{"id":9665,"date":"2018-04-10T23:03:04","date_gmt":"2018-04-10T21:03:04","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=9665"},"modified":"2020-10-11T11:21:22","modified_gmt":"2020-10-11T09:21:22","slug":"lintrouvable-identite-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/04\/10\/lintrouvable-identite-europeenne\/","title":{"rendered":"L’introuvable identit\u00e9 europ\u00e9enne, une conversation avec Anne-Marie Thiesse"},"content":{"rendered":"\n

Vous montrez dans votre ouvrage La cr\u00e9ation des identit\u00e9s nationales que les identit\u00e9s nationales sont des artifices vivants de cr\u00e9ation assez r\u00e9cente. Pourtant cette gen\u00e8se est aujourd\u2019hui tout \u00e0 fait occult\u00e9e : les succ\u00e8s de la nation \u2013 qui a tout de m\u00eame accompagn\u00e9 le passage \u00e0 la d\u00e9mocratie moderne dans bien des \u00c9tats europ\u00e9ens \u2013 auraient-ils largement dissimul\u00e9 son artificialit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n\n\n
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Anne-Marie Thiesse, La Cr\u00e9ation des identit\u00e9s nationaes<\/em>, Seuil, 2014<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Je serais pour ma part prudente avec la notion de mythe et d\u2019artificialit\u00e9 du national. On a souvent l\u2019id\u00e9e que l\u2019id\u00e9e nationale est fabriqu\u00e9e, fausse, et qu\u2019il faut l\u2019\u00e9liminer. Ce n\u2019est pas le cas. Quand j\u2019ai travaill\u00e9 sur le concept de cr\u00e9ation des identit\u00e9s nationales, j\u2019ai insist\u00e9 sur le fait qu\u2019il s\u2019agissait de constructions historiquement datables, de processus qu\u2019on pouvait observer et analyser, qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas isol\u00e9s mais assez largement transnationaux. La plupart des analystes des questions nationales depuis maintenant vingt ou trente ans sont amen\u00e9s \u00e0 souligner que le terme de nation, pris dans le sens actuel, politique et culturel associant la nation avec l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00c9tat, est assez r\u00e9cent. Cette notion ne faisait absolument pas sens au Moyen \u00c2ge ni m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne : elle ne commence \u00e0 faire sens qu\u2019\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle et \u00e0 d\u00e9velopper sa signification actuelle au XIXe si\u00e8cle. Les nations ne commencent pas avant ce moment-l\u00e0, m\u00eame si, par ailleurs, on peut constater que les nations ont d\u00e8s lors produit leur propre histoire, qui, elle, remonte \u00e0 des p\u00e9riodes bien ant\u00e9rieures. Il y a donc une sorte de disjonction entre la v\u00e9ritable \u00e9mergence des nations au sens moderne et les origines qu\u2019elles se donnent. La v\u00e9ritable question historique qui se pose est la suivante : pourquoi y a-t-il cette divergence ?<\/p>\n\n\n\n

Le terme d\u2019artificialit\u00e9 est donc \u00e0 nuancer selon vous ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, car l\u2019artificialit\u00e9 suppose la manipulation, or cette id\u00e9e nationale a un sens. Et c\u2019est d\u2019autant moins une manipulation que cela a tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 et que cela fonctionne toujours. Mais il est vrai que c\u2019est un probl\u00e8me pour les historiens, qui doivent expliquer que les origines des nations divergent de ce qu\u2019on apprend dans les histoires nationales, sans pour autant dire que le ph\u00e9nom\u00e8ne national soit une pure absurdit\u00e9 ou une sorte de mensonge \u00e0 \u00e9liminer. La nation est tout de m\u00eame le fait politique majeur de la p\u00e9riode contemporaine, \u00e0 tel point qu\u2019il s\u2019est universalis\u00e9. Nous vivons et nous sommes form\u00e9s dans un monde d\u2019\u00c9tats-nations, y compris intellectuellement. C\u2019est pour cela que la perspective d\u2019histoire transnationale est aussi difficile que stimulante puisqu\u2019elle remet en question nos cadres de pens\u00e9e usuels.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab La nation est tout de m\u00eame le fait politique majeur de la p\u00e9riode contemporaine, \u00e0 tel point qu\u2019il s\u2019est universalis\u00e9. \u00bb<\/p>Anne-marie thiesse<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez commenc\u00e9 \u00e0 parler de \u00ab cosmopolitisme du national \u00bb avant m\u00eame que l\u2019histoire transnationale soit aussi largement r\u00e9pandue. Comment ce concept, cet oxymore, peut-il s\u2019adapter aux pays d\u2019Europe centrale, o\u00f9 certains hommes politiques font appel de mani\u00e8re tr\u00e8s vivace \u00e0 l\u2019\u00c9tat-nation ?<\/h3>\n\n\n\n

Deux des d\u00e9mons de l\u2019historiographie sont l\u2019anachronisme et la t\u00e9l\u00e9ologie. On court le risque de ne comprendre le national qu\u2019\u00e0 partir de ce que nous en savons apr\u00e8s deux guerres mondiales. Quand l\u2019id\u00e9e nationale se forme au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, on est loin d\u2019imaginer les deux guerres mondiales et le nazisme.<\/p>\n\n\n\n

Si j\u2019ai forg\u00e9 l\u2019expression de \u00ab cosmopolitisme du national \u00bb, c\u2019\u00e9tait pour expliquer ce que j\u2019essayais de montrer dans mon livre, \u00e0 savoir que ces r\u00e9f\u00e9rences identitaires, ces \u00e9l\u00e9ments des cultures nationales modernes, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 forg\u00e9s de mani\u00e8re isol\u00e9e mais \u00e0 travers tout un espace de transferts, d\u2019\u00e9changes, de copiage, d\u2019imitations, de reproductions souvent explicites et affich\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Johann Gottfried von Herder (1744-1803)<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Dans le cas de l\u2019Europe centrale et orientale, ce processus est \u00e9vident : parmi les grandes r\u00e9f\u00e9rences utilis\u00e9es pour affirmer l\u2019existence d\u2019une nation hongroise sp\u00e9cifique, autonome et prestigieuse, on compte les \u00e9crits de Herder, datant de la fin du XVIIIe si\u00e8cle, o\u00f9 il salue la naissance prochaine d\u2019une nation hongroise et de nations slaves, qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque essentiellement domin\u00e9es dans le cadre de l\u2019empire des Habsbourg. C\u2019est donc un Allemand qui proclame l\u2019existence prochaine de ces nations en Europe. Herder, dont on a fait apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale un pr\u00e9curseur des Nazis parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par eux, \u00e9tait un homme des Lumi\u00e8res qui essayait de penser la nation et la culture nationale dans une perspective universaliste. \u00c0 partir du moment o\u00f9 il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9laboration et \u00e0 la valorisation de la culture allemande, il pense tout ce qui existe autour.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019une certaine mani\u00e8re, c\u2019est ce que font tous ces b\u00e2tisseurs de nations en Europe : la construction de nations ailleurs en Europe l\u00e9gitime ce qu\u2019ils sont en train de faire dans leur propre nation. On peut aussi \u00e9voquer l\u2019exemple des fr\u00e8res Grimm qui, en plus de construire une culture nationale allemande prestigieuse, \u00e9tudient des manuscrits dans toutes les langues vernaculaires imaginables de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019avais aussi lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un universalisme du particulier : la nation a \u00e9t\u00e9 construite comme une cat\u00e9gorie universelle, dans l\u2019id\u00e9e que c\u2019\u00e9tait la meilleure organisation sociale et politique possible, et qu\u2019\u00e0 terme le monde entier devrait \u00eatre r\u00e9organis\u00e9 selon ce mod\u00e8le, m\u00eame si chaque nation est une unit\u00e9 discr\u00e8te, avec des fronti\u00e8res bien pr\u00e9cises et diff\u00e9rente des autres, mais diff\u00e9rente selon le m\u00eame standard. C\u2019est ce que j\u2019appelle les diff\u00e9rences standardis\u00e9es : ce standard de la sp\u00e9cificit\u00e9 nationale se construit \u00e0 partir du XIXe si\u00e8cle. Il n\u2019y a donc pas d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, il y a des cat\u00e9gories homog\u00e8nes avec, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, une d\u00e9clinaison sp\u00e9cifique, d\u2019o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ikea, qui permet de faire comprendre une chose difficile \u00e0 percevoir, \u00e0 savoir que l\u2019universalisation n\u2019a pu survenir qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on a pos\u00e9 cette n\u00e9cessaire standardisation des diff\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n

Le cosmopolitisme du national fait qu\u2019\u00e0 chaque instant on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une norme du moment de l’\u00c9tat-nation : notre nation respecte-t-elle cette norme ? Si l\u2019on est en avance c\u2019est formidable, nous donnons un exemple aux autres, sinon il faut rattraper le retard. Cela se traduit par un syst\u00e8me d\u2019\u00e9changes intellectuels et de r\u00e9alisations concr\u00e8tes qui construit cet univers de nations standardis\u00e9es : publications, statues, monuments historiques, construction de nouveaux monuments, de m\u00e9moriaux, c\u00e9l\u00e9brations dans tous les domaines durant tout le XIXe si\u00e8cle.
Les nations ne sont pas h\u00e9t\u00e9roclites ; le monde politique, social et culturel avant la nation pouvait l\u2019\u00eatre, il y avait tous les r\u00e9gimes possibles et imaginables. \u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on passe \u00e0 l\u2019\u00e2ge des nations survient cette id\u00e9e d\u2019universalisme, caract\u00e9ristique d\u2019une pens\u00e9e post\u00e9rieure aux Lumi\u00e8res, qui suppose que certaines formes d\u2019organisation politique et sociale sont sup\u00e9rieures aux autres, plus conformes au bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9 et doivent se r\u00e9pandre partout.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Benedict Anderson, Imagined Communities<\/em>, 2016<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Benedict Anderson, dans son ouvrage Imagined Communities<\/em>, dont il faut au moins lire l\u2019introduction, fait ainsi remarquer que le principe national appara\u00eet avec la fin de la domination des grands principes d\u2019organisation religieux, ou du moins avec leur remise en cause sur le plan politique. Il \u00e9voque une sorte de principe de conversion au national comme il y en a dans les grandes religions de conversion que sont le christianisme et l\u2019islam. Mais la grande diff\u00e9rence entre l\u2019id\u00e9e nationale et les religions de conversion, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est jamais imagin\u00e9 qu\u2019il y aura un jour une grande communaut\u00e9 nationale qui englobera l\u2019humanit\u00e9, la nation n\u2019est pas catholique au sens \u00e9tymologique \u2013 une seule communaut\u00e9 pour l\u2019ensemble de la plan\u00e8te. Le national, c\u2019est un principe universel mais qui se r\u00e9alise en communaut\u00e9s de taille limit\u00e9e. J\u2019y ajoute l\u2019id\u00e9e de la standardisation de leurs grands principes d\u2019organisation. Il y a un m\u00e8tre \u00e9talon de la nation qui n\u2019existe pas au d\u00e9part mais qui s\u2019\u00e9labore petit \u00e0 petit, par des contributions diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Le national, c\u2019est un principe universel mais qui se r\u00e9alise en communaut\u00e9s de taille limit\u00e9e. \u00bb<\/p>anne-marie thiesse<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le nationalisme sous sa forme la plus agressive est encore tr\u00e8s puissant en Europe centrale et m\u00e9diane, notamment en Hongrie et en Pologne alors m\u00eame que ces pays ne connaissent pas une situation \u00e9conomique particuli\u00e8rement mauvaise. <\/h3>\n\n\n\n

Il faut rappeler que le nationalisme, comme toutes les cr\u00e9ations humaines, se fait pour le meilleur et pour le pire  : pour le meilleur, le nationalisme pose des principes comme \u00ab libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 \u00bb, la souverainet\u00e9 nationale et l\u2019ind\u00e9pendance. Les ind\u00e9pendances coloniales ont ainsi \u00e9t\u00e9 faites en r\u00e9f\u00e9rence au nationalisme, et durant une grande partie au XIXe si\u00e8cle c\u2019est \u00e9galement dans le nationalisme qu\u2019entrait la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9mocratie. Mais un autre nationalisme existe \u00e9galement, le nationalisme x\u00e9nophobe, hostile au voisin le plus proche et qui consid\u00e8re que la nation peut \u00eatre mise en danger par des infiltr\u00e9s en son sein. Il appara\u00eet essentiellement au moment o\u00f9 le principe national triomphe, lorsque se forment des \u00c9tats-nations, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et que se pose la question des fronti\u00e8res ou des minorit\u00e9s \u2013 faut-il les expulser, les convertir ?<\/p>\n\n\n\n

Dans un premier temps, le nationalisme est un mouvement progressiste, il s\u2019agit d\u2019en finir avec l\u2019Ancien R\u00e9gime, et en 1848, les nationalismes se consid\u00e8rent comme fr\u00e8res. Mais d\u00e8s 1848 on voit que l\u2019Assembl\u00e9e nationale de Francfort, qui r\u00eave d\u2019une grande conf\u00e9d\u00e9ration germanique, soul\u00e8ve imm\u00e9diatement la question du statut des Slaves, des Hongrois\u2026 Et cette tendance est de plus en plus forte au cours du si\u00e8cle. L\u2019antis\u00e9mitisme prend \u00e9galement des formes politiques vers la fin du XIXe si\u00e8cle : l\u2019affaire Dreyfus en France fait \u00e9cho \u00e0 ce qui se passe dans d\u2019autres pays. Le plus violent et antis\u00e9mite des \u00c9tats de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est l\u2019Empire russe.<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi le groupe de Vi\u0161egrad existe-t-il actuellement en tant qu\u2019alliance des n\u00e9onationalismes ?<\/h3>\n\n\n\n

Il y a tout de m\u00eame des diff\u00e9rences entre la Pologne et la Hongrie. La Pologne rena\u00eet \u00e0 partir de la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale alors que la Hongrie, qui avait son autonomie depuis 1867, perd beaucoup de territoires, notamment la Transylvanie. Les Hongrois parlaient ainsi \u00ab des Hongrois de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb, terme qui existe encore et que j\u2019ai d\u00e9couvert dans les ann\u00e9es 1990 en discutant avec un coll\u00e8gue hongrois qui me demandait combien il y avait de \u00ab Fran\u00e7ais de l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb. Cette notion n\u2019a pas grand chose \u00e0 voir avec les 300 000 \u00ab expats \u00bb fran\u00e7ais ! Il s\u2019agit de Hongrois du point de vue national, c\u2019est-\u00e0-dire linguistique et culturel, mais ayant la citoyennet\u00e9 roumaine pour l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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La signature du trait\u00e9 de paix hongrois \u00e0 Versailles (Grand Trianon)<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Un des grands motifs de l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union europ\u00e9enne au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, qui est peut-\u00eatre moins \u00e9vident aujourd\u2019hui, visait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 geler ces conflits nationalistes, dont on pouvait craindre qu\u2019ils soient du m\u00eame ordre que ceux de la Yougoslavie, comme celui qui pouvait \u00e9clore en Transylvanie. Faire entrer la Hongrie et la Roumanie dans l\u2019Union europ\u00e9enne, c\u2019\u00e9tait en quelque sorte geler ces conflits, cette perte, ce \u00ab coup de poignard dans le dos \u00bb du trait\u00e9 du Trianon.<\/p>\n\n\n\n

Pouvez-vous revenir sur l\u2019histoire de ces pays et leur rapport au nationalisme ?<\/h3>\n\n\n\n

La Tch\u00e9coslovaquie, la Pologne et cette Hongrie tr\u00e8s diminu\u00e9e, se retrouvent apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et les r\u00e9gimes nationalistes qui ont collabor\u00e9 plus ou moins pr\u00e9cocement avec le nazisme, dans l\u2019espace communiste internationaliste. Ces pays sont confront\u00e9s \u00e0 une situation un peu particuli\u00e8re : ils n\u2019ont pas connu le travail plus ou moins diff\u00e9r\u00e9, r\u00e9alis\u00e9 en Europe occidentale en g\u00e9n\u00e9ral dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, de r\u00e9flexion sur ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 l\u2019extr\u00eame-droite et la collaboration. Ce travail important qui n\u2019est pas fait \u00e0 l\u2019Est va interf\u00e9rer avec ce qui est v\u00e9cu comme l\u2019occupation par un r\u00e9gime \u00e9tranger, celui de l\u2019Union sovi\u00e9tique, r\u00e9gime dit internationaliste, qui en m\u00eame temps compose avec le nationalisme. Si ces pays ne r\u00e9agissent pas comme nous aux questions nationalistes, c\u2019est qu\u2019il y a une histoire politique, id\u00e9ologique et sociale \u00e0 partir de 1945 compl\u00e8tement diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Ces pays [Tch\u00e9coslovaquie, Pologne, Hongrie] sont confront\u00e9s \u00e0 une situation un peu particuli\u00e8re : ils n\u2019ont pas connu le travail plus ou moins diff\u00e9r\u00e9, r\u00e9alis\u00e9 en Europe occidentale en g\u00e9n\u00e9ral dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, de r\u00e9flexion sur ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 l\u2019extr\u00eame-droite et la collaboration. \u00bb<\/p>Anne-marie thiesse<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 partir de 1990, le retour \u00e0 l\u2019autonomie nationale ouvre la question d\u2019un nationalisme qui n\u2019avait cependant pas cess\u00e9 d\u2019exister, car les r\u00e9gimes communistes avaient cultiv\u00e9 une certaine culture nationale tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9e. Ils accordaient beaucoup d\u2019attention au folklore, aux cultures traditionnelles en Tch\u00e9coslovaquie, en Pologne, en Hongrie, et en Roumanie. On n\u2019avait pas le droit au rock mais aux danses folkloriques, m\u00eame s\u2019il pouvait y avoir une esp\u00e8ce de rockisation de certains festivals de culture folklorique. C\u2019\u00e9tait le cas en Roumanie et c\u2019\u00e9tait un moyen d\u2019introduire la modernit\u00e9. On se retrouve donc dans les ann\u00e9es 1990 avec la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer explicitement un retour \u00e0 la fiert\u00e9 nationale et en m\u00eame temps une ambivalence quant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans une Union europ\u00e9enne qui, elle-m\u00eame, \u00e0 ce moment-l\u00e0, se pensait comme post-nationale. Il y a donc eu une tr\u00e8s grande ambivalence.<\/p>\n\n\n\n

Comment ces pays de l\u2019Europe centrale et orientale pensent-ils leur propre histoire nationale ? <\/h3>\n\n\n\n

Si vous avez eu l\u2019occasion de visiter des mus\u00e9es d\u2019histoire nationale en Europe centrale et orientale communiste, vous pouvez constater que c\u2019\u00e9taient des mus\u00e9es d\u2019esprit national-communiste, qui faisaient un r\u00e9cit d\u2019histoire nationale de \u00ab nos glorieux anc\u00eatres \u00bb comme on a pu le faire un peu partout, mais avec cette diff\u00e9rence que l\u2019histoire de ces glorieux anc\u00eatres, les Daces, les Huns qui avaient fond\u00e9 les nations prestigieuses et r\u00e9sistantes, s\u2019achevait dans le mouvement communiste et les partisans \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1944. En Roumanie, Ceausescu \u00e9tait dans la derni\u00e8re salle, de m\u00eame que Hoxha en Albanie, dans le mus\u00e9e spectaculaire qu\u2019il avait fait construire.<\/p>\n\n\n\n

Dans les ann\u00e9es 1990 ces mus\u00e9es sont entr\u00e9s dans la \u00ab reconstruction \u00bb ou la \u00ab r\u00e9novation \u00bb, termes assez ambigus. Il y a eu une longue p\u00e9riode d\u2019incertitude quant \u00e0 ce qu\u2019il fallait faire de cette histoire nationale : comment la reb\u00e2tir, la repenser ? Je me rappelle avoir visit\u00e9 le mus\u00e9e d\u2019histoire nationale de Bucarest juste au moment o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e sa reconstruction, officiellement parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 par des s\u00e9ismes. Il n\u2019y avait plus que la premi\u00e8re salle sur \u00ab nos anc\u00eatres les Daces \u00bb, dont l\u2019existence est indubitable, puisqu\u2019ils sont pr\u00e9sents sur la colonne Trajane. Le reste \u00e9tait en reconstruction. Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e0 la colonne Trajane s\u2019\u00e9tait ajout\u00e9 1848.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Bataille entre Romains et Daces sur la colonne Trajane<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

J\u2019ai \u00e9galement eu l\u2019occasion de visiter le mus\u00e9e de Budapest \u00ab reconstruit \u00bb, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Il avait \u00e9t\u00e9 repens\u00e9 dans une logique d\u2019histoire des mentalit\u00e9s et d\u2019histoire culturelle et sociale : c\u2019\u00e9tait non plus l\u2019histoire d\u2019une nation mais celle d\u2019un territoire et des processus qui avaient eu lieu sur ce territoire. C\u2019\u00e9tait donc tout \u00e0 fait dans l\u2019esprit europ\u00e9en occidental et progressiste, cela n\u2019avait plus rien \u00e0 avoir avec l\u2019ancien mus\u00e9e des Huns sous le r\u00e9gime communiste, mais on avait tout de m\u00eame gard\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e quelque chose sur la couronne de Saint-\u00c9tienne. Mais elle \u00e9tait en quelque sorte d\u00e9tach\u00e9e du reste. Finalement, tout cela a \u00e9t\u00e9 repris et on a vu r\u00e9appara\u00eetre l\u2019ancien r\u00e9cit. Que faire pour remplacer cet ancien r\u00e9cit ? L\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne a certainement gel\u00e9 des conflits qui auraient pu \u00e9clater sans pour autant r\u00e9soudre toute une s\u00e9rie d\u2019incertitudes, comme la reconstruction d\u2019un espace politique, les changements \u00e9conomiques importants et puis la d\u00e9termination d\u2019un id\u00e9al pour la soci\u00e9t\u00e9 et la politique nouvelle.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 part les aspects \u00e9conomiques, il n\u2019y a pas vraiment eu de force de proposition ? C\u2019est cet aspect l\u00e0 qui bloque ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, l\u2019Europe entre dans la mondialisation et dans des changements \u00e9conomiques et financiers extraordinaires au moment o\u00f9 elle est elle-m\u00eame en train de se reconfigurer politiquement.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant ces pays ne fonctionnent pas assez bien \u00e9conomiquement ?<\/h3>\n\n\n\n

On a l\u2019habitude de penser t\u00e9l\u00e9ologiquement en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qui pass\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et surtout apr\u00e8s la crise de 1929, et de dire que la crise \u00e9conomique m\u00e8ne fatalement aux nationalismes. Ce n\u2019est pas faux, mais on peut avoir une pouss\u00e9e nationaliste en l\u2019absence de crise \u00e9conomique. Cela peut \u00eatre aussi li\u00e9 \u00e0 des crises id\u00e9ologiques, \u00e0 des crises de pens\u00e9e du politique et nous sommes, au XXIe si\u00e8cle, dans une p\u00e9riode semblable.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est justement ce que nous essayons de faire au GEG, notamment en \u00e9voquant les r\u00e9gionalismes (Catalogne, Corse, Pays Basque) : nous avions pens\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019une Europe des r\u00e9gions qui existe en partie \u00e9conomiquement. Ces derni\u00e8res sont repr\u00e9sent\u00e9es par des lobbys pr\u00e9sents \u00e0 Bruxelles. Le r\u00e9gionalisme<\/a> ind\u00e9pendantiste d\u2019aujourd\u2019hui est-il une sorte de copie de ce qui a pu exister au XIXe si\u00e8cle, ou est-ce quelque chose de diff\u00e9rent ?<\/h3>\n\n\n\n

Ces termes sont tr\u00e8s ambivalents : parler de r\u00e9gionalisme c\u2019est un point de vue fran\u00e7ais, mais du point de vue de la Catalogne, c\u2019est un nationalisme. Pour pallier cette ambivalence on a introduit il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es le terme de \u00ab nationalisme sub-\u00e9tatique \u00bb lorsque l\u2019on a affaire \u00e0 de vrais nationalismes au sein d\u2019\u00c9tats constitu\u00e9s, avec des nations qui se consid\u00e8rent opprim\u00e9es et sous domination \u00e9trang\u00e8re. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence de nature fondamentale entre r\u00e9gionalisme et nationalisme : je me suis d\u2019ailleurs int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la question du national parce que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier le r\u00e9gionalisme litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n

Au XIXe si\u00e8cle, on voit se constituer effectivement des affirmations nationales : la Provence mistralienne, la Bretagne, la Catalogne et la Corse, m\u00eame si c\u2019est beaucoup moins vivant. Toutes ces affirmations se fondent sur le mod\u00e8le europ\u00e9en : l\u2019affirmation de l\u2019existence d\u2019une langue, d\u2019une culture, la r\u00e9daction d\u2019\u0153uvres culturelles, la production d\u2019une histoire. Pendant longtemps cela ne pose pas de probl\u00e8me, y compris \u00e0 l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. Le F\u00e9librige n\u2019emp\u00eache pas, alors, Paris de dormir, pas plus que la Bretagne ! Le probl\u00e8me survient quand le mouvement remet en question l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat tel qu\u2019il est, quand cette nation r\u00e9clame l\u2019ind\u00e9pendance. Mais il arrive aussi, ce qui s\u2019est pass\u00e9 en France, qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un \u00c9tat beaucoup de ces constructions nationales vont subsister, mais sans revendication ind\u00e9pendantiste, sous la forme de r\u00e9gionalisme. Le r\u00e9gionalisme est alors une d\u00e9clinaison locale de l\u2019identit\u00e9 nationale. Cela participe de l\u2019id\u00e9e que l\u2019identit\u00e9 nationale est riche de sa diversit\u00e9, et contrairement \u00e0 ce que l\u2019on croit, la IIIe R\u00e9publique fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9gionaliste, par patriotisme fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n

Mais comme r\u00e9gionalisme et nationalisme se r\u00e9f\u00e8rent aux m\u00eames cat\u00e9gories culturelles et historiques, la r\u00e9versibilit\u00e9 est possible et dans certains contextes particuliers un r\u00e9gionalisme peut \u00e9voluer en nationalisme. C\u2019est le cas par exemple du r\u00e9gionalisme breton durant la Seconde guerre mondiale o\u00f9, dans des circonstances extr\u00eamement particuli\u00e8res, un certain nombre de r\u00e9gionalistes vont affirmer un nationalisme autonomiste pronazi. Le cas de l\u2019\u00c9cosse est \u00e9galement tr\u00e8s ambigu : l\u2019\u00c9cosse a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9gion prestigieuse du Royaume-Uni, puisque depuis la reine Victoria les souverains vont passer l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Balmoral, s\u2019habillent en tartan et chassent la grouse. Cela fait donc partie d\u2019un \u00e9l\u00e9ment du patrimoine national, mais dans certaines circonstances ce r\u00e9gionalisme peut \u00eatre r\u00e9affirm\u00e9 comme nationalisme.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est vrai que les \u00c9cossais, proportionnellement \u00e0 la taille de leur pays, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans la construction imp\u00e9riale\u2026<\/h3>\n\n\n\n

Comme les Corses en Afrique du Nord. Les r\u00e9gions pauvres produisent des hommes pour la fonction publique et l\u2019arm\u00e9e. En ce qui concerne la r\u00e9gion catalane, c\u2019est un peu diff\u00e9rent, car c\u2019est une r\u00e9gion riche, et d\u2019une certaine mani\u00e8re, on consid\u00e8re que c\u2019est l\u2019\u00e9chec ou l\u2019\u00e9chec partiel de la construction du nationalisme espagnol, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un pays qui reste trop longtemps, par rapport \u00e0 d\u2019autres pays europ\u00e9ens, pris dans une version monarchique, r\u00e9actionnaire, une absence de modernisation \u00e9conomique et surtout \u00e9tatique, qui fait que la Catalogne, r\u00e9gion riche, progressiste et industrielle, se voit comme un mod\u00e8le pour l\u2019Espagne, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle constate que l\u2019Espagne ne la suit pas et d\u00e9cide de s\u2019en s\u00e9parer.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est \u00e9tonnant, car la Catalogne<\/a> est tout de m\u00eame le moteur de la croissance espagnole. Et sur le plan culturel, Barcelone, dans l\u2019esprit notamment des jeunes europ\u00e9ens, a une place plus importante que Madrid.<\/h3>\n\n\n\n

La Catalogne est effectivement un moteur de modernisation de l\u2019Espagne, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9cide de s\u2019en s\u00e9parer. La bourgeoisie catholique de 1900 de Barcelone pouvait se permettre Gaudi et l\u2019avant-garde culturelle, contrairement \u00e0 Madrid\u2026<\/p>\n\n\n\n

R\u00e9gionalisme et nationalisme sont donc des cat\u00e9gories qui ne sont pas \u00e9tanches, qui peuvent tant\u00f4t se confondre et tant\u00f4t se disjoindre. Dans le cas fran\u00e7ais, le r\u00e9gionalisme dauphinois ou angevin a exist\u00e9, et continue d\u2019exister mais ne deviendra jamais un nationalisme, contrairement aux r\u00e9gionalismes basque, breton, occitan, qui, au contraire, peuvent glisser dans ces cat\u00e9gories, m\u00eame si le r\u00e9gionalisme nord-catalan en France a peu de chance de glisser \u00e0 l\u2019affirmation nationaliste ind\u00e9pendantiste.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe des r\u00e9gions a \u00e9t\u00e9 mise en avant notamment dans les ann\u00e9es 1990 : l\u2019Europe comme structure post-nationale pourrait permettre de d\u00e9passer tous les probl\u00e8mes du national, les nationalismes antagonistes et les conflits entre r\u00e9gions et nations\u2026 Mais dans les ann\u00e9es 2000 on s\u2019aper\u00e7oit que cela n\u2019est pas possible. Il y a une r\u00e9affirmation des nationalismes d\u2019angoisse si je puis dire, et des nationalismes d\u2019incertitude du politique.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Il y a une r\u00e9affirmation des nationalismes d\u2019angoisse si je puis dire, et des nationalismes d\u2019incertitude du politique. \u00bb<\/p>anne-marie thiesse<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tout le monde ne partait pas du m\u00eame point : l\u2019Allemagne avec sa structure f\u00e9d\u00e9rale tr\u00e8s avanc\u00e9e \u00e9tait pr\u00eate pour l\u2019Europe des r\u00e9gions car les L\u00e4nder constituaient d\u00e9j\u00e0 des \u00c9tats, alors que les r\u00e9gions fran\u00e7aises n\u2019ont pas le m\u00eame statut et restent soumises aux r\u00e9formes de l\u2019\u00c9tat central sans forc\u00e9ment \u00eatre consult\u00e9es\u2026 D\u2019ailleurs les r\u00e9gions fran\u00e7aises n\u2019ont que des logos et non des drapeaux, contrairement aux L\u00e4nder.<\/h3>\n\n\n\n

Cela concerne beaucoup d\u2019autres aspects : les programmes et les rythmes scolaires sont nationaux, contrairement \u00e0 la scolarit\u00e9 allemande qui est propre \u00e0 chaque Land. C\u2019est ce qui a pos\u00e9 probl\u00e8me pour les manuels franco-allemands <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> par exemple.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez repris \u00e0 Orvar L\u00f6fgren l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab Do it Yourself \u00bb de l\u2019identit\u00e9 nationale, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un processus unique qui consiste \u00e0 se trouver une histoire<\/a> et des h\u00e9ros. Pourrait-on envisager une d\u00e9clinaison de ce processus \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne  ? Quels sont les obstacles  ?<\/h3>\n\n\n\n

Avant la chute du mur de Berlin, l\u2019Union europ\u00e9enne ne se posait pas la question de son identit\u00e9, car elle se d\u00e9finissait jusque-l\u00e0 par un syst\u00e8me \u00e9conomique et politique, mais cette question se pose ensuite en urgence et il n\u2019y a plus de limites r\u00e9elles ou id\u00e9ologiques. Quelle est la vocation de l\u2019Union europ\u00e9enne  ? Qui peut y participer l\u00e9gitimement  ? Dans un premier temps, on n\u2019envisage d\u2019ailleurs pas du tout d\u2019int\u00e9grer les pays de l\u2019Est europ\u00e9en  : les premiers crit\u00e8res des forums europ\u00e9ens sont \u00e9conomiques et l\u2019Europe de l\u2019Est en est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e. Des crit\u00e8res id\u00e9ologiques vont ensuite \u00eatre introduits car la guerre en Yougoslavie modifie la situation g\u00e9opolitique et que l\u2019on essaie avant tout d\u2019\u00e9viter la catastrophe que serait l\u2019entr\u00e9e dans la guerre civile et ethnique de l\u2019Europe centrale et orientale.
Les Europ\u00e9ens sont experts en construction identitaires nationales mais ils n\u2019ont pas r\u00e9ussi pour l\u2019Europe car la construction entreprise au niveau national avait trop bien r\u00e9ussi  ! On a demand\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des universitaires et intellectuels d\u2019alors \u2013 c\u2019\u00e9tait majoritairement la g\u00e9n\u00e9ration de 1968 \u2013, de produire en urgence les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une identit\u00e9 europ\u00e9enne qui initialement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e autrement que sur le mod\u00e8le national implicite  : on a demand\u00e9 une histoire europ\u00e9enne commune, des h\u00e9ros nationaux europ\u00e9ens, une litt\u00e9rature europ\u00e9enne, des monuments et des valeurs. Ces initiatives ont pour beaucoup \u00e9t\u00e9 port\u00e9es par le Conseil de l\u2019Europe et j\u2019ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e. On voyait dans ces discussions des ann\u00e9es 2000 appara\u00eetre une forte diff\u00e9rence Est-Ouest. Tout cela a produit des id\u00e9es, et de nombreux livres sans pour autant r\u00e9ussir.<\/p>\n\n\n\n

Pourquoi cet \u00e9chec  ?<\/h3>\n\n\n\n

Il n\u2019y a rien sur le continent europ\u00e9en, m\u00eame un arbre, m\u00eame un oiseau, qui ne soit nationalement d\u00e9fini. Tout a \u00e9t\u00e9 nationalement appropri\u00e9, tous les \u00e9v\u00e9nements historiques, tous les personnages, les artistes, les peintres, y compris ceux qui sont tr\u00e8s ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019\u00e8re nationale : Attila est hongrois, Beethoven est allemand, L\u00e9onard de Vinci est italien… Bien s\u00fbr, il y a des conflits d\u2019appropriation : Alexandre le Grand, par exemple, est-il mac\u00e9donien, est-il grec ? Les paysages et les v\u00e9g\u00e9taux \u00e9galement ont \u00e9t\u00e9 nationalis\u00e9s et symbolis\u00e9s, si bien que, lorsqu\u2019on a cr\u00e9\u00e9 la monnaie europ\u00e9enne, la commande a \u00e9t\u00e9 de dessiner de fen\u00eatres et des ponts virtuels, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00e9l\u00e9ments d\u2019architecture qui n\u2019existent pas. Imaginez que le billet de cinq euros repr\u00e9sente un monument grec et le billet de cinq cents euros un monument allemand\u2026 Cela aurait pos\u00e9 probl\u00e8me  ! Le patrimoine symbolique commun europ\u00e9en n\u2019est que virtuel. De la m\u00eame mani\u00e8re, est-ce qu\u2019on peut construire une litt\u00e9rature europ\u00e9enne qui ne soit pas une succession de chapitres de litt\u00e9ratures nationaux  ? <\/p>\n\n\n\n

Ces tentatives se heurtent \u00e0 de multiples difficult\u00e9s  : \u00e0 Bruxelles, un mus\u00e9e europ\u00e9en a \u00e9t\u00e9 construit et les Polonais r\u00e9cemment ont protest\u00e9 contre la repr\u00e9sentation de leur pays. Une histoire europ\u00e9enne, insiste le gouvernement polonais, ne peut \u00eatre qu\u2019une juxtaposition des histoires nationales. \u00c0 l\u2019Ouest, il y a encore des entreprises scientifiques qui essaient de d\u00e9passer l\u2019\u00e9chelle nationale vers le transnational europ\u00e9en, mais maintenant, dans le discours officiel, on exprime \u00e9galement qu\u2019il est impossible de d\u00e9passer le national. Dans l\u2019espace public fran\u00e7ais, les positions sont moins exacerb\u00e9es qu\u2019en Pologne, cependant faire entendre cette probl\u00e9matique au del\u00e0 du monde universitaire est toujours quelque chose de tr\u00e8s difficile. <\/p>\n\n\n\n

Le XIXe si\u00e8cle a consacr\u00e9 l\u2019\u00c9tat comme le prolongement juridique de la nation. Aujourd\u2019hui, la souverainet\u00e9 \u00e9tatique semble minor\u00e9e (par la globalisation, les NTIC, etc.), mais le fait national demeure. Comment expliquer ce hiatus ? <\/h3>\n\n\n\n

Le principe de la nation au sens moderne est celui de la souverainet\u00e9. L\u2019id\u00e9e de souverainet\u00e9 s\u2019adosse aussi \u00e0 une communaut\u00e9 de culture  : c\u2019est un corps politique souverain et une communaut\u00e9 de culture. Quelle est la communaut\u00e9 l\u00e9gitimement appel\u00e9e \u00e0 \u00eatre souveraine  ? Pour y r\u00e9pondre, l\u2019affiliation culturelle est tr\u00e8s f\u00e9d\u00e9ratrice. Le mouvement national a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement fort, au XIXe ou au XXe si\u00e8cle, parce qu\u2019il mobilisait \u00e0 la fois la raison et l\u2019\u00e9motion, et parce qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9terministe tout en sachant se transformer  : c\u2019est un mod\u00e8le tr\u00e8s performant. Il s\u2019est combin\u00e9 avec l\u2019\u00c9tat pour former l\u2019alliance de l\u2019\u00c9tat-nation. De nos jours, l’\u00c9tat est tr\u00e8s affaibli, et sa perte de puissance incite \u00e0 se r\u00e9fugier dans la nation, comme communaut\u00e9 solidaire de culture, avec toutes les ambivalences, pour le meilleur et pour le pire. Dans cette communaut\u00e9, on ne d\u00e9laisse pas les plus faibles, mais on en exclut tous ceux qui ne sont pas conformes.
De nos jours, on a du mal \u00e0 imaginer des formes politiques autres que cet \u00c9tat-nation, qui a fonctionn\u00e9 pendant deux si\u00e8cles, et qui est mis aujourd\u2019hui en cause sans qu\u2019on ait \u00e9labor\u00e9 de nouvelles mani\u00e8res de penser le politique. L\u2019Union europ\u00e9enne est n\u00e9e d\u2019un d\u00e9sir de d\u00e9passement de l\u2019\u00c9tat-nation en conservant le meilleur de son fonctionnement, mais on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019aujourd\u2019hui lui fait d\u00e9faut tout l\u2019espace mobilisateur du national.<\/p>\n\n\n\n

Nous avons bien un drapeau et un hymne de l\u2019Europe…<\/h3>\n\n\n\n

Mais elle a aussi une devise, que vous avez oubli\u00e9e  : \u00ab Unis dans la diversit\u00e9 \u00bb. Je pense que si vous posez directement la question, peu de gens le savent. Cela d\u00e9note une identit\u00e9 manquante. De m\u00eame, l\u2019hymne europ\u00e9en n\u2019a pas de paroles, bien qu\u2019il y ait eu de multiples projets pour en ajouter. <\/p>\n\n\n\n

Vous vous \u00eates toujours int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique linguistique comme r\u00e9v\u00e9latrice des fabrications nationales. Comment la langue nationale est-elle l\u2019objet de la politique (pr\u00e9servation, patrimonialisation, d\u00e9fense contre les mots \u00e9trangers, etc.) dans les pays d\u2019Europe centrale  ? <\/h3>\n\n\n\n

Une grande partie des constructions nationales est pass\u00e9e par la construction de langues pour un territoire. Dans l\u2019Europe centrale et orientale, cela a consist\u00e9 \u00e0 valoriser des langues vernaculaires, qui n\u2019\u00e9taient ni des langues administratives, ni juridiques, ni des langues de culture, mais des langues du peuple. \u00c0 partir de ces langues du peuple, on affirmait une nouvelle existence nationale. Ces op\u00e9rations linguistiques de tr\u00e8s grande envergure ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, \u00e0 la fois pour standardiser, codifier ces langues, et pour en r\u00e9pandre l\u2019usage dans des cat\u00e9gories de population tr\u00e8s diff\u00e9rentes, avec une dimension militante. Inscrire ses enfants dans un lyc\u00e9e hongrois dans les ann\u00e9es 1850, c\u2019est un acte patriotique. De m\u00eame pour ceux qui, dans les pays baltiques, se mettent \u00e0 parler l\u2019estonien ou le finnois, alors qu\u2019ils parlent parfaitement l\u2019allemand ou le su\u00e9dois. La vitesse \u00e0 laquelle ce mouvement s\u2019est d\u00e9roul\u00e9, en dix ou vingt ans, est impressionnante, et comparable avec ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec l\u2019h\u00e9breu en Isra\u00ebl plus tard au XXe si\u00e8cle. En Tch\u00e9quie, on l\u00e9gitime vers le milieu du XIXe si\u00e8cle les usages linguistiques tch\u00e8ques. En Hongrie, la magyarisation se fait, au m\u00eame moment, au d\u00e9triment des Slaves de l\u2019Empire.
Des usages tr\u00e8s nationalistes de la langue se cristallisent aussi. En Hongrie, par exemple, le mot litt\u00e9rature se dit irodalom<\/em>, un mot d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment diff\u00e9rent des autres racines germaniques, latines ou slaves. De m\u00eame en Finnois, on d\u00e9signe la litt\u00e9rature sous un nom totalement finnois, kirjallisuus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019\u00e9poque, la majorit\u00e9 des habitants de ces r\u00e9gions sont parfaitement polyglottes et multiculturels. Pendant longtemps, mes coll\u00e8gues d\u2019Europe centrale et orientale avaient une comp\u00e9tence en mati\u00e8re de langue incroyable de notre point de vue occidental. Leurs capacit\u00e9s linguistiques nous rabaissent \u00e0 peu de chose. Le nationalisme linguistique a coexist\u00e9 avec un multilinguisme r\u00e9el, au moins jusqu\u2019\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. Qu\u2019en est-il actuellement  ? Aujourd\u2019hui, un anglais mondialis\u00e9 a quelque peu remplac\u00e9 cette richesse linguistique. <\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Ernest Gellner, Nations et nationalismes<\/em><\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Je vous conseille de lire l\u2019apologue des Ruritaniens d\u2019Ernest Gellner dans Nations et Nationalisme. <\/em>Il y fait un excellent portrait humoristique du nationalisme culturel dans l\u2019empire austro-hongrois au XIXe si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n

Comment ce multilinguisme subsiste-t-il aujourd\u2019hui comme ph\u00e9nom\u00e8ne de masse  ? <\/h3>\n\n\n\n

Le multilinguisme \u00e9tait, dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, li\u00e9 au fait que les grands-parents avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s en allemand tout en \u00e9tant tch\u00e8ques ou hongrois. Toutes ces populations vivaient dans des contigu\u00eft\u00e9s linguistiques importantes. Le fran\u00e7ais lui-m\u00eame \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sent. Une fois que les individus avaient pris l\u2019habitude de jongler avec plusieurs langues, ils poss\u00e9daient une ouverture et une mobilit\u00e9 que nous ne connaissons pas en France, avec notre long et douloureux apprentissage d\u2019une, voire deux langues \u00e9trang\u00e8res. Aujourd\u2019hui il faut peut-\u00eatre d\u00e9plorer que les universit\u00e9s d\u2019Europe centrale travaillent en anglais et proposent des cursus anglophones pour attirer des \u00e9tudiants \u00e9trangers. <\/p>\n\n\n\n

Un des aspects plus \u00ab insolites \u00bb de votre travail concerne le sport et le culte du corps dans le cadre de l\u2019affirmation d\u2019une nation. Peut-on aussi alors parler d\u2019une Europe des sports qui se perp\u00e9tue jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui  ? <\/h3>\n\n\n\n

\u00ab Tous les mouvements de r\u00e9forme nationale et culturelle passent aussi par une r\u00e9forme du corps. \u00bb<\/p>anne-marie thiesse<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tous les mouvements de r\u00e9forme nationale et culturelle passent aussi par une r\u00e9forme du corps. Ce sont des probl\u00e9matiques relativement masculines, m\u00eame si on remarque une certaine mixit\u00e9 dans le mouvement des Sokols tch\u00e8ques, qui rassemblait filles et gar\u00e7ons. Il s\u2019agit de construire la nation par des corps forts et lib\u00e9r\u00e9s, et quelque peu homog\u00e9n\u00e9is\u00e9s, pour effacer les diff\u00e9rences entre le corps souffrant tordu de l\u2019ouvrier ou du paysan, le corps ch\u00e9tif du bourgeois, ou le corps entra\u00een\u00e9 \u00e0 l\u2019escrime de l\u2019aristocrate. La fin du XIXe si\u00e8cle voit aussi l\u2019av\u00e8nement du sport collectif et de la soci\u00e9t\u00e9 des loisirs. Comme le dit Christophe Charle, le vrai objet europ\u00e9en c\u2019est la bicyclette, constitu\u00e9e de m\u00e9canismes invent\u00e9s dans de diff\u00e9rents pays. Les sports d\u2019\u00e9quipe, n\u00e9s dans les colleges <\/em>anglais, se diffusent tr\u00e8s vite sur le continent. On r\u00e9invente les Jeux Olympiques, qui \u00e0 l\u2019origine sont avant tout europ\u00e9ens. <\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, par les pratiques sportives, et comme dans tous les domaines, les Europ\u00e9ens sont extr\u00eamement semblables les uns aux autres, bien plus que ne pouvaient l\u2019\u00eatre deux Fran\u00e7ais au XIXe si\u00e8cle ou m\u00eame deux Italiens en 1950. On est entr\u00e9 dans un monde o\u00f9 l\u2019on a les m\u00eames modes de vie, les m\u00eames pratiques de consommation. Les pratiques de loisir, de spectacles, sont caract\u00e9ris\u00e9es par couche sociale, bien plus que par pays. Mais tout cela ne fait pas une identit\u00e9. Ce n\u2019est pas parce que vous ressemblez \u00e0 un \u00e9tranger que vous faites corps avec lui. Le corps na\u00eet de la conscience d\u2019\u00eatre identique, et cette conscience n\u2019existe pas. <\/p>\n\n\n\n

Les Europ\u00e9ens, depuis les ann\u00e9es 2000, sont de plus en plus proches. Prenez par exemple l\u2019arriv\u00e9e du libre-service en Europe centrale et orientale au cours des ann\u00e9es 2000  : en r\u00e9alit\u00e9 il s\u2019agit presque d\u2019une diff\u00e9rence anthropologique fondamentale. L\u2019Europ\u00e9en de l\u2019Ouest \u00e9tait jusque-l\u00e0 surpris par ces \u00e9piceries \u00e0 comptoir, aujourd\u2019hui disparues. Aujourd\u2019hui, bien s\u00fbr, il y a des spectacles sportifs communs, des communaut\u00e9s de supporters sans fronti\u00e8res, etc. Mais cela, je crois, ne suffit pas \u00e0 cr\u00e9er une identit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Ce qu\u2019on peut aussi remarquer, c\u2019est qu\u2019il y a eu des quantit\u00e9s de tentatives pour lancer des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ou papier europ\u00e9ens. Mais aucune de ces tentatives n\u2019a \u00e9t\u00e9 durable. De m\u00eame, Arte reste une cha\u00eene majoritairement fran\u00e7aise, relativement peu regard\u00e9e en Allemagne ou ailleurs en Europe. Ainsi je crois que ce ne sont pas tant les traits communs qui nous manquent en tant qu\u2019Europ\u00e9ens qu\u2019un sentiment et une conscience de notre communaut\u00e9 de destin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Sp\u00e9cialiste des cultures nationales et r\u00e9gionale, Anne-Marie Thiesse \u00e9voque son travail sur la formation des identit\u00e9s nationales en Europe et r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la possibilit\u00e9 d’une construction similaire \u00e0 l’\u00e9chelle continentale.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":51942,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-9665","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-elias-kabicek","staff-etty-januel","staff-pierre-mennerat","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\nL'introuvable identit\u00e9 europ\u00e9enne, une conversation avec Anne-Marie Thiesse | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, 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