{"id":9345,"date":"2018-03-28T07:59:46","date_gmt":"2018-03-28T06:59:46","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=9345"},"modified":"2024-06-05T12:28:06","modified_gmt":"2024-06-05T10:28:06","slug":"nous-avons-rencontre-traian-basescu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/03\/28\/nous-avons-rencontre-traian-basescu\/","title":{"rendered":"Comment la Roumanie est devenue europ\u00e9enne, une conversation avec le pr\u00e9sident de l’int\u00e9gration, Traian B\u0103sescu"},"content":{"rendered":"\n
Alors que nous f\u00eatons le centi\u00e8me anniversaire du rattachement de la Bessarabie \u00e0 la Roumanie, nous rencontrons celui qui fut, de 2004 \u00e0 2014, pr\u00e9sident de la Roumanie, Traian B\u0103sescu. Aujourd\u2019hui s\u00e9nateur et pr\u00e9sident du Parti mouvement populaire, il est \u00e9galement pr\u00e9sident d’honneur du Parti de l’unit\u00e9 nationale, un parti de droite moldave qui milite pour la r\u00e9unification de la Roumanie et de la Moldavie. Principal artisan du trait\u00e9 d’adh\u00e9sion de la Roumanie \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne en 2007, il a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 des diverses crises qui ont, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, marqu\u00e9es l\u2019histoire des relations du pays avec le bloc europ\u00e9en. <\/em> Il nous re\u00e7oit \u00e0 Bucarest dans son bureau, entour\u00e9 des trois drapeaux de l’Union europ\u00e9enne, de la Roumanie et de l’Organisation du Trait\u00e9 de l’Atlantique-Nord \u2013 symbole de l’axe Bucarest-Londres-Washington qui a caract\u00e9ris\u00e9 ses positions de politique \u00e9trang\u00e8re \u2013, et nous livre un r\u00e9cit in\u00e9dit de la d\u00e9cennie qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9e depuis l’adh\u00e9sion de la Roumanie \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/em><\/p>\n\n\n\n Ce furent des ann\u00e9es difficiles, de transition. La transition n\u2019est jamais facile. D\u2019abord, comme cons\u00e9quence de son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, la Roumanie a embrass\u00e9 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Cela a impliqu\u00e9 l\u2019ouverture totale de notre march\u00e9 national et entra\u00een\u00e9, pour l\u2019\u00e9conomie roumaine, un co\u00fbt consid\u00e9rable. Certes, le march\u00e9 europ\u00e9en s\u2019est en retour ouvert \u00e0 la Roumanie mais, au lieu d\u2019avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la p\u00e9riode de pr\u00e9paration pr\u00e9vue dans l\u2019accord d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union sign\u00e9 en 1996, notre \u00e9conomie est brutalement entr\u00e9e en collision avec l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne, beaucoup plus performante. Quelles en furent les cons\u00e9quences ? Une hausse du ch\u00f4mage et la fermeture de certaines de nos entreprises, ce qui a par la suite servi d\u2019arguments aux tenants d\u2019un discours de courte vue, qui ont eut t\u00f4t fait de dire : \u00ab voyez ce que l\u2019Europe nous apporte \u00bb. Des entreprises de renom, fleurons de notre industrie nationale \u2013 je pense notamment \u00e0 l\u2019usine de tracteurs de Bra\u015fov \u2013 n\u2019ont pu faire face \u00e0 la concurrence occidentale et ont d\u00fb mettre la cl\u00e9 sous la porte. La soci\u00e9t\u00e9 roumaine a elle aussi cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ces nouveaux param\u00e8tres \u2013 et d\u2019abord \u00e0 la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du travail. Aujourd\u2019hui, ce sont pr\u00e8s de 4 millions de Roumains qui travaillent partout \u00e0 travers l\u2019Union europ\u00e9enne. Parce que nous avons soudainement perdu une main-d\u2019\u0153uvre tr\u00e8s qualifi\u00e9e (des m\u00e9decins, des ing\u00e9nieurs, qui ont rejoint la France ou le Royaume-Uni), ce fut un coup tr\u00e8s dur pour notre \u00e9conomie nationale. En m\u00eame temps, nous enregistrons en 2017 une croissance sup\u00e9rieure \u00e0 7 %. Grandeurs et vicissitudes de dix ans pass\u00e9s au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. Reconnaissons tout de m\u00eame ce paradoxe : quand certains \u00c9tats-membres limitaient l\u2019acc\u00e8s des Roumains \u00e0 leur march\u00e9 national, nous avions coutume de crier partout \u00e0 la discrimination. Nous n\u2019avons pourtant re\u00e7u que ce que nous avons demand\u00e9. Je n\u2019irais pas si loin. La soci\u00e9t\u00e9 roumaine est plut\u00f4t ouverte. Aujourd\u2019hui nous importons massivement notre main-d\u2019\u0153uvre, surtout de pays asiatiques ou de pays voisins comme la Moldavie, pour laquelle nous avons aussi cr\u00e9\u00e9 un statut sp\u00e9cial : chaque ann\u00e9e nous offrons 5 000 bourses \u00e0 de jeunes moldaves. Certains d\u2019entre eux restent ici, d\u2019autres partent vers l\u2019Europe de l\u2019Ouest. Il y a cependant, c\u2019est vrai, une certaine forme de r\u00e9ticence qui s\u2019exprime du c\u00f4t\u00e9 des citoyens au sujet de l\u2019immigration \u2013 et d\u2019ailleurs pas seulement du c\u00f4t\u00e9 des citoyens. Moi-m\u00eame, en tant que responsable politique, j\u2019\u00e9prouve des r\u00e9ticences lorsque je regarde, en France, en Grande Bretagne et parfois m\u00eame en Espagne, l\u2019\u00e9chec de l\u2019int\u00e9gration des populations issues de l\u2019immigration postcoloniale. Le cas fran\u00e7ais, particuli\u00e8rement, t\u00e9moigne de l\u2019insucc\u00e8s des politiques publiques en mati\u00e8re d\u2019int\u00e9gration des populations musulmanes.<\/p>\n\n\n\n Il y a cependant, c\u2019est vrai, une certaine forme de r\u00e9ticence qui s\u2019exprime du c\u00f4t\u00e9 des citoyens au sujet de l\u2019immigration \u2013 pas seulement du c\u00f4t\u00e9 des citoyens.<\/p>Traian B\u0103sescu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Or, en Roumanie, les \u00e9quilibres relationnels entre minorit\u00e9s sont tr\u00e8s importants. Les dix-sept minorit\u00e9s que compte notre pays cohabitent bien avec la population majoritaire, peut-\u00eatre un peu moins avec les Roms mais nous avons par ailleurs tr\u00e8s bien int\u00e9gr\u00e9 les populations \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est la raison pour laquelle je ne voudrais pas que la Roumanie c\u00e8de face \u00e0 ce qui serait une sorte de colonisation par des populations musulmanes. Non pas que l\u2019accueil des migrants soit un probl\u00e8me, nous en accueillons et en accueilleront encore dans les ann\u00e9es qui viennent : il s\u2019agit de r\u00e9pondre de la meilleure mani\u00e8re au d\u00e9fi de la gestion des flux. Je ne dirais pas cela. La population rurale est le plus grand fournisseur de main-d’\u0153uvre en Italie et en Espagne. Elle est moins qualifi\u00e9e, c\u2019est s\u00fbr. Les m\u00e9decins et les informaticiens quittent les villes, les constructeurs et les agriculteurs, les campagnes. Mais je ne dirais pas qu\u2019il y a un clivage, parce que chez nous les familles sont tr\u00e8s li\u00e9es. Si les parents habitent \u00e0 la campagne, les enfants sont dans les villes. Il s\u2019agit donc plut\u00f4t d\u2019une \u00e9volution diff\u00e9rentielle. Et il n\u2019y a pas eu d\u2019investissements d\u2019importance dans les zones rurales. Tous les investisseurs ciblent les villes et les centres universitaires. Il y a des d\u00e9calages que nous devrons d\u00e9passer : la pauvret\u00e9 dans le milieu rural est bien plus \u00e9lev\u00e9e, et c\u2019est pour cela que les populations rurales font partie des r\u00e9seaux client\u00e9listes du parti social-d\u00e9mocrate, qui est pr\u00eat \u00e0 accorder des aides sociales m\u00eame \u00e0 ceux qui ne travaillent pas. Une partie importante de la population rurale refuse d\u2019ailleurs de travailler, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les aides sociales satisfont leurs besoins minimaux. Oui, le grand probl\u00e8me reste celui de la mentalit\u00e9. Dans tous les sondages qu\u2019on regarde, quand on demande aux Roumains si c\u2019\u00e9tait mieux sous le r\u00e9gime communiste, 30 % r\u00e9pondent oui<\/em>. C\u2019est la nostalgie de l\u2019\u00c9tat-providence. 30 % de la population \u2013 pas seulement des personnes \u00e2g\u00e9es, mais aussi ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s dans des familles qui recevaient de l\u2019aide sociale avant la r\u00e9volution \u2013, d\u00e9sirent que l\u2019\u00c9tat leur donne encore une maison. Or, d\u00e9sormais, l\u2019\u00c9tat cr\u00e9e les conditions pour acheter une maison. Donc, je dirais qu\u2019en principe il y a des traces d\u2019une \u00e9ducation de type communiste, m\u00eame maintenant, dix ans apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on peut trouver des attitudes similaires en France ou en Italie. Si l\u2019on parle de politique, j\u2019ai bien peur que la France soit plus socialiste que la Roumanie, m\u00eame quand la droite est au pouvoir. La Roumanie a \u00e9limin\u00e9 les contrats de travail au niveau national. Est-ce que la France pourrait faire cela ? Il y a beaucoup d\u2019interrogations sur ce qu\u2019il se passe chez nous. Nous avons pourtant bel et bien lib\u00e9ralis\u00e9 le march\u00e9 du travail. En 2010, alors que j\u2019\u00e9tais pr\u00e9sident, en pleine crise \u00e9conomique, nous avons modifi\u00e9 la loi concernant les syndicats afin qu\u2019ils ne puissent plus n\u00e9gocier au niveau des branches d’activit\u00e9. Chaque syndicat doit d\u00e9sormais n\u00e9gocier avec le patron. Je dirais qu\u2019en Roumanie on a effac\u00e9 les traces d\u2019une gouvernance communiste, tandis qu\u2019\u00e0 certains endroits en Occident, celles-ci ont plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es. En ma qualit\u00e9 de signataire du Trait\u00e9 d’adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne et de signataire, avec le pr\u00e9sident Obama, du Partenariat strat\u00e9gique pour le XXIe si\u00e8cle entre la Roumanie et les \u00c9tats-Unis, je suis peu surpris. Quand on a sign\u00e9 le Trait\u00e9 d’adh\u00e9sion en avril 2005, on savait qu\u2019on n\u2019entrait pas dans une union parfaite, mais dans une organisation qui, un jour, devrait subir des transformations. Que voit-on aujourd\u2019hui ? L\u2019Union europ\u00e9enne est une organisation travers\u00e9e par les \u00e9checs et les crises : crise de l\u2019immigration, crise d’identit\u00e9, crise de la politique ext\u00e9rieure. M\u00eame si on a une haute repr\u00e9sentante de l’Union pour les affaires \u00e9trang\u00e8res et la politique de s\u00e9curit\u00e9, quel \u00c9tat membre, avant de recevoir une visite officielle, appelle le chef de la diplomatie europ\u00e9enne pour coordonner les positions ?<\/p>\n\n\n\n\n\n Nous sommes \u00e9galement face \u00e0 une crise de la d\u00e9fense, une crise s\u00e9curitaire. La fronti\u00e8re orientale crie : \u00ab Nous avons besoin des Am\u00e9ricains parce que les Russes sont dangereux ! \u00bb Dans quelles conditions cette crise de confiance en nos propres capacit\u00e9s \u00e9merge-t-elle ? Si l\u2019on regarde les chiffres, la F\u00e9d\u00e9ration de Russie investit 48 milliards de dollars par an dans la D\u00e9fense. Or, la somme totale investie par les \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne atteint 227 milliards. C\u2019est une diff\u00e9rence \u00e9norme. Mais nous avons n\u00e9anmoins besoin de l\u2019aide am\u00e9ricaine. C\u2019est ridicule. Pour les m\u00eames raisons que celles de la crise migratoire, nous connaissons aussi une crise de la zone Schengen, une crise d’identit\u00e9. \u00c0 cause d\u2019un manque d\u2019int\u00e9gration. Le sentiment national prime sur le sentiment europ\u00e9en. On a encore du mal \u00e0 comprendre que la seule chance de ma\u00eetriser le processus de mondialisation est l\u2019int\u00e9gration car, dans le cas contraire, nous finirons par \u00eatre \u00eatre \u00e9cras\u00e9s. C\u2019est seulement \u00e0 travers l\u2019int\u00e9gration que l\u2019Union europ\u00e9enne, aux c\u00f4t\u00e9s des \u00c9tats-Unis et de la Chine pourrait \u00eatre aux commandes. Il faut donc comprendre qu\u2019on ne compte pour rien, pris individuellement. Si l\u2019on tarde, le manque d\u2019int\u00e9gration va nous co\u00fbter \u00e9norm\u00e9ment. La solution des \u00c9tats-Unis d\u2019Europe est une solution viable, m\u00eame si, aujourd\u2019hui, elle ne para\u00eet plus cr\u00e9dible.<\/p>\n\n\n\n Si l\u2019on regarde les chiffres, la F\u00e9d\u00e9ration de Russie investit 48 milliards de dollars par an dans la D\u00e9fense. Or, la somme totale investie par les \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne atteint 227 milliards.<\/p>Traian B\u0103sescu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il y a des opportunit\u00e9s tr\u00e8s importantes \u00e0 saisir. Premi\u00e8rement, l\u2019Union europ\u00e9enne doit valoriser les ressources \u00e9normes qu\u2019elle investit dans la d\u00e9fense. M\u00eame si Donald Trump a fait le tour de l\u2019Europe pour nous dire que nos contributions n\u2019\u00e9taient pas suffisantes, la somme globale d\u00e9pens\u00e9e par l\u2019Union europ\u00e9enne est tr\u00e8s importante. Pourquoi sommes-nous inefficaces ? Parce que nous ne mettons pas nos ressources en commun. Prenons l\u2019exemple de la recherche militaire : la Roumanie ainsi que la France, la Grande-Bretagne et la R\u00e9publique tch\u00e8que font de la recherche sur la construction d\u2019un camion d\u2019armes. En mettant nos ressources en commun, nous paierions 10 % de la somme que nous payons chacun de notre c\u00f4t\u00e9. C\u2019est de nouveau un signe du manque d\u2019int\u00e9gration. Sans parler des avantages qui d\u00e9couleraient d\u2019une arm\u00e9e commune : moins ch\u00e8re, plus facile \u00e0 g\u00e9rer, qui nous prot\u00e9gerait mieux. Je suis pour la cr\u00e9ation d\u2019une arm\u00e9e europ\u00e9enne, qui pourrait facilement d\u00e9courager la Russie. Mais, sous aucune forme, je ne d\u00e9sirais que cette arm\u00e9e remplace l\u2019OTAN. Elle doit \u00eatre partie int\u00e9grante de l\u2019OTAN. \u00c0 mes yeux, s\u2019isoler militairement des \u00c9tats-Unis est inconcevable. Nous avons besoin d\u2019un partenariat UE-OTAN. Plus largement, en ce qui concerne la relation transatlantique, je pense que l\u2019erreur la plus grave de politique ext\u00e9rieure de l\u2019Union europ\u00e9enne \u2013 et des \u00c9tats-Unis \u00e9galement, a \u00e9t\u00e9 l\u2019inach\u00e8vement de l\u2019accord de libre-\u00e9change [Partenariat transatlantique de commerce et d\u2019investissement, ou TAFTA, toujours en n\u00e9gociation, NdlR<\/em>]. C\u2019est une grave erreur. Id\u00e9alement, j\u2019envisagerais un march\u00e9 ouvert des \u00c9tats-Unis pour l\u2019Union et r\u00e9ciproquement, sans beaucoup de limitations. On devrait trouver une formule, faire des compromis pour une unification des deux march\u00e9s<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique l\u2019exige. On est en comp\u00e9tition avec un march\u00e9 de 1,5 milliard d\u2019individus : le march\u00e9 chinois. Le march\u00e9 europ\u00e9en, en comptant encore les Britanniques, cela repr\u00e9sente 500 millions de personnes. Les \u00c9tats-Unis, 300 millions. Il est vrai que le pouvoir d\u2019achat est bien plus important. Mais, la concurrence chinoise serait mieux g\u00e9r\u00e9e si l\u2019on avait un accord de libre-\u00e9change entre les deux blocs. Dans les Balkans, oui. C\u2019est l\u2019un des objectifs de l\u2019Union et il sera probablement atteint dans les quinze ou vingt ann\u00e9es \u00e0 venir. Mais je vous assure que personne, aucun politique n\u2019envisage l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union vers l\u2019Est, qui signifierait l\u2019int\u00e9gration de la Moldavie et de l\u2019Ukraine. Nous avons des accords d\u2019association et des accords commerciaux qui ont pour objectif la modernisation des institutions des deux pays. Mais, pour avoir si\u00e9g\u00e9 dix ans au Conseil europ\u00e9en, je vous assure que personne ne con\u00e7oit le jour o\u00f9 ces deux pays deviendront des \u00c9tats membres. Dans le m\u00eame temps, personne ne peut n\u00e9gliger la pr\u00e9sence de la Russie \u00e0 l\u2019Est de l\u2019Union Quand l\u2019Accord d\u2019association a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 en 2013, nous avons re\u00e7u un signal tr\u00e8s fort : la Russie a trac\u00e9 une lignes rouges, indiquant qu\u2019elle ne c\u00e9derait pas d\u2019un pouce sur son cordon sanitaire. Qu\u2019on approuve ou qu\u2019on d\u00e9sapprouve la politique russe, c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. Nous devrons trouver une formule pour que la F\u00e9d\u00e9ration de Russie soit en confiance avec une Union et une OTAN qui sont arriv\u00e9es jusqu\u2019au Prout, jusqu’\u00e0 la fronti\u00e8re polonaise et au pays Baltes, et que, dans le m\u00eame temps, l\u2019Union et l\u2019OTAN puissent faire confiance \u00e0 un voisin parfois agressif, qui ne joue pas selon les m\u00eames r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n
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\n\n\n\nLa Roumanie a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en 2017 les dix ans de son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne. Quel bilan tirez-vous de ces dix ann\u00e9es ?
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Cette p\u00e9riode difficile est d\u00e9sormais derri\u00e8re nous. Aujourd\u2019hui, la Roumanie poss\u00e8de un march\u00e9 comp\u00e9titif, dont les volumes d\u2019exportation sont sans comparaison aucune avec ceux d\u2019hier. Je suis tr\u00e8s optimiste quant \u00e0 l\u2019avenir : l\u2019attraction de notre pays repose sur un \u00e9norme besoin d\u2019investissement. Cette ann\u00e9e, les exportations roumaines devraient repr\u00e9senter plus de 56 milliards d\u2019euros \u2013 on parlait de 10 milliards de dollars en 1990. Une transformation consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n
<\/p>\n\n\n\nComment la soci\u00e9t\u00e9 roumaine a-t-elle r\u00e9agi \u00e0 cette p\u00e9riode de transition ?
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<\/p>\n\n\n\nA ce paradoxe s\u2019en ajoute peut-\u00eatre un autre : malgr\u00e9 la crise de la main-d\u2019\u0153uvre que vous \u00e9voquiez, la soci\u00e9t\u00e9 roumaine reste ferm\u00e9e \u00e0 l\u2019immigration.
<\/h3>\n\n\n\n
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<\/p>\n\n\n\nCe processus d\u2019adaptation de la population a-t-il produit un clivage dans la soci\u00e9t\u00e9 ? Par exemple, peut-on consid\u00e9rer qu\u2019il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une population rurale, cliente du parti social-d\u00e9mocrate, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 une population urbaine, pro-europ\u00e9enne et progressiste, engag\u00e9e dans la lutte contre la corruption ?
<\/h3>\n\n\n\n
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<\/p>\n\n\n\nQuel rapport a Roumanie a-t-elle aujourd\u2019hui avec son pass\u00e9 communiste ? Alors qu\u2019on se demande toujours ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le moment d\u00e9cembre 1989, y-a-t-il encore des mentalit\u00e9s qui persistent ?
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<\/p>\n\n\n\nL’adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne et \u00e0 l\u2019OTAN a \u00e9t\u00e9 le principal objectif du pays apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime communiste. Mais, aujourd\u2019hui, l\u2019Union europ\u00e9enne est \u00e0 la fois entour\u00e9e et travers\u00e9e par de multiples crises, et le partenariat transatlantique est affaibli par les r\u00e9cents d\u00e9veloppements politiques outre-Atlantique. O\u00f9 le projet europ\u00e9en bloque-t-il ?
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\r\n <\/picture>\r\n \n
<\/p>\n\n\n\nEn mati\u00e8re de d\u00e9fense, quelles sont les opportunit\u00e9s que l\u2019UE peut aujourd\u2019hui saisir apr\u00e8s la signature de la notification conjointe sur la coop\u00e9ration structur\u00e9e permanente ?
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<\/p>\n\n\n\nQuelle serait la place de l\u2019OTAN et du partenariat transatlantique dans un monde o\u00f9 l\u2019Union disposerait d\u2019une arm\u00e9e ?
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<\/p>\n\n\n\nPourquoi cette insistance sur le partenariat transatlantique ? N\u2019est-elle pas pr\u00e9cis\u00e9ment le signe du manque de confiance en nous-m\u00eames que vous \u00e9voquiez ?
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<\/p>\n\n\n\nPeut-on encore envisager un \u00e9largissement de l\u2019UE ?
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