{"id":333884,"date":"2026-05-15T21:25:57","date_gmt":"2026-05-15T19:25:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&#038;p=333884"},"modified":"2026-05-15T21:25:57","modified_gmt":"2026-05-15T19:25:57","slug":"comment-quentin-skinner-a-decouvert-la-liberte","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/comment-quentin-skinner-a-decouvert-la-liberte\/","title":{"rendered":"Comment Quentin Skinner a d\u00e9couvert la libert\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vos travaux se sont principalement concentr\u00e9s sur la Renaissance italienne. Qu&rsquo;est-ce qui vous a d&rsquo;abord int\u00e9ress\u00e9 dans la Renaissance&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p><span class=\"lgc-highlight-text\">Quentin Skinner<\/span>Je crains de devoir commencer par un peu d&rsquo;autobiographie. Lorsque j&rsquo;ai obtenu mon dipl\u00f4me \u00e0 Cambridge, et que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 faire de la recherche, en 1962, je me suis d&rsquo;abord concentr\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;ouvrages consacr\u00e9s \u00e0 Thomas Hobbes. Puis, en 1965, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ma\u00eetre de conf\u00e9rences, et l\u2019on m\u2019a principalement demand\u00e9 de donner un cours g\u00e9n\u00e9ral sur la pens\u00e9e politique europ\u00e9enne du d\u00e9but de l\u2019\u00e8re moderne. J\u2019ai donc commenc\u00e9, de mani\u00e8re conventionnelle, en me concentrant sur la Renaissance italienne. Mais je l\u2019ai fait, en partie, parce que <em>Le Prince<\/em> et les <em>Discours<\/em> de Machiavel figuraient parmi les textes obligatoires que les \u00e9tudiants devaient lire, il fallait donc mettre particuli\u00e8rement l\u2019accent sur Machiavel.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s exaltant d\u2019\u00e9tudier cette p\u00e9riode en d\u00e9tail. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9publicain dans mes convictions politiques. Comme je n\u2019ai pas besoin de vous le dire, l\u2019un des th\u00e8mes centraux de la politique, ainsi que de la th\u00e9orie politique de la Renaissance italienne, \u00e9tait la lutte entre les r\u00e9publiques et les monarchies. Je me suis rapidement retrouv\u00e9, de plus en plus, immerg\u00e9 dans la pens\u00e9e politique de la Renaissance. Le premier ouvrage que j\u2019ai publi\u00e9, <em>The Foundations of Modern Political Thought<\/em> (<em>Les fondements de la pens\u00e9e politique moderne<\/em>), paru en 1978, \u00e9tait une \u00e9tude en deux volumes, dont le premier s\u2019intitulait <em>The Renaissance<\/em> (<em>La Renaissance<\/em>). Mon ouvrage suivant, publi\u00e9 en 1981, s\u2019intitulait simplement <em>Machiavelli<\/em>. \u00c0 cette \u00e9poque, la Renaissance italienne \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mon principal centre d\u2019int\u00e9r\u00eat acad\u00e9mique depuis plus de quinze ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon ouvrage sur la pens\u00e9e politique de la Renaissance s\u2019ouvre sur une s\u00e9rie de chapitres consacr\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re dont la question de la libert\u00e9 politique \u00e9tait trait\u00e9e, tant dans la philosophie scolastique que, par contraste marqu\u00e9, dans le mouvement humaniste \u00e9mergent en Italie aux XIVe et XVe si\u00e8cles. Je me suis rendu compte que je m\u2019int\u00e9ressais d\u00e9j\u00e0 aux questions de libert\u00e9 parce que je m\u2019int\u00e9ressais aux questions relatives aux r\u00e9publiques, qui aimaient se d\u00e9crire comme des \u00c9tats libres. On pourrait m\u00eame dire que je m\u2019engageais sur une voie que je n\u2019ai cess\u00e9 de suivre depuis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez affirm\u00e9 par le pass\u00e9 que l&rsquo;une de vos premi\u00e8res influences avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;historien anglais R. G. Collingwood, qui \u00e9tait tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la tradition lib\u00e9rale italienne de son \u00e9poque, notamment avec Benedetto Croce et Guido De Ruggiero, qui \u00e9tait l&rsquo;un de ses amis. Cette influence a-t-elle \u00e9galement eu un impact sur votre int\u00e9r\u00eat pour l\u2019Italie&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire Collingwood \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 sa merveilleuse autobiographie que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 aux questions de philosophie de l\u2019histoire. Cela a certainement \u00e9veill\u00e9 mon int\u00e9r\u00eat pour l\u2019id\u00e9alisme italien, et en particulier pour Croce, car Collingwood pr\u00e9sente Croce comme l\u2019un de ses h\u00e9ros. Collingwood a eu une influence importante sur mes premiers travaux en philosophie de l\u2019histoire. Ce qui m\u2019a surtout attir\u00e9, c\u2019est le chapitre \u00e9blouissant de son autobiographie intitul\u00e9 \u00ab&#160;La logique de la question et de la r\u00e9ponse&#160;\u00bb, une attaque directe contre la logique de Bertrand Russell. Collingwood y soutient que, si l\u2019on veut avoir le moindre espoir de comprendre un texte philosophique, il faut identifier la question \u00e0 laquelle ce texte a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour r\u00e9pondre. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9 par l\u2019hypoth\u00e8se implicite qui se d\u00e9gage ici \u2013 et qui est toujours pr\u00e9sente chez Collingwood \u2013 selon laquelle l\u2019interpr\u00e9tation des textes doit s\u2019inscrire dans un contexte. Il faut consid\u00e9rer que les textes sont des contributions individuelles \u00e0 des d\u00e9bats en cours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 Machiavel et Hobbes, les deux penseurs avec lesquels vous vous \u00eates le plus confront\u00e9 dans vos \u00e9crits. L\u2019un d\u2019eux est votre <em>b\u00eate blanche<\/em>, Machiavel, tandis que Hobbes est votre <em>b\u00eate noire<\/em>. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette opposition&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Comme vous le dites \u00e0 juste titre, ce sont les penseurs sur lesquels je me suis le plus concentr\u00e9. La principale opposition entre eux qui m\u2019a int\u00e9ress\u00e9 est que Machiavel est un r\u00e9publicain, alors que Hobbes est un fervent partisan de la monarchie absolue, et j\u2019aimerais dire quelques mots \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Hobbes estime que le gouvernement par une seule personne, assist\u00e9e d\u2019un conseil qu\u2019elle a elle-m\u00eame choisi, est la meilleure forme de pouvoir. Cela l\u2019am\u00e8ne \u00e0 se demander ce que signifie, pour un citoyen, d\u2019\u00eatre libre dans ce type d\u2019\u00c9tat. La r\u00e9ponse ing\u00e9nieuse qu\u2019il donne est que la question est mal pos\u00e9e, car la libert\u00e9 consiste simplement \u00e0 ne pas \u00eatre emp\u00each\u00e9 de faire des choses, \u00e0 ne pas subir d\u2019entraves ext\u00e9rieures. Votre libert\u00e9 ne vous est retir\u00e9e que si \u2014 et seulement si \u2014 quelqu\u2019un entrave physiquement votre capacit\u00e9 d\u2019agir \u00e0 votre gr\u00e9, et si cette entrave est suffisante pour rendre l\u2019action impossible. Le maintien de la libert\u00e9 ne n\u00e9cessite donc aucune forme particuli\u00e8re de gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Machiavel, en revanche, la libert\u00e9 ne peut \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e que sous une forme de gouvernement r\u00e9publicaine. Il expose son argumentation dans ses <em>Discours<\/em> sur les dix premiers livres de l\u2019<em>Histoire<\/em> de Tite-Live. Ces premiers livres traitent de la transition de la servitude sous la monarchie des Tarquins \u00e0 la libert\u00e9 sous la R\u00e9publique autonome, et c\u2019est ce th\u00e8me que Machiavel reprend. Suivant de pr\u00e8s Tite-Live, Machiavel soutient que ce que signifie \u00eatre libre, c\u2019est ne pas \u00eatre soumis \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019autrui \u2014 et, surtout, ne pas \u00eatre soumis \u00e0 une volont\u00e9 monarchique, comme sous les Tarquins \u2014 car c\u2019est cela, \u00eatre esclave. Chez Machiavel, le contraste ne se situe pas entre libert\u00e9 et contrainte, mais entre libert\u00e9 et servitude. La distinction fondamentale qu\u2019il souhaite \u00e9tablir est celle entre poss\u00e9der une volont\u00e9 ind\u00e9pendante et vivre dans la d\u00e9pendance de la volont\u00e9 et du pouvoir arbitraires d\u2019autrui. La premi\u00e8re est la libert\u00e9, la seconde est l\u2019esclavage, et sous une monarchie, on ne peut esp\u00e9rer \u00eatre libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis alors beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ces \u00e9crivains anglais du d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne qui \u00e9taient r\u00e9publicains et profond\u00e9ment attir\u00e9s par le r\u00e9cit de Machiavel. Parmi ceux-ci, je pense en particulier \u00e0 James Harrington et \u00e0 son <em>Oceana<\/em> de 1656. Harrington assure \u00e0 ses lecteurs qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul th\u00e9oricien politique moderne qui vaille la peine d\u2019\u00eatre lu, \u00ab&#160;le seul politicien&#160;\u00bb&#160;: il s\u2019agit de Machiavel. Harrington invoque une conception purement machiav\u00e9lique de la libert\u00e9 civile et politique et le fait pour lancer une attaque d\u00e9vastatrice contre Hobbes.<\/p>\n\n\n\n<p>Hobbes, en \u00e9crivant sur la libert\u00e9 dans <em>Le L\u00e9viathan<\/em>, avait conclu son expos\u00e9 par une figure de style. Il note que les citoyens de Lucques ont inscrit sur les tourelles de leur ville le mot <em>libertas<\/em>, mais il insiste sur le fait qu\u2019il n\u2019y a pas plus de libert\u00e9 et d\u2019immunit\u00e9 l\u00e0-bas qu\u2019\u00e0 Constantinople \u2013 en r\u00e9alit\u00e9, le mot <em>libertas<\/em> n\u2019est pas inscrit sur les tourelles mais sur la porte de la ville, et on peut encore le voir aujourd\u2019hui. La porte a \u00e9t\u00e9 construite en 1584 et Hobbes l\u2019a vue dans les ann\u00e9es 1630 alors qu\u2019il se rendait \u00e0 Florence pour rendre visite \u00e0 Galil\u00e9e. La conclusion de Hobbes, comme il le pr\u00e9cise ensuite, est \u00ab&#160;qu\u2019un \u00c9tat soit monarchique ou populaire, la libert\u00e9 reste la m\u00eame&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Harrington souligne que Hobbes n\u2019a pas saisi la distinction entre l\u2019immunit\u00e9 <em>face \u00e0 la loi<\/em> et l\u2019immunit\u00e9 <em>par la loi<\/em>. \u00c0 Constantinople, la loi n\u2019est que le commandement du sultan. Personne ne jouit d\u2019une quelconque immunit\u00e9 <em>par<\/em> la loi, car la loi est la volont\u00e9 du sultan. Mais, \u00e0 Lucques, les citoyens sont r\u00e9gis exclusivement par des lois qu\u2019ils ont eux-m\u00eames \u00e9labor\u00e9es et auxquelles ils ont consenti. Et ces lois visent essentiellement \u2014 car c\u2019est ce qu\u2019ils souhaitent pour eux-m\u00eames \u2014 \u00e0 pr\u00e9server la libert\u00e9 et \u00e0 \u00e9viter la servitude. Harrington montre que les deux cas sont aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre&#160;: \u00e0 Constantinople, il y a servitude, car le souverain est un despote&#160;; \u00e0 Lucques, il y a libert\u00e9, car il y a autonomie gouvernementale, et donc une <em>civitas libera<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La transition est parfaite pour parler du r\u00e9publicanisme, qui, sur le continent, et en particulier en France, est le plus souvent associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole de Cambridge. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre conception du r\u00e9publicanisme et en quoi il diff\u00e8re du lib\u00e9ralisme et du marxisme&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai enseign\u00e9 en France, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement ce dont mes h\u00f4tes souhaitaient discuter. En effet, le petit ouvrage que j\u2019ai initialement \u00e9crit sur ce sujet, <em>Liberty Before Liberalism<\/em>, a pour origine des cours que j\u2019ai donn\u00e9s au Coll\u00e8ge de France et a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en fran\u00e7ais, puis en anglais. Cela me donne \u00e9galement une occasion bienvenue de r\u00e9sumer la vision d\u00e9fendue par les auteurs r\u00e9publicains dont j\u2019ai parl\u00e9. Je suis particuli\u00e8rement heureux d\u2019avoir l\u2019occasion d\u2019en dire davantage \u00e0 ce sujet, car lorsque j\u2019ai abord\u00e9 ces questions pour la premi\u00e8re fois, je ne les voyais pas aussi clairement que j\u2019estime aujourd\u2019hui que j\u2019aurais d\u00fb le faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u2019abord mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ma compr\u00e9hension de ce que j\u2019appelais alors la th\u00e9orie r\u00e9publicaine de la libert\u00e9 lors des Tanner Lectures que j\u2019ai donn\u00e9es \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Harvard en 1984, et qui ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es deux ans plus tard sous le titre \u00ab&#160;The Paradoxes of Political Liberty&#160;\u00bb. J\u2019ai ensuite r\u00e9vis\u00e9 et republi\u00e9 mon texte en 1991 dans un ouvrage que j\u2019ai co\u00e9dit\u00e9 sur Machiavel, et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai chang\u00e9 le titre pour \u00ab&#160;The Republican Idea of Political Liberty&#160;\u00bb. Je me suis concentr\u00e9 sur la conception classique, raviv\u00e9e \u00e0 la Renaissance, selon laquelle poss\u00e9der sa libert\u00e9 signifie \u00eatre libre de toute d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la volont\u00e9 d\u2019autrui. J\u2019ai d\u00e9crit cette condition comme celle o\u00f9 nous sommes lib\u00e9r\u00e9s de toute contrainte, mais le contraste fondamental que j\u2019ai \u00e9tabli \u00e9tait celui entre la libert\u00e9 et l\u2019esclavage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous \u00eates r\u00e9duit en esclavage, vous avez perdu votre libert\u00e9. Vous servez les fins de votre ma\u00eetre plut\u00f4t que de pouvoir poursuivre vos propres objectifs. Or, pouvoir poursuivre ses propres objectifs, c\u2019est cela \u00eatre libre. Une personne libre est quelqu\u2019un qui n\u2019est pas condamn\u00e9 \u00e0 vivre dans des conditions de soumission, mais qui est capable de vivre comme il le souhaite \u2014 comme le dit le <em>Digeste<\/em> du droit romain, <em>vivere ut velis<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 j\u2019ai donn\u00e9 les Tanner Lectures, mes int\u00e9r\u00eats de recherche commen\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 prendre une autre direction et je ne suis revenu aux questions sur la libert\u00e9 qu\u2019une d\u00e9cennie plus tard. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Philip Pettit a raviv\u00e9 mon int\u00e9r\u00eat pour le sujet. J\u2019\u00e9tais en visite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 nationale australienne, en 1994, et j\u2019ai eu de nombreuses discussions avec Philip au sujet du livre qu\u2019il \u00e9tait alors en train d\u2019\u00e9crire, devenu depuis un classique, qu\u2019il a intitul\u00e9 <em>Republicanism<\/em>&#160;: <em>a Theory of Freedom and Government (R\u00e9publicanisme&#160;: une th\u00e9orie de la libert\u00e9 et du gouvernement)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Philip m\u2019a grandement aid\u00e9 \u00e0 affiner ma vision de la libert\u00e9 et de l\u2019esclavage. J\u2019ai notamment compris la place centrale qu\u2019occupait, chez les auteurs r\u00e9publicains du d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne, le concept de pouvoir <em>arbitraire<\/em>. Ils consid\u00e8rent que la libert\u00e9 consiste \u00e0 ne pas vivre soumis \u00e0 la volont\u00e9 et au pouvoir arbitraires d\u2019autrui. Qu\u2019est-ce que cette id\u00e9e de pouvoir arbitraire&#160;? Le terme vient du mot latin <em>arbitrium<\/em>, qui signifie essentiellement le pouvoir de juger et de d\u00e9cider. Le terme anglais souligne l\u2019implication que ce type de pouvoir peut \u00eatre non r\u00e9glement\u00e9&#160;: il peut n\u2019\u00eatre qu\u2019une expression de la volont\u00e9 et donc incontr\u00f4l\u00e9. Mais, si nous voulons vivre librement en tant que citoyens, alors la loi doit pr\u00e9valoir et vous devez pouvoir, par le biais de la repr\u00e9sentation, donner votre consentement \u00e0 la loi. La libert\u00e9 exige l\u2019autogouvernance, tant au niveau public que personnel. Ne pas \u00eatre libre du pouvoir arbitraire, c\u2019est ce que signifie vivre en esclave.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une formulation plus pr\u00e9cise de ce que je voulais dire, et j&rsquo;en suis venu \u00e0 comprendre que c&rsquo;\u00e9tait exactement ce que les r\u00e9publicains anglais du XVIIe si\u00e8cle, lorsqu&rsquo;ils se sont r\u00e9volt\u00e9s contre la monarchie, avaient tir\u00e9 de leurs sources classiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne fais pas ici r\u00e9f\u00e9rence uniquement \u00e0 James Harrington, mais \u00e0 toute une lign\u00e9e de grands auteurs r\u00e9publicains anglais qui ont soutenu la tentative \u2014 couronn\u00e9e de succ\u00e8s pendant un temps \u2014 de transformer la Grande-Bretagne en r\u00e9publique&#160;: John Milton, Algernon Sidney, Marchamont Nedham et de nombreuses autres figures moins connues, qui s\u2019expriment tous dans les termes que je viens d\u2019exposer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vous demandez \u00e9galement en quoi cette conception de la libert\u00e9 diff\u00e8re de la conception lib\u00e9rale du terme. J&rsquo;aborde cette question en d\u00e9tail dans mon dernier ouvrage, <em>Liberty as Independence<\/em>. Je termine en m&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 un groupe d&rsquo;\u00e9crivains dont on a peu parl\u00e9. Ils \u00e9crivent dans les ann\u00e9es 1790, ce sont pour la plupart des avocats, ils cherchent une voie m\u00e9diane entre r\u00e9publicains et conservateurs, et ils assimilent ce projet \u00e0 l&rsquo;adoption de ce qu&rsquo;ils d\u00e9crivent comme une approche lib\u00e9rale de la vie politique. Ils se consid\u00e8rent donc comme les ennemis non seulement des partisans de la R\u00e9volution fran\u00e7aise comme Paine, mais aussi des conservateurs comme Burke.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lib\u00e9raux autoproclam\u00e9s ont repris l\u2019argument \u2014 d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9 par des adversaires de la R\u00e9volution am\u00e9ricaine tels que Jeremy Bentham, John Lind, Richard Hey et d\u2019autres auteurs juridiques \u2014 selon lequel la libert\u00e9 est un concept purement n\u00e9gatif. En cela, ils font \u00e9cho \u00e0 Hobbes&#160;: la libert\u00e9 n\u2019est qu\u2019une absence de contrainte. Contrairement \u00e0 Hobbes, ils ne pensent pas que la contrainte doive \u00eatre physique, car ils estiment que la coercition de la volont\u00e9 prive \u00e9galement de la libert\u00e9 d\u2019action. Cependant, ils s\u2019accordent fondamentalement avec Hobbes sur le fait qu\u2019\u00eatre libre signifie ne pas \u00eatre emp\u00each\u00e9 de faire ce que l\u2019on veut.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette vision a \u00e9t\u00e9 reprise par les benthamites et est devenue centrale dans la tradition utilitariste. C&rsquo;est la vision reprise de mani\u00e8re classique dans l&rsquo;essai de John Stuart Mill, <em>De la libert\u00e9<\/em>, publi\u00e9 en 1859. Un si\u00e8cle plus tard, c&rsquo;est essentiellement la m\u00eame vision qui est propag\u00e9e par Isaiah Berlin dans son c\u00e9l\u00e8bre essai, <em>Deux concepts de libert\u00e9<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les lib\u00e9raux ont non seulement construit une conception de la libert\u00e9 hostile aux r\u00e9publicains, mais ils ont \u00e9galement soutenu qu&rsquo;il est erron\u00e9 de supposer que la libert\u00e9 exige que nous vivions sous une forme sp\u00e9cifique de constitution. La conception r\u00e9publicaine selon laquelle la libert\u00e9 exige que nous ne soyons soumis \u00e0 aucune forme de pouvoir \u00e0 laquelle nous n\u2019avons pas consenti nous engage dans une forme d\u2019autogouvernance d\u00e9mocratique. Mais la conception selon laquelle la libert\u00e9 est l\u2019absence de contrainte n\u2019exige pas en soi une forme particuli\u00e8re de gouvernement. Berlin est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer qu\u2019il serait peut-\u00eatre possible de vivre plus librement sous diverses formes de r\u00e9gime autocratique que dans une d\u00e9mocratie autog\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez \u00e9galement pos\u00e9 la question de la diff\u00e9rence entre la conception r\u00e9publicaine et la conception marxiste de la libert\u00e9. Je m\u2019appuie ici sur l\u2019excellent ouvrage r\u00e9cemment publi\u00e9 par Bruno Leipold, intitul\u00e9 <em>Citizen Marx<\/em>. Leipold souligne que si l\u2019on demande quelle est la diff\u00e9rence entre la conception r\u00e9publicaine et la conception marxiste de la libert\u00e9, la r\u00e9ponse est qu\u2019il n\u2019y en a pas. Comme le dit Marx, sous le capitalisme, vous pouvez choisir votre capitaliste, mais vous ne pouvez pas ne pas choisir le capitalisme, vous devenez donc un esclave salari\u00e9. Marx parle ici de pouvoir arbitraire et de servitude. Il en va de m\u00eame pour Engels, qui consid\u00e8re la condition de la classe ouvri\u00e8re comme plus ou moins \u00e9quivalente \u00e0 l\u2019esclavage. Comme le conclut Bruno Leipold, Marx n\u2019est pas tant un marxiste qu\u2019un r\u00e9publicain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez mentionn\u00e9 votre dernier livre, <em>Liberty as Independence<\/em>. Tout au long de votre \u0153uvre, vous avez utilis\u00e9 diff\u00e9rents termes \u2013 \u00ab&#160;r\u00e9publicain&#160;\u00bb ou \u00ab&#160;n\u00e9o-romain&#160;\u00bb, car vous faites le lien avec les travaux de Machiavel sur la R\u00e9publique romaine \u2013 pour caract\u00e9riser cette forme de libert\u00e9, mais ici vous dites que \u00ab&#160;ind\u00e9pendance&#160;\u00bb est en fait le terme qu\u2019il convient d\u2019utiliser. Souhaitez-vous d\u00e9velopper ce choix, et en quoi il diff\u00e8re de ce que Philip Pettit a d\u00e9fendu&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une question cruciale pour moi, car elle soul\u00e8ve la question du vocabulaire appropri\u00e9 pour parler de cette conception de la libert\u00e9. Sur ce point, je ne diff\u00e8re pas beaucoup de Philip Pettit, \u00e0 qui je dois beaucoup, mais il y a deux petits probl\u00e8mes que j\u2019aimerais soulever.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier est que Philip aime parler de la libert\u00e9 en termes de \u00ab&#160;non-domination&#160;\u00bb. Au d\u00e9part, il voulait ajouter que ce que signifie \u00eatre domin\u00e9 par un pouvoir arbitraire, c\u2019est que le d\u00e9tenteur du pouvoir n\u2019a aucune obligation de prendre en compte vos int\u00e9r\u00eats. C\u2019est la formulation utilis\u00e9e par Philip dans son livre pionnier, et c\u2019est une conception que certains de ses disciples souhaitent encore d\u00e9fendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon probl\u00e8me ici est que les auteurs qui m\u2019int\u00e9ressent ne parlent presque jamais de domination et de non-domination. Les sources classiques ne parlent presque jamais non plus de <em>dominatio<\/em> \u2014 Salluste le fait une fois, mais il parle de la domination imp\u00e9riale. Ce n\u2019est tout simplement pas le vocabulaire qu\u2019ils utilisent. Pourquoi&#160;? Parce qu\u2019ils abordent g\u00e9n\u00e9ralement la question de la libert\u00e9 du point de vue de ceux qui sont gouvern\u00e9s. Ils veulent donc parler de la mani\u00e8re d\u2019\u00e9viter de vivre dans la soumission, car c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience de quelqu\u2019un qui ne vit pas dans une <em>Civitas Libera<\/em>, un \u00c9tat libre. Ils ne parlent jamais non plus de pouvoirs qui ne tiennent pas compte de vos int\u00e9r\u00eats \u2014 c\u2019est un anachronisme. Pour eux, ce que signifie qualifier un pouvoir particulier d\u2019arbitraire, c\u2019est quelque chose dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, \u00e0 savoir que le pouvoir en question sera non r\u00e9glement\u00e9 et donc incontr\u00f4l\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon autre probl\u00e8me concernant le vocabulaire est de savoir si la conception de la libert\u00e9 comme ind\u00e9pendance doit \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab&#160;r\u00e9publicaine&#160;\u00bb, comme le d\u00e9crit Philip Pettit dans son ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette question, je pense qu\u2019il y a deux points contrast\u00e9s \u00e0 soulever. Le premier est que cette conception de la libert\u00e9 \u00e9tait sans aucun doute partag\u00e9e par tous les auteurs r\u00e9publicains anglais. Cependant, il n\u2019en reste pas moins vrai que cette m\u00eame conception de la libert\u00e9 \u00e9tait partag\u00e9e, au d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne, par un certain nombre d\u2019auteurs qui auraient \u00e9t\u00e9 horrifi\u00e9s d\u2019\u00eatre class\u00e9s parmi les r\u00e9publicains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi de vous donner l\u2019exemple le plus \u00e9vident, celui de John Locke. Au moment de la soi-disant Glorieuse R\u00e9volution de 1688, Locke \u00e9tait l\u2019une des voix les plus influentes en faveur de la monarchie limit\u00e9e comme meilleure forme de gouvernement. Mais si l\u2019on examine ses <em>Deux trait\u00e9s du gouvernement<\/em> <em>civil <\/em>publi\u00e9s imm\u00e9diatement apr\u00e8s la r\u00e9volution, on constate qu\u2019il insiste sur le fait que les hommes libres sont ceux qui sont \u00ab&#160;ind\u00e9pendants les uns des autres&#160;\u00bb plut\u00f4t que \u00ab&#160;soumis \u00e0 la volont\u00e9 ou \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un autre homme&#160;\u00bb. Un homme libre est quelqu\u2019un qui poss\u00e8de \u00ab&#160;la libert\u00e9 de disposer de ses actions et de ses biens selon sa propre volont\u00e9&#160;\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une formulation pr\u00e9cise de la th\u00e9orie r\u00e9publicaine de la libert\u00e9. Mais Locke n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9publicain. Nous ne devrions donc pas vraiment parler de th\u00e9orie r\u00e9publicaine. Nous devrions simplement parler de la libert\u00e9 en tant qu\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il est difficile de ne pas poser une question sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Ce th\u00e8me appara\u00eet dans votre livre <em>Liberty as Independence<\/em> de deux mani\u00e8res&#160;: d\u2019une part, \u00e0 travers la r\u00e9ponse de Burke \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise&#160;; d\u2019autre part, vous souhaitez \u00e9galement montrer que la R\u00e9volution fran\u00e7aise est un exemple de libert\u00e9 en tant qu\u2019ind\u00e9pendance. Que pense Quentin Skinner de la R\u00e9volution fran\u00e7aise&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je regrette aujourd\u2019hui de ne pas avoir pu en dire davantage sur la R\u00e9volution dans mon dernier ouvrage, o\u00f9 mon point de vue est avant tout anglophone. En effet, comme je l\u2019ai dit en r\u00e9pondant \u00e0 votre question pr\u00e9c\u00e9dente, la question du vocabulaire est pour moi primordiale. Je tiens \u00e0 choisir mes mots avec une pr\u00e9cision absolue et je me suis donc concentr\u00e9 sur l\u2019histoire anglophone.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise n\u2019entre dans mon r\u00e9cit que de deux mani\u00e8res. D&rsquo;une part, je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 plusieurs auteurs politiques anglais qui l&rsquo;ont salu\u00e9e et c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, notamment James Mackintosh, Thomas Paine et Mary Wollstonecraft. Ils y voyaient non seulement une attaque contre le despotisme, mais aussi une affirmation de l&rsquo;id\u00e9al de libert\u00e9 en tant qu&rsquo;ind\u00e9pendance et autonomie. L&rsquo;autre mani\u00e8re dont la R\u00e9volution entre dans mon r\u00e9cit est en tant que source d&rsquo;une intense inqui\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la R\u00e9volution s\u2019orientait vers la Terreur, la crainte grandissait que quelque chose de similaire ne se produise en Angleterre, et l\u2019on assista \u00e0 une r\u00e9pression soudaine de la libert\u00e9 d\u2019expression. Le gouvernement promulgua une loi sur la diffamation s\u00e9ditieuse en 1792, en vertu de laquelle Thomas Paine fut imm\u00e9diatement poursuivi. Il dut s\u2019enfuir en France et ne revint jamais.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Outre le r\u00e9publicanisme, l\u2019\u00c9cole de Cambridge est associ\u00e9e \u00e0 une certaine approche m\u00e9thodologique de l\u2019histoire intellectuelle&#160;: le \u00ab&#160;contextualisme&#160;\u00bb. Vous avez affirm\u00e9 tout au long de vos \u00e9crits que cette m\u00e9thodologie contextuelle peut apporter un \u00e9clairage \u00e0 la th\u00e9orie politique et, potentiellement, \u00e0 la politique elle-m\u00eame. Est-il juste de dire que cet aspect a pris de l\u2019importance, au fil du temps, dans vos \u00e9crits&#160;? <em>Liberty as Independence<\/em> est plus normatif que certains de vos travaux pr\u00e9c\u00e9dents, et dans la conclusion, vous \u00e9voquez la politique d\u2019aujourd\u2019hui. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez ajouter au sujet de la relation entre l\u2019approche m\u00e9thodologique associ\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00ab&#160;\u00c9cole de Cambridge&#160;\u00bb, sa relation non seulement avec la th\u00e9orie politique, mais peut-\u00eatre m\u00eame avec la politique&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une s\u00e9rie de questions passionnantes qui touche au c\u0153ur de mes int\u00e9r\u00eats actuels. J\u2019aimerais r\u00e9pondre aux deux points que vous soulevez.<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi, tout d\u2019abord, de pr\u00e9ciser ce que j\u2019entends lorsque je parle de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation textuelle qui s\u2019inscrive dans son contexte. Cela me ram\u00e8ne bien loin, car j\u2019ai \u00e9crit sur ces questions principalement dans les ann\u00e9es 1960, pour aboutir \u00e0 un long essai publi\u00e9 dans <em>History and Theory<\/em> en 1969, intitul\u00e9 \u00ab&#160;Meaning and Understanding in the History of Ideas&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais fortement influenc\u00e9 par la philosophie de J. L. Austin, et surtout de Wittgenstein, et j\u2019ai \u00e9galement beaucoup appris des discussions avec mon contemporain \u00e0 Cambridge et ami de toujours, John Dunn. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement frapp\u00e9 par l\u2019insistance de Wittgenstein, au d\u00e9but de ses <em>Enqu\u00eates philosophiques<\/em>, sur le fait que parler est une activit\u00e9, et par sa r\u00e9flexion ult\u00e9rieure selon laquelle \u00ab&#160;les mots sont aussi des actes&#160;\u00bb. Il nous dit que nous devons reconna\u00eetre que le langage est une forme d\u2019action sociale. Ce que j\u2019ai retenu de ces passages, c\u2019est que, si l\u2019on veut comprendre quoi que ce soit de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, il faut retrouver ce que le locuteur ou l\u2019auteur <em>faisait<\/em> en disant ce qu\u2019il a dit. (J\u2019utilise ici le langage d\u2019Austin, mais je pense qu\u2019il \u00e9tait profond\u00e9ment redevable \u00e0 Wittgenstein). Comme l\u2019exprime Wittgenstein, il faut identifier le <em>Sprachspiel<\/em>, la performance de langage en jeu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 penser que le projet d\u2019interpr\u00e9tation textuelle ne peut se d\u00e9rouler que de mani\u00e8re historique. Il ne sert \u00e0 rien de dire qu\u2019il existe des textes classiques comme le <em>L\u00e9viathan<\/em> de Hobbes qui se tiennent au-dessus de la bataille. Personne n\u2019est au-dessus de la bataille. Ce que nous devons \u00e9tablir, dans le cas de tout texte sp\u00e9cifique, c\u2019est quel type d\u2019intervention il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 effectuer. Visait-il \u00e0 d\u00e9fendre un engagement moral ou politique dominant&#160;? \u00c9tait-il con\u00e7u pour soutenir un r\u00e9gime existant&#160;? Ou bien s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une attaque et d&rsquo;une critique&#160;? Satirisait-il une pratique, une institution ou une croyance dominante&#160;? La liste des questions est longue.<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons que nous abordions le <em>L\u00e9viathan<\/em> de Hobbes de cette mani\u00e8re. Nous constatons que, dans le dernier paragraphe de sa conclusion, il offre un r\u00e9sum\u00e9 explicite de ses intentions dans le livre. Il l\u2019a \u00e9crit, dit-il, \u00ab&#160;sans autre dessein que de mettre sous les yeux des hommes la relation mutuelle entre la protection et l\u2019ob\u00e9issance&#160;\u00bb. Il dit cela en 1651. Que dit-il implicitement \u00e0 ses lecteurs&#160;? Qu\u2019ils ont le devoir clair d\u2019ob\u00e9ir au gouvernement r\u00e9publicain \u00e9tabli apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du roi en 1649. Charles Ier \u00e9tait sans aucun doute le souverain l\u00e9gitime, mais il ne vous prot\u00e8ge plus&#160;; Oliver Cromwell est peut-\u00eatre un usurpateur, mais gr\u00e2ce \u00e0 lui, vous avez obtenu protection et paix. M\u00eame le <em>L\u00e9viathan <\/em>de Hobbes est un trait\u00e9 de son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi d\u2019aborder votre deuxi\u00e8me point. Je crois sinc\u00e8rement que l\u2019histoire a des enseignements \u00e0 apporter \u00e0 la th\u00e9orie politique, voire \u00e0 la pratique politique. Je m\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 ce que j\u2019aime appeler les \u00ab&#160;chemins non emprunt\u00e9s&#160;\u00bb. Je vais vous donner quelques exemples. Prenons le concept d\u2019\u00ab&#160;\u00c9tat&#160;\u00bb. De nos jours, il est largement admis que l\u2019\u00c9tat d\u00e9signe le pouvoir qui d\u00e9tient le monopole de la force l\u00e9gitime sur un territoire sp\u00e9cifique. Nous avons largement abandonn\u00e9 ce qui \u00e9tait autrefois consid\u00e9r\u00e9 comme une distinction fondamentale entre les \u00c9tats et les gouvernements, ainsi que la conception qui l\u2019accompagnait selon laquelle l\u2019\u00c9tat est le nom d\u2019une \u00ab&#160;personne morale distincte&#160;\u00bb, comme l\u2019appelait Pufendorf. J\u2019ai tent\u00e9 de montrer dans certains de mes travaux r\u00e9cents que ce changement d\u2019orientation dans notre r\u00e9flexion sur le concept d\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 un appauvrissement. Le concept de personnalit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat est une voie que nous n\u2019avons pas emprunt\u00e9e, mais sur laquelle nous devrions revenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi de prendre un deuxi\u00e8me exemple, que j\u2019aborde dans mon dernier ouvrage. Consid\u00e9rons le concept de droits. La D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme stipule clairement qu\u2019il s\u2019agit de revendications morales universelles que chacun a l\u2019obligation de reconna\u00eetre. Il y a ici une voie que nous n\u2019avons pas emprunt\u00e9e&#160;: ce qui \u00e9tait autrefois consid\u00e9r\u00e9 comme plus important, c\u2019est l\u2019id\u00e9e des droits fondamentaux. Selon cette vision, nous devons consid\u00e9rer nos droits fondamentaux comme des libert\u00e9s fond\u00e9es juridiquement qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es au fil du temps dans les \u00c9tats qui ont r\u00e9ussi \u00e0 garantir la libert\u00e9 de leurs citoyens face au pouvoir arbitraire. Je pense qu\u2019il y a lieu de mener une enqu\u00eate historique plus approfondie sur les droits sp\u00e9cifiques qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s particuli\u00e8rement propices \u00e0 la poursuite de ces fins. Envisager les droits de cette mani\u00e8re, comme je le sugg\u00e8re \u00e0 la fin de mon livre, pourrait s\u2019av\u00e9rer plus fructueux. Je pense ici en particulier aux travaux importants men\u00e9s par Lena Halldenius et d\u2019autres th\u00e9oriciens du droit sur l\u2019historicisation du concept des droits de l\u2019homme, plut\u00f4t que de supposer qu\u2019il est \u00e9vident ce qui doit \u00eatre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon troisi\u00e8me exemple est celui qui m\u2019importe le plus. Je n\u2019ai pas besoin d\u2019en dire beaucoup \u00e0 ce sujet, car cela a \u00e9t\u00e9 le th\u00e8me d\u2019une grande partie de notre conversation. Je crois qu\u2019il existe une voie que nous n\u2019avons pas emprunt\u00e9e dans notre r\u00e9flexion sur la libert\u00e9 civile et politique. Nous avons largement renonc\u00e9 \u00e0 concevoir la libert\u00e9 comme une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la servitude pour la d\u00e9finir plut\u00f4t comme une absence de contrainte. Je pense qu\u2019il serait tr\u00e8s profitable pour nous de revenir sur la voie dont nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La question de la servitude nous am\u00e8ne \u00e0 la politique contemporaine. Lorsque nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 ce qui se passe aux \u00c9tats-Unis avec Trump, nous parlons d\u2019une \u00ab&#160;crise de la r\u00e9publique&#160;\u00bb. Votre grand ami, J. G. A. Pocock, avait \u00e9crit sur le \u00ab&#160;moment machiav\u00e9lique&#160;\u00bb en \u00e9voquant la fondation am\u00e9ricaine \u2013 un texte important lorsque vous \u00e9criviez <em>Foundations<\/em>. Vivons-nous aujourd\u2019hui un \u00ab&#160;moment machiav\u00e9lique&#160;\u00bb dans la politique am\u00e9ricaine&#160;? Si tel est le cas, la <em>longue dur\u00e9e<\/em> de la Renaissance offre-t-elle des perspectives critiques qui nous manquent, \u00e0 l\u2019instar de ce que vous venez d\u2019\u00e9voquer concernant les chemins non emprunt\u00e9s&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis certainement alarm\u00e9 par la d\u00e9rive actuelle vers l\u2019autoritarisme dans un certain nombre de r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques en Europe. La menace est forte en Allemagne&#160;; il existe une menace similaire en Italie&#160;; et si nous nous dirigeons plus \u00e0 l\u2019Est, nous arrivons \u00e0 la Hongrie qui vient seulement de mettre un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de Viktor Orb\u00e1n. Il semble y avoir une d\u00e9sillusion croissante vis-\u00e0-vis de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Mais je crois que l\u2019histoire que j\u2019ai retrac\u00e9e dans mon livre <em>Liberty as Independence <\/em>sugg\u00e8re fortement que, si nous voulons pr\u00e9server la libert\u00e9 et la justice, nous devons d\u00e9fendre sp\u00e9cifiquement les id\u00e9aux et les pratiques d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut toutefois admettre que la d\u00e9mocratie est un syst\u00e8me imparfait pour garantir la libert\u00e9 en tant qu\u2019ind\u00e9pendance. Selon cette conception de la libert\u00e9, la loi doit \u00eatre le reflet de votre volont\u00e9. Si ce n\u2019est pas le cas, elle se pr\u00e9sente alors comme un pouvoir arbitraire auquel vous \u00eates soumis, ce qui revient \u00e0 dire que vous avez perdu votre libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la d\u00e9mocratie est un syst\u00e8me majoritaire. Il y aura donc toujours la possibilit\u00e9, et m\u00eame presque la certitude, que certaines lois que vous d\u00e9sapprouvez profond\u00e9ment soient adopt\u00e9es, bien qu\u2019elles aient obtenu le soutien de la majorit\u00e9. Tout ce que je peux dire, en r\u00e9ponse \u00e0 cette critique, c\u2019est que, si nous voulons promouvoir la libert\u00e9 en tant qu\u2019ind\u00e9pendance, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative me semble toujours \u00eatre le meilleur syst\u00e8me dont nous disposons.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Nous venons de parler de politique, mais vous avez toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9ticent, du moins par rapport \u00e0 certains de vos contemporains, \u00e0 vous exprimer sur la politique actuelle. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le r\u00f4le public de l\u2019historien&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une question difficile. La question de savoir s\u2019il existe des r\u00f4les publics qu\u2019un historien peut utilement jouer d\u00e9pend enti\u00e8rement du type d\u2019historien que vous \u00eates. J\u2019ai moi-m\u00eame des opinions politiques bien arr\u00eat\u00e9es, qui, je l\u2019esp\u00e8re, sont ressorties de notre conversation. Mais je ne suis pas le genre de personne \u00e0 \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 faire des d\u00e9clarations publiques, et cela me semble juste. Je ne suis pas qualifi\u00e9 pour intervenir de mani\u00e8re professionnelle comme certains historiens de l\u2019\u00e9conomie peuvent esp\u00e9rer le faire, et peut-\u00eatre aussi certains historiens politiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tournons-nous vers le futur. L\u2019\u00c9cole de Cambridge est apparue \u00e0 un certain moment de l\u2019histoire, mais quel est son avenir&#160;? S&rsquo;agit-il de quelque chose qui, sur le plan m\u00e9thodologique et normatif, peut se perp\u00e9tuer ind\u00e9finiment dans le futur&#160;? Peut-elle survivre au moment o\u00f9 elle est n\u00e9e&#160;? Au sein du monde universitaire, on observe une tendance vers les questions mondiales et la d\u00e9colonisation&#160;: que pensez-vous du futur du contextualisme et du r\u00e9publicanisme&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je ne vois pas en quoi le fait de poser des questions mondiales et de suivre des m\u00e9thodes contextualistes doit n\u00e9cessairement entrer en conflit, ne serait-ce que parce que certains concepts ont une port\u00e9e intrins\u00e8quement mondiale. La libert\u00e9 en fait certainement partie. J&rsquo;ai r\u00e9cemment men\u00e9 un petit travail sur l&rsquo;IA et d\u00e9couvert qu&rsquo;un terme \u00e9quivalent existe dans toutes les grandes langues parl\u00e9es aujourd&rsquo;hui en Asie, en Afrique, ainsi qu&rsquo;en Occident. Certains pourraient \u00eatre surpris qu&rsquo;on leur demande de consid\u00e9rer la libert\u00e9 comme une absence de d\u00e9pendance, mais ils comprendraient ce que vous entendez par l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi de dire quelques mots, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00c9cole de Cambridge. Vous avez bien s\u00fbr raison de dire qu\u2019elle est simplement n\u00e9e d\u2019une intervention pol\u00e9mique \u00e0 un moment pr\u00e9cis, et j\u2019aimerais d\u2019abord dire quelques mots \u00e0 ce sujet. Lorsque j\u2019ai entam\u00e9 ma carri\u00e8re universitaire au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, il \u00e9tait largement admis parmi les historiens de la th\u00e9orie politique que ce type d\u2019histoire devait se concentrer sur un petit nombre de textes dits \u00ab&#160;classiques&#160;\u00bb, cens\u00e9s nous fournir ce que l\u2019on d\u00e9crivait g\u00e9n\u00e9ralement comme une sagesse p\u00e9renne sur la politique et le gouvernement. \u00c0 l\u2019instar de certains de mes contemporains \u2014 notamment John Dunn \u2014, je souhaitais historiciser ces textes. John a pris une longueur d\u2019avance sur moi et a publi\u00e9 en 1969 un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur John Locke, dont le sous-titre \u00e9tait <em>Un compte rendu historique de l\u2019argumentation des Deux trait\u00e9s du gouvernement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche que John et moi avons suivie a souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour avoir r\u00e9duit un sujet moralement s\u00e9rieux \u00e0 un simple antiquarisme. Mais je continue de croire qu\u2019elle n\u2019a rien d\u2019antiquaire et qu\u2019il existe de s\u00e9rieuses raisons de continuer \u00e0 \u00e9tudier l\u2019histoire intellectuelle de cette mani\u00e8re. J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019illustrer dans mon dernier ouvrage une raison normative puissante de le faire, qui, je l\u2019esp\u00e8re, aura transpara\u00eet au cours de notre conversation. J\u2019ai parl\u00e9 de libert\u00e9, mais j\u2019ai \u00e9galement abord\u00e9 le concept de droits et celui d\u2019\u00c9tat. Une fois que l\u2019on a abord\u00e9 tous ces concepts, on touche au c\u0153ur m\u00eame de toute th\u00e9orie politique. L\u2019approche contextuelle peut r\u00e9v\u00e9ler des voies non emprunt\u00e9es, des hypoth\u00e8ses qu\u2019il vaut peut-\u00eatre la peine de reconsid\u00e9rer, des concepts qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre mieux d\u00e9finis. Je ne vois aucune raison pour laquelle l\u2019\u00c9cole de Cambridge ne devrait pas continuer \u00e0 prosp\u00e9rer, m\u00eame dans un contexte o\u00f9 les questions que nous posons et auxquelles nous r\u00e9pondons ont une port\u00e9e plus mondiale que locale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a-t-il quelque chose que vous avez \u00e9crit et que vous avez l\u2019impression que personne n\u2019a bien compris&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Y a-t-il quelqu\u2019un qui n\u2019ait pas parfois le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mal compris&#160;? Mais je n\u2019ai pas de griefs g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 formuler concernant la r\u00e9ception de mon travail. Je ressens toutefois une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9ception quant \u00e0 la r\u00e9ception d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de ma recherche. Pendant longtemps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 par la rh\u00e9torique classique et son r\u00f4le dans la litt\u00e9rature ainsi que dans la philosophie de la Renaissance et au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela a conduit \u00e0 la publication de deux monographies&#160;: <em>Reason and Rhetoric in the Philosophy of Hobbes<\/em> et <em>Forensic Shakespeare<\/em>. Les deux ont \u00e9t\u00e9 bien accueillies, mais j\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 que mes r\u00e9flexions sur le r\u00f4le de la rh\u00e9torique en philosophie seraient davantage reprises.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j\u2019avais tent\u00e9 de montrer, c\u2019est que, m\u00eame dans le cas d\u2019un philosophe tel que Hobbes, qui se pr\u00e9sente comme engag\u00e9 dans une entreprise scientifique, le texte est \u00e9galement une performance rh\u00e9torique. Cela me semble important, par exemple, au regard de certaines discussions r\u00e9centes sur les croyances religieuses de Hobbes. Une approche rh\u00e9torique de ses \u00e9crits sur la religion me semble r\u00e9v\u00e9ler un ton fortement satirique. Mais ma critique ici est tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e, et en tout cas, il s\u2019agit davantage d\u2019\u00eatre ignor\u00e9 que d\u2019\u00eatre mal compris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a-t-il un penseur politique auquel nous devrions, selon vous, consacrer davantage de temps aujourd\u2019hui&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une excellente question, mais je ne pense pas avoir de bonne r\u00e9ponse. Si on m\u2019avait pos\u00e9 cette question \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je commen\u00e7ais mes recherches, je pense que j\u2019aurais peut-\u00eatre cit\u00e9 Spinoza, Hegel et Nietzsche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 cette r\u00e9ponse&#160;! J\u2019allais dire que Hegel est en vogue en ce moment, avec l\u2019ouvrage de Richard Bourke, <em>Hegel\u2019s World Revolution<\/em>. C\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant en soi.<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019est certainement int\u00e9ressant, et il existe aujourd\u2019hui une litt\u00e9rature anglophone abondante et prestigieuse sur Hegel, tout comme c\u2019est le cas pour Spinoza et Nietzsche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a-t-il une question que vous auriez aim\u00e9 qu\u2019on vous pose et que personne ne vous a jamais pos\u00e9e&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donn\u00e9 pas mal d\u2019entretiens, mais je ne pense pas qu\u2019il y ait quoi que ce soit que j\u2019aie eu h\u00e2te de dire et qui ne m\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 demand\u00e9. J\u2019ai parfois pens\u00e9 qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 agr\u00e9able qu\u2019on m\u2019interroge davantage sur certains des chercheurs qui ont \u00e9t\u00e9 mes mentors, ou que j\u2019ai le plus admir\u00e9s. Cependant, vous m\u2019avez donn\u00e9 aujourd\u2019hui amplement l\u2019occasion de m\u2019exprimer \u00e0 ce sujet, et je vous en suis tr\u00e8s reconnaissant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&#160;Meaning and Understanding in the History of Ideas&#160;\u00bb a fait l\u2019objet d\u2019un num\u00e9ro sp\u00e9cial du <em>Journal of History of Ideas<\/em> pour c\u00e9l\u00e9brer le quaranti\u00e8me anniversaire de sa publication. Dans votre r\u00e9ponse, vous y avez \u00e9crit quelque chose qui m\u2019a fortement influenc\u00e9&#160;: vous avez dit que la morale de l\u2019histoire \u00e9tait la \u00ab&#160;pers\u00e9v\u00e9rance&#160;\u00bb. Auriez-vous un conseil \u00e0 donner aux jeunes historiens des id\u00e9es en herbe d\u2019aujourd\u2019hui&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s ce que je peux voir, mon article \u00ab&#160;Meaning and Understanding&#160;\u00bb est mon ouvrage le plus connu. Mais j\u2019ai eu beaucoup de mal \u00e0 le faire publier, et c\u2019est face \u00e0 ces refus que j\u2019ai pris conscience, pour la premi\u00e8re fois, de l\u2019importance de la pers\u00e9v\u00e9rance. C\u2019est certainement un conseil que je voudrais toujours donner aux jeunes chercheurs, m\u00eame si je suis conscient que cela peut para\u00eetre un peu trop pompeux de conclure sur cette note.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;un des historiens des id\u00e9es politiques les plus influents au monde n&rsquo;accorde pas beaucoup d&rsquo;entretiens. 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