{"id":95563,"date":"2020-12-28T16:47:34","date_gmt":"2020-12-28T15:47:34","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=95563"},"modified":"2020-12-29T18:14:04","modified_gmt":"2020-12-29T17:14:04","slug":"conversation-tocci","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/28\/conversation-tocci\/","title":{"rendered":"Relations transatlantiques et d\u00e9fis mondiaux : l’Europe g\u00e9opolitique de Nathalie Tocci"},"content":{"rendered":"\n
Le fait que nous soyons entour\u00e9s de crises est une r\u00e9alit\u00e9 bien \u00e9tablie et que nous connaissons bien, du moins depuis 2014. Tout a commenc\u00e9 \u00e0 l’Est, avec l’annexion de la Crim\u00e9e. Mais dans le Sud, \u00e0 partir de 2012-2013, la promesse des Printemps arabes \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 devenue un automne qui entrait dans son long hiver. Tout cela a \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9 par les tensions en M\u00e9diterran\u00e9e orientale et la nouvelle guerre dans le Caucase entre l’Arm\u00e9nie et l’Azerba\u00efdjan, qui se sont ajout\u00e9es \u00e0 des conflits d\u00e9j\u00e0 existants \u2013\u202fcomme celui isra\u00e9lo-palestinien\u202f\u2013 ou qui ont \u00e9clat\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es et n’ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus, comme la situation en Syrie. Cependant, le sc\u00e9nario \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s turbulent. <\/p>\n\n\n\n
En tant qu’Europ\u00e9ens, nous avons pu lire tout cela avec l’histoire du verre \u00e0 la fois \u00e0 moiti\u00e9 plein et \u00e0 moiti\u00e9 vide. Si nous faisons une comparaison entre les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es et la derni\u00e8re ann\u00e9e et demie (et probablement les quatre prochaines ann\u00e9es), une chose est claire : dans le cycle politico-institutionnel pr\u00e9c\u00e9dent, les questions de politique \u00e9trang\u00e8re, en particulier la s\u00e9curit\u00e9 et la d\u00e9fense, faisaient l’objet d’une attention beaucoup plus grande que maintenant. Cela \u00e9tait d\u00fb en partie \u00e0 des facteurs exog\u00e8nes, tels que la crise qui venait d’\u00e9clater en Ukraine, le Brexit, l’\u00e9lection de Trump \u00e0 la Maison Blanche. Mais toute cette attention vers l’ext\u00e9rieur \u00e9tait \u00e9galement due \u00e0 une raison beaucoup plus interne, \u00e0 savoir l’incapacit\u00e9 totale de l’Union \u00e0 progresser sur les dossiers qui lui sont les plus naturels, comme la r\u00e9forme de la zone euro et la question des migrations.\u00a0<\/p>\n\n\n\n
Aujourd’hui, les choses ont compl\u00e8tement chang\u00e9. Le verre est \u00e0 moiti\u00e9 plein si l’on consid\u00e8re qu’au cours de l’ann\u00e9e derni\u00e8re, et en particulier ces derniers mois, nous avons trouv\u00e9 une coh\u00e9sion et une solidarit\u00e9<\/a> internes sur diff\u00e9rentes questions, m\u00eame si ce n\u2019est pas le cas sur la politique \u00e9trang\u00e8re<\/a>. Pour faire face \u00e0 la pand\u00e9mie, certaines des vieilles blessures g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la crise de la zone euro et exacerb\u00e9es par la crise dite migratoire, si elles n’ont pas cicatris\u00e9, ont du moins commenc\u00e9 \u00e0 gu\u00e9rir. C’\u00e9tait comme un coup port\u00e9 aux reins de l’Union : il \u00e9tait clair qu’il fallait faire quelque chose. Cet \u00e9lan a conduit \u00e0 l’accord sur Next Generation EU<\/em> : nous ne l’avons pas encore concr\u00e9tis\u00e9, mais j’esp\u00e8re que nous sommes sur la bonne voie pour parvenir \u00e0 un r\u00e9sultat. S’il est vrai que pour articuler une politique \u00e9trang\u00e8re coh\u00e9rente et coh\u00e9sive, il faut une unit\u00e9 interne, cette situation a donn\u00e9 un nouvel \u00e9lan \u00e0 la condition fondamentale d’une politique \u00e9trang\u00e8re europ\u00e9enne : la solidarit\u00e9. Je trouve absolument irr\u00e9aliste de penser qu’il existe une perception commune des menaces en Europe. La g\u00e9ographie, l’histoire et la culture politique des \u00c9tats membres, qui sont et continueront d’\u00eatre diff\u00e9rents, l’emp\u00eachent. Ce sur quoi nous devons travailler, et ce sur quoi nous pouvons r\u00e9ellement obtenir des r\u00e9sultats, c’est la solidarit\u00e9. Prenez la Russie, par exemple : il est irr\u00e9aliste de croire que la perception de la menace en Italie, en France, en Estonie et en Pologne est parfaitement convergente. Il n’est cependant pas irr\u00e9aliste de croire que si l’Estonie fait preuve de solidarit\u00e9 avec la France au Sahel, alors la France peut faire preuve de solidarit\u00e9 dans ses relations avec la Russie. C’est sur la solidarit\u00e9 mutuelle que nous pouvons travailler efficacement au niveau politique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Je trouve absolument irr\u00e9aliste de penser qu’il existe une perception commune des menaces en Europe. Ce sur quoi nous devons travailler au niveau politique, et ce sur quoi nous pouvons r\u00e9ellement obtenir des r\u00e9sultats, c’est la solidarit\u00e9. <\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si ces mesures internes sont de bon augure, le verre est \u00e0 moiti\u00e9 vide car l’attention port\u00e9e aux questions de politique \u00e9trang\u00e8re, en particulier la s\u00e9curit\u00e9 et la d\u00e9fense, a chut\u00e9 au cours des 18 derniers mois. On le voit tr\u00e8s clairement \u00e0 la position qu’occupent ces questions dans les discussions sur le budget europ\u00e9en. Alors que le budget, en particulier avec l’effet de levier de Next Generation EU<\/em>, a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement augment\u00e9, la part allou\u00e9e \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re, au Fonds europ\u00e9en de d\u00e9fense et \u00e0 la Facilit\u00e9 europ\u00e9enne pour la paix a m\u00eame \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de moiti\u00e9 par rapport aux attentes. L’Union est donc beaucoup plus introvertie qu’elle ne l’\u00e9tait il y a quelques ann\u00e9es. En tant que citoyen, je le comprends parfaitement : en pleine pand\u00e9mie, il est naturel que l’attention se d\u00e9place vers les questions socio-\u00e9conomiques et sanitaires. Cela dit, comme nous le savons, les crises qui nous entourent resteront sans solution. Il est illusoire de penser qu’avec l’administration Biden, les \u00c9tats-Unis redeviendront le gendarme du monde, il serait tragique de lire dans la victoire des D\u00e9mocrates un argument pour baisser la garde sur ces questions.\u00a0<\/p>\n\n\n\n En fin de compte, le verre ne peut \u00eatre \u00e0 moiti\u00e9 plein que s’il existe une volont\u00e9 politique de prendre \u00e0 la fois des responsabilit\u00e9s et des risques pour ce qui nous entoure. Il est clair que l’Europe a besoin de certaines ressources et capacit\u00e9s, mais la question centrale est pr\u00e9cis\u00e9ment la n\u00e9cessit\u00e9 d’une volont\u00e9 politique commune de prendre un risque. Sur ce point, on ne peut m\u00eame pas dire que le probl\u00e8me est la division entre les \u00c9tats membres : le consensus selon lequel nous ne voulons pas prendre ce risque est presque g\u00e9n\u00e9ral. Une fois de plus, derri\u00e8re ce choix se cache la conviction que quelqu’un d’autre g\u00e9rera ces risques \u00e0 notre place, et c’est une erreur strat\u00e9gique que nous risquons de commettre avec l’administration Biden.<\/p>\n\n\n\n Sur le plan conceptuel, je pense que c’est une erreur de voir le pragmatisme de principe comme une sorte de contradiction dans les termes, visant \u00e0 un \u00e9quilibre entre des r\u00e8gles et des int\u00e9r\u00eats contradictoires. Le concept doit \u00eatre lu d’une autre mani\u00e8re : ce qui nous guide et ce que nous voulons r\u00e9aliser sont des principes. Il n’y a pas de compromis sur ce point : l’objectif est de respecter ces principes. La v\u00e9ritable question est de savoir quelle est la mani\u00e8re la plus efficace d’y parvenir. Parfois, pour obtenir le respect des principes, le b\u00e2ton est plus efficace, pour faire grand bruit avec des mesures coercitives et des sanctions. Bien que je ne vois que tr\u00e8s peu de cas dans lesquels je pourrais le l\u00e9gitimer \u2013\u202fth\u00e9oriquement et \u00e0 la lumi\u00e8re du d\u00e9bat sur la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger\u202f\u2013 on pourrait m\u00eame aller jusqu’\u00e0 utiliser la force militaire. Mais est-ce vraiment la meilleure fa\u00e7on d’obtenir le r\u00e9sultat ?\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il n’y a pas de compromis sur ce point : l’objectif est de respecter les principes. La v\u00e9ritable question est de savoir quelle est la mani\u00e8re la plus efficace d’y parvenir.<\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n D\u00e9clinons cette question dans le contexte de la Turquie. En tant qu’Union europ\u00e9enne, nous n’avons pas tant int\u00e9r\u00eat \u00e0 modifier la politique \u00e9trang\u00e8re d’Ankara \u2013\u202fsur laquelle nous devrions plut\u00f4t proc\u00e9der \u00e0 un examen de conscience\u202f\u2013 mais plut\u00f4t son discours interne, la tendance autoritaire et antid\u00e9mocratique que le pays suit depuis au moins dix ans. Mais sommes-nous vraiment s\u00fbrs qu’\u00e9lever la voix et imposer des sanctions est la m\u00e9thode la plus efficace ? L’histoire nous apprend que, dans nos relations avec la Turquie \u2013\u202fdonc depuis 1963\u202f\u2013, les seuls moments o\u00f9 nous avons r\u00e9ussi \u00e0 avoir un impact positif sur la dynamique interne ont \u00e9t\u00e9 ceux o\u00f9 il y a eu l’\u00e9treinte et non la gifle. Avec certains \u00c9tats, la gifle fonctionne, mais pas avec la Turquie. Outre la volont\u00e9 de nous f\u00e9liciter \u2013\u202fsouvent motiv\u00e9e par des raisons de politique interne \u00e9go\u00efstes et li\u00e9e \u00e0 notre opinion publique\u202f\u2013 si ce qui nous motive est d’avoir un r\u00e9el impact externe, l’approche doit \u00eatre compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Mais attention : l’\u00e9treinte \u00ab conditionnelle \u00bb de la Turquie pour tenter de r\u00e9tablir une politique int\u00e9rieure fond\u00e9e sur l’\u00c9tat de droit n’est pas un compromis entre les r\u00e8gles et les int\u00e9r\u00eats. Le fait est que nous voulons suivre la norme : nous voulons v\u00e9ritablement le faire, et non de mani\u00e8re hypocrite.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La relation avec la Turquie est compos\u00e9e de nombreux \u00e9l\u00e9ments : nous avons une relation \u00e9conomique, une relation de politique \u00e9trang\u00e8re\u202f\/\u202fs\u00e9curit\u00e9, des relations politiques, des relations strat\u00e9giques li\u00e9es \u00e0 l’\u00e9nergie et d’autres li\u00e9es \u00e0 la migration. Certaines de ces questions se pr\u00eatent davantage \u00e0 une relation transactionnelle, une sorte de contrepartie dans laquelle nous sommes souvent et volontairement d\u00e9savantag\u00e9s. Le th\u00e8me de la migration en est le parfait exemple : il se pr\u00eate peu \u00e0 un discours contractuel plus large, et Ankara a beaucoup plus de cartes \u00e0 jouer que Bruxelles ou Berlin.\u00a0<\/p>\n\n\n\n L’erreur que nous avons commise est que tous les autres \u00c9tats membres, donc non seulement Berlin, mais aussi Paris, Rome, Ath\u00e8nes, etc., de mani\u00e8re extr\u00eamement myope, ont exclu la reconstruction d’une relation dans des domaines qui se pr\u00eateraient beaucoup mieux \u00e0 une relation fond\u00e9e sur l’\u00c9tat de droit. Par exemple, l’id\u00e9e de moderniser l’Union douani\u00e8re est, \u00e0 mon avis, la candidate id\u00e9ale. Parler maintenant du processus d’adh\u00e9sion est totalement utopique : cependant, de mani\u00e8re pragmatique, on pourrait penser \u00e0 une modernisation de l’Union douani\u00e8re dans laquelle il y aurait des conditions importantes en termes de march\u00e9s publics, en termes de gestion de l’\u00e9conomie politique. Bien s\u00fbr, nous ne pourrions pas parler directement de questions fondamentales comme celle des journalistes en prison, mais nous pourrions commencer \u00e0 agir sur d’autres questions. Refuser d’agir pour \u00ab jouer les durs \u00bb et se venger de la politique turque en M\u00e9diterran\u00e9e orientale est une strat\u00e9gie qui n’am\u00e9liore pas la situation interne de la Turquie, elle se limite tout au plus \u00e0 nous faire mettre notre conscience en paix.<\/p>\n\n\n\n Je suis convaincue que nous parlons trop de l’autonomie strat\u00e9gique, cependant que nous en faisons trop peu. Ces divisions entre la France et l’Allemagne ne sont pas nouvelles : s’il y avait une action un peu plus concr\u00e8te et nous allions vraiment faire quelque chose pour construire une autonomie strat\u00e9gique, elles n’existeraient pas. Je pense qu’\u00e0 ce jour, l’autonomie strat\u00e9gique et le renforcement des relations avec les \u00c9tats-Unis sont les deux faces d’une m\u00eame m\u00e9daille. Le monde n’existe plus tel que nous l’avons vu pendant la guerre froide et encore plus dans les ann\u00e9es qui ont suivi, quand il y avait une nette h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine au sein de laquelle nous, Europ\u00e9ens, nous prot\u00e9gions. Il n’est plus concevable que, comme \u00e0 l’\u00e9poque, les Am\u00e9ricains traitent la s\u00e9curit\u00e9 dans un sens plus dur et alors que nous compl\u00e9tons leur action par une s\u00e9rie de politiques plus douces. Le XXIe<\/sup>\u00a0si\u00e8cle verra une nouvelle bipolarit\u00e9 entre les \u00c9tats-Unis et la Chine, tandis que les autres puissances seront magn\u00e9tiquement plus attir\u00e9es par un c\u00f4t\u00e9 ou plus par l’autre : on peut supposer que nous serons plus attir\u00e9s par les \u00c9tats-Unis, la Russie par la Chine. Ce sera le nouvel \u00e9quilibre, instable.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Dans ce nouveau monde, nous jouerons le jeu avec les \u00c9tats-Unis : en sachant que le d\u00e9fi est bien plus grand que la Guerre froide. Ainsi, en ce qui concerne le conflit politico-id\u00e9ologique, il n’y a jamais eu de v\u00e9ritable jeu, il n’y a jamais eu de v\u00e9ritable doute sur les endroits o\u00f9 on vit le mieux. C\u2019\u00e9taient les citoyens d’Allemagne de l’Est qui essayaient de traverser le mur, et non l’inverse. Le drame que nous vivrons au cours de ce si\u00e8cle est que, avec la Chine, cette question politico-id\u00e9ologique se pose tr\u00e8s concr\u00e8tement.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Je pense qu’\u00e0 ce jour, l’autonomie strat\u00e9gique et le renforcement des relations avec les \u00c9tats-Unis sont les deux faces d’une m\u00eame m\u00e9daille.<\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Tout d’abord, P\u00e9kin nous prouve que nous avons tort : depuis des ann\u00e9es, nous soutenons que les libert\u00e9s politiques doivent n\u00e9cessairement aller de pair avec la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, que l’une ne peut exister sans les autres. Mais la Chine nous montre que ce n’est pas le cas : on peut se dire que t\u00f4t ou tard, leurs contradictions vont exploser, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Ce que nous savons, c’est qu’en ce moment, ils se d\u00e9veloppent, et nous pas.\u00a0<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cela s’ajoute le th\u00e8me plus contingent de la pand\u00e9mie. Il faut reconna\u00eetre que, pour autant que nous le sachions \u00e0 ce jour, leur gestion du confinement des virus a \u00e9t\u00e9 plus efficace que la n\u00f4tre. Cela repr\u00e9sente un grand d\u00e9fi pour nous, d\u00e9mocraties lib\u00e9rales. Pour y faire face, nous devons travailler avec les \u00c9tats-Unis, qui ont \u00e0 leur tour besoin d’une Europe proactive qui leur renvoie leur propre image. Et pour mettre les n\u00f4tres de notre c\u00f4t\u00e9, il faut une autonomie strat\u00e9gique.\u00a0Cela ne signifie ni ind\u00e9pendance ni, encore moins, autarcie : cela signifie simplement, comme l’indique l’\u00e9tymologie du mot lui-m\u00eame, avoir une identit\u00e9 qui veut vivre en accord avec son propre droit.<\/p>\n\n\n\n Revenons \u00e0 la discussion sur les crises qui nous entourent et sur la prise de risques et de responsabilit\u00e9s plus importants. Faites votre choix : ma pr\u00e9f\u00e9rence personnelle serait la Libye, quel que soit le parti pris national. La Libye est, apr\u00e8s tout, le cas typique o\u00f9, autant que nous puissions nous plaindre du manque d’action de la part des \u00c9tats-Unis, les choses ne changeront pas. Obama n’a pas fait grand chose, Trump n’a rien fait, Biden fera de m\u00eame<\/a>. Si nous n’agissons pas, les autres le feront, certainement pas dans notre int\u00e9r\u00eat : la Russie, la Turquie, les \u00c9mirats, l’\u00c9gypte. <\/p>\n\n\n\n Alors, qu’allons-nous faire ? Il ne s’agit pas de d\u00e9penses militaires exorbitantes ou de capacit\u00e9s que nous n’avons pas encore. Ce que nous devons faire, c’est avant tout prendre un risque.<\/p>nathalie tocci<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Alors, qu’allons-nous faire ? Il ne s’agit pas de d\u00e9penses militaires exorbitantes ou de capacit\u00e9s que nous n’avons pas encore. Ce que nous devons faire, c’est avant tout prendre un risque : il est clair que l’envoi d’une mission de surveillance du cessez-le-feu en Libye, dans un contexte o\u00f9 la violence est toujours active, comporte le risque que des soldats meurent. Mais c’est le risque que les \u00c9tats-Unis ont pris. C’est une question de culture strat\u00e9gique : si nous, Europ\u00e9ens, avons eu un luxe pour le moment, c’est uniquement parce que quelqu’un a pris des risques \u00e0 notre place.<\/p>\n\n\n\n Il y aura sans aucun doute une diff\u00e9rence tr\u00e8s importante, qui va au-del\u00e0 des questions individuelles d’accord ou de d\u00e9saccord. La v\u00e9ritable diff\u00e9rence entre l’administration Trump et toutes les administrations qui l’ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e depuis l’apr\u00e8s-guerre est que, pour la premi\u00e8re fois dans l’histoire des relations transatlantiques, l’Union europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un ennemi. Cela ne s’est jamais produit auparavant : dans le pass\u00e9, les diff\u00e9rences ont \u00e9t\u00e9 encore plus marqu\u00e9es, comme par exemple les guerres du commerce de la banane dans les ann\u00e9es 1990 ou la division sur la guerre en Irak en 2003. En fait, pendant l’administration Trump, les d\u00e9saccords ont \u00e9t\u00e9 partiellement att\u00e9nu\u00e9s par le fait que, pour la premi\u00e8re fois, il n’y a pas eu de guerre. Le probl\u00e8me n’\u00e9tait pas tant un probl\u00e8me de politique (m\u00eame s’il y en avait : il suffit de penser \u00e0 l’accord nucl\u00e9aire iranien) : c’\u00e9tait la prise de conscience par les Europ\u00e9ens que la Maison Blanche nous consid\u00e9rait comme un ennemi. <\/p>\n\n\n\n Cet \u00e9tat de fait va changer avec Biden, nous allons revenir \u00e0 une normalit\u00e9 faite aussi de divisions et de d\u00e9saccords, mais toujours articul\u00e9e au sein d’une alliance. Nous allons donc travailler de mani\u00e8re beaucoup plus coordonn\u00e9e sur diff\u00e9rents sujets : la relance du multilat\u00e9ralisme, l’accord de Paris, la relance \u00e9conomique post-Covid, la gestion des vaccins et bien d’autres encore. <\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me avec Trump n’\u00e9tait pas tant un probl\u00e8me de politique : c’\u00e9tait la prise de conscience par les Europ\u00e9ens que la Maison Blanche nous consid\u00e9rait comme un ennemi. <\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les diff\u00e9rences de politique continueront \u00e0 se manifester en particulier \u00e0 deux niveaux : premi\u00e8rement, sur la question du protectionnisme, qui se poursuivra bien que sous une forme diff\u00e9rente. Bien s\u00fbr, il sera possible de r\u00e9soudre certains des diff\u00e9rends les plus \u00e9pineux : je suis convaincu que nous parviendrons \u00e0 un accord sur le diff\u00e9rend Boeing-Airbus. Mais les questions cruciales, telles que l’id\u00e9e de reprendre un programme de type TTIP, continueront \u00e0 \u00eatre interdites. <\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me plan de discontinuit\u00e9 potentielle est la Chine. \u00c0 bien des \u00e9gards, nous sommes en fait dans la m\u00eame \u00e9quipe. La diff\u00e9rence substantielle entre les \u00c9tats-Unis et l’Europe r\u00e9side dans le fait que nous avons des objectifs diff\u00e9rents, bien que se chevauchant en partie. Pour les \u00c9tats-Unis, il s’agit d’une question de rivalit\u00e9 strat\u00e9gique : de leur c\u00f4t\u00e9, la mont\u00e9e en puissance de la Chine est per\u00e7ue comme une menace car elle entra\u00eene un d\u00e9clin relatif du r\u00f4le international des \u00c9tats-Unis. Nous, Europ\u00e9ens, ne posons pas ce probl\u00e8me : nous n’avons aucune pr\u00e9tention \u00e0 l’h\u00e9g\u00e9monie mondiale. Pour nous, il s’agit d’une question un peu plus existentielle, \u00e0 savoir comment faire en sorte que, m\u00eame dans la mont\u00e9e de la Chine, que nous consid\u00e9rons d\u00e9sormais comme in\u00e9vitable, nos libert\u00e9s internes et l’\u00c9tat de droit soient prot\u00e9g\u00e9s, que nous puissions continuer \u00e0 promouvoir ces r\u00e8gles \u00e0 l’ext\u00e9rieur. Pour nous, c’est plut\u00f4t une question d’identit\u00e9 que de concurrence.<\/p>\n\n\n\n Ce que fait la Chine en Afrique importe peu aux Am\u00e9ricains, sauf dans le cadre de la concurrence g\u00e9ostrat\u00e9gique<\/a>. Les \u00c9tats-Unis sont sortis d’Afrique depuis longtemps, mais pour nous, c’est aussi crucial en termes de promotion ext\u00e9rieure des normes dont nous avons parl\u00e9. Pensez, par exemple, \u00e0 des technologies telles que la 5G ou le cas Huawei : la discussion se d\u00e9roule n\u00e9cessairement \u00e0 la fois \u00e0 l’int\u00e9rieur et \u00e0 l’ext\u00e9rieur de l’Union. Sur le plan interne, nous devons nous assurer que les \u00c9tats membres atteignent des normes ad\u00e9quates en termes de s\u00e9curit\u00e9 num\u00e9rique et de protection des droits \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 num\u00e9rique, et sur le plan externe, notamment avec la Chine, nous devons nous assurer que les conditions de concurrence sont \u00e9gales, mais en les uniformisant. Huawei, par exemple, \u00e9tant fortement subventionn\u00e9e par la Chine, a des prix beaucoup plus bas, ce qui conduit la plupart des \u00c9tats africains \u00e0 opter pour cette entreprise. Pour notre part, comment pouvons-nous jouer le jeu lorsque nos r\u00e8gles internes contre les aides d’\u00c9tat emp\u00eachent le soutien financier aux entreprises europ\u00e9ennes ? Ce que nous voulons faire, c’est nous assurer que la Chine respecte nos normes, mais sans nous abaisser au protectionnisme. Malheureusement, il n’y a pas de r\u00e9ponse claire pour l’instant quant \u00e0 la mani\u00e8re d’y parvenir, mais il est certainement temps d’aborder ouvertement la question, dans toute sa complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Cette analyse s’applique non seulement aux questions \u00e9conomiques, mais aussi \u00e0 la promotion des droits fondamentaux : nous devons rechercher une approche aussi pragmatique que possible, tout d’abord en comprenant en profondeur la situation des pays tiers avec lesquels nous coop\u00e9rons et l’influence des autres pays. De l\u00e0, nous pourrons proposer des conditionnalit\u00e9s plus coercitives dans les situations o\u00f9 nous avons plus de moyens de pression, o\u00f9 nous n’avons pas besoin de trouver une autre fa\u00e7on d’obtenir le m\u00eame r\u00e9sultat en termes de droits.<\/p>\n\n\n\n Cependant, nous incluons \u00e9galement un autre facteur dans l’analyse : dans le contexte post-pand\u00e9mique, quelle sera la nature de la mondialisation ? La strat\u00e9gie chinoise de la \u00ab One Belt, One Road<\/em> \u00bb a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue et articul\u00e9e dans une phase d’hyper-mondialisation extr\u00eame, qui n’a pas \u00e9t\u00e9 remise en cause m\u00eame apr\u00e8s la crise financi\u00e8re mondiale. Toutefois, il est possible que la pand\u00e9mie modifie la nature de la mondialisation en raccourcissant les cha\u00eenes de valeur, ce qui entra\u00eenerait une plus grande diversification et peut-\u00eatre une augmentation relative des co\u00fbts, augmentation qui peut \u00eatre accept\u00e9e par l’opinion publique car elle offre une plus grande s\u00e9curit\u00e9. Cela pourrait remettre en question la strat\u00e9gie actuelle de la Chine. <\/p>\n\n\n\n Il est possible que la pand\u00e9mie modifie la nature de la mondialisation en raccourcissant les cha\u00eenes de valeur, ce qui entra\u00eenerait une plus grande diversification et peut-\u00eatre une augmentation relative des co\u00fbts, augmentation qui peut \u00eatre accept\u00e9e par l’opinion publique car elle offre une plus grande s\u00e9curit\u00e9. Cela pourrait remettre en question la strat\u00e9gie actuelle de la Chine.<\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le d\u00e9bat sur la nature de la mondialisation est en fait \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9sent en Chine : le nouveau plan quinquennal parle de double circulation<\/em>, c’est-\u00e0-dire qu’il pousse vers la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la demande int\u00e9rieure plut\u00f4t que vers la projection \u00e9conomique internationale. Dans la prochaine d\u00e9cennie, nous pourrions donc voir une Chine plus asiatique et moins africaine : cela nous offrirait une opportunit\u00e9. La question de la responsabilit\u00e9, de la prise de risque et de l’autonomie se pose \u00e0 nouveau : saurons-nous saisir cette opportunit\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n Plusieurs distinctions s’imposent : sur certaines questions, il y aura des avanc\u00e9es positives, sur d’autres beaucoup moins. Je ne pense pas qu’il y aura une r\u00e9solution imm\u00e9diate du blocus de l’OMC avec l’administration Biden<\/a>, tout comme il n’y aura pas de nouvel \u00e9lan des \u00c9tats-Unis en ce qui concerne les accords commerciaux plurilat\u00e9raux.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Sur d’autres questions cependant, il y aura au moins une tentative de changement de cap. C’est le cas de l’OMS, o\u00f9 la marge de man\u0153uvre pour la r\u00e9forme est toutefois extr\u00eamement limit\u00e9e, notamment en raison de la forte pr\u00e9sence chinoise. En ce qui concerne le climat, cependant, l’orientation future d\u00e9pend largement des questions de politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine. Si les \u00e9lections du 5 janvier en G\u00e9orgie devaient conduire \u00e0 la victoire de deux candidats d\u00e9mocratiques, la situation de parit\u00e9 au S\u00e9nat pourrait \u00eatre d\u00e9bloqu\u00e9e par le vice-pr\u00e9sident. Dans ce cas, M. Biden pourrait \u00eatre en mesure de faire avancer son programme tr\u00e8s ambitieux sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique et les questions climatiques. Mais si ce n’est pas le cas, le nouveau pr\u00e9sident aura, du moins en partie, les mains li\u00e9es sur ces dossiers. En ce qui concerne l’accord nucl\u00e9aire iranien, la situation sera similaire : il y aura une volont\u00e9 de red\u00e9marrer, mais ce ne sera pas facile.<\/p>\n\n\n\n Dans d’autres domaines, cependant, nous pouvons \u00eatre plus optimistes. C’est le cas, par exemple, de la ma\u00eetrise des armements : je pense que l’administration Biden pourra trouver un consensus pour la relance de START II et imaginer une ren\u00e9gociation du FNI et du trait\u00e9 pour le Ciel ouvert. <\/p>\n\n\n\n Je pense que la question de la transition est de loin la meilleure candidate \u00e0 l’autonomie strat\u00e9gique de l’Europe. L’autonomie ne signifie pas, bien s\u00fbr, que l’Europe doive faire cavalier seul en mati\u00e8re de changement climatique : au contraire, elle signifie qu’elle doit utiliser ses capacit\u00e9s et ses moyens pour travailler avec les autres. Il faudra \u00e0 la fois un engagement interne fort pour la mise en \u0153uvre du \u00ab Green Deal \u00bb<\/em> et une strat\u00e9gie externe de grande envergure. La premi\u00e8re question sera de savoir dans quelle mesure il sera possible de travailler avec les \u00c9tats-Unis pour faire de la COP26 un succ\u00e8s, une fois l’\u00e9quilibre des pouvoirs au S\u00e9nat clarifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n L’autonomie ne signifie pas que l’Europe doit faire cavalier seul en mati\u00e8re de changement climatique : au contraire, cela signifie qu’elle doit utiliser ses capacit\u00e9s et ses moyens pour travailler avec les autres.<\/p>NATHALIE TOCCI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais il s’agira aussi de trouver un moyen de faire pression sur la Chine, en reprenant les engagements pris par le pr\u00e9sident Xi Jinping lui-m\u00eame<\/a>. S’il est vrai que nous n’avons pas de moyen de pression particulier sur P\u00e9kin, nous devons supposer que \u2013\u202fpuisque de tels engagements ont \u00e9t\u00e9 pris\u202f\u2013 Xi risque de les consid\u00e9rer comme une n\u00e9cessit\u00e9 interne pour sa propre opinion publique.<\/p>\n\n\n\nUn exemple flagrant des tensions dont nous avons parl\u00e9 et du manque d’attention envers une politique \u00e9trang\u00e8re commune provient de la d\u00e9t\u00e9rioration des relations avec la Turquie<\/a>, qui nous permet de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la position de l’Union dans ses relations internationales. M\u00eame face \u00e0 une acceptation croissante du \u00ab fait accompli<\/em> \u00bb , l’Europe ne manque pas \u2013\u202fau moins sur le papier\u202f\u2013 de r\u00e9affirmer l’importance d’une politique \u00e9trang\u00e8re fond\u00e9e sur un \u00ab pragmatisme de principe<\/em> \u00bb qui a fait l’objet de tant de discussions \u00e0 la suite de l’adoption de la Strat\u00e9gie globale en 2016. Que signifie dans le sc\u00e9nario actuel, pour l’Union, essayer de faire la m\u00e9diation entre une approche r\u00e9aliste et une approche normative ? Quelle est la place r\u00e9elle de cette approche pour la cr\u00e9dibilit\u00e9 ?\u00a0<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Concr\u00e8tement, comment cette relation \u00ab conditionnelle \u00bb avec la Turquie peut-elle s’exprimer dans les diff\u00e9rents dossiers avec lesquels nous pouvons exercer une influence en faveur de l’\u00c9tat de droit<\/a> ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le d\u00e9bat sur ces questions tourne tr\u00e8s souvent autour de la question de l’autonomie strat\u00e9gique de l’Europe. <\/strong>L’interview d’Emmanuel Macron dans Le Grand Continent<\/em><\/strong><\/a> <\/em>a de nouveau soulev\u00e9 la question, mettant en \u00e9vidence un d\u00e9saccord important entre la vision du pr\u00e9sident fran\u00e7ais \u2013\u202fl’Europe comme troisi\u00e8me p\u00f4le entre les \u00c9tats-Unis et la Chine\u202f\u2013 et la vision de pays comme l’Allemagne, selon laquelle il est impensable d’avoir une autonomie strat\u00e9gique qui ne d\u00e9pend pas des \u00c9tats-Unis. Comment devrions-nous interpr\u00e9ter ces diff\u00e9rentes positions ?\u00a0<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Que signifie en fin de compte \u00ab construire \u00bb l’autonomie strat\u00e9gique plut\u00f4t que d’en discuter ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Tous les yeux sont maintenant tourn\u00e9s vers la nouvelle administration Biden. Il \u00e9tait autrefois assez courant de percevoir les \u00e9lections am\u00e9ricaines comme de la \u00ab politique int\u00e9rieure \u00bb : avec Trump, cependant, l’Atlantique est redevenu un oc\u00e9an<\/a>. La victoire de Biden va-t-elle inverser cette tendance ? \u00c0 quoi faut-il s’attendre : une renaissance de la relation transatlantique ou un \u00ab plus de la m\u00eame chose \u00bb ? Et quelles seront, dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, les questions centrales et celles les plus \u00e9pineuses dans l’\u00e9volution des relations entre les deux rives de l’Atlantique ?\u00a0<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Pour l\u2019Europe, une partie importante de nos relations avec la Chine se trouve dans nos relations avec le continent africain<\/a>, o\u00f9 les conditions de coop\u00e9ration impos\u00e9es par l’Union trouvent de plus en plus une alternative dans le mod\u00e8le chinois.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Si l’Europe a peut-\u00eatre trouv\u00e9 un alli\u00e9 aux \u00c9tats-Unis avec les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, l’administration Trump a laiss\u00e9 et laissera un profond sillon dans les relations transatlantiques et sur certaines des questions les plus centrales de la politique internationale, avec un impact direct sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des organisations qui tentent de r\u00e9guler l’espace transnational. C’est le cas, par exemple, des tensions avec l’OMS<\/a>, l’OMC, mais aussi et surtout du retrait des Accords de Paris. Que restera-t-il du trumpisme apr\u00e8s Trump<\/a>, notamment en ce qui concerne l’avenir du multilat\u00e9ralisme ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La grande question des accords de Paris reste probablement parmi les plus centrales. L’Europe s’est fix\u00e9 pour objectif de devenir un leader dans la transition \u00e9cologique, comme l’ont d\u00e9montr\u00e9 le Green Deal <\/em>et la Next Generation EU<\/em>. On peut m\u00eame dire que l’Europe tente, avec sa politique en la mati\u00e8re, de sortir d’une condition de marginalit\u00e9 en termes de leadership<\/em> international dans laquelle elle est rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 de nombreux autres dossiers. En quelle mesure le climat peut-il devenir un instrument de politique \u00e9trang\u00e8re, sur lequel il faut investir pour favoriser la naissance de nouvelles coalitions d’acteurs plus transversales, et en quelle mesure sera-t-il limit\u00e9 \u00e0 une \u00ab question de politique int\u00e9rieure \u00bb ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n