{"id":95432,"date":"2020-12-21T15:09:00","date_gmt":"2020-12-21T14:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=95432"},"modified":"2020-12-22T10:40:08","modified_gmt":"2020-12-22T09:40:08","slug":"conversation-elly-schlein","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/12\/21\/conversation-elly-schlein\/","title":{"rendered":"Les cinq d\u00e9fis europ\u00e9ens d’Elly Schlein, figure cl\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration AOC \u00e0 l’italienne"},"content":{"rendered":"\n
Nous nous trouvons \u00e0 un moment crucial pour l’avenir de l’Union europ\u00e9enne. Jean Monnet disait que l’Europe se forgeait dans les crises : peut-\u00eatre cette pand\u00e9mie dramatique nous le montre-t-elle. Contrairement \u00e0 la crise de 2008-2009, qui a principalement touch\u00e9 certains pays europ\u00e9ens, la crise de Covid-19 est une crise sym\u00e9trique. C’est pr\u00e9cis\u00e9ment le fait que la pand\u00e9mie ait touch\u00e9 tous les \u00c9tats membres, bien que de mani\u00e8re diff\u00e9rente, qui a permis de d\u00e9bloquer un d\u00e9bat institutionnel qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9 par des d\u00e9cennies de dogme. Prenons quelques exemples concrets. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la pand\u00e9mie, la \u00ab General Escape clause<\/em> \u00bb a \u00e9t\u00e9 activ\u00e9e assez rapidement pour suspendre temporairement le pacte de stabilit\u00e9, permettant aux \u00c9tats de r\u00e9agir rapidement \u00e0 une urgence sanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent qui est vite devenue une urgence \u00e9conomique autant que sociale. De ce point de vue, lorsqu\u2019elle a annonc\u00e9 la mise en quarantaine de tout le pays d\u00e8s le 8 mars, l’Italie a ouvert la voie, et elle a \u00e9t\u00e9 suivie par de nombreux pays europ\u00e9ens. En peu de temps, les crit\u00e8res d’utilisation du Fonds europ\u00e9en de solidarit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tendus, un nouvel instrument de 100 milliards d’euros sur l’assurance ch\u00f4mage a \u00e9t\u00e9 mis en place et le plan d’investissement fondamental qu’est la \u00ab Next Generation EU \u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Tout cela nous a fait prendre conscience que, face \u00e0 des d\u00e9fis communs, nous avons besoin de r\u00e9ponses communes qui remettent au centre du d\u00e9bat le principe de solidarit\u00e9<\/a>, principe sur lequel l’Europe a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e, mais qui a trop souvent \u00e9t\u00e9 pi\u00e9tin\u00e9 par les \u00e9go\u00efsmes nationaux dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment au sein du Conseil europ\u00e9en. La Next Generation UE <\/em>incarne un tournant vraiment positif : c’est un projet tourn\u00e9 vers l’avenir, orient\u00e9 vers certaines priorit\u00e9s strat\u00e9giques cl\u00e9s telles que la transition \u00e9cologique<\/a>, la transformation num\u00e9rique et la coh\u00e9sion sociale, conform\u00e9ment \u00e0 l’Agenda 2030 des Nations unies pour le d\u00e9veloppement durable. Approuv\u00e9 en 2015, l’Agenda a permis la mise en \u0153uvre d\u2019 une op\u00e9ration politique et culturelle fondamentale, parce qu’il a permis d’articuler – dans un horizon coh\u00e9rent et universel – la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s avec la durabilit\u00e9 environnementale et la transition \u00e9cologique. Nous nous trouvons aujourd’hui dans un moment de transition extr\u00eamement important, avec l\u2019avanc\u00e9e rapide des d\u00e9bats autour des ressources propres de l’Union. Cependant, la question qui reste ouverte et dont les gouvernements d\u00e9battent encore est la suivante : l’Union est-elle vraiment en train de se faire ? Il semble que ce soit en partie le cas, car des progr\u00e8s vers une plus grande int\u00e9gration sur certaines questions cl\u00e9s sont en cours. C’est le cas de la sant\u00e9 – qui, seulement avec la pand\u00e9mie, est devenue une question pressante dans le d\u00e9bat europ\u00e9en – ainsi que de la recherche sur les vaccins et les assurances sur les corridors verts.<\/p>\n\n\n\n Cependant, la question qui reste ouverte et dont les gouvernements d\u00e9battent encore est la suivante : l’Union est-elle vraiment en train de se faire ? Il semble que ce soit en partie le cas, car des progr\u00e8s vers une plus grande int\u00e9gration sur certaines questions cl\u00e9s sont en cours.<\/p>ELLY SCHLEIN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans les premi\u00e8res semaines de l’urgence sanitaire, nous nous trouvions dans une situation tr\u00e8s sombre au niveau europ\u00e9en : nous sommes revenus \u00e0 une logique centr\u00e9e sur les fronti\u00e8res, au point que les \u00e9quipements de protection individuelle sont rest\u00e9s bloqu\u00e9s aux diff\u00e9rentes fronti\u00e8res ou ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s. Apr\u00e8s cette premi\u00e8re phase, la Commission a pu jouer un r\u00f4le de coordination tr\u00e8s important : il s’agit d’un tournant pour l’Union et il nous appartient de veiller \u00e0 ce que ce tournant ait des effets positifs \u00e0 long terme, m\u00eame si ces premiers pas vont dans la bonne direction.<\/p>\n\n\n\n Un autre point cl\u00e9, comme vous l’avez dit, est la relation entre l’Union et les gouvernements locaux et r\u00e9gionaux. Il ne fait aucun doute que cette relation doit \u00eatre de plus en plus \u00e9troite ; l’Union est forte dans son dialogue avec les territoires qui la composent. En tant qu’autorit\u00e9 de gestion des fonds europ\u00e9ens, le r\u00f4le des r\u00e9gions est fondamental tant dans la phase de conception et de programmation que dans l’utilisation effective des ressources des fonds structurels. En \u00c9milie-Romagne, par exemple, une loi r\u00e9gionale de 2008 a permis d\u2019encadrer la vocation europ\u00e9enne du territoire : la r\u00e9gion a ainsi \u00e9t\u00e9 l’une de celles qui ont le plus particip\u00e9 – dans la phase ascendante – \u00e0 la formation des actes l\u00e9gislatifs de l’Union europ\u00e9enne. Il s’agit bien entendu d’un processus strat\u00e9gique \u00e0 double sens, d’un dialogue constant qui doit \u00eatre construit entre la Commission et les territoires : d’une part, l’Union doit se doter d’outils ad\u00e9quats pour \u00e9couter plus attentivement la voix de ceux qui vivent les choix r\u00e9glementaires faits au niveau de l’UE, et d’autre part, les territoires doivent faire tout leur possible pour profiter des possibilit\u00e9s de participation europ\u00e9enne, en \u00e9tablissant une relation directe avec leurs citoyens. Par exemple, l’appel \u00e0 la promotion de la citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne, que nous avons lanc\u00e9 cette ann\u00e9e encore malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, a re\u00e7u un \u00e9cho extr\u00eamement int\u00e9ressant : les autorit\u00e9s locales, les associations du tertiaire et la soci\u00e9t\u00e9 civile y ont particip\u00e9. D’autre part, et cela a \u00e9t\u00e9 un signal fort envoy\u00e9 aux territoires, l’Union s’est rapidement dot\u00e9e d’instruments offrant une plus grande souplesse dans l’utilisation des ressources europ\u00e9ennes, permettant \u00e0 de nombreuses r\u00e9gions de reprogrammer rapidement une partie des fonds pour couvrir les d\u00e9penses dues \u00e0 l’urgence de Covid-19. <\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9ritable occasion de nous diriger vers une plus grande int\u00e9gration europ\u00e9enne ; absolument. De nombreux facteurs y ont contribu\u00e9 ; j’en mentionnerai quelques-uns et les mettrai en relation avec ceux que je crois \u00eatre les principaux d\u00e9fis auxquels l’Union est confront\u00e9e, les d\u00e9fis sur lesquels se joue notre avenir. J\u2019identifie cinq grands th\u00e8mes : la durabilit\u00e9 de la reprise \u00e9conomique, l’urgence climatique, la justice fiscale, la PESC et l’immigration.<\/p>\n\n\n\n En ces mois compliqu\u00e9s, il est certain que relancer l’\u00e9conomie est sans aucun doute une priorit\u00e9. Toutefois, nous ne devons pas revenir \u00e0 la \u00ab normalit\u00e9 \u00bb \u00e0 laquelle nous \u00e9tions habitu\u00e9s : nous devons \u00eatre conscients que le mod\u00e8le que nous avons adopt\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies ne peut \u00eatre un mod\u00e8le durable. Nous devons compl\u00e8tement changer de cap par rapport \u00e0 l’obsession pour l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 que nous avons connue avec la crise de 2008-2009 : seul un plan majeur d’investissements publics et priv\u00e9s dans l’\u00e9ducation, la formation, les comp\u00e9tences et l’\u00e9conomie verte peut nous permettre de nous remettre sur pied, en visant aussi et surtout des emplois de qualit\u00e9. Pendant trop d\u2019ann\u00e9es, nous avons cherch\u00e9 des raccourcis pour concurrencer les g\u00e9ants qui nous entourent, et ce en r\u00e9duisant les co\u00fbts et la protection du travail : c’est un jeu auquel nous sommes tous perdants, car l’Europe doit chercher \u00e0 atteindre la qualification de la main-d’\u0153uvre et une production de qualit\u00e9, tant mat\u00e9rielle qu’immat\u00e9rielle. Je pense au secteur des services, \u00e0 la technologie et aux donn\u00e9es num\u00e9riques, que certains ont appel\u00e9 le \u00ab nouvel or \u00bb en raison de leur importance croissante. Nous ne pouvons pas laisser \u00e0 autrui les secteurs dans lesquels l’Europe s’est dot\u00e9e des outils les plus avanc\u00e9s, comme le r\u00e8glement GDPR pour la protection des donn\u00e9es et de la vie priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n En ces mois compliqu\u00e9s, il est certain que relancer l’\u00e9conomie est sans aucun doute une priorit\u00e9. Toutefois, nous ne devons pas revenir \u00e0 la \u00ab normalit\u00e9 \u00bb \u00e0 laquelle nous \u00e9tions habitu\u00e9s : nous devons \u00eatre conscients que le mod\u00e8le que nous avons adopt\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies ne peut \u00eatre un mod\u00e8le durable.<\/p>ELLY SCHLEIN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Voici notre deuxi\u00e8me d\u00e9fi : le Green Deal <\/em>europ\u00e9en<\/a> doit \u00eatre au c\u0153ur de la relance. Il s’agit d’une \u00e9tape fondamentale, que nous avons franchie \u00e9galement gr\u00e2ce \u00e0 l’extraordinaire mobilisation des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations dans les rues de toute l’Europe. De Greta Thunberg \u00e0 Fridays for Future<\/a> et Extinction Rebellion, ces mobilisations ont \u00e9t\u00e9 d’autant plus incisives qu’elles \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 franchir les fronti\u00e8res d\u00e8s le d\u00e9but. Nous manquons de temps, la science nous le dit tr\u00e8s clairement. Ces jeunes nous montrent comment changer l’Europe en \u00e9levant le niveau de nos combats : ils nous montrent l’urgence de la transition \u00e9cologique, mais aussi l’importance de r\u00e9agir pour stopper les projets de loi qui, dans certains pays europ\u00e9ens, auraient pi\u00e9tin\u00e9 les droits des femmes. Nous devons \u00e9lever le niveau du d\u00e9bat europ\u00e9en, nous avons besoin d’une opinion publique plus europ\u00e9enne, capable de se mobiliser de mani\u00e8re plus transversale. Nous avons donc besoin d’organismes interm\u00e9diaires plus europ\u00e9ens, de partis plus europ\u00e9ens : si nous n’y parvenons pas, nous risquons, paradoxalement, de laisser l’internationalisme aux nationalistes. Sur la base d’une m\u00eame rh\u00e9torique de haine, de murs et d’intol\u00e9rance, ces derniers se pr\u00e9sentent de plus en plus comme un front uni, tant au niveau europ\u00e9en qu’international. C’est pr\u00e9cis\u00e9ment cette rh\u00e9torique qui finit par les renforcer, en soutenant des arguments qui n’offrent pas de r\u00e9ponses aux difficult\u00e9s r\u00e9elles des citoyens europ\u00e9ens, mais donnent la confortable illusion que \u201cc’\u00e9tait mieux quand c’\u00e9tait pire\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire quand les fronti\u00e8res \u00e9taient plus fortes.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9alit\u00e9 nous montre cependant que tous les d\u00e9fis dont je parle ne peuvent \u00eatre r\u00e9solus \u00e0 l’int\u00e9rieur de fronti\u00e8res nationales \u00e9troites : au contraire, ils n\u00e9cessitent une plus grande int\u00e9gration et la mise \u00e0 disposition d’instruments et de ressources communs partag\u00e9s au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n La question est donc de savoir comment accompagner une transition \u00e9cologique n\u00e9cessaire et in\u00e9vitable, pour laquelle il faut \u00e0 la fois une volont\u00e9 politique et des ressources. C’est un d\u00e9fi que personne ne peut r\u00e9soudre seul. Il semble que l’Union, pour sa part, travaille dans cette direction : pensez au Green Deal, au Fonds de transition \u00e9quitable et \u00e0 l’UE de la prochaine g\u00e9n\u00e9ration. Ce dernier, bien que r\u00e9duit par l’int\u00e9r\u00eat national, a permis d’allouer 750 milliards d’euros \u00e0 une relance autour des th\u00e8mes de la mobilit\u00e9 durable, de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique visant \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9missions, d’investissements dans les \u00e9nergies renouvelables, de grands plans de pr\u00e9vention de l’instabilit\u00e9 hydrog\u00e9ologique et d’entretien des terres, gr\u00e2ce auxquels les gens peuvent obtenir des emplois de qualit\u00e9. Assurer un emploi de qualit\u00e9, c’est permettre de lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s, c’est accompagner la conversion du professionnalisme, pour que personne ne soit d\u00e9laiss\u00e9. C\u2019est aussi accompagner les entreprises dans cette transition gr\u00e2ce \u00e0 de bonnes incitations, en allant de plus en plus vers une \u00e9conomie circulaire qui est non seulement n\u00e9cessaire pour le climat, mais aussi pratique.<\/p>\n\n\n\n Pour notre part, en tant que R\u00e9gion, nous sommes sur le point de signer un Pacte pour le travail et pour le climat qui int\u00e8gre ces objectifs dans une vision unique pour l’avenir : nous le construisons en impliquant tous les partenaires sociaux, les organisations patronales qui doivent promouvoir ce changement, le monde agricole, les syndicats, le tertiaire, les municipalit\u00e9s, les universit\u00e9s et – pour la premi\u00e8re fois – les associations qui s’occupent du climat. Les m\u00eames objectifs doivent \u00eatre poursuivis au niveau national, mais nous savons que m\u00eame la meilleure strat\u00e9gie de lutte contre le changement climatique ne sera pas efficace si nous n’avons pas d’objectifs contraignants au niveau europ\u00e9en et mondial. De ce point de vue, l’Europe dispose d\u00e9j\u00e0 d’instruments ad\u00e9quats qui visent des objectifs ambitieux qui, \u00e0 l’exception du tr\u00e8s important Accord de Paris, font d\u00e9faut au niveau international. Sur ce point, de bonnes nouvelles viennent de la nouvelle administration am\u00e9ricaine<\/a> qui, dans ses toutes premi\u00e8res d\u00e9clarations, a confirm\u00e9 le retour de la centralit\u00e9 du multilat\u00e9ralisme, notamment sur les questions li\u00e9es au climat.<\/p>\n\n\n\n Nous devons \u00e9lever le niveau du d\u00e9bat europ\u00e9en, nous avons besoin d’une opinion publique plus europ\u00e9enne, capable de se mobiliser de mani\u00e8re plus transversale. Nous avons donc besoin d’organismes interm\u00e9diaires plus europ\u00e9ens, de partis plus europ\u00e9ens : si nous n’y parvenons pas, nous risquons, paradoxalement, de laisser l’internationalisme aux nationalistes.<\/p>ELLY SCHLEIN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le troisi\u00e8me d\u00e9fi est celui de la justice fiscale : on ne peut pas parler d’in\u00e9galit\u00e9s si l’on ne parle pas de l’\u00e9norme incongruit\u00e9 d’avoir 27 syst\u00e8mes fiscaux aussi diff\u00e9rents. Surtout, vous ne pouvez pas parler d’in\u00e9galit\u00e9s si, comme nous l’avons vu avec l’enqu\u00eate de LuxLeaks et de Panama Papers, tout autour de nous, au c\u0153ur de l’Union europ\u00e9enne, nous avons des paradis fiscaux sans palmiers<\/a>. Cette situation est inacceptable car elle d\u00e9tourne des ressources fondamentales pour l’investissement et les services aux citoyens. La question est donc de savoir quels instruments l’Union peut utiliser pour mettre fin \u00e0 cette concurrence fiscale impitoyable entre les \u00c9tats membres d’une m\u00eame Union.<\/p>\n\n\n\n Il existe des instruments dont nous pourrions nous doter assez vite, que le Parlement europ\u00e9en a d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9s, mais la r\u00e8gle de l’unanimit\u00e9 reste de mise en mati\u00e8re de fiscalit\u00e9 : il faudrait y rem\u00e9dier au plus vite. M\u00eame sans changer les r\u00e8gles en la mati\u00e8re, on pourrait arriver \u00e0 de grandes avanc\u00e9es en adoptant le Country-by-Country reporting <\/em>(CbCR), un syst\u00e8me de transparence actuellement en discussion entre les gouvernements. Le CbCR demande aux multinationales qui veulent travailler sur le march\u00e9 europ\u00e9en de fournir un ensemble d’informations pour chaque pays dans lequel elles op\u00e8rent, y compris les b\u00e9n\u00e9fices et les imp\u00f4ts pay\u00e9s. C’est une question triviale de transparence : un syst\u00e8me tr\u00e8s similaire a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 pour les banques avec une l\u00e9gislation en 2013, et je ne me souviens pas qu’aucune banque ait ferm\u00e9 \u00e0 cause de cela. Le co\u00fbt pour les entreprises est faible, mais il suffit de comprendre l\u00e0 o\u00f9 sont les trous dans les comptes : il s’agit simplement de r\u00e9tablir le principe selon lequel les imp\u00f4ts sont pay\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 les profits sont r\u00e9alis\u00e9s, et non pas lorsqu’un accord particuli\u00e8rement avantageux a \u00e9t\u00e9 conclu avec un gouvernement qui, ce faisant, tente de \u00ab tromper \u00bb les autres. Les cas de l’Irlande, du Luxembourg, de Chypre et de Malte sont bien connus, mais la liste est beaucoup plus longue. Nous y perdons tous, les \u00c9tats et les citoyens. Les seuls qui en profitent sont ceux qui ne contribuent pas proportionnellement au bien-\u00eatre de l’ensemble de la communaut\u00e9. La bonne nouvelle est certainement que, comme M. Dombrovskis (Commissaire europ\u00e9en aux Affaires \u00e9conomiques et mon\u00e9taires) l’a dit il y a quelques jours, il y a peut-\u00eatre maintenant des raisons de travailler sur une taxe sur le web, et ce en collaboration avec les \u00c9tats-Unis. Enfin, il existe un autre instrument fondamental pour garantir le paiement des imp\u00f4ts l\u00e0 o\u00f9 les b\u00e9n\u00e9fices sont r\u00e9alis\u00e9s, mais celui-ci se trouve bloqu\u00e9 depuis une quinzaine d’ann\u00e9es au Conseil : il s’agit de l’ACCIS, une directive qui permettrait d’avoir des r\u00e8gles uniformes pour les entreprises sur tout le march\u00e9 europ\u00e9en en mati\u00e8re de calcul de l’assiette fiscale et de r\u00e9partir \u00e9quitablement les droits d’imposition.<\/p>\n\n\n\n Le quatri\u00e8me d\u00e9fi concerne la Politique \u00e9trang\u00e8re de S\u00e9curit\u00e9 commune (PESC)<\/a>, qui fait encore cruellement d\u00e9faut, surtout dans une situation g\u00e9opolitique mondiale de plus en plus impr\u00e9visible dans laquelle nous ne pouvons pas trouver une voix unique et forte pour nous exprimer. L’Europe ne peut redevenir un point d\u2019ancrage que dans la mesure o\u00f9 elle pourra avoir un impact au niveau international en tant qu’Union europ\u00e9enne : tant qu’il n’y aura que les voix de l’Italie, de la France ou de l’Allemagne pour traiter avec les puissances mondiales, nous nous condamnerons \u00e0 l’insignifiance, en continuant \u00e0 payer les cons\u00e9quences de notre absence dans le d\u00e9bat international. Sur la base des trait\u00e9s, l’Europe pourrait apporter une contribution tr\u00e8s importante \u00e0 la r\u00e9solution pacifique des conflits. Mais m\u00eame lorsque nous parlons de tensions proches de nous sur le plan g\u00e9ographique et qui nous touchent directement, le vide laiss\u00e9 par l’Europe est rempli par les int\u00e9r\u00eats d’autres grandes puissances. Prenons l’exemple de la Libye : les visions tr\u00e8s divergentes de certains \u00c9tats membres de l’UE font que nous ne pouvons pas contribuer \u00e0 identifier, avec la Libye, les solutions susceptibles de profiter \u00e0 la paix mondiale. Les gouvernements ont tendance \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9ticents \u00e0 aborder conjointement les questions de politique \u00e9trang\u00e8re, mais nous devons comprendre que sans une vision commune, nous risquons de nous retirer du jeu et de devenir de simples spectateurs.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n D\u00e9couvrir la doctrine Borrell<\/a><\/em> sur la politique \u00e9trang\u00e8re de l’Europe<\/em><\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Nous en arrivons maintenant au dernier grand d\u00e9fi, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment celui de l’immigration<\/a>. Sur ce point, nous avons men\u00e9 une bataille importante avec le Parlement europ\u00e9en pour revoir et r\u00e9former le r\u00e8glement de Dublin, m\u00e8re de toutes les hypocrisies. L’objectif \u00e9tait d’\u00e9tablir un m\u00e9canisme de partage \u00e9quitable des responsabilit\u00e9s entre tous les \u00c9tats membres, qui permettrait en m\u00eame temps de renforcer les liens entre les demandeurs d’asile et tous les pays europ\u00e9ens. Nous sommes parvenus \u00e0 une solution \u00e9quilibr\u00e9e, avec des incitations significatives pour les \u00c9tats \u00e0 ne pas quitter le syst\u00e8me, et en m\u00eame temps fond\u00e9e sur l’implication directe des personnes dans le choix de leur pays de d\u00e9localisation.<\/p>\n\n\n\n Cette proposition a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e par la grande majorit\u00e9 du Parlement europ\u00e9en, avec le soutien des Verts, des Sociaux-d\u00e9mocrates et m\u00eame d’une grande partie du Parti Populaire. Comment se fait-il que les familles politiques issues des diff\u00e9rents pays qui si\u00e8gent au Conseil parviennent \u00e0 trouver un compromis, alors que le Conseil ne parvient \u00e0 aucun accord ? C’est une honte car l’absence de r\u00e9ponse commune \u00e0 un probl\u00e8me mondial a emp\u00each\u00e9 les gouvernements de leur permettre de partager \u00e9quitablement les efforts pour accueillir dignement 1.300.000 demandeurs d’asile en 2015. Cela repr\u00e9sente 0,25 % de la population europ\u00e9enne : ce n’est certainement pas un ph\u00e9nom\u00e8ne ing\u00e9rable. Derri\u00e8re ces chiffres, il y a l’histoire de personnes pour lesquelles l’Europe doit avoir le plus grand respect : elle ne peut pas se trahir et trahir les droits fondamentaux qu’elle a rendus, avec Nice, aussi importants que les trait\u00e9s. En mati\u00e8re de migration, les difficult\u00e9s restent \u00e9normes, et il suffit de voir ce qui se passe dans le hotspot Moira \u00e0 Lesbos<\/a> ou dans certains centres d’accueil en Italie.<\/p>\n\n\n\n Le nouveau pacte sur l’immigration et l’asile me semble \u00eatre un pas en arri\u00e8re, tant par rapport au vote du Parlement europ\u00e9en que par rapport \u00e0 la proposition de la Commission Juncker, qui pr\u00e9voyait une obligation de proposer une solution d\u2019accueil alternative. L’id\u00e9e de \u00ab solidarit\u00e9 flexible \u00bb propos\u00e9e par le nouveau pacte remonte \u00e0 la Pr\u00e9sidence slovaque il y a quelques ann\u00e9es : le caract\u00e8re volontaire n’a jamais \u00e9t\u00e9 effectif, et de plus il trahit l’article 78 du TFUE en mati\u00e8re de solidarit\u00e9 et de partage \u00e9quitable de l’accueil des demandeurs d’asile. Avec la r\u00e9forme de Dublin, nous avons eu raison de lier l’effort de d\u00e9localisation aux cons\u00e9quences pour les fonds structurels : on ne peut pas choisir une forme de solidarit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e0 la carte et refuser d’en participer une autre.<\/p>\n\n\n\n Le nouveau pacte sur l’immigration et l’asile me semble \u00eatre un pas en arri\u00e8re, tant par rapport au vote du Parlement europ\u00e9en que par rapport \u00e0 la proposition de la Commission Juncker, qui pr\u00e9voyait une obligation de proposer une solution d\u2019accueil alternative.<\/p>ELLY SCHLEIN<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En effet, l’analyse de ces d\u00e9fis ne peut que se conclure par celui qui les r\u00e9sume tous : le d\u00e9fi institutionnel. Nous devrions certainement poursuivre sur la voie d’une plus grande int\u00e9gration ; le Parlement europ\u00e9en devrait \u00eatre encore plus fort et nous devrions aller au-del\u00e0 du crit\u00e8re de l’unanimit\u00e9 et adopter, par exemple, le vote \u00e0 la majorit\u00e9, ce qui nous permettrait de progresser sur les questions cruciales dont nous avons parl\u00e9. Nous devons \u00e9galement r\u00e9affirmer la centralit\u00e9 des valeurs qui nous ont permis de construire l’Union, \u00e9tape par \u00e9tape. En particulier, le d\u00e9bat sur l’\u00c9tat de droit est crucial : si l’Europe fait un pas en arri\u00e8re en mati\u00e8re de respect des droits fondamentaux, elle perd son identit\u00e9 et s’effondre. <\/p>\n\n\n\n Ce n’est certainement pas une affaire facile, mais je veux \u00eatre s\u00fbre que nous aurons la capacit\u00e9 de surmonter ces obstacles. Il y a des signaux importants dans ce sens : nous avons vu l’Europe que nous n’avons pas vue dans le vote sur Dublin sur les places, dans les volontaires qui sont all\u00e9s personnellement au secours des migrants en difficult\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e, m\u00eame au risque de poursuites judiciaires. Cet esprit europ\u00e9en est l\u00e0, m\u00eame si en temps de crise, la r\u00e9ponse la plus facile est toujours la fermeture, en s’en prenant au voisin qui est dans une situation pire que la n\u00f4tre. C’est le carburant avec lequel les forces nationalistes d’extr\u00eame droite re\u00e7oivent des soutiens \u00e0 travers l’Europe. Nous devons les interpeller sur ce point, en montrant que la fermeture des fronti\u00e8res ne r\u00e9soudra ni le probl\u00e8me du changement climatique ni celui de la justice fiscale. En d\u00e9fendant la souverainet\u00e9 nationale, vous d\u00e9fendez le droit de l’Irlande de taxer une entreprise multinationale \u00e0 0,005 %. Je crois que l’enjeu est d’assumer une souverainet\u00e9 au niveau europ\u00e9en<\/a> qui passe par une d\u00e9mocratisation encore plus pouss\u00e9e de nos institutions<\/a>, un plus grand partage des politiques \u00e9conomiques et l’ach\u00e8vement de l’union bancaire. Sans ces piliers fondamentaux, nous ne pouvons pas attendre de l’Union qu’elle avance solidement, m\u00eame si elle est sur une seule jambe : en construisant ce qui manque, nous devons la mettre en mesure de marcher vers un avenir meilleur.<\/p>\n\n\n\n Les forces progressistes, \u00e9cologiques et de gauche doivent se renforcer avec une vision et des objectifs communs qui, bien qu’ils existent d\u00e9j\u00e0, ont une dimension essentiellement nationale. Si le mur d’Orb\u00e1n renforce les ports ferm\u00e9s de Salvini et la politique de Le Pen et Farage, le professionnalisme du Portugais Antonio Costa pour relancer l’\u00e9conomie en s’occupant de la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s n’a pas renforc\u00e9 la gauche europ\u00e9enne de la m\u00eame mani\u00e8re. C’est aussi en partie notre responsabilit\u00e9 : nous sommes encore trop emp\u00eatr\u00e9s dans les d\u00e9bats nationaux et nombrilistes. Mon exp\u00e9rience au Parlement europ\u00e9en m’a laiss\u00e9 avec la conviction profonde qu’avec nombre de coll\u00e8gues nous partageons les m\u00eames batailles, les m\u00eames pr\u00e9occupations pour l’avenir, mais aussi les m\u00eames r\u00e9ponses aux nouveaux d\u00e9fis auxquels nous sommes confront\u00e9s. L’un de ces d\u00e9fis est la redistribution des richesses, des connaissances, du pouvoir et du temps. Je suis int\u00e9ress\u00e9 de voir que certains pays envisagent de r\u00e9duire le temps de travail \u00e0 salaire \u00e9gal. Bien s\u00fbr, il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9bat qui doit \u00eatre abord\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9rieusement, pour comprendre, par exemple, dans quels secteurs ce projet pourrait fonctionner : il est int\u00e9ressant de constater que ce sont principalement les forces lib\u00e9rales qui font avancer cette question, par exemple en Nouvelle-Z\u00e9lande ou en Finlande.<\/p>\n\n\n\n Outre la redistribution des richesses, qui reste au c\u0153ur de la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s, il est essentiel de freiner l’\u00e9norme \u00e9vasion fiscale des multinationales en adoptant des syst\u00e8mes plus progressifs. En outre, je pense que la cl\u00e9 se trouve dans le fait de repenser les instruments de protection sociale<\/a> dans un sens universaliste : le Parlement s’est d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 en faveur de r\u00e9gimes d’aide au revenu proportionnels aux besoins. C’est certainement une bonne chose que nous commencions enfin \u00e0 parler d’un salaire minimum europ\u00e9en, avec des instruments aussi harmonis\u00e9s et partag\u00e9s que possible afin d’\u00e9viter le dumping<\/a>.<\/p>\n\n\n\nOutre la relation entre l’Union europ\u00e9enne et les territoires, on trouve des constantes qui – au-del\u00e0 des slogans – sont un fil rouge dans votre engagement politique. Je voudrais donc partir de quatre mots pour parler de votre vision de la politique et de ses principaux d\u00e9fis actuels, dans un dialogue sur notre \u00e9poque, ses contradictions, ses urgences. Ces mots sont : courage, \u00e9cologisme, progressisme et f\u00e9minisme. En partant du premier et en accordant une attention particuli\u00e8re \u00e0 l’Union europ\u00e9enne, quelles sont les principales difficult\u00e9s auxquelles l’Union est confront\u00e9e aujourd’hui, tant en termes de dossiers sp\u00e9cifiques que de questions que nous pourrions d\u00e9finir comme existentielles ?<\/strong> <\/strong>Au niveau des institutions europ\u00e9ennes, pensez-vous que tous les \u00e9lements soient vraiment r\u00e9unis pour un nouveau d\u00e9part, pour une remise en cause de ces paradigmes \u00e9conomiques et sociaux qui ont montr\u00e9 toutes leurs contradictions en ces mois difficiles ? Les r\u00e9formes qui ont \u00e9t\u00e9 entreprises sont-elles suffisamment \u00ab courageuses \u00bb \u00e0 cet \u00e9gard ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le d\u00e9fi de la reprise \u00e9conomique est au plus haut point li\u00e9 \u00e0 l’urgence climatique, ce qui nous am\u00e8ne au deuxi\u00e8me mot : l’\u00e9cologisme. L’Union prend des mesures importantes dans ce sens. Pensez-vous que nous parviendrons \u00e0 conclure une nouvelle alliance \u00e9cologique<\/a> qui – peut-\u00eatre aussi avec le soutien de la nouvelle administration am\u00e9ricaine – nous permettra d’imaginer une reprise v\u00e9ritablement durable ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En raison de probl\u00e8mes tr\u00e8s similaires, l’Union et ses \u00c9tats membres se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s largement<\/strong><\/strong> incapables de g\u00e9rer les ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s aux migrations, \u00e0 l’asile et \u00e0 la protection internationale, en se rendant plus ou moins directement responsables de violations particuli\u00e8rement odieuses des droits de l’homme. Quant \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense, il y a tr\u00e8s peu de choses qui sont communes dans le r\u00e9gime d’asile europ\u00e9en commun. On l’a vu aussi dans la difficult\u00e9 d’approuver la r\u00e9forme du r\u00e8glement de Dublin – dont vous \u00e9tiez la shadow reporter <\/em>pour les Socialistes & D\u00e9mocrates. Vot\u00e9e \u00e0 une large majorit\u00e9 par le Parlement en 2017, la r\u00e9forme n’a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue au Conseil. Pensez-vous que le nouveau pacte sur l’immigration et l’asile peut \u00eatre une r\u00e9ponse suffisante ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La question cruciale est de savoir si l’Union europ\u00e9enne dispose ou peut disposer des instruments ad\u00e9quats pour faire face aux d\u00e9fis que vous avez mentionn\u00e9s. Ce n’est pas une question \u00e9vidente, d’autant plus que sur le territoire de l’Union il existe encore des situations qui remettent en cause des droits qui semblaient consolid\u00e9s – je pense par exemple aux zones LGBT-free en Pologne -, alors que ce qui est en jeu n’est pas l’\u00c9tat de droit lui-m\u00eame.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le d\u00e9fi le plus urgent et le plus transversal, qui recoupe tous ceux que nous avons mentionn\u00e9s, est la question de l’in\u00e9galit\u00e9<\/a>, qui est inextricablement li\u00e9e \u00e0 l’avenir de la d\u00e9mocratie. La pand\u00e9mie a mis en \u00e9vidence les diff\u00e9rentes dimensions de l’in\u00e9galit\u00e9, qui ne se limitent pas \u00e0 la dimension \u00e9conomique, et a ramen\u00e9 la question de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 au centre du discours politique. Passons au troisi\u00e8me mot : le progressisme. Selon vous, quel peut \u00eatre le r\u00f4le de la gauche progressiste europ\u00e9enne aujourd’hui face \u00e0 la croissance des in\u00e9galit\u00e9s ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n