{"id":96144,"date":"2020-12-30T22:25:44","date_gmt":"2020-12-30T21:25:44","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=96144"},"modified":"2021-01-02T10:18:30","modified_gmt":"2021-01-02T09:18:30","slug":"sovereignty-first-10-points-sur-le-brexit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/30\/sovereignty-first-10-points-sur-le-brexit\/","title":{"rendered":"Sovereignty First<\/em> : 10 points sur le Brexit"},"content":{"rendered":"\n

Un commentaire que j’ai r\u00e9guli\u00e8rement entendu au cours des n\u00e9gociations sur le Brexit est rest\u00e9 grav\u00e9 dans ma m\u00e9moire. En septembre 2020, un haut fonctionnaire de l’Union europ\u00e9enne travaillant sur le Brexit m’a dit, non sans une certaine exasp\u00e9ration : \u00ab ce qui est si \u00e9trange dans l’approche britannique du Brexit, c’est que lorsque vous \u00e9changez avec les gars du 10 Downing Street, ils ne sont pas pr\u00e9occup\u00e9s par l’\u00e9conomie ; ils sont obnubil\u00e9s par l\u2019imp\u00e9ratif de recouvrer une certaine libert\u00e9 vis-\u00e0-vis des r\u00e8gles europ\u00e9ennes et de la Cour de justice l\u2019Union<\/a> \u00bb. Ce d\u00e9nigrement de l’\u00e9conomie explique en partie pourquoi l’accord de commerce et de coop\u00e9ration finalis\u00e9 par Boris Johnson<\/a> et Ursula von der Leyen<\/a> la veille de No\u00ebl promet d’offrir un Brexit difficile. La bonne nouvelle de cet accord r\u00e9side dans le fait que l’alternative, \u00e0 savoir un no-deal<\/em>, aurait \u00e9t\u00e9 bien pire pour l’Union comme pour le Royaume-Uni. En revanche, l’accord r\u00e9duira non seulement les liens \u00e9conomiques entre la Grande-Bretagne et le continent, mais bouleversera aussi tout autant les relations en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, d’\u00e9ducation et de l’ensemble des relations humaines au sens large du terme. Voici dix r\u00e9flexions sur le processus du Brexit.<\/p>\n\n\n\n

1 \u2013 La conclusion d’un accord de libre-\u00e9change (ALE) en dix mois est exceptionnellement rapide<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Il faut normalement cinq \u00e0 sept ans pour que l’Union n\u00e9gocie un ALE. David Frost, Michel Barnier et leurs \u00e9quipes respectives m\u00e9ritent bien des louanges pour leur pers\u00e9v\u00e9rance et leur travail acharn\u00e9. \u00c0 certains \u00e9gards, le refus du Royaume-Uni de prolonger la p\u00e9riode de transition au-del\u00e0 de la fin de l\u2019ann\u00e9e 2020 a probablement permis de focaliser les efforts dans un temps court. Cette d\u00e9cision \u00e9tait toutefois contestable, particuli\u00e8rement dans la mesure o\u00f9 ce calendrier serr\u00e9 cr\u00e9e beaucoup d’incertitudes pour les entreprises, car elles ne disposent plus que de quelques jours pour s’adapter aux nouvelles dispositions. Il est inconcevable d\u2019envisager que tout le monde soit en mesure de suivre les nouvelles r\u00e8gles \u00e0 partir du 1er janvier 2021<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Si l’accord a \u00e9t\u00e9 conclu aussi rapidement, c\u2019est aussi parce que les responsables politiques \u00e9taient plus engag\u00e9s dans la n\u00e9gociation de cet ALE qu\u2019ils ne le sont pour un ALE ordinaire. Les n\u00e9gociateurs auraient m\u00eame pu aller encore plus vite si les d\u00e9cideurs politiques le leur avaient permis : une grande partie des trois derniers mois a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 de nombreuses man\u0153uvres de persuasion destin\u00e9es aux opinions publiques internes. Les deux camps ont probablement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 repousser le compromis final au dernier moment afin de montrer \u00e0 leurs opinions publiques respectives \u00e0 quel point ils se battaient avec t\u00e9nacit\u00e9, mais aussi pour ne pas laisser aux Parlements britannique et europ\u00e9en trop de temps pour scruter les d\u00e9tails de l’accord.<\/p>\n\n\n\n

Les n\u00e9gociateurs auraient m\u00eame pu aller encore plus vite si les d\u00e9cideurs politiques le leur avaient permis : une grande partie des trois derniers mois a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 de nombreuses man\u0153uvres de persuasion destin\u00e9es aux opinions publiques internes.<\/p>Charles Grant<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

2 \u2013 La plupart des Britanniques ne savent pas \u00e0 quel point le Brexit sera difficile<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Au cours des 4 ann\u00e9es et demie qui se sont \u00e9coul\u00e9es depuis le r\u00e9f\u00e9rendum, le peuple britannique s’est lass\u00e9 de mani\u00e8re exponentielle (et c\u2019est compr\u00e9hensible) des n\u00e9gociations du Brexit. Nombre d’entre eux s\u2019en sont d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s il y a bien longtemps et partent du principe qu’un accord est positif par principe. Ils ont raison de penser qu’un no-deal<\/em> aurait entra\u00een\u00e9 beaucoup plus de perturbations. Mais beaucoup de choses vont changer malgr\u00e9 tout, bien plus que ce que les partisans du Leave<\/em> ont promis pendant la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire.<\/p>\n\n\n\n

Les industriels et les agriculteurs seront soumis \u00e0 de fastidieux contr\u00f4les aux fronti\u00e8res, notamment en ce qui concerne les douanes, la TVA, la s\u00fbret\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9, les contr\u00f4les sanitaires, et bien d’autres choses encore. Les entreprises perdront l’acc\u00e8s au march\u00e9 unique si elles n\u2019y cr\u00e9ent pas de filiales. Les compagnies a\u00e9riennes et les compagnies de fret britanniques ne pourront plus op\u00e9rer librement au sein de l’Union. Les citoyens perdront le droit de voyager aussi longtemps qu’ils le souhaitent, de travailler, d’\u00e9tudier ou de r\u00e9sider dans l’Union europ\u00e9enne. Les industries et les institutions qui ont pris l\u2019habitude d\u2019employer des citoyens europ\u00e9ens – notamment dans des domaines tels que l’agriculture, l’h\u00f4tellerie, les maisons de soins, le b\u00e2timent et l\u2019\u00e9ducation sup\u00e9rieure \u2013 seront confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s. La Grande-Bretagne quitte une multitude d’agences europ\u00e9ennes, comme celles qui s’occupent des m\u00e9dicaments, des produits chimiques, de la s\u00e9curit\u00e9 a\u00e9rienne et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. La police britannique perd un acc\u00e8s direct \u00e0 de nombreuses bases de donn\u00e9es criminelles.<\/p>\n\n\n\n

3 \u2013 Quitter l’Union europ\u00e9enne est un peu comme y adh\u00e9rer, \u00e0 l\u2019envers<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Lorsqu\u2019un candidat cherche \u00e0 rejoindre l’Union, il doit en accepter les conditions. De la m\u00eame fa\u00e7on, une fois que le Royaume-Uni a d\u00e9fini ses lignes rouges, l’Union a fa\u00e7onn\u00e9 un accord selon ses propres termes, \u00e0 savoir essentiellement un ALE sur le mod\u00e8le canadien mais avec un champ d’application plus large, couvrant des domaines comme l’\u00e9nergie ou la justice et les affaires int\u00e9rieures ; avec des r\u00e8gles plus strictes sur les subventions, l’environnement, le climat et les normes de travail. Ces r\u00e8gles sont notamment li\u00e9es \u00e0 une conditionnalit\u00e9 ex\u00e9cutoire, de sorte que les facilitations relatives au commerce puissent \u00eatre suspendues si l’une des parties ne respecte pas ses engagements. Ces r\u00e8gles couvrent \u00e9galement des dispositions moins g\u00e9n\u00e9reuses dans certains domaines (comme dans le domaine des services financiers, l’absence de reconnaissance mutuelle des organismes de certification, ou encore les contr\u00f4les plus stricts sur les importations de denr\u00e9es alimentaires). Le Royaume-Uni a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de souscrire \u00e0 tout cela car il avait moins de cartes en main que l\u2019Union europ\u00e9enne. L\u2019\u00e9quation est simple : un no-deal<\/em> l\u2019aurait plus impact\u00e9 que l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n

L’analogie de l\u2019adh\u00e9sion invers\u00e9e n’est cependant pas tout \u00e0 fait exacte, car le Royaume-Uni a eu plus de poids lors de cette n\u00e9gociation que le Mont\u00e9n\u00e9gro n\u2019en a dans le cadre de son processus d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l’Union europ\u00e9enne. C’est la raison pour laquelle l’Union a assoupli certaines de ses exigences initiales, par exemple que le Royaume-Uni respecte ses r\u00e8gles en mati\u00e8re d’aides d’\u00c9tat, ou que la Cour de justice europ\u00e9enne joue un r\u00f4le dans le contr\u00f4le ex-post de l’accord. Mais, dans la phase finale des n\u00e9gociations, le Royaume-Uni a c\u00e9d\u00e9 sur d\u2019importants dossiers comme la p\u00eache \u2013 pendant une p\u00e9riode de transition, l’Union europ\u00e9enne ne \u00ab rendra \u00bb qu’un quart du poisson qu’elle pr\u00e9l\u00e8ve actuellement dans les eaux britanniques \u2013 ou les \u00ab r\u00e8gles sur l\u2019origine \u00bb \u2013 l’Union n’autorisera pas le \u00ab cumul \u00e9tendu \u00bb, ce qui signifie que les composants provenant de pays avec lesquels le Royaume-Uni et l’Union europ\u00e9enne ont conclu des ALE (comme le Japon) ne seront pas consid\u00e9r\u00e9s comme du contenu \u00ab local \u00bb, ce qui complexifiera l’acc\u00e8s des produits fabriqu\u00e9s au Royaume-Uni sur le march\u00e9 europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n

4 \u2013 Ces 4 derni\u00e8res ann\u00e9es et demie, les gouvernements britanniques ont rarement \u00e9t\u00e9 honn\u00eates \u00e0 propos des compromis in\u00e9vitablement li\u00e9s au Brexit<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Tout pays quittant l’Union doit trouver sa place sur un spectre allant d’une autonomie r\u00e9glementaire maximale caract\u00e9ris\u00e9e par des liens \u00e9conomiques minimaux \u00e0 une autonomie r\u00e9glementaire minimale caract\u00e9ris\u00e9e par des liens \u00e9conomiques maximaux. Le compromis se situe sur un axe sur lequel se trouve la souverainet\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre. Il aurait fallu admettre que le Brexit avait un co\u00fbt \u00e9conomique r\u00e9el. En priv\u00e9, certains Brexiteurs<\/em> l’admettent, y compris au sein du gouvernement, bien que la plupart d’entre eux avancent que l’\u00e9conomie prosp\u00e9rera \u00e0 long terme, lorsqu’elle sera lib\u00e9r\u00e9e des contraintes impos\u00e9es par Bruxelles. En public, et particuli\u00e8rement pendant la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum, ils n\u2019ont pas fait preuve de la m\u00eame honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n

Tout pays quittant l’Union doit trouver sa place sur un spectre allant d’une autonomie r\u00e9glementaire maximale caract\u00e9ris\u00e9e par des liens \u00e9conomiques minimaux \u00e0 une autonomie r\u00e9glementaire minimale caract\u00e9ris\u00e9e par des liens \u00e9conomiques maximaux.<\/p>Charles Grant<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

D’une certaine mani\u00e8re, le gouvernement de Boris Johnson a toutefois \u00e9t\u00e9 plus clair sur l\u2019ampleur des compromis n\u00e9cessaires que le gouvernement de Theresa May : Boris Johnson a admis depuis un certain temps que quitter l’union douani\u00e8re provoquait des frictions et g\u00e9n\u00e9rait des co\u00fbts \u00e9conomiques implicites \u00e0 la fronti\u00e8re. Mais le discours triomphant de Boris Johnson apr\u00e8s l’accord, lors duquel il a faussement d\u00e9clar\u00e9 que celui-ci signifie \u00ab no non-tariff barriers<\/em> \u00bb<\/a>, t\u00e9moigne d\u2019un gouvernement qui peine encore \u00e0 appr\u00e9hender pleinement les cons\u00e9quences de ses d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n

5 \u2013 Les historiens se demanderont pourquoi le gouvernement britannique a accord\u00e9 si peu d’attention \u00e0 l’\u00e9conomie pendant la n\u00e9gociation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La r\u00e9ponse courte consiste \u00e0 dire que le gouvernement Johnson, compos\u00e9 de hard-Brexiteurs<\/em>, a mis l\u2019accent la notion de souverainet\u00e9 en s\u2019arrimant \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 du spectre mentionn\u00e9 plus haut (le gouvernement de Theresa May souhaitait pr\u00e9server certains avantages de l’union douani\u00e8re et du march\u00e9 unique).<\/p>\n\n\n\n

Il est n\u00e9anmoins \u00e9trange qu’un pays ayant contribu\u00e9 \u00e0 inventer la science \u00e9conomique et qui a le libre-\u00e9change dans le sang ait si peu pris en compte les piliers de l’\u00e9conomie britannique, tels que la City de Londres et l’industrie automobile. Pour de nombreux Brexiteurs<\/em>, la p\u00eache \u2013 qui ne contribue qu’\u00e0 hauteur de 0,04 % au PIB du Royaume-Uni \u2013 \u00e9tait plus importante, les n\u00e9gociations ont m\u00eame failli \u00e9chouer sur la question des quotas de p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n

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