{"id":96405,"date":"2021-01-01T00:01:00","date_gmt":"2020-12-31T23:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=96405"},"modified":"2025-04-14T11:11:19","modified_gmt":"2025-04-14T09:11:19","slug":"lhomme-en-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/01\/01\/lhomme-en-noir\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;L\u2019homme en noir&#160;\u00bb, un in\u00e9dit de Mario Vargas Llosa"},"content":{"rendered":"\n<p> <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>I<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quand le metteur en sc\u00e8ne Pedrito Adrianz\u00e9n convint d\u2019un rendez-vous avec Antenor Montalvo au Caf\u00e9 Gij\u00f3n \u00ab&#160;pour prendre un petit caf\u00e9 et vous parler d&rsquo;un projet&#160;\u00bb, ce dernier, un acteur rat\u00e9 en pleine d\u00e9sint\u00e9gration psychologique et morale, vivait dans l\u2019insolvabilit\u00e9 dans une pension miteuse de Lavapi\u00e9s qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas pay\u00e9e depuis trois mois et n\u2019arr\u00eatait pas de penser \u00e0 l\u2019id\u00e9e de se suicider. Le petit visage d&rsquo;Adrianz\u00e9n le surprit. \u00c9tait-il possible que ce metteur en sc\u00e8ne tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;ait appel\u00e9 pour lui offrir un r\u00f4le&#160;? Lui&#160;? Antenor, avec ses cinquante et quelques ann\u00e9es, savait depuis longtemps qu\u2019il \u00e9tait un \u00e9chec. En tant qu&rsquo;acteur, car presque plus personne ne l\u2019engageait, sauf pour jouer un majordome ou un chauffeur dans des com\u00e9dies au go\u00fbt douteux ou des petits r\u00f4les encore plus insignifiants dans des feuilletons et des films lambdas&#160;; et aussi en amour, puisque la derni\u00e8re femme avec laquelle il v\u00e9cut l&rsquo;avait abandonn\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant \u00ab&#160;parce qu&rsquo;impuissant et inutile&#160;\u00bb (elle le lui dit ainsi dans sa brutale lettre d&rsquo;adieu). Il n&rsquo;avait plus de parents vivants et la pauvret\u00e9 lui avait fait peu \u00e0 peu perdre ses amis \u2013 il avait honte que ce soit toujours eux qui payent la bi\u00e8re ou le verre de vin au bistrot, il cessa donc de participer \u00e0 leur traditionnelle r\u00e9union entre amis \u2013 et isol\u00e9 dans une solitude n\u00e9vrotique et boudeuse, sauf quand il trouvait un petit travail, il passait ses matin\u00e9es et ses apr\u00e8s-midi \u00e0 lire \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale du Paseo de Recoletos.<\/p>\n\n\n\n<p>Il arriva au Gij\u00f3n quelques minutes avant onze heures, l\u2019heure fix\u00e9e pour le rendez-vous, et Pedrito Adrianz\u00e9n \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, juv\u00e9nile et tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, comme d\u2019habitude. Il l\u2019avait vaguement connu, quand sa fulgurante carri\u00e8re \u00e0 succ\u00e8s d\u00e9butait avec sa spectaculaire mise en sc\u00e8ne de <em>L\u2019Assembl\u00e9e des femmes<\/em> d&rsquo;Aristophane, qui lui valut le premier prix du Festival de th\u00e9\u00e2tre classique de M\u00e9rida, en Estr\u00e9madure. Il lui parut encore plus jeune qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, avec ses tatouages sur le visage et sur les bras, son <em>jean<\/em> trou\u00e9 et la boucle d&rsquo;oreille qui se dandinait \u00e0 son oreille droite. \u00c0 la place de la longue perruque dont Antenor se souvenait, il avait maintenant les cheveux coup\u00e9s tr\u00e8s courts et avait un tas de colliers multicolores sur son petit chemisier bleu marine, ouvert jusqu&rsquo;au nombril. En se serrant la main, Antenor Montalvo se sentit pr\u00e9historique avec son costume ant\u00e9diluvien, sa petite chemise \u00e0 col et sa cravate avec le n\u0153ud minuscule qu&rsquo;il portait depuis au moins dix ans pour les grandes occasions. (Cela faisait tr\u00e8s longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas achet\u00e9 de v\u00eatements, et avec tant de lavages et de repassages, ceux qu&rsquo;il portait arboraient les \u00e9clats et la finesse d&rsquo;une feuille d&rsquo;oignon).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Aimeriez-vous un caf\u00e9, une eau min\u00e9rale&#160;? lui demanda le jeune metteur en sc\u00e8ne, en lui indiquant de s&rsquo;asseoir devant lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Si cela ne vous d\u00e9range pas, je pr\u00e9f\u00e9rerais un sandwich jambon-fromage, dit Montalvo, en rougissant. Et un noisette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr, bien s\u00fbr, acquies\u00e7a Adrianz\u00e9n. Vous vous demandez probablement pourquoi je voulais vous voir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Eh bien, oui, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une surprise, r\u00e9pondit Antenor, avec la franchise qui l&rsquo;a toujours caract\u00e9ris\u00e9. Une grande illusion, aussi. Comme vous pouvez l&rsquo;imaginer, je ne suis pas un acteur que des metteurs en sc\u00e8ne c\u00e9l\u00e8bres comme vous appellent tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Adrianz\u00e9n entra imm\u00e9diatement dans le vif du sujet&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;ai un r\u00f4le pour vous dans la pi\u00e8ce que je vais monter. Nous commencerons les r\u00e9p\u00e9titions lundi prochain, au Teatro Espa\u00f1ol, des <em>Contes de la peste<\/em>, de Vargas Llosa. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une adaptation tr\u00e8s libre du <em>D\u00e9cam\u00e9ron<\/em> de Boccace. Vous n&rsquo;aurez pas \u00e0 dire un mot, mais vous serez sur sc\u00e8ne du d\u00e9but \u00e0 la fin. Vous serez \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb, le kuroko, qui appara\u00eet dans tous les spectacles du kabuki japonais. \u00c7a vous int\u00e9resse&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Adrianz\u00e9n venait de passer une saison au Japon, invit\u00e9 par The Japan Foundation, pour se familiariser avec le th\u00e9\u00e2tre japonais ancien et moderne. Il avait vu et parl\u00e9 avec des acteurs, des metteurs en sc\u00e8ne, des auteurs et des techniciens du th\u00e9\u00e2tre japonais traditionnel et contemporain, du populaire kabuki \u00e0 l\u2019exquis noh, ainsi que l&rsquo;art subtil du th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, le bunraku, avec tambours et pantins, \u00e0 Kyoto, et il avait visit\u00e9 des ateliers, des enseignants, des \u00e9coles de formation, des acad\u00e9mies, etc. De toute cette riche exp\u00e9rience, ce qui l&rsquo;avait le plus impressionn\u00e9 \u00e9tait la pr\u00e9sence du kuroko, \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb, dans les repr\u00e9sentations de kabuki, l&rsquo;ancien th\u00e9\u00e2tre populaire japonais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;est un homme qui est dans le spectacle, l\u2019entendit dire Antenor, excit\u00e9 comme un enfant avec un nouveau jouet. Mais ce n&rsquo;est pas un personnage et il ne fait pas partie de l&rsquo;intrigue. Cependant, il y appara\u00eet tout le temps&#160;: derri\u00e8re les portes qui s&rsquo;ouvrent ou se ferment, sous les tables, recroquevill\u00e9 dans des buffets et des armoires, donnant aux acteurs des foulards ou des chapeaux, sans que personne sur sc\u00e8ne ne remarque sa pr\u00e9sence, invisible pour la troupe mais pas pour les spectateurs, pour lesquels il est continuellement pr\u00e9sent. Dans quel but&#160;? Pour leur rappeler que ce qu&rsquo;ils voient n&rsquo;est pas la v\u00e9rit\u00e9 mais le th\u00e9\u00e2tre, pas la vie mais une repr\u00e9sentation fictive de la vie. L&rsquo;\u00ab&#160;homme en noir&#160;\u00bb est un lointain pr\u00e9d\u00e9cesseur \u2013 il est n\u00e9 au XVIe si\u00e8cle, rendez-vous compte \u2013 de ce que Brecht voulait obtenir dans ses mises en sc\u00e8ne&#160;: rappeler aux spectateurs qu\u2019ils ne devaient pas confondre ce qu&rsquo;ils voyaient sur sc\u00e8ne avec la vie r\u00e9elle, que le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;est qu&rsquo;un simulacre de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Adrianz\u00e9n avait eu l\u2019id\u00e9e de greffer \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb du kabuki \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne des <em>Contes de la peste<\/em> au Teatro Espa\u00f1ol et c\u2019\u00e9tait ce r\u00f4le \u2013 muet, actif, invisible pour les autres acteurs mais ostentatoire pour le public \u2013 qu&rsquo;il proposait \u00e0 Montalvo. Lorsqu&rsquo;il finit de parler, il le regarda, avenant et inquisiteur&#160;: \u00ab&#160;Acceptez-vous&#160;?&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re chose dont j&rsquo;avais besoin, s&rsquo;exclama Montalvo, en faisant une grimace tragi-comique. Qu\u2019on ne me propose plus seulement d&rsquo;\u00eatre majordome, concierge ou chauffeur, mais d&rsquo;\u00eatre muet et invisible. M\u2019abaisser \u00e0 la condition d&rsquo;objet, ni plus ni moins qu&rsquo;un vase ou une table.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rit am\u00e8rement et haussa les \u00e9paules, comme pour dire&#160;: \u00ab&#160;C&rsquo;est mon sort, tant pis&#160;!&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Eh bien, il y a une autre fa\u00e7on de voir les choses, Antenor, dit le metteur en sc\u00e8ne pour lui remonter le moral, en lui tapant sur l\u2019\u00e9paule. Ce serait de consid\u00e9rer que l&rsquo;homme en noir est le dieu de la repr\u00e9sentation pour les autres acteurs&#160;: il est partout bien qu&rsquo;invisible pour eux et, par contre, pour les spectateurs, visible dans toutes les sc\u00e8nes, bien qu&rsquo;exon\u00e9r\u00e9 de toute forme d&rsquo;action.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Puis-je vous demander pourquoi vous avez pens\u00e9 \u00e0 moi pour jouer \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb&#160;? demanda Antenor.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce n&rsquo;est pas moi, r\u00e9pondit imm\u00e9diatement Adrianz\u00e9n. C&rsquo;est Aitana S\u00e1nchez Gij\u00f3n.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Aitana&#160;? s\u2019\u00e9tonna Antenor. Elle sait que j&rsquo;existe&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Elle a dit que de tous les acteurs qu&rsquo;elle connaissait, le seul capable de ne pas exister sur une sc\u00e8ne c\u2019\u00e9tait vous, explica Adrianz\u00e9n. Ne me demandez pas ce qu&rsquo;elle a voulu dire, je n&rsquo;ai pas compris non plus. Mais elle est si intelligente qu\u2019elle m&rsquo;a convaincu. Qu&rsquo;en dites-vous&#160;? Acceptez-vous&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Antenor dit oui, sans la moindre joie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>II<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Lorsque les r\u00e9p\u00e9titions commenc\u00e8rent, dans un sous-sol du Teatro Espa\u00f1ol, Antenor remarqua qu&rsquo;Aitana ne se souvenait m\u00eame pas de lui. Le premier jour, elle le salua avec une certaine rudesse, en marmonnant&#160;: \u00ab&#160;Enchant\u00e9e.&#160;\u00bb Ce n&rsquo;est que lorsqu&rsquo;il lui dit son nom qu&rsquo;elle sembla le reconna\u00eetre et lui sourit&#160;: \u00ab&#160;Bonjour, Antenor, nous allons travailler ensemble, n&rsquo;est-ce pas&#160;? Tr\u00e8s bien.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu&rsquo;ils commenc\u00e8rent \u00e0 lire le texte en groupe, Antenor se sentit tr\u00e8s mal \u00e0 l&rsquo;aise. Il n&rsquo;avait aucune fonction et Pedrito, le metteur en sc\u00e8ne, ne s\u2019adressait jamais \u00e0 lui, seulement \u00e0 Aitana (la comtesse de Santa Croce), \u00e0 Pedro Casablanc (Boccace), \u00e0 Oscar de la Fuente (Pamphile) et \u00e0 Marta Poveda (Philom\u00e8ne). Comme il n&rsquo;avait rien \u00e0 lire, Antenor assuma, avec modestie, sa condition de fant\u00f4me ou de silhouette, en essayant d&rsquo;\u00eatre le plus invisible possible&#160;; il bougeait \u00e0 peine et il n&rsquo;ouvrait jamais la bouche pour poser une question ou faire un commentaire. Les autres acteurs finirent \u00e9galement par l&rsquo;ignorer&#160;; ils ne lui adressaient presque jamais la parole, m\u00eame lors des pauses qu\u2019ils faisaient pour boire de l&rsquo;eau, pour manger quelque chose et certains, comme le metteur en sc\u00e8ne, pour fumer une cigarette. Ce n&rsquo;est que lorsque les lectures prirent fin et que Pedrito Adrianz\u00e9n commen\u00e7a \u00e0 concevoir les sc\u00e8nes qu&rsquo;Antenor eut l&rsquo;impression de gagner un peu de vie&#160;; du moins en termes de mobilit\u00e9. Soudain, le metteur en sc\u00e8ne commen\u00e7a \u00e0 lui donner des ordres&#160;: \u00ab&#160;Voyons, Antenor, mettez-vous ici.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Pas debout, mais \u00e0 genoux.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Ne regardez pas les acteurs.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Votre regard doit \u00eatre blanc, anodin, inexistant.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Montez sur cette chaise. Non, recroquevillez-vous et blottissez-vous en dessous plut\u00f4t&#160;\u00bb. \u00ab&#160;Voyons, cachez-vous \u00e0 moiti\u00e9 derri\u00e8re ce rideau.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Rappelez-vous que votre fonction n&rsquo;est pas celle d&rsquo;exister.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Couchez-vous sur le dos et espionnez ce qui se passe autour de vous. Assumez votre condition, gardez une immobilit\u00e9 totale&#160;\u00bb. \u00ab&#160;Rappelez-vous que votre r\u00f4le n&rsquo;est pas celui d&rsquo;exister, que vous ne faites pas partie de la troupe ou de l&rsquo;histoire&#160;; votre r\u00f4le est seulement d&rsquo;\u2018\u00eatre l\u00e0\u2019, ni plus ni moins que d&rsquo;\u2018\u00eatre l\u00e0\u2019&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Antenor ob\u00e9issait et essayait de respecter scrupuleusement les instructions de Pedrito. Parfois, ce dernier semblait l&rsquo;oublier&#160;; alors, si la position dans laquelle il se trouvait \u00e9tait trop inconfortable et qu&rsquo;un muscle ou un tendon lui faisait trop mal, ou s&rsquo;il avait un d\u00e9but de crampes, il demandait \u00e0 voix basse&#160;: \u00ab&#160;Est-ce que je pourrais bouger un peu&#160;? Je suis un peu raide&#160;\u00bb. Les yeux de tous se tournaient vers lui et Antenor avait le sentiment que c&rsquo;\u00e9tait seulement \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&rsquo;ils le d\u00e9couvraient et m\u00eame qu&rsquo;Aitana, Pedro, \u00d3scar, Marta et Pedrito Adrianz\u00e9n lui-m\u00eame \u00e9taient surpris que cette silhouette soit dot\u00e9e de la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les longues attentes, alors que les autres jouaient et commen\u00e7aient \u00e0&nbsp; concr\u00e9tiser les sc\u00e8nes sous la direction de Pedrito Adrianz\u00e9n, Antenor Montalvo avait tout le temps de r\u00e9fl\u00e9chir. Surtout, avec une tendance qui se manifestait fortement en lui depuis l&rsquo;\u00e2ge de cinquante ans, il se rappelait son enfance et sa jeunesse, dans le lointain P\u00e9rou de sa naissance, quand, \u00e0 la surprise et au grand dam de ses parents, il leur annon\u00e7a que, lorsqu&rsquo;il serait grand, il ne serait pas dentiste comme papa, ni instituteur comme maman, mais acteur. Acteur&#160;? Ses parents se moqu\u00e8rent de lui, ils ne le prirent pas au s\u00e9rieux, ils dirent que tous les enfants avaient ces id\u00e9es saugrenues, \u00eatre dompteurs de b\u00eates sauvages ou explorateurs dans l&rsquo;Arctique, qu\u2019il allait bient\u00f4t reconsid\u00e9rer sa d\u00e9cision et revenir \u00e0 la raison. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;il leur parlait tr\u00e8s s\u00e9rieusement et que la vocation qu&rsquo;il d\u00e9couvrit alors qu&rsquo;il \u00e9tait encore en culottes courtes \u00e9tait l&rsquo;une des rares choses dont il fut toujours certain&#160;: lui, quand il serait grand, il serait acteur ou il ne serait rien. Comment d\u00e9couvrit-il sa vocation&#160;? Il ne le savait pas. Mais il se souvenait tr\u00e8s bien que, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole Saint-Augustin, d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de la primaire, il s&rsquo;\u00e9tait toujours port\u00e9 volontaire pour toutes les repr\u00e9sentations, r\u00e9citals, spectacles que les P\u00e8res Augustins et les professeurs la\u00efcs organisaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Et que, depuis ces ann\u00e9es lointaines, il avait, lui aussi, organis\u00e9 dans le jardin de sa maison des spectacles et des soir\u00e9es avec ses amis du quartier, des num\u00e9ros musicaux, des r\u00e9citals de po\u00e9sie ou des petites sc\u00e8nes qu&rsquo;il \u00e9crivait lui-m\u00eame en imitant des \u00e9pisodes de films, la radio ou les revues. Il pr\u00e9parait ces spectacles avec passion \u2013 en construisant des sc\u00e8nes, en improvisant des rideaux, des d\u00e9cors \u2013 avec ni plus ni moins que le m\u00eame enthousiasme avec lequel ses amis organisaient des matchs de football dans le quartier ou des excursions au Stade national pour voir jouer la \u00ab&#160;U&#160;\u00bb et l&rsquo;Alianza Lima ou les petites soir\u00e9es dansantes du samedi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il eut gain de cause. \u00c0 la fin de ses \u00e9tudes, il entra \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 catholique pour \u00e9tudier la litt\u00e9rature, mais c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 pour s&rsquo;inscrire au TUC (Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Universit\u00e9 catholique), l&rsquo;un des rares endroits o\u00f9 l&rsquo;on pouvait former un acteur au P\u00e9rou \u00e0 cette \u00e9poque. Il n&rsquo;y resta qu&rsquo;un an, ne jouant qu&rsquo;une seule fois devant le public, dans un petit r\u00f4le mineur, dans une pi\u00e8ce de Calder\u00f3n de la Barca mise en sc\u00e8ne par Ricardo Blume. Alors, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, son p\u00e8re, finalement r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 ce que son fils unique se d\u00e9die \u00e0 cette profession incertaine, l&rsquo;envoya en Espagne pour qu\u2019il y compl\u00e8te sa formation et qu\u2019il y \u00ab&#160;connaisse le succ\u00e8s&#160;\u00bb. Antenor n&rsquo;\u00e9tait plus jamais retourn\u00e9 au P\u00e9rou.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Le succ\u00e8s&#160;\u00bb, pensa l&rsquo;homme en noir, appuy\u00e9 contre une suppos\u00e9e colonne, \u00e0 moins d&rsquo;un demi-m\u00e8tre de la comtesse de Santa Croce et du duc Ugolino, plong\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans une violente dispute o\u00f9 claquait un fouet. Avait-il d\u00e9j\u00e0 eu le sentiment du succ\u00e8s dans sa vie d&rsquo;acteur&#160;? Il pensa, se rappela, fantasma&#160;: \u00ab&#160;Je crois que jamais. Des applaudissements, des mentions de temps \u00e0 autre, des f\u00e9licitations des amis, assur\u00e9ment. Mais cette grande chose, impersonnelle, enveloppante et miraculeuse, le succ\u00e8s, non, jamais.&#160;\u00bb Il ne l\u2019avait pas connu et c\u2019\u00e9tait certain qu&rsquo;il ne le conna\u00eetrait pas non plus dans ce qui lui restait \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 cause du manque de succ\u00e8s qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 de se suicider&#160;; mais parce qu&rsquo;il avait perdu les illusions, l&rsquo;admiration et le respect que le th\u00e9\u00e2tre lui inspirait dans sa jeunesse et sa premi\u00e8re maturit\u00e9, dans ces ann\u00e9es o\u00f9 il r\u00eavait encore d&rsquo;incarner Sigismond, Hamlet, Harpagon ou Don Juan sur une sc\u00e8ne. Sa formation avait \u00e9t\u00e9 assez bonne. Apr\u00e8s Madrid, il v\u00e9cut quelques ann\u00e9es \u00e0 Paris, apprit le fran\u00e7ais, fut accept\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole de Jacques Lecoq, et il y r\u00e9p\u00e9ta pendant quelques saisons les enseignements physiques et th\u00e9oriques stricts de l&rsquo;ancien lutteur devenu funambule et th\u00e9oricien de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi n\u2019avait-il jamais eu de succ\u00e8s&#160;? Pendant longtemps, il attribua cela \u00e0 sa malchance, \u00e0 sa faible capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire des amis influents, \u00e0 son incapacit\u00e9 \u00e0 flatter ou, m\u00eame, \u00e0 se faire appr\u00e9cier par ceux qui pouvaient l&rsquo;aider \u00e0 faire son chemin, \u00e0 obtenir des bons contrats, des r\u00f4les remarquables. Avait-il \u00e9t\u00e9 un imb\u00e9cile, croyant qu&rsquo;il y avait une justice immanente, qui dans son cas finirait par s&rsquo;imposer, r\u00e9compensant t\u00f4t ou tard sa pers\u00e9v\u00e9rance, son professionnalisme, la rigueur avec laquelle il \u00e9tudiait et essayait de composer le personnage quand il parvenait \u00e0 jouer&#160;? Au fil des ann\u00e9es, bien qu&rsquo;il ne soit jamais sorti de cette m\u00e9diocre existence professionnelle dans laquelle il ne parvenait jamais \u00e0 se distinguer, il avait gard\u00e9 l&rsquo;espoir que sa chance tournerait et que, soudain, les choses s&rsquo;am\u00e9lioreraient pour lui dans le monde du spectacle. Quand le perdit-il&#160;? Cela faisait plusieurs ann\u00e9es maintenant&#160;; pas d\u2019un coup, mais petit \u00e0 petit. Ses illusions s&rsquo;\u00e9vanouirent comme un coucher de soleil. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu\u2019un apr\u00e8s-midi il se dit qu&rsquo;il ne pouvait plus continuer \u00e0 se mentir, il devait accepter que plus jamais on ne lui proposerait un r\u00f4le principal dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, un feuilleton ou un film, que ce qui lui restait de sa vie professionnelle, il le passerait \u00e0 sombrer de plus en plus dans cette grise m\u00e9diocrit\u00e9 dans laquelle il avait toujours v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;avait voulu dire Aitana S\u00e1nchez Gij\u00f3n avec cette histoire qu&rsquo;il \u00e9tait le meilleur acteur pour repr\u00e9senter l&rsquo;inexistence sur une sc\u00e8ne&#160;? Il avait trouv\u00e9 cela dr\u00f4le au d\u00e9but, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas totalement compris, mais au bout d\u2019un certain temps, l&rsquo;expression lui parut douloureuse et m\u00eame cruelle. Quel m\u00e9rite pouvait-il y avoir \u00e0 repr\u00e9senter l&rsquo;inexistence&#160;? Aucun. Cette phrase signifiait simplement qu&rsquo;il passait toujours inaper\u00e7u, quel que soit son r\u00f4le&#160;; qu&rsquo;il \u00e9tait incapable de donner un soup\u00e7on de vie \u00e0 ces personnages de deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me classe qu&rsquo;il incarnait&#160;; que son pauvre travail contribuait plut\u00f4t \u00e0 les subsumer dans le n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu&rsquo;il sombrait dans l&rsquo;oisivet\u00e9, dans la mis\u00e8re et la pauvret\u00e9 par manque de travail, Antenor acceptait progressivement que ce n&rsquo;\u00e9tait pas tant sa malchance ni son caract\u00e8re peu enclin \u00e0 la flatterie et \u00e0 l&rsquo;opportunisme qui avaient fait de lui un rat\u00e9 mais, h\u00e9las, son manque de talent. Son sort n&rsquo;\u00e9tait pas une injustice mais, purement et simplement, une cons\u00e9quence de son manque d&rsquo;inspiration, de sa petitesse intrins\u00e8que. C&rsquo;est quand il arriva \u00e0 cette conclusion qu&rsquo;il d\u00e9cida de se suicider. Ce ne fut pas une d\u00e9cision d\u00e9chirante, dramatique. Bien au contraire&#160;: un choix calme, serein, fait par une fra\u00eeche apr\u00e8s-midi d&rsquo;automne, lors d&rsquo;une promenade autour du lac du Retiro, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 plusieurs heures \u00e0 lire, \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, un auteur belge li\u00e9 au symbolisme qu&rsquo;il ne connaissait pas jusqu\u2019alors, Michel de Ghelderode. Cela faisait de \u00e7a trois ou quatre semaines&#160;: mieux valait mourir avant de toucher le fond et de conna\u00eetre un d\u00e9clin humiliant, de mis\u00e8re et d&rsquo;idiotie. Il avait tout pr\u00e9par\u00e9 en d\u00e9tail. Ce serait avec des pilules d&rsquo;amph\u00e9tamines \u2013 une bouteille enti\u00e8re serait suffisante \u2013 \u00e0 l&rsquo;heure du coucher. Il laisserait une enveloppe avec une lettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son corps, demandant \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des acteurs, si elle prenait en charge les frais de son enterrement malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 jour dans ses cotisations, qu\u2019il l\u2019incin\u00e8re parce que cela l&rsquo;attristait d&rsquo;imaginer son corps d\u00e9vor\u00e9 par des vers. La proposition inattendue de Pedrito Adrianz\u00e9n d&rsquo;\u00eatre \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb dans <em>Les contes de la peste<\/em> avait report\u00e9 sa d\u00e9cision. Jusqu&rsquo;\u00e0 quand&#160;? Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des huit semaines pr\u00e9vues pour la pi\u00e8ce&#160;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>III<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Cela se produisit au d\u00e9but de la sixi\u00e8me semaine. La critique n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne sur la pi\u00e8ce, pas tr\u00e8s mauvaise non plus, et bien s\u00fbr, personne n&rsquo;avait nullement mentionn\u00e9 \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb. Mais le public r\u00e9agit assez bien. Ils firent presque \u00e0 chaque fois salle comble et le panneau \u00ab&#160;Complet&#160;\u00bb fut de nombreux jours accroch\u00e9 au guichet. Les gens \u00e9taient \u00e9mus, ils riaient, applaudissaient et Antenor mangea pendant ce mois et demi deux fois par jour, ce qui ne lui \u00e9tait pas arriv\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa relation avec les autres acteurs fut bonne, bien qu\u2019il ne se lia d\u2019amiti\u00e9 avec aucun&#160;; ils partageaient des blagues ou des petites conversations avant ou apr\u00e8s la repr\u00e9sentation et parfois ils prenaient de quoi grignoter avec une bi\u00e8re ou un verre de vin dans la petite caf\u00e9t\u00e9ria du th\u00e9\u00e2tre, en \u00e9changeant des id\u00e9es sur des choses banales. La personne avec laquelle il avait eu le moins d&rsquo;\u00e9changes \u00e9tait Aitana S\u00e1nchez Gij\u00f3n, \u00e0 qui jamais il n\u2019osa demander ce qu&rsquo;elle avait voulu entendre exactement en disant qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;acteur qui repr\u00e9sentait le mieux l&rsquo;inexistence sur sc\u00e8ne. Il l&rsquo;admirait en tant qu&rsquo;actrice et avait r\u00eav\u00e9 de travailler un jour avec elle, ce \u00e0 quoi, bien s\u00fbr, il ne parvint jamais&#160;; mais il \u00e9tait un peu intimid\u00e9 par son attitude distante, l\u00e9g\u00e8rement hautaine, qui, lui semblait-il, \u00e9tablissait entre elle et ses interlocuteurs une fronti\u00e8re invisible que personne, sauf une toute petite poign\u00e9e de privil\u00e9gi\u00e9s, ne parvenait \u00e0 franchir.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but, quand la pi\u00e8ce atteignait l&rsquo;\u00e9pisode du \u00ab&#160;Faucon&#160;\u00bb, \u00e0 la fin du spectacle, une curieuse angoisse s\u2019emparait d\u2019Antenor, l\u2019inqui\u00e9tante sensation que quelque chose d&rsquo;inattendu et d&rsquo;important allait soudainement se produire, quelque chose qui n&rsquo;apparaissait pas dans le texte ni dans la mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce. Et qui, par ailleurs, ne se produisait jamais. Mais cette sensation revenait chaque fois que la pi\u00e8ce atteignait l&rsquo;\u00e9pisode du \u00ab&#160;Faucon&#160;\u00bb, une belle histoire dans laquelle un jeune premier appauvri, Federico de Alberigue, sacrifiait son faucon bien-aim\u00e9 afin&nbsp; de pouvoir offrir un d\u00e9jeuner d\u00e9cent \u00e0 Dama Johane, la femme de ses r\u00eaves. Le jeune premier racontait son histoire au public tandis qu&rsquo;Aitana, transform\u00e9e en h\u00e9ro\u00efne du \u00ab&#160;Faucon&#160;\u00bb, faisait trois fois et demi le tour d\u2019une fontaine circulaire, tr\u00e8s proche de \u00ab&#160;l&rsquo;homme en noir&#160;\u00bb, que Pedrito Adrianz\u00e9n avait install\u00e9 pendant toute la sc\u00e8ne, assis par terre, comme une statue. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 ce moment de la pi\u00e8ce qu&rsquo;Antenor se sentait inquiet, avec l&rsquo;impression que quelque chose de terrible, d&rsquo;impr\u00e9visible, allait arriver \u00e0 tout instant. Mais rien ne se produisait et quelques minutes plus tard, il retrouvait la normalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 ce vendredi de la sixi\u00e8me semaine o\u00f9, effectivement, quelque chose se produisit. Quelque chose qu&rsquo;Antenor sentit avant de le voir, avant que sa conscience ne prenne pleinement en compte le fait que cela, bien qu&rsquo;impossible, \u00e9tait r\u00e9ellement en train de se produire \u00e0 un demi-m\u00e8tre de ses yeux, chaque fois qu&rsquo;Aitana \u2013 la veuve qui tournait autour de la fontaine pendant que son jeune premier racontait ses tentatives frustr\u00e9es pour la s\u00e9duire \u2013 passait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, fr\u00f4lant l&rsquo;ourlet de sa tunique contre le corps et le visage de l&rsquo;homme en noir. Ses pieds \u00e9taient nus, et ils \u00e9taient tr\u00e8s blancs et beaux, harmonieusement dessin\u00e9s, qui glissaient autour de ce cercle avec une douceur et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 remarquables, comme si \u2013 et \u00e0 ce moment-l\u00e0 le c\u0153ur d&rsquo;Antenor commen\u00e7a \u00e0 battre avec fureur \u2013 elle ne touchait pas vraiment le sol, mais glissait dans l&rsquo;air \u00e0 quelques millim\u00e8tres de lui. Et c&rsquo;\u00e9tait cela, oui, oui, ses yeux l&rsquo;avaient remarqu\u00e9 et dans ce deuxi\u00e8me tour ils le confirm\u00e8rent, et le confirm\u00e8rent de nouveau dans le troisi\u00e8me tour, ce qui se passait effectivement&#160;: ces pieds ne touchaient pas le sol&#160;! \u00c0 un moment donn\u00e9, ils avaient d\u00e9coll\u00e9 tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement du sol sans que personne \u2013 sauf Antenor \u2013 ne s&rsquo;en aper\u00e7oive, et ils flottaient discr\u00e8tement \u00e0 une distance infime mais ind\u00e9niable du sol. Dans le dernier demi-tour, quand Aitana cessait de bouger, ces pieds blancs, avec la m\u00eame discr\u00e9tion, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 retourn\u00e9s au sol et s&rsquo;enfon\u00e7aient dans la fausse pelouse de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela s&rsquo;\u00e9tait-il produit&#160;? Bien s\u00fbr que non. Ni Aitana, ni personne d&rsquo;autre en ce monde n&rsquo;avait le pouvoir de l\u00e9viter. Ce qu&rsquo;Antenor avait vu \u2013 ce qu&rsquo;il avait cru voir \u2013 \u00e9tait une fausse impression, une illusion, une folie, l&rsquo;invention de ses yeux ennuy\u00e9s. Il n&rsquo;en parla donc avec personne, il ne plaisanta pas \u00e0 ce sujet, et il attendit avec impatience la repr\u00e9sentation du lendemain soir \u2013 celle du samedi \u2013 pour confirmer le fait que, aussi bonne actrice qu&rsquo;elle soit, Aitana n&rsquo;avait pas non plus la facult\u00e9 surnaturelle de s&rsquo;\u00e9lever du sol pour que son tour de la fontaine atteigne la fluidit\u00e9 d\u2019un glissement immat\u00e9riel, d\u2019un vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les instants qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent le premier tour de la fontaine d&rsquo;Aitana, le c\u0153ur d&rsquo;Antenor commen\u00e7a \u00e0 battre si fort qu&rsquo;il dut ouvrir la bouche, effray\u00e9. Il pensait qu&rsquo;il pouvait s\u2019\u00e9touffer, perdre la raison et connaissance. Heureusement, les spectateurs ne le regardaient pas, ils \u00e9taient concentr\u00e9s sur l&rsquo;histoire du jeune premier ou sur le tour de la fontaine qu&rsquo;Aitana commen\u00e7ait \u00e0 faire. Mais lorsque cette derni\u00e8re passa devant ses yeux, il n&rsquo;eut aucun doute&#160;: ces pieds ne touchaient pas le sol, ils flottaient au-dessus de lui, \u00e0 une distance minime mais ind\u00e9niable. Antenor jeta un regard circulaire aux spectateurs&#160;: aucun d&rsquo;entre eux ne regardait ces pieds, et m\u00eame s&rsquo;ils l&rsquo;avaient fait, ils n&rsquo;auraient pas remarqu\u00e9 ce que lui, et lui seul, parce qu\u2019il \u00e9tait assis par terre, avait la perspective suffisante pour constater&#160;: que quelque chose d&rsquo;impossible, en contradiction avec toutes les lois physiques, se produisait l\u00e0, sur cette sc\u00e8ne circulaire, dans cette cour de fauteuils que le d\u00e9corateur avait transform\u00e9e en jardin de la Renaissance florentine, quelque chose que l&rsquo;on ne pourrait que qualifier d&rsquo;extraordinaire, d&rsquo;unique, de miraculeux, de surnaturel. Pendant ces trois tours et demi d&rsquo;Aitana de la fontaine, Antenor ne quitta pas le sol des yeux une seule seconde. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une suggestion, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une fantaisie&#160;: ces pieds ne le touchaient pas, ils s\u2019en \u00e9taient \u00e9loign\u00e9s, s\u2019en \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s, \u00e0 peine, c&rsquo;est vrai, mais suffisamment pour qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas \u00e0 marcher, pour qu&rsquo;elle flotte gracieusement comme si une plate-forme invisible la faisait tourner avec douceur et \u00e9l\u00e9gance autour de la fontaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est que lorsque Aitana cessa de tourner, monta \u00e0 la fontaine, cessa d&rsquo;\u00eatre la veuve dans l&rsquo;histoire du faucon et devint la comtesse de la Santa Croce, qu&rsquo;Antenor osa chercher ses yeux. Il voulait savoir si elle \u00e9tait consciente de ce qu&rsquo;elle faisait, de cette incroyable mutation que son corps perp\u00e9trait en s&rsquo;\u00e9levant du sol pendant une ou deux minutes pour que son glissement atteigne cette d\u00e9licate perfection. Mais il n\u2019y parvint pas&#160;; elle ne regardait personne en particulier quand elle jouait.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux semaines suivantes, les derni\u00e8res de la repr\u00e9sentation, Antenor fut concentr\u00e9 sur ces instants&#160;; et chaque fois qu&rsquo;il vit se produire ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui l\u2019\u00e9merveillait, son c\u0153ur s\u2019acc\u00e9l\u00e9rait et son souffle se coupait. Et \u00e0 chaque fois, quand, apr\u00e8s que cela s\u2019\u00e9tait produit, il cherchait le regard d&rsquo;Aitana pour savoir si elle \u00e9tait consciente ou non du fait que dans cet \u00e9pisode elle l\u00e9vitait, elle esquivait les yeux et il ne pouvait le d\u00e9couvrir. \u00c0 plusieurs reprises il fut tent\u00e9 de commenter l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement avec Pedrito Adrianz\u00e9n ou avec certains des acteurs de la troupe, mais chaque fois qu&rsquo;il allait le faire, il se d\u00e9courageait, convaincu qu&rsquo;ils se moqueraient de lui en pensant qu&rsquo;il leur faisait une blague, ou qu&rsquo;ils commenceraient \u00e0 le prendre pour un type d\u00e9lirant ou un fou. Qui allait croire une telle chose&#160;? Et, d&rsquo;autre part, il craignait que, s&rsquo;il le divulguait, cela cesserait automatiquement de se produire, que, s&rsquo;il le partageait avec quelqu&rsquo;un, Aitana recommencerait dans cet \u00e9pisode, vulgairement, \u00e0 marcher.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>IV<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le dernier jour, apr\u00e8s la repr\u00e9sentation, toute l&rsquo;\u00e9quipe des <em>Contes de la peste<\/em> d\u00eena dans un petit restaurant italien de la rue Echegaray. Avec une audace inhabituelle chez lui, Antenor fit en sorte de s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Aitana. Pendant une grande partie du d\u00eener, il lui fut impossible d&rsquo;engager une conversation avec elle seule&#160;; tout le monde parlait avec tout le monde et personne ne se plongeait dans un dialogue particulier. Mais, au moment du dessert \u2013 glaces, truffe ou tarte aux fraises \u2013 lors d&rsquo;une pause, Antenor osa s&rsquo;adresser \u00e0 elle directement, \u00e0 voix basse&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Dans cette sc\u00e8ne o\u00f9 vous faites le tour de la fontaine, quand l&rsquo;histoire du \u00ab&#160;Faucon&#160;\u00bb&#8230; \u2013&nbsp; commen\u00e7a-t-il \u00e0 dire, mais il ne put continuer car il vit qu&rsquo;Aitana devenait soudainement p\u00e2le et que ses yeux s\u2019agitaient&#160;; elle clignait des yeux comme en proie \u00e0 une attaque de terreur, elle regardait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre comme si elle voulait \u00e9chapper \u00e0 ce qu&rsquo;Antenor voulait lui dire ou lui demander. Il la vit si perturb\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;osa pas continuer. \u00ab&#160;Oui, oui&#160;?&#160;\u00bb, l&rsquo;entendit-il dire, le regardant avec des yeux dans lesquels \u2013 Antenor n&rsquo;en avait pas le moindre doute \u2013 il y avait une supplication manifeste, si \u00e9loquente, qu&rsquo;il se pr\u00e9cipita pour changer de sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rien, rien, dit-il en souriant, en haussant les \u00e9paules, en levant son verre. Une b\u00eatise. \u00c0 la v\u00f4tre, Aitana&#160;! \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un grand plaisir pour moi de travailler enfin avec vous, j&rsquo;esp\u00e8re qu\u2019on se retrouvera de nouveau une autre fois sur les planches.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr, \u00e9videmment, lui dirent les m\u00eames yeux, soulag\u00e9s, et son verre se heurta au sien. Je l&rsquo;esp\u00e8re, et pas une mais plusieurs fois, Antenor.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit-l\u00e0, quand dans un Madrid d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sert\u00e9 par ses noctambules, o\u00f9 le jour allait bient\u00f4t se lever, Antenor retournait lentement \u00e0 sa pension de Lavapi\u00e9s, une sensation \u00e9trange s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de lui. De joie et d&rsquo;optimisme. Cela faisait tr\u00e8s longtemps, de nombreuses ann\u00e9es, qu&rsquo;il ne s\u2019\u00e9tait pas senti ainsi, convaincu que, malgr\u00e9 tout, cette vie, probablement la seule que nous avions, valait la peine d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cue jusqu&rsquo;au bout. Parce qu&rsquo;il s&rsquo;y produisait parfois des choses extraordinaires que seuls certains \u00eatres \u2013&nbsp; extraordinaires, eux aussi&#160;? \u2013 avaient la facult\u00e9 de percevoir. Et, qui l&rsquo;aurait dit, lui, le pauvre et m\u00e9diocre Antenor Montalvo, \u00e9tait un de ces \u00e9lus. T\u00e9moin et complice d&rsquo;une facult\u00e9 surnaturelle \u2013 ou, du moins, inhabituelle et fantastique \u2013 d&rsquo;Aitana S\u00e1nchez Gij\u00f3n, dont elle \u00e9tait bien s\u00fbr tr\u00e8s consciente, et, pour une raison myst\u00e9rieuse sur laquelle il ne voulait pas faire de suppositions ni en savoir la cause, qu&rsquo;il lui avait \u00e9t\u00e9 permis de d\u00e9couvrir. Et de la partager avec elle. N\u2019\u00e9tait-ce pas profiter, d\u2019une certaine mani\u00e8re, de quelque chose d&rsquo;\u00e9quivalent \u00e0 ce succ\u00e8s qui lui avait gliss\u00e9 entre les doigts dans sa vie d&rsquo;acteur&#160;? Il le ressentait comme une r\u00e9paration, une compensation. Maintenant il l\u2019avait donc, ce succ\u00e8s que ses parents l\u2019envoy\u00e8rent chercher en Europe. C\u2019\u00e9tait secret, personne ne le saurait jamais. Quelle importance&#160;? Au moins, Aitana savait qu&rsquo;il savait, et cela cr\u00e9ait entre eux, m\u00eame s&rsquo;ils ne se voyaient plus ou ne travaillaient plus ensemble, un lien, une alliance, quelque chose d&rsquo;incassable, qui, m\u00eame si le reste de sa vie continuait \u00e0 \u00eatre sordide et m\u00e9diocre, r\u00e9compensait Antenor pour les mille et une frustrations de sa carri\u00e8re et lui insufflait, de nouveau, les sentiments de sa lointaine jeunesse. Bordel, apr\u00e8s tout, la vie, le th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;\u00e9taient des choses formidables, n&rsquo;est-ce pas, Antenor Montalvo&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Madrid, ao\u00fbt 2015<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mario Vargas Llosa vient de s&rsquo;\u00e9teindre.<\/p>\n<p>Pour les pages fran\u00e7aises du Grand Continent, il avait confi\u00e9 cet in\u00e9dit \u2014 un peu de po\u00e9sie, un peu de th\u00e9\u00e2tre, un peu de joie et d&rsquo;espoir malgr\u00e9 tout.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":96406,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1728],"tags":[],"staff":[2223],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-96405","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","staff-mario-vargas-llosa","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00ab L\u2019homme en noir \u00bb, un in\u00e9dit de Mario Vargas Llosa | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/01\/01\/lhomme-en-noir\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab L\u2019homme en noir \u00bb, un in\u00e9dit de Mario Vargas Llosa | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Mario Vargas Llosa vient de s&#039;\u00e9teindre.  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