{"id":92852,"date":"2020-11-29T08:15:00","date_gmt":"2020-11-29T07:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=92852"},"modified":"2021-03-17T15:44:52","modified_gmt":"2021-03-17T14:44:52","slug":"zeina-abirached","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/29\/zeina-abirached\/","title":{"rendered":"Beyrouth nous reconna\u00eetra-t-elle&#160;? Une conversation avec Zeina Abirached"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En exergue du <em>Piano Oriental<\/em>, vous citez Mahmoud Darwich&nbsp;&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;qui suis-je&nbsp;&#160;? C\u2019est une question que les autres posent, moi je suis ma langue&nbsp;&#160;\u00bb. Par essence, la bande-dessin\u00e9e ne cesse justement d\u2019entrem\u00ealer la langue et le dessin. Alors qui \u00eates-vous&nbsp;&#160;? Votre dessin ou votre langue&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Les deux&nbsp;&#160;! pourquoi choisir&nbsp;&#160;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Votre question me fait penser \u00e0 Etel Adnan, une po\u00e9tesse et peintre d\u2019origine libanaise ayant v\u00e9cu aux \u00c9tats-Unis et en France. Pour r\u00e9pondre \u00e0 un journaliste qui lui demandait pourquoi elle n\u2019avait jamais \u00e9crit en arabe, elle a eu cette tr\u00e8s jolie r\u00e9ponse&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;vous savez, j\u2019\u00e9cris en fran\u00e7ais mais je dessine en arabe&nbsp;&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, si j\u2019\u00e9cris en fran\u00e7ais, je pense mes histoires dans toutes mes langues, le fran\u00e7ais, l\u2019arabe et le dessin.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai souvent la tentation de faire para\u00eetre la calligraphie arabe, non comme un signifiant, mais comme un \u00e9l\u00e9ment sensoriel. Cela a commenc\u00e9 avec le <em>Piano oriental<\/em>. \u00c0 la deuxi\u00e8me page, apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019onomatop\u00e9es et un texte assez bref, j\u2019ins\u00e8re une petite bulle dans laquelle est \u00e9crit \u00ab&#160;&nbsp;mon amour, ma vie&nbsp;&#160;\u00bb en arabe.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/02.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"6299\"\n        data-pswp-height=\"8189\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/02.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/02.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/02.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/02.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas du tout indispensable \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019histoire, cela r\u00e9pond plut\u00f4t \u00e0 une envie sonore, celle d\u2019entendre cette langue dans le dessin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est presque un renversement \u2014&nbsp;un n\u00e9gatif \u2014 du dialecte libanais dans lequel des mots de fran\u00e7ais s\u2019incrustent dans l\u2019arabe.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est vrai qu\u2019au Liban, nous avons cette souplesse de passer d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, au point o\u00f9 l\u2019on oublie parfois si on a parl\u00e9 en arabe ou en fran\u00e7ais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va ainsi de mes personnages. La plupart d\u2019entre eux sont inspir\u00e9s de personnes que j\u2019ai connues. En les dessinant, je les entends, ils parlent cette langue double faite de libanais et de fran\u00e7ais, enrichie de mots venant de toute la m\u00e9diterran\u00e9e. C\u2019est une langue cosmopolite, \u00e0 l\u2019image de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le Liban. Et de ce qu\u2019il continue d\u2019\u00eatre envers et contre tout.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>J\u2019ai souvent la tentation de faire para\u00eetre la calligraphie arabe, non comme un signifiant, mais comme un \u00e9l\u00e9ment sensoriel.<\/p><cite>Zeina Abirached<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai souvent la tentation de retranscrire la musicalit\u00e9 de la langue libanaise. Dans <em>Mourir, partir, revenir<\/em>, <em>le jeu des hirondelles <\/em>ou je reconstruis un souvenir d\u2019enfance \u00e0 Beyrouth dans les ann\u00e9es 1980, la plupart des dialogues qui me sont revenus \u00e0 l\u2019esprit au moment de l\u2019\u00e9criture, \u00e9taient en libanais. Je les ai retranscrits en fran\u00e7ais et il me semble que mon dessin restitue quelque chose du libanais dans la musique g\u00e9n\u00e9rale de la page.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne perds jamais de vue la question de la langue dans mon travail. Dans <em>Prendre refuge<\/em>, co\u00e9crit avec Mathias Enard, [paru en 2018, NDLR], nous racontons l\u2019histoire d\u2019une jeune Syrienne quittant Alep au moment de la destruction de la ville, et qui se retrouve \u00e0 Berlin o\u00f9 elle apprend l\u2019allemand. Elle y rencontre un jeune Allemand qui ne conna\u00eet rien au monde arabe. Leur langue commune est l\u2019allemand, mais un allemand dans lequel elle \u00ab&#160;&nbsp;claudique&nbsp;&#160;\u00bb encore. Ce qui provoque un certain nombre de quiproquos et fait la part belle \u00e0 la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait une dr\u00f4le d\u2019acrobatie \u00e0 imaginer&nbsp;&#160;! Un dialogue cens\u00e9 se d\u00e9rouler en allemand, parsem\u00e9 de mots d\u2019arabe mais \u00e9crit en fran\u00e7ais&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>C\u2019\u00e9tait une dr\u00f4le d\u2019acrobatie \u00e0 imaginer&nbsp;&#160;! Un dialogue cens\u00e9 se d\u00e9rouler en allemand, parsem\u00e9 de mots d\u2019arabe mais \u00e9crit en fran\u00e7ais&nbsp;&#160;!<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On retrouve toujours cette id\u00e9e que l\u2019on s\u2019enrichit \u00e0 parler la langue des uns et des autres, m\u00eame imparfaitement.<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est le propos du <em>Piano oriental<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est central dans le <em>Piano oriental<\/em>. La bande-dessin\u00e9e est centr\u00e9e sur un piano que mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re avait invent\u00e9 avant la guerre&nbsp;&#160;: il avait modifi\u00e9 un piano droit pour que l\u2019une des p\u00e9dales lui permette de tout d\u00e9caler d\u2019un quart de ton, essentiel \u00e0 la musique orientale. Quand j\u2019ai d\u00e9couvert cette histoire, j\u2019ai eu comme une illumination. En r\u00e9alit\u00e9, ce piano \u00e9tait bilingue.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et qu\u2019est devenu ce piano&nbsp;&#160;? \u00c0 la fin de la bande-dessin\u00e9e on s\u2019interroge sur son sort.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est toujours \u00e0 Beyrouth. Le prototype d\u2019usine, fabriqu\u00e9 chez Hofman \u00e0 Vienne, est encore chez mes grands-parents. Il a surv\u00e9cu \u00e0 tout, \u00e0 la guerre comme \u00e0 la reconstruction. C\u2019est un piano des ann\u00e9es 1950 mais il est tout neuf, car il n\u2019a quasiment jamais \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9&nbsp;&#160;! Il continue de faire entendre sa musique double, entre clavier temp\u00e9r\u00e9 et quarts de ton.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et c\u2019est un piano unique.<\/h3>\n\n\n\n<p>\u2026jusqu\u2019au moment o\u00f9 j\u2019ai \u00e9crit et dessin\u00e9 <em>Le piano oriental<\/em>&nbsp;&#160;! Quelques mois apr\u00e8s la sortie du livre, j\u2019ai re\u00e7u un coup de fil du directeur du festival Les Inattendues, \u00e0 Tournai, qui \u00e9tait compl\u00e8tement enthousiasm\u00e9 par la bande-dessin\u00e9e et qui voulait monter un concert-dessin\u00e9 pour faire connaitre l\u2019instrument, en faisant venir du Liban, le piano de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e9mouvant car Le <em>Piano oriental <\/em>raconte justement le voyage en Europe de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re parti pour convaincre une entreprise autrichienne de le fabriquer \u00e0 grande \u00e9chelle. L\u2019exemplaire jusque-l\u00e0 unique n\u00e9 de cette collaboration n\u2019a pas pu se rendre en Belgique et effectuer ainsi son retour symbolique en Europe, le directeur des Inattendues ayant jug\u00e9 le voyage trop compliqu\u00e9. Mais cette aventure \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9e puisqu\u2019il m\u2019a dit qu\u2019apr\u00e8s tout, \u00ab&#160;&nbsp;si on ne peut pas le faire venir en Belgique, eh bien, on va le fabriquer ici&nbsp;&#160;!&nbsp;&#160;\u00bb C\u2019est un facteur de pianos tournaisien qui s\u2019est charg\u00e9 de reproduire le m\u00e9canisme invent\u00e9 par mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re 70 plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Le piano de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re n\u2019est plus tout \u00e0 fait seul au monde, puisqu\u2019il a aujourd\u2019hui un presque-jumeau n\u00e9 dans un pays bilingue lui-aussi&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Cette folle aventure ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0 non plus\u2026 je raconte la suite dans la bande dessin\u00e9e<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/14-BC-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1599\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/14-BC-330x206.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/14-BC-690x431.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/14-BC-1340x837.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/14-BC-125x78.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Revenons \u00e0 votre premier album, <em>Beyrouth Catharsis<\/em>, qui raconte tr\u00e8s bri\u00e8vement comment ce que vous pensiez \u00eatre l\u2019impasse dans laquelle vous aviez grandi s\u2019est av\u00e9r\u00e9e ne pas en \u00eatre une quand le mur qui la bouchait a disparu \u00e0 un moment, apr\u00e8s la guerre. Vous \u00e9crivez que la chute de ce mur a fait entrer la ville en vous. Voyez-vous cet album comme un avant-propos n\u00e9cessaire au reste d\u2019une \u0153uvre tr\u00e8s cathartique&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>R\u00e9trospectivement peut-\u00eatre. Lorsque j\u2019ai \u00e9crit <em>Beyrouth Catharsis<\/em> j\u2019ob\u00e9issais surtout \u00e0 un sentiment d\u2019urgence. C\u2019\u00e9tait en 2002, Beyrouth \u00e9tait en pleine reconstruction, je commen\u00e7ais \u00e0 me rendre compte que la ville telle que je l\u2019avais connue jusque-ici \u00e9tait en train de subir des transformations irr\u00e9versibles. Je me rendais surtout compte que l\u2019on n\u2019avait jamais parl\u00e9 de la guerre entre nous, ni dans la famille ni avec les voisins avec qui nous avions pourtant v\u00e9cu en vase clos pendant toutes ces ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 dessiner. Il fallait rendre compte de ce mode de vie tr\u00e8s particulier que l\u2019on avait pendant la guerre, de cette ville qui \u00e9tait en train de dispara\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image de la ville qui entre en moi s\u2019est impos\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame. Je voyais mon corps se superposer au plan de la ville que j\u2019\u00e9tais justement en train de d\u00e9couvrir. C\u2019\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 je marchais beaucoup dans Beyrouth, pour tenter de me l\u2019approprier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019image de la ville qui entre en moi s\u2019est impos\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame. Je voyais mon corps se superposer au plan de la ville que j\u2019\u00e9tais justement en train de d\u00e9couvrir.<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Avec Beyrouth Catharsis vous t\u00e9moigniez de ce moment o\u00f9 votre vie rencontrait l\u2019histoire de votre ville.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Pendant les ann\u00e9es de guerre, nous avons v\u00e9cu amput\u00e9s d\u2019une partie de notre ville&nbsp;&#160;; la moiti\u00e9 de Beyrouth nous \u00e9tait interdite, confisqu\u00e9e. Apr\u00e8s la guerre je suis enfin all\u00e9e de \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb, je me souviens que nous avons longtemps continu\u00e9 \u00e0 rentrer la t\u00eate dans les \u00e9paules en traversant ce qui avait \u00e9t\u00e9 la ligne de d\u00e9marcation, comme si les francs-tireurs \u00e9taient toujours l\u00e0. Il a fallu du temps pour s\u2019approprier ce nouveau territoire et d\u00e9passer nos barri\u00e8res psychologiques. Aujourd\u2019hui encore, tout les Libanais ne se sentent pas en s\u00e9curit\u00e9 partout. J\u2019ai des amis qui jusqu\u2019\u00e0 maintenant, ne vont pas \u00e0 \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019ouest&nbsp;&#160;\u00bb sans appr\u00e9hension.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela p\u00e8se peut-\u00eatre moins aujourd&rsquo;hui, car avec le mouvement de la contestation du 17 octobre, Les libanais se sont r\u00e9appropri\u00e9s l\u2019espace public, en se retrouvant dans les lieux qui leur avaient \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s successivement par les miliciens pendant la guerre, puis par les politiciens au moment de la reconstruction du centre-ville vid\u00e9 des classes populaires et d\u00e9di\u00e9 aux enseignes de luxe. \u00c0 la r\u00e9volution, les Libanais ont afflu\u00e9 vers ce centre-ville et s\u2019y sont install\u00e9s. C\u2019\u00e9tait bouleversant d\u2019observer l\u2019investissement de cet espace public par des d\u00e9bats d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u2019autant que l\u2019arm\u00e9e est d\u2019abord rest\u00e9e l\u2019arme au pied.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, tout \u00e0 fait. Cela s\u2019est d\u2019abord tr\u00e8s bien pass\u00e9. C\u2019\u00e9tait m\u00eame incroyable, toutes les r\u00e9gions, toutes les communaut\u00e9s et toutes les g\u00e9n\u00e9rations, \u00e9taient mobilis\u00e9s. Ceux qui avaient connu la guerre et la jeune g\u00e9n\u00e9ration qui a grandi avec cette m\u00e9moire amput\u00e9e se sont enfin retrouv\u00e9s. Cet \u00e9lan magnifique semblait d\u00e9passer enfin les traumatismes anciens. Et puis, pouss\u00e9s par les dirigeants de Amal et du Hezbollah qui voyaient leur pouvoir contest\u00e9, des jeunes de quartiers chiites qui se trouvent \u00e0 quelques rues de la place de la contestation \u00e0 Beyrouth, ont d\u00e9barqu\u00e9 pour tabasser les r\u00e9volutionnaires. Le r\u00e9veil a \u00e9t\u00e9 brutal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris et je n\u2019ai pas pu m\u2019emp\u00eacher d\u2019aller manifester moi aussi \u00e0 Beyrouth parce que je me disais qu\u2019il y avait peut-\u00eatre enfin un espoir pour que toutes ces fronti\u00e8res psychologiques appartenant \u00e0 notre inconscient collectif tombent, pour que l\u2019on arrive enfin \u00e0 avoir un vrai dialogue politique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce que vous dites r\u00e9sonne avec l\u2019une des derni\u00e8res sc\u00e8nes du <em>Piano oriental<\/em>, \u00e0 la veill\u00e9e de votre arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, o\u00f9 la pi\u00e8ce des hommes est gla\u00e7ante, enfum\u00e9e, en quelque sorte satur\u00e9e par une conversation politique qui n\u2019a aucune issue.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui. C\u2019est sans doute un \u00e9cho de ce que je per\u00e7ois de la vie politique libanaise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/190.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"6457\"\n        data-pswp-height=\"8504\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/190.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/190.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/190.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/190.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cela m\u2019am\u00e8ne \u00e0 l\u2019explosion du 4 ao\u00fbt&nbsp;&#160;: pensez-vous que l\u2019ann\u00e9e 2020 mettra fin au mouvement de 2019&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerais \u00e9videment que le d\u00e9nouement soit constructif, d\u00e9mocratique et efficace. Nous sommes dans un moment tr\u00e8s particulier&#160;; les Libanais sont triplement \u00e9puis\u00e9s, par le choc, le traumatisme et la perspective de la reconstruction \u00e0 venir. Une de plus. Mais cela ne va pas du tout arr\u00eater le mouvement, m\u00eame s\u2019il s\u2019essouffle ponctuellement. La scission entre l\u2019\u00c9tat et la population est \u00e9vidente. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir comment les Beyrouthins se sont mis \u00e0 d\u00e9blayer leurs quartiers, d\u00e8s le lendemain du drame&#160;: la soci\u00e9t\u00e9 civile sait depuis des ann\u00e9es qu\u2019elle ne peut pas compter sur l\u2019\u00c9tat. Plus personne ne s\u2019attend \u00e0 ce que la r\u00e9ponse vienne des pouvoirs publics. Seuls les particuliers, les associations et les ONG sont sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La scission entre l\u2019\u00c9tat et la population est \u00e9vidente. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir comment les Beyrouthins se sont mis \u00e0 d\u00e9blayer leurs quartiers, d\u00e8s le lendemain du drame&#160;: la soci\u00e9t\u00e9 civile sait depuis des ann\u00e9es qu\u2019elle ne peut pas compter sur l\u2019\u00c9tat.<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et l\u2019implication d\u2019<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/16\/10-points-macron\/\">Emmanuel Macron<\/a> est-elle une bonne ou une mauvaise chose&nbsp;selon vous&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s critiqu\u00e9 ici [en France], mais de nombreux Libanais l\u2019ont accueilli chaleureusement. Il est arriv\u00e9 au Liban, 48 heures apr\u00e8s la double explosion qui a ravag\u00e9 le port et une grande partie de la ville, \u00e0 un moment o\u00f9 le d\u00e9sespoir dominait. Cela paraissait incroyable, un chef d\u2019\u00c9tat, en pleine pand\u00e9mie, en bras de chemise, prenant les beyrouthins dans ses bras, alors qu\u2019aucun politicien libanais n\u2019avait daign\u00e9 jusque-l\u00e0 se rendre sur les lieux du drame. Sur toutes ses photos avec Emmanuel Macron, Michel Aoun a les mains dans les poches\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un moment extraordinaire, calcul\u00e9 ou spontan\u00e9,&nbsp;mais qui a redonn\u00e9 de l\u2019espoir \u00e0 un peuple meurtri.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait maintenant que les dirigeants libanais s\u2019entendent entre eux pour le bien du Liban, et ce n\u2019est pas demain la veille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Car on touche ici au non-dit de la guerre civile, la quasi-totalit\u00e9 des chefs des partis qui se sont fait la guerre a instrumentalis\u00e9 la reconstruction \u00e0 leur profit et au d\u00e9triment des Libanais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Alors m\u00eame que vous parlez beaucoup de la guerre, vous n\u2019\u00e9voquez pas les chefs. Pourquoi&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui encore le programme d\u2019histoire dans les livres scolaires s\u2019arr\u00eate en 1975 et n\u2019\u00e9voque pas les 15 ann\u00e9es de guerre. Ce sont les intellectuels et les artistes qui transmettent le r\u00e9cit de cette p\u00e9riode. J\u2019essaie pour ma part de faire un travail de m\u00e9moire par l\u2019\u00e9criture et le dessin,&nbsp; pour garder une trace de ce Beyrouth, de ses habitants, de notre quotidien pendant la guerre et de notre mode de vie si particulier, encore pr\u00e9sent aujourd\u2019hui. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me concentrer sur la vie quotidienne plut\u00f4t que sur les affrontements, car il me semblait que se trouvait l\u00e0 un concentr\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 libanaise, faite d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, d\u2019autod\u00e9rision, de survie et de tendresse.&nbsp; Tous les personnages <em>du Jeu des Hirondelles<\/em> \u00e9taient mes voisins, ils ont jalonn\u00e9 mon enfance de moments joyeux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Du reste, les miliciens restent des ombres.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Ne pas dessiner la guerre \u00e9tait un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. On ne la voit jamais dans mes livres, on l\u2019entend.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi dans <em>le Jeu des hirondelles<\/em>, la guerre fait irruption dans l\u2019appartement par le biais des sons de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;&#160;: les bombardements, les francs-tireurs\u2026 et la radio, qui est un personnage principal et omnipr\u00e9sent en temps de guerre.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-83-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1900\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-83-330x245.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-83-690x512.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-83-1340x995.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-83-125x93.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Dans la sc\u00e8ne \u00e0 laquelle vous faites r\u00e9f\u00e9rence, qui est sans doute la plus violente du livre, je raconte l\u2019enl\u00e8vement \u2014&nbsp;et sans doute l\u2019assassinat \u2014&nbsp;du p\u00e8re de Chucri. Le dessin ne montre que les bras du milicien qui l\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019un des points de passage entre l\u2019Est et l\u2019Ouest de la ville. On ne voit pas grand-chose, on les entend parler. Jusqu\u2019\u00e0 ce petit \u00ab&#160;&nbsp;clic&nbsp;&#160;\u00bb qui sugg\u00e8re une fin funeste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ne pas dessiner la guerre \u00e9tait un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. On ne la voit jamais dans mes livres, on l\u2019entend.<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous verriez-vous raconter la guerre plus cr\u00fbment un jour&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Non, cela ne m\u2019int\u00e9resse pas du tout. J\u2019\u00e9prouve un immense plaisir \u00e0 cette contrainte que je me suis impos\u00e9e de ne pas repr\u00e9senter la guerre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi pour cela que je travaille en noir et blanc, cela offre des possibilit\u00e9s graphiques infinies pour inventer des fa\u00e7ons nouvelles de raconter la guerre. Au d\u00e9but du <em>Jeu des hirondelles<\/em> par exemple, j\u2019utilise le blanc de la page comme un \u00e9l\u00e9ment graphique pour exprimer le vide et mat\u00e9rialiser la s\u00e9paration entre Beyrouth-est et Beyrouth-ouest.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans la construction de cette s\u00e9rie de t\u00e9moignages, avez-vous lu d\u2019autres t\u00e9moignages d\u2019enfants pris dans la guerre ou d\u2019autres \u0153uvres litt\u00e9raires racontant Beyrouth en guerre \u2014&nbsp;par exemple <em>Beirut Nightmares<\/em> de Ghada Samman \u2014&nbsp; ou avez-vous plut\u00f4t voulu conserver la singularit\u00e9 de vos souvenirs&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019<em>Histoire de Beyrouth <\/em>de Samir Kassir est un incontournable. C\u2019est un livre que j\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment consult\u00e9 m\u00eame s\u2019il ne traite pas de la guerre. J\u2019ai aussi fait beaucoup de recherches (photos, documentaires, essais\u2026) pour resituer mes souvenirs dans la chronologie de la guerre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis un soir de 2006, sur le site de l\u2019INA qui venait de mettre ses archives en ligne, je suis tomb\u00e9e sur un reportage d\u2019Antenne 2 intitul\u00e9 \u00ab&#160;&nbsp;Beyrouth, 1984, une rue sur la ligne de d\u00e9marcation&nbsp;&#160;\u00bb. Et soudain, sur l\u2019\u00e9cran de mon ordinateur, surgit le visage de ma grand-m\u00e8re, suivi de ces quelques mots \u00ab&#160;&nbsp;vous savez, je pense qu\u2019on est quand m\u00eame, peut-\u00eatre, plus ou moins en s\u00e9curit\u00e9, ici&nbsp;&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle qui avait toujours refus\u00e9 de me parler de la guerre, me livrait, \u00e0 son insu le chemin vers l\u2019exploration de mes souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans plusieurs de vos albums, vous donnez l\u2019impression que votre dessin veut s\u2019\u00e9chapper de la case. Qu\u2019est-ce qui a d\u00e9clench\u00e9 cette ouverture, ce cassage du mur de la case&nbsp;&#160;? Est-ce un \u00e9cho de la privation d\u2019espace subi pendant la guerre&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Je travaille toujours mes compositions sur&nbsp; l\u2019espace de la double page. Mon envie est, au contraire, de contenir le dessin dans ce rectangle. Dans <em>le Jeu des hirondelles<\/em>, comme il s\u2019agit justement de privation de l\u2019espace ext\u00e9rieur et du r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace int\u00e9rieur, il me semblait int\u00e9ressant d\u2019exprimer par la mise en page la sensation d\u2019enfermement et de sugg\u00e9rer par le d\u00e9coupage et la composition, une sensation de lecture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je travaille toujours mes compositions sur&nbsp; l\u2019espace de la double page. Mon envie est, au contraire, de contenir le dessin dans ce rectangle.<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans <em>Prendre refuge<\/em>, c\u2019est exactement l\u2019inverse, le paysage de Bamyan en Afghanistan et son ciel \u00e9toil\u00e9 sugg\u00e9rant un espace beaucoup plus vaste, j\u2019utilise tr\u00e8s peu de cases et privil\u00e9gie des pleines pages de dessin voire des pleines doubles pages&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu sur la composition et le d\u00e9coupage cr\u00e9e des sensations de lecture tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-24-scaled.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"2560\"\n        data-pswp-height=\"1887\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-24-330x243.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-24-690x509.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-24-1340x988.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/le-jeu-des-hirondelles-24-125x92.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous citez souvent la maison d\u2019\u00e9dition L\u2019association, et notamment David B. comme source d\u2019inspiration, mais ce que vous dites du noir et blanc, de l\u2019espace de la bande-dessin\u00e9e ou de son d\u00e9coupage rappelle l\u2019\u0153uvre de Gotlib. Est-il une r\u00e9f\u00e9rence importante pour vous&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est dr\u00f4le que vous parliez de Gotlib&nbsp;&#160;! Mes parents avaient toutes les&nbsp;<em>Rubrique-\u00e0-brac<\/em>. C\u2019est un des premiers auteurs de bandes dessin\u00e9es qui m\u2019ait marqu\u00e9, avec Herg\u00e9 (quel g\u00e9nie&nbsp;&#160;!). Je me souviens que les Gotlib, Br\u00e9techer et Fred de mon p\u00e8re \u00e9taient rang\u00e9s un peu plus haut dans la biblioth\u00e8que \u2026 et qu\u2019il fallait se contorsionner pour les atteindre, juste au-dessus de Franquin, Goscinny et Uderzo, Morris et Herg\u00e9. Ces auteurs ont berc\u00e9 mon enfance&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Justement, vous verriez-vous essayer le gag comme genre&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Le gag n\u2019est pas ma mani\u00e8re de construire une histoire, mais l\u2019humour, la fantaisie, les personnages un peu farfelus, me sont indispensables&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et dans ce moment particulier, y a-t-il une \u00ab&#160;&nbsp;\u00e9cole&nbsp;&#160;\u00bb de bande dessin\u00e9e au Liban&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par des auteurs d\u2019ailleurs (Europ\u00e9ens, Am\u00e9ricains, Japonais), et il n\u2019y a pas, \u00e0 proprement parler de \u00ab&#160;&nbsp;style&nbsp;&#160;\u00bb libanais\u2026 au contraire, c\u2019est plut\u00f4t le foisonnement des genres qui domine&nbsp;&#160;! Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9diteur de bande dessin\u00e9es au Liban, c\u2019est pour cela que les auteurs libanais se font conna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (particuli\u00e8rement en France). Longtemps la bande dessin\u00e9e a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un genre mineur au Liban, c\u2019est un peu diff\u00e9rent aujourd&rsquo;hui, car il me semble qu\u2019on en lit de plus en plus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Je reviens au <em>Piano oriental<\/em>, vous faites dire \u2013 douloureusement ou ironiquement \u2013 \u00e0 un de vos personnages qui revient d\u2019Autriche, \u00ab&#160;&nbsp;cette bonne vieille Beyrouth ne changera jamais&nbsp;&#160;\u00bb \u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qu\u2019ils pensaient&nbsp;&#160;! Leur g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait convaincue de cela\u2026<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/150.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"6457\"\n        data-pswp-height=\"8504\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/150-330x435.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/150-690x909.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/150.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2020\/11\/150-125x165.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est d\u2019autant plus tragique qu\u2019en lisant <em>Le jeu des hirondelles<\/em> on se rend compte que ce personnage est mort pendant la guerre. Cet optimisme n\u2019est-il pas un aveuglement&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019imaginaire collectif, la g\u00e9n\u00e9ration des \u00ab&#160;&nbsp;ann\u00e9es dor\u00e9es&nbsp;&#160;\u00bb \u00e9tait optimiste, enthousiaste\u2026 et sans doute aussi un peu dans le d\u00e9ni des tensions politique (\u2026 la guerre de 1975 n\u2019est pas venue de nulle part&nbsp;&#160;!)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comme avec le mythe de la \u00ab&#160;&nbsp;Belle \u00e9poque&nbsp;&#160;\u00bb qui a hant\u00e9 la France de l\u2019apr\u00e8s-1918, le Liban est-il hant\u00e9 par l\u2019avant-1975&nbsp;&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Ma g\u00e9n\u00e9ration qui a h\u00e9rite d\u2019un pays en ruines, s\u2019est fabriqu\u00e9e un pays \u00ab&#160;&nbsp;r\u00eav\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb \u00e0 partir des r\u00e9cits de nos grands-parents, qui avaient connu eux, le Liban de l\u2019\u00e2ge d\u2019or et sa douceur de vivre. Nous sommes orphelins de cette \u00e9poque et elle en est devenue iconique, cristallis\u00e9 dans ces quelques ann\u00e9es. Cette nostalgie rend peut-\u00eatre aussi la r\u00e9alit\u00e9 de notre pr\u00e9sent un peu plus supportable. Nous avons eu besoin de ce pass\u00e9 fantasm\u00e9 pour survivre. Je pense par ailleurs que cette nostalgie commence \u00e0 passer. L\u2019explosion du 4 ao\u00fbt nous a violemment inscrit dans le pr\u00e9sent, d\u2019une mani\u00e8re presque d\u00e9finitive.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Nous sommes orphelins de cette \u00e9poque et elle en est devenue iconique, cristallis\u00e9 dans ces quelques ann\u00e9es. Cette nostalgie rend peut-\u00eatre aussi la r\u00e9alit\u00e9 de notre pr\u00e9sent un peu plus supportable. Nous avons eu besoin de ce pass\u00e9 fantasm\u00e9 pour survivre.<\/p><cite>ZEINA ABIRACHED<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans <em>Le jeu des hirondelles<\/em> vous d\u00e9crivez longuement l\u2019angoisse qui vous \u00e9treint lorsque vous arrivez \u00e0 Beyrouth en avion \u2014&nbsp;la ville vous reconna\u00eetra-t-elle&nbsp;&#160;? Est-ce sp\u00e9cifique \u00e0 votre arriv\u00e9e \u00e0 Beyrouth ou ressentez-vous quelque chose de similaire en arrivant \u00e0 Paris&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>\u2026Paris sera toujours Paris&nbsp;&#160;! Beyrouth, c\u2019est une autre affaire\u2026 je ne sais jamais vraiment comment cela va se passer entre elle et moi. Longtemps, j\u2019ai eu peur de ne pas retrouver certaines fa\u00e7ades embl\u00e9matiques, qui constituaient mes points d\u2019amiti\u00e9 avec la ville. Maintenant, \u00e0 chaque fois que j\u2019y retourne, la premi\u00e8re balade que je fais est pour v\u00e9rifier que chacune d\u2019entre elles est encore l\u00e0. C\u2019est cela qui a \u00e9t\u00e9 terrible apr\u00e8s le 4 ao\u00fbt&nbsp;&#160;: la promenade rituelle a servi \u00e0 constater les d\u00e9g\u00e2ts. En 1990, mon p\u00e8re nous a emmen\u00e9 au centre-ville, qui avait \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de violents combats pendant la guerre, pour nous montrer sa ville\u2026 Je me souviens qu\u2019il pointait du doigt \u00ab&#160;&nbsp;le magasin de l\u2019oncle \u00c9mile&nbsp;&#160;\u00bb, \u00ab&#160;&nbsp;la p\u00e2tisserie suisse&nbsp;&#160;\u00bb, \u00ab&#160;&nbsp;la fontaine de Aintabli&nbsp;&#160;\u00bb avec une grande \u00e9motion dans la voix et nous racontait ses souvenirs associ\u00e9s \u00e0 ces lieux. C\u2019\u00e9tait terrible car \u00e0 chaque fois il nous montrait un tas de gravats. Je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 faire la m\u00eame chose apr\u00e8s le 4 ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est tr\u00e8s dur apr\u00e8s une catastrophe pareille, c\u2019est l\u2019horreur du pr\u00e9sent \u00e0 laquelle viennent se superposer des strates non-cicatris\u00e9es de traumatismes qui remontent \u00e0 la surface. Si on avait fait un travail de m\u00e9moire au sortir de la guerre, on n\u2019en serait sans doute pas l\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Mais ce r\u00e9cit n\u2019est toujours pas \u00e9crit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons rencontr\u00e9 Zeina Abirached, autrice de bandes-dessin\u00e9es franco-libanaise, dont les \u0153uvres ont plusieurs fois \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es au festival d\u2019Angoul\u00eame. Pendant pr\u00e8s de deux heures, elle nous a parl\u00e9 du Liban, dont le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent impr\u00e8gnent toute son \u0153uvre. Quelques mois apr\u00e8s la terrible explosion du 4 ao\u00fbt et alors que le pays semble pris dans une crise sans issue, ces r\u00e9ponses sont autant de tentatives de mettre des mots sur une r\u00e9alit\u00e9 de plus en plus insupportable pour les Libanais.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":102933,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1728],"tags":[],"staff":[1738],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[543],"class_list":["post-92852","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","staff-baptiste-roger-lacan","geo-mediterranee"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Beyrouth nous reconna\u00eetra-t-elle ? 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