{"id":99084,"date":"2021-02-03T18:00:13","date_gmt":"2021-02-03T17:00:13","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=99084"},"modified":"2021-02-22T09:57:51","modified_gmt":"2021-02-22T08:57:51","slug":"boris-johnson-a-la-croisee-des-chemins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/02\/03\/boris-johnson-a-la-croisee-des-chemins\/","title":{"rendered":"Boris Johnson \u00e0 la crois\u00e9e des chemins"},"content":{"rendered":"\n
La conclusion de l\u2019accord commercial entre l\u2019Union Europ\u00e9enne et le Royaume-Uni, sign\u00e9 quelques heures avant la fin de la p\u00e9riode de transition, marque la fin de quasiment quatre ann\u00e9es d\u2019\u00e2pres n\u00e9gociations entre les deux partis. Une nouvelle \u00e8re commence pour le Royaume-Uni, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de vie politique rythm\u00e9es par le Brexit durant lesquelles beaucoup de grandes questions \u00e9conomiques et sociales ont \u00e9t\u00e9 mises entre parenth\u00e8ses. Pourtant, au moment o\u00f9 s\u2019ouvre ce nouveau chapitre, Boris Johnson appara\u00eet encore incertain quant \u00e0 la direction \u00e0 donner \u00e0 la suite de son mandat. <\/p>\n\n\n\n
En 2019, il avait fait du \u00ab levelling up <\/em> \u00bb, un ambitieux projet de r\u00e9\u00e9quilibrage de l\u2019\u00e9conomie en faveur du Nord de l\u2019Angleterre et des Midlands, un des th\u00e8mes forts de sa campagne. Il promettait notamment un plan d’investissement de cent milliards d\u2019euros dans les infrastructures <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> (transports, logement, etc.) visant \u00e0 d\u2019att\u00e9nuer des disparit\u00e9s r\u00e9gionales, en constante augmentation depuis le tournant du mill\u00e9naire <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Johnson revendiquait alors ouvertement l\u2019h\u00e9ritage de Benjamin Disraeli et des One-Nation Conservatives, <\/em>un courant qui incarne historiquement une droite sociale, \u00e0 l\u2019attitude mod\u00e9r\u00e9e vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Dans un article du Monde<\/em>, Simon Hix, politologue \u00e0 la London School of Economics, ose m\u00eame la comparaison avec le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle : \u00ab Il d\u00e9fend une ligne souverainiste, en faveur de l\u2019intervention de l\u2019Etat, pas du tout libertaire \u00bb<\/em>. <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Pour faire face \u00e0 la crise du Covid, le gouvernement britannique a en effet men\u00e9 une politique r\u00e9solument interventionniste, \u00e0 rebours de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Ch\u00f4mage partiel \u00e0 80 %, augmentation du salaire minimum, programme de soutien \u00e0 l\u2019emploi des jeunes, le Chancelier Rishi Sunak a multipli\u00e9 les mesures de soutien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Mais que traduisent r\u00e9ellement ces mesures ? Sont-elles de simples n\u00e9cessit\u00e9s de la crise \u00e9conomique, ce que Peter Hall a pu appeler un \u00ab Keyn\u00e9sianisme d\u2019urgence \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> ? Ou sont-elles au contraire le reflet de mutations plus profondes au sein du Parti Conservateur et de son \u00e9lectorat ? <\/p>\n\n\n\n Boris Johnson a plusieurs fois clam\u00e9 sa volont\u00e9 d\u2019incarner la rupture avec la ligne conservatrice de son parti sur le plan \u00e9conomique. Une fois la crise du Covid pass\u00e9e, Johnson et Sunak ont tous deux promis qu\u2019il n\u2019y aurait d\u2019ailleurs pas de retour \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 des ann\u00e9es 2010, que Johnson avait qualifi\u00e9e \u00ab d\u2019erreur \u00bb pendant sa campagne. Pourtant, devant les membres du parti Conservateur, Sunak a tenu \u00e0 rappeler que le maintien de l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire \u00e9tait le \u00ab devoir sacr\u00e9 \u00bb de son parti <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, un discours qui n\u2019est pas sans rappeler celui du duo Cameron-Osborne. En novembre, le m\u00eame Rishi Sunak annon\u00e7ait le gel des salaires de quelques 1,3 millions d\u2019employ\u00e9s du secteur public. Quelques mois plus tard, le Minist\u00e8re des Transports ent\u00e9rinait la r\u00e9duction d\u2019environ un cinqui\u00e8me du budget de Transport for the North<\/em>, l\u2019agence charg\u00e9 des transports dans le Nord de l\u2019Angleterre. M\u00eame si ces coupes budg\u00e9taires ne devraient pas impacter les grandes infrastructures telles que la ligne \u00e0 grand vitesse HS2, elles interrogent tout de m\u00eame sur la r\u00e9alit\u00e9 du programme de \u00ab levelling up \u00bb.<\/em> <\/p>\n\n\n\n En l\u2019absence d\u2019une boussole \u00e9conomique, Boris Johnson donne donc l\u2019impression de naviguer \u00e0 vue, multipliant d\u00e9clarations d\u2019intention et annonces contradictoires. Un \u00e9pisode r\u00e9cent illustre parfaitement ces h\u00e9sitations. Le 14 janvier dernier, le Financial Times<\/em> faisait \u00e9tat d\u2019un projet de r\u00e9vision du droit du travail que le gouvernement pr\u00e9parait en coulisse <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c9tait notamment envisag\u00e9e la suppression de la limitation du temps de travail \u00e0 48 heures hebdomadaires, obligation \u00e0 laquelle les employeurs britanniques \u00e9taient tenus par la directive europ\u00e9enne sur le temps de travail. Le Times<\/em> \u00e9voquait quelques jours plus tard des discussions entre Boris Johnson et des chefs d\u2019entreprise portant sur la transformation du Royaume-Uni en \u00ab Singapour Europ\u00e9en \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, une expression r\u00e9guli\u00e8rement employ\u00e9e par la frange tr\u00e8s lib\u00e9rale des partisans du Brexit. Face \u00e0 la protestation des syndicats et de l\u2019opposition travailliste, le gouvernement est finalement oblig\u00e9 de revenir publiquement sur ce projet de r\u00e9vision le 27 janvier, deux semaines seulement apr\u00e8s les r\u00e9v\u00e9lations du Financial Times.<\/em> <\/p>\n\n\n\n