0 la fin. C’est la course. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Il est presque trois heures du matin. Les tables et les chaises ont \u00e9t\u00e9 rang\u00e9es autour de nous.<\/p>\n\n\n\n

On ne r\u00e9siste pas, pourtant, \u00e0 lui tendre la m\u00e8che : sortir, \u00e0 moins de douze mois d’une pr\u00e9sidentielle, une \u00e9pop\u00e9e sur l’homme qui incarne \u00e0 lui seul la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, n’est-ce pas poser une bombe \u00e0 d\u00e9flagration sur ce moment aussi caricaturalement gaullien ? <\/p>\n\n\n\n

Baudry h\u00e9site, ce n\u2019est pas le Brouilly. \u00ab C\u2019est dangereux moralement de comparer la situation d\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 nous ne sommes ni en guerre ni occup\u00e9s militairement \u00e0 la situation de 1940. \u00bb Lui se dit \u00ab amoureux de cin\u00e9ma \u00bb, plus que de politique ; il a, dit-il, \u00ab des films \u00e0 faire \u00bb. Il r\u00eave de science-fiction \u2014 \u00ab pas l’anticipation : tu r\u00eaves d’un autre monde \u00bb \u2014 et d’un long s\u00e9jour en Espagne, dans le Yucat\u00e1n ou ailleurs en Am\u00e9rique latine, \u00ab j’ai l’impression que l’un des seuls endroits du monde occidental o\u00f9 la langue respire, c’est le monde hispanique \u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Bref, l’artificier ne veut pas voir l’incendie qu’il pourrait allumer, ou feint de ne pas le voir, ce qui, chez un homme qui a pass\u00e9 six ans \u00e0 mettre en sc\u00e8ne un d\u00e9n\u00e9gateur de g\u00e9nie, ne manque pas de sel.<\/p>\n\n\n\n

Reste, par-del\u00e0 l’esquive, une fiert\u00e9 qu’il ne cache pas, la m\u00eame, au fond, que pour ce fils envoy\u00e9 au trou : celle des gens qui font d\u00e9railler le syst\u00e8me. \u00ab Il n’y a pas de fausse modestie. Je suis fier du film. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Il ne reste plus, dans la nuit du Pied de Cochon, qu’un cin\u00e9aste qui n’a pas encore vu son \u0153uvre d’une traite, mais qui en conna\u00eet chaque image et chaque piste de son, et qui vient d’inventer une chim\u00e8re \u2014 plan par plan, exactement comme le G\u00e9n\u00e9ral un soir de juin 1940.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

On ne le retient plus, il a encore du montage \u00e0 faire et il doit la faire exister. <\/p>\n\n\n\n

Aux autres, peut-\u00eatre, d’en faire une bombe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Un d\u00eener au bout de la nuit avec le r\u00e9alisateur de La Bataille de Gaulle<\/em>, le premier film \u00e0 raconter la Seconde Guerre mondiale avec un budget d’Hollywood, sans Hollywood.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":335406,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","categories":[],"staff":[1631,1553],"editorial_format":[4912],"week":[],"geo":[],"class_list":["post-335405","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-florent-zemmouche","staff-gilles-gressani","editorial_format-un-cafe-avec-le-grand-continent"],"acf":{"_thumbnail_id":335406,"excerpt":"\u00abLe renouveau vient de la marge, nous dit-il, le syst\u00e8me ne marche que s'il y a des gens qui font d\u00e9railler le syst\u00e8me.\u00bb\u00a0","display_date":"","new_abstract":true},"yoast_head":"\nAvec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Avec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Un d\u00eener au bout de la nuit avec le r\u00e9alisateur de La Bataille de Gaulle, le premier film \u00e0 raconter la Seconde Guerre mondiale avec un budget d'Hollywood, sans Hollywood.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-23T05:30:16+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/gc-baudry-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1337\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/gc-baudry-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"15 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/\",\"name\":\"Avec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg\",\"datePublished\":\"2026-05-23T05:30:12+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-23T05:30:16+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg\",\"width\":1698,\"height\":1924},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Sundays\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Avec Antonin Baudry au pied de cochon\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Avec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Avec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent","og_description":"Un d\u00eener au bout de la nuit avec le r\u00e9alisateur de La Bataille de Gaulle, le premier film \u00e0 raconter la Seconde Guerre mondiale avec un budget d'Hollywood, sans Hollywood.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_modified_time":"2026-05-23T05:30:16+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1337,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/gc-baudry-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/gc-baudry-scaled.jpg","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"15 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/","name":"Avec Antonin Baudry au pied de cochon | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg","datePublished":"2026-05-23T05:30:12+00:00","dateModified":"2026-05-23T05:30:16+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg","width":1698,"height":1924},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/baudry-de-gaulle\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Sundays","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/sundays\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Avec Antonin Baudry au pied de cochon"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"lgc_categories":[],"lgc_author":{"id":1631,"name":"Florent Zemmouche","slug":"florent-zemmouche","description":"Florent Zemmouche dirige l'\u00e9dition en espagnol du Grand Continent, coordonne les s\u00e9minaires hebdomadaires de la revue \u00e0 Madrid, les <em>Mi\u00e9rcoles del GC.<\/em>","first_name":"Florent","last_name":"Zemmouche","picture":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2023\/06\/gc-elzemmouche.jpg","width":399,"height":531,"alt":""}},"feature_image_summary":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/cafe-avec-home_double-scaled-e1779480240822.jpg","width":1698,"height":1924,"alt":""},"feature_image_cover":{"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/05\/Cafe-avec_double.jpg","width":1920,"height":1440,"alt":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/335405","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/sunday"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=335405"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/335405\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":335460,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/sunday\/335405\/revisions\/335460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/335406"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=335405"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=335405"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=335405"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=335405"},{"taxonomy":"week","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/week?post=335405"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=335405"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}