{"id":96625,"date":"2021-01-03T16:25:46","date_gmt":"2021-01-03T15:25:46","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=96625"},"modified":"2021-03-08T11:16:12","modified_gmt":"2021-03-08T10:16:12","slug":"2020-ameriques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/01\/03\/2020-ameriques\/","title":{"rendered":"Comment l’ann\u00e9e 2020 a transform\u00e9 les Am\u00e9riques"},"content":{"rendered":"\n
C\u2019\u00e9tait une promesse de campagne qu\u2019Alberto Fern\u00e1ndez a pu tenir in extremis<\/em> : l\u2019envoi au Congr\u00e8s argentin d\u2019un projet pour l\u00e9galiser l\u2019IVG par l\u2019ex\u00e9cutif a eu lieu \u00e0 la mi-novembre, et la Chambre des d\u00e9put\u00e9s a donn\u00e9 son feu vert \u00e0 la loi dans la nuit du 10 au 11 d\u00e9cembre. Restait \u00e0 franchir l\u2019\u00e9tape la plus difficile, le vote au S\u00e9nat \u2013 la Chambre Haute, celle qui a le dernier mot, \u00e9tait celle qui, en 2018, avait fini par rejeter la proposition de loi. Mais la Campagne pour le droit \u00e0 l\u2019avortement l\u00e9gal, s\u00fbr et gratuit s\u2019est impos\u00e9e sur le plan discursif, et a r\u00e9ussi \u00e0 faire entrer la probl\u00e9matique de l\u2019IVG dans le d\u00e9bat politique comme une question non plus de morale, mais de sant\u00e9 publique. Le syntagme \u00ab sant\u00e9 publique \u00bb a rev\u00eatu en 2020 une importance in\u00e9dite, dans une ann\u00e9e o\u00f9 la pand\u00e9mie de COVID19 \u2013 qui a fait 43 000 morts \u00e0 ce jour en Argentine \u2013 a mis au centre des pr\u00e9occupations des Argentins l\u2019acc\u00e8s universel aux soins, dans un pays travers\u00e9 par de profondes in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques. Si les d\u00e9tracteurs du projet de loi consid\u00e8rent le d\u00e9bat sur l\u2019IVG malvenu dans un contexte de crise sanitaire li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, ses d\u00e9fenseurs montrent au contraire que la pand\u00e9mie n\u2019a fait que confirmer que la sant\u00e9 doit \u00eatre un droit pour toutes et tous, et que l\u2019\u00c9tat \u2013 qui a trop longtemps d\u00e9tourn\u00e9 le regard de la r\u00e9alit\u00e9 selon laquelle \u00ab les riches avortent et les pauvres meurent \u00bb \u2013 doit de le garantir. <\/p>\n\n\n\n Le vote au S\u00e9nat a commenc\u00e9 le 29 d\u00e9cembre et s\u2019est conclu le 30 avec 38 votes pour et 29 contre. Avec cette victoire, cette fin d\u2019ann\u00e9e, qui a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement difficile, est une f\u00eate pour le f\u00e9minisme argentin et latino-am\u00e9ricain<\/p>\n\n\n\n Si la nouvelle strat\u00e9gie bolsonariste<\/em> [adopt\u00e9e en 2020], bas\u00e9e sur la combinaison de sa propre mod\u00e9ration, de l’aide de 600 reais et de la responsabilisation des maires et des gouverneurs dans la pand\u00e9mie, continue \u00e0 fonctionner, l’ancien capitaine de l\u2019arm\u00e9e pourra renforcer sa figure comme une alternative viable pour les prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2022. Et ce non seulement parmi ses fid\u00e8les, mais aussi parmi un bon nombre de partisans critiques, qui semblent am\u00e9liorer leurs perspectives et voteraient \u00e0 nouveau pour lui, en particulier contre le PT. L\u2019antipetisismo<\/em> est encore assez fort au sein de la population. En outre, le PT a pris certaines mesures qui ont d\u00e9senchant\u00e9 sa propre base, comme la nomination de Jilmar Tatto en tant que candidat \u00e0 la mairie de S\u00e3o Paulo lors des \u00e9lections municipales de novembre 2020. Ce choix a suscit\u00e9 beaucoup de critiques parmi les membres, dont un bon nombre a \u00e9migr\u00e9, d\u00e9clarant leur soutien \u00e0 une candidature qui semblait plus appr\u00e9ci\u00e9e, celle de Guilherme Boulos, le leader des sem teto<\/em>, qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme candidat du Parti socialisme et libert\u00e9 (PSOL).<\/p>\n\n\n\n Mais le probl\u00e8me n’est pas tant seulement du c\u00f4t\u00e9 du PT, que dans l’absence d’un nom fort qui r\u00e9unirait la droite et le centre-droit, et qui r\u00e9ussirait \u00e0 arracher des voix \u00e0 Bolsonaro. Plusieurs noms sont envisag\u00e9s : Jo\u00e3o Doria (gouverneur de S\u00e3o Paulo), Sergio Moro, Luciano Huck (pr\u00e9sentateur de t\u00e9l\u00e9vision bien connu), mais rien n’est d\u00e9fini pour le moment. Le Br\u00e9sil a d\u00e9j\u00e0 enseign\u00e9 que sans un nom parvenant \u00e0 rassembler les positions d’une droite un peu d\u00e9mocratique, l’extr\u00eame droite sera toujours une possibilit\u00e9 \u00e9lectorale. <\/p>\n\n\n\n Le Chili vit un moment historique, comme en t\u00e9moignent les \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s tout au long de cette ann\u00e9e 2020. Une grande partie de ce processus est li\u00e9e \u00e0 la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 de la politique au Chili, qui se manifeste avec une grande force depuis la fin de l’ann\u00e9e 2010 et qui r\u00e9v\u00e8le la perte d’institutionnalit\u00e9 des partis politiques. <\/p>\n\n\n\n Pourquoi cette crise de l\u00e9gitimit\u00e9 ? Une partie importante est li\u00e9e au syst\u00e8me constitutionnel, c’est-\u00e0-dire au type de forme de gouvernement dont dispose le Chili : un hyper-pr\u00e9sidentialisme, avec un Congr\u00e8s tr\u00e8s affaibli, dont la conception institutionnelle est bas\u00e9e sur l’extr\u00eame m\u00e9fiance envers la politique et le citoyen. Cette situation a \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e de la dictature, fond\u00e9e sur la m\u00e9fiance envers la politique, qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un syst\u00e8me \u00e9lectoral renfor\u00e7ant les leaderships individuels et individualistes. L\u2019individualisme s’est traduit par une forte fragmentation politique, beaucoup plus consid\u00e9rable parmi le centre-gauche. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de 2010, les partis politiques, le gouvernement et le Congr\u00e8s commencent \u00e0 perdre le soutien de la population. Entre 2014 et 2016, le Chili aborde la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 par un ensemble tr\u00e8s important de r\u00e9formes du syst\u00e8me \u00e9lectoral, du financement politique, des lois sur les partis politiques et des quotas \u2013 appliqu\u00e9es pour la premi\u00e8re fois lors des \u00e9lections de 2017. Cependant, toutes ces r\u00e9formes ne sont pas suffisantes. En 2016, le processus constitutionnel est lanc\u00e9 par la pr\u00e9sidente Bachelet avec le soutien des citoyens \u2013 d\u00e9j\u00e0 en 2012, toutes les \u00e9tudes d’opinion publique montraient que plus de 70 % des Chiliens \u00e9taient favorables \u00e0 une nouvelle Constitution. <\/p>\n\n\n\n Lorsque la r\u00e9volte sociale de 2019 a commenc\u00e9, de nombreux dirigeants politiques ont \u00e9t\u00e9 surpris. Et il est frappant qu’ils aient exprim\u00e9 leur surprise \u2013 le Chili \u00e9tant l\u2019un des pays avec le taux d’in\u00e9galit\u00e9 les plus \u00e9lev\u00e9 d’Am\u00e9rique latine. Ceux qui ont essay\u00e9 de faire passer des r\u00e9formes majeures, comme lors du deuxi\u00e8me mandat de Bachelet, n’ont pas r\u00e9ussi \u00e0 consolider les accords n\u00e9cessaires. L’Accord pour la paix sociale et la nouvelle Constitution de novembre 2019 \u00e9tait, d’une certaine mani\u00e8re, une r\u00e9ponse \u00e0 cette demande sociale. M\u00eame la droite a c\u00e9d\u00e9 : son \u00e9lite pensait que le Chili pouvait soutenir une d\u00e9mocratie lib\u00e9rale avec des niveaux d’in\u00e9galit\u00e9 consid\u00e9rables en g\u00e9n\u00e9rant des garanties politiques et des droits civils. Il est clair que cela n\u2019est pas suffisant. <\/p>\n\n\n\n La voie constitutionnelle que le Chili emprunte \u00e0 travers cette convention constitutionnelle citoyenne et paritaire, avec des ind\u00e9pendants et des si\u00e8ges r\u00e9serv\u00e9s aux peuples indig\u00e8nes, peut \u00eatre le m\u00e9canisme d\u00e9mocratique et institutionnel n\u00e9cessaire pour apporter les changements que non seulement le Chili exige, mais aussi pour montrer une forme diff\u00e9rente de d\u00e9mocratie que \u2013 je crois \u2013 la soci\u00e9t\u00e9 mondiale exige en ce moment.<\/p>\n\n\n\n Cuba traverse un processus complexe qui croise plusieurs crises, changements et demandes simultan\u00e9es. La pand\u00e9mie de COVID19 a co\u00efncid\u00e9 avec une \u00e9conomie largement nationalis\u00e9e et obsol\u00e8te, et avec le renforcement des sanctions du gouvernement Trump sur La Havane. Les lentes r\u00e9formes de modernisation se heurtent \u00e0 une bureaucratie peu innovante. La pauvret\u00e9 et l’in\u00e9galit\u00e9 s’accroissent. La soci\u00e9t\u00e9 civile, plus diversifi\u00e9e et connect\u00e9e par internet, semble plus active, bien que toujours fragment\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Tout cela converge dans les \u00e9v\u00e9nements du mois dernier, lorsque Cuba a connu les plus grandes manifestations pour les droits de l’homme depuis six d\u00e9cennies, men\u00e9es par des artistes, des intellectuels et des militants urbains. Une accumulation de lois et de mesures limitant l’action des citoyens a motiv\u00e9 la protestation. Le 27 novembre, un rassemblement de pr\u00e8s de 400 personnes a forc\u00e9 les autorit\u00e9s \u00e0 promettre un dialogue sur les revendications culturelles et civiques. Plus tard, dans d’autres espaces physiques et sur le web, la mobilisation s’est viralis\u00e9e sous l’identit\u00e9 #27N. Elle a suscit\u00e9 une large solidarit\u00e9, tant au niveau international qu’entre les autres intellectuels et les citoyens cubains.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9ponse, le gouvernement a abandonn\u00e9 sa promesse et a d\u00e9clench\u00e9 une vague d’attaques m\u00e9diatiques, de d\u00e9tentions arbitraires et de si\u00e8ges de maisons et de centres autonomes tels que le si\u00e8ge du Mouvement San Isidro et l’Institut d’Artivisme Hannah Arendt. L’escalade qui s’en est suivie a entra\u00een\u00e9 l’ouverture de proc\u00e9dures judiciaires et des menaces \u00e0 l’int\u00e9grit\u00e9 physique des participants du 27N.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9pression \u00e9tatique continue d’\u00eatre efficace : elle manipule des millions de citoyens avec la presse nationale, menace les droits de l’homme des protagonistes du 27N, \u00e9voque des manipulations \u00e9trang\u00e8res au mouvement. La soci\u00e9t\u00e9 civile a encore du mal \u00e0 s’organiser pour contrebalancer le pouvoir autoritaire qui bloque les mobilisations autonomes. Mais de nombreuses personnes \u00e0 Cuba ont d\u00e9couvert et revendiqu\u00e9 des identit\u00e9s et des demandes que le syst\u00e8me ne peut accepter. Le conflit se poursuit. <\/p>\n\n\n\n En 2020, Cuba a subi sa pire crise \u00e9conomique depuis la tr\u00e8s grave crise des ann\u00e9es 1990 pour quatre raisons : le maintien du syst\u00e8me de planification centrale inefficace qui a \u00e9chou\u00e9 dans le monde entier, la crise \u00e9conomique au Venezuela qui a r\u00e9duit son aide \u00e0 Cuba, le durcissement de l’embargo par Donald Trump, et la pand\u00e9mie. <\/p>\n\n\n\n En cons\u00e9quence, le PIB a chut\u00e9 de 11 % ; le d\u00e9ficit budg\u00e9taire a augment\u00e9 pour atteindre 23,3 %, le plus \u00e9lev\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 ; l’indice de production industrielle a chut\u00e9 en 2019 et \u00e9tait inf\u00e9rieur de 39 points de pourcentage au niveau de 1989 ; parmi 22 produits cl\u00e9s de l’agriculture, de l’\u00e9levage, de la p\u00eache\/des fruits de mer, de l’exploitation mini\u00e8re et de l’industrie manufacturi\u00e8re en 2019, 19 \u00e9taient en baisse par rapport \u00e0 2018 et 10 \u00e9taient en dessous du niveau de 1989 ; la valeur des exportations en 2019 \u00e9tait 62 % inf\u00e9rieure \u00e0 celle de 1989, la valeur des importations \u00e9tait 22 % sup\u00e9rieure et le d\u00e9ficit de la balance commerciale des biens a augment\u00e9 de 187 % ; l’exc\u00e9dent de la balance mondiale a diminu\u00e9 de 73 % en 2014-2019 en raison de la baisse de la valeur des services professionnels \u00e0 la suite de la crise au Venezuela ; les remises migratoires de l’\u00e9tranger ont diminu\u00e9 de 35 % en 2020 ; le revenu brut du tourisme en 2020 a chut\u00e9 de 80 % par rapport \u00e0 2017 ; les investissements directs \u00e9trangers se sont pratiquement arr\u00eat\u00e9s ; les salaires r\u00e9els repr\u00e9sentaient 53 % de leur valeur de 1989, la pension r\u00e9elle \u00e9tait de 38 % et l’aide sociale a diminu\u00e9 entre 2005 et 2019, passant de 5,3 \u00e0 1,5 b\u00e9n\u00e9ficiaires pour 1 000 habitants. <\/p>\n\n\n\n Avec une croissance \u00e9conomique ad\u00e9quate, il faudra plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Cuba pour se remettre de la p\u00e9riode perdue de cinq ans. Le pr\u00e9sident D\u00edaz-Canel a introduit des changements \u00e9conomiques positifs attendus depuis longtemps, tels que l’unification mon\u00e9taire et des taux de change, mais celle-ci souffre de plusieurs probl\u00e8mes. En outre, les profondes r\u00e9formes structurelles exig\u00e9es par l’\u00e9conomie doivent \u00eatre entreprises en parall\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n La cl\u00e9 de lecture dominante de la politique am\u00e9ricaine au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies a \u00e9t\u00e9 la polarisation. Les \u00c9tats-Unis \u00e9taient un pays divis\u00e9 en deux, entre d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains, entre c\u00f4te et int\u00e9rieur des terres, entre villes et zones extra-urbaines. La victoire de Biden appara\u00eet toutefois difficile \u00e0 concilier avec ce sch\u00e9ma, \u00e9tant donn\u00e9 que sa campagne \u00e9lectorale a insist\u00e9 sur son caract\u00e8re centriste mod\u00e9r\u00e9, alors que la polarisation impliquerait une d\u00e9sertion de la sc\u00e8ne centrale.<\/p>\n\n\n\n Il y a certainement eu une composante anti-Trump dans le vote pour Biden. Mais cela rend n\u00e9anmoins compte de comment le futur Pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis est parvenu \u00e0 s\u2019imposer face \u00e0 l\u2019aile la plus radicale de son parti. Pour expliquer la victoire de Biden \u2500 et anticiper certaines de ses cons\u00e9quences \u2500, il est n\u00e9cessaire d\u2019ouvrir les \u00ab bo\u00eetes noires \u00bb repr\u00e9sent\u00e9es par les deux p\u00f4les artificiellement cr\u00e9\u00e9s dans le sch\u00e9ma de la polarisation. L\u2019on d\u00e9couvrira ainsi imm\u00e9diatement qu\u2019il existe, en Am\u00e9rique, au moins quatre p\u00f4les id\u00e9ologiques distincts :<\/p>\n\n\n\n Cela dessine un sch\u00e9ma multipolaire qui rappelle davantage les syst\u00e8mes politiques pluralistes de l\u2019Europe continentale du si\u00e8cle dernier que le bipolarisme caract\u00e9ristique des syst\u00e8mes politiques anglo-saxons. Approfondir cette analogie avec l\u2019Europe d\u2019hier ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre ce qu\u2019on peut attendre des \u00c9tats-Unis de demain.<\/p>\n\n\n\n Trump a ouvert aux \u00c9tats-Unis le plus large d\u00e9bat sur la politique \u00e9trang\u00e8re depuis des d\u00e9cennies, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 2016 notamment sur sa promesse de red\u00e9finir le rapport am\u00e9ricain au monde. Sa r\u00e9ponse, \u00ab America First \u00bb, a bouscul\u00e9 certains postulats de l\u2019action ext\u00e9rieure du pays, et plac\u00e9 au c\u0153ur du d\u00e9bat d\u00e9mocrate la question du lien entre politique \u00e9trang\u00e8re et politique int\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n La doctrine Biden n\u2019existe pas encore, et ne se cristallisera qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9preuve du pouvoir et des \u00e9v\u00e9nements des prochaines ann\u00e9es. Mais elle se construit \u00e0 partir d\u2019un h\u00e9ritage Trump qu\u2019elle ne reniera pas enti\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n Le camp d\u00e9mocrate partage le diagnostic trumpien d\u2019une crise de la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine. La sp\u00e9cificit\u00e9 de 2016, au-del\u00e0 de Trump, \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 du moment pour la politique \u00e9trang\u00e8re, cristallisant une double crise, et en particulier une crise interne de l\u00e9gitimit\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re […]. C\u2019est ainsi qu\u2019il faut comprendre le slogan \u00ab Build back better<\/em> \u00bb de la campagne Biden : reconstruire mieux et diff\u00e9remment, comme apr\u00e8s un cataclysme naturel.<\/p>\n\n\n\n La vision d\u00e9mocrate se distingue de la doctrine Trump sur deux caract\u00e9ristiques centrales : les menaces et les moyens (le point de d\u00e9part et le c\u0153ur de la strat\u00e9gie). La premi\u00e8re divergence strat\u00e9gique tient non seulement \u00e0 la hi\u00e9rarchie des menaces, mais aussi plus profond\u00e9ment \u00e0 leur nature. Le programme d\u00e9mocrate insiste sur les menaces globales et transnationales, largement ignor\u00e9es par les r\u00e9publicains, et place m\u00eame au sommet comme menace \u00ab existentielle \u00bb \u2013 au m\u00eame niveau que le communisme pendant la guerre froide \u2013 non pas la Chine, mais le changement climatique. La divergence sur les moyens d\u00e9coule principalement de cette vision plus large des menaces, puisque la coop\u00e9ration internationale devient une condition n\u00e9cessaire pour y faire face l\u00e0 o\u00f9 l\u2019administration Trump avait fait de l\u2019unilat\u00e9ralisme (ou du bilat\u00e9ralisme) son approche unique des relations internationales.<\/p>\n\n\n\n Le pr\u00e9sident Alejandro Giammattei, qui a pris ses fonctions en janvier 2020, fait partie des rares chefs d’\u00c9tat qui ont d\u00fb abandonner leur projet de gouvernance pour se consacrer \u00e0 la gestion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u00e8s le d\u00e9but de leur mandat. <\/p>\n\n\n\n La crise sanitaire a mis en \u00e9vidence plusieurs carences de l’\u00c9tat guat\u00e9malt\u00e8que, notamment la pr\u00e9carit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 publique, qui a le taux de lits d’h\u00f4pitaux le plus bas de la r\u00e9gion. Pour faire face \u00e0 la situation, le Congr\u00e8s a mis des fonds extraordinaires \u00e0 la disposition du gouvernement. Cependant, ce dernier, prompt \u00e0 imposer des mesures d’endiguement (pr\u00e8s de 40 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es pour avoir viol\u00e9 le couvre-feu), a \u00e9t\u00e9 lent et inefficace dans la distribution de l’aide \u00e0 la population appauvrie. Des drapeaux blancs, indiquant que les occupants avaient besoin de nourriture, flottaient sur les fa\u00e7ades des maisons dans tout le pays. L’opinion publique a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 indign\u00e9e par les scandales de corruption concernant l’utilisation des ressources pour la pand\u00e9mie, affaires qui ont rapidement \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n En novembre, les ouragans Eta et Iota ont emport\u00e9 les biens de 1,5 million de Guat\u00e9malt\u00e8ques. Pendant ce temps, le Congr\u00e8s a approuv\u00e9 un budget qui permet d\u2019augmenter ses d\u00e9penses et de r\u00e9duire les ressources pour lutter contre la malnutrition, entre autres choses. Fatigu\u00e9s d’un \u00c9tat qui ne les prot\u00e8ge pas, des milliers de citoyens ont particip\u00e9 \u00e0 des manifestations pacifiques, quoique entach\u00e9es d’\u00e9pisodes isol\u00e9s de violence, pour exiger la d\u00e9mission du pr\u00e9sident et des changements profonds dans le syst\u00e8me institutionnel. Des changements qui, s’ils n’interviennent pas, conduiront \u00e0 la permanence des manifestations dans l’ann\u00e9e \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Entre Trump et Lopez Obrador, il y avait de l’empathie et ils semblaient se sentir \u00e0 l’aise l’un avec l’autre. Dans leurs visions respectives du pays et dans leur pragmatisme absolu, ils se sont compris. En guise d\u2019exemple, Lopez a accept\u00e9 de charger la Garde nationale d’\u00e9tablir un mur militaire \u00e0 la fronti\u00e8re sud du Mexique, tandis que Trump s’est montr\u00e9 assez tol\u00e9rant face au non-respect par le gouvernement mexicain des accords, r\u00e8gles et contrats concernant le p\u00e9trole et le gaz. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir du 20 janvier prochain, les relations entre les deux gouvernements conna\u00eetront des changements importants. On passera d’une entente lointaine entre deux figures populistes, autoritaires et tr\u00e8s discr\u00e9tionnaires, qui se mettaient tr\u00e8s vite d\u2019accord sur un tr\u00e8s petit nombre de sujets en fonction de leurs priorit\u00e9s, \u00e0 l’agenda complexe qu\u2019a toujours impliqu\u00e9 cette relation. Cela laisse pr\u00e9sager un changement difficile pour le gouvernement mexicain au pouvoir, mais un changement encourageant pour la d\u00e9mocratie mexicaine.<\/p>\n\n\n\n Un d\u00e9mocrate d’un c\u00f4t\u00e9, avec une solide perspective internationale, et un leader charismatique de l’autre, qui affirme que la meilleure politique \u00e9trang\u00e8re est une bonne politique int\u00e9rieure, d\u00e9battront de plusieurs questions qui d\u00e9finiront la relation bilat\u00e9rale, entre autres :Protection de l’environnement et promotion des \u00e9nergies propres, migration s\u00fbre et ordonn\u00e9e, sans militarisation et dans le respect des droits de l’homme, renforcement de la coop\u00e9ration avec l’Am\u00e9rique centrale, renouvellement des accords de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre le trafic de drogue, d\u00e9mocratie syndicale, rigueur anti-Covid-19, respect du T-MEC et protection des cha\u00eenes de valeur communes. Cela ne fait que commencer. <\/p>\n\n\n\n L’ann\u00e9e 2020 a \u00e9t\u00e9 l’une des plus turbulentes de l’histoire r\u00e9cente du P\u00e9rou. Rien qu’en novembre, il y a eu trois pr\u00e9sidents en moins de deux semaines. Le pr\u00e9sident actuel Francisco Sagasti a pris ses fonctions le 16 novembre apr\u00e8s des protestations massives qui ont conduit \u00e0 la chute du gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent dirig\u00e9 par l’ancien pr\u00e9sident du Congr\u00e8s Manuel Merino, qui n’a gouvern\u00e9 que pendant une semaine et a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de mener un coup d’\u00c9tat pour favoriser des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Martin Vizcarra et Pedro Pablo Kuczynski, qui avaient remport\u00e9 les \u00e9lections de 2016 pour le m\u00eame parti et qui gouvernaient auparavant, ont tous deux \u00e9t\u00e9 successivement d\u00e9mis de leurs fonctions pr\u00e9sidentielles pour de pr\u00e9tendus actes de corruption – une situation que partagent les quatre pr\u00e9sidents pr\u00e9c\u00e9dents, divers membres du Congr\u00e8s, des gouverneurs et des maires.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi les P\u00e9ruviens choisissent-ils des politiciens corrompus ? Une analyse socio-\u00e9conomique mettrait en \u00e9vidence le niveau d’\u00ab informalit\u00e9 \u00bb du pays. Selon une \u00e9tude de la Banque centrale de r\u00e9serve, 60 % de la production est r\u00e9alis\u00e9e par des familles ou des entreprises op\u00e9rant en dehors de la loi. Cette production comprend le trafic de drogue, l’exploitation mini\u00e8re ill\u00e9gale et le blanchiment d’argent. Les groupes \u00e9conomiques informels doivent \u00eatre coopt\u00e9s par l’\u00c9tat pour pouvoir fonctionner, d’o\u00f9 la prolif\u00e9ration des \u00ab partis \u00bb politiques qui cherchent \u00e0 prendre le pouvoir en modifiant les lois en leur faveur. L’opposition \u00e0 ces hommes politiques trouve dans la corruption l’excuse pour les \u00e9carter du pouvoir, mais lorsqu’ils acc\u00e8dent \u00e0 des fonctions publiques, beaucoup d’entre eux sont accabl\u00e9s de conflits d’int\u00e9r\u00eats qui conduisent \u00e0 de nouvelles crises. Le capitalisme \u00ab informel \u00bb du P\u00e9rou pourrait fournir des indices sur cette crise politique en cours.<\/p>\n\n\n\n L’ann\u00e9e 2020 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e turbulente pour la R\u00e9publique bolivarienne du Venezuela, mais s\u00fbrement pas plus que 2019, malgr\u00e9 la pand\u00e9mie. Plus t\u00f4t cette ann\u00e9e-l\u00e0, un d\u00e9put\u00e9 de l’Assembl\u00e9e nationale, Juan Guaid\u00f3, s’est proclam\u00e9 \u00ab pr\u00e9sident par int\u00e9rim \u00bb, une fonction qui n’existe pas dans la Constitution. Il a ainsi entam\u00e9 un processus de m\u00e9pris ouvert \u00e0 l’\u00e9gard des autorit\u00e9s et des institutions de son pays, en tentant d’\u00e9tablir et de l\u00e9gitimer un gouvernement parall\u00e8le, soutenu par les \u00c9tats-Unis et leurs principaux alli\u00e9s dans la communaut\u00e9 internationale, dont l’Union europ\u00e9enne. Cependant, sans le soutien majoritaire d\u2019une partie de la population et de la hi\u00e9rarchie militaire, Guaid\u00f3 n’a pas eu le succ\u00e8s escompt\u00e9, et son appel, avec celui de Leopoldo L\u00f3pez, \u00e0 un soul\u00e8vement militaire en avril 2019, n’a pas abouti. Apr\u00e8s cela, sa tourn\u00e9e internationale en f\u00e9vrier 2020, qui comprenait une visite \u00e0 Washington, n\u2019a pas non plus r\u00e9ussi \u00e0 consolider son leadership.<\/p>\n\n\n\n Les r\u00e9centes \u00e9lections l\u00e9gislatives peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme la cl\u00f4ture d’un cycle ouvert en 2015, avec les tentatives de l’Assembl\u00e9e nationale de ne plus reconna\u00eetre le pouvoir ex\u00e9cutif par le pouvoir l\u00e9gislatif. C’est aussi la fin de la carte Guaid\u00f3 pour le changement de r\u00e9gime. De nouveaux acteurs de l’opposition demandent la parole et cherchent des n\u00e9gociations qui permettront au Venezuela de sortir de la paralysie politique et \u00e9conomique dans laquelle il se trouve, en grande partie \u00e0 cause des sanctions et de la cl\u00f4ture financi\u00e8re internationale. La nouvelle administration Biden ouvre de nouvelles interrogations, bien qu’on attende un changement tactique plut\u00f4t que strat\u00e9gique. L’horizon est ouvert. <\/p>\n\n\n\nBr\u00e9sil : Entre mod\u00e9ration et conservatisme populaire, la popularit\u00e9 de Bolsonaro a augment\u00e9 pendant l\u2019ann\u00e9e 2020<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Esther Solano<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Chili : Le moment constitutionnel de 2020, une opportunit\u00e9 pour une autre forme de d\u00e9mocratie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Pamela Figueroa<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Cuba : Crise multiple et urgence civique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Armando Chaguaceda<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Cuba : Une ann\u00e9e 2020 entre crises et changements \u00e9conomiques <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Carmelo Mesa-Lago<\/em><\/h2>\n\n\n\n
\u00c9tats-Unis : Le syst\u00e8me politique am\u00e9ricain s\u2019europ\u00e9anise<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Carlo Invernizzi Accetti<\/em><\/h2>\n\n\n\n
\u00c9tats-Unis : Les d\u00e9mocrates devront inventer une r\u00e9ponse \u00e0 la <\/strong>doctrine<\/strong> Trump<\/a><\/h2>\n\n\n\n
Maya Kandel<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Guatemala : Les manifestations sociales de 2020<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Tiziano Breda<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Mexique : Le gouvernement de L\u00f3pez Obrador en temps de Biden<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
J. Alberto Aguilar I\u00f1\u00e1rritu<\/em><\/h2>\n\n\n\n
P\u00e9rou : Informalit\u00e9 \u00e9conomique et crise politique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Camilo Leon Castro<\/em><\/h2>\n\n\n\n
Venezuela : 2020, l’ann\u00e9e o\u00f9 le gouvernement parall\u00e8le s\u2019est d\u00e9gonfl\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Arantxa Tirado<\/em><\/h2>\n\n\n\n