{"id":330681,"date":"2026-04-30T22:39:36","date_gmt":"2026-04-30T20:39:36","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?post_type=sunday&#038;p=330681"},"modified":"2026-05-01T11:33:38","modified_gmt":"2026-05-01T09:33:38","slug":"le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz","status":"publish","type":"sunday","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/","title":{"rendered":"Le droit \u00e0 la paresse selon Yolanda D\u00edaz"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"sunday-intro\"><em>Le Droit \u00e0 la paresse<\/em> de Paul Lafargue r\u00e9unit \u00e0 la fois une forme de sagesse classique et une anticipation visionnaire de l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Un v\u00e9ritable trait\u00e9 sur ce que l\u2019on appelle en espagnol la <em>vida buena<\/em> et qu\u2019on pourrait traduire par <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/12\/09\/pour-une-ecologie-epicurienne\/\">la vie large<\/a> s&rsquo;inspirant des penseurs de la Gr\u00e8ce classique et de la R\u00e9publique romaine, un hymne \u00e0 la jouissance des plaisirs de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Mais sous la forme d&rsquo;un pamphlet de combat, un plaidoyer d\u00e9non\u00e7ant la morale du travail comme une vile supercherie visant \u00e0 faire passer pour vertueux la mis\u00e8re et le sacrifice du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Paul Lafargue est n\u00e9 \u00e0 Santiago de Cuba alors que celle-ci \u00e9tait encore un territoire espagnol. Il a pass\u00e9 quelque temps en Espagne et a eu une grande influence sur le groupe \u00ab&#160;marxiste&#160;\u00bb de l\u2019Internationale par l\u2019interm\u00e9diaire de Pablo Iglesias.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Ce texte de 1880, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diffus\u00e9 et appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 son \u00e9poque, nous pr\u00e9sente un d\u00e9bat d\u2019une actualit\u00e9 br\u00fblante&#160;: vit-on pour travailler ou travaille-t-on pour vivre&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Le choix de Lafargue est clair&#160;: ce qui a de la valeur en soi, c\u2019est la vie. L\u2019on ne saurait inverser le sens des choses et organiser notre vie en fonction d\u2019un travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Il d\u00e9nonce les conditions inhumaines des journ\u00e9es de travail de plus de 14 heures en rapportant les propos de Villerm\u00e9&#160;: \u00ab&#160;Ce n\u2019est pas l\u00e0 un travail, une t\u00e2che, c\u2019est une torture, et on l\u2019inflige \u00e0 des enfants de six \u00e0 huit ans\u2026&#160;\u00bb alors m\u00eame que certains esclaves travaillaient en moyenne 9 heures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">L\u2019objectif de Lafargue est radical&#160;: <em>gagner du temps de vie<\/em>. Non pas pour reprendre des forces et augmenter la productivit\u00e9. Il veut du temps pour vivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on d\u00e9c\u00e8le l\u2019h\u00e9ritage r\u00e9publicain&#160;: il comprend que le temps libre doit \u00eatre un temps de libert\u00e9, o\u00f9 nous sommes souverains de notre temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Lafargue est tr\u00e8s critique envers une pr\u00e9tendue hypocrisie des Droits de l\u2019homme qui laisse de c\u00f4t\u00e9 les classes populaires. Et ici, je dois dire que je ne suis pas d\u2019accord avec l\u2019auteur. Le patrimoine des droits humains est tr\u00e8s pr\u00e9cieux et l\u2019id\u00e9e de dignit\u00e9 humaine a \u00e9t\u00e9 fondamentale pour l\u2019\u00e9mancipation des travailleurs. Le premier principe de la D\u00e9claration de Philadelphie affirme d\u2019ailleurs que \u00ab&#160;le travail n\u2019est pas une marchandise&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Bien s\u00fbr, ce ne sont pas les proclamations qui comptent, mais la garantie des droits. Dans mon travail de ministre, nous avons pos\u00e9 comme principe fondamental celui de <em>travail d\u00e9cent<\/em>, qui d\u00e9fend comme des droits l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail&#160;: salaires, stabilit\u00e9 de l\u2019emploi, s\u00e9curit\u00e9 et sant\u00e9, temps de travail, etc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Un travail d\u00e9cent implique un repos d\u00e9cent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">La proposition de Lafargue n\u2019a rien d\u2019excentrique&#160;: ce sont les id\u00e9es provocatrices qui incitent \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">La lutte du mouvement ouvrier a d\u00e8s le d\u00e9but cherch\u00e9 \u00e0 <em>gagner du temps pour vivre<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Le 1er mai est con\u00e7u comme un hommage aux martyrs de Chicago qui ont perdu la vie en 1886 en revendiquant la journ\u00e9e de 8 heures. C&rsquo;est cette m\u00eame cause qui a mobilis\u00e9 en Espagne la premi\u00e8re manifestation du 1er mai 1890. Et en 1919, la gr\u00e8ve de <em>La Canadiense<\/em> a permis \u00e0 l&rsquo;Espagne de devenir le deuxi\u00e8me pays europ\u00e9en \u00e0 instaurer la journ\u00e9e de travail de 8 heures, 6 jours par semaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">En r\u00e9alit\u00e9, Lafargue anticipait les grands d\u00e9bats de notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Le d\u00e9bat sur la valeur de la technologie, d\u2019abord&#160;: comment les gains de productivit\u00e9 peuvent se traduire par des am\u00e9liorations pour les travailleurs ou par de simples profits pour les actionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Les prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/p\/daron-acemoglu\/\">Acemoglu<\/a> et Johnson montrent comment, historiquement, la technologie n&rsquo;implique pas n\u00e9cessairement la prosp\u00e9rit\u00e9. Au contraire, ils rendent compte de r\u00e9volutions technologiques, comme celle d\u00e9crite dans le livre de Lafargue, qui ont entra\u00een\u00e9 des reculs&#160;: appauvrissement, baisse des salaires, enfants et familles vivant bien plus mal que leurs arri\u00e8re-grands-parents cent ans auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Aujourd\u2019hui, les temps de Dickens refont surface dans de nombreux emplois, certains en raison de la pr\u00e9carit\u00e9 qui d\u00e9grade les conditions de travail et allonge les journ\u00e9es, d\u2019autres parce qu\u2019\u00e0 \u00eatre connect\u00e9 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, le travail vous poursuit jusqu\u2019\u00e0 la maison \u2014 et la journ\u00e9e ne s\u2019arr\u00eate jamais. Et cela rend malade, tant mentalement que physiquement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">La technologie en soi n\u2019est pas synonyme de progr\u00e8s. Elle peut l\u2019\u00eatre si l\u2019on se bat et si l\u2019on se fixe comme objectif le d\u00e9veloppement humain et l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des gens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Voil\u00e0 donc le grand th\u00e8me de notre \u00e9poque&#160;: travailler moins pour vivre mieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Lafargue est aussi pr\u00e9curseur dans le d\u00e9bat sur la d\u00e9mocratie \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">La participation des travailleurs dans les entreprises est cruciale pour assurer une r\u00e9partition \u00e9quitable entre b\u00e9n\u00e9fices et salaires, ainsi que dans la r\u00e9partition du temps de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Le temps de vie ne peut pas \u00eatre un luxe. C\u2019est pourquoi la grande question est la suivante&#160;: redistribuer le travail et redistribuer le temps libre afin que toute la soci\u00e9t\u00e9 prenne en charge le travail et que tous puissent profiter de la vie de mani\u00e8re \u00e9gale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Il s\u2019agit de faire en sorte que les loisirs ne soient pas un privil\u00e8ge des \u00ab&#160;classes oisives&#160;\u00bb, ni les vices d\u00e9nonc\u00e9s par le mouvement ouvrier. Bertrand Russell, dans son <em>\u00c9loge de l&rsquo;oisivet\u00e9<\/em>, soulignait dans les ann\u00e9es 1930 que les loisirs avaient une fonction civilisatrice. Profitons-en.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Dans ces anticipations, il y a aussi un grand oubli \u2014 et des pr\u00e9jug\u00e9s probl\u00e9matiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Lafargue parle du travail salari\u00e9 mais pas du travail reproductif. Celui qui n&rsquo;entre pas dans les comptes nationaux et qui soutient toute la production \u00e9conomique, celui que font majoritairement les femmes, souvent en effectuant une double journ\u00e9e de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">La d\u00e9mocratie implique l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, la libert\u00e9 pour toutes et, par cons\u00e9quent, la redistribution de toutes les t\u00e2ches afin de disposer de la m\u00eame mani\u00e8re de temps libre. Il n&rsquo;est pas acceptable que certains puissent se permettre d\u2019\u00eatre paresseux uniquement parce que les autres \u2014 les femmes \u2014 seraient aidantes. Toutes et tous nous devons pouvoir vivre notre propre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Une petite confession, pour finir&#160;: j\u2019aime travailler. J\u2019ai grandi dans une maison o\u00f9 l\u2019on valorisait beaucoup l\u2019effort et le travail bien fait. J\u2019appr\u00e9cie ce que je fais et je m\u2019investis pleinement dans mes projets professionnels et publics. Il est vrai que je suis galicienne et que Lafargue lui-m\u00eame consid\u00e9rait \u00ab&#160;les Galiciens&#160;\u00bb comme une exception, l\u2019une de ces \u00ab&#160;races&#160;\u00bb \u2014 car oui, Lafargue est aussi englu\u00e9 dans les pr\u00e9jug\u00e9s racistes et antis\u00e9mites qui ont gangren\u00e9 son \u00e9poque \u2014 qui aiment travailler. Je pense que l\u2019important est de faire ce que l\u2019on veut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"sunday-intro\">Au fond, le droit \u00e0 la paresse est le droit \u00e0 la libert\u00e9 de pouvoir faire ou ne pas faire ce que l\u2019on veut.&nbsp;C\u2019est le grand d\u00e9sir des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, qui ne sont pas du tout paresseuses, mais qui veulent, \u00e0 juste titre, vivre leur vie au-del\u00e0 du travail. Qui veulent, en somme, la <em>vida buena<\/em>&#160;: la vie large.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/AVANT-PROPOS.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"6841\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/AVANT-PROPOS-330x97.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/AVANT-PROPOS-690x202.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/AVANT-PROPOS-990x290.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/AVANT-PROPOS-125x37.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>M. Thiers, dans le sein de la commission sur l\u2019instruction primaire de 1849, disait&#160;: \u00ab&#160;Je veux rendre toute puissante l\u2019influence du clerg\u00e9, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend \u00e0 l\u2019homme qu\u2019il est ici pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire \u00e0 l\u2019homme&#160;: jouis.&#160;\u00bb \u2014 M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise, dont il incarna l\u2019\u00e9go\u00efsme f\u00e9roce et l\u2019intelligence \u00e9troite.<\/p>\n\n\n\n<p>La bourgeoisie, alors qu\u2019elle luttait contre la noblesse soutenue par le clerg\u00e9, arbora le libre-examen et l\u2019ath\u00e9isme&#160;; mais, triomphante, elle changea de ton et d\u2019allure&#160;; et, aujourd\u2019hui, elle entend \u00e9tayer de la religion sa supr\u00e9matie \u00e9conomique et politique. Aux XVe et XVIe si\u00e8cles, elle avait all\u00e8grement repris la tradition pa\u00efenne et glorifiait la chair et ses passions, r\u00e9prouv\u00e9es par le christianisme&#160;; de nos jours, gorg\u00e9e de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et pr\u00eache l\u2019abstinence aux salari\u00e9s. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chr\u00e9tienne, frappe d\u2019anath\u00e8me la chair du travailleur&#160;; elle prend pour id\u00e9al de r\u00e9duire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions, de le condamner au r\u00f4le de machine d\u00e9livrant du travail sans tr\u00eave, ni merci.<\/p>\n\n\n\n<p>Les socialistes r\u00e9volutionnaires ont \u00e0 recommencer le combat qu\u2019ont combattu les philosophes et les pamphl\u00e9taires de la bourgeoisie&#160;; ils ont \u00e0 monter \u00e0 l\u2019assaut de la morale et des th\u00e9ories sociales du Capitalisme&#160;; ils ont \u00e0 d\u00e9molir, dans les t\u00eates de la classe, appel\u00e9e \u00e0 l\u2019action, les pr\u00e9jug\u00e9s sem\u00e9s par la classe r\u00e9gnante&#160;; ils ont \u00e0 proclamer, \u00e0 la face des cafards de toutes les morales, que la terre cessera d\u2019\u00eatre la vall\u00e9e de larmes du travailleur&#160;; que dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste de l\u2019avenir que nous fonderons \u00ab&#160;pacifiquement si possible, sinon violemment&#160;\u00bb, les passions des hommes auront la bride sur le cou, car \u00ab&#160;toutes sont bonnes de leur nature, nous n\u2019avons rien \u00e0 \u00e9viter que leur mauvais usage et leurs exc\u00e8s&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-1-330681' title='Descartes, &lt;em&gt;Les passions de l\u2019\u00e2me&lt;\/em&gt;.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et ils ne seront \u00e9vit\u00e9s que par le contre-balancement mutuel des passions, que par le d\u00e9veloppement harmonique de l\u2019organisme humain, car, dit le Dr. Beddoe \u00ab&#160;ce n\u2019est que lorsqu\u2019une race atteint son maximum de d\u00e9veloppement physique qu\u2019elle atteint son plus haut point d\u2019\u00e9nergie et de vigueur morale.&#160;\u00bb \u2014 Telle \u00e9tait aussi l\u2019opinion du grand naturaliste, Charles Darwin&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-2-330681' title='Docteur Beddoe, &lt;em&gt;Memoirs of the anthropological Society&lt;\/em&gt;&amp;#160;; Charles Darwin, &lt;em&gt;Descent of man&lt;\/em&gt;.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9futation du <em>droit au travail<\/em> que je r\u00e9\u00e9dite, avec quelques notes additionnelles, parut dans l\u2019<em>\u00c9galit\u00e9<\/em> hebdomadaire de 1880, deuxi\u00e8me s\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">P. L.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Prison de Sainte-P\u00e9lagie, 1883<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/I.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2001\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/I-330x330.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/I-690x690.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/I-990x990.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/I-125x125.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Un dogme d\u00e9sastreux&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00ab&#160;Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant.&#160;\u00bb<br>Lessing<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9trange folie poss\u00e8de les classes ouvri\u00e8res des nations o\u00f9 r\u00e8gne la civilisation capitaliste. Cette folie tra\u00eene \u00e0 sa suite les mis\u00e8res individuelles et sociales qui, depuis deux si\u00e8cles, torturent la triste humanit\u00e9. Cette folie est l\u2019amour du travail, la passion furibonde du travail, pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement des forces vitales de l\u2019individu et de sa prog\u00e9niture. Au lieu de r\u00e9agir contre cette aberration mentale, les pr\u00eatres, les \u00e9conomistes, les moralistes, ont sacro-sanctifi\u00e9 le travail. Hommes aveugles et born\u00e9s, ils ont voulu \u00eatre plus sages que leur Dieu&#160;; hommes faibles et m\u00e9prisables, ils ont voulu r\u00e9habiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d\u2019\u00eatre chr\u00e9tien, \u00e9conome et moral, j\u2019en appelle de leur jugement \u00e0 celui de leur Dieu&#160;; des pr\u00e9dications de leur morale religieuse, \u00e9conomique, libre-penseuse, aux \u00e9pouvantables cons\u00e9quences du travail dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, le travail est la cause de toute d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence intellectuelle, de toute d\u00e9formation organique. Comparez le pur sang des \u00e9curies de Rothschild, servi par une valetaille de bimanes, \u00e0 la lourde brute des fermes normandes qui laboure la terre, chariote le fumier, engrange la moisson. Regardez le noble sauvage que les missionnaires du commerce et les commer\u00e7ants de la religion n\u2019ont pas encore corrompu avec le christianisme, la syphilis et le dogme du travail, et regardez ensuite nos mis\u00e9rables servants de machines&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-3-330681' title='Les explorateurs europ\u00e9ens s\u2019arr\u00eatent \u00e9tonn\u00e9s devant la beaut\u00e9 physique et la fi\u00e8re allure des hommes des peuplades primitives, non souill\u00e9s par ce que P\u0153ppig appelait le \u00ab&amp;#160;souffle empoisonn\u00e9 de la civilisation&amp;#160;\u00bb. Parlant des Aborig\u00e8nes des \u00eeles oc\u00e9aniennes, lord George Campbell \u00e9crit&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;Il n\u2019y a pas de peuple au monde qui frappe davantage au premier abord. Leur peau unie et d\u2019une teinte l\u00e9g\u00e8rement cuivr\u00e9e, leurs cheveux dor\u00e9s et boucl\u00e9s, leur belle et joyeuse figure, en un mot, toute leur personne formaient un nouvel et splendide \u00e9chantillon du &lt;em&gt;genus homo&lt;\/em&gt;&amp;#160;; leur apparence physique donnait l\u2019impression d\u2019une race sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre.&amp;#160;\u00bb Les civilis\u00e9s de l\u2019ancienne Rome, les C\u00e9sar et les Tacite, contemplaient avec la m\u00eame admiration les Germains des tribus communistes qui envahissaient l\u2019empire romain. \u2014 Ainsi que Tacite, Salvien, le pr\u00eatre du Ve si\u00e8cle, qu\u2019on surnomma le &lt;em&gt;ma\u00eetre des \u00e9v\u00eaques&lt;\/em&gt;, donnait les barbares en exemple aux civilis\u00e9s et aux chr\u00e9tiens&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;Nous sommes impudiques au milieu des barbares, plus chastes que nous. Bien plus, les barbares sont bless\u00e9s de nos impudicit\u00e9s. Les Goths ne souffrent pas qu\u2019il y ait parmi eux des d\u00e9bauch\u00e9s de leur nation&amp;#160;; seuls au milieu d\u2019eux, par le triste privil\u00e8ge de leur nationalit\u00e9 et de leur nom, les Romains ont le droit d\u2019\u00eatre impurs. [La p\u00e9d\u00e9rastie \u00e9tait alors en grande mode parmi les chr\u00e9tiens\u2026] Les opprim\u00e9s s\u2019en vont chez les barbares chercher de l\u2019humanit\u00e9 et un abri.&amp;#160;\u00bb (&lt;em&gt;De Gubernatione Dei&lt;\/em&gt;). \u2014 La vieille civilisation et le christianisme naissant corrompirent les barbares du vieux monde&amp;#160;; comme le christianisme vieilli et la moderne civilisation capitaliste corrompent les sauvages du nouveau monde.&lt;br&gt;&lt;br&gt;M. F. Le Play, dont on doit reconna\u00eetre le talent d\u2019observation, alors m\u00eame que l\u2019on rejette ses conclusions sociologiques entach\u00e9es de prudhomisme philanthropique et chr\u00e9tien, dit dans son livre &lt;em&gt;les Ouvriers europ\u00e9ens&lt;\/em&gt; (1855)&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;La propension des bachkirs pour la paresse (les bachkirs sont des pasteurs semi nomades du versant asiatique de l\u2019Oural)&amp;#160;; les loisirs de la vie nomade, les habitudes de m\u00e9ditation qu\u2019elles font na\u00eetre chez les individus les mieux dou\u00e9s communiquent souvent \u00e0 ceux-ci une distinction de mani\u00e8res, une finesse d\u2019intelligence et de jugement qui se remarque rarement au m\u00eame niveau social dans une civilisation plus d\u00e9velopp\u00e9e\u2026 Ce qui les r\u00e9pugne le plus, ce sont les travaux agricoles&amp;#160;; ils font tout plut\u00f4t que d\u2019accepter le m\u00e9tier d\u2019agriculteur.&amp;#160;\u00bb L\u2019agriculture est, en effet, la premi\u00e8re manifestation du travail servile dans l\u2019humanit\u00e9.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, dans votre Europe civilis\u00e9e, on veut retrouver une trace de beaut\u00e9 native de l\u2019homme, il faut l\u2019aller chercher chez les nations o\u00f9 les pr\u00e9jug\u00e9s \u00e9conomiques n\u2019ont pas encore d\u00e9racin\u00e9 la haine du travail. L\u2019Espagne, qui, h\u00e9las&#160;! d\u00e9g\u00e9n\u00e8re, peut encore se vanter de poss\u00e9der moins de fabriques que nous de prisons et de casernes&#160;; mais l\u2019artiste se r\u00e9jouit en admirant le hardi Andalou, brun comme des castagnes, droit et flexible comme une tige d\u2019acier&#160;; et le c\u0153ur de l\u2019homme tressaille en entendant le mendiant, superbement drap\u00e9 dans sa <em>capa<\/em> trou\u00e9e, traiter d\u2019<em>amigo<\/em> des ducs d\u2019Ossuna. Pour l\u2019Espagnol, chez qui l\u2019animal primitif n\u2019est pas atrophi\u00e9, le travail est le pire des esclavages. Les Grecs de la grande \u00e9poque n\u2019avaient, eux aussi, que m\u00e9pris pour le travail&#160;; aux esclaves seuls il \u00e9tait permis de travailler&#160;: l\u2019homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l\u2019intelligence. C\u2019\u00e9tait aussi le temps o\u00f9 l\u2019on marchait et respirait dans un peuple d\u2019Aristote, de Phidias, d\u2019Aristophane&#160;; c\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 une poign\u00e9e de braves \u00e9crasait \u00e0 Marathon les hordes de l\u2019Asie qu\u2019Alexandre allait bient\u00f4t conqu\u00e9rir. Les philosophes de l\u2019antiquit\u00e9 enseignaient le m\u00e9pris du travail, cette d\u00e9gradation de l\u2019homme libre&#160;; les po\u00e8tes chantaient la paresse, ce pr\u00e9sent des Dieux&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>O Melib\u0153e, Deus nobis h\u00e6c otia fecit<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-4-330681' title='\u00ab&amp;#160;\u00d4 M\u00e9lib\u00e9, un Dieu nous a donn\u00e9 cette oisivet\u00e9.&amp;#160;\u00bb Virgile, &lt;em&gt;Bucoliques&lt;\/em&gt; (Voir appendice).'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Christ, dans son discours sur la montagne, pr\u00eacha la paresse&#160;: \u00ab&#160;Contemplez la croissance des lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 plus brillamment v\u00eatu.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-5-330681' title='Matthieu, VI.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9hovah, le dieu barbu et r\u00e9barbatif, donna \u00e0 ses adorateurs le supr\u00eame exemple de la paresse id\u00e9ale&#160;; apr\u00e8s six jours de travail, il se repose pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une n\u00e9cessit\u00e9 organique&#160;? les Auvergnats&#160;; les \u00c9cossais, ces Auvergnats des \u00eeles britanniques&#160;; les Gallegos, ces Auvergnats de l\u2019Espagne&#160;; les Pom\u00e9raniens, ces Auvergnats de l\u2019Allemagne&#160;; les Chinois, ces Auvergnats de l\u2019Asie. Dans notre soci\u00e9t\u00e9, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail&#160;? Les paysans propri\u00e9taires, les petits bourgeois, qui les uns courb\u00e9s sur leurs terres, les autres acoquin\u00e9s dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent pour regarder \u00e0 loisir la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cependant, le prol\u00e9tariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilis\u00e9es, la classe qui, en s\u2019\u00e9mancipant, \u00e9mancipera l\u2019humanit\u00e9 du travail servile et fera de l\u2019animal humain un \u00eatre libre&#160;; le prol\u00e9tariat, trahissant ses instincts, m\u00e9connaissant sa mission historique, s\u2019est laiss\u00e9 pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a \u00e9t\u00e9 son ch\u00e2timent. Toutes les mis\u00e8res individuelles et sociales sont n\u00e9es de sa passion pour le travail.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/II-1.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2001\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/II-1-330x330.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/II-1-690x690.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/II-1-990x990.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/II-1-125x125.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">B\u00e9n\u00e9dictions du travail&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1770 parut, \u00e0 Londres, un \u00e9crit anonyme intitul\u00e9&#160;: <em>An Essay on Trade and Commerce<\/em>. Il fit \u00e0 l\u2019\u00e9poque un certain bruit. Son auteur, grand philanthrope, s\u2019indignait de ce que \u00ab&#160;la pl\u00e8be manufacturi\u00e8re d\u2019Angleterre s\u2019\u00e9tait mis dans la t\u00eate l\u2019id\u00e9e fixe qu\u2019en qualit\u00e9 d\u2019Anglais, tous les individus qui la composent, ont, par droit de naissance, le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre plus libres et plus ind\u00e9pendants que les ouvriers de n\u2019importe quel autre pays de l\u2019Europe. Cette id\u00e9e peut avoir son utilit\u00e9 pour les soldats dont elle stimule la bravoure&#160;; mais moins les ouvriers des manufactures en sont imbus, mieux cela vaut pour eux-m\u00eames et pour l\u2019\u00c9tat. Des ouvriers ne devraient jamais se tenir pour ind\u00e9pendants de leurs sup\u00e9rieurs. Il est extr\u00eamement dangereux d\u2019encourager de pareils engouements dans un \u00c9tat commercial comme le n\u00f4tre, o\u00f9 peut-\u00eatre les sept huiti\u00e8mes de la population n\u2019ont que peu ou pas de propri\u00e9t\u00e9. La cure ne sera pas compl\u00e8te tant que nos pauvres de l\u2019industrie ne se r\u00e9signeront pas \u00e0 travailler six jours pour la m\u00eame somme qu\u2019ils gagnent maintenant en quatre&#160;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle avant Guizot, on pr\u00eachait ouvertement \u00e0 Londres le travail comme un frein aux nobles passions de l\u2019homme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices, \u00e9crivait d\u2019Osterode, le 5 mai 1807, Napol\u00e9on. Je suis l\u2019autorit\u00e9\u2026 et je serais dispos\u00e9 \u00e0 ordonner que le dimanche, pass\u00e9 l\u2019heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus \u00e0 leur travail.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour extirper la paresse et courber les sentiments de fiert\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance qu\u2019elle engendre, l\u2019auteur de l\u2019<em>Essay on trade<\/em> proposait d\u2019incarc\u00e9rer les pauvres dans des maisons id\u00e9ales du travail (<em>ideal workhouses<\/em>) qui deviendraient \u00ab&#160;des maisons de terreur o\u00f9 l\u2019on ferait travailler 14 heures par jour, de telle sorte que, le temps des repas soustrait, il resterait douze heures de travail pleines et enti\u00e8res.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Douze heures de travail par jour, voil\u00e0 l\u2019id\u00e9al des philanthropes et des moralistes du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. Que nous avons d\u00e9pass\u00e9 ce <em>nec plus ultra<\/em>&#160;! Les ateliers modernes sont devenus des maisons id\u00e9ales de correction, o\u00f9 l\u2019on incarc\u00e8re les masses ouvri\u00e8res, o\u00f9 l\u2019on condamne au travail forc\u00e9 pendant 12 et 14 heures, non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-6-330681' title='Au premier Congr\u00e8s de bienfaisance tenu \u00e0 Bruxelles, en 1857, un des plus riches manufacturiers de Marquette, pr\u00e8s de Lille, M. Scrive, aux applaudissements des membres du Congr\u00e8s, racontait, avec la plus noble satisfaction d\u2019un devoir accompli&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour les enfants. Nous leur apprenons \u00e0 chanter pendant le travail, \u00e0 compter \u00e9galement en travaillant&amp;#160;; cela les distrait et les fait accepter avec courage &lt;em&gt;ces douze heures de travail qui sont n\u00e9cessaires pour leur procurer des moyens d\u2019existence.&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb \u2014 Douze heures de travail, et quel travail&amp;#160;! impos\u00e9es \u00e0 des enfants qui n\u2019ont pas douze ans&amp;#160;! \u2014 Les mat\u00e9rialistes regretteront toujours qu\u2019il n\u2019y ait pas un enfer pour y clouer ces chr\u00e9tiens, ces philanthropes, bourreaux de l\u2019enfance&amp;#160;!'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>&#160;! Et dire que les fils des h\u00e9ros de la Terreur se sont laiss\u00e9s d\u00e9grader par la religion du travail au point d\u2019accepter, apr\u00e8s 1848, comme une conqu\u00eate r\u00e9volutionnaire, la loi qui limitait \u00e0 douze heures le travail dans les fabriques&#160;; ils proclamaient, comme un principe r\u00e9volutionnaire le <em>Droit au travail<\/em>. Honte au prol\u00e9tariat fran\u00e7ais&#160;! Des esclaves seuls eussent \u00e9t\u00e9 capables d\u2019une telle bassesse. Il faudrait vingt ans de civilisation capitaliste \u00e0 un Grec des temps antiques pour concevoir un tel avilissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si les douleurs du travail forc\u00e9, si les tortures de la faim se sont abattues sur le prol\u00e9tariat, plus nombreuses que les sauterelles de la Bible, c\u2019est lui qui les a appel\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail, qu\u2019en juin 1848 les ouvriers r\u00e9clamaient les armes \u00e0 la main, ils l\u2019ont impos\u00e9 \u00e0 leurs familles&#160;; ils ont livr\u00e9, aux barons de l\u2019industrie, leurs femmes et leurs enfants. De leurs propres mains, ils ont d\u00e9moli leur foyer domestique, de leurs propres mains ils ont tari le lait de leurs femmes&#160;: les malheureuses, enceintes et allaitant leurs b\u00e9b\u00e9s, ont d\u00fb aller dans les mines et les manufactures tendre l\u2019\u00e9chine et \u00e9puiser leurs nerfs&#160;; de leurs propres mains, ils ont bris\u00e9 la vie et la vigueur de leurs enfants. \u2014 Honte aux prol\u00e9taires&#160;! O\u00f9 sont ces comm\u00e8res dont parlent nos fabliaux et nos vieux contes, hardies aux propos, franches de la gueule, amantes de la dive bouteille&#160;? O\u00f9 sont ces luronnes, toujours trottant, toujours cuisinant, toujours courant, toujours semant la vie, en engendrant la joie, enfantant sans douleurs des petits sains et vigoureux&#160;?\u2026 Nous avons aujourd\u2019hui les filles et les femmes de fabrique, ch\u00e9tives fleurs aux p\u00e2les couleurs, au sang sans rutilance, \u00e0 l\u2019estomac d\u00e9labr\u00e9, aux membres alanguis&#160;!\u2026 Elles n\u2019ont jamais connu le plaisir robuste et ne sauraient raconter gaillardement comment l\u2019on cassa leur coquille&#160;! \u2014 Et les enfants&#160;? Douze heures de travail aux enfants&#160;! \u00d4 mis\u00e8re&#160;! \u2014 Mais tous les Jules Simon de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques, tous les Germinys de la j\u00e9suiterie, n\u2019auraient pu inventer un vice plus abrutissant pour l\u2019intelligence des enfants, plus corrupteur de leurs instincts, plus destructeur de leur organisme, que le travail dans l\u2019atmosph\u00e8re vici\u00e9e de l\u2019atelier capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre \u00e9poque est, dit-on, le si\u00e8cle du travail&#160;; il est, en effet, le si\u00e8cle de la douleur, de la mis\u00e8re et de la corruption.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cependant, les philosophes, les \u00e9conomistes bourgeois, depuis le p\u00e9niblement confus Auguste Comte, jusqu\u2019au ridiculement clair Leroy-Beaulieu&#160;; les gens de lettres bourgeois, depuis le charlatanesquement romantique Victor Hugo, jusqu\u2019au na\u00efvement grotesque Paul de Kock, tous ont entonn\u00e9 les chants naus\u00e9abonds en l\u2019honneur du dieu Progr\u00e8s, le fils a\u00een\u00e9 du Travail. \u00c0 les entendre, le bonheur allait r\u00e9gner sur la terre&#160;; d\u00e9j\u00e0 on en sentait la venue. Ils allaient dans les si\u00e8cles pass\u00e9s fouiller la poussi\u00e8re et les mis\u00e8res f\u00e9odales pour rapporter de sombres repoussoirs aux d\u00e9lices des temps pr\u00e9sents. \u2014 Nous ont-ils fatigu\u00e9s, ces repus, ces satisfaits, nagu\u00e8re encore membres de la domesticit\u00e9 des grands seigneurs, aujourd\u2019hui valets de plume de la bourgeoisie, grassement rent\u00e9s&#160;; nous ont-ils fatigu\u00e9s avec le paysan du rh\u00e9toricien La Bruy\u00e8re&#160;? Eh bien&#160;! voici le brillant tableau des jouissances prol\u00e9tariennes en l\u2019an de Progr\u00e8s capitaliste 1840, peint par l\u2019un des leurs, par le D<sup>r<\/sup> Villerm\u00e9, membre de l\u2019Institut, le m\u00eame qui, en 1848, fit partie de cette soci\u00e9t\u00e9 de savants (Thiers, Cousin, Passy, Blanqui l\u2019acad\u00e9micien, en \u00e9taient), qui propagea dans les masses les sottises de l\u2019\u00e9conomie et de la morale bourgeoises.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de l\u2019Alsace manufacturi\u00e8re que parle le Dr. Villerm\u00e9, de l\u2019Alsace des Kestner, des Dollfus, ces fleurs de la philanthropie et du r\u00e9publicanisme industriels. \u2014 Mais avant que le docteur ne dresse devant nous le tableau des mis\u00e8res prol\u00e9tariennes, \u00e9coutons un manufacturier alsacien, M. Th. Mieg, de la maison Dollfus, Mieg et C<sup>ie<\/sup>, d\u00e9peignant la situation de l\u2019artisan de l\u2019ancienne industrie&#160;: \u00ab&#160;\u00c0 Mulhouse, il y a cinquante ans (en 1813, alors que la moderne industrie m\u00e9canique naissait), les ouvriers \u00e9taient tous enfants du sol, habitant la ville et les villages environnants et poss\u00e9dant presque tous une maison et souvent un petit champ.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-7-330681' title='L.-R. Villerm\u00e9, &lt;em&gt;Tableau de l\u2019\u00e9tat physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie&lt;\/em&gt; (1840). Ce n\u2019\u00e9tait pas parce que les Dollfus, les K\u0153chlin et autres fabricants alsaciens \u00e9taient des r\u00e9publicains, des patriotes et des philanthropes protestants qu\u2019ils traitaient de la sorte leurs ouvriers&amp;#160;; car MM. Blanqui, l\u2019acad\u00e9micien Reybaud, le prototype de J\u00e9r\u00f4me Paturot, et Jules Simon, le ma\u00eetre Jacques politique, ont constat\u00e9 les m\u00eames am\u00e9nit\u00e9s pour la classe ouvri\u00e8re, chez les fabricants tr\u00e8s catholiques et tr\u00e8s monarchiques de Lille et de Lyon. Ce sont l\u00e0 des vertus capitalistes s\u2019harmonisant \u00e0 ravir avec toutes les fois politiques et religieuses.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e2ge d\u2019or du travailleur. \u2014 Mais alors l\u2019industrie alsacienne n\u2019inondait pas le monde de ses cotonnades et n\u2019emmillionnait pas ses Dollfus et ses K\u0153chlin. Mais, vingt-cinq ans apr\u00e8s, quand Villerm\u00e9 visita l\u2019Alsace, le minotaure moderne, l\u2019atelier capitaliste, avait conquis le pays&#160;; dans sa boulimie de travail humain, il avait arrach\u00e9 les ouvriers de leurs foyers pour mieux les tordre et pour mieux exprimer le travail qu\u2019ils contenaient. C\u2019\u00e9taient par milliers que les ouvriers accouraient au sifflement de la machine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Un grand nombre, dit Villerm\u00e9, cinq mille sur dix-sept mille, \u00e9taient contraints, par la chert\u00e9 des loyers, \u00e0 se loger dans les villages voisins. Quelques-uns habitaient \u00e0 deux lieues et m\u00eame deux lieues et quart de la manufacture o\u00f9 ils travaillaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Mulhouse, \u00e0 Dornach, le travail commen\u00e7ait \u00e0 cinq heures du matin et finissait \u00e0 huit heures du soir, \u00e9t\u00e9 comme hiver [\u2026] Il faut les voir arriver chaque matin en ville et partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes p\u00e2les, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui, \u00e0 d\u00e9faut de parapluies, portent renvers\u00e9s sur la t\u00eate, lorsqu\u2019il pleut ou qu\u2019il neige, leurs tabliers ou jupons de dessus pour se pr\u00e9server la figure et le cou, et un nombre plus consid\u00e9rable de jeunes enfants non moins sales, non moins h\u00e2ves, couverts de haillons, tout gras de l\u2019huile des m\u00e9tiers qui tombe sur eux pendant qu\u2019ils travaillent. Ces derniers, mieux pr\u00e9serv\u00e9s de la pluie par l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 de leurs v\u00eatements, n\u2019ont m\u00eame pas au bras, comme les femmes dont on vient de parler, un panier o\u00f9 sont les provisions de la journ\u00e9e&#160;; mais ils portent \u00e0 la main ou cachent sous leurs vestes ou comme ils peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure de leur rentr\u00e9e \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Ainsi, \u00e0 la fatigue d\u2019une journ\u00e9e d\u00e9mesur\u00e9ment longue, puisqu\u2019elle a au moins quinze heures, vient se joindre pour ces malheureux celle des all\u00e9es et venues si fr\u00e9quentes, si p\u00e9nibles. Il r\u00e9sulte que le soir ils arrivent chez eux accabl\u00e9s par le besoin de dormir, et que le lendemain ils en sortent avant d\u2019\u00eatre compl\u00e8tement repos\u00e9s pour se trouver \u00e0 l\u2019atelier \u00e0 l\u2019heure de l\u2019ouverture.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voici maintenant les bouges o\u00f9 s\u2019entassaient ceux qui logeaient en ville&#160;: \u00ab&#160;J\u2019ai vu \u00e0 Mulhouse, \u00e0 Dornach et dans des maisons voisines, de ces mis\u00e9rables logements o\u00f9 deux familles couchaient chacune dans un coin, sur la paille jet\u00e9e sur le carreau et retenue par deux planches\u2026 Cette mis\u00e8re dans laquelle vivent les ouvriers de l\u2019industrie du coton dans le d\u00e9partement du Haut-Rhin est si profonde, qu\u2019elle produit ce triste r\u00e9sultat que, tandis que dans les familles des fabricants, n\u00e9gociants, drapiers, directeurs d\u2019usines, la moiti\u00e9 des enfants atteint la vingt et uni\u00e8me ann\u00e9e, cette m\u00eame moiti\u00e9 cesse d\u2019exister avant deux ans accomplis dans les familles de tisserands et d\u2019ouvriers de filatures de coton\u2026&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Parlant du travail de l\u2019atelier, Villerm\u00e9 ajoute&#160;: \u00ab&#160;Ce n\u2019est pas l\u00e0 un travail, une t\u00e2che, c\u2019est une torture, et on l\u2019inflige \u00e0 des enfants de six \u00e0 huit ans\u2026 C\u2019est ce long supplice de tous les jours qui mine principalement les ouvriers dans les filatures de coton.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et, \u00e0 propos de la dur\u00e9e du travail, Villerm\u00e9 observait que les for\u00e7ats des bagnes ne travaillent que dix heures, les esclaves des Antilles neuf heures en moyenne, tandis qu\u2019il existait dans la France qui avait fait la R\u00e9volution de 89, qui avait proclam\u00e9 les pompeux <em>Droits de l\u2019Homme<\/em>, des manufactures o\u00f9 la journ\u00e9e \u00e9tait de seize heures, sur lesquelles on n\u2019accordait aux ouvriers qu\u2019une heure et demie pour les repas&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-8-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-8-330681' title='Les Indiens des tribus belliqueuses du Br\u00e9sil tuent leurs infirmes et leurs vieillards&amp;#160;; ils t\u00e9moignent leur amiti\u00e9 en mettant fin \u00e0 une vie qui n\u2019est plus r\u00e9jouie par des combats, des f\u00eates et des danses. Tous les peuples primitifs ont donn\u00e9 aux leurs ces preuves d\u2019affection&amp;#160;: les Massag\u00e8tes de la mer Caspienne (H\u00e9rodote) aussi bien que les Wens de l\u2019Allemagne et les Celtes de la Gaule. Dans les \u00e9glises de Su\u00e8de, derni\u00e8rement encore, on conservait des massues dites &lt;em&gt;massues familiales&lt;\/em&gt;, qui servaient \u00e0 d\u00e9livrer les parents des tristesses de la vieillesse. Combien d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s sont les prol\u00e9taires modernes pour accepter en patience les \u00e9pouvantables mis\u00e8res du travail de fabrique&amp;#160;!'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d4 mis\u00e9rable avortement des principes r\u00e9volutionnaires de la bourgeoisie&#160;! \u00f4 lugubres pr\u00e9sents de son dieu Progr\u00e8s&#160;! \u2014 Les philanthropes acclament bienfaiteurs de l\u2019Humanit\u00e9 ceux qui, pour s\u2019enrichir en fain\u00e9antant, donnent du travail aux pauvres&#160;; mieux vaudrait semer la peste, empoisonner les sources que d\u2019\u00e9riger une fabrique au milieu d\u2019une population rustique. \u2014 Introduisez le travail et adieu joie, sant\u00e9, libert\u00e9&#160;; adieu tout ce qui fait la vie belle et digne d\u2019\u00eatre v\u00e9cue&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-9-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-9-330681' title='Au Congr\u00e8s industriel tenu \u00e0 Berlin, le 21 janvier 1879, on estimait \u00e0 568 millions de francs la perte qu\u2019avait \u00e9prouv\u00e9e l\u2019industrie du fer en Allemagne pendant la derni\u00e8re crise.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les \u00e9conomistes s\u2019en vont r\u00e9p\u00e9tant aux ouvriers&#160;: travaillez, travaillez pour augmenter la fortune sociale&#160;! et cependant un \u00e9conomiste, Destut de Tracy, leur r\u00e9pond&#160;: \u00ab&#160;Les nations pauvres, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le peuple est \u00e0 son aise&#160;; les nations riches, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 il est ordinairement pauvre.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et son disciple Cherbulliez de continuer&#160;: \u00ab&#160;Les travailleurs eux-m\u00eames, en coop\u00e9rant \u00e0 l\u2019accumulation des capitaux productifs, contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui, t\u00f4t ou tard, doit les priver d\u2019une partie de leur salaire.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, assourdis et idiotis\u00e9s par leurs propres hululements, les \u00e9conomistes de r\u00e9pondre&#160;: travaillez, travaillez toujours pour cr\u00e9er votre bien-\u00eatre&#160;! Et, au nom de la mansu\u00e9tude chr\u00e9tienne, un pr\u00eatre de l\u2019\u00c9glise anglicane, le r\u00e9v\u00e9rend Towsend, psalmodie&#160;: travaillez, travaillez nuit et jour&#160;; en travaillant vous faites cro\u00eetre votre mis\u00e8re, et votre mis\u00e8re nous dispense de vous imposer le travail par la force de la loi. L\u2019imposition l\u00e9gale du travail \u00ab&#160;donne trop de peine, exige trop de violence et fait trop de bruit&#160;; la faim, au contraire, est non seulement une pression paisible, silencieuse, incessante, mais comme le mobile le plus naturel du travail et de l\u2019industrie, elle provoque aussi les efforts les plus puissants&#160;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Travaillez, travaillez, prol\u00e9taires, pour agrandir la fortune sociale et vos mis\u00e8res individuelles&#160;; travaillez, travaillez, pour que devenant plus pauvres vous ayez plus de raison de travailler et d\u2019\u00eatre mis\u00e9rables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que pr\u00eatant l\u2019oreille aux fallacieuses paroles des \u00e9conomistes, les prol\u00e9taires se sont livr\u00e9s corps et \u00e2me au vice du travail, ils pr\u00e9cipitent la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re dans ces crises industrielles de surproduction qui convulsent l\u2019organisme social. Alors, parce qu\u2019il y a pl\u00e9thore de marchandises et p\u00e9nurie d\u2019acheteurs, les ateliers se ferment et la faim cingle les populations ouvri\u00e8res de son fouet aux mille lani\u00e8res. Les prol\u00e9taires abrutis par le dogme du travail, ne comprenant pas que le sur-travail qu\u2019ils se sont inflig\u00e9 pendant le temps de pr\u00e9tendue prosp\u00e9rit\u00e9 est la cause de leur mis\u00e8re pr\u00e9sente, au lieu de courir aux greniers \u00e0 bl\u00e9 et de crier&#160;: \u00ab&#160;Nous avons faim, nous voulons manger&#160;!\u2026 Vrai, nous n\u2019avons pas un rouge liard, mais tout gueux que nous sommes, c\u2019est nous cependant qui avons moissonn\u00e9 le bl\u00e9 et vendang\u00e9 le raisin\u2026&#160;\u00bb \u2014 Au lieu d\u2019assi\u00e9ger les magasins de M. Bonnet, de Jujurieux, l\u2019inventeur des couvents industriels, et de clamer&#160;: \u00ab&#160;M. Bonnet, voici vos ouvri\u00e8res ovalistes, moulineuses, fileuses, tisseuses, elles grelottent sous leurs cotonnades rapetass\u00e9es \u00e0 chagriner l\u2019\u0153il d\u2019un juif et cependant ce sont elles qui ont fil\u00e9 et tiss\u00e9 les robes de soie des cocottes de toute la chr\u00e9tient\u00e9. Les pauvresses travaillant treize heures par jour, n\u2019avaient pas le temps de songer \u00e0 la toilette, maintenant elles ch\u00f4ment et peuvent faire du frou-frou avec les soieries qu\u2019elles ont ouvr\u00e9es. D\u00e8s qu\u2019elles ont perdu leurs dents de lait, elles se sont d\u00e9vou\u00e9es \u00e0 votre fortune et ont v\u00e9cu dans l\u2019abstinence&#160;; maintenant elles ont des loisirs et veulent jouir un peu des fruits de leur travail. Allons, M. Bonnet, livrez vos soieries, M. Harmel fournira ses mousselines, M. Pouyer-Quertier ses calicots, M. Pinet ses bottines pour leurs chers petits pieds froids et humides\u2026 V\u00eatues de pied en cap, et fringantes, elles vous feront plaisir \u00e0 contempler. Allons, pas de tergiversations&#160;; \u2014 vous \u00eates ami de l\u2019humanit\u00e9, n\u2019est-ce pas, et chr\u00e9tien par-dessus le march\u00e9&#160;? \u2014 Mettez \u00e0 la disposition de vos ouvri\u00e8res la fortune qu\u2019elles vous ont \u00e9difi\u00e9e avec la chair de leur chair. \u2014 Vous \u00eates ami du commerce&#160;? \u2014 Facilitez la circulation des marchandises&#160;; voici des consommateurs tout trouv\u00e9s&#160;; ouvrez-leur des cr\u00e9dits illimit\u00e9s. Vous \u00eates bien oblig\u00e9 d\u2019en faire \u00e0 des n\u00e9gociants que vous ne connaissez ni d\u2019Adam ni d\u2019\u00c8ve, qui ne vous ont rien donn\u00e9, pas m\u00eame un verre d\u2019eau. Vos ouvri\u00e8res s\u2019acquitteront comme elles le pourront&#160;; si, au jour de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, elles gambettisent et laissent protester leur signature, vous les mettrez en faillite, et si elles n\u2019ont rien \u00e0 saisir, vous exigerez qu\u2019elles vous paient en pri\u00e8res&#160;: elles vous enverront en paradis, mieux que vos sacs noirs, au nez gorg\u00e9 de tabac.&#160;\u00bb Au lieu de profiter des moments de crise pour une distribution g\u00e9n\u00e9rale des produits et un gaudissement universel, les ouvriers, crevant la faim, s\u2019en vont battre de leur t\u00eate les portes de l\u2019atelier. Avec des figures h\u00e2ves, des corps amaigris, des discours piteux, ils assaillent les fabricants&#160;: \u00ab&#160;Bon M. Chagot, doux M. Schneider, donnez-nous du travail, ce n\u2019est pas la faim, mais la passion du travail qui nous tourmente&#160;!&#160;\u00bb Et ces mis\u00e9rables qui ont \u00e0 peine la force de se tenir debout, vendent douze et quatorze heures de travail deux fois moins cher que lorsqu\u2019ils avaient du pain sur la planche. Et les philanthropes de l\u2019industrie de profiter des ch\u00f4mages pour fabriquer \u00e0 meilleur march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les crises industrielles suivent les p\u00e9riodes de sur-travail aussi fatalement que la nuit le jour, tra\u00eenant apr\u00e8s elles le ch\u00f4mage forc\u00e9 et la mis\u00e8re sans issue, elles am\u00e8nent aussi la banqueroute inexorable. Tant que le fabricant a du cr\u00e9dit, il l\u00e2che la bride \u00e0 la rage du travail, il emprunte et emprunte encore pour fournir la mati\u00e8re premi\u00e8re aux ouvriers. Il fait produire, sans r\u00e9fl\u00e9chir que le march\u00e9 s\u2019engorge et que, si ses marchandises n\u2019arrivent pas \u00e0 la vente, ses billets viendront \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance. Accul\u00e9, il va implorer le juif, il se jette \u00e0 ses pieds, lui offre son sang, son honneur. \u00ab&#160;Un petit peu d\u2019or ferait mieux mon affaire, r\u00e9pond le Rothschild, vous avez 20,000 paires de bas en magasin, ils valent vingt sous, je les prends \u00e0 quatre sous.&#160;\u00bb Les bas obtenus, le juif les vend six et huit sous, et empoche les fr\u00e9tillantes pi\u00e8ces de cent sous qui ne doivent rien \u00e0 personne&#160;: mais le fabricant a recul\u00e9 pour mieux sauter. Enfin, la d\u00e9b\u00e2cle arrive et les magasins d\u00e9gorgent&#160;; on jette alors tant de marchandises par la fen\u00eatre, qu\u2019on ne sait comment elles sont entr\u00e9es par la porte. C\u2019est par centaines de millions que se chiffre la valeur des marchandises d\u00e9truites&#160;; au si\u00e8cle dernier on les br\u00fblait ou on les jetait \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant d\u2019aboutir \u00e0 cette conclusion, les fabricants parcourent le monde en qu\u00eate de d\u00e9bouch\u00e9s pour les marchandises qui s\u2019entassent&#160;; ils forcent leur gouvernement \u00e0 s\u2019annexer des Congo, \u00e0 s\u2019emparer des Tonkin, \u00e0 d\u00e9molir \u00e0 coups de canon les murailles de la Chine, pour y \u00e9couler leurs cotonnades. Aux si\u00e8cles derniers, c\u2019\u00e9tait un duel \u00e0 mort entre la France et l\u2019Angleterre \u00e0 qui aurait le privil\u00e8ge exclusif de vendre en Am\u00e9rique et aux Indes. Des milliers d\u2019hommes jeunes et vigoureux ont rougi de leur sang les mers, pendant les guerres coloniales des XVIe, XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus o\u00f9 les placer&#160;; ils vont alors, chez les nations heureuses qui l\u00e9zardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, \u00e9riger des fabriques et importer la mal\u00e9diction du travail. Et cette exportation de capitaux fran\u00e7ais se termine un beau matin par des complications diplomatiques&#160;: en \u00c9gypte, la France, l\u2019Angleterre, l\u2019Allemagne \u00e9taient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient pay\u00e9s les premiers&#160;; par des guerres du Mexique o\u00f9 l\u2019on envoie les soldats fran\u00e7ais faire le m\u00e9tier d\u2019huissiers pour recouvrer de mauvaises dettes&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-10-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-10-330681' title='&lt;em&gt;La justice&lt;\/em&gt; de M. Clemenceau, dans sa partie financi\u00e8re, disait le 6 avril&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;Nous avons entendu soutenir cette opinion, que, \u00e0 d\u00e9faut de la Prusse, les milliards de la guerre de 1870 eussent \u00e9t\u00e9 &lt;em&gt;\u00e9galement perdus&lt;\/em&gt; pour la France et ce sous forme d\u2019emprunt p\u00e9riodiquement \u00e9mis pour l\u2019\u00e9quilibre des budgets \u00e9trangers&amp;#160;; telle est \u00e9galement notre opinion.&amp;#160;\u00bb On estime \u00e0 cinq milliards la perte des capitaux anglais dans les emprunts des r\u00e9publiques de l\u2019Am\u00e9rique du Sud. \u2014 Les travailleurs fran\u00e7ais ont non seulement produit les cinq milliards pay\u00e9s \u00e0 M. Bismarck&amp;#160;; mais ils continuent \u00e0 servir les int\u00e9r\u00eats de l\u2019indemnit\u00e9 de guerre, aux Ollivier, aux Girardin, aux Bazaine et autres porteurs de titres de rente qui ont amen\u00e9 la guerre et la d\u00e9route. Cependant, il leur reste une fiche de consolation&amp;#160;: ces cinq milliards n\u2019occasionneront pas de guerre de recouvrement.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces mis\u00e8res individuelles et sociales, pour grandes et innombrables qu\u2019elles soient, pour \u00e9ternelles qu\u2019elles paraissent, s\u2019\u00e9vanouiront comme les hy\u00e8nes et les chacals \u00e0 l\u2019approche du lion, quand le Prol\u00e9tariat dira&#160;: \u00ab&#160;Je le veux.&#160;\u00bb Mais pour qu\u2019il parvienne \u00e0 la conscience de sa force, il faut que le Prol\u00e9tariat foule aux pieds les pr\u00e9jug\u00e9s de la morale chr\u00e9tienne, \u00e9conomique, libre-penseuse&#160;; il faut qu\u2019il retourne \u00e0 ses instincts naturels, qu\u2019il proclame les <em>Droits de la paresse<\/em>, mille et mille fois plus nobles et plus sacr\u00e9s que les phthisiques <em>Droits de l\u2019homme<\/em> concoct\u00e9s par les avocats m\u00e9taphysiciens de la r\u00e9volution bourgeoise&#160;; qu\u2019il se contraigne \u00e0 ne travailler que trois heures par jour, \u00e0 fain\u00e9anter et bombancer le reste de la journ\u00e9e et de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici, ma t\u00e2che a \u00e9t\u00e9 facile, je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 d\u00e9crire des maux r\u00e9els bien connus de nous tous, h\u00e9las&#160;! Mais convaincre le Prol\u00e9tariat que la morale qu\u2019on lui a inocul\u00e9e est perverse, que le travail effr\u00e9n\u00e9 auquel il s\u2019est livr\u00e9 d\u00e8s le commencement du si\u00e8cle est le plus terrible fl\u00e9au qui jamais ait frapp\u00e9 l\u2019humanit\u00e9, que le travail ne deviendra un condiment des plaisirs de la paresse, un exercice bienfaisant \u00e0 l\u2019organisme humain, une passion utile \u00e0 l\u2019organisme social que lorsqu\u2019il sera sagement r\u00e9glement\u00e9 et limit\u00e9 \u00e0 un maximum de trois heures par jour, est une t\u00e2che ardue au-dessus de mes forces&#160;; seuls des physiologistes, des hygi\u00e9nistes, des \u00e9conomistes communistes pourraient l\u2019entreprendre. Dans les pages qui vont suivre, je me bornerai \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimit\u00e9e, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger \u00e0 consommer les marchandises qu\u2019ils produisent.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/III.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2001\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/III-330x330.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/III-690x690.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/III-990x990.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/III-125x125.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Ce qui suit la surproduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Un po\u00e8te grec, du temps de Cic\u00e9ron, Antiparos, chantait ainsi l\u2019invention du moulin \u00e0 eau (pour la mouture du grain) qui allait \u00e9manciper les femmes esclaves et ramener l\u2019\u00e2ge d\u2019or&#160;: \u00ab&#160;\u00c9pargnez le bras qui fait tourner la meule, \u00f4 meuni\u00e8res, et dormez paisiblement&#160;! Que le coq vous avertisse en vain qu\u2019il fait jour&#160;! Dao a impos\u00e9 aux nymphes le travail des esclaves et les voil\u00e0 qui sautillent all\u00e8grement sur la roue et voil\u00e0 que l\u2019essieu \u00e9branl\u00e9 roule avec ses raies, faisant tourner la pesante pierre roulante. Vivons de la vie de nos p\u00e8res et oisifs r\u00e9jouissons-nous des dons que la d\u00e9esse accorde.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las&#160;! les loisirs que le po\u00e8te pa\u00efen annon\u00e7ait ne sont pas venus&#160;; la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine lib\u00e9ratrice en instrument d\u2019asservissement des hommes libres&#160;: sa productivit\u00e9 les appauvrit.<\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne ouvri\u00e8re ne fait avec le fuseau que cinq mailles \u00e0 la minute, certains m\u00e9tiers circulaires \u00e0 tricoter en font trente mille dans le m\u00eame temps. Chaque minute de la machine \u00e9quivaut donc \u00e0 cent heures de travail de l\u2019ouvri\u00e8re&#160;; ou bien chaque minute de travail de la machine d\u00e9livre \u00e0 l\u2019ouvri\u00e8re dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l\u2019industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvel\u00e9es par la m\u00e9canique moderne. \u2014 Mais que voyons-nous&#160;? \u00c0 mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l\u2019homme avec une rapidit\u00e9 et une pr\u00e9cision sans cesse croissantes, l\u2019ouvrier, au lieu de prolonger son repos d\u2019autant, redouble d\u2019ardeur, comme s\u2019il voulait rivaliser avec la machine. Oh&#160;! concurrence absurde et meurtri\u00e8re&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour que la concurrence de l\u2019homme et de la machine pr\u00eet libre carri\u00e8re, les prol\u00e9taires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations&#160;; ils ont supprim\u00e9 les jours f\u00e9ri\u00e9s&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-11-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-11-330681' title='Sous l\u2019ancien r\u00e9gime, les lois de l\u2019\u00c9glise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours f\u00e9ri\u00e9s) pendant lesquels il \u00e9tait strictement d\u00e9fendu de travailler. C\u2019\u00e9tait le grand crime du catholicisme, la cause principale de l\u2019irr\u00e9ligion de la bourgeoisie industrielle et commer\u00e7ante. Sous la R\u00e9volution, d\u00e8s qu\u2019elle fut ma\u00eetresse, elle abolit les jours f\u00e9ri\u00e9s&amp;#160;; et rempla\u00e7a la semaine de sept jours par celle de dix&amp;#160;; afin que le peuple n\u2019e\u00fbt plus qu\u2019un jour de repos sur dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l\u2019\u00c9glise pour mieux les soumettre au joug du travail.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La haine contre les jours f\u00e9ri\u00e9s n\u2019appara\u00eet que lorsque la moderne bourgeoisie industrielle et commer\u00e7ante prend corps, entre les XVe et XVIe si\u00e8cles. Henri IV demanda leur r\u00e9duction au pape&amp;#160;; il refusa parce que \u00ab&amp;#160;une des h\u00e9r\u00e9sies qui courent le jourd\u2019hui, est touchant les f\u00eates&amp;#160;\u00bb (&lt;em&gt;Lettres du cardinal d\u2019Ossat&lt;\/em&gt;). Mais, en 1666, P\u00e9r\u00e9fixe, archev\u00eaque de Paris, en supprima 17 dans son dioc\u00e8se. Le protestantisme, qui \u00e9tait la religion chr\u00e9tienne, accommod\u00e9e aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la bourgeoisie, fut moins soucieux du repos populaire&amp;#160;; il d\u00e9tr\u00f4na au ciel les saints pour abolir sur terre leurs f\u00eates.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La r\u00e9forme religieuse et la libre pens\u00e9e philosophique n\u2019\u00e9taient que des pr\u00e9textes qui permirent \u00e0 la bourgeoisie j\u00e9suite et rapace d\u2019escamoter les jours de f\u00eate du populaire.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Parce que les producteurs d\u2019alors ne travaillaient que cinq jours sur sept, croient-ils donc, ainsi que le racontent les \u00e9conomistes menteurs, qu\u2019ils ne vivaient que d\u2019air et d\u2019eau fra\u00eeche&#160;? \u2014 Allons donc&#160;! \u2014 Ils avaient des loisirs pour go\u00fbter les joies de la terre, pour faire l\u2019amour et rigoler&#160;; pour banqueter joyeusement en l\u2019honneur du r\u00e9jouissant dieu de la Fain\u00e9antise. La morose Angleterre, encagott\u00e9e dans le protestantisme, se nommait alors la \u00ab&#160;joyeuse Angleterre&#160;\u00bb (<em>Merry England<\/em>). \u2014 Rabelais, Quevedo, Cervantes, les auteurs inconnus des romans picaresques, nous font venir l\u2019eau \u00e0 la bouche avec leurs peintures de ces monumentales ripailles&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-12-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-12-330681' title='Ces f\u00eates pantagru\u00e9liques duraient des semaines. Don Rodrigo de Lara gagne sa fianc\u00e9e en expulsant les Maures de Calatrava la vieille, et le &lt;em&gt;Romancero&lt;\/em&gt; narre que&lt;br&gt;&lt;em&gt;Las bodas fueron en Burgos,&lt;br&gt;Las tornabodas en Salas&amp;#160;:&lt;br&gt;En bodas y tornabodas&lt;br&gt;Pasaron siete semanas.&lt;br&gt;Tantas vienen de las gentes,&lt;br&gt;Que no caben por las plazas\u2026&lt;br&gt;&lt;\/em&gt;&lt;br&gt;[&lt;em&gt;Les noces furent \u00e0 Burgos, les retours de noces \u00e0 Salas ; en noces et retours de noces, sept semaines pass\u00e8rent ; tant de gens accoururent que les places ne purent les contenir\u2026&lt;\/em&gt;]&lt;br&gt;Les hommes de ces noces de sept semaines \u00e9taient les h\u00e9ro\u00efques soldats des guerres de l\u2019ind\u00e9pendance.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span><\/span> dont on se r\u00e9galait alors entre deux batailles et deux d\u00e9vastations, et dans lesquelles tout \u00ab&#160;allait par escuelles.&#160;\u00bb \u2014 Jordaens et l\u2019\u00e9cole flamande les ont \u00e9crites sur leurs toiles r\u00e9jouissantes. Sublimes estomacs gargantuesques, qu\u2019\u00eates-vous devenus&#160;? Sublimes cerveaux qui encercliez toute la pens\u00e9e humaine, qu\u2019\u00eates-vous devenus&#160;? \u2014 Nous sommes bien d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s et bien rapetiss\u00e9s. La vache enrag\u00e9e, la pomme de terre, le vin fuchsin\u00e9, le schnaps prussien savamment combin\u00e9s avec le travail forc\u00e9 ont d\u00e9bilit\u00e9 nos corps et born\u00e9 nos esprits. Et c\u2019est alors que l\u2019homme r\u00e9tr\u00e9cit son estomac et que la machine \u00e9largit sa productivit\u00e9, c\u2019est alors que les \u00e9conomistes nous pr\u00eachent la th\u00e9orie malthusienne, la religion de l\u2019abstinence et le dogme du travail&#160;? Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que la classe ouvri\u00e8re, avec sa bonne foi simpliste, s\u2019est laiss\u00e9e endoctriner, parce que, avec son imp\u00e9tuosit\u00e9 native, elle s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e \u00e0 l\u2019aveugle dans le travail et l\u2019abstinence, la classe capitaliste s\u2019est trouv\u00e9e condamn\u00e9e \u00e0 la paresse et \u00e0 la jouissance forc\u00e9es, \u00e0 l\u2019improductivit\u00e9 et \u00e0 la sur-consommation. Mais, si le sur-travail de l\u2019ouvrier meurtrit sa chair et tenaille ses nerfs, il est aussi f\u00e9cond en douleurs pour le bourgeois.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019abstinence \u00e0 laquelle se condamne la classe productive oblige les bourgeois \u00e0 se consacrer \u00e0 la sur-consommation des produits qu\u2019elle manufacture d\u00e9sordonn\u00e9ment. Au d\u00e9but de la production capitaliste, il y a un ou deux si\u00e8cles de cela, le bourgeois \u00e9tait un homme rang\u00e9, de m\u0153urs raisonnables et paisibles&#160;; il se contentait de sa femme ou \u00e0 peu pr\u00e8s&#160;; il ne buvait qu\u2019\u00e0 sa soif et ne mangeait qu\u2019\u00e0 sa faim. Il laissait aux courtisans et aux courtisanes les nobles vertus de la vie d\u00e9bauch\u00e9e. Aujourd\u2019hui il n\u2019est fils de parvenu qui ne se croit tenu de d\u00e9velopper la prostitution et de mercurialiser son corps pour donner un but aux labeurs que s\u2019imposent les ouvriers des mines de mercure&#160;; il n\u2019est bourgeois qui ne s\u2019empiffre de chapons truff\u00e9s et de Laffite navigu\u00e9, pour encourager les \u00e9leveurs de la Fl\u00e8che et les vignerons du Bordelais. \u00c0 ce m\u00e9tier, l\u2019organisme se d\u00e9labre rapidement, les cheveux tombent, les dents se d\u00e9chaussent, le tronc se d\u00e9forme, le ventre s\u2019entripaille, la respiration s\u2019embarrasse, les mouvements s\u2019alourdissent, les articulations s\u2019ankylosent, les phalanges se nouent. D\u2019autres, trop malingres pour supporter les fatigues de la d\u00e9bauche, mais dot\u00e9s de la bosse du prudhomisme, dess\u00e8chent leur cervelle comme les Garnier de l\u2019\u00c9conomie politique, les Acollas de la philosophie juridique, \u00e0 \u00e9lucubrer de gros livres soporifiques pour occuper les loisirs des compositeurs et des imprimeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes du monde vivent une vie de martyr. Pour essayer et faire valoir les toilettes f\u00e9eriques que les couturi\u00e8res se tuent \u00e0 b\u00e2tir, du soir au matin elles font la navette d\u2019une robe dans une autre&#160;; pendant des heures, elles livrent leur t\u00eate creuse aux artistes capillaires qui, \u00e0 tout prix, veulent assouvir leur passion pour l\u2019\u00e9chafaudage des faux chignons. Sangl\u00e9es dans leurs corsets, \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans leurs bottines, d\u00e9collet\u00e9es \u00e0 faire rougir un sapeur, elles tournoient des nuits enti\u00e8res dans leurs bals de charit\u00e9 afin de ramasser quelques sous pour le pauvre monde. Saintes \u00e2mes&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour remplir sa double fonction sociale de non-producteur et de sur-consommateur, la bourgeoisie dut non seulement violenter ses go\u00fbts modestes, perdre ses habitudes laborieuses d\u2019il y a deux si\u00e8cles et se livrer au luxe effr\u00e9n\u00e9, aux indigestions truff\u00e9es et aux d\u00e9bauches syphilitiques&#160;; mais encore soustraire au travail productif une masse \u00e9norme d\u2019hommes afin de se procurer des aides.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici quelques chiffres qui prouvent combien colossale est cette d\u00e9perdition de forces productives.&nbsp;\u00ab&#160;D\u2019apr\u00e8s le recensement de 1861, la population de l\u2019Angleterre et du pays de Galles comprenait 20,066,244 personnes, dont 9,776,259 du sexe masculin et 10,289,965 du sexe f\u00e9minin. Si l\u2019on d\u00e9duit ce qui est trop vieux ou trop jeune pour travailler, les femmes, les adolescents et les enfants improductifs, puis les professions <em>id\u00e9ologiques<\/em> telles que gouvernants, police, clerg\u00e9, magistrature, arm\u00e9e, prostitution, arts, sciences, etc., ensuite les gens exclusivement occup\u00e9s \u00e0 manger le travail d\u2019autrui, sous forme de rente fonci\u00e8re, d\u2019int\u00e9r\u00eat, de dividendes, etc\u2026, il reste en gros huit millions d\u2019individus des deux sexes et de tout \u00e2ge, y compris les capitalistes fonctionnant dans la production, le commerce, la finance, etc\u2026 Sur ces huit millions, on compte&#160;:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"iframe-container wp-block-image wp-block-image-medium  iframe-dw\">\n\t<div>\n\t\t<iframe class=\"absolute w-full h-full pin-t pin-l\" title=\"titolo\" aria-label=\"Interactive line chart\" src=\"\/\/datawrapper.dwcdn.net\/xZ4zm\/3\/\" scrolling=\"no\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n\t<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Si nous additionnons les travailleurs des fabriques textiles et ceux des mines de charbon et de m\u00e9tal, nous obtenons le chiffre de 1,208,442&#160;; si nous additionnons les premiers et ceux de toutes les usines m\u00e9tallurgiques, nous avons un total de 1,039,605 personnes&#160;; c\u2019est-\u00e0-dire chaque fois un nombre plus petit que celui des esclaves domestiques modernes. Voil\u00e0 le magnifique r\u00e9sultat de l\u2019exploitation capitaliste des machines.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-13-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-13-330681' title='Karl Marx, &lt;em&gt;Le Capital&lt;\/em&gt;.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 toute cette classe domestique dont la grandeur indique le degr\u00e9 atteint par la civilisation capitaliste, il faut ajouter la classe nombreuse des malheureux vou\u00e9s exclusivement \u00e0 la satisfaction des go\u00fbts dispendieux et futiles des classes riches&#160;: tailleurs de diamants, denteli\u00e8res, brodeuses, relieurs de luxe, couturi\u00e8res de luxe, d\u00e9corateurs des maisons de plaisance, etc\u2026&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-14-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-14-330681' title='\u00ab&amp;#160;La proportion suivant laquelle la population d\u2019un pays est employ\u00e9e comme domestique, au service des classes ais\u00e9es, indique son progr\u00e8s en richesse nationale et en civilisation.&amp;#160;\u00bb (R. M. Martin&lt;em&gt;, Ireland before and after the Union&lt;\/em&gt;, 1848). Gambetta, qui niait la question sociale, depuis qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus l\u2019avocat n\u00e9cessiteux du Caf\u00e9 Procope, voulait sans doute parler de cette classe domestique sans cesse grandissante quand il r\u00e9clamait l\u2019av\u00e8nement des nouvelles couches sociales.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois accroupie dans la paresse absolue et d\u00e9moralis\u00e9e par la jouissance forc\u00e9e, la bourgeoisie, malgr\u00e9 le mal qu\u2019elle en eut, s\u2019accommoda de son nouveau genre de vie. Avec horreur elle envisagea tout changement. La vue des mis\u00e9rables conditions d\u2019existence accept\u00e9es avec r\u00e9signation par la classe ouvri\u00e8re et celle de la d\u00e9gradation organique engendr\u00e9e par la passion d\u00e9prav\u00e9e du travail augmentaient encore sa r\u00e9pulsion pour toute imposition de travail et pour toute restriction de jouissances.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment alors que, sans tenir compte de la d\u00e9moralisation que la bourgeoisie s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e comme un devoir social, les prol\u00e9taires se mirent en t\u00eate d\u2019infliger le travail aux capitalistes. Les na\u00effs, ils prirent au s\u00e9rieux les th\u00e9ories des \u00e9conomistes et des moralistes sur le travail et se sangl\u00e8rent les reins pour en imposer la pratique aux capitalistes. Le Prol\u00e9tariat arbora la devise&#160;: <em>Qui ne travaille pas, ne mange pas<\/em>&#160;; Lyon, en 1831, se leva pour du <em>plomb ou du travail<\/em>&#160;; les insurg\u00e9s de Juin 48 r\u00e9clam\u00e8rent le <em>Droit au travail<\/em>&#160;; les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s de Mars 1871 d\u00e9clar\u00e8rent leur soul\u00e8vement la <em>R\u00e9volution du travail<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ces d\u00e9cha\u00eenements de fureur barbare, destructives de toute jouissance et de toute paresse bourgeoises, les capitalistes ne pouvaient r\u00e9pondre que par la r\u00e9pression f\u00e9roce&#160;; mais ils savent que s\u2019ils ont pu comprimer ces explosions r\u00e9volutionnaires, ils n\u2019ont pas noy\u00e9 dans le sang de leurs massacres gigantesques l\u2019absurde id\u00e9e du Prol\u00e9tariat de vouloir infliger le travail aux classes oisives et repues&#160;; et c\u2019est pour d\u00e9tourner ce malheur qu\u2019ils s\u2019entourent de pr\u00e9toriens, de policiers, de magistrats, de ge\u00f4liers entretenus dans une improductivit\u00e9 laborieuse. On ne peut plus conserver d\u2019illusion sur le caract\u00e8re des arm\u00e9es modernes, elles ne se sont maintenues en permanence que pour comprimer \u00ab&#160;l\u2019ennemi int\u00e9rieur&#160;\u00bb&#160;; c\u2019est ainsi que les forts de Paris et de Lyon n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 construits pour d\u00e9fendre la ville contre l\u2019\u00e9tranger, mais pour l\u2019\u00e9craser si elle se r\u00e9voltait. Et s\u2019il fallait un exemple sans r\u00e9plique, citons l\u2019arm\u00e9e de la Belgique, de ce pays de Cocagne du Capitalisme&#160;; sa neutralit\u00e9 est garantie par les puissances europ\u00e9ennes et cependant son arm\u00e9e est une des plus fortes proportionnellement \u00e0 la population. Les glorieux champs de bataille de la brave arm\u00e9e belge sont les plaines du Borinage et de Charleroy&#160;; c\u2019est dans le sang des mineurs et des ouvriers d\u00e9sarm\u00e9s que les officiers belges trempent leurs \u00e9p\u00e9es et ramassent leurs \u00e9paulettes. Les nations europ\u00e9ennes n\u2019ont pas des arm\u00e9es nationales, mais des arm\u00e9es mercenaires&#160;: elles prot\u00e8gent les capitalistes contre la fureur populaire qui voudrait les condamner \u00e0 dix heures de mines ou de filature.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, en se serrant le ventre, la classe ouvri\u00e8re a d\u00e9velopp\u00e9 outre mesure le ventre de la bourgeoisie, condamn\u00e9e \u00e0 la sur-consommation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre soulag\u00e9e dans son p\u00e9nible travail, la bourgeoisie a retir\u00e9 des classes ouvri\u00e8res une masse d\u2019hommes de beaucoup sup\u00e9rieure \u00e0 celle qui restait consacr\u00e9e \u00e0 la production utile, et l\u2019a condamn\u00e9e \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019improductivit\u00e9 et \u00e0 la sur-consommation. Mais ce troupeau de bouches inutiles, malgr\u00e9 sa voracit\u00e9 insatiable, ne suffit pas \u00e0 consommer toutes les marchandises que les ouvriers, abrutis par le dogme du travail, produisent comme des maniaques, sans vouloir les consommer, et sans m\u00eame songer si l\u2019on trouvera des gens pour les consommer.<\/p>\n\n\n\n<p>En pr\u00e9sence de cette double folie des travailleurs, de se tuer de sur-travail et de v\u00e9g\u00e9ter dans l\u2019abstinence, le grand probl\u00e8me de la production capitaliste n\u2019est plus de trouver des producteurs et de d\u00e9cupler leurs forces, mais de d\u00e9couvrir des consommateurs, d\u2019exciter leurs app\u00e9tits et de leur cr\u00e9er des besoins factices. Puisque les ouvriers europ\u00e9ens, grelottants de froid et de faim, refusent de porter les \u00e9toffes qu\u2019ils tissent, de boire les vins qu\u2019ils r\u00e9coltent, les pauvres fabricants, ainsi que des d\u00e9rat\u00e9s, doivent courir aux antipodes chercher qui les portera et qui les boira&#160;: ce sont des centaines de millions et de milliards que l\u2019Europe exporte tous les ans aux quatre coins du monde \u00e0 des peuplades qui n\u2019en ont que faire&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-15-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-15-330681' title='Deux exemples&amp;#160;: le gouvernement anglais, pour complaire aux paysans indiens, qui malgr\u00e9 les famines p\u00e9riodiques qui d\u00e9solent le pays s\u2019ent\u00eatent \u00e0 cultiver le pavot au lieu du riz ou du bl\u00e9, a d\u00fb entreprendre des guerres sanglantes, afin d\u2019imposer au Gouvernement chinois la libre introduction de l\u2019opium indien. Les sauvages de la Polyn\u00e9sie, malgr\u00e9 la mortalit\u00e9 qui en fut la cons\u00e9quence, durent se v\u00eatir et se so\u00fbler \u00e0 l\u2019anglaise, pour consommer les produits des distilleries de l\u2019\u00c9cosse et des ateliers de tissage de Manchester.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais les continents explor\u00e9s ne sont plus assez vastes, il faut des pays vierges. Les fabricants de l\u2019Europe r\u00eavent nuit et jour de l\u2019Afrique, du lac Saharien, du chemin de fer du Soudan&#160;; avec anxi\u00e9t\u00e9, ils suivent les progr\u00e8s des Livingstone, des Stanley, des du Chaillu, des de Brazza&#160;; bouche b\u00e9ante, ils \u00e9coutent les histoires mirobolantes de ces courageux voyageurs. Que de merveilles inconnues renferme \u00ab&#160;le Continent noir&#160;\u00bb&#160;! Des champs sont plant\u00e9s de dents d\u2019\u00e9l\u00e9phant, des fleuves d\u2019huile de coco charrient des paillettes d\u2019or, des millions de culs noirs, nus comme la face de Dufaure ou de Girardin, attendent des cotonnades pour apprendre la d\u00e9cence, des bouteilles de schnaps et des bibles pour conna\u00eetre les vertus de la civilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout est impuissant&#160;: bourgeois qui s\u2019empiffrent, classe domestique qui d\u00e9passe la classe productive, nations \u00e9trang\u00e8res et barbares que l\u2019on engorge de marchandises europ\u00e9ennes&#160;; rien, rien ne peut arriver \u00e0 \u00e9couler les montagnes de produits qui s\u2019entassent plus hautes et plus \u00e9normes que les pyramides d\u2019\u00c9gypte&#160;: la productivit\u00e9 des ouvriers europ\u00e9ens d\u00e9fie toute consommation, tout gaspillage. Les fabricants, affol\u00e9s, ne savent plus o\u00f9 donner de la t\u00eate&#160;; ils ne peuvent plus trouver de mati\u00e8re premi\u00e8re pour satisfaire la passion d\u00e9sordonn\u00e9e, d\u00e9prav\u00e9e, de leurs ouvriers pour le travail. Dans nos d\u00e9partements lainiers, on effiloche les chiffons souill\u00e9s et \u00e0 demi pourris, on en fait des draps dits de <em>renaissance<\/em>, qui durent ce que durent les promesses \u00e9lectorales&#160;; \u00e0 Lyon, au lieu de laisser \u00e0 la fibre soyeuse sa simplicit\u00e9 et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels min\u00e9raux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d\u2019usage. Tous nos produits sont adult\u00e9r\u00e9s pour en faciliter l\u2019\u00e9coulement et en abr\u00e9ger l\u2019existence. Notre \u00e9poque sera appel\u00e9e l\u2019<em>\u00e2ge de la falsification<\/em>, comme les premi\u00e8res \u00e9poques de l\u2019humanit\u00e9 ont re\u00e7u les noms d\u2019<em>\u00e2ge de pierre<\/em>, d\u2019<em>\u00e2ge de bronze<\/em>, du caract\u00e8re de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 la pens\u00e9e qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se r\u00e9signer \u00e0 vivre les bras crois\u00e9s. Ces falsifications, qui pour unique mobile ont un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont d\u00e9sastreuses pour la qualit\u00e9 des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ing\u00e9niosit\u00e9 des bourgeois et l\u2019horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels \u00e0 \u00e9touffer les cris de leur conscience et \u00e0 violer m\u00eame les lois de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 commerciale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cependant, en d\u00e9pit de la sur-production de marchandises, en d\u00e9pit des falsifications industrielles, les ouvriers encombrent le march\u00e9 innombrablement, implorant du travail&#160;! du travail&#160;! \u2014 Leur surabondance devrait les obliger \u00e0 refr\u00e9ner leur passion&#160;; au contraire, elle la porte au paroxysme. Qu\u2019une chance de travail se pr\u00e9sente, ils se ruent dessus&#160;; alors c\u2019est douze, quatorze heures qu\u2019ils r\u00e9clament pour en avoir leur sao\u00fbl, et le lendemain les voil\u00e0 de nouveau rejet\u00e9s sur le pav\u00e9, sans plus rien pour alimenter leur vice. Tous les ans, dans toutes les industries, des ch\u00f4mages reviennent avec la r\u00e9gularit\u00e9 des saisons. Au sur-travail meurtrier pour l\u2019organisme, succ\u00e8de le repos absolu, pendant des trois et six mois&#160;; et plus de travail, plus de pitance. Puisque le vice du travail est diaboliquement chevill\u00e9 dans le c\u0153ur des ouvriers&#160;; puisque ses exigences \u00e9touffent tous les autres instincts de la nature&#160;; puisque la quantit\u00e9 de travail requise par la soci\u00e9t\u00e9 est forc\u00e9ment limit\u00e9e par la consommation et par l\u2019abondance de la mati\u00e8re premi\u00e8re, pourquoi d\u00e9vorer en six mois le travail de toute l\u2019ann\u00e9e&#160;? \u2014 Pourquoi ne pas le distribuer uniform\u00e9ment sur les douze mois et forcer tout ouvrier \u00e0 se contenter de six ou cinq heures par jour, pendant l\u2019ann\u00e9e, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois&#160;? \u2014 Assur\u00e9s de leur part quotidienne de travail, les ouvriers ne se jalouseront plus, ne se battront plus pour s\u2019arracher le travail des mains et le pain de la bouche&#160;; alors, non \u00e9puis\u00e9s de corps et d\u2019esprit, ils commenceront \u00e0 pratiquer les vertus de la paresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ab\u00eatis par leur vice, les ouvriers n\u2019ont pu s\u2019\u00e9lever \u00e0 l\u2019intelligence de ce fait, que, pour avoir du travail pour tous, il fallait le rationner comme l\u2019eau sur un navire en d\u00e9tresse. Cependant des industriels, au nom de l\u2019exploitation capitaliste, ont depuis longtemps demand\u00e9 une limitation l\u00e9gale de la journ\u00e9e de travail. Devant la commission de 1860 sur l\u2019enseignement professionnel, un des plus grands manufacturiers de l\u2019Alsace, M. Bourcart, de Guebwiller, d\u00e9clarait&#160;: \u00ab&#160;Que la journ\u00e9e de douze heures \u00e9tait excessive et devait \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 onze, que l\u2019on devait suspendre le travail \u00e0 deux heures le samedi. Je puis conseiller l\u2019adoption de cette mesure quoiqu\u2019elle paraisse on\u00e9reuse \u00e0 premi\u00e8re vue&#160;; nous l\u2019avons exp\u00e9riment\u00e9e dans nos \u00e9tablissements industriels depuis quatre ans et nous nous en trouvons bien, et la production moyenne, loin d\u2019avoir diminu\u00e9, a augment\u00e9.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude sur <em>les machines<\/em>, M. F. Passy, cite la lettre suivante d\u2019un grand industriel belge, M. Ottevaere. \u00ab&#160;Nos machines, quoique les m\u00eames que celles des filatures anglaises, ne produisent pas ce qu\u2019elles devraient produire et ce que produiraient ces m\u00eames machines en Angleterre, quoique les filatures travaillent deux heures de moins par jour\u2026 Nous travaillons tous <em>deux grandes heures de trop<\/em>&#160;: j\u2019ai la conviction que si l\u2019on ne travaillait que onze heures au lieu de treize, nous aurions la m\u00eame production et produirions par cons\u00e9quent plus \u00e9conomiquement.&#160;\u00bb D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, M. Leroy-Beaulieu affirme que \u00ab&#160;c\u2019est une observation d\u2019un grand manufacturier belge que les semaines o\u00f9 tombe un jour f\u00e9ri\u00e9 n\u2019apportent pas une production inf\u00e9rieure \u00e0 celle des semaines ordinaires\u2026&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-16-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-16-330681' title='Paul Leroy-Beaulieu, &lt;em&gt;La question ouvri\u00e8re au XIX&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle&lt;\/em&gt;, 1872.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que le peuple, pip\u00e9 en sa simplesse par les moralistes, n\u2019a jamais os\u00e9, un gouvernement aristocratique l\u2019a os\u00e9. M\u00e9prisant les hautes consid\u00e9rations morales et industrielles des \u00e9conomistes, qui, comme les oiseaux de mauvais augure, croassaient que diminuer d\u2019une heure le travail des fabriques c\u2019\u00e9tait d\u00e9cr\u00e9ter la ruine de l\u2019industrie anglaise, le gouvernement de l\u2019Angleterre a d\u00e9fendu par une loi, strictement observ\u00e9e, de travailler plus de dix heures par jour&#160;; et, apr\u00e8s comme avant, l\u2019Angleterre demeure la premi\u00e8re nation industrielle du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande exp\u00e9rience anglaise est l\u00e0, l\u2019exp\u00e9rience de quelques capitalistes intelligents est l\u00e0&#160;: elles d\u00e9montrent irr\u00e9futablement que, pour puissancier la productivit\u00e9 humaine, il faut r\u00e9duire les heures de travail et multiplier les jours de paye et de f\u00eates, et le peuple fran\u00e7ais n\u2019est pas convaincu. \u2014 Mais si une mis\u00e9rable r\u00e9duction de deux heures a augment\u00e9 en dix ans de pr\u00e8s d\u2019un tiers la production anglaise&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-17-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-17-330681' title='Voici, d\u2019apr\u00e8s le c\u00e9l\u00e8bre statisticien R. Giffen, du Bureau de statistique de Londres, la progression croissante de la richesse nationale de l\u2019Angleterre et de l\u2019Irlande&amp;#160;: en 1814, elle \u00e9tait de 55 milliards de francs&amp;#160;; en 1865, de 162,5 milliards de francs&amp;#160;; en 1875, de 212,5.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>, quelle marche vertigineuse imprimera \u00e0 la production fran\u00e7aise une r\u00e9duction l\u00e9gale de la journ\u00e9e de travail \u00e0 trois heures&#160;? Les ouvriers ne peuvent-ils donc comprendre qu\u2019en se surmenant de travail, ils \u00e9puisent leurs forces et celles de leur prog\u00e9niture&#160;; que, us\u00e9s, ils arrivent avant l\u2019\u00e2ge \u00e0 \u00eatre incapables de tout travail&#160;; qu\u2019absorb\u00e9s, abrutis par un seul vice, ils ne sont plus des hommes, mais des tron\u00e7ons d\u2019hommes&#160;; qu\u2019ils tuent en eux toutes les belles facult\u00e9s pour ne laisser debout et luxuriante que la folie furibonde du travail&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ah&#160;! comme des perroquets d\u2019Arcadie ils r\u00e9p\u00e8tent la le\u00e7on des \u00e9conomistes&#160;: \u00ab&#160;Travaillons, travaillons pour accro\u00eetre la richesse nationale.&#160;\u00bb \u00d4 idiots&#160;! c\u2019est parce que vous travaillez trop que l\u2019outillage industriel se d\u00e9veloppe lentement. Cessez de braire et \u00e9coutez un \u00e9conomiste&#160;; il n\u2019est pas un aigle, ce n\u2019est que M. L. Reybaud, que nous avons eu le bonheur de perdre il y a quelques mois&#160;: \u00ab&#160;C\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral sur les conditions de la main-d\u2019\u0153uvre que se r\u00e8gle la r\u00e9volution dans les m\u00e9thodes du travail. Tant que la main-d\u2019\u0153uvre fournit ses services \u00e0 bas prix, on la prodigue, on cherche \u00e0 l\u2019\u00e9pargner quand ses services deviennent plus co\u00fbteux.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-18-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-18-330681' title='Louis Reybaud, &lt;em&gt;Le coton, son r\u00e9gime, ses probl\u00e8mes&lt;\/em&gt;, 1863.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Pour forcer les capitalistes \u00e0 perfectionner leurs machines de bois et de fer, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chair et d\u2019os. Les preuves \u00e0 l\u2019appui&#160;? c\u2019est par centaines qu\u2019on peut les fournir. Dans la filature, le m\u00e9tier renvideur (<em>self acting mule<\/em>) fut invent\u00e9 et appliqu\u00e9 \u00e0 Manchester, parce que les fileurs se refusaient \u00e0 travailler aussi longtemps qu\u2019auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>En Am\u00e9rique, la machine envahit toutes les branches de la production agricole, depuis la fabrication du beurre jusqu\u2019au sarclage des bl\u00e9s&#160;: pourquoi&#160;? Parce que l\u2019Am\u00e9ricain, libre et paresseux, aimerait mieux mille morts que la vie bovine du paysan fran\u00e7ais. Le labourage si p\u00e9nible en notre glorieuse France, si riche en courbatures, est, dans l\u2019Ouest am\u00e9ricain, un agr\u00e9able passe-temps au grand air que l\u2019on prend assis, en fumant nonchalamment sa pipe.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/IV-1.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2001\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/IV-1-330x330.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/IV-1-690x690.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/IV-1-990x990.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/IV-1-125x125.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">\u00c0 nouvel air, chanson nouvelle<\/h2>\n\n\n\n<p>Si, en diminuant les heures de travail, l\u2019on conquiert \u00e0 la production sociale de nouvelles forces m\u00e9caniques&#160;; en obligeant les ouvriers \u00e0 consommer leurs produits, on conquerra une immense arm\u00e9e de forces travail. La bourgeoisie, d\u00e9charg\u00e9e alors de sa t\u00e2che de consommateur universel, s\u2019empressera de licencier la cohue de soldats, de magistrats, de figaristes, de prox\u00e9n\u00e8tes, etc., qu\u2019elle a retir\u00e9s du travail utile pour l\u2019aider \u00e0 consommer et \u00e0 gaspiller. \u2014 C\u2019est alors que le march\u00e9 du travail sera d\u00e9bordant&#160;; c\u2019est alors qu\u2019il faudra une loi de fer pour mettre l\u2019interdit sur le travail&#160;: il sera impossible de trouver de la besogne pour cette nu\u00e9e de ci-devant improductifs, plus nombreux que les poux des bois. Et apr\u00e8s eux il faudra songer \u00e0 tous ceux qui pourvoyaient \u00e0 leurs besoins et go\u00fbts futiles et dispendieux. Quand il n\u2019y aura plus de laquais et de g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 galonner, plus de prostitu\u00e9es libres et mari\u00e9es \u00e0 couvrir de dentelles, plus de canons \u00e0 forer, plus de palais \u00e0 b\u00e2tir, il faudra, par des lois s\u00e9v\u00e8res, imposer aux ouvri\u00e8res et ouvriers en passementeries, en dentelles, en fer, en b\u00e2timents, du canotage hygi\u00e9nique et des exercices chor\u00e9graphiques pour le r\u00e9tablissement de leur sant\u00e9 et le perfectionnement de la race. Du moment que les produits europ\u00e9ens consomm\u00e9s sur place ne seront plus transport\u00e9s au diable, il faudra bien que les marins, les hommes d\u2019\u00e9quipe, les camionneurs s\u2019assoient et apprennent \u00e0 tourner les pouces. Les bienheureux Polyn\u00e9siens pourront alors se livrer \u00e0 l\u2019amour libre sans craindre les coups de pied de la V\u00e9nus civilis\u00e9e et les sermons de la morale europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a plus. Afin de trouver du travail pour toutes les non-valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, afin de laisser l\u2019outillage industriel se d\u00e9velopper ind\u00e9finiment, la classe ouvri\u00e8re devra, comme la bourgeoisie, violenter ses go\u00fbts abstinents, et d\u00e9velopper ind\u00e9finiment ses capacit\u00e9s consommatrices. Au lieu de manger par jour une ou deux onces de viande coriace, quand elle en mange, elle mangera de juteux beefsteaks de une ou deux livres&#160;; au lieu de boire mod\u00e9r\u00e9ment du mauvais vin, plus catholique que le pape, elle boira \u00e0 grandes et profondes rasades du bordeaux, du bourgogne sans bapt\u00eame industriel et laissera l\u2019eau aux b\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prol\u00e9taires ont arr\u00eat\u00e9 en leur t\u00eate d\u2019infliger aux capitalistes des dix heures de forge et de raffinerie&#160;; l\u00e0 est la grande faute, la cause des antagonismes sociaux et des guerres civiles. D\u00e9fendre et non imposer le travail, il faudra. Les Rothschild, les Say seront admis \u00e0 faire la preuve d\u2019avoir \u00e9t\u00e9, leur vie durant, de parfaits vauriens&#160;; et s\u2019ils jurent vouloir continuer \u00e0 vivre en parfaits vauriens malgr\u00e9 l\u2019entra\u00eenement g\u00e9n\u00e9ral pour le travail, ils seront mis en carte et \u00e0 leur mairie respective ils recevront tous les matins une pi\u00e8ce de vingt francs pour leurs menus plaisirs. Les discordes sociales s\u2019\u00e9vanouiront. Les rentiers, les capitalistes, tous les premiers, se rallieront au parti populaire, une fois convaincus que loin de leur vouloir du mal, on veut au contraire les d\u00e9barrasser du travail de sur-consommation et de gaspillage dont ils ont \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9s d\u00e8s leur naissance. Quant aux bourgeois incapables de prouver leurs titres de vauriens, on les laissera suivre leurs instincts&#160;: il existe suffisamment de m\u00e9tiers d\u00e9go\u00fbtants pour les caser, \u2014 Dufaure nettoierait les latrines publiques, Galliffet chourinerait les cochons galeux et les chevaux forcineux&#160;; les membres de la commission des gr\u00e2ces, envoy\u00e9s \u00e0 Poissy, marqueraient les b\u0153ufs et les moutons \u00e0 abattre&#160;; les s\u00e9nateurs, attach\u00e9s aux pompes fun\u00e8bres, joueraient les croque-morts. Pour d\u2019autres, on trouverait des m\u00e9tiers \u00e0 port\u00e9e de leur intelligence. Lorgeril, Broglie boucheraient les bouteilles de champagne, mais on les muselerait pour les emp\u00eacher de s\u2019enivrer&#160;; Ferry, Freycinet, Tirard d\u00e9truiraient les punaises et les vermines des minist\u00e8res et autres auberges publiques&#160;; il faudra cependant mettre les deniers publics hors de la port\u00e9e des bourgeois de peur des habitudes acquises.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dure et longue vengeance on tirera des moralistes qui ont perverti l\u2019humaine nature, des cagots, des cafards, des hypocrites \u00ab&#160;et autres telles sectes de gens qui se sont d\u00e9guis\u00e9s comme masques pour tromper le monde. Car donnant entendre au populaire commun qu\u2019ils ne sont occup\u00e9s sinon \u00e0 contemplation et d\u00e9votion, en jeusnes et mac\u00e9ration de la sensualit\u00e9, sinon vrayement pour sustenter et alimenter la petite fragilit\u00e9 de leur humanit\u00e9&#160;: au contraire font chi\u00e8re, Dieu s\u00e7ait quelle&#160;! <em>et Curios simulant sed Bacchanalia vivunt<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-19-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-19-330681' title='\u00ab&amp;#160;Ils simulent des Curius et vivent comme aux Bacchanales&amp;#160;\u00bb (Juv\u00e9nal).'><sup>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Vous le pouvez lire en grosse lettre et enlumineure de leurs rouges muzeaulx et ventres \u00e0 poulaine, sinon quand ils se parfument de soulphre.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-20-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-20-330681' title='Rabelais, &lt;em&gt;Pantagruel&lt;\/em&gt;, Livre II, chapitre LXXIV.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Aux jours des grandes r\u00e9jouissances populaires, o\u00f9, au lieu d\u2019avaler de la poussi\u00e8re comme aux 15 ao\u00fbt et aux 14 juillet du bourgeoisisme, les communistes et les collectivistes feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets, les membres de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques, les pr\u00eatres \u00e0 longue et courte robe de l\u2019\u00e9glise \u00e9conomique, catholique, protestante, juive, positiviste et libre-penseuse, les propagateurs du malthusianisme et de la morale chr\u00e9tienne, altruiste, ind\u00e9pendante ou soumise v\u00eatus de jaune, tiendront la chandelle \u00e0 s\u2019en br\u00fbler les doigts et vivront en famine aupr\u00e8s des femmes galloises et des tables charg\u00e9es de viandes, de fruits et de fleurs, et mourront de soif aupr\u00e8s des tonneaux d\u00e9bond\u00e9s. Quatre fois l\u2019an, au changement des saisons, ainsi que les chiens des r\u00e9mouleurs, on les enfermera dans de grandes roues et pendant dix heures on les condamnera \u00e0 moudre du vent. Les avocats et les l\u00e9gistes subiront la m\u00eame peine.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9gime de paresse, pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales toujours et toujours&#160;; c\u2019est de l\u2019ouvrage tout trouv\u00e9 pour nos bourgeois l\u00e9gislateurs. On les organisera par bandes, courant les foires et les villages, donnant des repr\u00e9sentations l\u00e9gislatives. Les g\u00e9n\u00e9raux en bottes \u00e0 l\u2019\u00e9cuy\u00e8re, la poitrine chamarr\u00e9e d\u2019aiguillettes, de crachats, de croix de la L\u00e9gion d\u2019honneur, iront par les rues et les places, racolant les bonnes gens. Gambetta et Cassagnac son comp\u00e8re feront le boniment de la porte. Cassagnac, en grand costume de matamore, roulant des yeux, tordant la moustache, crachant de l\u2019\u00e9toupe enflamm\u00e9e, menacera tout le monde du pistolet de son p\u00e8re et s\u2019ab\u00eemera dans un trou d\u00e8s qu\u2019on lui montrera le portrait de Lullier&#160;; Gambetta discourra sur la politique \u00e9trang\u00e8re, sur la petite Gr\u00e8ce qui l\u2019endoctorise et mettrait l\u2019Europe en feu pour filouter la Turquie&#160;; sur la grande Russie, qui le stultifie avec la compote qu\u2019elle promet de faire de la Prusse et qui souhaite \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019Europe plaies et bosses pour faire sa pelote \u00e0 l\u2019est et \u00e9trangler le nihilisme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&#160;; sur M. de Bismarck, qui a \u00e9t\u00e9 assez bon pour lui permettre de se prononcer sur l\u2019amnistie\u2026 puis, d\u00e9nudant sa large bedaine peinte aux trois couleurs, il battra dessus le rappel et \u00e9num\u00e9rera les d\u00e9licieuses petites b\u00eates, les ortolans, les truffes, les verres de Margaux et d\u2019Yquem qu\u2019il y a engloutonn\u00e9s pour encourager l\u2019agriculture et tenir en liesse les \u00e9lecteurs de Belleville.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la baraque, on d\u00e9butera par la <em>Farce \u00e9lectorale<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant des \u00e9lecteurs \u00e0 t\u00eate de bois et \u00e0 oreilles d\u2019\u00e2nes, les candidats bourgeois, v\u00eatus en paillasse, danseront la danse des libert\u00e9s politiques, se torchant la face et la post-face avec leurs programmes \u00e9lectoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des mis\u00e8res du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France&#160;: et les t\u00eates des \u00e9lecteurs de braire en ch\u0153ur et solidement hi han&#160;! hi han&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Puis commencera la grande pi\u00e8ce&#160;: <em>Le Vol des biens de la Nation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La France capitaliste, \u00e9norme femelle, velue de la face et chauve du cr\u00e2ne, avachie, aux chairs flasques, bouffies, blafardes, aux yeux \u00e9teints, ensommeill\u00e9e et b\u00e2illant, s\u2019allonge sur un canap\u00e9 de velours&#160;; \u00e0 ses pieds, le Capitalisme industriel, gigantesque organisme de fer, \u00e0 masque simiesque, d\u00e9vore m\u00e9caniquement des hommes, des femmes, des enfants dont les cris lugubres et d\u00e9chirants emplissent l\u2019air&#160;; la Banque \u00e0 museau de fouine, \u00e0 corps d\u2019hy\u00e8ne et mains de harpies, lui d\u00e9robe prestement les pi\u00e8ces de cent sous de la poche. Des hordes de mis\u00e9rables prol\u00e9taires d\u00e9charn\u00e9s, en haillons, escort\u00e9s de gendarmes, le sabre au clair, chass\u00e9s par des furies, les cinglant avec les fouets de la faim, apportent aux pieds de la France capitaliste des monceaux de marchandises, des barriques de vin, des sacs d\u2019or et de bl\u00e9. Langlois, sa culotte d\u2019une main, le testament de Proudhon de l\u2019autre, le livre du budget entre les dents se campe \u00e0 la t\u00eate des d\u00e9fenseurs des biens de la nation et monte la garde. Les fardeaux d\u00e9pos\u00e9s, \u00e0 coups de crosse et de ba\u00efonnette, ils font chasser les ouvriers et ouvrent la porte aux industriels, aux commer\u00e7ants et aux banquiers. P\u00eale-m\u00eale, ils se pr\u00e9cipitent sur le tas, avalant des cotonnades, des sacs de bl\u00e9, des lingots d\u2019or, vidant des barriques&#160;: n\u2019en pouvant plus, sales, d\u00e9go\u00fbtants, ils s\u2019affaissent dans leurs ordures et leurs vomissements\u2026 Alors le tonnerre \u00e9clate, la terre s\u2019\u00e9branle et s\u2019entrouvre, la Fatalit\u00e9 historique surgit&#160;; de son pied de fer elle \u00e9crase les t\u00eates de ceux qui hoquettent, titubent, tombent et ne peuvent plus fuir, et de sa large main elle renverse la France capitaliste, ahurie et suante de peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, d\u00e9racinant de son c\u0153ur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvri\u00e8re se levait dans sa force terrible, non pour r\u00e9clamer les <em>Droits de l\u2019homme<\/em>, qui ne sont que les droits de l\u2019exploitation capitaliste, non pour r\u00e9clamer le <em>Droit au travail<\/em>, qui n\u2019est que le droit \u00e0 la mis\u00e8re, mais pour forger une loi d\u2019airain, d\u00e9fendant \u00e0 tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la terre, la vieille terre, fr\u00e9missant d\u2019all\u00e9gresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers\u2026 Mais, comment demander \u00e0 un prol\u00e9tariat corrompu par la morale capitaliste une r\u00e9solution virile\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Christ, la dolente personnification de l\u2019esclavage antique, les hommes, les femmes, les enfants du Prol\u00e9tariat gravissent p\u00e9niblement depuis un si\u00e8cle le dur calvaire de la douleur&#160;: depuis un si\u00e8cle, le travail forc\u00e9 brise leurs os, meurtrit leurs chairs, tenaille leurs nerfs&#160;; depuis un si\u00e8cle, la faim tord leurs entrailles et hallucine leurs cerveaux\u2026 \u00f4 Paresse, prends piti\u00e9 de notre longue mis\u00e8re&#160;! \u00f4 Paresse, m\u00e8re des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines&#160;!<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-medium_centered\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/APPENDICE.png\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"5267\"\n        data-pswp-height=\"2001\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/APPENDICE-330x125.png\"\r\n                media=\"(max-width:  374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/APPENDICE-690x262.png\"\r\n                media=\"(max-width:  989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/APPENDICE-990x376.png\"\r\n                media=\"(min-width:  990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2026\/04\/APPENDICE-125x47.png\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Nos moralistes sont gens bien modestes&#160;; s\u2019ils ont invent\u00e9 le dogme du travail, ils doutent de son efficacit\u00e9 pour tranquilliser l\u2019\u00e2me, r\u00e9jouir l\u2019esprit et entretenir le bon fonctionnement des reins et autres organes&#160;; ils veulent en exp\u00e9rimenter l\u2019usage sur le populaire, <em>in anim\u00e2 vili<\/em>, avant de le tourner contre les capitalistes, dont ils ont mission d\u2019expliquer et d\u2019autoriser les vices.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, philosophes \u00e0 quatre sous la douzaine, pourquoi vous battre ainsi la cervelle \u00e0 \u00e9lucubrer une morale dont vous n\u2019osez conseiller la pratique \u00e0 vos ma\u00eetres&#160;? Votre dogme du travail, dont vous faites tant les fiers, voulez-vous le voir bafou\u00e9, honni&#160;? Ouvrons l\u2019histoire des peuples antiques et les \u00e9crits de leurs philosophes et de leurs l\u00e9gislateurs&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Je ne saurais affirmer, dit le p\u00e8re de l\u2019histoire, H\u00e9rodote, si les Grecs tiennent des \u00c9gyptiens le m\u00e9pris qu\u2019ils font du travail, parce que je trouve le m\u00eame m\u00e9pris \u00e9tabli parmi les Thraces, les Scythes, les Perses, les Lydiens&#160;; en un mot parce que chez la plupart des barbares, ceux qui apprennent les arts m\u00e9caniques et m\u00eame leurs enfants sont regard\u00e9s comme les derniers des citoyens\u2026 Tous les Grecs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans ces principes, particuli\u00e8rement les Lac\u00e9d\u00e9moniens.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-21-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-21-330681' title='H\u00e9rodote, Tome II, trad. Larcher, 1786.'><sup>21<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;\u00c0 Ath\u00e8nes, les citoyens \u00e9taient de v\u00e9ritables nobles qui ne devaient s\u2019occuper que de la d\u00e9fense et de l\u2019administration de la communaut\u00e9, comme les guerriers sauvages dont ils tiraient leur origine. Devant donc \u00eatre libres de tout leur temps pour veiller, par leur force intellectuelle et corporelle, aux int\u00e9r\u00eats de la R\u00e9publique, ils chargeaient les esclaves de tout travail. De m\u00eame \u00e0 Lac\u00e9d\u00e9mone, les femmes m\u00eames ne devaient ni filer ni tisser pour ne pas d\u00e9roger \u00e0 leur noblesse.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-22-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-22-330681' title='Biot, &lt;em&gt;De l\u2019abolition de l\u2019esclavage ancien en Occident&lt;\/em&gt;, 1840.'><sup>22<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Les Romains ne connaissaient que deux m\u00e9tiers nobles et libres, l\u2019agriculture et les armes&#160;; tous les citoyens vivaient de droit aux d\u00e9pens du Tr\u00e9sor, sans pouvoir \u00eatre contraints de pourvoir \u00e0 leur subsistance par aucun des <em>sordid\u00e6 artes<\/em> (ils d\u00e9signaient ainsi les m\u00e9tiers), qui appartenaient de droit aux esclaves. Brutus, l\u2019ancien, pour soulever le peuple, accusa surtout Tarquin, le tyran, d\u2019avoir fait des artisans et des ma\u00e7ons avec des citoyens libres&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-23-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-23-330681' title='Tite-Live, &lt;em&gt;Histoire de Rome depuis sa fondation&lt;\/em&gt;, I, 1.'><sup>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les philosophes anciens se disputaient sur l\u2019origine des id\u00e9es, mais ils tombaient d\u2019accord s\u2019il s\u2019agissait d\u2019abhorrer le travail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;La nature, dit Platon, dans son utopie sociale, dans sa r\u00e9publique mod\u00e8le, la nature n\u2019a fait ni cordonnier, ni forgeron&#160;; de pareilles occupations d\u00e9gradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, mis\u00e9rables sans nom, qui sont exclus par leur \u00e9tat m\u00eame des droits politiques. Quant aux marchands accoutum\u00e9s \u00e0 mentir et \u00e0 tromper, on ne les souffrira dans la cit\u00e9 que comme un mal n\u00e9cessaire. Le citoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivi pour ce d\u00e9lit. S\u2019il est convaincu, il sera condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison. La punition sera double \u00e0 chaque r\u00e9cidive.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-24-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-24-330681' title='Platon, &lt;em&gt;R\u00e9publique&lt;\/em&gt;, I, V.'><sup>24<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Dans son <em>\u00c9conomique<\/em>, X\u00e9nophon \u00e9crit&#160;: \u00ab&#160;Les gens qui se livrent aux travaux manuels ne sont jamais \u00e9lev\u00e9s aux charges et on a bien raison. La plupart, condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre assis tout le jour, quelques-uns m\u00eame \u00e0 \u00e9prouver un feu continuel, ne peuvent manquer d\u2019avoir le corps alt\u00e9r\u00e9 et il est bien difficile que l\u2019esprit ne s\u2019en ressente.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Que peut-il sortir d\u2019honorable d\u2019une boutique&#160;? professe Cic\u00e9ron, et qu\u2019est-ce que le commerce peut produire d\u2019honn\u00eate&#160;? tout ce qui s\u2019appelle boutique est indigne d\u2019un honn\u00eate homme\u2026 les marchands ne pouvant gagner sans mentir, et quoi de plus honteux que le mensonge&#160;! Donc, on doit regarder comme quelque chose de bas et de vil le m\u00e9tier de tous ceux qui vendent leur peine et leur industrie&#160;; car quiconque donne son travail pour de l\u2019argent se vend lui-m\u00eame et se met au rang des esclaves.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-25-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-25-330681' title='Cic\u00e9ron, &lt;em&gt;Des devoirs&lt;\/em&gt; I. Tit. II. Ch. XLII.'><sup>25<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Prol\u00e9taires, abrutis par le dogme du travail, entendez-vous le langage de ces philosophes, que l\u2019on vous cache avec un soin jaloux&#160;: \u2014 Un citoyen qui donne son travail pour de l\u2019argent se d\u00e9grade au rang des esclaves, il commet un crime, qui m\u00e9rite des ann\u00e9es de prison.<\/p>\n\n\n\n<p>La tartuferie chr\u00e9tienne et l\u2019utilitarisme capitaliste n\u2019avaient pas perverti ces philosophes des r\u00e9publiques antiques&#160;; professant pour des hommes libres, ils parlaient na\u00efvement leur pens\u00e9e. Platon, Aristote, ces penseurs g\u00e9ants, dont nos Cousin, nos Caro, nos Simon ne peuvent atteindre la cheville qu\u2019en se haussant sur la pointe des pieds, voulaient que les citoyens de leurs R\u00e9publiques id\u00e9ales v\u00e9cussent dans le plus grand loisir car, ajoutait X\u00e9nophon, \u00ab&#160;le travail emporte tout le temps et avec lui on n\u2019a nul loisir pour la R\u00e9publique et les amis.&#160;\u00bb Selon Plutarque, le grand titre de Lycurgue, \u00ab&#160;le plus sage des hommes,&#160;\u00bb \u00e0 l\u2019admiration de la post\u00e9rit\u00e9, \u00e9tait d\u2019avoir accord\u00e9 des loisirs aux citoyens de la R\u00e9publique en leur interdisant l\u2019exercice d\u2019un m\u00e9tier quelconque&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-26-330681' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/dimanches\/le-droit-a-la-paresse-selon-yolanda-diaz\/#easy-footnote-bottom-26-330681' title='Platon, &lt;em&gt;R\u00e9publique&lt;\/em&gt;, V et &lt;em&gt;Les Lois&lt;\/em&gt;, VIII&amp;#160;; Aristote, &lt;em&gt;Politique&lt;\/em&gt;, II et VII&amp;#160;; X\u00e9nophon, &lt;em&gt;Economique&lt;\/em&gt; IV et VI&amp;#160;; Plutarque, &lt;em&gt;Vie de Lycurgue&lt;\/em&gt;.'><sup>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, r\u00e9pondront les Bastiat, Dupanloup, Beaulieu et Compagnie de la morale chr\u00e9tienne et capitaliste, ces penseurs, ces philosophes pr\u00e9conisaient l\u2019esclavage&#160;! \u2014 Parfait, mais pouvait-il en \u00eatre autrement, \u00e9tant donn\u00e9 les conditions \u00e9conomiques et politiques de leur \u00e9poque&#160;? La guerre \u00e9tait l\u2019\u00e9tat normal des soci\u00e9t\u00e9s antiques&#160;; l\u2019homme libre devait consacrer son temps \u00e0 discuter les lois de l\u2019\u00c9tat et \u00e0 veiller \u00e0 sa d\u00e9fense&#160;; les m\u00e9tiers \u00e9taient alors trop primitifs et trop grossiers pour que les pratiquant on p\u00fbt exercer son m\u00e9tier de soldat et de citoyen&#160;; afin de poss\u00e9der des guerriers et des citoyens, les philosophes et les l\u00e9gislateurs devaient tol\u00e9rer des esclaves dans leurs r\u00e9publiques h\u00e9ro\u00efques. \u2014 Mais les moralistes et les \u00e9conomistes du Capitalisme ne pr\u00e9conisent-ils pas l\u2019esclavage moderne, le salariat&#160;? Et \u00e0 quels hommes l\u2019esclavage capitaliste donne-t-il des loisirs&#160;? \u2014 \u00c0 des Rothschild, \u00e0 des Germiny, \u00e0 des Alphonses, inutiles et nuisibles, esclaves de leurs vices et de leurs domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Le pr\u00e9jug\u00e9 de l\u2019esclavage dominait l\u2019esprit d\u2019Aristote et de Pythagore&#160;\u00bb, a-t-on \u00e9crit d\u00e9daigneusement&#160;; et cependant Aristote r\u00eavait que&#160;: \u00ab&#160;si chaque outil pouvait ex\u00e9cuter sans sommation, ou bien de lui-m\u00eame, sa fonction propre, comme les chefs-d\u2019\u0153uvre de D\u00e9dale se mouvaient d\u2019eux-m\u00eames, ou comme les tr\u00e9pieds de Vulcain se mettaient spontan\u00e9ment \u00e0 leur travail sacr\u00e9&#160;; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d\u2019elles-m\u00eames, le chef d\u2019atelier n\u2019aurait plus besoin d\u2019aides, ni le ma\u00eetre d\u2019esclaves.&#160;\u00bb&nbsp;Le r\u00eave d\u2019Aristote est notre r\u00e9alit\u00e9. Nos machines, au souffle de feu, aux membres d\u2019acier infatigables, \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 merveilleuse, in\u00e9puisable, accomplissent docilement et d\u2019elles-m\u00eames leur travail sacr\u00e9, et cependant l\u2019esprit des grands philosophes du Capitalisme reste domin\u00e9 par le pr\u00e9jug\u00e9 du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le r\u00e9dempteur de l\u2019humanit\u00e9, le Dieu qui rach\u00e8tera l\u2019homme des <em>sordid\u00e6 artes<\/em> et du travail salari\u00e9, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la libert\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La ministre espagnole du Travail et de l&rsquo;\u00c9conomie sociale retrace la ligne sinueuse qui m\u00e8ne du <em>Droit \u00e0 la paresse<\/em>, l&rsquo;\u00e9tonnant classique socialiste de Paul Lafargue, \u00e0 la <em>vida buena<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":330802,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","categories":[],"staff":[4931,3377],"editorial_format":[4916],"week":[4929],"geo":[],"class_list":["post-330681","sunday","type-sunday","status-publish","hentry","staff-paul-lafargue","staff-yolanda-diaz","editorial_format-textes"],"acf":{"_thumbnail_id":330802,"excerpt":"Le texte tot\u00e9mique de Paul Lafargue introduit par la ministre 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