{"id":335351,"date":"2026-05-23T07:41:32","date_gmt":"2026-05-23T05:41:32","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&p=335351"},"modified":"2026-05-23T07:41:34","modified_gmt":"2026-05-23T05:41:34","slug":"faulkner-de-gaulle","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/faulkner-de-gaulle\/","title":{"rendered":"Faulkner sans De Gaulle"},"content":{"rendered":"\n


VOYAGE VERS L’AUBE <\/h2>\n\n\n\n

Synopsis<\/h3>\n\n\n\n

 PREMI\u00c8RE PARTIE<\/h4>\n\n\n\n

Le r\u00e9cit commence \u00e0 l’\u00c9cole des chars, command\u00e9e par de Gaulle c’est le noyau de ce qu’il esp\u00e8re voir devenir un jour une puissante unit\u00e9 de blind\u00e9s. On justifiera ce point de d\u00e9part dans la seconde partie. <\/p>\n\n\n\n

On suit de Gaulle jusqu’au d\u00e9but de la guerre ; on le montre avec son \u00c9cole des chars, et on explique le but qu’il poursuit : transformer l’\u00c9cole en unit\u00e9 de blind\u00e9s. Il faudra esquisser un tableau de la vie politique fran\u00e7aise de l’\u00e9poque pour expliquer son combat, et les raisons pour lesquelles celui-ci est vou\u00e9 \u00e0 l’\u00e9chec. On pourra s’abstenir de lancer des attaques personnelles, et il ne sera pas n\u00e9cessaire de donner \u00e0 P\u00e9tain le r\u00f4le du \u00ab sc\u00e9l\u00e9rat \u00bb. On peut dire que de Gaulle le consid\u00e8re comme tel, mais s’il le faut, on fera simplement de P\u00e9tain un vieillard fatigu\u00e9, qui n’est pas \u00e0 sa place \u00e0 la t\u00eate de l’\u00c9tat. On pourra employer un symbole quelconque pour signifier que le \u00ab sc\u00e9l\u00e9rat \u00bb, c’est la hi\u00e9rarchie militaire, les \u00ab culottes de peau \u00bb de la plupart des d\u00e9mocraties. <\/p>\n\n\n\n

En parall\u00e8le, on montrera l’autre face du tableau. On montrera les hommes jeunes, forts et dynamiques qui, \u00e0 la diff\u00e9rence des vieillards, savent lire ce qui est \u00e9crit. Le personnage de Churchill pourra servir \u00e0 cela. Il ne conna\u00eet pas encore de Gaulle, il n’a peut-\u00eatre jamais entendu parler de lui ni du combat pour une arm\u00e9e m\u00e9canis\u00e9e qui l’oppose aux vieux g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais. Ces deux lignes de r\u00e9cit resteront oppos\u00e9es et parall\u00e8les, sans se rejoindre encore. \u00c0 ce stade, il ne s’agit que de retourner la m\u00e9daille pour en montrer le revers. <\/p>\n\n\n\n

Dans le combat qui l’oppose aux g\u00e9n\u00e9raux sur la question des blind\u00e9s, de Gaulle est perdant. Il n’a pas d’arm\u00e9e blind\u00e9e, et il sait qu’il n’en aura probablement jamais. Il n’en continue pas moins son combat. Par le livre, il pr\u00e9dit la fa\u00e7on dont les Allemands se rendront ma\u00eetres de l’Europe, ce qui lui attire des ennuis. La guerre commence. Ses pr\u00e9dictions s’accomplissent \u00e0 la lettre. Il fait de son mieux avec ce qu’il a. La France tombe. Il est seul \u00e0 plaider pour que la r\u00e9sistance continue. L’heure est venue d’une rencontre avec Churchill qui, lui aussi, essaie de persuader les Fran\u00e7ais qu’il faut continuer \u00e0 se battre. Comme de Gaulle, il \u00e9choue. Le coup fatal leur est port\u00e9 par l’armistice. De Gaulle et Churchill quittent la France pour l’Angleterre. <\/p>\n\n\n\n

Maintenant, on peut attirer l’attention sur la trag\u00e9die de De Gaulle. Il a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par l’arm\u00e9e \u00e0 laquelle il a consacr\u00e9 sa vie. Plut\u00f4t que de se rendre, il choisit l’exil. Il est proscrit par ses concitoyens et contraint de fuir sa patrie, qu’il aime passionn\u00e9ment. Churchill et lui prennent l’avion pour l’Angleterre. Ni l’un ni l’autre ne voient d’espoir pour la France.\u00c9tant donn\u00e9 la rapidit\u00e9 avec laquelle la France est tomb\u00e9e, il y a de fortes raisons de penser que l’Angleterre tombera, elle aussi ; cependant, malgr\u00e9 l’absence d’espoir, Churchill et de Gaulle n’abandonnent pas. <\/p>\n\n\n\n

Ils sont assis \u00e0 la m\u00eame hauteur, de part et d’autre de l’all\u00e9e de l’avion. Churchill est nerveux. Il m\u00e2chonne un cigare qu’il n’a pas allum\u00e9. Il est soucieux, d\u00e9sorient\u00e9, effray\u00e9 par l’avenir. De Gaulle est calme. Il est assis, immobile comme un roc, le regard fix\u00e9 devant lui. En voix off, on entend le pilote r\u00e9gler sa radio sur une \u00e9mission allemande : la chute de la France a \u00e9t\u00e9 rapide, l’Angleterre ne tiendra pas plus de dix jours. Silence. Churchill m\u00e2chonne son cigare. De Gaulle a le regard fix\u00e9 devant lui. Churchill se penche vers l’all\u00e9e et demande \u00e0 de Gaulle une allumette. De Gaulle lui en donne une. Churchill allume son cigare. Ils se remettent \u00e0 fixer l’espace droit devant eux. Cette sc\u00e8ne est destin\u00e9e \u00e0 montrer que l’avenir leur appara\u00eet si sombre qu’ils ne voient pas ce qu’ils pourraient bien se dire. Chacun sait que l’autre n’est pas dispos\u00e9 \u00e0 abandonner. <\/p>\n\n\n\n

FONDU<\/p>\n\n\n\n

De Londres, on assiste \u00e0 l’extension du mouvement de la France Libre. De Gaulle arrive sans argent, avec pour tout bagage un pantalon et quelques chemises. On verra des Fran\u00e7ais fuir la France et gagner l’Angleterre. La plupart n’ont jamais entendu parler de De Gaulle. Ils sont comme magn\u00e9tiquement attir\u00e9s par celui qui n’a pas abandonn\u00e9 la r\u00e9sistance. <\/p>\n\n\n\n

Le nom de De Gaulle et la cause qu’il d\u00e9fend se r\u00e9pandent de bouche \u00e0 oreille. Cela nous m\u00e8ne en France, o\u00f9 l’on assiste aux diverses r\u00e9actions des habitants. On voit ceux qui peuvent s’enfuir et le font, et ceux qui ne le peuvent pas, et qui ne le pourront jamais. On voit les jeunes hommes qui peuvent se battre et les vieux et les vieilles qui ne le peuvent pas. On voit cinq \u00e9coliers, avec leur cartable, prendre la fuite et gagner l’Angleterre en cano\u00eb. On voit des religieuses \u00e9crire des lettres o\u00f9 elles expriment l’espoir qu’on r\u00e9sistera aux Allemands. On voit des paysans \u00e9crire des lettres. Des anciens combattants de 1918, qui, eux non plus, n’ont pas encore entendu parler de De Gaulle, \u00e9coutent la BBC, et ils \u00e9crivent leurs lettres dans l’espoir qu’elles atteindront quelqu’un qui saura rassembler les Fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n

On verra que ce qui n’est d’abord qu’un ruisseau devient un fleuve et m\u00eame un flot d’espoir et de r\u00e9sistance qui se d\u00e9verse vers l’Angleterre et vers de Gaulle. Puis on montrera le mouvement \u00e0 rebours : le ruisseau, le fleuve, le flot qui partent de la petite maison de De Gaulle en Angleterre pour revenir en France, et gagner l’Afrique, l’Inde et le Pacifique, o\u00f9 il rend l’espoir \u00e0 ceux des Fran\u00e7ais qui peuvent et veulent \u00e9couter. <\/p>\n\n\n\n

On pourra se servir de la m\u00e9thode recommand\u00e9e par M. Buckner. On pourra montrer les agents de De Gaulle partant remplir leur mission, qui est de consolider le mouvement aux quatre coins de l’Empire. Puis on verra, gr\u00e2ce \u00e0 une carte mise \u00e0 jour, que leur but a \u00e9t\u00e9 atteint. On indiquera que certaines de ces missions sont dangereuses, que parfois l’agent y perd la vie. Il peut \u00eatre plus efficace de ne pas insister sur les sacrifices, de montrer que pour ces hommes, une vie ne compte gu\u00e8re quand ce qui est en jeu, c’est la libert\u00e9 de la France, et la restauration de son nom. <\/p>\n\n\n\n

Ce qui pr\u00e9c\u00e8de laisse peut-\u00eatre une impression de d\u00e9cousu, mais je pense que la narration resserrera les \u00e9pisodes. La deuxi\u00e8me partie y contribuera. Pour l’instant, j’essaie de mettre en \u0153uvre une id\u00e9e de M. Buckner, qui \u00e9tait de brosser une fresque pour montrer l’extension du mouvement de la France Libre et sugg\u00e9rer que le mouvement n’a pas de limites, qu’une bobine de pellicule n’y suffira pas, qu’il d\u00e9bordera de tous c\u00f4t\u00e9s, et ne s’arr\u00eatera que lorsque son but sera atteint. <\/p>\n\n\n\n

DEUXI\u00c8ME PARTIE <\/h4>\n\n\n\n

Ici le r\u00e9cit est direct, objectif. De temps \u00e0 autre, des \u00e9l\u00e9ments de cette seconde partie seront intercal\u00e9s dans la premi\u00e8re. Ainsi, la premi\u00e8re partie y gagnera en coh\u00e9sion, et servira de point de d\u00e9part \u00e0 des agents de la France Libre qui seront envoy\u00e9s en mission aux quatre coins de l’Empire. <\/p>\n\n\n\n

Georges repr\u00e9sente le Fran\u00e7ais dans son individualit\u00e9 comme de Gaulle incarne l’id\u00e9e abstraite de la France Libre. C’est un Fran\u00e7ais typique, paysan ou citadin, peut-\u00eatre m\u00eame un Parisien. Je le vois membre de la classe moyenne, ayant re\u00e7u une certaine instruction, et h\u00e9ritier de toutes les vertus de la classe moyenne fran\u00e7aise. Il incarne cette classe traditionnellement d\u00e9mocratique qui est le fondement de toute d\u00e9mocratie. Ces gens sont fiers de leur patrie et de ses traditions. Ils ont de la consid\u00e9ration pour leur prochain, surtout quand celui-ci n’a pas le m\u00eame statut social qu’eux. Psychologiquement, Georges est un jeune homme sans complication, qui ne r\u00eave que de se marier, d’\u00e9lever des enfants et de travailler dans la paix. Il ne veut rien de plus. <\/p>\n\n\n\n

Nous sommes en 1936. Georges est appel\u00e9 \u00e0 faire son service militaire, comme tout jeune Fran\u00e7ais. Il est affect\u00e9 \u00e0 l’\u00c9cole des chars que commande de Gaulle, et il voue \u00e0 son chef, r\u00e9put\u00e9 froid, un culte fait d’admiration et de fougue comme un homme m\u00fbr en suscite parfois chez les jeunes gens. Il apprend combien de Gaulle croit \u00e0 l’efficacit\u00e9 des blind\u00e9s, et peut-\u00eatre qu’il s’est ainsi attir\u00e9 l’inimiti\u00e9 de l’\u00e9tat-major. S’il parvient \u00e0 cette conclusion, c’est par intuition, ou en raison de son admiration pour de Gaulle, plut\u00f4t que parce qu’il conna\u00eetrait les faits de premi\u00e8re main. <\/p>\n\n\n\n

Il pense que de Gaulle va \u00e9chouer dans la campagne qu’il a lanc\u00e9e pour une force m\u00e9canis\u00e9e. Il se met \u00e0 singer de Gaulle dans le petit groupe d’hommes au contact desquels il vit, il devient un petit de Gaulle, menant le m\u00eame combat que celui-ci pour obtenir une division blind\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Cette sinc\u00e9rit\u00e9 m\u00eame va rendre la s\u00e9quence comique. Il passe le plus clair de son temps \u00e0 d\u00e9fendre de Gaulle et \u00e0 pr\u00eacher en faveur d’une force blind\u00e9e, sujet sur lequel il ne sait pratiquement rien. Il se bagarre tellement avec ses camarades qu’un sergent finit par lui dire de la boucler. <\/p>\n\n\n\n

Une fois lib\u00e9r\u00e9 de ses obligations militaires, Georges \u00e9pouse celle qu’il aime, reprend son travail et ach\u00e8te \u00e0 cr\u00e9dit une petite maison avec un jardin. Il parle \u00e0 sa femme de l’homme qu’il admire toujours. Il devient p\u00e8re, la famille est heureuse, il paie r\u00e9guli\u00e8rement ses traites. <\/p>\n\n\n\n

La guerre commence. Georges n’attend pas d’\u00eatre appel\u00e9 : il se porte volontaire. Il essaie, en vain, d’\u00eatre affect\u00e9 \u00e0 l’unit\u00e9 command\u00e9e par de Gaulle. Il essaie surtout de servir la France, ce qui pour lui signifie sa petite maison et son jardin, dont il n’a pas encore fini de payer les traites. On le suit dans la bataille de France, jusqu’\u00e0 la d\u00e9route de l’arm\u00e9e fran\u00e7aise une \u00e0 une, toutes les pr\u00e9dictions de son idole se trouvent confirm\u00e9es. Il y aura d’autres soldats de l’\u00e2ge de Georges paysans, employ\u00e9s de bureau, jeunes bourgeois des professions lib\u00e9rales, \u00e9tudiants il s’agit, on le voit, du terreau d’o\u00f9 sortira pour s’\u00e9panouir le mouvement de la France Libre. <\/p>\n\n\n\n

Georges quitte la France, laissant sa femme et son fils. Ce sont eux, ainsi que sa petite maison, qui repr\u00e9sentent pour Georges ce que repr\u00e9sente pour de Gaulle le beau nom de la France, de la France maintenant tra\u00een\u00e9e dans la poussi\u00e8re. D\u00e8s lors, Georges fera tout pour sauver la France, c’est-\u00e0-dire pour sauver sa maison et le mode de vie qu’il avait choisi. Lui non plus ne se rend pas, ne se rendra jamais. Il attend seulement de rentrer en France pour chasser l’envahisseur de sa maison et de son jardin. <\/p>\n\n\n\n

Les aventures que va conna\u00eetre Georges permettront d’introduire dans le r\u00e9cit les divers moments de la lutte qui oppose la France Libre et le r\u00e9gime de Vichy. Il gagne la Syrie. On pourrait utiliser ici l’\u00e9pisode o\u00f9 les Fran\u00e7ais Libres s’emparent d’un poste syrien sans tirer un seul coup de feu. On pourrait ensuite retrouver Georges en Afrique, lors des op\u00e9rations mont\u00e9es par de Gaulle au Cameroun et au Tchad. Le mouvement s’\u00e9tend et se renforce. On peut indiquer qu’au moins l’Empire, les colonies sont \u00e0 l’abri, et que tous les Fran\u00e7ais qui veulent rester libres attendent que l’heure sonne d’envahir la France pour en chasser les Allemands. Pour Georges, bien s\u00fbr, cela signifie toujours les chasser de son petit jardin et de sa maison, dont il n’a toujours pas fini de payer les traites. <\/p>\n\n\n\n

Georges est maintenant en Angleterre, o\u00f9 il a retrouv\u00e9 son idole. Sa femme a quitt\u00e9 la France, et ils sont r\u00e9unis. Mais il faut encore chasser les Allemands de sa maison. Ici, on montrera que le flot a reflu\u00e9 ; les attaques a\u00e9riennes sur l’Angleterre ont \u00e9chou\u00e9, elles ont cess\u00e9 ; on attend maintenant un d\u00e9barquement sur les c\u00f4tes fran\u00e7aises, mais l’heure n’en est pas encore venue. <\/p>\n\n\n\n

Pour Georges, la victoire finale n’a jamais fait de doute. Pour lui, l’avenir, c’est simplement demain ce n’est pas des jours, des semaines ou des mois, c’est simplement demain. Il fait partie d’un commando, qui part effectuer un raid sur la c\u00f4te fran\u00e7aise. Apr\u00e8s tant d’ann\u00e9es, il va enfin d\u00e9barquer en France. Il semble croire que cette op\u00e9ration va d\u00e9barrasser la France des Allemands. Il dit au revoir \u00e0 sa femme. Il va bouter l’envahisseur hors de sa petite maison si ce n’est pas cette fois, ce sera la prochaine. Il est exalt\u00e9. Il para\u00eet presque heureux de partir. Il ne pense pas une seconde qu’il risque de perdre la vie. Sa femme, elle, pense \u00e0 cela, mais il lui a communiqu\u00e9 un peu de sa foi aveugle en de Gaulle et en la France Libre. L’op\u00e9ration est lanc\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

De Gaulle et Churchill. L’op\u00e9ration est en cours. Certains de ces hommes ne reviendront pas. De Gaulle, assis \u00e0 son bureau, examine des papiers, ou bien \u00e9crit. Il est toujours calme, aussi imperturbable qu’il \u00e9tait dans l’avion. Churchill, lui, montre la m\u00eame nervosit\u00e9 ; il arpente la pi\u00e8ce en m\u00e2chonnant son cigare. <\/p>\n\n\n\n

Churchill<\/span> Du sang, de la sueur et des larmes. Mais vous n’avez jamais parl\u00e9 de l’espoir. <\/p>\n\n\n\n

De Gaulle<\/span> Je n’ai pas davantage parl\u00e9 du souffle de la vie. <\/p>\n\n\n\n

La maison des Anglais chez qui habitent la femme et l’enfant de Georges. L’exp\u00e9dition est en train de traverser la Manche, peut-\u00eatre de d\u00e9barquer en France. Georges reviendra-t-il ? Tout se passe comme si sa femme et toute l’Angleterre \u00e9taient \u00e0 une fen\u00eatre, \u00e0 regarder la Manche o\u00f9 Georges a disparu. Sa femme ne prend pas part au dialogue. <\/p>\n\n\n\n

Premi\u00e8re voix<\/span> Oui, l’espoir.<\/p>\n\n\n\n

Deuxi\u00e8me voix<\/span> Il y a toujours l’espoir.<\/p>\n\n\n\n

Troisi\u00e8me voix<\/span> Il y aura toujours l’espoir.<\/p>\n\n\n\n

[Note : il me semble plus efficace de finir ainsi, sans expliciter. Cela me para\u00eet m\u00eame plus fort que de terminer sur une victoire que l’histoire ne nous a pas encore donn\u00e9e et que nous risquons d’attendre quelque temps.] <\/em><\/p>\n\n\n\n

DE WILLIAM FAULKNER \u00c0 ROBERT BUCKNER APPENDICE AUX NOTES DU 29 JUILLET <\/h3>\n\n\n\n

La bataille de France. Georges fait partie d’un petit groupe de soldats qui tentent encore de d\u00e9fendre la ligne Maginot apr\u00e8s la d\u00e9route des arm\u00e9es fran\u00e7aises. Ceci dira bien la folie des g\u00e9n\u00e9raux qui s’attendaient \u00e0 une guerre d\u00e9fensive et qui ont rejet\u00e9 les id\u00e9es de De Gaulle sur l’arm\u00e9e blind\u00e9e. Cela dira aussi le courage des hommes qui plus tard devront \u0153uvrer et mourir pour la France et ont continu\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister alors que ceux qui les avaient trahis s’\u00e9taient rendus et mis \u00e0 l’abri. <\/p>\n\n\n\n

Il est fait prisonnier, emmen\u00e9 en Allemagne. On peut montrer comment le go\u00fbt de la libert\u00e9 persiste, m\u00eame parmi les prisonniers de guerre. On verra des hommes faire des efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s pour s’\u00e9vader, m\u00eame quand ils savent qu’ils risquent la mort. Il ne s’agit pas seulement de fuir la prison, mais de repartir \u00e0 la conqu\u00eate de la France. Leur but, ce n’est pas de rentrer chez eux : les gardes allemands leur ont dit que la France n’existait plus. Non, ils veulent gagner un pays libre o\u00f9 ils pourront s’armer, et puis ils repartiront pour la France et en chasseront l’ennemi. C’est l’id\u00e9e qu’ils avaient en t\u00eate avant m\u00eame d’avoir entendu parler du mouvement de la France Libre et de son chef. <\/p>\n\n\n\n

Georges s’\u00e9vade. Nous pouvons le montrer en train de gagner la Syrie, puis l’Afrique, o\u00f9 il rencontre de Gaulle (cf. plus haut, notes du 29\/7, deuxi\u00e8me partie), ou bien il peut gagner l’Am\u00e9rique. On peut le montrer surmontant de terribles \u00e9preuves pour retourner en Angleterre, o\u00f9 il a maintenant entendu parler du mouvement de De Gaulle, qu’il veut rejoindre pour aller lib\u00e9rer sa maison, son jardin et sa patrie. On le verra s’\u00e9vader d’une prison qui se trouve \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de sa maison occup\u00e9e par l’ennemi, puis parcourir la moiti\u00e9 du globe pour enfin revenir en France et chasser les Allemands. Il ne sait pas encore o\u00f9 se trouve sa femme. Il ne se fait m\u00eame pas de souci \u00e0 son sujet. Il est comme dans un \u00e9tat mystique. Il sait qu’elle hait l’envahisseur autant que lui, et que rien ne peut leur arriver, parce que les Fran\u00e7ais et les Fran\u00e7aises doivent r\u00e9sister jusqu’\u00e0 ce que le dernier Allemand ait quitt\u00e9 le sol fran\u00e7ais. Il parvient enfin \u00e0 gagner l’Angleterre. Il retrouve sa femme et son enfant, mais c’est tout juste s’il s’arr\u00eate pour leur dire bonjour, il se porte volontaire pour une action de commando et repart lib\u00e9rer la France. Son bon sens lui dit qu’il ne peut s’agir que d’une op\u00e9ration \u00ab coup de poing \u00bb, mais il y a toujours chez lui, invincibles, l’espoir, la foi, et son admiration passionn\u00e9e pour de Gaulle. Tout se passe dans son esprit comme si la volont\u00e9 de chasser l’envahisseur devait suffire \u00e0 propulser une poign\u00e9e d’hommes jusqu’\u00e0 Paris puis jusqu’\u00e0 la fronti\u00e8re alors, la croix gamm\u00e9e ne flottera plus nulle part sur le sol fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n

 DE WILLIAM FAULKNER \u00c0 ROBERT BUCKNER APPENDICE 2 AUX NOTES DU 29 JUILLET<\/h3>\n\n\n\n

Nous avons choisi de symboliser la France tout enti\u00e8re en introduisant des individus repr\u00e9sentatifs : un paysan ; un apache parisien ; un \u00e9tudiant, un artiste, un acteur, un musicien, un peintre, un po\u00e8te, etc. Il y a un employ\u00e9 de banque, un M\u00e9ridional, un Basque, un Breton, un Picard, etc. Nous les voyons tous ensemble, soldats de la m\u00eame compagnie pendant la bataille de France. Un ou deux de ces personnages repr\u00e9sentatifs sont dans le petit groupe qui d\u00e9fend encore la ligne Maginot, m\u00eame apr\u00e8s la d\u00e9faite ils savent que leur cause est sans espoir et ne m\u00e8ne qu’\u00e0 la mort ou \u00e0 la captivit\u00e9. On peut montrer qu’ils pr\u00e9f\u00e8rent tous la mort mais c’est la captivit\u00e9 qui les attend. L’un d’eux pourrait \u00eatre l’officier qui commande le groupe. On peut montrer qu’\u00e0 ce stade il n’y a plus ni soldats ni officiers, mais simplement des hommes qui veulent r\u00e9sister jusqu’au bout, jusqu’\u00e0 la mort, plut\u00f4t que de se rendre et d’accepter le d\u00e9shonneur de la France.<\/p>\n\n\n\n

Auparavant, les deux, trois ou quatre autres personnages repr\u00e9sentatifs ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s \u00e0 d’autres postes dans l’arm\u00e9e. Quand ils ne peuvent plus se battre sur le sol fran\u00e7ais, ils gagnent l’Angleterre. Ils entendent parler de quelqu’un qui veut r\u00e9sister. Ils sont attir\u00e9s comme par un aimant et sont pr\u00eats \u00e0 se sacrifier pour sauver la France. <\/p>\n\n\n\n

On peut suivre l’itin\u00e9raire de ces individus qui, devenus agents de De Gaulle, sont envoy\u00e9s dans les coins les plus recul\u00e9s de l’Empire, avec mission de consolider le mouvement de r\u00e9sistance. Certains perdent la vie en accomplissant leur mission. <\/p>\n\n\n\n

On peut fournir des d\u00e9tails sur leur existence pass\u00e9e et personnaliser ainsi ce d\u00e9sir de libert\u00e9 qui les pousse et qu’incarne de Gaulle ce d\u00e9sir existait d\u00e9j\u00e0, il n’attendait qu’un chef pour l’incarner. On peut voir leur famille, leurs parents, leur femme, etc., leur maison, leur lieu de travail, quelle sorte de vie ils esp\u00e9raient mener, et ce que signifient au juste pour chacun d’entre eux la libert\u00e9 et le d\u00e9part des Allemands. Ils veulent tous retrouver leur mode de vie d’avant-guerre, bien s\u00fbr, mais on montrera que tous ces d\u00e9sirs ne forment qu’un seul \u00e9lan passionn\u00e9 pour restaurer la patrie trahie dans sa fiert\u00e9 et sa gloire s\u00e9culaires.<\/p>\n\n\n\n

*** <\/p>\n\n\n\n

NOTE DE FAULKNER EN DATE DU 19 NOVEMBRE 1942<\/h3>\n\n\n\n

Warner Bros. Note interne de Faulkner \u00e0 Robert Buckner (19 novembre 1942). Carbone de dactylogramme non sign\u00e9, 2 pages. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Mon cher Bob, <\/p>\n\n\n\n

Passons-nous du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, de sa pr\u00e9sence physique dans le film. <\/p>\n\n\n\n

Nous ne trouverons plus sur notre route ces inconv\u00e9nients et ces obstacles et ce sera \u00e0 qui perd gagne, car nous y gagnerons la libert\u00e9 de faire un film que les Am\u00e9ricains, les spectateurs qui paient leur place, comprendront et trouveront cr\u00e9dible, int\u00e9ressant. <\/p>\n\n\n\n

Si nous ne nous passons pas de De Gaulle, nous devrons accepter que ses repr\u00e9sentants exercent un contr\u00f4le sur le sc\u00e9nario ; s’ils n’aiment pas ce que nous leur offrons, il faudra au moins obtenir leur accord. Ce qui les int\u00e9resse, bien entendu, en tant que Fran\u00e7ais Libres \u0153uvrant pour une cause difficile, c’est de faire avancer leur cause, et non pas la fabrication d’un film tourn\u00e9, financ\u00e9, distribu\u00e9 en Am\u00e9rique pour des spectateurs am\u00e9ricains qui paient leur place. Ce qu’ils veulent, c’est de la propagande pour la France Libre, et non un film o\u00f9 les spectateurs reconna\u00eetront leurs propres passions, leurs propres tourments, leurs propres d\u00e9sirs. Ils veulent qu’on leur fournisse un document qui permette au spectateur de comprendre les \u00e9v\u00e9nements historiques qui ont d\u00e9termin\u00e9 la chute de la France, et n’ont que faire d’une histoire destin\u00e9e \u00e0 susciter, chez le spectateur \u00e9tranger qui paie sa place, de la chaleur humaine, de l’affection, de la piti\u00e9 devant le comportement de ses semblables qui, apr\u00e8s avoir douloureusement v\u00e9cu la chute de la France, se battent, r\u00e9sistent et sont en train de se relever de la d\u00e9faite. <\/p>\n\n\n\n

Si nous faisons ce film sous le contr\u00f4le des Fran\u00e7ais Libres, nous devrons les satisfaire, eux et rien qu’eux, ou bien courir le risque de d\u00e9plaire \u00e0 tout le monde. Parce que je ne crois pas que le film sera compris du public auquel il est destin\u00e9 alors que, pour \u00eatre rentable, il doit gagner sa faveur. Pourquoi ? Parce que ces conseillers, en tant que Fran\u00e7ais Libres, exigeront que les faits et la chronologie soient respect\u00e9s de fa\u00e7on absolue, m\u00eame si tel d\u00e9tail est sans importance, m\u00eame si le personnage en cause est imaginaire, m\u00eame si, ce faisant, on sacrifie l’intrigue et l’int\u00e9r\u00eat dramatique, les inf\u00e9rences et les effets d’ordre po\u00e9tique. Comme ils sont fran\u00e7ais, il est normal qu’ils s’attachent \u00e0 certains d\u00e9tails qui, portant sur des aspects particuliers de la vie quotidienne en France, appara\u00eetraient \u00e0 un Am\u00e9ricain non seulement insignifiants mais ennuyeux (l’inverse, c’est-\u00e0-dire la vie am\u00e9ricaine pour un Fran\u00e7ais, \u00e9tant tout aussi vrai), \u00e0 tel point qu’au bout d’un moment, l’Am\u00e9ricain pourrait se demander si, en fin de compte, les Fran\u00e7ais n’ont pas eu ce qu’ils m\u00e9ritaient. <\/p>\n\n\n\n

Affranchissons-nous de ces contraintes. Acceptons avec reconnaissance les conseils et les informations chaque fois qu’on nous les donne mais gardons-nous le privil\u00e8ge de faire un choix parmi les faits, de choisir ceux que nous utiliserons et de les traduire en termes am\u00e9ricains, dans le langage qui est le n\u00f4tre (et, pour moi, le mot ne d\u00e9signe pas seulement le vocabulaire, mais les modes de pens\u00e9e et de croyance), dans le langage des gens que le film a pour mission d’\u00e9mouvoir, d’int\u00e9resser, d’instruire, voire d’\u00e9lever en leur faisant prendre une conscience accrue de la valeur de la souffrance humaine et en ravivant en eux la croyance en l’espoir. <\/p>\n\n\n\n

Tout personnage historique, ange ou sc\u00e9l\u00e9rat, n’est en son temps qu’une figure de proue. Il n’est que la somme de ses actes, la somme des individus obscurs qu’il a massacr\u00e9s ou r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, qu’il a asservis ou lib\u00e9r\u00e9s. Ce n’est que longtemps apr\u00e8s sa mort qu’il prend de l’\u00e9clat, et de la valeur sur le plan dramatique ; c’est alors seulement qu’un dramaturge peut lui donner de la consistance sans encourir les reproches de ceux qui ont connu l’homme en chair et en os et qui exigent la v\u00e9racit\u00e9 sur le plan des faits. <\/p>\n\n\n\n

Passons-nous de lui, passons-nous de sa pr\u00e9sence physique dans le film. Racontons ce qu’il a fait par des moyens po\u00e9tiques, en pr\u00e9sentant des \u00eatres humains, des gens humbles, pris dans des rapports humains qu’un public peut comprendre, dont la vie et la destin\u00e9e n’ont pas \u00e9t\u00e9 model\u00e9es par de Gaulle mais par la foi m\u00eame qui a fait de lui de Gaulle. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 mon avis, un Fran\u00e7ais ne peut \u00eatre qu’heureux de nous aider dans cette t\u00e2che, non pas en lan\u00e7ant d’obscurs oukases ou exclusives, mais en nous fournissant des conseils lorsque nous leur en demanderons. <\/p>\n\n\n\n

Qu’en pensez-vous ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

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