{"id":95878,"date":"2020-12-27T17:26:08","date_gmt":"2020-12-27T16:26:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=95878"},"modified":"2021-01-02T12:04:45","modified_gmt":"2021-01-02T11:04:45","slug":"series-laboratoire-historiographie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/","title":{"rendered":"Les s\u00e9ries&#160;: un laboratoire pour l&rsquo;historiographie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Au temps de leur Pr\u00e9histoire, les s\u00e9ries s\u2019int\u00e9ressaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019histoire. Elles \u00e9voquaient aussi bien la Guerre de Cent ans (<em>Thierry la fronde<\/em>), la condition des esclaves (<em>Racines<\/em>) que la Shoah vue d\u2019en bas (<em>Holocauste<\/em>). Peu \u00e0 peu, elles sont devenues une pratique culturelle majeure. Les 15&#160;% du trafic internet mondial r\u00e9alis\u00e9s aujourd\u2019hui par Netflix&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-1-95878' title='DELORME, St\u00e9phane, \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;La guerre des mondes&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb, &lt;em&gt;Cahiers du cin\u00e9ma&lt;\/em&gt;, n\u00b0 750, 2018, p.&amp;nbsp;5.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> soulignent la place qu\u2019elles ont acquise. Aux c\u00f4t\u00e9s des sagas polici\u00e8res (<em>The Wire<\/em>, <em>Braquo, La Casa de Papel<\/em>) et <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/02\/19\/8678\/\">politiques<\/a> (<em>Marseille<\/em>, <em>House of Cards<\/em>), nombre d\u2019entre-elles se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019histoire. Sans avoir la pr\u00e9tention d\u2019offrir une forme de v\u00e9rit\u00e9 scientifique, ces <em>shows<\/em> mobilisent des personnages historiques (\u00c9douard II dans <em>The Bastard Executioner<\/em>, Thomas Cromwell dans <em>L\u2019Ombre des Tudors<\/em>, Elizabeth II, Churchill et Lord Mountbatten avec <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/12\/18\/la-couronne-dernier-joyau-du-royaume-uni\/\"><em>The Crown<\/em>\u2026<\/a>) et mettent en sc\u00e8ne des \u00e9v\u00e9nements diff\u00e9rents (t\u00e2tonnements de la chirurgie moderne avec <em>The Knick<\/em>, guerre d\u2019an\u00e9antissement dans <em>Generation War<\/em>, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/05\/14\/tchernobyl-covid-19-pedagogie-des-catastrophes\/\">l\u2019accident de Tchernobyl<\/a> dans la s\u00e9rie \u00e9ponyme \u2026). Mais, pour dire le vrai, beaucoup d\u2019entre-elles n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 puiser dans le faux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce pour cette raison que les <em>shows<\/em> ne sont pas encore un objet d\u2019\u00e9tude consid\u00e9r\u00e9 comme l\u00e9gitime&nbsp;&#160;? On note, \u00e0 cet \u00e9gard, une diff\u00e9rence entre le monde anglo-saxon, o\u00f9 les s\u00e9ries sont \u00e9tudi\u00e9es par des universitaires depuis de nombreuses ann\u00e9es, et l\u2019espace francophone, o\u00f9 une r\u00e9ticence se manifeste. Celle-ci n\u2019est pas sans rappeler la frilosit\u00e9 tanc\u00e9e par Marc Ferro&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-2-95878' title='FERRO, Marc, \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;Le Film, une contre-analyse de la soci\u00e9t\u00e9&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb, dans LE GOFF, Jacques, NORA, Pierre (dir.), &lt;em&gt;Faire de l\u2019histoire&lt;\/em&gt;, tome III, Paris, Gallimard, 1974, p. 315.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> ou le scepticisme \u00e9voqu\u00e9 par St\u00e9phane Haffemayer \u00e0 propos des historiens face au cin\u00e9ma&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-3-95878' title='HAFFEMAYER, St\u00e9phane (dir.), \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;Le pass\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019\u00e9cran&amp;nbsp;&amp;#160;: enjeux de la question&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb, dans HAFFEMAYER, St\u00e9phane (dir.), &lt;em&gt;R\u00e9voltes et r\u00e9volutions \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Europe moderne, XVI&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt;-XVIII&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cles&lt;\/em&gt;, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p. 9.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant, la situation n\u2019est pas fig\u00e9e. Ioanis Deroide a ainsi publi\u00e9 un ouvrage o\u00f9 <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/11\/01\/downton-abbey-a-lechelle-pertinente\/\">des s\u00e9ries britanniques<\/a> sont analys\u00e9es avec un regard scientifique. En Suisse, Thalia Brero et S\u00e9bastien Farr\u00e9, dans une collection qui compte d\u00e9j\u00e0 trois volumes, d\u00e9cryptent en historiens les s\u00e9ries TV d\u2019hier (<em>Zorro<\/em>) et d\u2019aujourd\u2019hui (<em>Vikings<\/em>). Au printemps 2020, la revue fran\u00e7aise <em>M\u00e9di\u00e9vales<\/em> a consacr\u00e9 un num\u00e9ro entier au Moyen \u00c2ge en s\u00e9ries, en pla\u00e7ant la focale soit sur des <em>shows<\/em> particuliers (<em>Merlin<\/em>, <em>The Bastard Executioner<\/em>&#8230;), soit sur des th\u00e9matiques pr\u00e9cises (le paysage sonore des s\u00e9ries m\u00e9di\u00e9valistes&#8230;). Une des raisons de cette r\u00e9ticence r\u00e9side probablement dans le rapport ambigu qu\u2019entretiennent ces productions avec les travaux historiographiques. Si certaines se placent dans la <em>doxa<\/em> acad\u00e9mique, d\u2019autres offrent une rupture non seulement avec la vulgate mais aussi avec les \u00e9crits des sp\u00e9cialistes. En ce sens, les s\u00e9ries constituent un laboratoire historiographique, autrement dit, un espace culturel sp\u00e9cifique o\u00f9 les sc\u00e9naristes et <em>showrunners<\/em> se livrent \u00e0 une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pour \u00eatre un tant soit peu cr\u00e9dibles, les <em>shows<\/em> historiques doivent s\u2019inscrire dans l\u2019horizon d\u2019attente de la \u00ab&#160;&nbsp;<em>received history&nbsp;<\/em>&#160;\u00bb. Il s\u2019agit de cet ensemble de connaissances d\u2019origines diverses (\u00e9cole, universit\u00e9, romans et ouvrages d\u2019historiens, films, etc.) qu\u2019a le public sur une \u00e9poque particuli\u00e8re.<\/p><cite>Yohann Chanoir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre un tant soit peu cr\u00e9dibles, les <em>shows<\/em> historiques doivent s\u2019inscrire dans l\u2019horizon d\u2019attente de la \u00ab&#160;&nbsp;<em>received history&nbsp;<\/em>&#160;\u00bb. Il s\u2019agit de cet ensemble de connaissances d\u2019origines diverses (\u00e9cole, universit\u00e9, romans et ouvrages d\u2019historiens, films, etc.) qu\u2019a le public sur une \u00e9poque particuli\u00e8re. Les s\u00e9ries sur le Moyen \u00c2ge, par exemple, doivent ainsi arborer des ch\u00e2teaux, d\u2019abord vus de loin, des \u00e9glises, des chevaliers en armure forc\u00e9ment rutilantes, des paysans n\u00e9cessairement mis\u00e9rables&#8230; De fait, on distingue souvent mal ce qui rel\u00e8ve de poncifs, d\u2019une lecture des sources et d\u2019un recyclage de th\u00e8mes nourrissant la culture g\u00e9n\u00e9rale. Bon nombre de productions se positionnent dans un univers balis\u00e9, adoptant le r\u00e9gime usuel de repr\u00e9sentations sur une p\u00e9riode donn\u00e9e et\/ou sur un personnage. Dans <em>The Bastard Executioner<\/em>, dont la di\u00e9g\u00e8se est fix\u00e9e dans le pays de Galles au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019image du roi \u00c9douard II ob\u00e9it \u00e0 une vision historiographique bien ancr\u00e9e. Le souverain y est ainsi d\u00e9peint comme un roi fain\u00e9ant et un monarque incomp\u00e9tent. Sa description comme homosexuel pose cependant question. M\u00eame si certains travaux \u00e9voquent cette homosexualit\u00e9, l\u2019orientation sexuelle \u00e9voqu\u00e9e par la s\u00e9rie semble davantage une reprise de l\u2019imagerie forg\u00e9e par Maurice Druon dans <em>Les Rois maudits<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-4-95878' title='Les romans de Maurice Druon n\u2019ont d\u2019abord connu qu\u2019un succ\u00e8s d\u2019estime aux \u00c9tats-Unis. Mais la confession du cr\u00e9ateur de &lt;em&gt;Game of Thrones&lt;\/em&gt;, qui a avou\u00e9 s\u2019en \u00eatre largement inspir\u00e9, a offert une seconde vie \u00e0 la saga outre-Atlantique. Leur premi\u00e8re adaptation t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e (Claude Barma, 1972), qui a marqu\u00e9 les esprits, a pu aussi fournir un r\u00e9gime de repr\u00e9sentations au &lt;em&gt;showrunner&lt;\/em&gt; Kurt Sutter.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> et par Mel Gibson dans le film <em>Braveheart<\/em>. En cela, <em>The Bastard Executioner<\/em> contribue \u00e0 figer dans l\u2019imaginaire le portrait d\u2019un prince eff\u00e9min\u00e9 et homosexuel. Cet exemple rappelle que dans leur \u00e9criture de l\u2019histoire, les sc\u00e9naristes ne veulent ou ne peuvent pas toujours s\u2019extraire de l\u2019h\u00e9ritage l\u00e9gu\u00e9 par les romans et\/ou par le cin\u00e9ma. Si on ne conna\u00eet pas toujours le cheminement intellectuel de celles et ceux qui b\u00e2tissent les sc\u00e9narios (quels livres ont-ils consult\u00e9&nbsp;&#160;? quelles sources ont-ils convoqu\u00e9&#160;?), force est de constater que certaines s\u00e9ries v\u00e9hiculent des th\u00e9matiques largement travaill\u00e9es par les historiens. <em>Tchernobyl<\/em> pr\u00e9sente ainsi un v\u00e9ritable <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/07\/13\/verites-mensonges-vladimir-poutine\/\">condens\u00e9 historiographique sur l\u2019URSS<\/a>&nbsp;&#160;: r\u00f4le du secret dans la pratique du pouvoir, violence contre le peuple, espace d\u2019autonomie sociale face \u00e0 un \u00c9tat dictatorial, construction d\u2019un <em>Homo sovieticus<\/em> appuy\u00e9e sur un r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9, etc. M\u00eame <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/20\/du-virtualisme-en-amerique\/\">la s\u00e9rie dystopique <em>Westworld<\/em><\/a>, dans sa reconstitution du Far West, recycle des th\u00e8mes historiographiques. Dans l\u2019omnipr\u00e9sence de la violence, on peut en effet trouver un \u00e9cho des th\u00e9ories d\u2019Howard Zinn \u00e9voqu\u00e9es dans son <em>Histoire populaire des \u00c9tats-Unis<\/em>, et mises en image pr\u00e9c\u00e9demment par Martin Scorsese dans <em>Gangs of New York<\/em>. Toutefois, un feuilleton ne peut uniquement reposer sur les \u00e9crits des historiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux-ci ne savent pas tout. Si cette incertitude fait la beaut\u00e9 (ou le drame\u2026) de la profession, elle est loin d\u2019emp\u00eacher le travail des sc\u00e9naristes des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. Ces derniers revendiquent haut et fort le droit de combler des vides historiographiques par des \u00e9l\u00e9ments fictionnels. La s\u00e9rie <em>Tchernobyl<\/em> en offre un exemple avec le personnage fictif d\u2019Oulana Khomiouk, une scientifique travaillant \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences de la R\u00e9publique de Bi\u00e9lorussie. Cette invention r\u00e9pond \u00e0 des intentions narratives et di\u00e9g\u00e9tiques. Elle permet d\u2019abord d\u2019incarner en une seule personne le groupe de savants qui ont aid\u00e9 le h\u00e9ros r\u00e9el, Valeri Legassov, \u00e0 g\u00e9rer les cons\u00e9quences de l\u2019incident nucl\u00e9aire. Cette pr\u00e9sence fictionnelle \u00e9vite ainsi de multiplier le casting et de diluer l\u2019intrigue autour d\u2019un trop grand nombre de figures. Mais cette licence est aussi d\u2019une rare historicit\u00e9, renvoyant en effet \u00e0 la forte pr\u00e9sence des femmes dans le champ scientifique sovi\u00e9tique. Cette r\u00e9interpr\u00e9tation s\u2019inscrit donc dans une r\u00e9alit\u00e9 sociale et politique de l\u2019URSS de 1986. De m\u00eame, <em><a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/11\/01\/downton-abbey-a-lechelle-pertinente\/\">Downton Abbey<\/a><\/em> mobilise des \u00eatres fictifs pour raconter l\u2019histoire quotidienne de l\u2019aristocratie et de la domesticit\u00e9 britanniques avant et apr\u00e8s la Grande Guerre. Le r\u00e9alisme est toutefois assur\u00e9 par les lieux de tournage (Highclere Castle, Byfleet Manor), la reconstitution du paysage sonore et visuel de la Belle \u00c9poque et par les accents des acteurs qui renvoient \u00e0 leur statut social. Qu\u2019en penser en tant qu\u2019historien&nbsp;&#160;? Force est de reconna\u00eetre que cette pratique n\u2019est pas que l\u2019apanage des sc\u00e9naristes et des <em>showrunners<\/em>. Antoine Prost, dans ses <em>Douze le\u00e7ons sur l\u2019histoire<\/em>, rappelait que tout travail historiographique commen\u00e7ait par une \u00ab&#160;&nbsp;mise en intrigue&nbsp;&#160;\u00bb. R\u00e9cemment, l\u2019historien du Moyen \u00c2ge <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/11\/15\/il-nest-plus-temps-de-se-draper-dans-ses-bonnes-intentions-indignees-une-conversation-avec-patrick-boucheron\/\">Patrick Boucheron<\/a> n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 combler le silence des archives pour inventer un r\u00e9cit plausible de la rencontre entre L\u00e9onard<em> <\/em>et Machiavel. \u00c0 l\u2019\u00e9cran, ces inventions sont r\u00e9currentes, voire rituelles et peuvent entrer en conflit avec les enseignements des historiens.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans leur \u00e9criture de l\u2019histoire, les sc\u00e9naristes ne veulent ou ne peuvent pas toujours s\u2019extraire de l\u2019h\u00e9ritage l\u00e9gu\u00e9 par les romans et\/ou par le cin\u00e9ma. Si on ne conna\u00eet pas toujours le cheminement intellectuel de celles et ceux qui b\u00e2tissent les sc\u00e9narios, force est de constater que certaines s\u00e9ries v\u00e9hiculent des th\u00e9matiques largement travaill\u00e9es par les historiens.<\/p><cite>Yohann Chanoir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Un cas d\u2019\u00e9cole est fourni par l\u2019image du souverain anglais Henry VIII dans <em>The Tudors<\/em>. Comme l\u2019ont soulign\u00e9 Nicolas Fornerod et Daniel Solfaroli Camillocci&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-5-95878' title='FORNEROD, Nicolas, SOLFAROLI CAMILOCCI, Daniel, \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Tudors&lt;\/em&gt; et la fiction de l\u2019Histoire, un conflit de repr\u00e9sentations&amp;nbsp;&amp;#160;?&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb, dans BRERO, Thalia, FARRE, S\u00e9bastien (dir.), &lt;em&gt;The Historians. Saison 1. Les s\u00e9ries TV d\u00e9crypt\u00e9es par les historiens&lt;\/em&gt;, Ch\u00eane-Bourg, Georg Editeur, 2017, p. 64-92.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, cette s\u00e9rie offre un \u00ab&#160;&nbsp;conflit de repr\u00e9sentations&nbsp;&#160;\u00bb entre l\u2019histoire et la fiction. \u00c0 rebours de l\u2019imagerie traditionnelle du roi (bouffi, bien en chair et avec une barbe \u00e9paisse), le <em>show<\/em> d\u00e9veloppe le portrait d\u2019un monarque rajeuni au corps mince, \u00e9pil\u00e9, sensuel voire \u00e9rotis\u00e9 et au visage d\u2019abord glabre. Cette vision \u00ab&#160;&nbsp;iconoclaste&nbsp;&#160;\u00bb, radicalement diff\u00e9rente des conventions picturales et cin\u00e9matographiques, bouscule aussi les repr\u00e9sentations \u00ab&#160;&nbsp;statiques&nbsp;&#160;\u00bb et fig\u00e9es&nbsp;du roi dans les travaux acad\u00e9miques. Or, celui-ci, c\u2019est une \u00e9vidence, n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e2g\u00e9 et ventripotent. Il a \u00e9t\u00e9 m\u00eame d\u00e9crit comme le plus beau prince de la chr\u00e9tient\u00e9 en son temps. Comment expliquer ce conflit&nbsp;&#160;? Souci de jeunisme&nbsp;&#160;? Volont\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne un <em>Sex and the City<\/em> sous les Tudors&nbsp;&#160;? Pour nous, au-del\u00e0 de l\u2019effet de temporalit\u00e9 port\u00e9 par la <em>persona<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-6-95878' title='La &lt;em&gt;persona&lt;\/em&gt; est cet ensemble complexe d\u2019\u00e9l\u00e9ments formels et culturels issus des personnages qu\u2019un com\u00e9dien a incarn\u00e9s, de son jeu d\u2019acteur et de son image publique.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> de l\u2019interpr\u00e8te \u2013 Jonathan Rhys Meyers \u2013, il y a l\u00e0 un signe \u00e9vident de la capacit\u00e9 des s\u00e9ries \u00e0 retravailler la mani\u00e8re dont l\u2019histoire est \u00e9crite et une invitation brutale \u00e0 reconsid\u00e9rer les repr\u00e9sentations h\u00e9rit\u00e9es. N\u2019est-ce pas l\u00e0 d\u2019ailleurs une probl\u00e9matique essentielle du m\u00e9tier d\u2019historien&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re, dont une production peut aller \u00e0 rebours de la doxa historiographique, est aussi illustr\u00e9e par un \u00e9pisode de <em>The Crown<\/em>. Dans l\u2019\u00e9pisode 2 de la troisi\u00e8me saison, on assiste \u00e0 la rencontre entre Lyndon B. Johnson et la princesse Margaret. Cette s\u00e9quence s\u2019inscrit dans un axe narratif d\u00e9velopp\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e0 savoir l\u2019image sans nuance de John Fitzgerald Kennedy. Sa jeunesse, son charme et sa mort tragique ont \u00e9clips\u00e9 la face obscure d\u2019une courte pr\u00e9sidence, d\u2019autant que d\u00e8s novembre 1963 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e une histoire officielle mythifiant JFK. Pr\u00e9sent\u00e9 par sa veuve comme un nouveau roi Arthur, il est le sujet d\u2019une v\u00e9ritable hagiographie, entretenue notamment par ses conseilleurs, tel Pierre Salinger. La s\u00e9rie se place, elle, dans une autre tendance historiographique. Le choix de l\u2019acteur Michael C. Hall pour l\u2019interpr\u00e9ter, sugg\u00e8re d\u2019embl\u00e9e la volont\u00e9 de rupture. La <em>persona<\/em> du com\u00e9dien (entrepreneur de pompes fun\u00e8bres qui cache son homosexualit\u00e9 dans <em>Six Feet Under<\/em>, membre de la police scientifique le jour, <em>serial killer<\/em> la nuit dans <em>Dexter<\/em>) est \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9voquer une personnalit\u00e9 complexe loin de se r\u00e9sumer \u00e0 son image publique. De fait, l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 du pr\u00e9sident est soulign\u00e9e, de m\u00eame que son inconstance dans l\u2019action politique et son nombrilisme exag\u00e9r\u00e9. Cette repr\u00e9sentation constitue un \u00e9cho du travail de d\u00e9construction de la mythologie \u00ab&#160;&nbsp;JFK&nbsp;&#160;\u00bb en vigueur aux \u00c9tats-Unis depuis les ann\u00e9es 80 (dans les travaux de Garry Willis, Thomas Reeves\u2026) mais qui a encore du mal \u00e0 prendre en Europe et notamment en France, o\u00f9 la modernit\u00e9 politique passe par la case \u00ab&#160;&nbsp;Kennedy fran\u00e7ais&nbsp;&#160;\u00bb. Parfois en conflit avec la vision acad\u00e9mique, les s\u00e9ries peuvent aussi y puiser des \u00e9l\u00e9ments narratifs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elles y trouvent des b\u00e9quilles historiographiques. Par ce terme, nous d\u00e9signons un point d\u2019appui sur lequel se fonde un <em>show<\/em> pour d\u00e9velopper une autre imagerie narrative. L\u2019\u00e9pisode 4 de la premi\u00e8re saison de <em>The Crown<\/em> en donne un exemple. Fix\u00e9 en d\u00e9cembre 1952, ce volet de la saga \u00e9voque le Smog \u00e9pais et tenace qui a effectivement frapp\u00e9 Londres \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Le traitement de cet \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el s\u2019appuie sur un mix historiographique. Il y a d\u2019abord la repr\u00e9sentation d\u2019<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/01\/15\/les-heures-sombres\/\">un Churchill un peu absent<\/a>, fatigu\u00e9 et d\u00e9pass\u00e9 par le contexte. Il appara\u00eet par ailleurs focalis\u00e9 sur le danger encouru par la monarchie avec la passion du pilotage du duc d\u2019\u00c9dimbourg. Churchill est comme obs\u00e9d\u00e9 par cette affaire, alors que la capitale est paralys\u00e9e par un \u00e9pais brouillard, que le syst\u00e8me hospitalier a atteint son point de rupture et que l\u2019opposition rue dans les brancards. Cette imagerie convoque une historiographie assez ancienne, forg\u00e9e d\u00e8s la mort de l\u2019ancien Premier Ministre par son m\u00e9decin Lord Moran. Dans ses M\u00e9moires, le praticien a soutenu que la sant\u00e9 du leader conservateur \u00e9tait si d\u00e9labr\u00e9e qu\u2019il \u00e9tait incapable de diriger le pays. Ce portrait, qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 dessin\u00e9e par les sources, est associ\u00e9 \u00e0 la th\u00e9matique historiographique bien plus r\u00e9cente de l\u2019anthropoc\u00e8ne. Notre soci\u00e9t\u00e9 serait d\u00e9sormais entr\u00e9e dans une nouvelle \u00e8re, celle des changements environnementaux provoqu\u00e9s par l\u2019homme, dont l\u2019\u00e9pisode met en sc\u00e8ne un exemple. <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/26\/historiciser-lagir-climatique\/\">L\u2019origine du brouillard<\/a> enveloppant Londres est de fait attribu\u00e9e au charbon br\u00fbl\u00e9 par les centrales thermiques. L\u2019explication est conforme aux id\u00e9es des chercheurs sur l\u2019anthropoc\u00e8ne qui affirment que les premi\u00e8res cons\u00e9quences sur le climat sont visibles d\u00e8s les ann\u00e9es 50.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or, celle-ci nous semble davantage la mise en \u00e9vidence r\u00e9trospective d\u2019une causalit\u00e9, que la soci\u00e9t\u00e9 anglaise de 1952 n\u2019a pas encore les moyens scientifiques de formuler. L\u2019explication semble donc davantage un effet de temporalit\u00e9, t\u00e9moignant des pr\u00e9occupations de notre propre soci\u00e9t\u00e9, bouscul\u00e9e par les cons\u00e9quences du changement climatique et qui s\u2019interroge sur l\u2019absence de v\u00e9ritables r\u00e9actions de la part des gouvernements. Y aurait-il donc un peu de Trump dans Churchill, qui incarnerait \u00e0 l\u2019\u00e9cran un mod\u00e8le pr\u00e9coce d\u2019un climato-sceptique aux affaires&nbsp;&#160;? Qu\u2019on se rassure&nbsp;&#160;! Le vieux lion se ressaisit et, \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9pisode, prononce un discours fictif galvanisant, annon\u00e7ant la mobilisation de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat. Le Churchill de 1952 est <em>in fine<\/em> encore celui de 1940. Le titre originel, <em>Act of God<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une phrase prononc\u00e9e par Churchill dans l\u2019\u00e9pisode, nuance un peu, il est vrai, cette explication pr\u00e9sentiste de l\u2019\u00e9pisode. Il n\u2019emp\u00eache pas moins que la fiction offre un terreau propice \u00e0 une r\u00e9\u00e9criture du pass\u00e9. On touche l\u00e0 \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019histoire est r\u00e9\u00e9crite par les <em>showrunners<\/em>. Convoquer des points d\u2019appui, autrement dit des b\u00e9quilles historiographiques et les inscrire dans un r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9, o\u00f9 le pass\u00e9 est pli\u00e9 aux besoins et tensions du pr\u00e9sent. En ce sens, l\u2019\u00e9criture des s\u00e9ries historiques n\u2019est pas si moderne. Parler d\u2019hier pour \u00e9voquer aujourd\u2019hui recouvre en effet un proc\u00e9d\u00e9 narratif plut\u00f4t ancien. De fait, l\u2019\u00e9criture des <em>shows<\/em> emprunte plusieurs de ses m\u00e9thodes \u00e0 celles des romanciers du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mise en intrigue, effets de suspense dont le <em>cliffhanger<\/em> est devenu la forme rituelle, multiplication des points de vue, monologue des personnages, etc. La pratique de r\u00e9daction d\u2019un sc\u00e9nario \u00e0 plusieurs mains au cours de sessions collectives n\u2019est, enfin, pas sans rappeler la mani\u00e8re dont Alexandre Dumas mobilisait des collaborateurs dans son atelier d\u2019\u00e9criture pour pr\u00e9parer ses romans.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La pratique de r\u00e9daction d\u2019un sc\u00e9nario \u00e0 plusieurs mains au cours de sessions collectives n\u2019est, enfin, pas sans rappeler la mani\u00e8re dont Alexandre Dumas mobilisait des collaborateurs dans son atelier d\u2019\u00e9criture pour pr\u00e9parer ses romans.<\/p><cite>Yohann Chanoir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de ces proc\u00e9d\u00e9s communs aux studios occidentaux, h\u00e9ritiers en la mati\u00e8re de pratiques litt\u00e9raires semblables (feuilleton romanesque en France, <em>Penny dreadful<\/em> en Grande-Bretagne, <em>dime novel<\/em> aux \u00c9tats-Unis), des diff\u00e9rences sensibles existent, selon les aires culturelles, quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire. On trouve ainsi <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/06\/21\/quand-le-turc-renoue-avec-lottoman\/\">des <em>shows<\/em> relevant d\u2019un roman national<\/a>, qui ne dit pas toujours son nom. Le Royaume-Uni, qui poss\u00e8de une longue tradition de <em>costume dramas<\/em>, privil\u00e9gie les mises en sc\u00e8ne du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de la Belle \u00c9poque, p\u00e9riode o\u00f9 le soleil ne se couchait jamais sur l\u2019empire et o\u00f9 l\u2019archipel \u00e9tait l\u2019&nbsp;\u00ab&#160;&nbsp;atelier du monde&nbsp;&#160;\u00bb. <em>The Crown<\/em>, \u00e0 cet \u00e9gard, tout en s\u2019inscrivant dans ce paradigme (d\u00e9cors somptueux, costumes soign\u00e9s) marque une nette rupture en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la d\u00e9colonisation mais aussi \u00e0 la perte d\u2019influence de la puissance britannique (crise de Suez, difficult\u00e9s financi\u00e8res obligeant le gouvernement de mendier un pr\u00eat aux \u00c9tats-Unis). Les studios espagnols aiment porter \u00e0 l\u2019\u00e9cran ces grands qui ont fait l\u2019Espagne (<em>Isabel<\/em>, <em>Rey Emperador<\/em>). Leurs homologues fran\u00e7ais ont longtemps pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les programmes patrimoniaux avec des h\u00e9ros populaires (<em>Thierry la fronde<\/em>, <em>Rocambole<\/em>, <em>Vidocq<\/em>), non sans les plier parfois \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9. La lutte de Thierry la fronde dans une Sologne occup\u00e9e rappelait les combats des r\u00e9sistants sous l\u2019Occupation. D\u2019autres productions rel\u00e8vent d\u2019une lecture davantage sociale de l\u2019histoire. La s\u00e9rie am\u00e9ricaine <em>Deadwood<\/em> raconte par exemple la vie d\u2019un groupe particulier, celui des populations attir\u00e9es par la fi\u00e8vre de l\u2019or dans une petite ville mini\u00e8re \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les studios outre-Atlantique affichent d\u2019ailleurs un int\u00e9r\u00eat pour la Fronti\u00e8re (<em>Westworld<\/em>, <em>Godless<\/em>, <em>The Son<\/em>&#8230;), d\u00e9crivant une soci\u00e9t\u00e9 qui se construit dans la violence et offrant ainsi une relecture critique du concept de Frederick Jackson Turner. Cet int\u00e9r\u00eat pour des groupes minoritaires se retrouve \u00e9galement en Europe. Le programme espagnol <em>Les Demoiselles du t\u00e9l\u00e9phone<\/em> s\u2019int\u00e9resse \u00e0 quatre femmes standardistes dans l\u2019Espagne de la R\u00e9publique et de la guerre civile, illustrant de mani\u00e8re fictionnelle, l\u2019<em>agency<\/em> des minorit\u00e9s sexuelles de la p\u00e9ninsule. Peut-on parler pour autant d\u2019\u00e9coles historico-sc\u00e9naristiques&nbsp;&#160;? La r\u00e9ponse demanderait \u00e0 \u00e9tudier plus finement non seulement les s\u00e9ries mais aussi les parcours universitaires des sc\u00e9naristes, les sources qu\u2019ils ont pu convoquer, les orientations qu\u2019ils ont voulu donner.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques exemples analys\u00e9s, dans un corpus qui ne cesse de s\u2019accro\u00eetre, sugg\u00e8rent que les s\u00e9ries sont \u00e0 l\u2019image du cin\u00e9ma&nbsp;&#160;: un espace culturel o\u00f9 les imaginaires sont (re)configur\u00e9s, les conflits interpr\u00e9t\u00e9s et les consensus fix\u00e9s ou bris\u00e9s (Pablo Iglesias Turri\u00f3n). Il y a de toute \u00e9vidence une communaut\u00e9 m\u00e9thodologique entre le bureau du sc\u00e9nariste, l\u2019atelier du romancier et le cabinet de l\u2019historien, ne serait-ce que parce que le premier a puis\u00e9 chez les deux derniers une m\u00e9thode (le recours aux documents, la mise en sc\u00e8ne d\u2019une intrigue, le recours aux tableaux, la construction d\u2019une totalit\u00e9 qui fait sens\u2026). \u00c0 cette aune, la s\u00e9rie historique se place r\u00e9solument dans une histoire-r\u00e9cit, plus que dans une histoire-probl\u00e8me. Poser les cr\u00e9ations audiovisuelles comme laboratoire historiographique revient plus globalement \u00e0 s\u2019interroger sur la capillarit\u00e9 des travaux scientifiques mais aussi sur la perm\u00e9abilit\u00e9 entre le monde acad\u00e9mique et le milieu professionnel des <em>shows<\/em>. Une porosit\u00e9 qui ne r\u00e9sume pas au simple r\u00f4le de conseiller, dont le cin\u00e9ma a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 les contraintes et les limites.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il y a de toute \u00e9vidence une communaut\u00e9 m\u00e9thodologique entre le bureau du sc\u00e9nariste, l\u2019atelier du romancier et le cabinet de l\u2019historien, ne serait-ce que parce que le premier a puis\u00e9 chez les deux derniers une m\u00e9thode (le recours aux documents, la mise en sc\u00e8ne d\u2019une intrigue, le recours aux tableaux, la construction d\u2019une totalit\u00e9 qui fait sens\u2026).<\/p><cite>Yohann Chanoir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Le Nom de la rose<\/em> est, \u00e0 cet \u00e9gard, un cas d\u2019\u00e9cole. La collaboration entre l\u2019\u00e9quipe r\u00e9unie autour de Jacques Le Goff et Jean-Jacques Annaud s\u2019est bris\u00e9e sur les pesanteurs de l\u2019industrie cin\u00e9matographique&#160;: poids des producteurs dans un tournage, pr\u00e9f\u00e9rence du spectaculaire au d\u00e9triment de la v\u00e9rit\u00e9, centralit\u00e9 du r\u00e9alisateur, r\u00e9duction cons\u00e9quente de l\u2019historien au r\u00f4le de documentaliste. La repr\u00e9sentation mis\u00e9rabiliste des paysans, la pr\u00e9sence d\u2019une statue Renaissance dans une abbaye en 1327 et la mort grand-guignolesque&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-7-95878' title='Pour s\u2019inspirer d\u2019une remarque de Jacques Le Goff. Cit\u00e9 dans MORRISSEY, Priska, &lt;em&gt;Historiens et cin\u00e9astes. Rencontre de deux \u00e9critures&lt;\/em&gt;, Paris, L\u2019Harmattan, 2004, p. 292.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span> de l\u2019inquisiteur, etc. ont illustr\u00e9 la complexit\u00e9 du dialogue entre les deux professions. En d\u00e9pit de ces difficult\u00e9s, il nous semble que la mise en r\u00e9cit de l\u2019histoire a tout \u00e0 gagner \u00e0 s\u2019inspirer des pratiques narratives adopt\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran. <em>The Man in the High Castle<\/em> et <em>The Plot Against America<\/em> ont ainsi d\u00e9montr\u00e9 la force et la vitalit\u00e9 de l\u2019histoire contre-factuelle, hier terre des ma\u00eetres de la science-fiction et des romanciers, aujourd\u2019hui champ de l\u2019historien. \u00c9crire le \u00ab&#160;roman vraisemblable de ce qui aurait pu se passer&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-8-95878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/27\/series-laboratoire-historiographie\/#easy-footnote-bottom-8-95878' title='ROWLEY, Anthony, D\u2019ALMEIDA, Fabrice, &lt;em&gt;Et si on refaisait l\u2019histoire&amp;#160;?&lt;\/em&gt;, Paris, Odile Jacob, 2011, p. 10.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> ne s\u2019appuie pas que les ressources offertes par l\u2019imagination. Cela r\u00e9clame de faire ressentir les caract\u00e9ristiques d\u2019une p\u00e9riode pass\u00e9e, en \u00e9tudiant les structures sociales et mentales d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. L\u2019histoire contre-factuelle est certes potentielle mais elle doit \u00eatre r\u00e9aliste. \u00c0 ce titre, elle permet aussi de sortir de cette aporie \u00e9prouv\u00e9e par bien des sc\u00e9naristes&#160;: mettre en sc\u00e8ne des figures historiques connues du public national et international. <em>A contrario<\/em>, la dimension uchronique autorise un d\u00e9centrage du regard en portant \u00e0 l\u2019image une histoire d\u2019en bas, une histoire des sans voix&#8230; Les s\u00e9ries sur le pass\u00e9 dessinent ainsi, sans doute, le futur de notre profession. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les s\u00e9ries historiques comme <em>The Crown<\/em> ont fait ressurgir une vieille question, celle des liens entre histoire et fiction. 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