{"id":92795,"date":"2020-11-27T20:15:49","date_gmt":"2020-11-27T19:15:49","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=92795"},"modified":"2021-10-26T15:15:25","modified_gmt":"2021-10-26T13:15:25","slug":"conversation-camille-de-toledo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/11\/27\/conversation-camille-de-toledo\/","title":{"rendered":"Th\u00e9s\u00e9e, l\u2019Europe et l\u2019histoire longue de nos blessures, une conversation avec Camille de Toledo"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vos diff\u00e9rents ouvrages sont travers\u00e9s par une <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\">interrogation sur le temps<\/a>, \u00e9voqu\u00e9e en plusieurs termes&#160;: inqui\u00e9tude, impermanence, \u00ab&#160;confessions d\u2019un jeune homme \u00e0 contretemps&#160;\u00bb, difficult\u00e9 \u00e0 \u00ab&#160;habiter le XXIe si\u00e8cle&#160;\u00bb. Que veut dire <em>\u00eatre de son temps<\/em>, et avons-nous d\u2019autre choix que de vivre <em>\u00e0 contretemps <\/em>&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il me semble qu\u2019en \u00e9crivant de la fiction, on cherche toujours \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une double question&#160;: <em>d\u2019o\u00f9 \u00e7a \u00e9crit et vers qui&#160;? <\/em>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le <em>temps <\/em>et le <em>lieu <\/em>de l\u2019\u00e9nonciation, de l\u2019autre, ce qui pointe vers un <em>horizon d\u2019adresse<\/em>. Dans mon premier livre, \u00e9crit dans l\u2019\u00e9nergie d\u2019une col\u00e8re, d\u2019une soif de rupture avec la g\u00e9n\u00e9alogie, je m\u2019adressais, je crois, \u00e0 une somme de pens\u00e9es mortes qui nous cernent et nous emp\u00eachent&#160;: c\u2019est un livre qui m\u2019a engag\u00e9 sous l\u2019angle d\u2019un <em>contre<\/em>&#160;; et c\u2019est pour cette raison que je l\u2019ai \u00e9cart\u00e9. Et mes efforts, depuis ce d\u00e9but de col\u00e8re, ont consist\u00e9 \u00e0 trouver un autre <em>lieu d\u2019\u00e9nonciation<\/em>, une autre <em>adresse<\/em>. Au fil des livres \u2013 et le corps aidant, qui tombait petit \u00e0 petit \u2013 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vers la fragilit\u00e9, la f\u00ealure, l\u2019\u00e9cart, le vertige, l\u2019entre, la chute\u2026 C\u2019est ce que l\u2019on sent s\u2019affirmer dans <em>Vies p\u00f8tentielles<\/em> (Seuil, 2011)<em>, Oublier, trahir, puis dispara\u00eetre <\/em>(Seuil, 2014) ou <em>L\u2019inqui\u00e9tude d\u2019\u00eatre au monde<\/em> (Verdier, 2012). Mais aussi, j\u2019ai chang\u00e9 l\u2019adresse pour me tourner vers la promesse, vers mes enfants. Je me demande toujours maintenant&#160;: \u00e9crire, mais pour leur laisser quelle trace&#160;? Et donc, le lieu d\u2019\u00e9nonciation, aujourd\u2019hui, dans <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle,<\/em> c\u2019est la blessure. Ce qui passe par l\u00e0. Ce qu\u2019on peut trouver en la traduisant. Dans ce livre, le corps du narrateur s\u2019effondre. Et c\u2019est par l\u00e0 que transitent les souffrances du vieux si\u00e8cle. Mais c\u2019est aussi, dans ma th\u00e8se de doctorat \u2013 une th\u00e8se tardive \u2013 le <em>vertige. <\/em>Vertige de la fiction chez Cervant\u00e8s, vertige du double, des reproductions chez Borges, vertige de la chute \u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle chez Claudio Magris, vertige des perspectives chez Faulkner, vertige des noms chez Pessoa, vertige du temps chez Sebald\u2026 D\u2019autres diraient le <em>trouble<\/em>. Je travaille, pour ma part, avec, sur et depuis le <em>vertige<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 quelles traditions ou figures litt\u00e9raires rattachez-vous votre souci de l\u2019<\/strong><strong><em>impermanence<\/em><\/strong><strong>&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans un travail de doctorat tardif, j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une petite g\u00e9n\u00e9alogie<em> <\/em>de ce que je nomme<em> vertige<\/em>. Le livre qui na\u00eetra de ce travail a plusieurs titres provisoires&#160;: <em>Histoire du vertige,<\/em> ou <em>Vies vertigineuses. <\/em>Je m\u2019y demande&#160;: \u00e0 quoi tient la vie de Don Quichotte et plus g\u00e9n\u00e9ralement nos vies, \u00e0 quoi tiennent-elles&#160;? De quoi la carte de l\u2019Empire imagin\u00e9e par Borges est-elle le signe&#160;? Que reste-t-il des cartes, \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, quand le promeneur de Claudio Magris longe le Danube&#160;? Que nous dit la folie perspectiviste de William Faulkner de la fa\u00e7on dont nous exacerbons les subjectivit\u00e9s&#160;? Que nous dit l\u2019h\u00e9t\u00e9ronymie de Fernando Pessoa du vertige des noms, et plus globalement, de cet instable des langages, de l\u2019\u00e9rosion de leurs prises&#160;? Ou encore, comment s\u2019enchev\u00eatrent les strates du temps dans l\u2019\u0153uvre de Sebald, et comment son livre, <em>Vertiges<\/em>, t\u00e9moigne d\u2019un affolement des signes&#160;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Nous vivons, nous autres <em>sapiens<\/em>, dans les plis du langage, des codes, des alphabets. Notre s\u00e9miose dessine les contours d\u2019\u00ab&#160;habitations fictionnelles&#160;\u00bb. Nous vivons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fictions que forment ensemble les mots et les codes.<\/p><cite>Camille de Toledo<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce sont quelques \u0153uvres relues au plus pr\u00e8s du texte \u2014 comme un ex\u00e9g\u00e8te \u2014 pour donner forme \u00e0 nos <em>vies vertigineuses<\/em><strong><em>. <\/em><\/strong>Nous vivons, nous autres <em>sapiens<\/em>, dans les plis du langage, des codes, des alphabets. Notre s\u00e9miose dessine les contours d\u2019\u00ab&#160;habitations fictionnelles&#160;\u00bb. Nous vivons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fictions que forment ensemble les mots et les codes. Nous nous sommes \u00e0 ce titre d\u00e9sattach\u00e9s de nos milieux, de la Terre, des for\u00eats et des lacs et des rivi\u00e8res&#8230; C\u2019est ce <em>gap traductif<\/em> entre les mots et le monde qui appara\u00eet \u00e0 celui qui s\u2019int\u00e9resse au <em>vertige<\/em>. Le <em>vertige, <\/em>pour le dire vite, c\u2019est quand <em>\u00e7a ne tient plus. <\/em>Et de fait, je trouve que \u00e7a tombe, que \u00e7a d\u00e9croche. Dans mon travail, je vois cette structure vertigineuse au travail. Dans <em>Le H\u00eatre et le Bouleau<\/em> (Seuil, 2009), on tourne autour d\u2019une absence, d\u2019un vide \u2014 la langue absente, les morts du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les disparus \u2014 qui ouvre sur la <em>p\u00e9dagogie du vertige. <\/em>Dans <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle <\/em>(Verdier, 2020)<em>, <\/em>c\u2019est cette intersection introuvable entre le corps et le langage qui se cherche, mais aussi un vertige des temps, de l\u2019enchev\u00eatrement des g\u00e9n\u00e9rations. Dans <em>Le livre de la faim et de la soif <\/em>(Gallimard, 2017), c\u2019est le vertige des histoires imbriqu\u00e9es les unes dans les autres, un vertige des l\u00e9gendes et des mythes qui rejoint le vertige des micro-fictions dans <em>Vies p\u00f8tentielles<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <\/strong><strong><em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em><\/strong><strong>, vous posez cette question fondamentale&#160;: \u00ab&#160;<\/strong><strong><em>que sait la mati\u00e8re que nous ne savons pas encore, que nous \u00e9chouons \u00e0 porter jusqu\u2019au langage&#160;?<\/em><\/strong><strong>&#160;\u00bb Cicatrices du corps h\u00e9rit\u00e9es du temps long de l\u2019histoire familiale et collective, histoire litt\u00e9raire du vertige (th\u00e8se)&#160;: qu\u2019avez-vous d\u00e9couvert du myst\u00e8re de la m\u00e9moire silencieuse ou inconsciente, qui semble motiver votre travail intellectuel et litt\u00e9raire&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Th\u00e9s\u00e9e, <\/em>c\u2019est une enqu\u00eate \u00e0 partir des traumas du temps long. Je note ici quelques-uns de ces traumas&#160;: le marranisme, l\u2019abandon de la pri\u00e8re, la guerre, les exils, les changements de langue, les suicides\u2026 En lan\u00e7ant son enqu\u00eate, Th\u00e9s\u00e9e fait face \u00e0 de l\u2019ind\u00e9chiffrable. Cet effondrement du corps qui est nourri de mon exp\u00e9rience personnelle&#160;: lorsqu\u2019un choc aux cervicales \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 et m\u2019a conduit \u00e0 une paralysie presque totale\u2026 Et puis, par ailleurs, dans le livre, il y a ces r\u00e9p\u00e9tions de dates dans les lign\u00e9es de Th\u00e9s\u00e9e \u2013 ce que Jung nommait les \u00ab&#160;synchronies&#160;\u00bb \u2013 qui font signe vers quelque chose comme un lien entre les corps. C\u2019est avec ces \u00e9nigmes que le livre avance. Mais je tiens \u00e0 dire que je ne comprends toujours pas. Je ne peux qu\u2019esquisser un savoir r\u00e9colt\u00e9 pendant ces ann\u00e9es au c\u0153ur de cette mort-dans-la-vie qui m\u2019a pris<em>.<\/em> Je peux t\u00e9moigner, notamment, depuis ce que sait la psychanalyse \u2013 ces liens \u00e9tranges qui se nouent entre corps et langage&#160;; depuis ce que sait la psychologie transg\u00e9n\u00e9rationnelle. Je peux aussi t\u00e9moigner depuis ce savoir prodigieux de la traumatologie qui nous montre que les parts limbiques du cerveau sont inaccessibles au langage\u2026 J\u2019ai avanc\u00e9 en h\u00e9sitant, \u00e0 partir de tout ce que je ne sais pas, tout ce qui faisait signe, mais que je ne comprenais pas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em>, je parle de \u00ab&#160;mati\u00e8re humaine&#160;\u00bb, de corps-m\u00e9moire&#160;; je tente de trouver des mots, une grammaire de ce qui traverse. J\u2019aurais pu aussi parler de corps-script, de corps-crypte, de corps-sympt\u00f4me. Et mon double dans le livre cherche \u00e0 <em>lire <\/em>cette mati\u00e8re, \u00e0 d\u00e9crypter ce qui s\u2019y est encrypt\u00e9.<\/p><cite>CAMILLE DE TOLEDO<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em>, je parle de \u00ab&#160;mati\u00e8re humaine&#160;\u00bb, de corps-m\u00e9moire&#160;; je tente de trouver des mots, une grammaire de ce qui traverse. J\u2019aurais pu aussi parler de corps-script, de corps-crypte, de corps-sympt\u00f4me. Et mon double dans le livre cherche \u00e0 <em>lire <\/em>cette mati\u00e8re, \u00e0 d\u00e9crypter ce qui s\u2019y est encrypt\u00e9. C\u2019est cette tentative de d\u00e9chiffrement \u2013 de d\u00e9cryptage de ce que sait la mati\u00e8re \u2013 qui conduit Th\u00e9s\u00e9e \u00e0 lire le <em>texte errant<\/em>. En psychog\u00e9n\u00e9alogie \u2013 mais aussi dans les \u00ab&#160;constellations familiales&#160;\u00bb \u2013 on parle d\u2019intrication&#160;: des vies intriqu\u00e9es. J\u2019ai creus\u00e9, par la fiction, des cas d\u2019intrication entre les morts et les vivants.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qui est Th\u00e9s\u00e9e&#160;? Est-ce un double h\u00e9t\u00e9ronyme ou un symbole&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Symbole, h\u00e9t\u00e9ronyme, je ne sais pas\u2026 L\u2019un me semble trop abstrait et l\u2019autre trop concret. On sait que les \u00e9crivains produisent des doubles. C\u2019est le Quichotte cr\u00e9ant un double fictionnel de toutes les \u00e9preuves qu\u2019il traverse. C\u2019est Borges et la carte de l\u2019Empire qui vient petit \u00e0 petit se superposer \u00e0 l\u2019espace qu\u2019elle repr\u00e9sente. Le roman, c\u2019est toujours \u00e7a&#160;: une carte qui reproduit les \u00eatres et les choses. On retrouve ici ce c\u0153ur vertigineux. Le mot, double de la chose. Le roman comme double du territoire qu\u2019il arpente. Le labyrinthe de <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em>, est peut-\u00eatre un palimpseste de l\u2019histoire de l\u2019Europe, d\u2019une Europe des nations qui d\u00e9fait et d\u00e9compose. Le motif du double est partout dans le livre. Il y a Talma\u00ef et Nissim, les deux fr\u00e8res exil\u00e9s, venus habiter en France. Les deux fr\u00e8res, J\u00e9r\u00f4me et Th\u00e9s\u00e9e qui, sur un mode hant\u00e9, r\u00e9pondent aux deux fr\u00e8res venus de l\u2019Empire ottoman. <em>Il y avait deux fr\u00e8res et il n\u2019en reste qu\u2019un<\/em>. Dans <em>Vies p\u00f8tentielles<\/em>, j\u2019avais aussi un double. Ici, le pr\u00e9nom Th\u00e9s\u00e9e s\u2019est petit \u00e0 petit impos\u00e9. Il disait, par le mythe, ce que le livre dans son ensemble tente d\u2019accomplir&#160;: une enqu\u00eate sur la peur g\u00e9n\u00e9alogique, o\u00f9 l\u2019on cherche \u00e0 d\u00e9visager un monstre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le labyrinthe de <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em>, est peut-\u00eatre un palimpseste de l\u2019histoire de l\u2019Europe, d\u2019une Europe des nations qui d\u00e9fait et d\u00e9compose.<\/p><cite>CAMILLE DE TOLEDO<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans le roman graphique <\/strong><strong><em>Herzl, une histoire europ\u00e9enne<\/em><\/strong><strong> (Deno\u00ebl, 2018), le duo form\u00e9 par Theodor Herzl et Ilia Brodsky confronte le destin d\u2019un exil\u00e9 sans patrie avec celui d\u2019un Viennois ais\u00e9, int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, qui d\u00e9cide de tout abandonner, pour faire de sa vie un combat pour la fondation d\u2019un \u00c9tat juif. Dans <\/strong><strong><em>Th\u00e9s\u00e9e<\/em><\/strong><strong>, c\u2019est, de fa\u00e7on plus intime, de toi qu\u2019il s\u2019agit. Le d\u00e9clencheur de ce \u00ab&#160;livre errant&#160;\u00bb est ton d\u00e9part de la France pour l\u2019Allemagne \u00e0 la suite d\u2019une triple trag\u00e9die familiale. <\/strong><strong><em>Th\u00e9s\u00e9e<\/em><\/strong><strong> na\u00eet de l\u2019impossibilit\u00e9 de demeurer <\/strong><strong><em>g\u00e9ographiquement<\/em><\/strong><strong> \u00e0 Paris. Comment s\u2019articulent l\u2019inqui\u00e9tude temporelle et l\u2019errance g\u00e9ographique&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En reprenant le nom de ma grand-m\u00e8re, Marguerite de Toledo, et le pr\u00e9nom d\u2019un a\u00efeul suicid\u00e9, Camille, j\u2019ai jet\u00e9 un grand trouble sur ma vie. J\u2019ai notamment poursuivi le travail de mon p\u00e8re qui fut pendant des ann\u00e9es en qu\u00eate de son identit\u00e9. En fait, il n\u2019a eu de cesse de s\u2019interroger, en marge de son travail, sur la branche de Toledo, celle qu\u2019il appelait sa \u00ab&#160;diaspora&#160;\u00bb. En 1993, je me souviens, j\u2019avais 17 ans, nous sommes all\u00e9s avec mon grand-oncle en Espagne, \u00e0 l\u2019occasion du 500<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de \u00ab&#160;l\u2019expulsion&#160;\u00bb. Nous avions un an de retard, mais le but \u00e9tait celui-l\u00e0&#160;: comprendre d\u2019o\u00f9 venait le nom. On lui a offert la \u00ab&#160;clef&#160;\u00bb de Tol\u00e8de, qui est un symbole pour celles et ceux qui ont d\u00fb partir il y a des si\u00e8cles. Donc, ce chemin vers le juda\u00efsme de mon p\u00e8re m\u2019a beaucoup marqu\u00e9. Au point que lorsque tous les miens sont morts, je suis rest\u00e9 seul avec toutes ces questions. Et quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 perdre mes moyens, apr\u00e8s le suicide de J\u00e9r\u00f4me, tout est revenu. J\u2019ai donc cherch\u00e9, cherch\u00e9\u2026 L\u2019\u00e9criture de la bande dessin\u00e9e, <em>Herzl, une histoire europ\u00e9enne<\/em>, est li\u00e9e \u00e0 cette recherche. Pour moi, \u00e9crire, c\u2019est d\u2019abord apprendre. Et j\u2019ai beaucoup appris avec ce travail. Et chemin faisant, j\u2019\u00e9tais de plus en plus dans la peau de mon narrateur, Ilia Brodsky. Je ne savais plus o\u00f9 je vivais, si j\u2019\u00e9tais parmi les morts ou parmi les vivants. Je ne savais plus si je devais parler allemand ou fran\u00e7ais ou anglais\u2026 Il y avait cette qu\u00eate en moi, qui \u00e9tait celle de mon p\u00e8re. Je tournais autour de ce motif de l\u2019expulsion, aussi. Le livre qui dit le plus justement l\u2019impasse dans laquelle je me suis trouv\u00e9 \u00e0 un moment de ma vie, c\u2019est <em>Oublier, trahir, puis disparaitre<\/em>.<strong> <\/strong>Et donc, oui, pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai men\u00e9 cette vie de <em>moiti\u00e9-mort<\/em>, avec mes enfants, \u00e0 Berlin, entre les langues, entre les temps, en perdant pied, en plongeant dans le fond sans fond de la vie, quand le langage s\u2019effondre\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Votre \u00e9criture a pris de nombreuses formes&#160;: textes de fiction, essais, prose ou vers plus intimes, livre musical avec Keren Ann, livre illustr\u00e9 avec Alexander Pavlenko, th\u00e8se de doctorat en litt\u00e9rature compar\u00e9e, r\u00e9alisation de films&#160;; de m\u00eame, votre identit\u00e9 d\u2019auteur est fragment\u00e9e entre les noms d\u2019Alexis Mital, de Camille de Toledo, d\u2019Oscar Philipsen\u2026 Cela a-t-il \u00e0 voir avec ce que vous nommez des \u00ab&#160;vies potentielles&#160;\u00bb&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Avec les ann\u00e9es, cet entrelacs de noms a fini par \u00eatre douloureux. J\u2019ai entrevu la folie qui guette lorsqu\u2019on se perd entre les noms. Dans mon \u00e9tude sur Fernando Pessoa et son h\u00e9t\u00e9ronymie \u2013 dans ma th\u00e8se <em>\u2013 <\/em>je parle de cette folie qui menace le sujet lorsqu\u2019il qu\u2019il acc\u00e9l\u00e8re cette <em>explosion de soi<\/em>. Apr\u00e8s le suicide de mon fr\u00e8re, les morts de ma m\u00e8re et de mon p\u00e8re, des <em>absents <\/em>se sont mis \u00e0 vivre en moi. Je portais un multiple int\u00e9rieur, des voix de morts qui continuaient \u00e0 vivre en moi et je ne parvenais plus \u00e0 me projeter dans ces h\u00e9t\u00e9ronymes. Le roman fragment\u00e9, <em>Vies p\u00f8tentielles<\/em>, rend compte de ce temps de passage&#160;: de la <em>projection fictionnelle <\/em>\u2013 l\u2019\u00e2ge de la toute-puissance&#160;? \u2013 au rassemblement \u2013 l\u2019\u00e2ge de la blessure et des fragilit\u00e9s. \u00c9crit apr\u00e8s la mort de mon p\u00e8re, j\u2019y d\u00e9peins des \u00eatres fendus, \u00e9cartel\u00e9s entre les fictions qu\u2019ils projettent. Et le narrateur Abraham, lui, cherche \u00e0 les relire-relier. Il voit cet horizon d\u2019explosion de la mati\u00e8re humaine. Et il comprend qu\u2019il est temps de se r\u00e9unir. Et d\u00e9sormais, oui, je dis parfois en riant que ma vie est un peu \u00e0 l\u2019image de l\u2019Allemagne. Je tente une <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/11\/09\/les-espoirs-perdus-de-la-reunification\/\">r\u00e9-unification<\/a>. Mais c\u2019est le propre des choses qui ont \u00e9t\u00e9 cass\u00e9es. On a beau travailler \u00e0 se r\u00e9-unir, la cicatrice se voit encore.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le pr\u00e9nom Th\u00e9s\u00e9e s\u2019est petit \u00e0 petit impos\u00e9. Il disait, par le mythe, ce que le livre dans son ensemble tente d\u2019accomplir&#160;: une enqu\u00eate sur la peur g\u00e9n\u00e9alogique, o\u00f9 l\u2019on cherche \u00e0 d\u00e9visager un monstre.<\/p><cite>CAMILLE DE TOLEDO<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cette inscription tr\u00e8s intime de l\u2019<\/strong><strong><em>hybridit\u00e9<\/em><\/strong><strong> participe \u00e9galement de nombreuses conceptions de la culture juive (pensons au Centaure auquel s\u2019identifie Primo Levi, \u00e0 la m\u00e9moire du marranisme, etc.). Est-ce aussi cela, \u00eatre europ\u00e9en&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans <em>Herzl, une histoire europ\u00e9enne<\/em>, avec le dessinateur, Alexander Pavlenko, qui est russe, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 donner \u00e0 voir ce qui traverse les mondes jud\u00e9o-europ\u00e9ens \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> et au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles&#160;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019espoir d\u2019une r\u00e9union avec la terre, avec le pays de la promesse, et c\u2019est Herzl&#160;; de l\u2019autre, l\u2019errance, l\u2019histoire r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de l\u2019expulsion, de l\u2019exil, et c\u2019est Ilia Brodsky. Notre lieu d\u2019\u00e9nonciation, c\u2019est Ilia Brodsky, l\u2019enfant de Russie. Une \u00e9criture qui s\u2019\u00e9lance donc depuis le drame, depuis l\u2019aphasie li\u00e9e au trauma. J\u2019\u00e9voque avec ce narrateur ce qui devrait \u00eatre pour moi le c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience europ\u00e9enne&#160;: une vie <em>entre <\/em>les nations, saisie par la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire&#160;; un <em>entre-les-langues <\/em>dont je parlais dans <em>Le H\u00eatre et le Bouleau<\/em>. Ilia Brodsky, c\u2019est le <em>Luftmensch<\/em>, celui qui cherche un foyer. C\u2019est l\u2019itin-errant&#160;: un angle mort que les cultures nationales pi\u00e9tinent et ignorent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Le H\u00eatre et le Bouleau<\/em><\/strong><strong> est sous-titr\u00e9 <\/strong><strong><em>Essai sur la<\/em><\/strong><strong> <\/strong><strong><em>tristesse europ\u00e9enne<\/em><\/strong><strong>. Pouvez-vous revenir sur cette notion, et sur la dialectique que vous cherchez \u00e0 nommer \u00e0 travers les figures v\u00e9g\u00e9tales du <\/strong><strong><em>h\u00eatre<\/em><\/strong><strong> et du <\/strong><strong><em>bouleau <\/em><\/strong><strong>&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai cherch\u00e9 dans ce livre \u00e0 cerner ce temps europ\u00e9en <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/11\/09\/la-chute-du-mur-symbole-pour-leurope\/\">d\u2019apr\u00e8s la Chute du mur de Berlin<\/a>. Je lis cette <em>chute <\/em>en ayant \u00e0 l\u2019esprit le sous-texte de la Gen\u00e8se. Chuter, c\u2019est basculer vers le vertige. Il y a quelque chose qui nous tenait au monde \u2013 une certaine foi \u2013 qui ne tient plus. Pour 1989, c\u2019est bien s\u00fbr la foi dans une certaine avanc\u00e9e de l\u2019Histoire, un progr\u00e8s vers plus d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui s\u2019effondre. J\u2019ai donc voulu appr\u00e9hender ce temps o\u00f9 la mar\u00e9e du vieux si\u00e8cle finit par se retirer. On se demande alors&#160;: <em>qu\u2019est-ce qui reste&#160;? <\/em>Et il reste justement l\u2019inverse de la question de L\u00e9nine&#160;: <em>Que faire&#160;? <\/em>qui s\u2019est mu\u00e9e, au fil des drames, en un <em>qu\u2019avons-nous fait&#160;? <\/em>Nous sommes face \u00e0 ce temps qui peine \u00e0 trouver sa langue, qui est hant\u00e9 par le pass\u00e9. Ce <em>qu\u2019avons-nous fait&#160;?<\/em>, c\u2019est une question qui ouvre sur la <em>tristesse<\/em>. Et donc, pour appr\u00e9hender cette <em>tristesse <\/em>\u2014 li\u00e9e \u00e0 tout ce qui manque, tout ce qui a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9, la vie juive, l\u2019espoir historique du marxisme \u2014&nbsp; j\u2019ai tent\u00e9 de donner une forme aux <em>\u00e2ges m\u00e9moriels<\/em>. Comment la m\u00e9moire agit-elle, dans les textes, dans nos vies&#160;? J\u2019ai distingu\u00e9 trois arbres-images&#160;: le bouleau, l\u2019arbre-t\u00e9moin, qui va de Primo Levi \u00e0 Imre Kert\u00e9sz. Puis, dans le livre, je parlais du <em>h\u00eatre <\/em>en reprenant cette \u00ab&#160;lign\u00e9e&#160;\u00bb qui va de Lacan (la <em>hontologie)<\/em>, \u00e0 Jacques Derrida (la <em>hantologie<\/em>). Dans mon livre, \u00e7a devient <em>le h\u00eatre<\/em>&#160;: un \u00eatre pour le <em>h, <\/em>pour la <em>hantise<\/em>. Mais on tend \u00e0 oublier avec le temps ce que je pointais en suivant le dessin de <em>l\u2019arbre <\/em>des exils successifs&#160;: c\u2019est le <em>banian<\/em>, un arbre dont la particularit\u00e9 tient au fait que ses branches replongent dans la terre pour y prendre racine.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il importe de maintenir la plaie b\u00e9ante, de tenir \u00e0 l\u2019irr\u00e9parable&#160;: affirmer que le besoin de consolation est impossible \u00e0 rassasier. Ce n\u2019est pas un choix de noirceur. C\u2019est qu\u2019\u00e0 mes yeux, le plus sombre pointe toujours vers le plus lumineux, comme un soleil noir qui serait juste perc\u00e9 d\u2019une pointe d\u2019aiguille.<\/p><cite>CAMILLE DE TOLEDO<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em> est un livre qui se nourrit d\u2019un questionnement sur la m\u00e9moire longue et silencieuse qui s\u2019inscrit dans les corps et la mati\u00e8re, dans l\u2019en-de\u00e7\u00e0 du monde dicible ou visible. Dans le cas de l\u2019Europe, votre appartenance \u00e0 ce continent se manifeste-t-elle par des plaies, des marques au long cours, des cicatrices \u00e0 peine referm\u00e9es, ou aussi par quelque chose de plus lumineux&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il me semble que <em>Le H\u00eatre et le Bouleau<\/em>, comme <em>Vies p\u00f8tentielles<\/em>, <em>Le livre de la faim et de la soif <\/em>ou <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em> sont des livres qui plongent dans la nuit, mais pour mieux y chercher une lettre \u00e0 venir&#160;: une lettre que j\u2019adresserai \u00e0 nos poursuivants. C\u2019est par ce geste de transmission qu\u2019il y a quelque chose qui cherche \u00e0 se sauver. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement happ\u00e9 par la mort&#160;; j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s loin dans ce voyage, mais j\u2019en suis un peu revenu. C\u2019est ma fa\u00e7on de faire&#160;: traverser le noir pour aller, depuis la mort, chercher ce qui rel\u00e8ve. Je ne crois pas trop aux paroles qui \u00e9vitent la noirceur pour nous offrir des horizons de r\u00e9demption. Je le disais d\u00e9j\u00e0 dans <em>L\u2019inqui\u00e9tude d\u2019\u00eatre au monde<\/em>. Je l\u2019\u00e9crivais avec Stig Dagerman en parlant de ceux qui font commerce de consolation. Stig Dagerman a raison. Il importe de maintenir la plaie b\u00e9ante, de tenir \u00e0 l\u2019irr\u00e9parable&#160;: affirmer que le besoin de consolation est impossible \u00e0 rassasier. Ce n\u2019est pas un choix de noirceur. C\u2019est qu\u2019\u00e0 mes yeux, le plus sombre pointe toujours vers le plus lumineux, comme un soleil noir qui serait juste perc\u00e9 d\u2019une pointe d\u2019aiguille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#160;&#160;J\u2019\u00e9voque donc avec ce narrateur \u2013 encore un double \u2013 ce qui devrait \u00eatre pour moi le c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience europ\u00e9enne&#160;&#160;: une vie entre les nations, saisie par la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire.&#160;&#160;\u00bb Entretien avec Camille de Toledo, qui publie cette ann\u00e9e <em>Th\u00e9s\u00e9e, sa vie nouvelle<\/em> aux \u00e9ditions 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